Kaviar Special

Avec leur troisième album Vortex, sorti en janvier dernier sur Howlin’ Banana, les Kaviar Special ont tout bonnement pulvérisé les limites dans lesquelles ont les avait injustement enfermés jusqu’à présent. Il faut bien dire qu’on en a soupé, ces dernières années, des groupes de garage français se rapprochant souvent davantage de la nuisance sonore que du don du ciel. Et forcément, on s’arme progressivement d’une méfiance auditive aux allures de simple préservation de soi. Dès le précédent #2 (lire), on avait toutefois bien saisi que ce groupe-là n’était pas parti pour passer dans les pertes et profits d’une scène garage-psyché française assez cruelle, surtout lorsqu’il s’agit d’enfermer en un éclair à la cave des groupes qu’elle a posé en tête de gondole le temps d’un track ou deux. Avec Vortex, les Rennais sont, eux, bien partis pour durer tant ils apparaissent au-dessus de la mêlée sur ce coup : production de haute volée, arrangements méticuleux et morceaux aux reins suffisamment solides pour supporter un son puissant, très puissant mais jamais lourdingue. Ce LP respire le travail bien fait, l’inspiration et l’émancipation d’avec ses figures tutélaires, à commencer par Thee Oh Sees.

Agenda : actuellement en tournée, avec notamment une date parisienne au Petit Bain le 18 mai prochain (event FB) en compagnie de Volage et Th Da Freak, on ne saurait donc trop vous conseiller de vous radiner pour transpirer du boule à l’occasion de l’un de leurs concerts fiévreux. En attendant, Léo, guitariste rythmique et chanteur du groupe, répond à notre interview Out Of The Blue tandis que le groupe nous gratifie d’une mixtape de leurs marottes du moment, en écoute ci-dessous.

D’où viens-tu ?

On vient de Rennes, en Bretagne. Musicalement on vient du garage, des compils Nuggets à ces bons vieux Oh Sees.

Où vas-tu ?

Le garage fut une excellent école, accessible et décomplexante, comme le punk à une époque j’imagine. Cependant, on essaie maintenant de sortir de nos carcans et réflexes en terme de composition et de jeu. Il y beaucoup d’autres terrains sur lesquels on aimerait s’aventurer.

Pourquoi la musique ?

Parce qu’il y en a partout, tout le temps et pour tout les goûts. Tout le monde entend de la musique au moins deux à trois minutes dans sa journée et même lorsqu’elle est subie, comme celle des supermarchés par exemple. C’est peut-être la forme d’art la plus répandue parmi nous. On en est tous complètement imprégnés. Et de l’écoute à la pratique, il n’y a qu’un pas.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

J’espère que j’aurais plus travaillé à l’école.

Une épiphanie personnelle ?

En fait tout ce qui est phaser, chorus, flanger et cie. C’est trop bien.

Une révélation artistique ?

J’ai eu un gros coup de foudre pour Alan Parsons Project pas plus tard qu’il y a deux jours mais je suis un peu cœur d’artichaut.

Le revers de la médaille ?

Les sept heures dans le camion pour aller jouer à l’autre bout de la France devant un public clairsemé, les grosses fiestas ratées parce que tu n’es que rarement dispo les week-ends. Et les acouphènes.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Pas besoin de grosses scènes et de sorties marketées pour faire de la musique. C’est pareil pour toute forme d’art, non ? À ce moment-là, je dirais : y a-t-il réellement une mort artistique ? Comment savoir si tu ne réécriras pas quelque chose un jour ?

Un rituel de scène ?

Pas au sens propre, non. On aime bien rigoler, se charrier et s’exciter dans les loges comme des chiens fous. Ou alors on fume des cigarettes magiques pour jouer à l’américaine, ça dépend.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

Faire un clip avec Romain Gavras ou Quentin Dupieux, ce serait bien cool.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

On a pris des pieds énormes en jouant dans des rades et on a aussi joué sans envie sur des énormes scènes de gros festivals, bien que le contraire soit plus vrai. Ce que je veux dire, c’est que c’est impossible de savoir comment on réagira aux choses lorsqu’elle arriveront alors on prends ce qu’il y a à prendre quand il y a, avant de penser à ce qu’il pourrait y avoir.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Si tu veux pas travailler à l’école, apprends au moins à faire des solos de guitare et à chanter à la tierce parce que tu mettras des années à combler ce manque.

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Toujours en train d’essayer de rentrer le solo de Into The Void de Black Sabbath. Blague à part, je n’en ai aucune idée.

Comment vois-tu évoluer votre musique ?

Dur à dire. En tout cas, on essaie de sortir de ce que l’on sait faire, c’est-à-dire de faire autre chose que du rock bourrin plein de fuzz. On se challenge en se lançant dans des façons d’écrire et de jouer pour nous inédites. Un gros travail, aussi, est celui d’acquérir un son et une façon de composer qui nous soit propre, trouver une personnalité forte. Que les gens qui écoutent soient capables de dire que c’est Kaviar, et pas autre chose.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

On adore les soirées clubbing et les festivals électro.

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