Alex Smoke - Lux

l_d5036ae1d5bd42e6b3cc72f7239e94f8Avant de se pencher un peu plus sur le cas d’Alex Smoke et de son Lux, offrons-nous un petit voyage dans le temps, direction fin 2006, début 2007. La minimale piétine alors, l’életroclash vit ses dernières heures, la techno piétine, et ce pour le plus grand bonheur de certains producteurs, qui depuis quelques années colorent et ensoleille une musique électronique souvent jugée trop sombre. La tech-house devient le nouveau cri de ralliement, qui séduit, tandis que les pionniers sont appelés à changer ou à mourir. C’est dans cette ambiance d’extase et de lascivité que trois artistes vont accessoirement se faire faire remarquer. Il s’agit de Gui Boratto, Gabriel Ananda et Alex Smoke. Si nous sommes ici pour parler de mon dernier qui livra à l’époque un Paradolia aussi monstrueux que hors-piste, tandis que Boratto, lui, s’attacha à redéfinir avec psychédélisme une techno minimaliste tout en lui accordant quelques accents pop. Et si Gabriel Ananda quant à lui façonnait une électro froide caractéristique du son de Cologne, c’était pour mieux contrebalancer avec une rythmique safarienne et un climat tropical omniprésent. Une jungle dans laquelle l’artiste à dû se perdre depuis, qui le retrouve est prié de lui faire reprendre les chemins des studios. Et tandis que Gui Boratto ne cesse de transformer sa musique en une sorte de gang-bang transsexuel sonore brésilien, Alex Smoke retrouve les sonorités froides d’antan et plonge l’auditeur un peu plus loin dans ses cauchemars. Après le soleil, l’éclipse.
Je serais tenté de dire que la plongée abyssale et ténébreuse offerte par le dj de Glasgow prend forme autour de Lux+, dont il ne s’agira ici après tout que de la cinquième relecture. Bombe sonore à double lecture, ce morceau quelque peu décousu traverse les oreilles pour atteindre immédiatement le système nerveux. Un pied lourd et tremblant jouant méchamment sur les infrabasses pose une rythmique meurtrière sur laquelle est posée une nappe roulant en vague entre hautes et basses fréquences. Alex Smoke délaisse l’auto-tune pour le vocoder, déconstruisant sa voix puis la remodelant à l’infini jusqu’à la rendre inaudible. Voyageant entre techno dure et IDM craspec, le producteur livre des morceaux d’une noirceur peu commune. Même Platitudes, escapade pop, laisse deviner des paysages en décomposition. Complainte électro-cold wave perverse, altérée par les grésillements qui sonnent comme des bruits d’érosion. Paracelsus rappelle par instant les mélodies syncopées de Leftfield, tout en rapportant les visions d’un enfer froid et terrifiant. Mais c’est l’irrespirable et ciselant Blingkered qui marquera définitivement les esprits après écoute de ce nouvel opus. Une basse lourde et oppressante, écrasant la poitrine et réduisant vos neurotransmetteurs à de simples boules de flipper. Avec Lux, Alex Smoke dégage les kidz des dancefloors, réhabilite le clubbing pour adulte et s’assurera certainement une place de choix au palais de la noirceur électronique, le Berghain. Rien que ça !

Audio

Alex Smoke - Blingkered

Vidéo

Tracklist

Alex Smoke–Lux (Hum+Haw, 2010)

1. Ikos
2. Platitudes
3. Master Of Tomorrow
4. Blingkered
5. unCERN
6. Northwoods
7. Lux+
8. Paracelsus
9. Filla
10. Nothing Changes
11. Equate
12. Pilk
13. Physic


Good Shoes - No Hope, No Future

oh3jv4Sur le papier, un titre d'album de ce genre nous envoie des images de Punk No Future des plus classiques. Images de noirceur désespérée un brin désuète en 2010, vous ne trouvez pas ? Rien de bien original s'il s'agit d'envoyer des références les amis. Or dès le premier titre du deuxième album des Anglais de Good Shoes, on se pose une question : pourquoi grand Dieu, avoir choisi ce titre si peu raccord avec l'énergie brute et pleine de promesse balancée sur neuf titres si bien sentis ? A ce titre, Under Control en aurait fait un bien meilleur.
Car tout est en effet sous contrôle sur cet opus de rock anglais d'un niveau de compétition. A ma droite, la veine agressive et pop des Arctic Monkeys, à ma gauche le phrasé ado teigneux d'Art Brut. Un bel édifice soutenu par des salves bien nettes de guitare et une batterie ultra-sèche qui vous fait remuer plusieurs membres de votre corps de manière irrépressible et pour le moins jouissive. Baladez-vous un peu sur Youtube, reluquez les vidéos d'un live à un festival Underage ou les Good Shoes se sont produits, c'est évident : les gamins reviennent à l'essence originelle du Rock, celui-là même qui affolait les cathos et autres puritains dans les années 50. Ado ou pas d'ailleurs, on se jetterait volontiers dans la fosse. Si si parfaitement.
Et je ne vous parle même pas du don inné de Rhys Jones, le leader-chanteur-guitariste à écrire et arranger de redoutables perles mélodiques. Toutes ces louanges vous vous en doutez vont forcément produire une objection, une déception, une retenue à un moment donné. Et si je ne suis pas avare de critique la plupart du temps, je dois m'avouer vaincue par l'efficacité sans tache de ce jeune groupe aux chaussures tout terrain. Il faut vraiment pinailler sur le titre de l'album, ou sa brièveté (dix titres c'est effectivement court) pour formuler de maigres aspects négatifs. Mais ça claque tellement que je ne trouve rien à ajouter aàcette chronique. Je vais juste me repasser l'album à fond en passant l'aspirateur. Ma fosse à moi.

Tracklist

Good Shoes - No Hope, No Future (Brille records, 2010)

1. The Way My Heart Beats
2. Everything You Do
3. I Know
4. Under Control
5. Do You Remember
6. Our Loving Mother In A Pink Diamond
7. Times Change
8. Thousand Miles An Hour
9. Then She Walks Away
10. City By The Sea


The Fall – Our Future Your Clutter

thefall_yourfutureRessortez les maillots de Manchester United et faites pleuvoir la binouse, car Mark E. Smith ne s’est pas loupé cette fois. Le plus casse-couille des post-punks aurait enfin trouvé la formule pour pondre un bon disque, mais ne le criez pas trop fort car au pire l’irascible leader ne vous aime pas et creusera votre tombe, au mieux, il vous apprécie et vous niquera seulement les dents de devant. Bienvenue dans l’univers méprisant du groupe le plus mésestimé d’Angleterre.
The Fall ou plutôt Mark E. Smith, a beau peser trente ans de carrière, avoir traîné ses guenilles auprès de Tony Wilson, Joe Strummer ou encore divers hôpitaux psychiatriques… La reconnaissance reste mitigée. Hissé au rang de légende par ses enfants spirituels, The Fall livre sur Our Future Your Clutter une énergie brute et marque un retour aux sources avec ses titres heavy-punk aux flux tendus (O.F.Y.C. Showcase, bury pts 1 & 3) et ses expérimentations plus inattendues comme sur Weather Report 2, où vrillage est synonyme d’incursion de sonorités électro-indus pour un final diabolique. Après un Imperial Wax Solvent déjà appréciable, Smith semble prompt à récupérer sa couronne et à botter le cul d’Art Brut, Franz Ferdinand et autres Arctic Monkeys… Ceux-là n’ont qu’à bien se baisser, le talon de l’ombrageux chanteur est près à botter leur petit cul rose. Mais après une trentaine d’albums dans la tourmente, The Fall sera-t-il assez membré pour se hisser sur le trône ? Vous plaisantez ? Hot Cakes à lui seul défroque tous les jeunes puceaux du rock qui se prennent pour des étalons. Mark E. Smith colle son spoken-word colérique et légendaire sur une rythmique guitare-basse-batterie stridente et incendiaire, et pas si éloignée des Clash. Le morceau de choix reste Chino rappelant les délires spasmolytiques du groupe, comme sur l’intro de I am a Kurious Oranj ou l’album Shift-Work. Coincé entre crissements de machine, mélodie sobre mais distordue, vieux matos grésillant et voix totalement monocorde, Chino fascine par son étrangeté lynchienne et sa rythmique nerveuse.
Pas moyen d’enterrer celui qui fut affublé du titre de plus grand Mancunien de tous les temps par la citoyenneté de Madchester. Et ce n’est pas le nihilisme sur le fil du rasoir de ce Our Future Your Clutter qui leur donnera tort. Après tout, comme le titrait très justement une compilation du groupe : 50,000 Fall fans can’t be wrong. Plus de trente ans de chute et ça ne fait que commencer. Les papis font toujours de la résistance.

Audio

The Fall - bury pts 1 & 3

Tracklist

The Fall – Our Future Your Clutter (Domino, 2010)

1. O.F.Y.C. Showcase
2. Bury pts 1 & 3
3. Mexico wax solvent
4. Cowboy George
5. Hot Cake
6. Y.F.O.C / Slippy floor
7. Chino
8. Funnel of love
9. Weather report 2


We Have Band l'interview + Session

wehavebandphoto2963

Venus à Paris promouvoir leur premier album, précédé d'une brouette d'EP's sur lesquels nous avons tous dansé à différents degrés d'alcool dans le sang, le trio We Have Band (sans triolisme aucun, bande d'obsédés) nous a fait le plaisir de répondre à une mini interview comme nous en avons le secret. Et de nous improviser une session acoustique, mini elle aussi, avec Divisive et WHB en mode détendu de la gratte. Leur album est sorti le 6 avril, et ils seront en concert à Paris le 16 avril, ne les ratez pas !

Video

Bonus


Porcelain Raft - Gone Blind

porcelainraftVous le savez mieux que moi. Perdre son temps est une activité à temps complet, surtout lorsque l'attention est aspirée malgré elle dans l'abîme de l'infini virtuel. La nuit s'écoule tel un sablier liquide tandis que les clopes écrasées regorgent d'un cendrier dégueulant son infamie. Le casque vissé sur les oreilles, les yeux mi-clos fixant les volutes de fumée blanche s'amusant de mes cernes noires, j'écoute, je me perds. Et difficile de s'y retrouver avec Porcelain Raft, jeune Londonien se la jouant délicieusement en solo, à l'électro-pop vaporeuse sertie d'effets et de delay des plus délicats. Inutile de dire que son talent ne s'accorde pas au pluriel puisque deux EP sortis en mars, Curve et Gone Blind, sont téléchargeables ici et pour presque rien. Quand la science musicale se conjugue à l'essence des rêves.

Audio

Porcelain Raft - Tip of your Tongue (Gone Blind Ep)

Bonus

Porcelain Raft - Flow (Curve Ep)


On y était - Autechre

Autechre, Paris, La Machine, le 20 mars 2010

autechre

C'est à 22 heures précises que vos deux chroniqueurs, Aki et Thibault, toujours avides de plus de bruits et d'exigences élitistes, se pointent à la porte de La Machine, bravant la pluie et détournant les yeux des écrans projetant les minutes décisives d'un match France-Angleterre en dent de scie.

Elle s'en est allée La Loco, emportant dans ses wagons le gratin de beaufs arpentant Pigalle en perpétuelle quête de débauche et de castagne... Hummmm pas si sûr ! Et malgré la joie inextinguible d'apprécier enfin en live et en vivant l'un des duos qui fit la renommée de l'écurie Warp, les lourdeurs de la semaine commencent à se tasser méchamment au fond de nos chaussettes détrempées. Alors, avoir à se taper le pécore de province venu se pochetronner le cornet comme au Métropolis, comprenez qu'il y avait comme un manque d'amour dans nos cœurs. Surtout que stupéfaction, infarctus, incontinence... ce que nous pensions être un concert de deux heures se transforme, à la vue du line-up long comme un bras, en all-night long party... Autechre est annoncé à 01h45. Notre humeur se tend comme un fil de fer barbelé...

L'entrée dans les locaux de La Machine Molle ? Dans la lourdeur la plus totale... Et ne croyez pas que nous faisons référence à l'ouvrage de William Burroughs pour ses frasques opiacées ou sa superbe diablerie. Non, l'adjectif est ici hautement péjoratif, informant qui veut bien nous croire de passer son chemin et de boycotter cette discothèque banlieusarde implantée en plein Paname. Vestiaire obligatoire, fumoir riquiqui et intenable pour multiplex commercial de haut-standing, jeux de lumières digne d'un aérogare... Seul avantage le prix des boissons est raisonnable, enfin, si vous appréciez vous envoyer un dé à coudre ou vous farcir une canette de bière chaude à la paille. Qu'on arrête de nous bassiner avec la Machine et qu'on nous rende le Pulp !

L'âme en peine, les souliers raclant le sol, nous déambulons, perdus dans nos pensées, un verre à la main. Et ce ne sont pas les vagues mix electro-drum'n'bass pseudo-warpiens qui risquent d'allumer une quelconque étincelle dans nos esprits corrodés. Par moment, Thibault balance quelques baffes à un Aki, lové en position fœtale sur le sofa, pour s'assurer que ce dernier est bien vivant, quand un brusque attroupement extirpe vos deux hartziners d'une semi-léthargie méditative. Un début de couinement plus loin, Rob Hall commence un set... dur à décrire. Crissement et enchevêtrement bruitiste mesurés à 8.7 sur l'échelle de Richter. Le public s'affole, affublant l'homonyme de l'alpiniste néo-zélandais de divers encouragements sonores. Même si nous esquissons quelques sourires, c'est plus par moquerie, avouons-le, que par approbation. Aucun de nous deux n'étant réellement fan d'électro expérimental noise à la Merzbow, nous éprouvons toutes les peines du monde pour rentrer dans l'univers d'un musicien semblant jouer sur un nerf et tirer dessus à vau-l'eau afin d'obtenir mille souffrances différentes. Nos tympans, eux, signalent qu'il est grand temps de choper un verre et d'aller respirer le grand air frais du cagibi-cendrier.

Réveillés par ledit trouble-fête et ses hurlements de machines, nous partons dans de folles discussions à l'étage, au bar à bulles - seule véritable innovation de La Machine - n'écoutant plus que vaguement les mélopées bruitistes s'extirpant d'enceintes omniprésentes. Et ce... jusqu'à ce que les ténèbres rampent et s'insinuent sous nos pieds. A peine le temps de se retourner, qu'une aube crépusculaire ronge la scène en irradiant le spectateur de son soleil noir. Comme un seul homme, nous dévalons les dédales d'escaliers pour nous approcher et tenter d'en voir plus... Peine perdue : Autechre - ou Ao-tek-er - ne laisse aucune place à l'interprétation visuelle de son set, laissant le public échafauder ses propres cauchemars sur des rafales sonores alliant à la magie de Roland TR-606 et MC-202 de puissantes boites à rythmes Machinedrum. Peu après cette tellurique introduction, les deux musiciens nyctalopes - bien qu'un seul apparaisse distinctement au centre de la scène - égrainent un condominium de nappes cristallines qu'ils dénaturent par la suite en le cisaillant de toute part, avant de le faire littéralement exploser dans une pluie de pierres précieuses frappant violemment le plancher. Rupture / break / assaut : on retrouve le style inimitable du duo de Sheffield que l'on considère trop souvent comme un sous-Aphex Twin. Preuve en est, ce soir Autechre ne souffre d'aucune comparaison, raclant le cortex cérébral d'un public abandonné aux froissements métallurgiques et polaires d'un live trouvant sa source entre le savant Draft 7.30 et le dernier né Oversteps.

A peine le show fini, nous nous extirpons d'une salle on ne peut plus blindée... Le jeu en valait-il la chandelle ? Pfff ... Demandez à tous les petits nippons qui plantent leurs tentes trois jours dans le froid avant la sortie d'un nouveau Final Fantasy. Vous verrez ce qu'ils vous rétorqueront.

Audio


Warp : vingt ans d'histoire, deux mixes

warp-logoEn 2009, le label de Steve Beckett et de feu Rob Mitchell a fêté durant toute l'année 2009 et aux quatre coins du monde son vingtième anniversaire. De la même façon qu'en 1999, où Warp soufflait ses dix bougies en égrenant trois compilations majeures Influences, Classics et Remixes, asseyant Sheffield au centre de l'échiquier électronique, les compilations Chosen, Recreated et Unheard, présentées toutes trois l'année dernière, constituent tant une lecture réflexive de son passé qu'une vision prémonitoire d'un futur à inventer. A l'heure d'un troisième manifeste - après les compilations Artificial Intelligence I (1992) et II (1994) et celles précitées de 1999 - et à l'aune d'une importante série d'événements live - la tournée Warp 20 à Paris, Londres, Tokyo, Berlin - reste à savoir ce qui nous attend. Si le programme semble accessible et varié, n'en déplaise aux puristes, il reste attrayant et novateur. Visite guidée en deux mixes et détour par vingt ans d'histoire musicale.

"Sans Warp Records, je serais devenu un vieux grincheux débordant d'amertume et je vivrais dans un réfrigérateur. C'est vrai. Au milieu des années 90, la pop a failli me faire expulser de chez moi. [...] J'avais perdu tout désir de seulement écouter un disque. Je me sentais tellement découragé par ce médium qui se mordait la queue et ne circulait plus qu'en cercle restreint que mes écrits étaient devenus tristes et mornes. Ce qui signifie que les éditeurs n'eurent plus envie de me publier. [...] Je mentirais en disant que la séminale compilation Artificial Intelligence a immédiatement charmé mes perspicaces oreilles de critique. La vérité est vraiment ailleurs. [...] Mais l'idée de morceaux composés dans la perspective d'une consommation intime et contemplative - et non dans celle d'un partage communautaire entre raveurs et sueur - parlait d'or à la tendance misanthrope de mon caractère"
Kurt B. Reighley, Downtempo - Modulation - 2007, ed Allia p 217-p234

warp-logo-2
Le label Warp fait partie de ces labels anglais qui, par leur démarche ingénieuse et minutieuse, ont façonné un pan entier de la musique contemporaine. Dans les années quatre-vingt -dix, signer sur Warp signifiait faire de la musique électronique difficile, d'une alchimie contrariant le mainstream et avariant le dancefloor. D'une certaine façon, Warp est à la musique électronique ce que Factory Records (1978 - 1992) fut pour le post-punk mancunien et Sarah Records (1987 - 1995) pour la twee-pop. A savoir, le presque dénominateur commun de tous les groupes gravitant autour de ces courants musicaux. Par l'intransigeance de leur démarche artistique, leur identité visuelle forte (Peter Saville pour Factory, the Designers Republics pour Warp) et la cohérence assumée de leurs sorties, ces labels sont devenus des références incontestées - sans être pour autant incontestables - tout en gardant de raisonnables distances avec les potentats internationaux de l'industrie du disque.

Ville autrefois reconnue pour son glorieux passé sidérurgique, Sheffield connaît en 1987 un des taux de chômage les plus élevés du pays. Margaret  Thatcher entame son troisième mandat. La désinsdustrialisation est menée à marche forcée, les syndicats sont brisés, l'acier sera désormais coulé en Inde. La jeunesse, dénuée de perspectives et enserrée de vastes espaces de métal moribonds, s'ennuie ferme. Elle va pourtant entrer en résistance. Si les abords de la ville ressemblent à un désolant paysage d'après guerre, la nuit aidant, l'amas de friches industrielles et de hangars à l'abandon se convertit en un formidable terrain de jeu et de danse. L'ecstazy se répand comme une tache d'huile à mesure que l'influence de l'acid-house, importée de Chicago, s'abat sans vergogne à coups de Roland TB-303 sur les dancefloors d'Albion. De nombreuses raves s'initient sur les ruines du capitalisme honni. Comme à Manchester, le phénomène prend une telle ampleur qu'une scène commence à émerger : le bleep anglais vient d'éclore. En 1987, Steve Beckett et Rob Mitchell tiennent la boutique FON, pour fuck of nazis, dans un hangar désaffecté, à savoir, un magasin de disques déclinant avant tout la bonne parole acid-house venue de Chicago, mais aussi celle, plus froide, professée à Détroit par le collectif Underground Resistance. 1989, les dés sont jetés : le duo fonde Warped Records (disques gondolés) qui deviendra très vite, par commodité de langage, Warp.

robandsteve2-oldSi la destinée de Factory Records reposait, peu ou prou, sur les épaules de Tony Wilson et d'Alan Erasmus, et que celle météorique de Sarah était portée à bout de bras par Clare Wadd et Matt Haynes, ce sont Steve Beckett et Rob Mitchell, qui à contre courant de l'agonisante madchester et des vagues techno house importées des US, décidèrent de lancer des artistes explorant une dimension déviante de la musique électronique, couplant l'intimité de l'écoute à la subversion des codes établis (harmonie, rythmes). Il y avait deux manières immédiates et spontanées d'appréhender la cohorte de laborantins visionnaires que trimballait Warp dans ses cartons : la première en n'y comprenant rien, telle une radicale étrangeté, à la fois magnétique et insupportable. La seconde, en disséquant tout, étirant les compositions et leur compréhension sur des bases quasi-scientifiques. Pour Sean Booth, moitié d'Autechre, cette alternative se retrouvait au coeur même de la création de ce que certains ont dénommé l'Intelligent Dance Music (IDM) : "Notre camarade Tom Jenkinson, qui enregistre sous le nom de Squarepusher, est autodidacte, mais en même temps il en sait pas mal. Et il est d'accord avec nous : soit tu sais tout, soit tu ne sais rien du tout. Il n'y a pas de juste milieu. C'est dans la recherche du juste milieu que les gens échouent." Aucune demie-mesure n'était donc concevable au moment-même où la décennie embrayait sur une simplification commerciale du fond et de la forme : l'ère du Beat opérait la jonction entre rock et techno (Prodigy), quand la techno elle-même se vidait de sa substance "en raison du nombre de plus en plus grand de morceaux interchangeables qui se contentaient de reproduire des formules codifiées : les rafales de Roland TR-808 et TB-303, les riffs ultra rapides de piano et les chants plaintifs de divas extraits arbitrairement de longs passages lyriques" (Kurt B. Reighley, précité).

C'est en ce sens que la carrière de critique de Kurt B. Reighley fut sauvée : il se heurta frontalement aux déclinaisons warpiennes d'Autechre à Aphex Twin, en passant par Boards of Canada ou Plaid, choc qui le ramena à la passion d'écrire et de s'émouvoir. Et c'est en ce sens que l'on peut lancer la question qui taraude le tout un chacun du milieu électro-techno : le label Warp n'est-il pas en train de cramer ce qui a fait son succès ? Par sa stratégie d'ouverture vers les continents pop, folk, rock ou hip-hop, et par une moindre radicalité dans le choix d'artistes signés, Warp ne tend-il pas vers une dilution de son identité originelle et donc vers un destin de plus en plus commun ? Warp, muni de son troisième manifeste lancé en 2009, est-il encore en mesure de provoquer l'attrait sans demi-mesure d'antan ? Si la réponse est sans doute dans la question, il n'y a aucune urgence pour jeter le bébé avec l'eau du bain : si le noyau originel se contracte, le champ des possibles, lui, s'agrandit.

Laissez vous guider en deux mixes - les fondations, les évolutions - qui, s'ils n'ont pas la prétention de l'exhaustivité, permettent un début de réponse. Après, à vous de faire vos jeux. Et pourquoi pas, de nous les exposer.

Audio

mix 1 : fondations


mix 2 : évolutions

Infos

artistes signés sur Warp

!!!Anti-Pop ConsortiumAphex TwinAutechreBattlesBeansBibioBoards of CanadaBroadcastBrothomstatesChris ClarkDrexciyaFlying LotusGravenhurstGrizzly BearHome VideoJamie LidellJackson & his Computer BandJimmy EdgarLeilaLfoLuke VibertMaxïmo ParkMira CalixNightmares on WaxPivotPlaidPlonePrefuse73Richard DevineRussell HaswellSquarepusherTim ExileTortoiseTwo Lone SwordsmenTyondai BraxtonVincent Gallo.


passé + présent = futur : warp 20, un nouveau manifeste : le tracklisting WARP20

warp20

chosen

chosen

disc 1: as chosen by fans
01 - aphex twin - windowlicker
02 - boards of canada  - roygbiv
03 - squarepusher - my red hot car
04 - battles - atlas
05 - lfo - lfo (leeds warehouse mix)
06 - plaid - eyen
07 - luke vibert - i love acid
08 - autechre - gantz graf
09 - jimmy edgar - i wanna be your std
10 - clark - herzog

disc 2: as chosen by Warp co-founder Steve Beckett
01 - broadcast - tender buttons
02 - squarepusher - my sound
03 - boards of canada - amo bishop roden
04 - battles - race : out
05 - flying lotus - gng bng
06 - black dog productions - xeper - carceres ex novum
07 - nightmares on wax - i'm for real
08 - mike ink - paroles (original)
09 - aphex twin - bucephalus bouncing ball
10 - jamie lidell - daddy's car
11 - squarepusher/afx - freeman hardy & willis acid
12 - seefeel - spangle
13 - autechre - drane

recreated

recreatedjpegDisc 1
01 - born ruffians - milkman/to cure a weakling child (originals by aphex twin)
02 - jimi tenor - japanese electronics (original by elecktroids)
03 - maximo park - when (original by vincent gallo)
04 - tim exile - a little bit more (original by jamie lidell)
05 - rustie - midnight drive (original by elecktroids)
06 - luke vibert - lfo (original by lfo)
07 - autechre - what is house? (flo remix) (original by lfo)
08 - russell haswell - cabasa cabasa (original by wild planet)
09 - clark - so malleable (original by milanese)
10 - diamond watch wrists - fool in rain (original by pivot)
11 - hudson mohawke ft. wednesday nite - paint the stars (original by jimi tenor)

Disc 2
01 - mark pritchard - 3/4 heart (original by balil - black dog productions)
02 - mira calix with oliver coates - in a beautiful place out in the country (original by boards of canada)
03 - pivot - colorado (original by grizzly bear)
04 - bibio - kaini industries (original by boards of canada)
05 - jamie lidell - little brother (original by grizzly bear)
06 - leila - vordhosbn (original by aphex twin)
07 - john callaghan - phylactery (based on tilapia by autechre)
08 - gravenhurst - i found the f (original by broadcast)
09 - plaid - on my bus (original by plone)
10 - seefeel - acrobat (original by maximo park)
11 - nightmares on wax - hey hey, can u relate

unheard

unherad01 - boards of canada - seven forty seven
02 - plaid - dett
03 - autechre - oval moon (ibc mx)
04 - elecktroids  - elecktroids bonus circuit
05 - vlark - rattlesnake
06 - plaid  - sam lac run
07 - nightmares on wax  - mega donutz dub
08 - nightmares on wax - biofeedback dub
09 - flying lotus  - tronix
10 - broadcast  - sixty forty
11 - seefeel - as link


Bomb the Bass – Back to Light

bombfeatTim Simenon pourrait être qualifié comme le maestro du grand écart. Débutant sa carrière en 1987 avec le tube interplanétaire Beat This, celui qui se cache derrière l’entité Bomb The Bass définissait ce que beaucoup d’entre nous appellent aujourd’hui « acid-house » au côté de nombreux autres artistes ayant malgré eux disparu du circuit. Pour d’autres, Bomb the Bass, ça reste l’excellent Bug Powder Dust sur l’indémodable The K&D Sessions de Kruder et Dorfmeister, imparable hit du pourtant très anecdotique Clear paru en 1995. On se rappellera d’ailleurs de la polémique dont fut frappé le groupe, à l’instar de Massive Attack, quelques années plus tôt. Leurs noms jugés trop agressifs durent être modifiés pour cause de climat sensible dû à la World War III… Ah non pardon, la Guerre du Golfe.
Quoi qu’il en soit, après un silence de radio de dix longues années, Tim Simenon rappela au monde que les basses vibraient toujours en assenant fin 2008 un Future Chaos sombre et désenchanté. Cette fois, l’attente sera moins longue, puisqu’à peine deux ans séparent Back to Light de son prédécesseur. Et première constatation, le titre ne pouvait pas mieux coller à cet album produit en partie par le proclamé nouveau king de la minimale-house : Gui Boratto.
Dès les premières mesures de Boy Girl ou de celles X Rays Eyes, pourtant chatouillés par la voix vocodée de Michael Kelley alias Kelley Polar, nous sommes transpercés par les halos brûlants diffusés par le Brésilien sur cette nouvelle mouture aux consonances 80’s appliquées par Tim Simenon. The infinites qui laisse entrevoir un certain renouveau avec son démarrage new-wave sombre rapidement dans du daft-like, pas inintéressant, mais trop tape-à-l’œil pour être sincère. Pauvre Paul Conboy, devenu depuis Future Chaos le collaborateur agréé de l’entité britannique, il lui faudra attendre le finalement brillant Burn Less Brighter pour obtenir une partition à la mesure de son talent. Même le crooner electro Richard Davis nous offre le minimum syndical, certainement plus inspiré par les climats rythmiques glacials que les sunlights caribéens. Et pourtant, niveau collaboration, le torturé Martin Gore sort substantiellement son épingle du jeu. Le mégalo se voyant offert un passage sur Milakia, track crépusculaire, à des années lumières des 9 pistes précédentes.
Soyons clair, Back to Light marque peut-être le retour de Simenon vers la lumière, mais plutôt celle des néons de clubs pour ados. Les connaisseurs ne sont pas dupes : production mal léchée, tracks bossés à la va-vite, featurings certes deluxes mais tellement mal utilisés… Au mieux on retrouvera un ou deux morceaux de ce Back to Light dans une des prochaines pubs Renault ou CK, mais certainement pas dans les charts de Resident Advisor.

Tracklist


Bomb the Bass – Back to Light (K7!,2010)

01. Boy Girl [ft. Paul Conboy]
02. X Rays Eyes [ft. Kelley Polar]
03. The Infinites [ft. Paul Conboy]
04. Price on Your Head [ft. Richard Davis]
05. Blindspot [ft. Paul Conboy]
06. Start [ft. Kelley Polar]
07. Burn Less Brighter [ft. Paul Conboy]
08. Happy To Be Cold [ft. Richard Davis]
09. Up the Mountain [ft. The Battle of Land and Sea]
10. Milakia [ft. Martin Gore]


Archie Bronson Outfit - Coconut

cocunutCommençons d'une manière très simpliste, que ceux qui ne connaissent pas Archie Bronson Outfit prennent bien soin d'éviter la page qui leur est dédiée sur Wikipédia... Groupe de Blues-rock, et puis quoi encore... Encore un qui a écrit sa définition en pensant fermement que Bob Dylan joue depuis toujours de la clarinette. Non en réalité ce trio barbu londonien, toujours activement recherché par les services psychiatriques d'interpol, roule sa bosse en marge des étiquettes. Si Derdang Dergang carillonnait vindicativement il y a quatre ans à notre porte, nos adorables chelous sont de retour, cette fois-ci armés de Coconut trempées dans l'acid.
Toujours signés sur le célèbre label qui livre également des pizzas, nos trois Archie se lâchent sur l'hallucinogène, ayant apparemment raflés ce qui se faisait de mieux en terme de petite pilules rose.  Et dans leur road-movie improbable, le combo aurait également kidnappé Tim Goldsworthy, éminent collaborateur du label DFA, à qui l'on doit d'ailleurs la production léchée du dernier LCD Soundsystem. Ne vous étonnez donc pas si Chunk ou Hoola vous rappellent le disco-punk bruitiste de The Rapture.
Non, mais très sérieusement, ces mecs doivent avoir un sérieux pet au casque. Pour s'en convaincre il suffit de visionner le DVD bonus (et ça c'est cadeau) compilant dix clips fait maison, et s'arrêter sur Wild Strawberries où nos Archie prennent un malin plaisir à jouer enrubannés de la tête au pied, comme de vieux chipsters qu'on retrouve au rayon grand brûlé de la plupart des hôpitaux. La dernière fois que j'ai pu assister à une telle performance, c'était à un concert de Klinik. Nous ne sommes plus vraiment dans le même registre.  Mais attention, on reste dans le domaine de la prouesse. Kick de batterie qui renvoie les Liars au bac à sable, rafales de guitare montant crescendo, nervous sur la sat', chant primal ponctué de « ouh-ouuuuuuuh » en background. Wild Strawberries est une explosion de psyché-garage comme on aimerait en  entendre plus souvent.
En outre cette nouvelle approche radicalement psychédélique est abordée dès l'ouverture de l'album. Magnetic Warrior et ses épanchements sur des effets fuzz, sa rythmique hypnotique, ses harmoniques orientalisantes, ne trompe pas. Quatre ans d'abus d'éther, un détour via un side-project  The Pyramids tout aussi barré et c'est le lâché de camisoles.
Retour d'ailleurs sur Hoola, titre dancey à tendance new-yorkaise de l'album. Hymne punk-funk pétillant où se croisent les influences de Gang of Four et The Wire. Plus que le morceau phare de ce Coconut,  la cadence frénétique des instruments, dont cette ligne de basse imparable parlent directement à nos vieilles baskets vintages qui s'animent et déglinguent le dancefloor. Où comment nos Anglais évadés de vol au-dessus d'un nid de coconuts écrasent James Murphy sur son propre terrain. Le pauvre s'étant du reste déjà fait mettre à l'amende par le dernier Juan MacClean. Ça risque d'être très dur pour le prochain LCD Soundsystem.
Et c'est toute la force de Coconut, passer du coq à l'âne,  des escalades trans-psyché d'un Harness à la post-folk électronica de Hunt you down.  Ce n'est pas pour rien que ce nouvel opus sortira donc en mars,  aussi appelé communément le mois des fous. Mais pour terminer, sachez qu'il est bien dommage qu'on ne note pas chez Hartzine car je lui aurais collé un 6 sur 5 sans problèmes. Déjà mon album de l'année, vous pouvez y aller les yeux fermés. Achetez-le, volez-le, offrez-le, mais écoutez-le !

Audio

Archie Bronson Outfit - Magnetic Warrior

Video

Tracklist

Archie Bronson Outfit - Coconut (Domino, 2010)

1. Magnetic Warrior
2. Shark s Tooth
3. Hoola
4. Wild Strawberries
5. Chunk
6. You Have A Right To A Mountain Life
7. Bite It & Believe It
8. Hunt You Down
9. Harness (Bliss)
10. Run Gospel Singer


George Pringle l'interview

l_12b878023e35476ba8c6d08d72b69b62Personnalité atypique de la scène anglaise, la jeune George est ce qu’on pourrait appeler une artiste ‘DIY’ (do it yourself) : elle écrit, enregistre et produit ses chansons elle-même comme une grande. Son premier LP, Salon des Refusés,  sorti en septembre 2009 en distribution digitale via son propre label Deth To Fals Metal Records, se compose essentiellement de titres chantés en style spoken word le tout posé sur une musique électronique lo-fi du plus bel effet prouvant ainsi que ce grand corps-la n'est pas malade. En voici d'ailleurs la preuve via une interview prise sur le vif juste après son concert à la flèche d'or en février dernier.

Video


Forest Swords - Miarches

l_28916770fcc741c69c139bff1d92c3c5Autant vous le dire tout de suite, de Forest Swords, je ne vais pas vous en faire une tartine. Je n'ai pas grand chose à étaler. Mis à part qu'internet c'est le pied, que l'on trouve des trucs formidables sans jamais savoir d'où et comment l'on tombe dessus. Si le natif de Liverpool qui se cache derrière cette épée champêtre de bon ton a un album qui sort bientôt, Dagger Paths, un net-label-blog, OESB, où l'on peut commander ledit album paru le 1 mars, il a surtout de très belles vidéos illustrant son dub narcotique nimbé de bruits blancs. A noter que Dagger Paths est une réédition d'une cassette, Miarches, parue l'année dernière. Non je ne le fais pas exprès. Vous aimez ? N'hésitez pas à télécharger sa mixtapepondue pour le blog défricheurGorilla vs Bear. Et là, tout est dit.

Videos

Bonus


LoneLady - Nerve Up

WARPCD186 Correct AGI gridPour en finir avec Joy Division… Non, Julie Campbell n’est pas la fille cachée de Ian Curtis. Et d’ailleurs mis à part le tracklist dont on retrouve dans les titres la même ambiguïté que dans ceux du groupe de Salford, la comparaison s’arrêtera là. On ressent bien entendu l’influence du chanteur maudit dans les textes de la jeune Mancunienne, mais son univers musical est plus à rapprocher de New Order période Movement ou Low-Life ainsi que des premiers PIL.
Ce n’est pas pour rien que Rob Ellis (PJ Harvey) et Guy Fixen (My Bloody Valentine) en ont fait leur protégée. Cette jeune femme frêle, légèrement androgyne et à l’apparence arachnéenne se construit une solide réputation en chauffant le public de la dernière tournée de The Wire, qui sentent le vent Post-Punk tourner dans sa mèche rebelle.
Cette LoneLady partage un timbre de voix que lui envierait la sus-citée Polly Jean et autre Siouxie, calme mais écorché, soufflant la douleur et attisant les larmes. Et c’est sur ce point que l’Anglaise marque ses points, s’éloignant de toute ré-édit, pré-fabric, sa voix chaude et subtilement éraillée dépareille des vaines tentatives de copie de hululements mortifères sans renier cette part d’obscurité qui l’habite (Fear no More), préférant se forger sa propre identité que de ressembler à un vague copycat.
Les mélodies explorent également un spectre assez large de sonorités s’étalant essentiellement sur la grande période post-punk eighties. Impossible de ne pas penser à Gang of Four!, A Certain Ratio, Suicide ou The Fall… Ces groupes que LoneLady affectionne tant et à qui elle rend de merveilleux et tragiques hommages à travers des futurs hits comme Intuition ou Cattletears. Comme il est bon de se fondre dans cette atmosphère fiévreuse où le rasoir semble avoir remplacé le médiator. Les riffs de guitares électrisants et crissants, généreusement enveloppés par les synthés qui jouent discrètement au second plan (Army), mais donnent cette teinte authentique et reconnaissable des années enfumées de la petite bourgade anglaise.
On se félicitera encore de cette trouvaille signée Warp, qui s’éloigne de plus en plus du bricolage electro-IDM pour nous proposer des artistes venus d’horizons très différents mais avec toujours cette pointe d'originalité. Et LoneLady de nous prouver qu’on peut sonner rétro tout en restant avant-gardiste.

akitrash

Audio

Lonelady - Immaterial

Tracklist

LoneLady - Nerve Up (Warp, 2010)
01. If Not Now
02. Intuition
03. Nerve Up
04. Early The Haste Comes
05. Marble
06. Immaterial
07. Cattletears
08. Have No Past
09. Army
10. Fear No More


Four Tet – There Is love In You

four-tet-there-is-love-in-you1Il est de ces petits génies touchés par la grâce dont le talent vous rend immédiatement ivre de jalousie, tant il vous parait inconcevable d’être aussi incroyablement doué mais également aussi fabuleusement éclectique. Ce touche à tout de Kieran Hebdan a la sale manie de transformer tout ce qu’il touche en rêve et atteint des sphères que seul des mélomanes comme Herbie Hancock ou Miles Davis ont réussi à parcourir tout au long d’une carrière. Cet artiste polymorphe que l’on pensait retrouver avec un nouvel essai jazzy-hop, surprend son monde et persévère dans ce virage électronica-dub amorcé en 2009, grâce à une collaboration très remarqué avec Burial puis vérifiée lors de la réalisation d’un remix exceptionnel pour Anti-Pop Consortium.
Four Tet se sublime durant neuf tracks lancinants et sensuels déversant une émotion quasi palpable. Angel Echoes, en est peut-être l’exemple parfait. Le morceau tournoyant sur lui-même, s’axant sur une boucle qui semble tourbillonner à l’infinie, entrainant avec elle cette voix mélodieuse et élégiaque exprimant tout simplement : There is Love in you . Et que dire de Love Cry, ode à la lascivité reposant sur un kick dévastateur , dont la seconde partie chantée transforme le titre en hymne dancefloor. Des morceaux plus innocents (Circling, Reversing) apportent une touche aérienne et comatique à l’album, dont le sound-design particulièrement léché n’est pas sans rappeler les expériences de Lusine sur A certain Distance.
Le joyau de la couronne restant cependant Plastic People, qui de sa finesse extrême marque une certaine rupture avec l’ensemble du cinquième opus de Four Tet. Une cavalcade mid-tempo étrange, qui flirte avec le dubstep pluvieux du papa d’Untrue tout en conservant l’énergie de house britannique.
Kieran Hebdan construit avec cet album une nouvelle facette à son personnage phantasmagorique, toujours aussi touchante mais quelque peu plus gracile. Le premier disque de clubbing domestique à se passer en boucle, et en boucle, et en boucle…

akitrash

Audio

Four Tet- This Unfolds

Bonus

Four Tet - Sing

Tracklist

Four Tet – There Is love In You (Domino, 2010)

1. Angel Echoes
2. Love Cry
3. Circling
4. Pablo's Heart
5. Sing
6. This Unfolds
7. Reversing
8. Plastic People
9. She Just Likes to Fight


On y était - So So Modern

_mg_2438So So Modern - Paris, La Flèche d'Or, 4 février 2010

Retrouver les quatre Néo-Zélandais de So So Modern, c'est un peu comme reprendre le chemin des vacances, celui d'un Midi Festival 2008 en tout point réussi. Sur les bords de la French Riviera, la prestation des natifs de Wellington avait crevé l'écran au point d'attirer sur scène Robert Aaron, saxophoniste du groupe James Chance and his Contorsions, figures tutélaires de la No Wave new-yorkaise et têtes d'affiche du soir précédent, où celui-ci conjugua, le temps d'une improvisation d'anthologie, sa science brute de la déconstruction à celle échevelée des So So Modern. C'est d'ailleurs dans le prolongement du Midi qu'ils entamèrent une tournée aux quatre coins de l'Europe et des Etats-Unis, chaque fois vêtus de costumes loufoques - exprimant ainsi leur Devo(tion) - et faisant un bout de chemin en compagnie des Dirty Projectors, Why?, Deerhoof ou Errors, autant de groupes constituants autant d'influences apparentes. Mais si la synth-pop complexe et explosive des So So Modern est d'un syncrétisme à toute épreuve, le groupe a su d'emblée trouver une identité forte, taillée dans l'énergie brute et un sens rythmique implacable. C'est donc avec un plaisir non dissimulé que l'on se met en route pour gagner une Flèche d'or réouverte et remodelée depuis novembre 2009. Entamant cette énième tournée un LP en poche, Crude Futures à paraître le 01 mars, la question qui taraude gentiment est si l'on retrouvera les hymnes d'hier (Skeletons Dance ou The New Internationale, chacune entubées dans le brouhaha ici et ) où si au contraire l'album marque une rupture, une forme de maturation. Un matériel une fois de plus impressionnant, composé d'un méli-mélo de claviers, guitares, sampler, vocoder en plus d'une batterie archi-fournie, emplit l'espace scénique et légère stupeur dans les rangs, ils ne sont que trois. On me glisse qu'ils sont toujours bien quatre, l'un d'eux, Aidan Leong (voix et claviers), n'ayant pu se libérer pour ladite tournée. Une raison qui vaut pour un set court et un peu moins remuant qu'à l'accoutumée, mais qui aurait pu valoir aussi un set décevant. Et il n'en est rien. C'est même saisissant de voir avec quelle décontraction et quelle aisance technique Grayson Gilmour (guitares, voix, claviers, sampler), Mark Leong (guitare, voix, claviers) et Daniel Nagels (batterie) suppléent l'absence de leur compère. Entamant, pied au plancher, leur sujet, les impressions se bousculent dans mon cerveau agité au gré de rapides circonvolutions rythmiques : les morceaux instrumentaux (Berlin, Life in the Undergrowth) font penser aux Ecossais d'Errors, quelques poutres de speed renaclées en plus, quand le chant - et non l'instrumentation - évoque tour à tour Noah Lennox (Panda Bear, Animal Collective) sur Island Hopping / Channel Crossing, puis Luke Lalonde (Born Ruffians) sur Give Everything, notamment dans cette faculté de Grayson Gilmour à enrouler sa voix autour de mélodies balancées à la volée. Un véritable tour de force, tant les boucles électroniques et les odes immiscées aux claviers alternent et s'entrechoquent au fracas étourdissant de guitares, tantôt rythmiques, tantôt leads. Le tout orchestré par Daniel Nagels aussi carré que John Stanier, batteur de Battles. C'est dire. La rançon de cette virtuosité est un jeu de scène un brin statique, mais qu'importe, le public en fait fi et invective le groupe de salves d'applaudissements à la mesure de leur talent. Quant à l'interrogation initiale, aucune déduction n'est inutile : les So So Modern n'ont joué quasiment que leur album, le regard fixé au loin. L'horizon est dégagé.

Setlist : Because of the technical difficulties we couldnt play all our songs, so here is our set list ! - Gg / SSM :

The Worst is Yet to Come
Be Anywhere
Berlin
Holiday
Dusk & Children
Give Everything
Clean Up, Step Up
Island Hopping / Channel Crossing

Photos

[flagallery gid=4 name="Gallery"]

crédits : Farrah Hammadou pour dont.contradict.us

Chroniques

crude-futuresSuite au Midi festival, j'avais, comme beaucoup d'autres présents ce jour là, fureté sur la toile, histoire de voir ce que donnaient les So So Modern dans mon casque audio. Déçu de ne pas retrouver dans la puissance et les arrangements la folie retord insufflée sur scène, mon attention s'était quelque peu étiolée. Puis, plus rien. Normal, les quatre néo-zélandais se sont retirés du monde, se repliant sur leur terre natale pour enregistrer enfin un album digne de ce nom. Avec un tel potentiel, la procrastination du groupe en la matière confinait à l'insouciance : pas moins de sept EP et une liste de concerts donnés aux quatre coins du monde longue comme un bras. J'exagère à peine. Signé sur Transgressive Records, par ailleurs label de Esser, Two Door Cinema Club et Foals, ils ont mis huit mois pour enfanter Crude Futures qui s'impose comme "une façon de montrer tous les extrêmes et les contrastes du groupe, du plus violent au plus calme, crié ou chanté, touffu ou aéré." Si cette préoccupation de passer du coq à l'âne ne date pas d'hier pour le détonant quatuor, à n'en pas douter, et dès la première écoute, celle-ci prend une nouvelle dimension. Reconnus dans leur pays d'origine, Crude Futures, par sa justesse dans la production, résonne comme la promesse d'un avenir taillé à l'échelle du globe. Pris à la gorge par le redoutable et instrumental Life In The Undergrowth qui plante le décor sans pour autant en révéler l'ampleur, The Worst Is Yet To Come ne relâche pas l'étreinte, mitraillant à tout va les tympans de ses nappes de claviers survitaminés. On se prend à penser à Shy Child et aux meilleurs morceaux de Noise Won't Stop (2007) quand Dendrons révèle alors une facette alors méconnue du groupe musicalement proche d'At the Drive-In, les refrains pop en plus. Be Anywhere met certes plus de temps à se mettre en place mais devient proprement génial où, passé un break discoïde, les guitares répondent aux voix sur une batterie en parfait contre temps. Born Ruffians n'est pas loin, en plus dense et texturé. Une ligne de synthé plus loin, implacablement martelée, et voilà que Crude Futures bascule du très bon à l'addictif. Berlin est un hymne synthétique à l'instrumentation sinusoïdale capable de contaminer un nombre incalculable d'oreilles abasourdies. Suite à une telle saillie jubilatoire que les écossais d'Errors auraient aimé compter dans leur répertoire, les So So Modern temporisent et offrent avec Dusk & Children leur morceau le plus intimiste. Holiday, quant à lui, est parfaitement représentatif de la cyclothymie du groupe, les césures dans le rythme s'enchaînant effrontément à mesure que Grayson Gilmour s'époumone. Si Island Hopping /Channel Crossing est dans la même veine, on croit déceler un improbable mais percutant mashup voyant Noah Lennox et ses petits copains s'évertuer à suivre Don Caballero dans une folle embarquée au final mémorable. A peine le temps de rassembler ses idées que les guitares annoncent déjà une autre rafale d'efficacité pop avec Give Everything, morceau conclusif d'un album dénué de temps mort. Voulant dépeindre avec Crude Futures les lueurs d'espoir qui perdurent ici et là dans un monde déshumanisé et désolé, les So So Modern dispensent d'une manière magistrale leur intention de vie : le râle intrépide d'une jeunesse qui ne s'en laisse pas conter. Imparable pour tout quidam amateur de sensations fortes.

Thibault



So So Modern - Crude Futures

crude-futuresSuite au Midi festival, j'avais, comme beaucoup d'autres présents ce jour là, fureté sur la toile, histoire de voir ce que donnaient les So So Modern dans mon casque audio. Déçu de ne pas retrouver dans la puissance et les arrangements la folie retord insufflée sur scène, mon attention s'était quelque peu étiolée. Puis, plus rien. Normal, les quatre Néo-Zélandais se sont retirés du monde, se repliant sur leur terre natale pour enregistrer enfin un album digne de ce nom. Avec un tel potentiel, la procrastination du groupe en la matière confinait à l'insouciance : pas moins de sept EP et une liste de concerts donnés aux quatre coins du monde longue comme un bras. J'exagère à peine. Signé sur Transgressive Records, par ailleurs label de Esser, Two Door Cinema Club et Foals, ils ont mis huit mois pour enfanter Crude Futures qui s'impose comme "une façon de montrer tous les extrêmes et les contrastes du groupe, du plus violent au plus calme, crié ou chanté, touffu ou aéré." Si cette préoccupation de passer du coq à l'âne ne date pas d'hier pour le détonant quatuor, à n'en pas douter, et dès la première écoute, celle-ci prend une nouvelle dimension. Reconnus dans leur pays d'origine, Crude Futures, par sa justesse dans la production, résonne comme la promesse d'un avenir taillé à l'échelle du globe. Pris à la gorge par le redoutable et instrumental Life In The Undergrowth qui plante le décor sans pour autant en révéler l'ampleur, The Worst Is Yet To Come ne relâche pas l'étreinte, mitraillant à tout va les tympans de ses nappes de claviers survitaminés. On se prend à penser à Shy Child et aux meilleurs morceaux de Noise Won't Stop (2007) quand Dendrons révèle alors une facette alors méconnue du groupe musicalement proche d'At the Drive-In, les refrains pop en plus. Be Anywhere met certes plus de temps à se mettre en place mais devient proprement génial où, passé un break discoïde, les guitares répondent aux voix sur une batterie en parfait contre temps. Born Ruffians n'est pas loin, en plus dense et texturé. Une ligne de synthé plus loin, implacablement martelée, et voilà que Crude Futures bascule du très bon à l'addictif. Berlin est un hymne synthétique à l'instrumentation sinusoïdale capable de contaminer un nombre incalculable d'oreilles abasourdies. Suite à une telle saillie jubilatoire que les écossais d'Errors auraient aimé compter dans leur répertoire, les So So Modern temporisent et offrent avec Dusk & Children leur morceau le plus intimiste. Holiday, quant à lui, est parfaitement représentatif de la cyclothymie du groupe, les césures dans le rythme s'enchaînant effrontément à mesure que Grayson Gilmour s'époumone. Si Island Hopping /Channel Crossing est dans la même veine, on croit déceler un improbable mais percutant mashup voyant Noah Lennox et ses petits copains s'évertuer à suivre Don Caballero dans une folle embarquée au final mémorable. A peine le temps de rassembler ses idées que les guitares annoncent déjà une autre rafale d'efficacité pop avec Give Everything, morceau conclusif d'un album dénué de temps mort. Voulant dépeindre avec Crude Futures les lueurs d'espoir qui perdurent ici et là dans un monde déshumanisé et désolé, les So So Modern dispensent d'une manière magistrale leur intention de vie : le râle intrépide d'une jeunesse qui ne s'en laisse pas conter. Imparable pour tout quidam amateur de sensations fortes.

Thibault

Video

Tracklist

So So Modern - Crude Futures (2010, Transgressive Records)

01. Life In The Undergrowth
02. The Worst Is Yet To Come
03. Dendrons
04. Be Anywhere
05. Berlin
06. Dusk & Children
07. Holiday
08. Island Hopping /Channel Crossing
09. Give Everything