PJ Harvey – Let England Shake

pj-harvey-let-england-shakeIl doit l'attendre depuis vingt bonnes minutes. Mais qu'est ce qu'il fout ? Il en a marre d'être pris pour un con. Il aimerait l'aider, réussir à le faire parler mais celui-là continue à se faire attendre. Tant pis, on boira des bières et basta. On se mêlera à tous ces gens pressés de se retrouver autour d'un verre, on prendra un ton décontract' et désinvolte tout le long de la soirée et ça devrait bien se passer. Mais quand même, il se dit que ça ne peut pas durer éternellement comme ça. Sinon, à quoi est-ce qu'ils servent les potes ? Dans cette grande avenue, des lumières rouges, jaunes, vertes scintillent de toute part. Il les observe, immobile, et les trouve belles. Les épiceries arabes sont encore ouvertes et les bars commencent à faire le plein. Il a l'impression d'avoir été ici, à ce même endroit, des centaines de fois. Attendre de passer cette même soirée d'oubli et de promesses. Tout ça l'énerve. Mais bon, c'est ainsi, l'histoire se répète toujours. Á toutes les échelles. Et puis maintenant, ça ne le dérange plus tant que ça. Il commence à devenir fataliste. Il s'en rend compte. Marre des utopies, des idéaux que tout le monde prône sans rien foutre pour les voir se concrétiser. La réalité, c'est pas toujours sympa, c'est même souvent la merde. On ne devient jamais la personne que l'on voudrait être. On s'en prend tous les jours plein la tête et on encaisse en souriant. Changer sa vie, participer à changer celle des autres, ça fait longtemps qu'il a raccroché. Faut arrêter de déconner. Les injustices, la misère, les guerres, il finit par s'en balancer. Que peut-il y faire après tout ? Le monde devient fou et il accepte de faire partie de cette folie. Il se sent comme ces hommes et ces femmes emplis d'un grand désarroi et dont les discours des politiques deviennent tellement lointains, souvent risibles. Qu'on ne lui parle même plus de ces gars-là, il monterait au créneau au quart de seconde et pesterait un flot d'injures à leur encontre. Mais attention, c'est pas un salaud. Parce que lui, il aurait aimé aider les gens, aider son pote qui n'arrive toujours pas. Mais comment peut-il faire ? Comment peut-il faire ?

PJ Harvey introduit son nouvel album avec une phrase qui résonne encore dans nos oreilles, « The West's asleep ». L'Occident s'est endormi, il semble d'ailleurs dormir profondément. Constat réaliste, constat pas toujours facile à admettre. La sulfureuse Anglaise prend donc un nouveau virage dans sa musique avec ce dernier album intitulé Let England Shake. Elle délaisse ici ses émotions propres pour se tourner vers l'extérieur, vers le monde. La guerre, les combats, la mort reviennent de manière récurrente au travers de ses chansons. Les décors, qu'elle dépeint avec beaucoup de poésie, sont sombres, cruels et se mêlent à une nature discrète. Son pays natal, l'Angleterre, est l'un des protagonistes de cet album. Des titres comme England, This Glorious Land ou encore Let England Shake nous révèlent un regard amer sur les méandres de l'histoire et de la culture de ce pays. Sa volonté n'a cependant jamais été de nous présenter une série de « protest songs », elle refuse d'adopter un quelconque ton moralisateur. Elle se positionne seulement en tant qu'observatrice d'un monde féroce, grave, parfois inhumain dans lequel nous vivons tous sans pouvoir en échapper.

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Pour conter ces situations devenues banales, elle a rangé la rudesse de ses guitares rock au placard. La rage est toujours là mais elle est désormais suggérée au travers d'une instrumentation apaisée comme elle pouvait d'ores et déjà l'être sur l'épuré White Chalk. Quant à sa voix, adoucie, elle s'élève au rang d'instrument à part entière. Elle joue avec, la balade à son gré dans des vallées brumeuses sans tomber dans un quelconque pathos. Inspirée, PJ Harvey l'a été à la fois dans la création de ses textes, initialement des poèmes, et de sa musique. La grâce du piano sur Hanging In The Wire, la trompette de cavalerie qui introduit The Glorious Land, la réverb teintée d'influences reggae de Written On The Forehead témoignent de l'audace artistique dont cette femme étonnante fait toujours preuve. Comme à son habitude, aucune place n'est faite à l'ennui, des premières notes jusqu'à la toute fin. La tension et l'énergie sont permanentes. The Last Ling Rose, The Words That Maketh Murder ou encore Bitter Branches nous présentent des paysages sonores aussi passionnants que déroutants.

Et oui, on peut se le demander, est-il possible qu'un jour PJ Harvey déçoive ?  Les années passent, les albums se succèdent et on commence à se dire qu'elle est bien partie pour parcourir une carrière irréprochable. Pour beaucoup de fans de la première heure, son âge d'or se situe dans les années 90 avec entre autres des albums rock explosifs et directs comme Dry, Rid Of Me, To Bring You My Love. Mais même si PJ Harvey a dès le début trouvé une recette rock dont beaucoup se sont régalés, elle n'a pas opté pour la facilité et continue d'emprunter de nouvelles directions avec toujours cette même curiosité jamais blasée, jamais désabusée. Mais pour ne pas prendre le risque de se perdre, elle s'entoure encore aujourd'hui de ces hommes et amis,qui l'ont déjà accompagnée dans le passé. Sur ce nouveau LP, John Parish, Mick Harvey et Flood ne sont en effet, une nouvelle fois, pas loin derrière.

Cette œuvre bouillante, étincelante nous permet donc de nous dire que, même si le monde devient fou et que tout prête à la triste résignation, la poésie garde un pouvoir capable de réveiller cette fougue que l'on croyait évaporée à jamais.

Audio

Pj Harvey - The Last Living Rose
Pj Harvey - The Words That Maketh Murder
Pj Harvey - In The Dark Places
Pj Harvey - Written On The Forehead

Tracklist

PJ Harvey – Let England Shake (Islands, 2011)
1. Let England Shake
2. The Last Living Rose
3. The Glorious Land
4. The Words That Maketh Murder
5. All And Everyone
6. On Battleship Hill7. England
8. In The Dark Places
9. Bitter Branches
10. Hanging In The Wire
11. Written On The Forehead
12. The Colour of The Earth


Seabear - Wolfboy

sinfurgsonSindri Már Sigfússon regagne ses pénates, délaissées le temps d'une introspection de toute beauté avec Sin Fang Bous, pour reprendre les rênes de sa petite tribu islandaise Seabear. Sur le site des dealeurs dream-pop, Morr Music, on apprend  que l'effervescence de celle-ci confine d'ailleurs au geyser : While The Fire Dies, EP composé de six morceaux, sort le 26 février précédant l'album We Built A Fire annoncé pour le 5 mars prochain. Lion Face Boy, le single, est déjà disponible. Le label berlinois semble se réjouir qu'il s'agisse du"premier album réellement collectif" du septuor. Seulement, avec une volonté affichée de diversifier sa folk fluette et ondoyante d'antan (The Ghost That Carried Us Away - 2007) par différents ajouts empruntés au rock ou à la country, le groupe dilue irrémédiablement son onirisme et sa candeur dans un déjà vu aux allures de fosse commune. Et s'il n'y a décidément rien à garder de l'EP While The Fire Dies et de ses horripilantes guitares de saloon, on pressent l'occasion manquée notamment à l'évocation de Wolfboy, morceau conclusif de We Built a Fire, d'une grâce inouïe et portant le sceau indélébile de Sindri Már Sigfússon. La démocratie, dans un groupe, ressemble parfois à un nivellement par le bas. Il n'y avait pas de quoi s'enthousiasmer.

Thibault

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Seabear - Wolfboy


Kria Brekkan - Uterus Water EP

kriaIl me semble qu’en cette période atroce de grippe qui me cloue au lit, il n’y avait rien de plus reposant que la ballade en apnée dans le liquide amniotique de Kría Brekkan. Ok, vu comme ça, ça a l’air dégueulasse, mais on pense plutôt à l’image fœtale, cette sensation de flottement et de bien être au milieu de particules vivantes qui dansent comme des étoiles autour de notre petit corps recroquevillé. Merveilleux nouvel EP totalement expérimental pour la gracile islandaise, qui s’affranchit une fois de plus de Múm pour une escapade solo, et se réfugie sur le label de son cher mari (Avey Tare), Paw Tracks. Le bien nommé Uterus Water est décomposé en trois actes distincts, portés essentiellement par l’organe angélique de la charmante vocaliste qui susurre, murmure, louvoie et hante de son chant de sirène. Dépouillant au maximum les mélodies, pourtant travaillées au millimètre, Kría réussit pourtant en quelques notes de pianos ou grâce à la sculpture de quelques bruits d’eau, à nous porter aux cieux. Y a que les Islandais pour croire en l’existence des elfes, mais cette discrète musicienne nous ferait presque douter de la présence des fées.

Akitrash

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Kria Brekkan - Place Of You

Tracklist

Kria brekkan - Uterus Water (Paw Tracks, 2010)

01. Uterus Water
02. Place of You
03. Ribbon Bow


Ben Frost

benfrost2009sideLe festival barcelonais Sonar fut pris d’un véritable coup de froid lorsque que l’australien, islandais d’adoption, Ben Frost fit souffler un vent glacial à l’intérieur de la cathédral catalane devant des centaines de spectateurs soufflés par la bête. L’architecte sonore nous revient avec un album au caractère tout aussi effrayant, à la limite du drone et de l’electro-experimental. Frost parachute l’auditeur dans des contrées désertiques et en proie au danger des éléments naturels comme sur Killshot, Carpathians. Synthèse crépusculaire de fascination et d’horreur pure, le musicien allie ronflement de machines, distorsions industrielles et mélodies électronica sensorielles. Les loups rôdent, tantôt inquiétants Híbakúsja, parfois hargneux Trough The Rough Of Your Mouth mais près à chaque instant à vous sauter à la gorge.

Audio

Ben Frost - The Carpathians

Ben Frost - Killshot