Technical Kidman

Okay, on sait. On fait plus sortant du bleu. On sait puisqu'on avait déjà parlé du trio montréalais dans nos colonnes (lire), mais c'était il y a un bout de temps alors disons qu'il y a prescription désormais. Le fait est que les trois amis ont sorti un nouvel album en novembre dernier, un truc bien chouette, aux sons acerbes et à électronique bien mâchée, qui s'appelle Bend Everything et qui mérite qu'on s'y arrête. Car ce nouveau bout dégouline d'une matière sonore qu'on voudrait malaxer pendant des heures. Pour tout savoir, le skeud a été enregistré à l'Hotel2Tango aux côtés de Radwan Ghazi-Moumneh (Jerusalem In My Heart). Et pour en savoir encore plus, Mathieu dit tout ci-dessous. Start now !

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Montréal.

Montreal.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Travailler.

Working.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C’est ce qui m’intéresse le plus.

It is what interests me the most.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Cinéma, arts visuels, physique.

Cinema, visual arts, physics.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Personne ne sait réellement ce qu’il ou elle fait.

No one knows what he/she is doing for real.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Les imprévus, c’est intéressant, ça ne sert à rien du tout contrôler.

The unforeseen is interesting, it helps control nothing.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

La remise en question.

Questioning.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je ne connais personne qui est mort artistiquement, ni mort tout court d’ailleurs, alors je suppose que non.

I don't know anymore who has died artistically, nor die, I guess not then.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

J’en avais plus avant, mais finalement ça ne servait à rien.

I used to have more before, but it was useless in the end.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Jenny Hval, Oneohtrix Point Never.

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Domination mondiale totale.

The complete domination of the world.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Commence maintenant.

Start now.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Moins pauvre, plus audacieux et mieux habillé.

Less poor, more audacious and better dressed.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Bob Ross.

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Technical Kidman - Bend Everything (10 novembre 2017)

01. Heat In The Blood
02. Mercedes
03. Constructions
04. Offices
05. Radiate
06. Bend Everything
07. Current In The Vein
08. Wavering


Honey Harper

C'est derrière un voile lynchéen, un brin mystérieux, hors du temps et ténébreux, que se cache le projet Honey Harper. Composé avec application et chanté de voix de maître, Universal Country évoque mille lieux sur les terres londoniennes ou américaines. Les espaces se devinent immenses et bienveillants dans la nuit noire, à peine éclairés par les phares d'une voiture qui roule depuis trois ans. Une poignée d'années arrosée d'essence, de traversées (qu'on imagine) solitaires et de la poésie nostalgique qu'ont les gens dont la vie fut chargée en aventures. Universal Country de Honey Harper est un joli et doux recueil à paraître le 10 novembre sur le label montréalais Arbutus, qu'on accompagne aujourd'hui d'une mixtape concoctée sous le signe de la longévité : « it's a playlist through the centuries »...

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Adel, Géorgie via Miami, Floride via Atlanta, Géorgie via Londres, Royaume-Uni.

Adel, GA via Miami, FL via Atlanta, GA via London, UK.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Rester tranquille un moment.

Staying still for a while.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Parce que je ne suis pas sûr de savoir quoi faire d'autre.

I'm not sure what else to do.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

De la science.

Science.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J'aurais aimé que ce soit la mienne, et même s'il est évident qu'être honnête dans ma musique semble m'avoir propulsé un peu plus loin.

I wish it was mine, and though it's obvious being honest in my music seems to have propelled me a bit further.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

La pedal steel.

Pedal Steel.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Aucun.

No.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr, je l'attends avec impatience.

Of course, I look forward to it.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Un double vodka-soda.

Double vodka-soda.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Gram Parsons, Luca Guadagnino.

Gram Parsons, Luca Guadagnino.

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je pense être le genre à rechercher un autre climax, donc ce serait probablement le sentiment de n'avoir plus besoin d'aller plus loin.

I think I am person looking for another climax, so it would probably be the feeling that I no longer need to keep going further.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Arrête d'essayer de rendre tout le monde heureux.

Stop trying to make everyone happy.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

N'importe où avec Bambi.

Anywhere with Bambi.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?
How do you see your music evolve?

Lentement mais sûrement.

Slowly but surely.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Gigi D’agostino.

Gigi D’agostino.

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Honey Harper - Universal Country (Arbutus Records, 10 novembre 2017)

01. Pharaoh
02. Secret
03. SOFR
04. Man Is A Luxury


Kaade

Retour sur la scène bouillante de Toronto avec Kaade le nouveau projet de la productrice et performer Kat Duma qui s'apprête à sortir un premier EP 'Encounter With Power' sur le label Security Co-op - mené par le collectif dont elle fait parti avec entre autres Talvi Faustmann (moitié de Prince Innocence) et Kayla Devito. Enregistré entre Berlin et la cité de l'Ontario, les deux précédents titres sortis au fil de ces derniers mois oscillaient entre post-punk obscur et pop minimale le tout éclairé par une voix hypnotisante. Découvrez les réponses de Kat Duma à notre interview Out of the Blue et écoutez en exclusivité son nouveau titre 'Breathing'. Enjoy !

Photo: Nadia Khashan

PREMIERE

https://soundcloud.com/kkaade/breathing/s-JREn9

Interview

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Belgrade, mais j'ai grandi à Toronto.

Belgrade. But raised in Toronto.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Je cherche encore !

Still figuring it out!

Pourquoi la musique ?
Why music?

Rien d'autre ne semble me rendre véritablement heureuse.

Because nothing else seems to make me genuinely happy.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Je ne suis pas sure, probablement quelque chose dans le milieu des "affaires" (c'est ce que j'ai étudié à l'école).

Not sure, probably “business.” (It’s what I studied in school)

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Si tu arrêtes d'attendre après les autres et commence à faire les choses toi-même, les choses se font réellement !

That if you stop waiting on other people and start doing things yourself, things actually get done!

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

J'ai réalisé que je n'ai pas à correspondre à la perception de qui que ce soit sur ce à quoi je suis censée ressembler.

Realizing that I don’t have to cater to anyone else’s perception of what I’m supposed to sound like.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Il n'y en a pas.

Not at all.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui je pense. Cela semble moins stressant.

Yes, I think so. Seems less stressful.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je me rejoue le set dans ma tête et je relis toutes les paroles. Je n'ai jamais oublié les paroles de mes chansons mais j'ai toujours peur que ça m'arrive. Je pense que 'est parce que j'avais l’habitude de faire une reprise d'une chanson en concert et à chaque fois j'inversais les couplets. Ce qui est pire vu que c'est une reprise et que le public connait les paroles...

I go over the set in my head and re-read all the lyrics. I’ve never forgotten a lyric (of mine) but I’m always paranoid I will. I think it’s because I used to cover a song live and literally every single time I would switch the order of the verses. Which is so much worse because it’s a cover and the audience actually knows the lyrics…

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musical or not)?

J'aimerais travailler avec Nidia Minaj, Gudrun Gut et Rihanna.

I’d like to work on a track with Nidia Minaj, Gudrun Gut and Rihanna. 

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je ne veux pas que ce soit quelque chose auquel j'ai à penser maintenant, donc à déterminer. 

I don’t want it to be anything I can think of now, so TBD.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Tu n'as pas besoin de producteur.

You don’t need a producer.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Heureuse et accomplie, j'espère.

Happy and fulfilled, hopefully.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?
How do you see your music evolve?

J'écoute beaucoup de musique différente et je suis toujours en train de la musique, donc mon son tend à changer de façon que je ne peux vraiment prédire. Ceci étant dit, j'espère pouvoir continuer à m'améliorer techniquement.

I listen to a lot of different music and I’m basically always listening to music, so my sound tends to shift in ways I can’t really predict. I do hope I keep improving technically.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Mon plaisir coupable... Peut-être manger du cottage cheese à la cuillère. Cela semble dégouter beaucoup de personnes (je ne sais pas pourquoi).

My guilty pleasure…Maybe eating cottage cheese with a spoon because that seems to gross people out (idk why).

Audio


François Floret (Route du Rock), l'interview bilan

Sur la base d'une programmation 2017 tout à fait affriolante, la Route du Rock aura tenu globalement ses promesses musicales tandis qu'éclatait le « fumiergate », mettant ainsi au grand jour les fortes tensions entre le festival et la mairie qui l'accueille après qu'un agriculteur a déversé du fumier sur ses terrains en guise de message de bienvenue aux festivaliers. Une situation de merde donc, obligeant l'équipe de la Route du Rock à envisager contre son gré un déménagement futur. Outre ces péripéties, on retiendra surtout que cet été, la RDR nous aura permis de prendre l'apéro en compagnie d'Arab Strap dans une forme éblouissante, de constater que The Jesus & Mary Chain est bien vivant et branché sur courant alternatif, que ce gredin de Car Seat Headrest a définitivement un foutu talent, qu'on aime ce branleur de Mac DeMarco qui arrive à nous faire chanter du Vanessa Carlton (MAKING MY WAYYY DOWNTOWWWN !!!) ou encore qu'il est bien trop tôt pour enterrer Interpol qui a rappelé à toute berzingue qu'ils possédaient une palanquée de bonnes chansons qui, contrairement à leurs auteurs, ne prennent pas une ride. Mention spéciale également pour notre chouchoute Helena Hauff qui aura injecté ce qu'il faut de rigueur électronique au bon moment. Quoi qu'il en soit, il convenait donc de faire le bilan avec François Floret, directeur du festival malouin, remonté comme une pendule mais toujours aussi motivé pour défendre sa RDR et continuer à écrire l'histoire d'un rendez-vous presque trentenaire et toujours vert. Bref, vivement l'an prochain, en espérant y respirer davantage d'embruns que de purin.

François Floret l'interview

Cette histoire de tas de fumier est devenue anecdotique une fois que la presse s'en est emparée, non ? L'agriculteur est devenu assez vite la risée de tous...

Pour le public fidèle du festival peut-être, ils viennent voir d’abord de super concerts. Mais hélas pas en local, où cela prend une autre tournure. Nous aurions sans doute dû nous taire et dire merci pour que cela ne dégénère pas. Nous nous devions pourtant d’expliquer le pourquoi d’une telle connerie. Hors de question que les festivaliers imaginent que nous étions responsables d’un tel accueil. Quelle symbolique...

Pour autant, cette affaire a agi comme un détonateur qui a mis à jour des conflits plus profonds. Pourquoi cette soudaine flambée de tensions si celles-ci existent depuis plusieurs années sans avoir provoqué plus de remous que cela ?

Parce que jusque là, les tensions permanentes avec cet agriculteur n’étaient pas vraiment visibles. On prenait beaucoup sur nous. C’était usant. Là c’est la provocation de trop et nous pensons que le maire est responsable parce qu’il a laissé les choses dégénérer. Ces conflits récurrents ne sont pas d’hier.

Il apparaît que le vrai problème se cristallise surtout autour de la relation qui vous oppose à Jean-Francis Richeux, maire de Saint-Père-Marc-En-Poulet, commune propriétaire du Fort Saint-Père. Celui-ci reproche notamment au festival d'en demander toujours plus sans contribuer financièrement à quoi que ce soit... Qu'en est-il ?

On a multiplié les réunions cette année pour justement aplanir les problèmes et nous pensions vraiment qu’elles pouvaient améliorer les choses. Mais les paroles n’ont jamais été concrétisées dans les faits et, pire, nous entendons de plus en plus souvent M. Richeux déclarer dans notre dos qu’il a hâte de nous voir partir du site, qu’on ne fait plus partie de ses projets, qu’on ne lui rapporte rien à part des emmerdes... Au bout d’un moment, c’est pesant. On lui demande de le dire en face et aux journalistes devant qui il n’a pas du tout le même discours. On a juste l’impression de perdre du temps en réunion et d’être manipulés (il ne pouvait soi-disant pas contrôler son ami d’enfance qui nous a déversé du purin). Quant au fait d’en demander plus, c’est surréaliste puisque, bien au contraire, tous les ans nous perdons de vieux acquis, des locaux (avant cette affaire, on nous a demandé d’enlever tout notre matériel stocké dans le Fort depuis des années dans une casemate – il n’y a plus rien de la RDR dans le Fort). Et le plus important : les gratuités dont nous bénéficions sont l’objet d’une convention passée avec la mairie de Saint-Père, Saint-Malo Agglomération et le Conseil départemental d’Ille-et-Vilaine dans le cadre des travaux effectués en 2015. Elles sont parfaitement connues et acceptées depuis l’élaboration de cette convention. Le reste, c’est de la com' pour ceux qui n’ont pas envie de réfléchir quand ils lisent l’article de JF Richeux. On n’a rien de plus que ce qui est écrit dans cette convention et celle, complémentaire, qu’on passe tous les ans avec la mairie - copiée-collée depuis des années.

Le maire vous invite à « aller voir ailleurs » si l'herbe est plus verte. Le festival a-t-il réellement les moyens de déménager ? Et n'y perdrait-il pas une part de son identité ?

Les moyens, oui... tout s’organise dans l’absolu. Perdre de son identité, c’est sûr. Mais il faut m’expliquer comment on peut organiser un festival sans terrains extérieurs (en 2018, JL Lecoulant nous refusera toujours ses champs et les autres terrains seront en culture) et dans une telle hostilité. Nous n’envisageons pas du tout de quitter le site mythique du Fort Saint-Père. Là-dessus, on est parfaitement d’accord avec notre public et tous nos partenaires. Après, même si je parle pour toute l’équipe (j’insiste !), mon rôle m’oblige à envisager le pire et réfléchir à un plan B. Ailleurs, forcément. Mais ne nous trompons pas, ce ne serait pas de notre initiative et de gaieté de cœur. Nous sommes insidieusement chassés du Fort depuis ces dernières années, surtout depuis 2015.

A contrario, que gagnerait la Route du Rock à déménager ?

Sans doutes des relations normales avec les accueillants, et de l’énergie.

Passée une convention courant jusqu'à 2020, le maire menace de vous réclamer des loyers pour les locaux et terrains environnants si vous êtes toujours là... Et l'atmosphère ne risque pas de se détendre beaucoup dans les années à venir, si ? Comment les choses peuvent-elles désormais rentrer dans l'ordre ?

Aucune idée. On l’a écrit (le communiqué est celui de toute l’équipe), nous avions besoin de vider notre sac mais sommes toujours positifs. La fin du communiqué précise que nous voulons impliquer les populations, prises en otage de ces pénibles conflits. J’ai cette année demandé à acheter 50 % de nos besoins en boulangerie/pâtisserie à Saint-Père (les autres 50 % à côté, à Châteauneuf) et je crois que l’épicerie de Saint-Père a invité les festivaliers à venir chez elle (sympa, c’est une première). Enfin, j’ai l’idée depuis des années de proposer un système Airbnb sur la commune de Saint-Père, qui permettrait de créer du lien entre les habitants et notre adorable public et, accessoirement, de gagner un peu de sous. Mais je pense que les gens de Saint-Père ne le savent pas parce qu’on nous refuse tout contact avec le conseil municipal. M. Richeux reste le seul filtre de communication, il ne parle pas de cela à ses concitoyens et raconte ce qu’il veut. En fait, personne ne nous connaît vraiment à Saint-Père !

Intéressons-nous davantage au contenu : quel bilan tirez-vous de cette édition qui a attiré cette année plus de 36 000 spectateurs, un gros chiffre pour la Route du Rock ?

Oui. Nous nous sommes rendu compte que depuis des années nous étions trop modestes et ne parlions que des entrées payantes du Fort. Ce chiffre correspond donc, à quelques centaines près, au nombre de visiteurs du jeudi au dimanche, sur l’ensemble des spots de la RDR, payants et gratuits. Ça reste malgré tout un chiffre important, le troisième meilleur de l’histoire du festival ! Nous sommes donc satisfaits même si on pouvait espérer plus avec une telle programmation.

Vous avez, je crois, presque doublé la ligne budgétaire pour la rémunération des artistes afin d'attirer plus de monde. Au final, et notamment d'un point de vue comptable, le jeu en valait-il la chandelle ?

Assurément, oui. On sera a priori équilibrés, le festival a retrouvé du peps, on a vu des concerts exceptionnels. Le seul regret, encore une fois, est de ne pas avoir fait encore mieux.

C'est l'arrivée du No Logo BZH, avec qui vous avez mutualisé vos installations, qui vous a permis un plus gros investissement sur les groupes ? Quid de ce partenariat si vous deviez bouger ailleurs ?

C’est une simple mutualisation. A priori une première (réussie) dans le monde des festivals ! Tout va bien entre nous. On fait actuellement les bilans ensemble. On verra comment évoluent les situations mais, de notre côté, nous sommes partants pour une seconde version en 2018.

Est-ce à dire que la survie du festival passe forcément par la venue d'artistes plus populaires, forcément plus chers ? Comment tenir dans ce cas l'équilibre entre l'exigence artistique qui caractérise habituellement le festival et velléités plus populaires pour appâter le chaland ?

Comme nous l’avons fait cette année. L’équilibre était parfait et tant les fidèles que les nouveaux festivaliers ont été scotchés (comme nous) par les équilibres et la qualité des concerts. L’essentiel étant de savoir bien mettre le curseur. Jusqu’où devons-nous faire des efforts et seront-ils au minimum équilibrés ? Et évidemment, les groupes respectent-ils bien l’ADN du festival ?

Le risque n'est-il pas de tomber dans une gémellité de line-up qu'on reproche à beaucoup de raouts estivaux ?

Non. Sûr à 100 %. Je n’ai pas vu de line up proche du nôtre cet été. Nous savons ce qu’est l’ADN de la Route du Rock et ce qui ne l’est pas.

Cette année, il y a eu finalement peu de musiques électroniques au Fort, à part la machine Soulwax et Helena Hauff. Est-ce une volonté ou purement conjoncturel ?

Il y a eu aussi Shadow et, dans l’électro-pop, Future Islands. Mais oui, je suis d’accord, il manquait une touche supplémentaire en électro. Ce n’est pas une volonté, on essaie toujours en priorité d’avoir des ovnis comme Soulwax mais il n’y en pas des milliers.

Pour vous, quel a été le meilleur concert de cette édition 2017 ?

Sans hésiter, Soulwax et Idles. Puis Thee Oh Sees, Helena Hauff et PJ Harvey. Mais c’est personnel.

Forcément, on est aussi obligé de vous demander votre plus grosse déception...

DJ Fumier.

Dans une interview (lire) qu'il nous avait donné après son passage en 2014, Baxter Dury avait fait part de son enthousiasme sur le festival en nous expliquant qu'il ressentait qu'il y avait une réelle « intention » ici. Comment expliqueriez-vous en mots cet état d'esprit, cette atmosphère particulière s'agissant du festival ?

Il a tout dit. Je cherchais à l’expliquer. C’est bien ça, il y a une véritable « intention ». Le festival est notre œuvre d’art, peaufinée dans tous ses domaines. La passion des organisateurs que nous sommes, additionnée à celle du public. Les artistes ne peuvent que ressentir cette fièvre collective et je pense que, souvent, ça transcende leurs shows et rend particulier leur passage chez nous. Ils en reparlent souvent en interview et autour d’eux, ce qui nous aide forcément à préserver l’identité du festival, sa grande spécificité.

Un dernier mot ?

On est totalement hallucinés des retours presse de la RDR. Un grand merci parce que c’est grâce à ceux qui comprennent bien notre quête du Graal, qu’on continue d’avancer contre vents et fumiers.


Focus Berlin Atonal 2017 : Emptyset, l’interview

Décidément, Bristol est la ville à arpenter ces derniers temps afin de dénicher les vrais talents de la musique de demain. En un tout petit peu plus de dix ans de carrière, Emptyset a réussi à se forger une solide réputation, se basant sur une identité forte et puisant sa force autant dans la techno traditionnelle que dans l’expérimentation la plus tentaculaire. Leur dernier succès en date, Borders, paru sur Thrill Jockey, tranche quelque peu avec Recur, sorti il y a quatre ans sur Raster-Noton. Avec Borders, Emptyset s’affranchit des codes pour nous offrir une œuvre terriblement mentale tout en gardant une ouverture dancefloor. Rencontre avec ces deux perfectionnistes qui nous en disent un peu plus sur leur façon de travailler et leur exigences musicales.

Hi guys, expliquez-nous comment vous êtes tombés dans la techno ?
Hi guys, tell us how you got into techno?

Nous nous sommes tous les deux intéressés à la techno, la musique électronique et la musique de club lorsque nous étions à Bristol. Des rencontres fortuites avec des artistes comme Jeff Mills ou Claude Young ont vraiment éveillé notre intérêt au-delà de ce que nous a apporté cette ville. Dès lors, il fallait qu’on explore cette musique qui venait de Detroit, Chicago aussi bien que Berlin. L’important était le rythme, la production et les systèmes sonores, c’est sûrement plus tard qu’on a commencé à réfléchir davantage à la façon dont la musique électronique est reliée à l'urbanisme et à l'anthropologie, ainsi qu'aux sonorités liées aux espaces physiques.

We both arrived at an interest in electronic music, techno and club music through our time in Bristol. Of particular interest were chance encounters seeing people like Jeff Mills or Claude Young play that definitely sparked an interest in music occurring beyond the city. From there it became about exploring this music that was coming out of Detroit and Chicago as well as Berlin. Ideas of rhyhthm, production and sound systems, then perhaps later thinking more about how electronic music connected to urbanism and anthropology as well as how sound related to physical spaces.

En quelques années, Bristol s’est convertie de capitale du trip-hop à celle de la techno-expé, que s’est-il passé en dix ans ?
In a few years, Bristol converted from trip-hop to techno-expé music capital, what happened in ten years?

Nous sommes tous deux basés à Londres et à Berlin maintenant, alors nos observations sur les changements de Bristol sont un peu éloignées, mais dans l'ensemble, il semblait qu’il y ait émergence de la bass music et une résurgence d'intérêt pour la house et la techno créant une ouverture de la ville vers l’extérieur. Ensuite, cette nouvelle approche a coïncidé avec un nouvel afflux de producteurs qui ont ensuite commencé à fusionner leur propre approche sonore avec la culture musicale appartenant à Bristol. En fait, ce qui est peut-être le plus impressionnant à propos de Bristol, c'est la quantité de musique qui y est produite par rapport à la population et à la taille de la ville, ce qui en fait un endroit très spécial.

We are both based in London and Berlin now so our observations of Bristol’s changes have been a little from a distance, but overall it seemed the rise in bass music and a resurgence of interest in house and techno created a more outward looking focus for the city. Then this new approach coincided with a new influx of producers that then began to merge their own approaches with Bristol's existing culture of music making. Overall what is perhaps most impressive about Bristol is the amount of music that gets made there relative to the population and size of the city, on those terms it's a very special place.

Vous faites partie de ces rares artistes qui privilégient la mélodie à la rythmique, pourquoi ce choix ?
You are one of those rare artists who prefers melody to rhythmic, why this choice?

Notre manière de faire de la musique s’est souvent axé sur les structures et la façon dont les éléments sonores de base interagissent et affectent les systèmes technologiques ou architecturaux. L'intérêt a été l'utilisation du son en tant que matériel, en explorant comment le ton et le rythme correspondent et se répercutent les uns sur les autres dans différents cadres et contextes.

Our approach to music making has often been focused on structures and how basic sonic elements interact and affect a technological or architectural system. The interest has been the use of sound as a material, exploring how tone and rhythm correspond and impact upon eachother within different frameworks and contexts.

Vous avez travaillé avec des labels très différents (Raster-Noton, CLR, Subtext, etc.), multipliant les étiquettes. Comment travaillez-vous en binôme et qu’est-ce qui définit le son que vous avez à tel ou tel morceau ?
You worked with very different labels (Raster-Noton, CLR, Subtext, etc.), multiplying the styles. How do you work in pairs and what defines the sound you go into this or that piece?

L’idée de base était de diviser les matériaux qui serviraient à un contexte plus studio pour Raster-Noton et ceux servant à des projets plus spécifiques comme Material et Medium, réalisés via Subtext. La méthode de conception et d'enregistrement de tel truc a généralement déterminé le contexte dans lequel elle sera réalisée. Donc si quelque chose a l'air d'avoir demandé une approche plus complexe par rapport à nos méthodes habituelles de travail dans un studio d'enregistrement, nous cherchons un moyen plus approprié pour l’exprimer.

The general approach has been dividing the idea of a studio based production process such as the material for Raster-Noton with more site-specific projects such as Material and Medium that were released on Subtext. The method of how something was made and recorded usually determines the context in which it will be released. So if something feels like it has a more expanded approach beyond the usual methods of working within a recording studio, then we look at an appropriate way to present it.

Votre dernier album, Borders, est paru sur Thrill Jockey. Au-delà de la visibilité, c’est essentiellement le franchissement d’un cap. Emptyset a toujours été reconnu comme un groupe à part dans la scène techno, est-ce pour vous un nouveau moyen de s’affranchir de cette musique et de revendiquer votre propre identité musicale ?
Your last album, Borders, was published on Thrill Jockey. Beyond the visibility, it’s essentially a crossing time. Emptyset has always been recognized as a group apart in the techno scene, is this a new way for you to get rid of this music and to claim your own musical identity?

Borders a été élaboré avec l'intention de trouver une nouvelle façon de travailler et de jouer ensemble. Nous voulions toujours jouer avec l'électronique, mais pour façonner ces sonorités nous voulions la combiner avec une méthode à la fois acoustique et une approche plus tactile. De même, nous voulions aborder des idées liées à l'anthropologie musicale et à l'expérience collective, et Borders a créé dans cette approche de recherche. L'album nous a définitivement permis de nous affranchir du carcan de la musique électronique habituelle, pour élargir encore l'esthétique sonore d'Emptyset.

Borders was developed out of an intention to find a new way of working and performing together. We still wanted to work with electronics but wanted to combine it with an acoustic method and a more tactile approach to shaping sound. Equally we wanted to address ideas connecting to musical anthropology and collective experience and Borders created an investigative framework for this. The album definitely initiated an opportunity to expand the sonic aesthetic of Emptyset outside of the familiar history of electronic music.

Vous participez cette année au festival Berlin Atonal qui, pour beaucoup, est un tremplin, une expérience ou un moyen d’expérimenter de nouveaux projets. Comment vous projetez-vous dans ce festival ?
You are participating this year at the Berlin Atonal festival which, for many, is a springboard, an experience or a way of experimenting new projects. How do you plan yourself in this festival?

Le site du Kraftwerk est un espace très particulier pour expérimenter la musique et cette année le festival aura une installation de projection spéciale toute la durée du programme. Donc, en réponse, nous travaillerons avec notre équipe visuelle pour créer une performance élargie que nous présenterons cette année.

The site of the Kraftwerk is a very particular space for experiencing music, and this year the festival will have a special projection install for the duration of the programme. So in response we will be working with our visual team on creating an expanded performance that we will present at Atonal this year.

Avez-vous déjà pensé à collaborer avec d’autres artistes, mis à part Cornelius Harris ? Pour vous, quel serait le side-project parfait ?
Have you ever thought of collaborating with other artists than Cornelius Harris? What would be the perfect side-project for you?

La collaboration avec Cornelius était très spéciale. Nous avons un énorme respect pour la musique de Detroit, ce qui a été un projet très particulier à l'époque. À l'avenir, nous n'avons pas de plans concrets concernant des collaborations musicales, mais plutôt que d'autres artistes, il serait peut-être intéressant de collaborer avec des personnes d'autres domaines d'expertise technique, comme des ingénieurs ou des fabricants d'instruments.

The collaboration with Cornelius was very much a special one off. We have an enormous respect for Detroit music so it felt like a very special project at the time. Going forward we have no current plans for musical collaboration, however rather than other artists perhaps it would be more about collaborating with people from other fields of technical expertise such as engineers or instrument makers.

À quoi ressemblera votre set à l’Atonal ?
What will your Atonal set look like?

Nous allons travailler sur une performance spéciale spéciale pour l'Atonal, en collaboration avec Sam Williams et Clayton Welham. À ce jour, ils ont travaillé ensemble sur beaucoup de nos vidéos et des performances live, ce qui constituera une réalisation spéciale de ce travail qui utilisera multiples projecteurs du Kraftwerk. Musicalement parlant, ce sera une représentation de notre travail tournant autours de notre dernier album, Borders.

We will be working on a special expanded performance for Atonal in collaboration with Sam Williams and Clayton Welham. They have worked together on many of our videos an live performances to date, so this will be a special realisation of this work for the Kraftwerk using multiple projectors. Musicallly it will be presenting material from our recent album, Borders.

Avec Borders, vous avez placé la barre très haute, à quoi doit-on s’attendre pour vos prochaines sorties ?
With Borders, you set the bar very high, what should we expect from your next outings?

Nous venons de terminer un nouveau EP pour Thrill Jockey qui sortira en octobre. Celaui-ci reprend certaines des idées et instrumentation de Borders aussi bien qu’il s’inspire de notre récente prestation pour la Fondation des Arts David Roberts, à Londres. Donc ce nouvel enregistrement rassemblera plusieurs domaines de recherche et pratiques et les formalisera autour d’une exposition singulière.

We have just completed a new EP for Thrill Jockey that will be released in October. This has been taking some of the ideas and instrumentation of Borders as well as a recent performance commission for the David Roberts Art Foundation, in London. So this new recording will be bringing together several areas of a our research and practice and formalising them into a singular statement.

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Focus Berlin Atonal 2017 : Roll The Dice, l’interview

Que celui qui ne connaît pas Roll The Dice lève le doigt, on fera un dossier sur le sujet à la demande. Roll The Dice, c’est la combinaison parfaite des deux superproducteurs suédois Peder Mannerfelt et Malcolm Pardon. Quoi, ça ne vous dit toujours rien ? Pourtant, au-delà de sa suractivité qui lui a valu d’être cité dans tous les tops de l’année 2016, Peder s’est fait connaitre sous le pseudo de The Subliminal Kid et a produit et accompagné des groupes comme Fever Ray notamment. De son côté, Malcom est connu pour pour la structure DeadMono, qui a permis l’émergence de groupes pop comme Eskobar, et pour son implication dans le post-punk suédois. Leur dernier album, Born To Ruin, est un condensé d’expé-jazz, de furiosité électro, de downtempo âcre. Ils participeront cet été au festival Berlin Atonal. On a forcement voulu s’entretenir avec ces dieux nordiques de la zik électronique et comprendre leur manière de travailler. Attention, pros à l’œuvre.

Salut à vous deux, pouvez-vous nous parler de votre rencontre ? Comment vous est venue l’idée de Roll The Dice ?
Hello you two, can you tell us more about how you first met ? How did you come up with the idea of Roll The Dice?

Nous nous connaissions brièvement déjà, grâce à des connexions mutuelles, mais c'était d'abord lorsque nous nous sommes installés dans le même espace de studio, que nous partageons encore aujourd'hui avec quelques autres, que nous nous sommes vraiment connectés. Comme nous avons tous les deux travaillé dans des studios différents, nous avons pensé qu'un jour il serait intéressant d'essayer de faire quelque chose ensemble. Nous venons chacun d'univers assez différents musicalement alors nous avons estimé que cela pourrait être un terrain d'échange intéressant pour une collaboration. Nous n'avions aucune idée préconçue, tout ce que nous voulions était d'essayer de créer quelque chose que nous avions expérimenté auparavant individuellement.

We had known each other briefly over the years through mutual connections but it was first when we moved into the same studio space, which we still share to this day together with a few others, that we connected properly. As we both worked in different studios we just thought one day that it would be interesting to try and do something together. We both came in from quite different angles musically so we felt that this could be an interesting breeding ground for a collaboration. We had no preconceived ideas, all we wanted was to try and push ourselves to create something that we had experienced before individually.

Vous êtes assez hyperactifs chacun de votre côté, comment trouvez-vous le temps de vous retrouver pour composer ?
You are quite hyperactive each one on your side, how do you find time to compose together ?

Eh bien, ça devient plus difficile à mesure que le temps passe. Lorsque nous avons commencé, il y avait moins de distractions et moins d'engagements. Maintenant, nous avons beaucoup de projets différents, 5 enfants, un chien et une vie familiale qui nous accapare... Mais il s'agit simplement d'être un peu organisé avec la gestion du temps. Évidemment, partager un même studio aide beaucoup, nous pouvons constamment discuter d'idées, de telle ou telle chose, même si nous ne travaillons pas ensemble durablement.

Well, it gets harder as time goes by. When we started, there were less distractions and less commitments. Now we have a lot of different projects, 5 children, one dog and family life that commands our attention... But it’s just a matter of being a bit organized with time management. Obviously it helps a lot to share a studio space. With that, we can constantly discuss ideas and such, even if we are not working together at the time.

Votre musique est souvent considérée comme hybride, ambient et downtempo tout en alliant des sonorités métalliques et industrielles, comment définiriez-vous votre musique ?
Your music is often considered hybrid, ambient and downtempo while combining metallic and industrial sounds, how would you define it ?

C'est assez précis. Cependant, nous n'avons pas vraiment de "boîte à outils" pour créer notre musique. C'est hybride dans le sens où nous combinons l'organique à l'acoustique comme avec le piano, le saxophone ou les cordes, comme un squelette mélodique aux sons que nous créons avec des machines. Mais à part cela, chaque album prend sa direction et son chemin au fur et à mesure que les chansons se développent.

This is fairly accurate. However we don’t really have one “toolbox” for creating our music. It's hybrid in the sense that we combine the organic and acoustic as with the piano or saxophone or strings as a melodic backbone to the sounds that we create with machines. But other than that each album kind of takes its on direction and path as the songs develop.

Avec Born To Ruin vous avez encore passé un nouveau palier. Cet album ressemble à une synthèse de vos précédents travaux, tout en étant bien plus expérimental et pourtant plus accessible. Comment avez-vous travaillé cet album ? Aviez-vous ce résultat en tête au début de l’enregistrement ?
With Born To Ruin you have reached a new level. This album looks like a synthesis of your previous works, while being much more experimental and yet more accessible. How did you build this album ? Did you have that result in mind at the beginning of the recording?

Nous avons vraiment essayé de réduire les choses. L'album précédent avait un son très large et ouvert, la réaction à cela dans un sens était d'essayer de rediriger l'énergie et d'essayer de capturer quelque chose qui serait plus cloisonné et sentirait plus la frustration. Au commencement, c'était tout ce que nous avions à l'esprit, pour être honnête. Mais progressivement, ce modèle nous a mis dans la bonne direction... en ce qui nous concerne.

We did definitely try and narrow things down. The previous album had a very big and open sound, the reaction to this was to try and redirect the energy and try and capture something which felt more caged and frustrated in a sense. When starting out, this was all we had in mind, to be honest. But gradually this as a template set us off in the right direction... as far as we are concerned.

Certains morceaux comme The Derailed ou Bright Lights, Dark Heart sont bien plus sombres qu’à l’accoutumée, même si l’ensemble de l’album est plus ou moins dans ce ton. Quel était votre état d’esprit en enregistrant ces morceaux ?
Some tracks like The Derailed or Bright Lights, Dark Heart are much darker than usual, although the whole album is more or less in that tone. What was your state of mind when recording these pieces?

En fait, la réalisation de cet album était probablement la plus fun de toutes. Nous plaisantons sur ce que nous faisons. Nous aimons les créations assez sombres mais cela ne signifie pas que nous sommes tristes ou déprimés durant le processus créatif. Nous rions de temps en temps... on s'assure juste que personne ne regarde.

Actually, the making of this album was probably the most enjoyable of all our albums. However we are pretty tongue in cheek about what we do. We like to be pretty dark in our creativity but that doesn't mean we are all moody and miserable in the process. We do laugh once in a while... we just make sure no one is looking.

Pour Born To Ruin, vous avez décidé de ne plus travailler avec Leaf, votre label habituel, pourquoi ce choix ?
For Born To Ruin, you have decided not to work with Leaf, your usual label, why this choice?

Nous avons juste estimé que nous avions besoin d'un rafraîchissement, d’aporter un peu de fraîcheur. Cette fois, nous voulions contrôler tout le processus, du début à la fin. Nous voulions avoir une distance plus courte entre les décisions et les exécutions surtout. En faisant cela nous-mêmes, nous n'avions personne d'autre sur qui râler si quelque chose n’allait pas. Et c’est également sympa d'être son propre directeur de label !

We just felt that we needed a different process to keep things fresh. This time we wanted to control the whole process from beginning to end. We wanted to have a shorter distance between decisions and executions basically, and by doing this ourselves, we had no one else to blame if something goes wrong. Also it’s fun to be your own label boss!

Il y a quelques années, vous aviez réalisé l’excellent In Dubs avec Pole. Y a-t-il aujourd’hui d’autres artistes avec qui vous aimeriez collaborer ?
A few years ago you realized the excellent In Dubs with Pole. are there other artists with whom you would like to work with today ?

Diamanda Galas. Apparemment, elle joue si fort sur son piano qu'elle pète les cordes. C'est une expérience que nous n'avons pas encore réussi.

Diamanda Galas. Apparently she plays so hard on the piano that she brakes the string. That is a skill that we have yet to achieve.

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Focus Berlin Atonal 2017 : Pessimist, l'interview

Premier focus sur cette nouvelle édition du festival Atonal qui, comme à l’accoutumée, risque fort de vous scotcher les cinq sens. Et dans un premier temps, on a tenu à s’entretenir avec Kristian Jabs, jeune musicien anglais pas loin de la trentaine qui, à une certaine échelle, est en train de révolutionner la techno telle que nous la connaissons. Originaire de Bristol, cet artiste plus connu sous le pseudonyme de Pessimist s’est forgé une solide réputation d’entertainer grâce à ses dj-sets racés et noirâtres, mais c’est pourtant avec ses productions qu’il séduit le plus grand nombre. Qu’il le reconnaisse ou non, sa musique emprunte au bagage historique musical de la ville dont il est issu, mêlant à la fois trip-hop, drum'n'bass et indus au gré de productions savamment sauvages et hypnotiques. La musique de Pessimist est de loin la plus représentative de la cité brumeuse du nord de l’Angleterre, passant du gris au noir de jais en une fraction de seconde et alimentant nos cauchemars d’une rythmique battant à 120 BPM. La sortie de son prochain album sur Blackest Ever Black devrait confirmer son statut d’icône et définitivement sortir ce diamant brut resté trop longtemps dans l’underground.

Hello Kristian, peux-tu nous raconter comment tu es tombé dans la musique ?
Hello Kristian, can you tell us how you got into the music?

Salut. En fait, depuis très tôt, j'ai toujours été intéressé par la musique : j'ai joué de la guitare et de la basse, puis, à l'âge de 15 ans, je me suis mis au logiciel Reason que j'utilise toujours à ce jour. Je suppose que c'était inévitable, la musique est mon principal objectif et intérêt dans la vie et je crois avoir compris cela déjà très jeune.

Hello. Well, from a young age I was always interested in music, I played guitar & bass guitar and then eventually when I was 15 I had a go on Reason, the software I still use til this day. I guess it was inevitable that I’d keep at it, music is my main focus and interest in life and I think I understood that since I was very young.

Ta musique a énormément évoluée depuis tes premiers EPs. Penses-tu qu’il t’ait fallu un certain temps pour te forger cette identité aujourd’hui reconnaissable entre toutes ?
Your music has evolved a lot since your first EPs. Do you think that it took you a while to create this identity that is today so unique ?

Je suppose. Comme mentionné précédemment, j'ai débuté très jeune en commençant à être publié sur des labels en 2010, je devais avoir 18 ans. Je pense qu'il est assez difficile d'avoir une identité très particulière à cet âge. Parfois, je réécoute certaines prods et je me dis : Jésus ! ça sonne comme de la merde. Cela dit, j'ai toujours concentré ma musique sur la percussion, cela n'a jamais changé, je me suis toujours penché vers certains processus qui ont donné à ma musique ce « son », c'est-à-dire l'utilisation intensive de reverbs et delays pour donner une sensation plus organique. Beaucoup de drum & bass manquaient de ça à ce moment-là et c’est encore souvent le cas aujourd'hui, les gens pensent que tout le monde veut entendre des sons de batteries semblant être enregistrés dans une chambre anéchoïque, sans écho. Cela m'énerve toujours.
Si tu te réfères au track The Mantra, il n'a été diffusée qu'en 2014 alors que j'avais fait ce morceau avec un de mes amis en 2011. Je pense que c'était le moment où je me suis senti vraiment moi, celui qui a marqué mon identité et a exposé le fil directeur, le son « ruffhouse » et tous les morceaux de Pessimist qui ont découlé également.

I guess so. As mentioned before I started from a young age, starting to release on labels in 2010, I must have been 18 years old. I think it’s quite hard to have a very particular identity at that age. I listen back to some of it and think, jesus, that sounds shite. That said, I’ve always focused my music on percussion, that’s never changed, I’ve also always leaned towards certain processes that’s given my music the ‘sound’ it has i.e the heavy use of reverbs and delays to give a more organic feel. A lot of drum & bass was lacking that at that time and most of it still does today, people think that everyone wants to hear drums that sound like they were recorded in an anechoic chamber. That still puzzles me.
I think if you refer back to the track
The Mantra although it was released in 2014, I actually made that track with a friend of mine back in 2011. I think that was the point where I felt I came into my own and really stamped my identity and set out the blueprint for what followed, the Ruffhouse sound and all the Pessimist tracks that followed too.

Tes mélodies oscillent entre trip-hop, drum’n’bass, musique industrielle, etc. Penses-tu que l’héritage musical de Bristol a eu une influence sur toi ?
Your melodies are a mix between trip-hop, drum'n'bass, industrial music, etc. Do you think that the musical heritage of Bristol has had an influence on you ?

Je suis Bristolien, et si vous êtes un Bristolien pas un fan de Massive Attack, Portishead, Tricky, etc. il y a quelque chose qui n'est pas tout à fait vrai. Cela dit, c'est toujours une grande influence pour moi. Je pense que le mélange des cultures et d'influences brille de façon quasi flagrante et ce qui m'a vraiment marqué là dedans a été l'obscurité omniprésente dans cette musique. J'adore la musique morose, ça colle parfaitement à Bristol. De toute évidence, Bristol a une riche histoire dans le milieu de la drum’n’bass, mais pour être complètement honnête, ce n'a pas été une si grande influence pour moi.
Je recommande à tout le monde de voir Bristol pendant qu'ils le peuvent encore parce que la gentrification la fait évoluer de jour en jour. Je me demande parfois si ces influences culturelles qui ont créé le son du trip-hop sont encore là. J'aurais préféré passer une nuit entière à The Dug Out plutôt qu’au Motion, de cette manière. Cela dit, ici l’innovation musicale est un gouffre, et je pense que cela ne changera jamais, ce n'est pas quelques promoteurs et certains lieux honteux qui vont changer ça !

I’m a Bristolian and if you’re a Bristolian and not a fan of Massive Attack, Portishead, Tricky, etc. there’s something not quite right. It’s always been a huge influence for me. I think that mixture of culture and influence shines through so blatantly and what really gripped me with the whole thing was the darkness of a lot of that music. I love music that’s moody, it just suits Bristol. Obviously Bristol has a rich heritage in drum’n’bass too but to be completely honest that wasn’t such a big influence for me.
I recommend anyone to see Bristol whilst they can because gentrification is changing it day by day. I sometimes wonder to myself whether these cultural influences that created the trip-hop sound are actually out there anymore. I’d much rather have spent a night down The Dug Out rather than Motion, put it that way. That said there’s an underbelly of innovative music here and I don’t think that will ever change, it’s just a shame promoters and venues aren’t getting behind it!

Pagans reste encore aujourd’hui l’une de tes plus belles réussites. Un condensé de noirceur mais très axé dancefloor. Y a-t-il certains disques, certains morceaux dont tu es le plus fier ? Qui ont marqué une étape dans ta carrière musicale ?
Pagans is still today one of your best achievements. A condensed darkness but very focused dancefloor. Are there some discs, some songs you're most proud of ? Who marked a step in your musical career?

Ouais, et bien Pagans m'a permis de montrer que je ne suis pas seulement l'un de ces types qui font différentes variantes de musique à 170 BPM. C'est drôle, dans une scène comme celle de la drum’n’bass, les gens commencent à se vexer quand ils n'ont pas les quatre pistes de leur EP au rythme qu'ils aiment alors qu'ils sont eux-mêmes DJ, ils se sentent floués, c'est vraiment une façon étrange d’envisager la musique.
Je pense que, comme mentionné précédemment, The Mantra a été une étape importante pour moi. En outre, la version UVB-76/Straight 9 était une déclaration. C'était nous (Ruffhouse) cimentant notre style et c'était presque un adieu à composition ensemble. Je pense que l'écriture de mon premier album doit être le moment dont je suis le plus fier. C'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire. J'ai toujours écouté des albums et, en tant que musicien, il était stupide que je ne le fasse pas. C'est un format où je peux vraiment m'exprimer et raconter une histoire. Je suis content de l'avoir fait quand je l'ai fait, pas trop tôt, mais aussi en le remettant pas à un moment où je ne pourrais pas revenir en arrière.

Yeah, well Pagans was me showing that I’m not just this guy who makes different variations of 170 bpm music. It’s funny, in a scene like drum’n’bass people start getting upset that they don’t have all 4 tracks of the EP at the tempo they like to DJ themselves, they feel cheated, that’s a really weird way of looking at music.
I think as mentioned earlier,
The Mantra was a milestone for me. Also the UVB-76/Straight 9’s release was a statement. That was us (Ruffhouse) really cementing our style and it was almost a farewell to us writing together. I think writing my first album has to be my most proud moment though. It’s something I always wanted to do, I’ve always listened to albums and as a musician it would be silly not to do it myself. It’s a format where I can really express myself and tell a story. I’m glad I did it when I did, not too soon but also not putting it off until some perfect moment that might never come.

Ton premier album est prévu ce mois-ci sur Blackest Ever Black. À quoi ressemblera-t-il ?  Quelle a été ta manière de l’aborder en comparaison à tes précédents travaux ?
Your first album is scheduled this month on Blackest Ever Black. What will it sound like? How did you concieve it compared to your previous works ?

Il est destiné d'être écouté du début à la fin, il n’est pas conçu pour piocher tel track comme on piocherait une cerise ou en choisissant quel morceau conviendrait à tel set. Toutes les pistes fonctionnent comme une seule unité, comme un film presque. Il est très froid, minimaliste et conduit par la rythmique.
C'est un album purement instinctif, il n'a fallu qu'un mois pour écrire des morceaux qui fonctionnent par eux-même, je voulais que mon premier album sonne de cette façon, naturel. Comme tous mes albums préférés, ils ont toujours une certaine rage, je n'aime pas quand c’est trop poli et sur-réfléchi. J'ai essayé de déverser beaucoup de mes influences tout au long de l'album et je pense que j'ai réussi à accomplir cela grâce à Kiran Sande, qui a rendu ça possible et m’a permis de me sentir à l'aise afin que cela vienne naturellement.

It’s intended to be listened to from start to finish and it’s not about cherry picking which track you like the most or which track could fit into your set. All the tracks work as a single unit, like a film almost. It’s very cold, minimalist and beat driven.
It’s a purely instinctive album, it only took a month to write the actual tracks themselves, I wanted my first album to sound that way, natural, like all my favorite albums, they always have a certain rawness, I don’t like super polished and over-thought music. I’ve tried to get across a lot of my influences throughout the album too and I think I’ve managed to accomplish that with thanks to Kiran Sande for allowing that and making me feel comfortable to do what comes naturally.

À la maison, tu écoutes quoi ?
What are you listening at home?

Des choses diverses, j'écoutais NTS récemment. Je n'écoute pas beaucoup de musique actuelle. Je travaille tellement à plein temps dans la musique pour la télé qu’il m’est parfois difficile de rentrer chez moi et d'être en mode PLUS DE MUSIQUE !

Various things, I’ve been listening to NTS a lot recently. I don’t listen to loads of current music though. I work full time in TV making music so sometimes it’s hard to get home and be like MORE MUSIC!

Tu es également reconnu pour être un DJ talentueux, qu’est-ce qui te procure le plus de plaisir  jouer en live ou en DJ set ?
You are also known as a talented DJ, what gives you the most pleasure to play live or DJ-set?

Je n'ai pas joué en live avant. Je souhaite le faire un jour mais ça ne fonctionne pas vraiment avec la manière dont je façonne ma musique en ce moment. J'aimerais bien penser que je préfère le live, quoique j'aie vu des sets live qui sont à la limite de la fraude, juste un gars qui jouait ses tracks sur Ablelton en ajoutant un filtre, c'était de la merde. Est-ce que c'est un live ou du djying ?

I haven’t played live before. I wish to do it someday but it doesn’t really work in conjunction with the way I write my music right now. I’d like to think I’d prefer live though. I have seen some ‘live’ sets that are verging on fraud though, just some guy playing his tracks on Ablelton but fiddling with a filter, it was shit. Is that live or djing?

On te retrouvera cet été au festival Atonal. À quoi ressemblera ton show ?
We will see you this summer at the Atonal festival. What will your show look like? Will you play your album?

Je suis trop pressé d’y être, je suis tellement heureux d'être choisi pour y jouer. Je vais jouer en DJ, terminer la scène scène Null. Avec le Berlin Atonal, il faut s'attendre à une variation par rapport à mon set habituel. Vous obtiendrez certainement la fureur de l'album et ce qui a contribué à l'influencer.

I can’t wait for that one, Im so happy to be picked to play there. I’m going to be DJ’ing, closing Stage Null and with it being Berlin Atonal expect some variation compared to a usual set of mine. You’ll definitely get a sneak into the album and what helped influence it.

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ADELAIDE TECHNO : TRANSITION RECORDS

Lorsque l’on évoque l’Australie on a tendance à penser aux grandes étendues sauvages de terre rouge, aux plages interminables, à sa faune endémique et à Sydney ou Melbourne. Ce qui est certain en tout cas c’est que peu de gens pensent à Adélaïde car avec ses 1,3 millions d’habitants la capitale de l’Australie-Méridionale est reléguée au cinquième rang national loin derrière les deux mastodontes urbains et est donc considérée comme une petite ville à l’échelle du pays.
Mon rapport à Adélaïde est particulier, ville natale de ma mère, la grande majorité de ma famille y habite, c’est donc un endroit pour lequel j’ai une affection particulière, le seul endroit avec Paris où je me sens réellement chez moi, un endroit dépositaire d’une part de mon identité en quelque sorte.
Dans mon esprit, Adélaïde est également associée à la musique Techno et ce à cause d’un événement qui m’avait marqué enfant. Je devais avoir 11 ou 12 ans et un cousin de ma mère dont je suis toujours hyper proche était venu me chercher un après-midi pour aller faire un tour dans sa Corvette noire. C’était marquant car au-delà de la vitesse folle du bolide et des sensations que ça peut procurer je me souviens de la bande son de cette escapade pour aller déguster une glace devant l’océan après avoir soigneusement explosé toutes les limitations prévues par le code de la route.
Dans l’ordre, je me souviens du volume sonore, d’un kick punitif, de sons froids et futuristes et d’un tempo qui allait parfaitement avec la vitesse de défilement du paysage. C’était mon introduction à la Techno, pas dans un club, pas chez des potes, mais dans une voiture, à 300km/h. A l’époque c’était pas tellement mon truc, je me suis vraiment intéressé à la musique de danse que bien plus tard, mais ça restait une expérience plutôt singulière liée en premier lieu à une sensation physique assez unique.
J’étais en ville pour les dernières fêtes de fin d’année et je me suis rendu chez Transition Records pour y claquer mes dollars de Noël. Situé en plein centre ville dans un local qui ne donne pas sur la rue, ce disquaire pour initiés est la meilleure adresse pour faire ses courses de vinyles tant la sélection de disques y est pointue et l’atmosphère détendue. Hans, le patron du lieu, et son acolyte Phil ont eu la gentillesse de bien vouloir parler de leur ville natale et de son histoire avec la Techno autour de quelques Cooper’s.

Pouvez-vous vous présenter ?

Hans : Hans Kempster, je gère Transition Records ici à Adélaïde. J’ai vécu ici toute ma vie, aucune intention de déménager.

Phil : Phil Rogers, je travaille également au magasin parmi d’autres activités. Adélaidien, DJ, habitué des magasins de disques…

H : C’est aussi un ancien patron de club, un imprésario…

P : (rires)

Tu es aussi DJ Hans ?

H : Ouais.

Quand as-tu démarré Transition Records et pourquoi ?

H : C’était en mars 2011 et je me suis aperçu que je dépensais beaucoup d’argent à acheter des disques en ligne étant donné qu’il n’y avait pas de magasin spécialisé House et Techno à Adélaïde. Il y avait d’autres disquaires plutôt bons mais ça ne correspondait pas tellement à mes besoins et je me suis dit qu’ Adélaïde étant une ville suffisamment grande il devrait y avoir assez de gens pour faire quelque chose de viable donc ouais, ça a démarré comme ça.

Et maintenant, rétrospectivement ?

H : C’était bien ! (rires) Ça s’est avéré assez exact ouais. Les gens achètent toujours des tas de disques en ligne et n’achètent pas ici. Il y a des DJ qui jouent deux, trois, quatre fois par semaine et qui ne viennent jamais ici, genre pas une fois, donc tu sais… Quand j’ai ouvert Transition j’imaginais que ces gens allaient plutôt venir ici mais il y a aussi beaucoup de gens qui achètent des disques maintenant qui le font simplement parce qu’il y a un magasin ici. J’ai un client qui clairement n’achète rien en ligne et il y a quelques mecs qui n’achètent qu’ici, ils semblent se tenir au courant de ce qui se fait mais bon, ils possèdent déjà de grosses collections donc je ne recommanderais pas à quelqu’un qui commence de ne faire ses courses qu’ici, ça réduit un peu l’horizon et l’attention est focalisée sur des trucs précis.

P : Un peu, pas complètement, la sélection reste assez large je trouve.

Vous diriez que vous avez beaucoup de clients fidèles ?

H : Oui.

Et également beaucoup de mailorder ?

H : De plus en plus de mailorder, rien que l’année dernière on en a eu beaucoup plus. Presque exclusivement d’Australie ou de Nouvelle Zélande, énormément de Melbourne en fait, 75% Melbourne peut-être.

Ils n’ont pas de magasin de disques comme ça à Melbourne ou quoi ?

H : Pas vraiment, il y en a quelques uns mais ils ne semblent pas vraiment avoir la même formule.

P : Le truc essentiel qui leur manque c’est Hans (rires) pour être brutalement honnête. Personne n’est aussi investi dans ses commandes et ses recherches donc il semblerait que les gens là-bas apprécient plus que les gens ici, enfin je pense. Lui ne te dira pas ça mais moi je le dit (rires)

H : Oh euh d’accord.

Comment décririez-vous le son d’Adélaïde en comparaison de celui des autres villes australiennes ?

H : Je pense qu’ Adélaïde est plus influencée par la Techno de Détroit. A chaque fois que je rachète la collection de quelqu’un il y a toujours certains disques qui reviennent… Il y a toujours une pile d’ Underground Resistance, des trucs européens genre Anthony Rother, il y a aussi plus de Techno loopy, mais clairement une grosse influence urbaine, Détroit. En comparaison de Melbourne qui avait plus un délire Trance et Progressive House dans les années 90 et Sydney qui était plus House et Disco.

P : Je suis d’accord, c’est de là que ça vient historiquement et puis après, je suppose qu’un peu comme dans toutes les villes d’ Australie ça a viré plus allemand et européen vers le début des années 2000, fin des années 90, mais on a grandit sur la Techno de Détroit.

H : Je pense que tu ne peux pas être impliqué dans la Techno à Adélaïde sans avoir Juice Records qui regarde par-dessus ton épaule, tout le monde a ça en mémoire, ce sont nos origines et tout ça était très connecté à Détroit et Windsor, Ontario.

Et pourquoi ça d’après toi ?

H : J’imagine que certaines scènes démarrent avec simplement une poignée d’individus très motivés. Il y a avait quelques mecs qui étaient juste en avance sur leur temps. Ils se trouve qu’ils s’intéressaient à cette musique dans la fin des années 80. Tristan Jones était une figure très importante ainsi que Damien Donato qui a fondé Juice Records.

P : Et une poignée de passionnés de musique et de DJ. Il y avait les passionnés de musique qui suivaient l’évolution sonore globale et puis il y avait des gens plus dans la production, des profils d’ingénieurs. Donc il y avait la Techno, les amoureux de musique et puis tu sais, ils ont commencé à acheter du matos et…

H : Oui et j’imagine que ces gens avaient pas mal de pouvoir, pas en termes de contrôle mais disons qu’ils avaient de l’influence. Tristan et Damien travaillaient dans un magasin de disques qui s’appelait Central Station, c’était spécialisé Hip Hop, Techno, House et c’était le point névralgique pour ce genre de musique à Adélaïde. Tristan a organisé la première tournée Underground Resistance en Australie, c’était en 91 je crois, juste après le départ de Jeff Mills et je crois que DJ T-1000 était le DJ sur cette tournée. Ils ont joué dans un club qui s’appelait Le Rox. Dans les années 80 c’était un club genre Wave / Blitz et au fur et à mesure ils ont commencé à passer de la House, du Hip Hop et de la GoGo et au final c’est devenu un club Techno à part entière, un club rave un peu.

Quand on discutait l’autre jour tu mentionnais le fait qu’il y avait peut-être une sorte de lien entre les deux villes, Adélaïde ayant aussi un passé de ville automobile…

H : Ouais (rires) je ne sais pas, peut-être que je réécris un peu l’ Histoire là… mais oui, Adélaïde n’a pas grand chose, nous n’avons pas un superbe port de plaisance ou une grande population et c’est une ville très étendue. Adélaïde est aussi pas mal là car durant la seconde guerre mondiale c’était un endroit sûr en Australie, c’est très difficile pour les vaisseaux de guerre d’arriver ici donc il y avait beaucoup d’usines militaires et puis dans les années 50 l’industrie automobile et ça représentait une part importante de la force de travail et ça a contribué à rendre Adélaïde très étendue. Donc j’imagine que les gens passent pas mal de temps à rouler en voiture en écoutant de la Techno.

Y avait-il beaucoup d’endroits désaffectés ou isolés où on pouvait organiser des fêtes et des raves ou ça n’a rien à voir avec le mouvement rave ?

P : Non je ne crois pas que nous ayons réellement eu une grosse scène illégale. Ça existait hein mais c’était pas énorme. Et puis les licences à l’époque n’étaient pas si mal, ça ne poussait pas les gens hors des clubs et comme nous le savons tous, c’est beaucoup plus simple d’organiser une fête dans un club que de faire une rave au milieu de nulle part, donc ils utilisaient les clubs, avaient des résidences, ce genre de choses.

H : Je crois que presque toutes les soirées que j’ai fait dans des usines avaient lieu en plein centre ville, dans la city, il y en avaient quelques unes dans l’ancienne prison de la ville mais tout se passait plutôt dans la city.

Phil, tu as été patron de club, quel était son nom et combien de temps ça a tenu ?

P : Oui, ça s’appelait Cuckoo, le Cuckoo Bar. Je crois qu’on a fait sept ans, on gérait ça avec ma soeur et avant ça j’étais DJ et je bossais aussi dans des magasins de disques et des bars. J’ai commencé dans les bars quand j’avais 17 ans et j’ai été résident dans le dernier club d’afters pendant des années et ça m’a communiqué cette addiction à la Techno nocturne je suppose.

A quel point est-ce difficile de faire tourner un club à Adélaïde ?

P : C’est assez difficile, surtout quand tu fais ce que nous faisions. On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de night club qui passait uniquement de la House et de la Techno donc on s’est vraiment focalisé là-dessus. On a donc beaucoup investi sur le son (ndlr : Funktion-One) et on a fait en sorte que ça soit confortable pour les DJ, et on a essayé de faire venir des gens qui n’avaient jamais joué à Adélaïde, on a essayé d’insuffler de l’énergie dans cette scène qui selon nous valait le coup.

H : Et ils l’ont fait jusqu’à la fin. Ils n’ont pas organisé de soirées R’n B ou des plans argent facile, ils s’y sont tenus jusqu’au bout.

Parce que vous pensez que beaucoup de clubs essaient simplement de se faire de l’argent facile ?

P : Je pense que tu peux arriver avec tout un tas de belles idées et puis, spécialement à Adélaïde, ça peut devenir assez brutal et tout d’un coup les factures et les charges prennent le dessus sur ton concept originel et tu sais, on a été vraiment très proche d’aller contre notre concept à plusieurs reprises, ça a été dur, beaucoup de travail, mais on s’y est tenu et je crois que notre philosophie était que si on ne faisait pas ce que l’on avait dit que l’on ferait il ne valait mieux rien faire.

H : Je pourrais me faire plus de fric en vendant des disques des Foo Fighters mais qui ferait ça ? (rires)

P : Tu sais, si tu te fixes un objectif et que ça échoue peut-être que ça ne devait pas être, je ne sais pas, je ne l’ai jamais vu comme le fait de se défiler.

H : Et je pense que depuis la fermeture de Cuckoo quasi personne n’a essayé de proposer quelque chose de culturellement important. Il y a beaucoup d’endroits pensés uniquement pour faire rentrer beaucoup d’argent pour le proprio, sans intérêt culturel quel qu’il soit, juste de la musique calibrée, juste de la picole.

En tant que patron de club ça se passait comment avec les autorités et l’aspect légal de l’affaire ?

P : On a démarré avec une licence de 21h à 5h donc on pouvait être ouvert sept jours sur sept, c’était nickel. Et vers la quatrième année ils ont installé la fermeture à 3h.

H : Ça a toujours été non fumeur dans Cuckoo ?

P : Ouais toujours, les lois non fumeur étaient déjà arrivées quand on a ouvert et ça vaut le coup d’être noté, ça a eu un effet sur les clubs globalement, tout le monde sait ce que ça fait quand 30 personnes sortent fumer, ça a fatalement un effet sur les dancefloors.

Quelle est typiquement la capacité d’un club d’ Adélaïde ?

H : 200 et moins

P : Ouais ça serait typiquement ça. On était sur Hindley Street (ndlr : sorte de red light district local bien crasseux) donc pas mal de gens pensaient que c’était une mauvaise idée d’être au coeur du bordel alors que notre clientèle ne correspondait pas forcément au trafic de la rue.

H : Mais c’était le seul endroit où tu pouvais avoir une licence de 5h du matin.

P : Oui et puis je pense que ça valait le coup. En sept ans on s’en est sorti sans incident majeur donc ça te montre qu’il s’agit de garder les bonnes personnes à l’intérieur et les mauvaises dehors et on s’en est plutôt bien tiré. Ce qui nous a niqué au final ça a été un développement immobilier juste au-dessus de nous, on devait bouger. Ce fut une longue et pénible bataille judiciaire mais c’est quelque chose qui pourrait arriver n’importe où, ça n’était pas spécifique à nous ou Adélaïde.

Vous pensez que les promoteurs ici se concentrent sur des gros noms étrangers ou qu’ils essayent de défendre des artistes et DJ locaux ?

P : Un peu des deux.

H : Pendant quelques années ça se reposait trop sur des DJ internationaux et les gens demandaient l’heure des sets histoire de pouvoir se pointer exactement quand le DJ étranger commençait et après ils pouvaient dire « j’ai vu un tel », personne ne parle d’avoir écouté un tel, « j’ai vu un tel » comme cocher des noms sur une liste. Et ces mecs se font payer 3000 dollars quand le DJ local en warm up ne prends parfois rien.

P : Rien la plupart du temps étant donné que c’est un service publique (rires) mais tu sais, c’est parfois difficile d’attirer les gens sans un nom, c’est le jeu.

H : Surtout quand tout le mondes est un peu à mi-chemin entre un consommateur et un producteur. Je suis allé à des soirées avec des gens et tout le monde était DJ et ils étaient tous là « je pourrais être là-haut » tu vois le délire ? Et « si je ne me fait pas programmer, je ne viens pas à tes soirées » (rires)

P : C’est la mentalité de certaines personnes car ils ont la gloire en tête, pas la musique.

H : Donc parfois tu te retrouves avec une avalanche de sets d’une heure.

P : Des noms sur le flyer, du monde à l’entrée (rires)

Il y a encore beaucoup de clubs à Adélaïde ?

P : Sugar est là depuis 13 ans et malheureusement c’est le dernier vrai night club avec une licence de 4h du matin.

H : Ils sont essentiellement House et Disco et accueillent pas mal des bons artistes internationaux.

P : Eux et Ancient World sont nos deux choix vraiment. Ancient World a une licence de 2h du matin et se concentre sur la musique en général ce qui est une noble ambition. Ils essaient de défendre un éventail de sons et c’est ce qui permet de faire venir du monde.

H : S’il n’y a qu’un seul endroit où tu aimes bien aller ça te fatigue rapidement et je pense que les gens d’ Ancient World l’ont bien compris, donc il y a des trucs Rock ‘n Roll, ils organisent des débats pendant la semaine de la science, ils ont une soirée R ‘n B hyper girly

P : Ils font tout dans un esprit un peu anarchiste second degré et ils le font bien.

C’est quoi la suite si la fermeture est à 2h ? Il y a beaucoup d’afters ?

H : Pas vraiment.

P : Ça n’arrive plus tant que ça et c’est vraiment surprenant. Durant mes cinq premières années de DJ on allait toujours quelque part après, toujours. On traînait les disques depuis le premier lieu à 9h du matin et on allait au second jusqu’à 5h de l’après-midi.

H : Je me souviens de raves avec deux afters différentes dans des clubs.

Je posais la question parce que dans les grandes villes européennes les gens ont tendance à vivre les uns sur les autres dans de petits appartements tandis qu’ici les gens ont plutôt des baraques avec jardin donc ça doit être plus facile de s’isoler des voisins tout ça…

H : Disons que ça n’arrive plus si souvent car c’est parfois trop compliqué d’aller dans les banlieues, du genre quelqu’un habite dans tel quartier et quelqu’un d’autre est à l’autre bout… ,

Donc la manière dont est faite la ville a une influence là-dessus ?

P : Peut-être mais ça ne nous a jamais vraiment freiné, on allait tout le temps en after, on s’entassaient dans 4 ou 5 taxis et c’était parti. Je crois juste que la scène ici est un peu différente aujourd’hui.

H : Et les gens ont l’air concentrés sur leur boulot. J’entends sans cesse « je dois me lever tôt pour le taff » ou « j’ai cours à la fac »

P : Peut-être que les gens n’y vont plus aussi fort qu’à notre époque (rires). Les deux mecs avec qui je mixais pendant ma première résidence se levaient vers 3h30 du matin, mangeaient leur Weet-Bix, allaient au club à 4h, commençaient à boire et terminaient leurs sets à 9h mais c’est comme s’ils venaient de se lever donc le reste de la journée était à eux… j’imagine que ça ne se passe plus comme ça de nos jours, c’était notre vie pendant 4 ans.

Selon toi quelles étaient les plus belles années ?

P : Le milieu de Cuckoo je dirais. Mais la dernière année nous avons fait DJ Koze, Mathew Jonson, Shed… On a organisé une fête dans la petite rue derrière le club avec Shed et Tama Sumo avec 250 personnes dans la rue. Il y avait des DJ à l’extérieur et dans le club, c’était le meilleur truc que j’avais fait.

Il n’y a plus d’événements comme ça aujourd’hui ?

P : Non, personne n’a envie de risquer 15000 dollars pour faire quelque chose comme ça et j’entends des gens se plaindre du coût que ça représente de faire venir un international. On avait de la chance car nous étions promoteurs et patrons de club.


Donc si les entrées étaient mauvaises vous aviez toujours le bar…

P : Exactement, donc on pouvait se servir un peu là-dedans, on avait un tampon.

H : Même si vous n’étiez pas sensés le faire vous aviez ce tampon.

P : Beaucoup de gens n’ont pas ce luxe et c’est ce qui nous a permis de faire beaucoup d’artistes internationaux et c’est ce qui autorise Sugar à le faire, leurs promoteurs sont leurs propres patrons.

Quel est le statut de la musique électronique dans le paysage musical australien ?

H : Minoritaire, l’Australie est un pays Rock ‘n Roll. Une grande part de notre psyché nationale est fondée sur le pays, les grands espaces, des gens avec de gros chapeaux qui montent à cheval…

Le cliché Crocodile Dundee…

H : Ouais, mais la population australienne est l’une des plus urbanisée au monde donc ça n’a aucun rapport avec la plupart des gens mais on a toujours ce sentiment de pays Rock ‘n Roll macho et je pense qu’il y a une vraie réticence à montrer des émotions. Danser est considéré comme quelque chose d’efféminé pour un homme, chanter aussi, donc la musique de danse en général, Disco, House, Techno est quelque chose que j’ai découvert par les gamins issus de l’immigration grecque. Ils étaient à fond dans Prince ou Chaka Khan et le breakdance, c’est comme ça que j’en ai entendu parler en premier.

C’est marrant que tu dises ça parce qu’il se trouve que ma famille ici est issue de l’immigration grecque et ma mère a un cousin dont je suis très proche qui a 58 ans et qui s’est découvert une passion pour la Techno vers 89/90. J’étais chez lui l’autre soir donc je lui ai parlé de vous et de l’interview et c’est exactement ce qu’il m’a dit, qu’au départ ce n’était pas un truc d’anglos et qu’ils écoutaient cette musique dans leurs voitures. Et le cousin c’est un mec qui aime bien s’amuser donc il a une Corvette et il roulait avec ses potes en écoutant de la Techno toute la nuit. Prendre des prods dans des véhicules rapides avec la grosse basse en gros…

P : (rires)

H : (rires) Ce mec est une putain de légende !

Ouais c’est un super mec hyper intéressant, il a pas mal d’histoires à raconter… mais ouais, tout ça me paraissait cinglé parce qu’à Paris ou d’autres grandes villes européennes il n’y a pas la culture de la voiture comme ici si bien que je ne suspectais pas à quel point c’était lié au fait de faire les fous en bagnole.

H : Oui et je crois que pour le coup c’est quelque chose qui se passe également à Détroit, Omar S et Theo Parrish roulent dans leurs Subaru…

Comme ce titre de Juan Atkins…

H : Cosmic Cars ?

Oui et l’autre là…

P : Night Drive (Thru Babylon)

C’est ça !

H : Ici, beaucoup des premiers DJ House ou Techno étaient aussi d’origine italienne. Comme Cam (HMC) et Angelo et je pense que ces cultures là sont plus à l’aise avec la danse et le fait d’exprimer sa joie au travers du mouvement. Moi mes origines c’est moitié allemand moitié anglais ce qui est la combinaison la moins funky qui soit.

P : (rires) Après je ne suis pas complètement d’accord avec cette analyse de la scène australienne. C’est en aucun cas mainstream mais il y a des poches de succès et autant j’aimerais simplement représenter Adélaïde autant Melbourne s’en sort bien mieux que nous de ce point de vue là. Ils ont des choses qui s’exportent, il y a de bons DJ, des turcs plus de classe mondiale et leur scène est plus forte en partie car les licences sont plus faciles à obtenir.

H : Ouais, ils ont des flics corrompus.

P : Ouais et on en revient d’une manière ou d’une autre à la culture de la drogue, c’est ce qui fait durer la fête…

Encore une fois, c’est ce que le cousin m’a dit quand je lui ai demandé ce qui lui avait fait aimer la Techno, il m’a de suite répondu la drogue. Il fumait de l’herbe et quand il a commencé les prods c’était parti…

H : Oui, je suppose que c’est logique.

P : J’ai réalisé que je n’ai réellement compris de quoi il s’agissait qu’après avoir vécu un vrai moment de lâcher prise et soudain, tu entends tout différemment. Et je pense qu’il y a plus de gens qui ont vécu une épiphanie de ce type plutôt que par un autre vecteur d’entrée plus « pure » peut-être…

H : Oui du genre « je m’intéresse aux composants électroniques… »

P : Ouais (rires)

Je ne sais pas si vous êtes d’accord mais on dit qu’Adélaïde a un gros problème de drogue…

P : C’est souvent le cas des petites villes.

Et vous pensez qu’il y a peut-être une corrélation quelque part ?

H : Hmm… oui peut-être, même si c’est compliqué à mesurer, je serais incapable de te le dire.

P : Je ne sais pas, ça devait se passer un peu partout donc c’est difficile de séparer les choses.

H : Mais à Melbourne, ils avaient aussi des lois de couvre feu comme ici mais ils s’en sont débarrassé et c’est relativement facile d’obtenir des licences de nuit. Il existe des clubs où le deal se fait au grand jour et ils ne se font pas fermer. Et presque tous les jeunes d’Adélaïde déménagent à Melbourne. Mon cousin a grandit à Canberra mais vit à Melbourne et il dit que c’est juste rempli de jeunes qui viennent de Tasmanie, de Canberra et d’Adélaïde.


Adélaïde a du mal à conserver ses jeunes et ses artistes ?

P : Adélaïde connaît un exode massif de sa jeunesse et c’est plutôt surprenant étant donné que nous sommes une ville universitaire. On attire les jeunes puis on les fait fuir par l’absence de culture jeune.

H : (rires) Ouais on les chasse à l’ennui.

P : Nous n’avons pas des lois qui facilitent l’organisation de soirées et qui aident la culture jeune à se développer.

Il y a beaucoup de festivals en Australie et à Adélaïde en particulier (ndlr : la devise de l’Australie Méridionale est « The Festival State »). Est-ce comme en Europe ou ailleurs où la tendance est de voir de plus en plus de DJ sur les lineup ? Et si oui pensez-vous que ça a un effet sur la culture club ?

H : Et bien je le remarque un peu ici au magasin. Parfois je ne vais pas voir certains réguliers pendant deux mois et je sais qu’ils sont allés dans un festival. Ils économisent avant, ils sont fauchés quand ils rentrent et voilà.

P : Je pense que ça affecte la scène en général.

Comment voyez-vous l’évolution de la scène australienne et plus spécifiquement de la scène d’Adélaïde ?

H : Certains gamins doivent vraiment se bouger et commencer à faire des trucs.

P : Ça manque d’enthousiasme.

Vous pensez que la jeune génération n’est pas aussi impliquée que vous l’étiez à leur âge ?

P : Disons qu’il n’y a pas grand chose à faire grandir, je comprends, mais j’ai remarqué un manque de soutien et de gens qui essaient de faire avancer les choses. Je ne sais pas, je me transforme en vieillard aigri…


Vous avez quel âge ?

P : J’ai 30 ans mais j’ai l’impression d’en avoir 50 (rires)

H : J’ai 40 ans.

P : Je crois que je n’ai plus la motivation… Je pense avoir vraiment donné, financièrement et émotionnellement. Une fois que tu as connu différents degrés de succès au fil des ans c’est difficile de garder le rythme, d’autres personnes doivent prendre le relais.

Pourquoi êtes-vous donc si attachés à Adélaïde ? Vous auriez pu bouger dans une plus grande ville, pourquoi avoir choisi de rester ?

H : Je pense que c’est un endroit vrai, il y a une authenticité ici, les villes plus grandes sont un peu des parcs d’attraction peuplés de suiveurs qui essayent de s’accrocher aux wagons de quelque chose d’immense pour n’en prélever qu’une infime partie. Je pense que tu peux faire une différence ici et c’est confortable. Les gens sont vrais ici, je ne retrouve pas ça à Melbourne ou Sydney. Les gens ici font attention aux autres, on essaient de se soutenir les uns les autres. Celles et ceux qui intègrent la scène y restent longtemps et les gens d’Adélaïde se respectent les uns les autres. Même si je ne suis pas fan de tel business ou de tel projet je les respecte pour essayer de faire leur truc parce que je sais à quel point c’est dur de piloter une entreprise ici et de faire quelque chose qui vaut le coup quand peu de gens te soutiennent.

P : J’aime ma ville natale.

H : Et puis c’est un peu une astuce marketing aussi, tu ne gagnes pas en street cred en étant à Berlin, ce putain d’endroit est saturé ! (rires)

P : On a une Histoire riche et c’est quelque chose dont il faut être fier et je pense qu’une fois que tu t’impliques tu es un peu obligé de te sentir patriote de la ville. Certains plus que d’autres bien sûr puisque l’on subi un vrai exode créatif au profit de Melbourne mais ceux qui restent le font parce que ça leur tient à coeur et c’est souvent à leur propre détriment (rires)

J’imagine que c’est une autre similitude avec Détroit, être fier d’où on vient quoi qu’il arrive et essayer de faire quelque chose localement.

P : Oui parce que sans ces gens qui sont restés ici, je n’aurais pas été exposé à tout ça et ma vie aurait été très différente. Et ces gens qui ont fait mon éducation étaient talentueux et auraient pu très facilement partir n’importe où dans le monde et connaître de belles carrières en faisant ce qu’ils faisaient mais non, ils sont restés ici et ils m’ont fait découvrir cet univers. C’est important tu sais, sans ça cette ville n’a rien.

Ces pionniers d’Adélaïde sont toujours actifs ?

H : Pas beaucoup

P : Je suppose que c’est cyclique, au bout d’un moment il en ont eu marre (rires) et quand ta carrière de DJ vacille tu commences à faire des vrais boulots.

H : HMC fait toujours de bons trucs.

P : Late Nite Tuff Guy aussi

H : Damien Donato est toujours plus ou moins actif.


Des contemporains que vous appréciez particulièrement ?

H : Oui il y en a quelques uns, j’aime beaucoup Metamethod, de la super Techno moderne…

P : Faite sans la moindre idée de ce qui est moderne…

H : Il est complètement isolé musicalement et fabrique ses propres sons à base de synthèse FM.

P : Il avait un gros studio qu’il a revendu à la fin des années 90. En gros c’est un nerd qui monte ses morceaux avec des ondes FM.

H : Je pense qu’il est vraiment sous-estimé.

P : C’est clair, il était déjà sous-estimé au milieu des années 90. Disparu de la circulation pendant plus d’une décennie et il ressort un peu de nulle part et les gens sont là « tu fais encore du son ? » et le mec défonce.

H : Il est sûrement plus vieux que moi.

P : Oui, clairement.

H : Phil est aussi un excellent producteur avec un éventail musical très large entre Techno et Electro avec des trucs plus mélodiques, également sous-estimé.

Alors, c’est quoi ton blaze Phil ?

P : Il en existe plusieurs… J’ai fait une sortie avec les mecs de Untzz il y a un moment mais je ne crois pas qu’il y avait un nom sur le macaron. Mais oui il y a quelques trucs qui se baladent, la plupart dans mon disque dur (rires)

H : Surveille les nuages.

P : Ouais voilà, c’est dans le cloud (rires)

H : Nightime Drama est un bon label d’Adélaïde.

P : Les gens essaient tu sais, j’ai fait Cuckoo Music pendant un petit moment, on a fait deux sorties vinyles et huit sorties digitales. On a fait l’album des Carter Bros, on a sorti que des trucs d’Adélaïde à part la première sortie, Sleep D, qui est de Melbourne.

H : Les Carter Bros ont d’ailleurs sortis quelques disques sur un label de Detroit, Black Catalogue.

P : Rush Hour puis Tsuba ont ressorti l’album qu’on a fait sur Cuckoo Music ce qui était très cool. C’était juste cool de représenter la scène locale et de montrer aux gens ce que l’on faisait ici.


En me baladant dans vos bacs j’ai remarqué que les prix étaient vraiment raisonnables et ça m’a surpris parce que l’Australie étant si loin et isolée j’aurais eu tendance à penser que ça devait coûter hyper cher de faire rentrer des imports, vous faites comment ?

H : J’ai une formule, je dois être assez stricte et faire en sorte de maintenir les commandes sous la barre des 1000 dollars, autrement je dois payer la TVA et les taxes d’importation donc ça veut dire que je dois faire attention, prendre la plus grosse quantité mais pas dépasser 1000 dollars. Donc si un nouveau disque sort sur Hardwax et que je n’en veux qu’une copie ou deux, je ne peux pas le commander parce que les frais d’importation vont être trop élevés, je dois donc parfois laisser passer et attendre un repress. J’ai tendance à passer par de gros distributeurs avec un gros catalogue c’est plus simple pour obtenir une bonne variété de choses. Parce qu’une bonne partie de mes ventes ne sont pas nécessairement des trucs dans lesquels je suis à fond.

J’ai aussi remarqué que vous aviez pas mal de disques de chez Antinote, vous suivez la scène française ?

H : Ouais pas mal, il y a vraiment de bonnes choses chez Favorite, et Antinote est un label fantastique, beaucoup d’artistes intéressants sortent de là. Il y a aussi de bons disques chez Yoyaku, Concrete…

Comment tu suis le rythme des différentes sorties ?

H : Je regarde simplement chaque mail que je reçois. Je ne sais pas, il doit y avoir entre 200 et 500 disques qui sortent chaque semaine et j’essaie de faire le tri là-dedans. Je pense que c’est le seul moyen, je ne passe pas beaucoup de temps sur Soundcloud, je lis parfois RA ou DJ Broadcast, je ne regarde pas les feeds Facebook. Je crois que c’est facile de se mettre des ornières mais avec un label comme Antinote c’est juste prends tout. Je ne crois pas qu’il y ai eu une sortie d’Antinote que je n’ai pas eu en magasin. C’est juste de la musique rafraîchissante, pas trop rétro, pas toujours dansante, quelques trucs sont parfois moins faciles d’accès. J’aimerais être plus au courant de ce qu’il se passe en France mais en même temps je pense que l’isolation permet l’évolution, si on est tous tout le temps au courant de ce qui se fait partout, rien ne peut réellement grandir organiquement.

P : C’est compliqué d’être en parfaite isolation aujourd’hui mais c’est chouette quand quelque chose de frais sort car c’est difficile de trouver des choses uniques de nos jours. Par exemple j’ai toujours eu beaucoup de respect pour les mecs de Sleep D, pour leur absence d’égo et leur persévérance. J’ai beaucoup de respect pour Tornado Wallace car il a son propre son. Il y a des gens qui trouvent leur propre niche et qui développent ça. Il y a quelques têtes chercheuses en Australie qui font ça vraiment bien, les Carter Bros aussi, personne ne sonne comme eux.

C’est intéressant parce que j’ai parfois l’impression que dans les grosses ville comme Paris il y a trop de DJ ou d’artistes, si bien que ça peut vite ressembler à un environnement hyper compétitif pas très sain. Certains arrivent à préserver une ambiance famille/crew mais souvent l’égo ou les attitudes faux-cul finissent par se mettre en travers…

P : Oui, c’est dur dans les grandes mégalopoles, tu perds ce côté familiale. Mais je crois que nous avons ça ici, soit par le fait d’être une petite ville soit par l’isolation. Certains producteurs de grande qualité viennent même de zones rurales comme les Carter Bros qui sont de Mildura ou Sleep D qui sont de Frankston.


Vous aimeriez qu’il se passe quoi à Adélaïde ?

H : Et bien il y a des fêtes appelées Park Jib qui sont organisées par Lenin, Jake et Harvey, qui sont des jeunes hyper sympas, motivés et avec une bonne éthique. Ils prennent un générateur et empruntent le système son de folie de Phil et se posent dans un parc et font la fête. J’aimerais voir plus de choses comme ça. Il n’y a ni alcool ni argent dans l’équation, simplement de la musique.

P : Je pense que c’est la chose la plus pure qui puisse arriver et s’ils ne prennent pas le taureau par les cornes peut-être que je m’impliquerai et que j’essaierai de faire avancer le truc.


Tu as des idées derrière la tête ?

P : Disons que j’ai un plan s’ils n’en ont pas. Je veux qu’ils le fassent eux-mêmes, je ne veux pas marcher sur leurs plates-bandes, c’est leur truc et s’ils veulent utiliser mon sound system je suis super content car je veux qu’il soit utilisé, et puis je déteste écouter de la musique sur un son pourri.

H : On doit les laisser grandir.

P : Personnellement j’aimerais légitimer le truc un peu plus. J’aime faire des choses à l’arrache ou illégales, même si dans ce cas précis ce n’est pas vraiment illégal, c’est une zone grise, mais ça pourrait se faire interdire et ça tu vois, ça m’énerve. Je crains l’effet que ça pourrait avoir sur la scène et les événements futurs si ça se faisait interdire. Et puis j’aime bien faire les choses dans les règles quand ça implique du matos très cher, donc on verra bien comment ça se passe la prochaine fois. Personne n’a eu les couilles de faire ça bien jusqu’à présent et c’est vraiment l’une des premières fois où quelqu’un a le courage de tester les eaux, de prendre la température, d’y plonger un orteil et de voir comment ça se passe.

H : Parce que ces mecs n’ont jamais vraiment mis les pieds dans un événement comme celui qu’ils organisent. Ils ne sont jamais allé dans une rave dans les années 90, tout ce savoir est perdu. Mon pote d’à côté d’Inbound Records peut organiser une rave en une demie heure, ils passe quelques coups de fil, il a son propre sound system

P : C’est la scène Drum ‘n Bass

H : Ils viennent de cette culture rave du début des années 90, c’est pas un souci pour eux. Ils sont un peu plus roughneck mais les plus jeunes n’ont pas eu cette expérience, ils ne savent pas vraiment comment se lancer et ne réalisent pas que quelque chose comme ça est possible, pour beaucoup d’entre eux la Techno c’est dans un club ou un festival.

P : Je crois que ça a du potentiel et de l’avenir si les gens se donnent un peu de mal et s’ils utilisent quelques mots clefs à bon escient ils peuvent se mettre le conseil municipal dans la poche, il faut simplement parler de vitalité et de culture pour la jeunesse.

H : D’une certaine manière l’état d’Australie Méridionale se rend compte que l’état est plutôt niqué, pas de grosse activité économique, l’industrie est finie, les mines aussi…

P : Le seul investissement majeur est fait pour les universités et le simple fait qu’ils ne fassent pas le lien entre les universités et la culture jeune me dépasse.

When people talk about Australia, they usually think about the vast red earth landscapes, the endless beaches, its unique wildlife and Sydney or Melbourne. One thing is for sure, hardly anyone thinks about Adelaide, because with it’s population of 1.3 million, South Australia’s state capital is ranked fifth city in the country and is considered a small one.
My relationship to Adelaide is special, it’s my mother’s hometown and most of my family lives there so I have affection for this place, probably the only other place outside of Paris where i truly feel at home. In my mind Adelaide is also associated with Techno music and that’s due to a memorable childhood experience. I must have been eleven or twelve years old and one of my mother’s cousin whom I’m really close to picked me up one afternoon to go for a ride in his black Corvette and grab an ice cream on the ocean front. Apart from the vehicule’s crazy speed and the physical sensations that came with it, I remember the soundtrack to this little high speed escapade. I remember the loudness, a punishing kick drum, cold and futuristic sounds and a tempo that fitted perfectly the speed at which the landscape ran outside my window.
That was my introduction to Techno, not in a night club, not at some friend’s place, but in a car going at 300kpmh. At that time it wasn’t really my thing, I started getting interested in club music only years later but that experience stuck with me as somehow extraordinary and associated with a rather unique physical sensation.
I was in town last Christmas so I went to Transition Records to spend my Santa dollars. Located right in the heart of the city, tis record store for enlightened amateurs is the best adress to get wax in Adelaide simply because the selection is impeccable and the atmosphere so relaxed.
Hans, the shop owner, and his friend Phil kindly agreed to talk about their town its history with Techno around a few Cooper’s.

Can you guys introduce yourselves ?

Hans : I’m Hans Kempster, I run Transition Records here in Adelaide, I’ve been here all my life, no intention to leave.

Phil : Phil Rogers, I also work in the record shop amongst other things, Adelaidian and yeah, DJ, record store aficionado…

H : He’s also a former night club owner, night club impresario…

P : (laughs)

And do you DJ as well Hans ?

H : Yeah I do.

When did you start Transition Records and why ?

H : It was in March 2011 and I found that I was spending a lot of money just buying records online as there wasn’t a specialist House and Techno shop in Adelaide. There were some other shops which were quite good but my needs weren’t met and I thought that Adelaide being a big city there must be enough people to make it viable so yeah, that’s how it started.
And now, in retrospect ?
H : It was good ! (laughs) Kind of correct yeah. People still buy shitloads of records online and don’t buy here. There are DJs who are playing two, three, four times a week who never show up here, like not once, so you know… When I opened Transition I assumed that those people would shop here instead but then there are also plenty of people who are buying records now who are probably only doing it because there is a shop here. There’s certainly one customer of mine who doesn’t buy anything online and there are a couple of dudes who only shop here, they seem to be keeping up with what’s current… I mean, they’ve got big collections to start with so I wouldn’t recommend someone only shop here if they’re starting because you know it still narrows your focus…

P : Well a bit, not entirely, it’s still a pretty wide selection I guess.

So you would say that you have a lot of faithful customers ?

H : Yeah
And a lot of mail-order aswell ?
H : Increasingly mail-order, like probably just the past year we got a lot more. Almost entirely from Australia or New Zealand, mostly. A lot from Melbourne actually, maybe 75% Melbourne.

They don’t have this kind of record shop in Melbourne or what ?

H : Not really, I think they have a couple but they don’t seem to have quite the same formula as here.

P : The critical thing they lack is Hans (laughs) if you want me to be brutally honest. There is no one that is involved in their purchase and scouting as he is so people over there seem to appreciate more than the people here, I think so anyway. He won’t say that but I will (laughs)

H : Oh ok

How would you describe the Adelaide sound as opposed to other Australian cities ?

H : I think Adelaide has much more an influence from Detroit Techno. Whenever I buy somebody’s old collection there are certain records in there… there is always a stack of Underground Resistance, some  European stuff like Anthony Rother, there is also I guess more loopy Techno, but yeah definitely much more of an urban, Detroit influence. Certainly compared to Melbourne which had more of a Trance and Progressive House thing in the 90’s and Sydney was much more House and Disco.

P : Yeah I would agree, that’s where it comes from historically and then you know, I suppose similar to all the Australian cities as it comes to the 2000’s / late 90’s it went more German and European, but we grew up on Detroit Techno.

H : I think you can’t be involved in Techno in Adelaide without having Juice Records looking over your shoulder, everyone’s got that in their memory, that’s our lineage and that was very much connected with Detroit and Windsor, Ontario.

Why do you think is that ?

H : Well I guess some scenes start with just a handful of really motivated individuals. There were a couple of dudes that were just way ahead of anybody else. Somehow they were interested in that music in the late 80’s / early 90’s. Tristan Jones was a really important figure and Damien Donato who started Juice Records.

P : And a handful of music lovers and DJs, you had the people who were passionate about music and had been following change in sound globally, and then you had some people who were probably production, engineering types. So you had the Techno, you had the music lovers and then you know they probably started buying their things and…

H : Yeah and I guess those guys had quite a bit of power, not in terms of control but they had quite a bit of influence. Both Tristan and Damien were working in a record shop called Central Station, which is Hip Hop and Techno and House and that was pretty much the central point for that kind of music in Adelaide. Tristan was involved in organizing the first Underground Resistance tour in Australia, I think it was in 1991, that was just after Jeff Mills left and I think DJ T-1000 was the DJ for that tour and they played at a place called Le Rox which in the 80’s was kind of a Wave/Blitz type club. Gradually they started playing House and Hip Hop and GoGo and stuff and eventually it became like a full-on Techno club, kind of a rave club.

The other day when we were talking I remember you mentioning that maybe there was some kind of link between the two cities, Adelaide being a motor city as well…
H : Yeah yeah (laughs) I don’t know maybe it’s just me rewriting History there… yeah, and Adelaide has literally nothing going on, like we don’t have a beautiful harbour, we don’t have a large population and it’s quite spread out,  and Adelaide was largely here because during the 2nd World War it was quite a safe place in Australia, it was very hard for warships to get here so there was quite a bit of military factories here and then in the 50’s motor car factories and it was a big part of the work force and it made Adelaide very spread out as a city so I guess people spend a lot of time driving around in their cars listening to Techno.

Were there a lot of vacant spaces where people could throw parties and raves, stuff like that or do you think it has nothing to do with the rave movement ?

P : No, I don’t think we had much of an illegal party scene. I mean, it existed but not that much… also the licensing wasn’t too bad back then, it wasn’t pushing people out of actual venues and as we all know it’s much easier to run a party at a venue than it is to run a rave in the middle of ‘the sticks’, so they utilized clubs and had residents, all that sort of stuff.

H : I think pretty much all the warehouse parties I went to were right in the middle of the city, there were a few at the old Adelaide jail but yeah, pretty much everything happened in the city.

Phil, you had a club before, what was its name and for how long did you run it ?

P : Yeah, it was called Cuckoo, the Cuckoo Bar. I think it almost got to seven years. My sister and I ran it together and before that I was DJing and working at record stores and bars aswell, I started in bars when I was 17 and Djayed at the last remaining after hours club for quite a few years and that kind of gave me like that late night Techno sort of addiction I suppose.

How hard is it to run a club in Adelaide ?

P : It’s pretty difficult especially when you’re doing what we were doing. We saw that there was no late night club that was doing only House and Techno parties so we really focused on that, so we spent a lot on sound and we made it really good for Djs and tried to bring down acts that hadn’t been to Adelaide ever before and really tried to invigorate the scene we thought was worth it I guess.

H : and they did that right to the end, they didn’t put R’nB nights or some sort of cash grab, they stuck to it right to the end.

Because you think that a lot of clubs just try to make easy money with mainstream stuff ?

P : I think you can come in with these great ideas and then in Adelaide especially, it can get pretty brutal and all of a sudden invoices and bills take precedent over your concept and you know, we were bloody close to going against our concept a few times, it was hard work but we stuck with it and I guess our ethos was if we’re not doing what we set out to do then there’s no point in doing it.

H : I could make a shitload more money selling Foo Fighters LPs. But why would you do that ? (laughs)

P : You know, if you set out with a goal in mind and fail at that, then maybe it wasn’t meant to be so yeah, I don’t know, I never saw it as a cop out.

H : And I think since Cuckoo closed almost no one has tried to do something culturally important. There are a lot of places that are just designed to make a lot of money for the owner with no interest in culture of any kind, just standard wallpaper music, just booze.

And as a club owner how was it like with the authorities and all the legal aspect of things ?

P : We started with a 9 to 5 license so we could trade 7 days a week, it was totally fine. And about the fourth year they brought in the 3 am lock out.

H : Was it always non-smoking inside Cuckoo ?

P : Yeah always, the non-smoking laws had come in when we started and that’s worth noting, it had quite an effect on clubs, worldwide, because everyone knows what it does to a club when 30 people get out for a smoke, it definitely does things to dance floors.

What’s the general capacity of a typical Adelaide club ?

H : 200 and under.

P : Yeah that would be typical. We were on Hindley street so a lot of people thought it was probably a bad idea to be in the thick of it when our clientele was not the people that were the foot traffic on that street.

H : But that’s the only place you could get a 5 am license.

P : Yeah and I thought it was worth it. We went without major incidents in 7 years so it really goes to show it’s about keeping the right people in and the wrong people out and you can run it smoothly and I think we did that pretty well. What got us in the end was development of apartments above us, we had to move out. Which was a long and arduous court battle but this is something that could happen anywhere it wasn’t specific to us and Adelaide.

Do you think promoters here in general focus on big foreign names or do they try to push local artists and Djs ?

P : A bit of both I think.

H : For a few years there was an over reliance on international Djs and people would just ask for the set times so they could rock up exactly when the internationals started and then they could say « oh I saw so and so ». Nobody talks about hearing so and so, « I saw so and so », like ticking off names on a list. And those guys might get paid 3 grand for a gig and local warm up Djs sometimes get paid nothing.

P : More often than not nothing, because you’re doing a community service (laughs) But you know, it’s hard to draw people sometimes without a name, that’s the game.

H : Especially I think when everyone is sort of mid-way between a consumer and a producer. I’ve been to parties with a handful of people and they were all Djs and they’re all like « I could be up there » you know and « if I’m not being booked then I’m not going to go to your show » (laughs)

P : That is a mentality with some people because they have glory in their mind, not music.

H : So you know sometimes you will have nights with a cascade of one hour sets.

P : Names on the bill, people in the door (laughs)Are there a lot of clubs in Adelaide still ?

P : Sugar has been there for 13 years and it’s unfortunately the last proper club with a 4 am license.

H : They are predominantly House and Disco and they have a decent amount of international artists come through.

P : That and Ancient World are our only two picks really. Ancient World has a 2 am license and tries to focus on music in general which is a noble ambition, they try to support an array of different sounds and it keeps the doors open by doing that.

H : Because I think if there’s only one place you want to go to you will get sick of it pretty quickly and I think that the guys at Ancient World realized that, so you know, they have Rock ‘n Roll people, they sometimes put on talks for Science Week, they got a really girly R’nB night…

P : They do everything with kind of a tongue-in-cheek anarchist spirit and they do it really well.

So what happens next if the curfew’s at 2 am ? Are there a lot of after parties ?

H : Not really.

P: It doesn’t happen as much anymore and it’s really surprising. In my first 5 years as a DJ you always went somewhere after, always, and drag your records from the first place at 9 am and go to the next place until 5 pm you know.

H : I remember raves with two separate after parties in clubs.

I was asking that because you know, in European cities most people live in small flats on top of each other and stuff whereas here, people mostly live in houses and have backyards and that makes it easier to shield yourself from neighbors and what not…

H : Well I think it doesn’t happen that much because it’s sometimes too complicated to get to the suburbs. Like, somebody lives way up that suburb, somebody way up there…

So the general setting of the city is what makes it more difficult ?

P : Maybe, but it never really stopped us, we were always going to after parties like, we would pile up in 4 or 5 cabs and off we went. I think the scene here is just a bit different.

H : And people seem really focused on work, like I always hear « I have to get up for work » or « i’ve got Uni ».

P : Maybe they don’t go at it as hard as I used to (laughs) The two guys I used to Dj with during my first club residency used to get up at 3:30, have their Weet-Bix, go to the club at 4 am, started drinking and finished at 9 but it was like they just got up so the rest of the day was theirs you know, so I guess that doesn’t happen anymore, that was our life for four years.

So for you what were the golden years ?
P : The middle of Cuckoo I’d say. But in the last year we had DJ Koze, Mathew Jonson, Shed. We ran a party with Shed and Tama Sumo at the lane way which was 250 people in the lane way behind the club. Inside the club we had Djs, outside the club we had Djs, it was the best thing I had ever done.
That doesn’t happen anymore ?

P : No, no one bothered risking 15000 $ to do something like that you know (laughs) I think people don’t want to risk it and I hear people whinging about how much it cost to put on an international. We were lucky because we were a promoter and a club owner.

So if the turn-out wasn’t so good you still had the bar…

P : Exactly, so you could take a little bit from there you know, you had a buffer.

H : Although you weren’t supposed to you had the buffer.

P : So a lot of people don’t have the luxury and that’s what made us able to put on the international acts and also what makes Sugar able to do that, their promoters are their owners.

What’s the status of Electronic / Techno music in the Australian musical landscape ?

H : Total minority, Australia is really a Rock ‘n Roll country. So much of our national psyche is based on the country you know, people wearing big hats, riding a horse…

The whole Crocodile Dundee thing…

H : Yeah, but Australia is one of the most urbanized country in the world so that has absolutely nothing to do with almost anybody but it still feels like a macho Rock ‘n Roll country and I think there’s a real reticence to show emotion. Dancing is seen as sort of an effeminate thing for men to do, singing is effeminate, so yeah, dance music in general, Disco, House, Techno, is something I originally only knew about from Greek kids. They were into Prince or Chaka Khan and break dancing, that’s how I heard about it first.

That’s really funny you mention that because it turns out my family here are Greek migrants and my mum’s got a first cousin whom I’m really close to, he’s 58 now and he got into Techno in like 89 or 90 or something… so I was at his place the other night and I told him about you guys and the interview and it’s interesting because he said the exact same thing you were saying, that it wasn’t an « anglo » thing in the early days and that they were listening to Techno in their cars. And he’s a guy who like to have a good time so he has a Corvette and so he was basically cruising around with his mates and listening to Techno all night… doing pills in fast cars basically…

P : (laughs)

H : (laughs) He sounds like a fucking legend to me !

Yeah really great and interesting dude… but yeah, to me that was crazy because you know, we don’t have the car culture like you guys have here in Paris or other large European cities and I never really suspected it to be so linked to the whole going nuts in your car thing.

H : Yeah, I think that’s actually something that happens in Detroit too, like Omar S and Theo Parrish drive their Subarus around…

Like the Juan Atkins track…

H : Cosmic Cars ?

yeah and that other one…

P : Night Drive (Thru Babylon)

That’s it !
H : But also the early House and Techno Djs here were from and Italian background. Like Cam (HMC) and Angelo, and I think that those kind of cultures are much more comfortable with dancing and showing joy through movement. I’m half German and half English which is the least funky combination possible.

P : (laughs) But I don’t totally agree with that analysis of the Australian scene, like I don’t think it is in any way a mainstream but it has pockets of success and as much as I would love to only rep Adelaide, Melbourne is doing much better in that respect than we are and they’ve got some good exports you know, like there’s some good Djs doing good things, more like world class music, and their scene is stronger partly because their licensing is softer.

H : Yeah they got corrupt cops.

P : Yeah and it all comes back to drug culture in a way, like that’s what keeps the party going…

Again, that’s what the cousin told me when I asked him what got him into Techno, he flat out told me, drugs. He used to smoke weed and when he started doing a little bit of pills that was it…

H : yeah I think that all makes sense.

P : I found I never really got it until I had a really loose moment and all of a sudden you hear it differently. And I think that there would be more people who had an epiphany like that than whatever the other entry is, like something pure…

H : Yeah like « I’m interested in electronics… »

P : Yeah (laughs)

I don’t know if you guys would agree but a lot of people say that Adelaide has a big drug scene…

P : Small towns often do.

And do you think there’s a correlation there somewhere ?

H : Hmm… yeah maybe, although it’s hard to quantify, I couldn’t really say.

P : I don’t know, it was probably happening kind of everywhere so it’s hard to separate things.

H : But in Melbourne they had some lock out laws like what we have here but they got rid of them again and it’s quite easy for people to get long licenses. There are clubs where dealing is pretty blatant and they don’t get closed down. And pretty much every young person from Adelaide would move to Melbourne. My cousin grew up in Canberra but lives in Melbourne now, and he says it’s just full of young people from Tasmania, Canberra and Adelaide.

So Adelaide has a problem keeping its youth and artists ?

P : Adelaide’s got a massive youth drain and it’s kind of a surprising thing as we’re a university town. Like, we attract youths and then we basically scare them away with no youth culture.

H : (laughs) Yeah we bore them out of town.

P : We don’t have laws that make parties easy to happen and help youth culture grow.

There are quite a few festivals in Australia and in Adelaide in particular and is it like in Europe and everywhere else where they tend to have more and more Djs on the bill and if so, do you think it competes in a way with the club culture ?

H : Well, I sort of notice it here at the shop because sometimes I won’t see some regulars for two months and I know they’ve gone to a festival. They’ve been saving up before hand and then they’re broke when they come home and that’s it.

P : I think it’s affecting the scene in general.

How do you see the evolution of the Australian and more specifically Adelaide Techno scene ?

H : Some of the kids really need to step up and start doing stuff.

P : it lacks enthusiasm.

You think the younger generation isn’t as involved as for example you guys were ?

P : Well there’s not much to invigorate I get it, but I saw a lack of support and people trying to do something about it. I don’t know, I’m turning into a jaded old man…

How old are you ?

P : I’m 30 but I feel like I’m 50 (laughs)

H : I’m 40.

P : I guess I can’t be bothered much doing much anymore… I think I gave it a good crack, both financially and emotionally. Once you’ve experienced varying degrees of success throughout the years it’s hard to keep going at the same pace, other people have to do it.

So why is it that you guys are so attached to Adelaide ? You could have moved to a bigger, busier city I guess, why did you chose to stay here ?

H : I think there’s a realness here, in other cities it’s just a bit of a theme park, it’s just a lot of slip-streamers, people go somewhere and try to piggy-back on something that is huge and they just want to take a tiny bit of it. I guess here you can make a little bit of a difference and it’s comfortable. And there’s a genuineness about the people here that I don’t always find in Melbourne or Sydney. People here really care, we kind of support each other. People who get into it stay in the scene for a long time. And people in Adelaide respect each other, even if there’s a business or outfit that I’m not totally down with, I respect them for sticking to it because I know how hard it is to run a business here and I know how hard it is when you’re trying to do something valuable and people are not on board with it.

P : I love my hometown.

H : And also it’s a bit of a marketing ploy, you don’t get any street cred for being in Berlin, the place is fucking full ! (laughs)

P : And we have a pretty rich History and it’s something to be proud of and I think once you get involved in that you feel patriotic towards it. Some people more than others obviously because as we said, we do get a a creative drain to Melbourne in a big way and so people who really care generally stay, often to their own detriment (laughs)
I guess that’s another similarity with Detroit, being proud of where you’re from no matter what and try to do something locally…

P : yeah because if it wasn’t for the people that had stuck around I wouldn’t have been introduced to all that and my life would have been totally different and those people who introduced me were talented and could have more than easily been anywhere in the world and done what they did and be quite successful but they didn’t, they stuck here and they introduced me to all that. It’s important you know, without that the city has nothing.

Are these Adelaide pioneers still around and active ?

H : Not many.

P : I guess it’s a cycle, after a while they got fed up (laughs) and when your Dj career stumbles you start working day jobs.

H : HMC is still doing good stuff.

P : Late Night Tuff Guy aswell.

H : Damian Donato is still somewhat active.

Any current Adelaide based producers you guys are excited about ?

H : Yeah there are a couple, Metamethod I really like, really cool modern Techno…

P : With no idea of what’s going on modern…

H : He’s completely isolated musically, and just makes his own sounds and I think he just builds it all up from FM synthesis.

P : He used to have a big studio and sold it all back in the late 90’s. Basically he’s a nerd and builds his tracks frorm single sounds and FM waves.

H : I think he’s really underrated.

P : Totally, he was already underrated in the mid 90’s. Off the radar for over a decade and sort of bubbles back up and people are like « you’re still doing this ? » and he’s killing it.

H : He’s probably older than me.

P : Oh yeah for sure.

H : Phil is also an excellent producer with a very musical range of Techno and Electro and more melodic stuff, also underrated.

So what’s your alias Phil ?

P : There’s a few… I did a release with the Untzz guys a while back but I don’t think there was a name on the label. But yeah there are a few things floating about, most of it is on my hard drive (laughs)

H : Keep your eyes on the skies.

P : Yeah exactly, it’s in the cloud (laughs)

H : Nightime Drama is a good Adelaide label.

P : People are trying you know, I ran Cuckoo Music for a while and we did two records and eight digital releases. We did the Carter Bros album, we only released Adelaide stuff except for the first one, Sleep D who’s from Melbourne.

H : The Carter Bros actually released a couple of records on a Detroit label, Black Catalogue.

P : Rush Hour and then Tsuba re-released their album we did on Cuckoo Music which was cool. It was just nice to rep the local scene and show people what we’re doing here.

Going through your racks in the shop I noticed how reasonable the prices were and I was surprised because Australia being so far away you would tend to think that it’s really expensive to bring imports, ho do you manage ?

H : I have a formula, I have to be quite strict about keeping an order under 1000 $ otherwise I have to pay import duty and GST, so that means I have to be really diligent in my ordering, getting the maximum amount but stay under 1000 $. So if a new record comes out via Hardwax and I want just one record, I can’t order it because it’s going to cost me way more in shipping so sometimes I have to miss out on that and wait for a repress. I tend to go more towards bigger distribution with a bigger catalogue, it’s easier to get a good variety of stuff. Because a decent amount of my sales are not stuff that I’m all that into.

I also noticed that you had quite a few records from the good Antinote people, do you follow the French scene much ?

H : Yeah a decent amount, there’s some really good stuff on Favorite and Antinote is a fantastic label, I think there are a lot of very interesting artists coming from there. There are also some great records from Yoyaku, Concrete…

So how do you keep up with all the different releases ?

H : I just go through every email I get. I don;t know, there might be 200 to 500 records out every week and I try to seek through that. I think that’s really the only channel, I don’t spend much time on Soundcloud, I sometimes read RA or DJ Broadcast, I don’t look at the Facebook feeds. It’s easy to get stuck in a bit of a rut, but with labels like Antinote it’s just buy everything. I don’t think there’s been an Antinote record that’s come out that I haven’t had. It’s just refreshing music, not too retro, not always dancey, some of it is quite challenging sometimes. I’d like to know more about what’s happening in France but also, I think that isolation allows for evolution, if we all know exactly what everyone’s doing all the time, nothing can really grow organically.

P : Even though it’s hard nowadays to find isolation. It’s nice when something refreshing comes out because it’s so hard to find uniqueness these days. For example I always really respected the Sleep D guys for their lack of ego and insistence in doing their thing. I have a lot of respect for Tornado Wallace, because he has his own sound. There’s people who find their own niche and push forward with that. There are a few heads in Australia who do that really well, the Carter Brothers aswell, there’s no one else that sounds like them.

That’s interesting because I sometimes feel that in Paris or other large cities there are too many Djs and producers and it sometimes feels like a competitive and no so healthy environment. Some have like a family/crew thing going on but often times you find that ego gets in the way…

P : Yeah it’s hard in really big cities, you lose the family thing you were talking about. But I think we have that here because of either being a small town and isolation. Some really good producers and DJs are even from the rural areas, like the Carter Brothers are from Mildura, Sleep D is from Frankston.

What would you like to happen in Adelaide ?

H : Well, there are some parties called Park Jib which are run by Lenin, Jake and Henry and they’re really nice young dudes, they’re quite motivated and morally-sound guys and they will just take a generator and Phil’s kickass sound system and go out into the park and have a day party and I’d like to see more of that. There’s no alcohol and there’s no money involved, just music.

P : I think that’s the purest thing that could happen and if they don’t take it by the horns I will probably try and move forward with that.

So you have plans ?

P : Well, I have plans if they don’t, I want them to do it and I don’t want to step on their toes, like it’s their thing and if they want to use my gear than I’m stoked because I want it to be used and I hate listening to music on shit sound.

H : Yeah and we have to let them grow.

P : I personally would like to legitimize it a bit more. I like doing things rough or illegal although it’s not illegal, it’s a grey area and it could be shut down quite easily and that just annoys me. I hate that it has an effect on the scene and future parties if things get shut down and also I like doing things by the book when there’s expensive sound involved, so we’ll see how this one goes. No one’s had the nuts to do it proper yet and coming up is one of the first times that I can think of that someone actually had the balls to go out and give it a try, test the waters, dip the toe in and see how it goes.

H : Because these guys generally have never been to an event like they’re putting on. They’ve never been to a rave in the 90’s, all that knowledge is lost. My mate next door at Inbound Records, he can organize a rave in half an hour, he just makes some phone calls, he has his own sound system…

P : That’s the Drum ‘n Bass scene.

H : They come from that early 90’s rave culture so that’s not a problem for them. They’re a bit more roughneck but the young dudes have never had that experience, they don’t really know how to get started or they don’t realize that such a thing is possible, for them Techno is in a night club or a festival.

P : I think it’s got legs if people are willing and if you use the right key words you can get council onboard, you just have to talk about vibrancy and youth culture.

H : To a certain degree the state government realizes the state is pretty fucked, not much happening economically, manufacturing is finished, the mining is finished…

P : The only big investment is to universities and how they don’t make the connection between universities and youth culture is beyond me.

Mixtape


Spécial Secret Solstice : Alvia

Second volet de notre OOTB spécial Secret Solstice avec cette fois-ci l'artiste islandaise Alvia, la reine du trap islandais propose une musique inspirée aux influences hip hop.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

De Merqury.

Merqury.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Vers l'éternité.

Eternity.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Pourquoi moi ?

Why me?

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Le dessin, la peinture, le design.

Drawing, painting, designing.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Elles apparaissent généralement lorsque je sirote un Elf Tea.

They usually appear when sipin on elf-tea.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

La spirale va vers le haut.

The spiral goes up.

Y a-t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je vois ça comme quelque chose de cyclique, moment après moment, tout ce qui a été sera et ce qui viendra après reste un mystère.

I see it in circles, moment after moment, all that has been will be, mystery to what is next to be.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Me connecter à l'océan dans le port, mes sentiments sont profonds. Rigoler sur GummyClick, faire des choses qui me rendent heureuse.

Connect with the harbor ocean, my feelings get deep, have a laugh with GummýClick, positively do things that make me happy.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Quiconque aimant les chewing-gums HubbaBubba.

Anyone who likes HubbaBubba gum.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Faire une chanson avec Emilio Grande.

Do a song with Emilio Grande.

Retour à l'enfance, quel conseil te donnes-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Rêve grand, ressens profondément <3
Crois et suis toujours ton instinct ! Sois courageuse, pétasse.

Dream Big, Feel Deep <3
Believe and always trust your instinct! Hoe Be Brave.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Heureuse.

Happy.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je la ressens. J'explore et je n'ai pas peur d'essayer de nouvelles manières de créer donc tout peut arriver et c'est excitant. Je n'aime pas savoir à l'avance quelle tournure vont prendre les choses.

I feel it. I'm exploring and not afraid to try different ways of creating so anything can happen and that’s exciting. I don’t like to know how things will turn out.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Trésor coupable - Plaisir caché <3

Guilty treasure - Hidden Pleasure <3

Traduction : Alex

Audio

Vidéo


Spécial Secret Solstice : Lord Pusswhip

La team Hartzine est arrivée au festival Secret Solstice à Reykjavik et, cette semaine, c'est un OOTB spécial artistes islandais. On commence avec Lord Pusswhip, jeune producteur/rapper d'une vingtaine d'années, qui a déjà produit pour quelques artistes hip hop tels que Antwon, Metro Zu et Th@ Kid ou des groupes et artistes punk comme Dälek et Stuart Argabright.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

De l'ouest de Reykjavik.

I'm from the west side of Reykjavik.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

En route vers le studio !

On my way to the studio!

Pourquoi la musique ?
Why music?

Pour la même raison que les danseurs ont envie de danser.

For the same reason dancers want to dance.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J'aime aussi écrire et dessiner.

I like writing and drawing too.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Toutes mes épiphanies finissent brouillées !

All my epiphanies get muddled!

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

L'année passée, mon mixage a beaucoup progressé, avant j'étais plutôt novice, techniquement parlant.

In the last year my mixing has improved a lot, before I was a bit of a technical novice.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Lil B, The Basedgod et Lil B The Basedgod.

Lil B, The Basedgod and Lil B The Basedgod.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je veux faire la bande son du premier grand film d'horreur islandais.

I wanna make the soundtrack for the first great Icelandic horror film.

Retour à l'enfance, quel conseil te donnes-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Un truc du genre "l'herbe est plus verte chez le voisin".

Something along the lines of "the grass is always greener on the other side".

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Toujours à faire de la musique mais ça sera clairement différent, avec un peu de chance ça ne sera pas de la merde.

Probably still making music but it will definitely be different, hopefully I won't be shit.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je ne sais pas mais je suis content quand les gens reconnaissent un beat de Pusswhip juste par la façon dont ça sonne.

I don't know but i'm happy when people say they know something is a Pusswhip beat just from the sound of it.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

J'ai arrêté d'employer ce terme, "plaisir coupable". J'aime ce que j'aime et c'est tout. Peut-être des trucs de rap sale.

I stopped using the word "guilty pleasures", I just like what I like basically. Maybe some of the more debased type rap stuff.

Traduction : Alex

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Vidéo


Bawrut

Je suis tombé sous le charme de  Ciquita l’année passée; sa rythmique contagieuse et guillerette, son côté carnavalesque, sa moiteur chicagoanne et  son acidité bien dosée m’avaient fait lever les bras  jusqu’alors  accoudés au bar de je ne sais plus quel club. Quelques semaines plus tard au détour d’une errance digitale  je suis retombé par hasard sur ce morceau mutant capable de faire renaitre en moi le désir de réécouter La Puta de Ralphi Rosario.
Bawrut, producteur et dj originaire du nord de l’Italie et désormais expatrié à Madrid  en est l'instigateur. Ce titre, d'abord apparu sur son propre label Silencio a vite tapé dans l’œil averti des prescripteurs de Ransom Note qui l'on sorti pour inaugurer  leur tout nouveau label. Depuis cet amateur aussi bien de hip-hop que de pop anglaise s'est subtilement infiltré sur les playlists  de JD Twitch ou Andrew Weatherall et jouera au Sónar ce jeudi 15 juin (vous pourrez ensuivre la performance juste ici)
Pour agrémenter l'interview qui suit, cette insatiable remixeur nous offre un titre en exclu, une revisite d'un titre du groupe art-punk italien CCCP sur lequel on peut même entendre Amanda Lear.

D’où viens-tu ?
Where do you come from?Je viens de Gorizia, une petite ville dans le nord est de l’Italie, à la frontière avec la Slovénie.

I come from Gorizia, a small city in the north east side of Italy on the border with Slovenia.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

J’aimerais dire Ibiza ou Istria mais généralement, ma journée type est : aller au parc avec mes chiens, le studio, la cuisine, le studio, marcher avec les chiens, la cuisine, le lit. En ce moment, c’est le studio ! :)

I would like to say Ibiza or Istria but usually my routine says : going to the park with my dogs, studio, kitchen, studio, walking with the dogs, kitchen, bed. At this moment it’s studio time! :)

Pourquoi la musique ?
Why music?

Depuis mon enfance, j’ai toujours été dingue de musique et de disques, c’était une évolution naturelle pour moi que d’aller vers ça.

Since I was a child I was always crazy about music and records, so it was a natural progression.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Tu te rappelles du sifflement sur « Nuthin but a G thang » ? Ok, je me rappelle de la première fois que j’ai utilisé un simple sampler avec les 4 premiers accords de cette chanson et j’ai été obligé de siffler la mélodie. Depuis ce moment j’ai toujours essayé de jouer et de faire de la musique avec tout ce qui me passe par la tête et d’écrire les mélodies que je sifflotais.

Do you remember the whistle from “Nuthin but a G thang”? Ok, I remember the first time I used a basic sampler with the first 4 bars of the song and I was forced to whistle the lead. Since then I’ve always tried to play and make music with everything going trough my mind and to write down melodies I use to whistle.

Et s'il n'y avait pas eu la musique?
And if music wasn't your thing?

Je ne sais pas, j’ai travaillé pour un bureau de tabac pendant 15 ans, j’ai fait les vendanges pour une entreprise viticole, j’ai travaillé dans une station service pendant les vacances. J’aime cuisiner mais je ne suis par certain que ça pourrait être ma voie. Et être DJ ou un Gourmetsjesaispasquoicuisine est tellement tendance en ce moment!

Don’t know, i worked in a tobacco shop for 15 years, harvesting boy for a wine company, gasoline boy during vacations. I like cooking but not sure that could be my path. And being a DJ or a Gourmetsomethingfood right now is so hip!

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Guy Manuel et Rico jouant « Holidays on Ice » il y a presque 17 ans. Je pourrais faire un t-shirt « Guy Man m’a sauvé la vie »

Guy Manuel and Rico playing “Holidays on Ice” almost 17 years ago. I could make a t-shirt “Guy Man saved my life”.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Je l’attends encode :D. Quand quelqu’un dit « Hey, j’aime ta musique », c’est déjà un objectif important. Quand quelqu’un joue, c’est pareil. Une chose à la fois (oh baby, gonna get to you, girl).

I’m still waiting for it :D When somebody says “hey, i like your music” it is already an important goal. When somebody plays it is the same. Step by step (oh, baby, gonna get to you, girl)

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Plein. Par exemple, l’expérience de traverser l’Italie de part en part parce que ton supposé manager veut te parler et préparer ton prochain album (peut-être mixé par Zdar) et finalement découvrir qu’il a disparu et qu’il ne t’a jamais répondu, JAMAIS. Ça m’a aidé à me déconcentrer sur ce que je veux et ce dont j’ai vraiment besoin.

A lot. Like, for example, the experience of crossing Italy from side to side because your supposed manager has to talk with you and plan your next album, (maybe mixed by Zdar) and then finding out he disappeared and never replied to you EVER. This helped me refocusing on what I really want and need.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui et j’en ai déjà fait l’expérience. Les attentes aident et ruinent ta vie, après tout il y a des choses plus importantes comme l’amour, l’amitié et les ondes en général.

Yes and I’ve already experienced that. Expectations help and ruin your life, after all there’s something more important like love, friendship and vibes in general.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je suis complètement désorganisé avec mes nouveaux morceaux, les promos et la musique que je veux jouer. Généralement, je passe les dernières heures avant un concert à organiser mes clés USB ou à graver quelques CDs.

I’m a mess with new tracks, promos and music I want to play. Usually I spend the last hours before the set organizing my USB cards or burning a couple of CDs.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Je ne sais pas. Je ne joue pas d’instruments, je touche juste les boutons sur des machines électroniques. Il y a beaucoup d’artistes que je respecte et de simplement m’imaginer un jour en studio avec eux à essayer d’écrire de la musique sans un sampleur, une boîte à rythmes ou un clavier serait légèrement intimidant.

Don’t know. I don’t play instruments, just touch buttons and knobs on electronic machines. There’s a lot of artists out there I respect and just imagining me one day with them in the studio trying to write down music without a sampler, a drum machine or a laptop would be a little intimidating.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

D’habitude, je n’aime pas rêvasser à quel point ce serait cool d’avoir ma première sur ce label, ou ce festival ou ce club ou quoi que ce soit d’autre. Je préfère rester dans le présent, ou dans ce cas précis, dans le passé, quand tout, pour un court moment, était parfait : être confirmé pour jouer au Sonar 2017 était l’un de ces moments.

I usually don’t like daydreaming about how could be cool to have my debut on this label or that festival or club or whatever. I rather take a picture of the present, in this case of the past, when everything, for a very short moment, was perfect: being confirmed for playing at Sonar 2017 was one of those moments

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Lis mon enfant, lis. Essayer d’apprendre à jouer d’un instrument et étudier plus.

Read my child, read. Try to learn how to play an instrument and study more.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

En espérant que ce monde soit toujours là je dirais près de la mer, avec ma copine et les gens que j’aime et sans doute avec deux lévriers Greyhounds à mes côtéés. Quelque chose comme Abatantuono dans Mediterraneo de Gabriele Salvatores quand, à la fin du film, il est assis en train de couper des aubergines, réfléchissant à son passé.

Hoping this world will still be here I would stay close to the sea, with my girlfriend and the people I love and probably with a couple of greyhounds by my side. Something like Abatantuono in Gabriele Salvatores’ Mediterraneo movie when, at the end of the movie, he sits while cutting aubergines, thinking about his past.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Parfois je pense que la dance music, tellement tendance en ce moment, sera considéré comme le jazz dans dix ou vingt ans, appréciée et « étudiée » par les personnes âgées en somme, pas si simple à comprendre pour les plus jeunes, et jouée dans les théâtres, les auditoriums et autres. Peut être que ma musique pourrait changer cers quelque chose de plus actuel, mais, à moitié coincé dans le passé comme je suis maintenant, je continuerai sans doute à faire quelque chose que je peux mixer comme la musique que je fais maintenant. Ou j’aurai une révélation hippie/new age et je finirai en faisant et en jouant de la musique à Ibiza (ce qui pourrait être très cool) et juste bouger ma main gauche vers un theremin moderne, en lançant de nouveaux rythmes avec ma main droite sur un clavier.

Sometimes I think that dance music, something so big right now, in ten or twenty years will be something like jazz, appreciated and “studied” by old people basically, not so easy to understand for the youngsters, and played in theatres, auditoriums and places like that. Maybe my music could change to something more actual but, half-stuck in the past as I am right now, I’ll probably go on doing something that I could spin like the music I do now. Or I’ll have a hippie / new age turn and I’ll finish making and playing music in Ibiza (this could be very cool) and just moving my left hand close to a modern theremin, launch new beats with my right hand on a laptop.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Je ne prends pas de drogues et je ne fume pas MAIS j’adore l’odeur de l’herbe. NE me demande pas pourquoi, ça me rappelle l’odeur d’une usine à bière que j’ai visité il y a plus de dix ans. Les amoureux de la weed, ne me détestez pas !

I don’t do drugs and I don’t smoke BUT I love the smell of weed. Don’t ask me why, it reminds the smell of a beer factory I visited ten or more years ago. Ganja lovah don’t hate me!

Ecoute Exclusive


Teenanger

Les quatre adulescents de Teenanger viennent de Toronto et, tout imprégnés de punk spirit qu'ils sont, ils tournent en dérision le fonctionnement débile du monde d'aujourd'hui et déclinent sur les treize titres qui peuplent le prochain album, leur cinquième, une quasi étude de consommation du mode de vie canadien. Bien joliment illustré par Darby Milbrath, Teenager se fait dénonciation des absurdités ambiantes en spoken words et guitares arty, hymnes désarticulés aux contours brutes et à la rengaine simple et directe. Une what the fuck proto music jouée sur un mode punk tête à claques, pas étonnant donc de retrouver James Toth à la régie après Plasmalab et Soupcans. En attendant le 14 juillet et la sortie sur Telephone Explosion, le premier extrait s'écoute ici même, en avant-première évidemment !

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Nous venons de la terre des ratons laveurs en costume. D'un endroit où les logements cachent le soleil et où l'eau douce est notre océan. Toronto.

We come from the land of Raccoons in business suits. A place where condos block out the sun and the ocean is freshwater. Toronto.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Nous sommes à peu près à mi-chemin, sur un vol aller simple, classe économique à destination de ce que beaucoup connaissent comme la mort. C'est la partie du voyage où on commence à avoir des crampes aux jambes et où le personnel naviguant devient méchant. On n'est pas encore sûrs de ce qu'on aura à manger pour le dîner mais on s'accroche à l'espoir d'avoir comme snack un cookie chocolat noir et noix de macadamia plutôt bon.

We are approximately halfway through our one-way, economy class flight to a destination known to most as death. This is the part of the trip where our legs start to cramp and the flight attendants are getting mean. We're still not sure what's being served for dinner but holding onto hope as the free snack was a rather tasty white chocolate and macadamia nut cookie.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C'est plus simple que de jouer au hockey et de chasser l'élan, ce qui sont à peu près les deux seules choses à faire au Canada.

Making music is much easier than playing hockey and hunting moose, pretty much the only other two things to do in Canada.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

En deux mots : natation synchronisée.

Two words: Synchronized swimming.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Le type musclé à la queue de cheval qui joue du saxophone à l'écran dans Génération Perdue est LE MÊME que le type que celui du film de 1987 avec Bob Dylan, Hearts Of Fire - qui est un film sous-estimé.

The ponytail-and-muscles guy who plays the saxophone onscreen in The Lost Boys is THE SAME guy from Bob Dylan's 1987 film Hearts Of Fire (which is an underrated movie.)

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Lorsqu'on a arrêté de prêter attention à ce que les gens pensaient de notre musique.

The moment we stopped caring what people thought of our music.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Absolument aucun. Comme le fameux "No Regrets" de Madonna.

None whatsoever. As Madonna famously said, "No Regrets".

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Cela dépend de si tu considères que travailler comme agent d'accueil chez Walmart est une vie.

Depends on whether you classify working as a Wal-Mart greeter to be "living".

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

As-tu déjà entendu parler de la thérapie primale ? Associe-la avec la première saison de Survivors projetée sur un écran de télé géant et Can't Get You Out Of My Head de Kylie Minogue comme bande-son. C'est la représentation la plus fidèle.

Have you ever heard of primal scream therapy? Combine that with the first season of Survivor on an enormous television screen and Kylie Minogue's Can't Get You Out Of My Head replacing the original audio. That's a fair representation.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

On adorerait avoir l'occasion d'apprendre à faire des bateaux en bouteilles, je suis sûr qu'il y a ici des vrais maîtres qui pourraient devenir nos mentors. Peut-être même qu'on pourrait devenir le premier groupe à sortir un album en bouteille ?

We would love the opportunity to spend some time learning how to make ships in bottles. I'm sure there are some real masters out there who could mentor us. Maybe we could become the first band to release an album in a bottle?

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Après un concert à Québec, un mec super ivre nous a dit qu'on sonnait comme Marilyn Manson. Rien ne va plus depuis ce moment.

After a show in Quebec City, we were told by a very drunk man that we sounded like Marilyn Manson. It's all been downhill since that moment.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

INVESTIS DÈS QUE POSSIBLE DANS UN STOCK DE CANNABIS MÉDICAL. C'EST UNE MINE D'OR QUI NE DEMANDE QU'À ÊTRE EXPLOITÉE.

INVEST IN MEDICINAL MARIJUANA STOCK AS EARLY AS POSSIBLE. IT'S A GOLDMINE WAITING TO BE EXPLOITED.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

L'avion de notre vol aller simple, classe économique à destination de ce que beaucoup connaissent comme la mort va bientôt atterrir. Nous digérons mal le plateau repas et nous nous demandons à quel prix se vend l'Imodium au paradis ?

The plane is about to touch down on our one-way, economy class flight to a destination known to most as death. The complimentary meal isn't sitting so well and we're wondering how overpriced Imodium is in heaven.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?
How do you see your music evolve?

À mon avis, on est pas loin de pouvoir payer des gens qui nous ressemblent pour écrire, enregistrer et se produire comme Teenanger. Pendant ce temps, on sera quelque part où il fait chaud à rêver de bateaux en bouteilles.

I think we're close to the point where we can pay people who look like us to write, record and perform as Teenanger. Meanwhile we'll be somewhere warm, dreaming about ships in bottles.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

On adore tous le film Waterworld.

We all actually love the movie Waterworld.

Écoute exclusive

Tracklist

Teenanger - Teenager (Telephone Explosion, 14 juillet 2017)

01. Two Middle Fingers
02. Dawn
03. Forgot Fun
04. Emoji Kush
05. Just Drop It
06. Media Overload
07. Wychwood Heights
08. It Works With My Body
09. Weird Money
10. The Night Shift
11. Pay It Forward
12. Fun Forgot
13. N.O.B.L.O


Maud Geffray

Composer pour ou avec l'image. Voilà ce qui anime Maud Geffray depuis quelques années. C'est ainsi qu'après avoir mis en son un film sorti d'un carton à souvenirs de Christophe Turpin et tourné au mi-temps des années 1990 lors d'une rave du côté de Carnac - projet autour duquel son EP 1994 s’était cristallisé -, Maud, accompagnée de l'inarrêtable Jamie Harley (lire), s'est rendue cette fois-ci tout au nord de la Finlande pour réaliser un documentaire musical sur des élèves d'une classe de danse folklorique plongés dans le "Kaamos", cette période hivernale de Laponie vissée à une interminable obscurité crépusculaire abolissant pour quelques mois le rythme naturel du lever et du coucher du soleil, cette certitude consumériste bien connue ici que le jour toujours advient.

De ce cadre presque irréel, tantôt ténébreux tantôt étoilé et où la nature semble s'animer, Maud et Jamie en ont tiré une ode vibrante à l'adolescence. Jeunesse qui, privée de lumière et noctambule par défaut, cherche à dépasser ce drame naturel et à s'inventer. Polaar - premier véritable album de la Parisienne et sorti dernièrement chez Pan European (lire) - bien qu'il ne soit pas la bande son originale de ce projet en est pour le moins la parfaite continuité. Car c'est à partir de l'expérience vécue lors cette virée polaire que la moitié du duo Scratch Massive (lire) a composé les titres de cet album ample et parfait, véritable hommage à la nuit qu'elle soit insomniaque, festive ou d'angoisse et dont l'obscurité apparaît étonnamment plus lumineuse et consolante que la transparence univoque du jour. Bref, pour résumer, comme le disait Kant, "si le jour est beau, la nuit, elle, est sublime".

Après avoir brossé le portait de Maud à travers notre petit jeu de questions-réponses favori, retrouvez le clip ovniesque réalisé par Kevin Elamrani-Lince qui illustre avec une pertinence visuelle rare le puissant morceau Forever Blind, ainsi que le très bon remix de Polaar par Voiron.

D'où viens-tu ?

Saint-Nazaire, petite ville portuaire, industrielle, qui borde l'océan Atlantique.

Où vas-tu ?

Je viens de déménager dans le 19ème arrondissement de Paris, a Crimée. Vue de dingue, 7ème étage. J’ai besoin d’horizon, ça me change pas mal du centre de Paris où je vis depuis quelques années. Ici c’est super calme, ça détend. Au final c’est moi qui risque de faire du bruit dans l’immeuble.

Pourquoi la musique ?

C’est un langage qui me permet d’aborder des sensations, des émotions plus directement, qui m’évite de tout expliquer. Ça me convient pas mal et j’ai l’impression de ramener un peu de douceur dans ce monde.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?

Je ne sais pas trop… faire de la musique c’est un luxe pour moi. J’ai l’impression que ça m’équilibre, après il faut rien fantasmer, c’est une activité intense, qui peut amener de la souffrance, de la difficulté aussi.

Une épiphanie personnelle ?

Réaliser que je pouvais faire de la musique seule, tout en continuant a faire de la musique avec mon groupe Scratch Massive.

Une révélation artistique ?

J’en ai assez régulièrement, heureusement c’est un vrai moteur. c’est juste compliqué quand ça remet en cause ses propres directions mais au moins ça fait avancer.
Une grosse révélation artistique de ces dernières années; Burial. Particulièrement le track Come Down To Us. Sa musique me fascine réellement, c’est dark et lumineux à la fois, tout ce que j’aime.

Le revers de la médaille ?

De se consacrer a la musique? la solitude peut-être. Parfois j’envie mes potes qui ont des vies de bureau avec des collègues et des vies cadrées : semaines / week-end. Mais ça ne dure jamais très longtemps. Au fond, je crois que j’ai vraiment besoin de cette liberté, de ce décalage, c’est créatif et ça me convient très bien. En même-temps, personne nous oblige à rien quand on fait ce métier, donc il faut apprendre à s’autodiscipliner, à avoir un rythme assez régulier.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Sans doute oui, j’imagine que ça doit être libérateur .. enfin au moins un certain temps, au début quoi. il doit manquer quelque chose quand même .. créer donne tout simplement du sens à tout ça.

Un rituel de scène ?

Le moins possible de rituels … juste pas trop boire

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

Je sais pas j’espère ne pas l’avoir atteint.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Suivre mes instincts, avoir confiance en moi.

Comment te vois tu dans trente ans ?

je ne planifie pas grand chose, je n’arrive pas a me projeter aussi loin...

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

je ne sais pas c’est du work in progress...

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?

J’ai une passion pour les cours de gym en club de sport sur fond de grosse musique Dance. Ca procure des très bonnes montées pendant 1h , Adele remixée avec un gros beat, Jimmy Sommerville en medley avec technotronic, Rihanna en version EDM, c’est intense.

La Playlist de Maud

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Scott Hardware

Retour à Toronto où la scène musicale regorge d'artistes talentueux et focus cette semaine sur Scott Hardware, qui sortait l'été dernier une cassette EP Mutate Repeat Infinity sur le label montréalais Banko Gotiti Records. Scott Hardware, anciennement connu sous le nom de Ken Park, a notamment roulé sa bosse au sein des groupes canadiens Ostrich Tuning et Hooded Fang. Mutate Repeat Infinity regroupe six tracks d'une pop synthétique aux influences dance, house et new wave. Beats dirty, mélodies élégantes et lyrics éclairés, cet EP regorge de pépites - écoutez notamment New Money Walk, Gertrude ou encore Black Humour. En attendant la sortie imminente d'un nouvel enregistrement, découvrez les réponses du Canadien à notre interview et écoutez en exclusivité sa magnifique reprise de Ces Gens-Là de Jacques Brel. À noter que Scott Hardware sera en tournée en Europe, dont deux dates en France : les 24 et 25 mai prochains au Pop In à Paris et au Rouge à Lille. Il partagera l'affiche sur ces deux dates avec Ice Cream, duo féminin à la pop obscure et minimale. Be there !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Petrolia, en Ontario au Canada.

Petrolia, Ontario, Canada.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Eh bien, en Europe entre le 20 mai et le 14 juin. En France, tu veux dire ? On joue à Paris le 24 et à Lille le 25.

Well, Europe between May 20th and June 14th. France you ask? We play Paris on the 24th and Lille the 25th.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C'est une compétition de sabotage personnel que j'entretiens avec moi-même depuis des années.

It’s a years-long, bridge-burning competition I have with myself.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Là c'est difficile parce que, vraiment, je n'ai jamais montré d'aptitude particulière ou de curiosité pour quoi que ce soit d'autre.

This one’s tough because, really, I’ve never show any prowess or even curiosity towards anything else.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J'ai beaucoup pensé au fait de s'excuser, l'année passée. Les excuses, je m'en fiche. Je n'ai jamais besoin d'en recevoir de quiconque et je n'en fais pas non plus. Et si je me trompe, ou si quelqu'un sent qu'il m'a fait du tort, je préfère simplement qu'il y ait un changement de comportement sur la durée pour regagner la confiance de l'autre. Trop lourd ?

I thought a lot last year about apologies. I don’t care for them. I don’t require them from anyone ever, and I don’t give them out. If I’m wrong, or if someone else feels as I’ve they’ve wronged me, I prefer we simply change our behaviour over time to earn trust back. Too heavy?

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Je fais beaucoup de musique calme ces temps-ci.

Lately I’m playing a lot with quiet music.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

J'adore danser et faire danser les gens pendant les concerts.

I love and dancing and making people dance at shows.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui, j'en suis sûr. Les gens se sortent de situations bien pires tous les jours.

I’m sure there is yes, people recover from much worse everyday.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je suis toujours anxieux avant chaque concert, mais j'ai fini par accepter que ça fait partie du truc. Je ne me sens mieux qu'à partir du moment où je saute un peu partout pour me débarrasser de cette énergie. Je fais des jumping jacks et je bois souvent un peu de whisky pour rentrer dans mon rythme cardiaque effréné.

I still get anxiety before every show, and I’ve come to accept that it’s part of the whole thing. I won’t feel good until I’m jumping around getting rid of that energy. I usher in my extremely high heart rate with some jumping jacks and often a bit of whiskey

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

J'adorerais faire la musique d'un film de Wim Wenders.

I would love to make music for a Wim Wenders film.

Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career?

Faire un disque irréfutable, le genre de disque qu'on reconnait comme significatif même si on le déteste. Ou sur lequel tout le monde a une opinion.

Making an undeniable record, the kind where even people who hate it recognize that it’s meaningful. Or that everyone has an opinion on it.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Travaille dur, fais ton coming out plus tôt.

Work hard, come out of the closet earlier.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Je n'ai jamais pensé aussi loin dans l'avenir, et même maintenant je ne peux même pas imaginer. Honnêtement, je suis très pessimiste et je traverse de longues périodes où je pense que la civilisation n'existera plus dans trente ans. Donc j'essaye de ne pas faire trop de plans.

I’ve never thought that far hear, and even now I can’t even imagine. I’m honestly very doomy, and I go through long periods of thinking there’ll be no civilisation in 30 years, and as a result I try not to make too many plans.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je la vois s'étendre dans toutes les directions - plus loin dans la vulnérabilité, plus loin dans la difficulté, qu'elle porte plus loin - bref, plus loin.

I see it expanding in every direction - Further vulnerable, further difficult, further accessible – further, in short.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Plus personne ne se sent coupable ! Sauf moi, apparemment je préfère regarder des films pourris. Et pire encore, j'aime vraiment ces deux nouveaux singles de Bruno Mars. Allez-y, foutez-moi en taule !

No one feels guilty anymore! Except me, I seem to prefer terrible movies to good ones. And worse yet, I really like those two new Bruno Mars singles. So sue me!

Photo : Umair Dawin

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Tracklist

Scott Hardware - Mutate Repeat Infinity (Banko Gotiti, 24 juin 2016)

01. New Money Walk
02. He Began Again
03. Indictment
04. Gertrude
05. Black Humour
06. Mutate Repeat Infinity


Endlings

Que restera-t-il de Deerhoof ? Une marotte musicale pour initié, le genre de groupe qui revient toujours en tête des listes d'influences, l'ideal-type du groupe indie DIY...Sans doute mais mieux encore car grâce à ses faiblesses, ses rendez-vous ratés, il a su préserver l'essentiel de qu'on attend d'un groupe de rock à savoir "cette insondable manière d’allumer le sourire chez chacun, d’épouser cette éternelle substance d’excitation gamine".
Le treizième album studio du groupe, paru l'an passé, avait été enregistré dans l'urgence au nouveau Mexique où son guitariste John Dieterich, comme Le Clésio, y a définitivement poser ses valises. C'est à Albuquerque donc, après s'être un temps amusé avec Jeremy Barnes (Neutral Milk Hotel), collaboré avec l'artiste Claire Cronin, qu'il a fait la rencontre de l'artiste noise Raven Chacon avec lequel il forme désormais Endlings et dont l'album est sorti le 12 mai via Sicksicksick / Lightning Feet. Pour l'occasion on vous offre en écoute, ci-après les réponses John et Raven à nos quelques questions importunes, un titre en écoute exclusive.

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Du Wisconsin et d’une réserve Navajo entre l’Arizona et le Nouveau Mexique. Le duo vient d’Albuquerque.

Wisconsin and Navajo Reservation between Arizona and New Mexico.  The duo comes from Albuquerque.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Pas si loin.

Not so far.


Pourquoi la musique ?
Why music?

Vraiment, je ne sais pas. Les sons et la musique nous traversent. Je crois réellement à ça. J’ai grandi avec beaucoup de musique autour de moi et il y a beaucoup de musiciens dans ma famille, mais je crois que la principale raison est que mon grand frère était passionné de musique. Je crois que je me suis dirigé vers ça parce que la musique a tendance à poser plus de questions qu’elle ne donne de réponses. Elle permet d’inventer des mondes, de détourner la conscience des gens, de se développer, etc. J’adore être dans la confusion et hors de ma zone de confort. Les musiciens peuvent soit décider quoi retenir de l’univers ou créer des situations où ces univers peuvent apparaître ou disparaître selon la volonté du musicien.

I honestly don’t know.  Sounds and music passes through.  I strongly believe that. I grew up with lots of music around and musical relatives, but I think the main reason is that my older brother was very serious about music.  I think I gravitated towards it because it tended to ask more questions than it answered.  Music allows you to invent worlds, hijack peoples’ consciousness, expand yourself, etc.  I am a fan of being confused and out of my depth.  Musicians either decide what to grab from the universe or create situations where they are conjured and retrieved by the musician.


Et si vous n’aviez pas fait de la musique ?
And if music wasn't your thing?

La musique jouerait toujours un rôle, parce que je  consacrerai probablement plus de temps à travailler dans les domaines de la vidéo ou de la sculpture/des installations. En grandissant je voulais devenir jouer de foot professionnel, et, le moment est arrivé où j’ai dû choisir entre consacre mon énergie sur le foot ou la musique, et j’ai juste décidé que la musique était plus importante pour moi et plus mystérieuse. C’est drôle parce que je me suis récemment remis à jouer au foot et maintenant le foot me semble tout aussi mystérieux et puissant à sa façon, et je trouve constamment des relations entre la manière dont le jeu fonctionne dans les deux univers. Mais, si j’avais de la discipline, j’essaierai de me diriger sur la voie pour devenir un écrivain de science fiction, ou devenir un sain ou un guérisseur.

 

Music would always play a role, because I would probably do more work in the fields of video or sculpture/installation.  I grew up wanting to be a professional soccer player, and there was a moment that I had to decide between focusing my energy on soccer or music, and I just decided that music was more important to me and more mysterious to me.  It’s funny because I have recently gotten back into playing soccer, and now soccer feels just as mysterious and powerful in its own way, and I am constantly finding relationships between the way play works in both worlds.  But, if I had the discipline, I would try to steer myself onto the path of becoming a writer of science fiction or becoming a holy/healer man.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Les épiphanies arrivent tout le temps. On apprend à voir les indices que l’univers essaie de vous laisser. La métaphore naturelle est partout. Ce n’est pas qu’elles prévoient l’avenir mais elles révèlent les absurdités et les contradictions de nos réalités partagées et de nos interactions. Les épiphanies arrivent tout le temps. Ce serait difficile d’en choisir une. Je suis toujours émerveillé par la créativité des gens qui m’entourent. Une épiphanie est à quel point une collaboration peut être beaucoup plus que la somme de ses parties. Ou peut-être est-ce un autre moyen de dire que les gens sont beaucoup plus profond que ce qu’ils montrent dans leur vie de tous les jours. On a la capacité à s’enseigner tellement de chose. Hier soir j’ai vu un concert de personne qui jouaient des œuvres de Pauline Oliveros et plein d’autres, ils étaient sous concentrés à improviser sur le peu de matériel dont ils disposaient, et ça m’a vraiment inspiré. La pièce de Pauline en particulier était si simple, un enfant aurait pu la faire, et un enfant pourrait en comprendre la portée aussi. Elle a trouvé un moyen de récolter les capacités humaines (parmi des gens très différents) qui est clair et intelligible, et j’ai trouvé ça très fort.

Epiphanies come all the time. One learns to see clues that the universe is trying to tell you. There is natural metaphor everywhere. It isn’t that they foretell the future but that they reveal the absurdities and contradictions of our shared realities and interactions.  Epiphanies come all the time.  It would be hard to pick one.  I am always amazed by the creativity of the people around me.  One epiphany is how collaboration can make up so much more than the sum of its parts.  Or maybe that’s just another way of saying that people are much deeper than we let on in our daily lives.  We have the capacity to teach each other so much.  I saw a concert last night of people playing pieces by Pauline Oliveros and many others, all focused on improvising with very limited materials, and I was really inspired by it.  Pauline’s piece in particular was just so simple, a child could do it, and a child could apprehend the power of it, as well.  She found of a way of harvesting human capacities (among people of all walks of life) that was clear and intelligible, and I found it very powerful.


Une révélation artistique?
Your artistic breakthrough?

Je n’ai jamais vraiment eu un moment qui s’est démarqué. C’est simplement une série ininterrompue de petites épiphanies qui m’ont construit.

I’ve never really had one moment that sticks out.  It’s just a series of continued little epiphanies that draw me along.


Y-a-t’il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je ne suis pas certain qu’il existe une chose telle que la mort artistique. Les gens arrêteront peut être de produire de l’art pour la consommation par autrui mais je ne définirai pas ça comme une mort artistique. Je ne suis même pas sûr de croire à une telle chose. Les gens travaille juste de la façon qui a du sens pour eux à un moment donné. Je trouve qu’on vit une période  intéressante en ce moment où l’art semble à la fois être totalement superflu et pourtant absolument vital afin de trouver une direction, et il y a quelque chose que je trouve exaltant là-dedans. C’est aussi destructeur par moment, mais cette tension peut être ce qui génère de nouvelles idées. Au-delà de l’art, il y a l’amour. L’amour pour les gens, les animaux, les lieux. L’art est seulement le moyen de converger vers les autres. Il n’y a pas de mort.

I’m not sure I think there is such a thing as artistic death.  People may stop producing art for consumption by others, but I wouldn’t describe that as artistic death.  I’m not sure I even believe in such a thing.  People just work in the way that makes sense to them at any given time.  I think we are in an interesting time right now where art feels at the same time totally superfluous and yet utterly vital in finding a way forward, and there’s something I find exhilarating about that.  It’s also crushing at times, but that tension can be the thing that generates new ideas. Beyond art there is love. Love for people, animals, and places. Art is merely the path to converge with others. There is no death.

Votre rituel avant de monter sur scène ?
Your pre-stage ritual?

En fait je n’en ai pas. Avant j’aimais répéter au moins une demi-heure avant de jouer mais dernièrement je préfère y aller à froid tout simplement parce que je trouve que la musique peut me surprendre et je peux la suivre dans des terrains surprenants plus facilement. J’ai un rituel d’après-scène où je veux être seul. Me promener. Ne pas parler.

I actually don’t have one.  I used to like to practice for at least a half an hour before playing, but I have preferred going out cold lately simply because I find the music can surprise me and I can follow it to surprising places more easily.  I have more of a post-stage ritual in where I want to be alone. Go on a walk. Not talk.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique ou non) ?
Who would you work with (musically or not)?

Je n’ai pas vraiment d’idée de collaborateur fantasmé pour être honnête. J’aime travailler avec les gens, être surpris par eux, apprendre d’eux, etc. Je retiens toujours quelque chose d’une collaboration, que ce soit une nouvelle manière de penser la musique ou une compréhension un peu plus claire de ce qui fonctionne avec quelqu’un. Les collaborations sont devenues mon principal mode de fonctionnement maintenant. J’ai compris que nous, les humains, devions trouver un moyen d’être ensemble si nous devons survivre sur cette planète, donc quel est le meilleur moyen de commencer...

I don’t really have any pie in the sky collaborator ideas, to be honest.  I love working with people, being surprised by them, learning from them, etc. I always take something away from collaborating, whether it’s a new way of thinking about music or a slightly clearer understanding of what makes someone else click.  Collaboration has become my main mode of working at this point.  I figure we humans have to figure out a way to be together if we’re going to continue to survive on this planet, so what better way to start...


Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career ?

J’espère ne jamais en avoir. Un climax infini !

I hope to never have one.  Prolonged climax!

Retour à l’enfance - quel conseil te donnerais-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Hmm… Apprendre plus de langues. Oui, apprendre plus de langues. Passer plus de temps avec les aïeuls.

Hmm...Learn more languages. Yes, learn more languages. Spend more time with elders.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Assez vieux. J’espère un professeur pour de jeunes artistes.

Pretty old.  Hopefully as a teacher to young artists.

Comment voyez-vous votre musique évoluer ?
How do you see your music evolve ?

Elle n’évolue qu’à travers la collaboration. Apprendre de nouveaux outils peut aider à modifier le contenu et la forme mais contexte et concept évoluent en travaillant avec les autres. Continuer à fouiller dans beaucoup d’idées que j’ai déjà eues tout en continuant à découvrir de nouvelles choses. Une de mes plus grandes joies est de faire des choses que je ne comprends pas, travailler avec des gens que je ne comprends pas et fabriquer des choses que je ne comprends pas.

It only evolves through collaboration. Learning new tools can aid in altering content and form but context and concept evolve with making work with others.  Delving deeper into a lot of the ideas I’ve already had while continuing to discover new things.  One of my great joys is doing things that I don’t understand, working with people I don’t understand, making things I don’t understand.

 

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou non) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Un plaisir non-coupable est d’être forcé à écouter un seul disque sur de longues périodes. J’avais une voiture avec un lecteur cassette, et ma cassette d’Eric B et Rakim “Follow the Leader” s’est coincée et je n’ai écouté que cette cassette dans ma voiture pendant trois ans. Pareil, le diamant de ma platine s’est usé donc tout sonnait de façon horrible dessus sauf un album : Toots and the Maytals “Funky Kingston”, donc j’ai écouté cet album pendant plusieurs années. C’était génial. Il se trouve que ces deux disques sont incroyables, donc j’imagine que j’ai été chanceux.

One non-guilty pleasure I have is being forced to listen to one record only for long periods of time. I used to have a car with a tape deck, and my Eric B And Rakim cassette of “Follow the Leader” got stuck in the car, and I only listened to that cassette in the car for 3 years or something. Similarly, the needle got really bad on my record player, so everything sounded horrible on it except for one album: Toots and the Maytals’ “Funky Kingston” -- so I just listened to that album for several years. It was great. Those both happen to be incredible albums, so I guess I got lucky.

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