Giannis Papaioannou l'interview

Mon goût prononcé pour les sonorités des années 80 a certainement été éveillé quand vers mes douze-treize ans, un cousin m'a fait écouter l'album Closer de Joy Division ainsi que du Depeche Mode. Cet événement a été un petit tournant dans la mesure où ça m'a sensibilisé à de nouvelles sonorités, celles des synthés en particulier, à une époque où je considérais encore la guitare comme instrument central de tout bon groupe qui se respecte.
Parallèlement à ça, origines familiales obligent, je baignais dans la culture grecque et sa musique entre fêtes autour d'un agneau à la broche dans un jardin, des disques de rebetiko et des concerts de Vangelis qu'un oncle possédait en laserdiscs.

Ce n'est que des années plus tard que j'ai ressenti l'envie de me pencher à nouveau sur cet héritage culturel et de me replonger dans ces sons. Grâce aux internets il ne m'a pas été difficile de renouer avec différents artistes qui m'avaient marqué plus jeune et d'en découvrir beaucoup d'autres par la même occasion. Le contexte actuel de folie autour de la réédition ou de l'exhumation d'artistes oubliés avec l'apparition de pléthore de labels spécialement dédiés à cette activité a également aidé, les gens semblent maintenant plus enclins à partager leurs petites découvertes, quelque chose de relativement obscur et intime est maintenant exposé aux yeux de tous, facilitant énormément les recherches et les découvertes qui vont avec. Si bien qu'au fil de mes déambulations sur la toile en recherche d'artistes grecs post punk/wave/électroniques, je me suis aperçu qu'un nom revenait régulièrement, celui de Giannis Papaioannou, musicien basé à Athènes et actif depuis le début des années 80 au travers de différents projets et actuellement derrière les entités ION et Mechanimal. J'ai pris contact avec Giannis qui a eu la gentillesse d'accorder pas mal de son temps à mes bavardages, pour évoquer son parcours, parler de la scène grecque de l'époque et de ses projets actuels

Interview

Kalimera Giannis comment vas-tu ? la dernière fois que nous avons discuté tu me racontais que tu étais occupé avec le mixage du prochain disque de ION, peux-tu nous en dire davantage ?

Kalimera Giannis, how is it going ? Last time we spoke you were telling me you were busy mixing your next ION record, can you tell us more about it ?

Hey Alex, tout va bien merci. Alors en fait le nouvel album de ION vient juste de sortir. Il complète une trilogie basée sur la notion d'imaginaire sur laquelle j'ai commencé à travailler en 2010.
Les Elfish Tapes, distribuées en téléchargement libre, étaient l'étape initiale de ce projet au long cours. La seconde partie était appelée ΜΑΥΡΗ ΣΥΧΝΟΤΗΤΑ — librement traduit en Fréquence Noire ou Bruit Noir — et est sorti uniquement sur Bandcamp. Cet album-ci s'appelle Unsound et marque la fin du cycle, défini par trois incidents ou marqueurs majeurs survenus dans ma vie.

Hey Alex, all is good, thank you. Actually, the new ΙΟΝ album is ready and just released. It completes an imaginary concept trilogy that I started working on back in 2010. The Elfish Tapes — which was distributed as a free download — was the initial step into this long term project. The second part was called ΜΑΥΡΗ ΣΥΧΝΟΤΗΤΑ — freely translated as Black Frequency or Black Noise — and released through Bandcamp only. Now the new album is called Unsound and marks the end of a circle, defined by three significant incidents or marks in my life.

Le ION précédent était sorti en auto-production, qu'est-ce qui a été prévu pour celui-ci ?

Your last ION record was self-released if I'm not mistaking, what's planned for this one ?

L'année dernière, j'ai décidé de créer une sorte de label privé nommé Ionmusik pour gérer et sortir les albums de ION. Ceci ne veut pas dire que certains de mes projets futurs ne sortiront pas sur d'autres labels comme ceux avec qui j'ai travaillé par le passé, mais pour le moment Unsound sort sur Ionmusik en une édition limitée de 100 CD et 50 cassettes, toutes numérotées, tamponnées et signées et disponibles sur Bandcamp. Le reste de la distribution digitale sur toutes les plateformes en ligne sera gérée également au travers de Ionmusik.

Last year I decided to form some kind of private label that I named Ionmusik for managing and releasing my ION albums.That doesn’t mean that parts of my future works will not be released on other labels, like the ones I’ve been working with in the past. But for now, Unsound, my new album will be released through Ionmusik in a limited edition of 100 CD’s and 50 cassettes, all numbered, stamped and signed. These can be obtained via my Bandcamp site. Additional distribution in all digital stores will be managed through Ionmusik, too.

ion-cover
Maintenant, si ça ne t'ennuie pas, remontons un peu le temps. Ton premier projet était le groupe dark post punk/cold wave Rehearsed Dreams. Quel âge avais-tu à l'époque et qu'est-ce qui t'a donné envie de faire de la musique et de participer à des groupes ?

Now if you don't mind, let's go back in time a bit. Your first project was the dark post punk/cold wave band Rehearsed Dreams, how old were you at the time and what made you want to play music and be involved in bands ?
J'avais treize ans quand un ami a ramené de Londres l'album des Sex Pistols, je l'ai tout de suite enregistré sur cassette et celle-ci a changé ma vie pour toujours.
Plus tard, à dix-sept ans avec Spiros Faros et Bill Soritos, on a fondé The Apparently Dead, un groupe qui au bout d'un moment a fini par devenir Rehearsed Dreams. A mes vingt ans nous avions déjà sorti notre premier — et unique — album, Repulsion.

Quand je regarde en arrière je peux clairement constater que mon envie de jouer dans des groupes a été initiée par l'esprit punk et l'éthique DIY des premiers labels indépendants.

I was thirteen years old when a friend brought the Sex Pistols album from London, I put it on tape at once, and that tape changed my life forever. Then at the age of seventeen together with Spiros Faros and Bill Sorilos we formed The Apparently Dead, a band that turned to be Rehearsed Dreams after a while. By the time I was twenty we already had released our first — and only — album Repulsion. So, when I look back in time, I can clearly see that the only motive to get involved in bands was given by the punk spirit and the DIY ethics of the first independent labels.

Il y avait une vraie scène en Grèce à l'époque avec des groupes comme Alive She Died, Film Noir, Forward Music Quintet, Yell-O-Yell, Xoris Perideraio et bien plus encore, y avait-il un sentiment d'unité entre tous ces groupes ou un circuit particulier dans lequel ils évoluaient ?

There was quite a scene in Greece at the time with bands such as Alive She Died, Film Noir, Forward Music Quintet, Lost Bodies, Yell 'O' Yell, Xoris Perideraio and many many more, was there a feeling of unity in the scene or some kind of circuit for all these bands to revolve around ?

Rehearsed Dreams partageait un local de répétition avec Headleaders, Yell-O-Yell et Villa 21. Tous ces groupes étaient signés sur Creep Records, le premier véritable label indépendant grec. Ce studio — situé dans une vieille maison presque abandonnée de Vironas — accueillait souvent d'autres groupes du label comme Metro Decay. On se connaissait tous et on jouait les uns avec les autres à la moindre occasion, donc oui, il y avait un sentiment d'unité, tout comme il y avait cette envie de partager des idées et des expérimentations soniques les uns avec les autres.
Pour ce qui est du paysage new wave grec dans sa globalité, on doit prendre en considération le fait qu'il y a eu un enrichissement musical dans la scène rock locale des années 80 avec l'apparition de plus en plus de groupes étranges sur le terrain de jeu établi du rock.
Malgré les différentes factions de la sous-culture punk / new wave qui suivaient différentes modes, malgré de fortes restrictions sociales quotidiennes et une forte censure sur toutes les formes d'art — quelque chose qui a peu à peu cessé dans la décennie suivante — la scène punk / new wave grecque était petite mais puissante.

Rehearsed Dreams were sharing the same rehearsal studio with Headleaders, Yell-O- Yell and Villa 21. All of them bands recording for Creep Records, the first real independent Greek label. That studio - located in an old, almost abandoned, house in Vironas - often hosted more labelmates such as Metro Decay. We all knew each other and we often jammed together in every given opportunity. So, yes, there was a feeling of unity, as there was a feeling of sharing ideas and sonic experimentation with each other. As for the whole picture of the Greek new wave, one has to consider that during the 80’s there was a musical enrichment in the local rock scene as more and more strange bands flourished in the established rock playground. Despite the various factions of the punk / new wave subculture who used different fashion styles, despite stronger restrictions on everyday social life, despite even an extensive censorship on all forms of art — something that gradually stopped in the following decade - the Greek punk / new wave movement was small but powerful.

J'ai l'impression que cette scène grecque est passée un peu inaperçue en dehors de ses frontières contrairement à ce qui se passait non loin en Italie par exemple. On dirait que le son venant d'Italie plaisait plus au public étranger, peut-être que le son grec était plus sombre, moins dansant ? Ce n'est que récemment avec les rééditions du Gallop de Lena Platonos sur Dark Entries ou la superbe compilation Into The Light par exemple que ces artistes jouissent d'une plus grande visibilité en dehors du pays, tu vois ça comment ?

For some weird reason I have the feeling that the Greek scene from the 80's was largely over-looked by other European countries as opposed to what was happening at the same time in nearby Italy for exemple. It seems as if the Italian sound had more appeal to foreign audiences, maybe the Greek sound was darker, less dance material ? It's only recently with the reissues of Lena Platonos' Gallop on Dark Entries or the superb Into The Light compilation for exemple that these Greek artists benefit of a larger visibility outside of the country, what's your take on that ?

D'un point de vue de passioné de musique et de collectionneur de disques, je ne pense pas que la scène italienne avait plus d'attrait au niveau européen au sens large. Mais il faut admettre que l'Italie a ouvert ses portes aux nouvelles musiques plus tôt que la Grèce. Un petit exemple qui me vient à l'esprit est qu'il a fallu dix ans pour faire venir Tuxedomoon en Grèce alors qu'ils avaient déjà fait d'innombrables concerts en Italie avant de se produirent à Athènes. Peut-être que ça a à voir avec la langue, je ne sais pas vraiment , mais ce que nous savons tous c'est que la langue italienne trouve mieux sa place dans les structures pop que le grec, même si à l'époque la plupart des groupes locaux utilisaient l'anglais et seuls les punks demeuraient attachés aux paroles en grec.

Seeing it from the view point of a music fan or a record collector, I don’t think the Italian movement had more appeal than the Greek one. On a larger European level, that is. But we all have to admit that Italy opened its doors to new sounds sooner than Greece. A small example that comes to mind is that it took ten years to bring Tuxedomoon for gigs in Greece, when they had already played countless shows in Italy before they first came to Athens. So maybe it has to do with the language, I don’t know really. But, what we all know is that the Italian language finds better comfort to pop structures than the Greek one, although most of the local new wave bands used the English language and only the punk ones remained loyal to Greek lyrics.

A l'inverse les compositeurs classiques/expérimentaux/électroniques grecs étaient reconnus mondialement avec des énormes concerts et des bandes originales légendaires pour le cinéma. Tu as d'ailleurs suivi le cours de Xenakis au Centre de Recherche de Musique Contemporaine (KSYME) à Athènes, que gardes-tu de plus marquant de cette expérience ?

Greek electronic/classical/experimental composers on the other hand were globally recognised through huge concerts and legendary film scores. You actually attended Xenakis' class at the Centre of Contemporary Music Research in Athens, what stuck with you the most from that experience ?

En gros que j'ai réussi à composer, enregistrer et tout éditer sur bandes magnétiques pour finalement livrer ma pièce d'examen final, une composition algorithmique suivant les lignes directrices du professeur Dimitri Kamarotos. Je l'ai appellée Creation et la pièce finale devait être construite et articulée autour de sept algorithmes de composition. Je me souviens encore de M. Stefanos Vassiliades, le directeur du KSYME, faisant irruption dans la pièce pendant que ma composition passait et demandant qui avait écrit la musique que je jouais!

Basically, that I managed to compose, record and edit everything on magnetic tape and finally deliver my final exam piece, an algorithmic composition, according to prof. Dimitri Kamarotos’ guidelines. The title given was
Creation and the final piece should be constructed and sorted through seven compositional algorithms. I still remember Mr. Stefanos Vassiliades, the Headmaster of CMRC, invading the room when my piece was on, asking who wrote the music that was playing!

Tu as fait de la musique pour le cinéma et tu utilises souvent beaucoup de matériel visuel pendant tes performances live, quelle est ta relation au cinéma et aux arts visuels en général ?

You've done sound design for film and you often use a lot of visual material during your live performances, what's your relationship to cinema or to visual arts in general ?

J'ai composé deux bandes son originales pour deux classiques du cinéma muet : The Great White Silence (1924) et Nosferatu (1922). Deux commandes du festival International du Film d'Athènes qui ont été jouées live durant des projections en plein air. Je pense que le cinéma a joué un rôle significatif dans beaucoup de mes explorations musicales, c'est surtout une source d'inspiration. J'aime, admire et respecte le pouvoir des images et la création de mythes modernes dans le cinéma.

I have composed new original scores for two classic silent films : The Great White Silence (1924) and Nosferatu (1922). Both commissioned by Athens International Film Festival, they were performed live on open air screenings. In many parts of my musical explorations I believe that cinema has played a significant role. Mostly an inspirational one. That alone means I love, admire and respect the power of image and the creation of modern myths in cinema arts.

De tous tes projets, Raw est probablement mon préféré, peux-tu nous en parler un peu plus ? J'ai aussi lu quelque part que tu avais des enregistrements inédits, tu penses que ça sortira un jour ?

Of all your projects Raw is probably my favorite, can you tell us a bit more about it ? I also read somewhere that you had some unreleased material, do you think it might come out someday ?

Raw s'est formé dès que je suis rentré de Suède où je faisais mes études. Avec Makis Faros nous avons commencé à faire de la musique pour des salles d'attente imaginaires. On a beaucoup expérimenté avec des boucles sur bande, on y a mélangé les timbres industriels de la musique concrète et enfin on a filtré le tout au travers d'échantillonages numériques et de programmation sur ordinateur. Raw en tant que système coopératif est l'une des raisons pour lesquelles nous avons fondé Elfish Records avec Makis. Nous avons réussi à sortir deux albums de Raw, beaucoup de titres éparpillés sur diverses compilations - locales et internationales - et au moment où nous étions en train de finir le mixage de notre troisième album, nous avons décidé d'arrêter car nos ambitions créatives et artistiques n'étaient plus les mêmes. Puis Elfish Records a cessé ses activités également. Depuis la fin de Raw en 1996, j'enregistre sous le nom de ION. Sur Mind, le troisième album qui n'est jamais sorti, il y a également différents invités, des membres d'autres groupes locaux, mais pour le moment je ne suis ni curieux ni intéressé de fouiller dans mes archives. Je pense qu'il y a eu tant de nostalgie musicale ces dernières années, étant donné que l'on essaye tous de sublimer et d'idéaliser ce qui est loin de nous. Peut-être que ça plaît aux jeunes générations, mais j'ai beau aimer le passé, je n'y suis pas attaché, je préfère m'investir dans ce que le futur a à offrir.

Raw formed as soon as I returned from Sweden where I was studying. Together with Makis Faros we started making music for imaginary waiting rooms. We heavily experimented with tape-loops, we blended in the industrial timbres of musique concrete and, finally, we filtered everything through digital sampling and computer programming. Raw as a co-operative system was one of the reasons why Elfish Records was created by me and Makis. We managed to release two Raw albums, lots of scattered tracks on various compilations (both local and international) and then by the time we were finishing the mixing of the third album, we decided to end this, since our creative or artistic paths could not meet. Then Elfish Records stopped its activities, too. Since 1996, when Raw split up, I am recording under the ION moniker. “Mind”, the third unreleased album of Raw, hosted various guests from other local bands, too, but at the moment I don’t feel curious or interested in digging in my archives. I believe there has been so much music nostalgia over those last years, as we all try to beautify and idealize what is distant from us. Maybe it works for the kids or the younger generations. But my opinion is that I love the past although I’m not fixed to it. I prefer investing in what the future has to offer.

Selon toi comment la musique grecque indépendante fait face à la situation économique et sociale actuelle du pays? Les gens continuent d'acheter des disques et d'aller aux concerts ?

How do you feel Greek independant music is coping with the current social and economical situation in the country? Do people buy records and go to shows like they used to ?

Le futur de l'industrie musicale est testé comme il ne l'a jamais été, le paysage a changé. Même dans un aussi petit pays que la Grèce, il y a des milliers de groupes et d'artistes donc les gens, et les jeunes en particulier, ont trouvé de nouveaux moyens d'écouter toute la musique qu'ils aiment depuis l'époque où sortir un vinyle était ce qui se faisait de mieux. Selon moi, la musique, et l'art en général, doivent s'approprier même les côtés sombres ou fous de l'époque qu'elle représente. C'est pourquoi j'essaye de maintenir une attitude DIY dans chaque étape de la production, même pour le projet Mechanimal, si bien que je me fous royalement de savoir ce qui marche ou non dans les scènes indépendantes ou mainstream grecques. Je suis convaincu que les gens achèterons ton disque s'ils ont passé un bon moment à ton concert. Peut-être que d'autres commanderont ton disque sur ton site ou celui de ton label. Mais les artistes doivent comprendre que nous vivons dans une époque où n'importe quelle information sur la musique et la musqiue elle-même peut être achetée ou volée. Je crois fermement que je serai heureux tant que la musique peut atteindre une ou dix personnes qui veulent communiquer entre elles ou avec moi ou avec nous.

The future of music business today is tested as never before in the past. The landscape has changed. Even in Greece, such a small country with thousands of bands and artists. So, the world and especially young people have found other ways to listen to all music they like, since that time when the release of a vinyl record was a must. For me, music, and art in general, must claim even the dark or the wild side of the times it represents. That’s why, I try to maintain a steady DIY attitude at all stages of production, even for the Mechanimal project. For this reason, I don’t give a damn about any kind of prime barometer on independent or mainstream Greek discography and scenes. I am convinced that people will buy your record when they come to your show and have a good time. Maybe others will order your record from your site, or your label’s site. But artists have to understand that we live in an era where any kind of information about music, even music itself is available to buy or steal. I strongly believe that I'll be happy as long as music reaches one or ten people who want to communicate with each other, or with me, or with us.

Tu suis la nouvelle génération de musciens électroniques grecs ? Tu penses qu'il y a une réaction à l'actualité ? Tu vois des similitudes avec ce qui se passait dans les années 80 ?

Do you follow the younger generation of Greek electronic artists ? Do you think there's a reaction to the current events ? Do you see similarities with what was going on in the 80's ?

Non je ne les suis pas. Je tombe sur des projets intéressants qui aboutissent puis sortent avant de tomber dans l'oubli. Pour ce qui est de l'actualité je remarque un peu plus de bruit de surface actuellement. Concernant les similitudes avec les années 80, je n'en vois aucune.

No, I don’t follow them. I find interesting works getting finished and released and then get lost in oblivion. About current events, I notice some more surface noise now. About similarities with the 80’s era, I see none.

Plus tôt, tu évoquais le fait d'avoir enregistré sur bandes magnétiques et je suis certain que tu as eu l'occasion de manipuler pas mal de matériel analogique au fil des ans, mais à la fois tu es l'un des premiers artistes électroniques grecs a avoir utilisé un laptop sur scène. Quel regard portes-tu sur le débat analo vs numérique qui semble avoir refait surface de nos jours ?

Earlier you mentionned that you recorded material using magnetic tape, and I'm sure you've laid your hands on a lot of analog equipment throughout the years, but at the same time you were one of the first electronic greek artists to use a laptop on stage. What's your take on the whole analog vs digital debate that seems to have resurfaced nowadays ?

J'utilise toujours un laptop sur scène — parfois deux — synchronisé avec deux ou trois synthés analogiques ou d'autres synthés numériques bizarres comme le Tenori-On de Yamaha ou le Kaossilator de Korg. Beaucoup de mes disques on été mixés et produits sur mon laptop donc j'ai appris à être à l'aise avec sa portabilité. j'utilise l'ordinateur portable surtout comme une machine d'enregistrement légère, comme un gros studio qui peut être transporté n'importe où. Et oui, j'ai utilisé beaucoup de matériel analogique et c'est toujours le cas mais j'ai aussi utilisé beaucoup de synthés logiciels qui tiennent un rôle vital dans ma musique, comme le Reaktor de chez NI. Je ne prends pas partie dans le débat analo vs numérique car j'utilise et manipule simplement les instruments comme des sources de sons et si ces sons fonctionnent pour moi, je me fiche de savoir s'ils proviennent d'une source analogique ou numérique. C'est marrant car je suis également un utilisateur de longue date des Oblique Strategies Cards de Brian Eno et Peter Schmidt et je suis souvent tombé sur la carte « Abandonne les instruments normaux ». Donc je pense surtout que ce genre de débats bloquent la créativité quand au final tout ce qui compte c'est de susciter de l'émotion à ton auditoire. Si ta musique ou ton art est efficace, le type de matériel utilisé n'est pas important.

The truth is I still use one laptop — sometimes two — on stage, synched with two or three analog synthesizers or other weird digital synths like Yamaha’s Tenori-On and Korg’s Kaossilator. Many of my albums have been mixed and produced with my laptop so I have learned to feel comfortable with the portability of it. You see I use a portable computer mostly as a light recording machine. Like a strong studio that can be carried anywhere. Yes, I have been using lots of analog gear, too. I still do. And yes, I have been using lots of soft synths that play a vital role in my music, like NI’s Reaktor. I’m not taking any side in the analog vs digital debate because I simply use and manipulate instruments as sound sources and if these sound good to me, it doesn’t really matter if they come from a digital or an analog source. It’s funny, but I’ve also been a long-term user of Brian Eno and Peter Schmidt’s Oblique Strategies cards, and I have often stumbled in the “Abandon normal instruments” one. So, I believe that such debates often block creativity when, in the end, the only thing that counts is to move the audience. If your music or your art is effective, it doesn’t matter what kind of equipment you’re using.

Ça me fait un peu penser à une conversation que j'ai eu cette année avec un pionnier de la techno française, penses-tu que la musique électronique est par définition tournée vers une certaine idée du futur et que s'adapter aux nouvelles technologies fait partie de son essence ?

It reminds me a bit of a conversation I had this year with a French Techno pioneer, do you think electronic music is turned by definition towards a certain idea of the futur and that adapting to new technologies is part of its essence ?

Je trouve fascinant qu'un ordinateur portable puisse communiquer sans fil avec un iPad par exemple, simplement en utilisant le même réseau. Ce type de technologie n'est pas simplement intéressant mais aussi nécessaire à la communication entre musiciens, ça n'empêche pas la créativité. Ça ouvre de nouvelles manières de communiquer en composition électronique. Après tu peux combiner ces deux sources à des instruments acoustiques branchés dans un autre système électronique qui transmet le signal en synchro à un tempo donné par exemple. Et le tout peut être enregistré en temps réel te laissant libre d'éditer tout ce que tu veux pendant le processus de pré-production final.

La révolution MIDI de 83 est née d'un désir de connectivité et de collaboration. Au fil des années on a atteint un stade où des controlleurs MIDI avec des potentiomètres, des boutons et des faders - tous assignés à des sons sur un ordinateur - peuvent être utilisés pour performer ou enregistrer des pistes et ça a certainement influencé la manière dont on appréhende la composition.

I find fascinating the idea that a portable computer can wirelessly communicate with an iPad for example, sharing just the same network. So this kind of technology is something I find not just interesting, but also necessary in the communication between musicians. It doesn’t hinder creativity. It opens paths to new ways of communicating in electronic composition. Then you can combine these two sources with acoustic instruments, plugged in another electronic system that transmits the signal in synch with the given tempo for example. And all these can be recorded in real time letting you do any kind of editing you want in the final pre-production process. The MIDI revolution that spawned back in ’83 was something that flourished by a desire for connection and collaboration. Through the years we have reached an era where MIDI controllers with knobs, buttons and faders - all mapped to sounds on a computer - can be used to perform or record tracks and this has certainly revolutionized the way that we approach composition.

Tu as eu beaucoup de projets différents et ça ne semble pas près de s'arrêter, c'est une sacrée longévité. Ton travail peut être sombre, abrasif par moments et à la fois atmosphérique et délicat dans le sens où l'on sent parfois une certaine fragilité derrière les couches de son. Qu'est-ce qui te pousse à chercher plus loin ? À quel point ton bagage culturel grec influence cela ?

You had a lot different projects and it doesn't look as if it's going to stop anytime soon, i must say that's some serious longevity. You work can be dark, harsh at times yet atmospheric and beautiful in a sense that we can sometimes feel a certain fragility behind the different layers of sound. What keeps you pushing your art further ? To what extent your Greek cultural background has an influence on it ?

Sur un vieux compte MySpace j'avais utilisé la devise « explorer les limites extérieures de l'isolationisme sonore ». Je suis encore là-dessus. La musique, le son et les images sont les mediums qui me permettent d'exprimer tout ce que je vois se produire autour de moi. Je n'ai jamais eu peur d'expérimenter et d'essayer de nouvelles choses. La créativité c'est regarder les choses sous une nouvelle perspective. Évidemment, j'essaye toujours de garder à l'esprit que tout à déjà été dit et fait et que l'important ne réside pas dans l'histoire mais dans la voix de ton imagination. J'ai donc un besoin constant de trouver un moyen de voir les choses sous un autre angle, de me nourrir de sons et d'images avec lesquels je peux jouer par la suite et reconstruire dans mon imagination. Je fais au moins une chose par jour qui va faire travailler mes muscles créatifs, c'est pourquoi j'adore la photographie, ça me maintient les yeux ouverts. Par dessus tout, j'ai appris l'importante leçon d'être plus indulgent envers moi-même, d'arriver à me pardonner de ne pas toujours être à la hauteur de mes propres exigences.

En tant qu'artiste vivant à Athènes j'ai profondément sondé cet inévitable sentiment ambivalent entre enthousiasme et aversion par rapport à ma culture grecque. Lorsque je me balade sur mon plateau créatif, je trouve souvent amusant de considérer le paysage de la campagne grecque comme une forte influence sur ma musique ambiante.

In an old MySpace site I used the motto “exploring the outer limits of sound isolationism”. I’m still on it. Music, sound and imagery are the mediums that allow me to express everything that I see happening around me. I have never been afraid to experiment and try something new. Creativity is all about seeing things from a new perspective. Of course, I try always to remember that it’s all been said before and the importance lies not in the story but in the voice of your imagination. So, I’m in constant need to find a way to see things from a new perspective, feed myself with sounds or images that I later can play with and reconstruct inside my own imagination. I do at least one thing everyday that will exercise my creative muscles. That’s why I love photography. It keeps my eyes open. Above all, I have learned the ultimate lesson to be kind and forgive myself for not always being able to live up to my own high expectations. Since I’m a Greek artist living in Athens, I’ve travelled deep in those inevitable swings of excitement and loathing of my Greek cultural background. I often find it amusing, when I aimlessly wander on my creative plateau, to see the Greek landscape of the countryside as a strong influence on my ambient music.

Tu es aussi DJ, quelle importance ça a pour toi et qu'en retires-tu d'un point de vue personnel par rapport au travail de studio ? Tu gardes un oeil sur la scène club grecque ?

You also DJ, how important is it to you and what do you get from it on a personal level as opposed to studio work ? Do you keep an eye on the Greek club scene ?

Tout ce qui m'intéresse dans un mix c'est la passion et le flow, des bons titres qui vont me faire bouger avec le public. Tu ne peux pas passer de la musique pendant deux ou trois heures simplement pour toi ou simplement pour eux. J'essaye donc d'entraîner les gens dans mon mix, de les toucher d'une certaine manière et de laisser leur groove m'entraîner à mon tour dans des sélections plus surprenantes, c'est une question d'interaction. J'ai entendu certains des meilleurs DJ mondiaux jouer des sets hyper ennuyeux, simplement pour prendre le fric, la drogue ou la fame mais j'ai aussi entendu plein de gamins qui passaient de la techno ou de lajungle et j'ai réalisé qu'ils avaient un vrai talent pour faire bouger leur public. Je ne suis pas fan de la musique de danse d'aujourd'hui, j'écoute encore de la hard techno ou du dub techno voire un peu de deep house, mais je ne peux pas supporter la surenchère de breaks, de sirènes et de montées dans l'EDM d'aujourd'hui, du coup je ne suis plus vraiment ce genre de clubber social aujourd'hui. En revanche j'apprécie toujours beaucoup de mixs que m'envoient de plus jeunes DJ fidèles à la techno, l'electro, le dub et à des trucs plus underground.

I care only for passion and flow in any kind of music mix, about good tracks that move me in synch with the crowd. You simply can’t play music for 2 or 3 hours just for you or just for them. So what I try most is to drag people into my mix of music, move them in any possible way and let their groove lead me in more surprising selections. It’s all about interaction. I’ve heard some of the world’s best DJ’s playing totally boring sets, just to grab the money, the drugs or the fame. But I’ve also heard lots of young kids spinning techno or jungle and realized they have a pure talent in moving the crowds. I’m not so fond of today’s dance music, I still listen to hard techno or dub techno or even some deep house, but I can’t stand the ever rising volume of breaks and sirens and risers in today’s EDM, so that’s why I’m not that kind of social clubber lately. I still enjoy lots of DJ-mixes, though, sent to me by younger DJ’s loyal to techno, electro, dub or more underground stuff.

C'est quoi le plan avec le titre The Beginning de Mechanimal ? Il ne figure nulle part dans votre discographie et je le trouve super bien, vous comptez en faire quelque chose ?

What's up with that Mechanimal track The Beginning ? it's nowhere in your discography and I find it fantastic, any plans for it ?

Merci mais nous n'avons pas prévu d'en faire quoi que ce soit pour le moment. Ce morceau et la vidéo qui va avec marquent le point de départ du projet Mechanimal et notre tout premier concert. C'est un de ces morceaux qui restera bien caché quelque part dans le cyber espace. Peut-être qu'un jour je ferai quelque chose de tous ces travaux obscures.

Thanks, but there are no plans for it not at the moment. Track and video mark the start of the Mechanimal project and our first gig ever. It’s one of those tracks that will remain well hidden somewhere in cyberspace. Maybe someday, I’ll do something for all these obscure works

Qu'as-tu prévu dans un futur proche ?

What have you got planned for the near future ?

Des concert de ION et Mechanimal en Grèce et après on va partir enregistrer le prochain album de Mechanimal dans un studio loin d'Athènes.

Some ION and Mechanimal gigs around Greece. Then, we will start new recordings in a studio away from Athens for the new Mechanimal album.

Audio

Ion - Unsound


Chris Cohen, l'interview

Chris Cohen nous avait surpris il y a a quatre ans avec la sortie de son premier album solo Overgrown Path. Disque parfait de bout en bout aux morceaux pop oscillant entre candeur et vague à l'âme. Depuis plus un mot et on attendait une suite à ce petit bijou. C'est chose faite avec As If Apart sorti il y a quelque mois, toujours sur l'excellent label Captured Tracks. On a donc profité de sa venue à Barcelone au festival BAM pour échanger quelques mots. Une belle rencontre.

As-tu eu une approche semblable ou différente au premier dans la composition de ton deuxième album ?
Let’s talk about the second record. I wanted to know if you had a different approach making it or in what way it was similar to the first one?

Mon approche a été la même, le processus a été le même. J’ai joué tous les instruments et les chansons ont été écrites, comme d’habitude, à partir du clavier. Mais j’ai essayé d’écrire de nouvelles chansons que j’ai voulues plus simples dans la structure. Donc les nouvelles chansons sont un petit peu différentes, et puis je les ai écrites ailleurs donc forcément, ça change un peu, mais ça a été le même procédé de composition. Finalement, les deux albums sont les pièces d’un même puzzle et ils se complètent plutôt bien.

My approach was similar, the process was similar. I played all the instruments, the songs were usually written with the keyboard. I was trying to write different kind of songs. I wanted to write songs more simple in structure so the new ones are a little bit more different. And I was in a different place so music is different but it’s the same kind of process. Also I should say the two albums are certainly like companions pieces, they go together.

Tu n’explores donc pas de nouvelles manières de composer, tu es resté dans la même dynamique ?
So you don’t explore new ways of composing, you are sticking to the same dynamic?

Je dirais que c’est une nouvelle manière de composer. J’ai écrit ce deuxième album il y a deux ans donc difficile de m’en rappeler mais si je me souviens de ma pensée à ce moment-là, je voulais écrire des chansons qui correspondaient entre elles. Tu sais, le genre de chanson que tu peux jouer juste à la guitare ou au clavier sans qu’elle soit dépendante d’un arrangement ou d’autres instruments. Mes chansons devaient être ficelées entre elles et aucune partie ne pouvait être remplacée par une autre. Mais j’ai essayé de me fixer des limites. Donc oui, la composition a été différente. Mais ma manière d’enregistrer ce disque et ma façon de travailler est semblable à ce que j’ai fait sur le premier album et j’ai utilisé les mêmes instruments.

There’s different ways of composing. The second album, I mean it’s hard for me to remember because it’s been a couple of years I was writing these songs, it’s like two years ago. But if I can remember my thinking at the time, I wanted to write songs that were few parts in them and the parts were repeated more. The kind of songs, you know, you could like play on just the guitar or just the keyboard. That sort of song that weren’t dependent on the arrangement with other instruments. Songs that would be like, you could just sit down play and by yourself and they didn’t have a million parts that have crazy key changes and stuff. But I tried to set myself sort of a limit for not to be so prog. The composition part was different, yeah. But the recording process in the way that I work was sort of the same, and a lot of the sounds are similar. And I used the same instruments.

J’ai lu que tu avais mis trois ans à faire cet album, j’ai l’impression que c’est beaucoup de temps. Mais quelle est la limite quand tu composes ? Quand sais-tu que tu y es arrivé et que tu dois t’arrêter ?
I read that you spent about three years making this record. I feel like it’s a lot of time. But when do you think you’ve reached the limit? When do you know you got there and it’s time to stop?

Disons que j'arrive à un stade où, simplement, je sais que le terme est proche, ce stade où je ne veux plus tenter grand chose alors que ça pourrait se prolonger pour l'éternité, et ça me rend triste tant je voudrais donner vie à tout cela. Dès que je sais ce que je veux garder, ça va tout de suite plus vite. J’essaye plusieurs séquences possibles dans une chanson, jusqu'à ce que ça me plaise à l’oreille : je juge ma réaction quand j’écoute la chanson. Je crois d’ailleurs que l’écriture des chansons, c’est la phase qui me prend le plus de temps, et ça c’est le cas depuis que j’ai démarré une carrière en solo. Je pense qu'un bon groupe en studio peut enregistrer plus vite. Moi, je peux changer une partie, puis une autre, et me dire : « Oh, je peux changer celle-ci aussi », et après ça devient un cercle vicieux. Mais c’est ce qu’est ma musique. Quand les gens savent comment je compose, ils me disent : « Mais tu es fou ! » mais je le suis et je l’ai toujours été. Après l’étape du cercle vicieux, le cercle devient de plus en plus petit et les choses se mettent en place.

I sort of get to a point where I just know that the closing is near, at that point there are not many more things I want to try but at a certain point it seems like it could go on forever and I’m really sad like I want all of them to exist. But at the time it goes by, actually it feels really quickly to me. In each song, I try different sequences of which part goes where and things like that, I just keep trying different ways until I find it starts moving towards a thing that I can listen to; I listen to it back and I feel like, ok, this is, yeah, I just judge my reaction when I listen to it back. In the recording process I think that’s the part which I think takes too long. This is it since I’m doing it by my own. I think a good band who goes to the studio can record much quicker. I can change a part and then another and then go like: “oh, I can change this one” and it goes around in circle. And that’s what my music is like. But while I’m doing it someone can say : “this guy is insane” but actually I do, I always do. As I’m going around in circles, they keep getting like smaller and smaller and things do stick actually.

Tu n’as jamais été perdu au point d'avoir besoin de l’aide de quelqu’un ?
You never got lost to the point you need help from other people?

En fait je montre ma musique à mes amis et surtout à Kate, ma copine. Son avis m’est très important. Des opinions de tout le monde, la sienne est la plus importante, sa contribution m’a beaucoup aidé. Si ma musique lui plaît, je sais que c’est bon. Donc je reçois de l’aide si je suis perdu, sinon ce que je fais, c’est que j’écoute beaucoup de musique pour retrouver l’inspiration. Je suis souvent bloqué mais je sais qu’après toutes ces années passées de composition, il y a toujours une porte de sortie à ce problème. Je laisse les choses se faire, après tout on ne peut pas forcer les choses… Il m’est arrivé de bosser des chansons et de ne plus pouvoir rien en tirer et là tu dois vraiment les laisser de côté pour un moment. Mais tu sais quand j’y reviens, si c’est un bon moreau je continue à l’apprécier et si ce n’est pas bon, je ne l’utilise pas et personne ne l’entendra jamais. J’ai une tonne d’idées que personne n’a jamais entendues et qui sont terribles, la plupart de mes idées sont comme ça. Les morceaux que je finis par sortir sont ceux que j'ai écoutés des tonnes de fois : je sais que je les aime et qu'ils sont terminés.

Actually I show my music to my friends. I show my music most to Kate, my girlfriend. And I really value her opinion. Of all people’s opinions, I find that hers is the most important, her input really has helped me a lot. If I make sound she likes, I know it’s good. So I do get help if I’m lost, and when I’m stuck at something, what I do is listening to other people’s music. I get stuck all the time but I know after all these years that there’s always a way out or a way to something new. I just have to let things happen, you can’t force it. I have had times where I have worked on a song and just driven it into the ground and then you really have to take a long break from it. But you know when I go back to things, usually, if it’s good I still like it, and if it’s not good then I just don’t use it and no one would ever hear it. So I have lots of ideas that no one even knows about that are terrible, most of my ideas are like that. But the ones that end up going on there are the ones that I’ve listened to over and over again and like, I now I like it, so it’s done.

Tu m’as dit que tu avais utilisé les mêmes instruments dans ce deuxième album. As-tu pensé à en utiliser de nouveaux ou à te tourner vers les nouvelles technologies ?
You told me that you have used the same instruments in this second album. Don’t you want to use new ones and new technology?

Je n’ai pas souhaité utiliser de nouveaux instruments sur ce deuxième opus, mais je pense que je le ferai tôt ou tard. Souvent je m'imagine jouer le morceau avec un groupe, en situation réelle, et je réfléchis au nombre de musiciens que je pourrais prendre en tournée...

For this second record, I didn’t wanted to use new things. But I’m sure I will. A lot of times I’m thinking about playing the song with a band. Like a real situation and I think how many musicians can afford to take on tour…

Pragmatique…
Pragmatic…

Oui, c’est triste quand tu as une bonne idée et que tu sais qu’elle ne pourra pas être dans la chanson. Disons que je conçois ma musique comme une sorte de « groupe de bar » avec batterie, basse, guitare et clavier. C’est habituellement une formation qui ne dépasse pas quatre membres et j’essaie de penser à la façon d'y parvenir sur un plan financier – par exemple qui dans mes contacts pourrait jouer ces parties quand je vais partir en tournée… C’est comme ça que j’ai travaillé sur ces deux albums mais pour le prochain album, je pense que cette façon de penser m'intéressera moins. J’imagine qu’il y a d’autres instruments dans un groupe. Je veux rester pragmatique mais je devrais pouvoir imaginer de nouvelles sonorités. Rien n'est certain, mais je réfléchis à de nouveaux trucs pour l'été prochain.

Yeah, I think it’s sad when you have a great idea that can’t be done. I mean I think my music is sort of like a bar band or something like drum bass guitar keyboard. It’s usually not more than four people and I try to think how can I get this done economically – like who do I know that would actually play these parts and stuff when I’m gonna do shows… On this two records I was thinking of that and next time around I think I’m getting less interested in that as a way of working. I can imagine there’s maybe some different instruments in a band. I still want to be pragmatic but I think I can imagine some different sounds. I’m not sure yet but I’m thinking about different stuff next summer.

J’ai lu quelque part dans une interview que pour toi le plus important était la musique et après les paroles, que la voix est plus un instrument…
I read that for you, music comes first and lyrics second. Vocals are more of an instrument…

En fait, je ne pense pas tant que ça que la voix soit un instrument. Je voulais dire qu’elle l’était en quelque sorte mais qu'elle est aussi plus que ça, parce qu'elle exprime des mots. Ca n’a rien à voir avec la musique parce que c’est un autre type de langage. Dans mes paroles quand je chante, je dis toujours ce que j’ai à dire. Je veux dire par là que les mots ont un sens mais je pense que dans l’interview je voulais plus dire que pour moi ce qui vient en premier dans une chanson, c’est le son. C'est toujours le son. Pour les mots, c'est comme s'ils devaient être adaptés à ma façon de chanter. Je m'imagine en train de les chanter en concert. J’ai écrit et chanté par le passé des chansons dont je ne suis pas fier. C’est triste, tu sais, d'avoir écrit des textes qu'on n'apprécie pas de chanter. Je veux vraiment que mes paroles aient un sens, du moins pour moi. Ça se rapproche d'un instrument, mais qui dépend beaucoup de la mélodie, c'est pourquoi j'écris toujours la mélodie en premier. Donc d'une certaine façon, les mots sont secondaires.

Well, I don’t so much think of the voice is an instrument. I mean it’s an instrument but it’s more than any other instrument because it’s saying words. There’s a whole other layer to it that’s not even music. In my lyrics when I’m singing, I’m always saying things I want to say. I mean the words mean something but I guess I was trying to say that for me music is primary and it’s about the sound. It’s always about sound. The words are like they have to be just right so I can sing them. I think myself singing them like in a show. I’ve sang, I’ve written lyrics before that I was not proud of in another bands in the past. It’s sad when you have written something and you don’t enjoy singing the song, you know. I really want to put right words and what I’m singing means something to me. So it’s more of an instrument but it’s very dependent on what the melody is doing, and I always write the melodies first. So words are secondary in a way.

Et ça t'intéresserait de ne composer que des musiques instrumentales ?
And would you be interested in only composing instrumental music?

Je l'ai fait, à vrai dire. J’ai composé mes premiers morceaux il y a 10 ou 11 ans. J'écrivais déjà des chansons adolescent mais sans jamais les montrer à quiconque, puis j’ai arrêté d’écrire des chansons à texte à l’université. Avec mon ancien groupe, The Curtains, on faisait surtout de la musique instrumentale. J’adorerais revenir un jour à la musique instrumentale mais pour le moment le défi que cela représente ne me dit rien – je ne suis pas encore prêt à y revenir, mais je veux m'améliorer.

Well, I did. I used to do, I was writing songs like 10 or 11 years ago, probably the first time I wrote song. I used to write songs when I was a teenager but I’ve never showed them to anybody and I stopped writing vocal music when I was in college. My old band, The Curtains, was mostly instrumental music. I would love to go back to writing instrumental music but I have to say right now it doesn’t excite me, the challenge… But I want to get better. I’m not ready to go back to instrumental music.

Musique à l’image, ou musique de films ?
What about music for movies?

Oui j’adorerais faire ça, ce serait fantastique ! Personne ne m’a encore jamais demandé mais si jamais il y a des réalisateurs dans les parages, vous pouvez me contacter (rires).

Sure ! I would love to do that ! Yeah that would be great. No ones ever asked me but if there is any film maker out there, you can reach to me (laugh).

Quand je t’ai vu jouer à Paris il y a quatre ans, tu étais à la batterie. Vas-tu jouer de la batterie ce soir ? Ton set-up a-t-il changé ?
When I saw you in Paris 4 years ago you were like playing drums – are you going to play drums tonight, did the set up change?

Je serai à la guitare ce soir parce que j’ai quelques problèmes de justesse au niveau du chant quand je joue en même temps à la batterie. Sur les anciennes chansons je m'en sortais encore bien, ou peut-être que mes standards étaient moins élevés, mais maintenant j’ai envie que la batterie sonne vraiment fort et j’ai besoin qu'on m'aide. Je trouve ça super d'être à la guitare dans le groupe. La musique s'appuie surtout sur le clavier, en tout cas dans mon esprit, et la guitare c’est un peu la cerise sur le gâteau, donc je peux mieux me concentrer sur le chant.

I’m playing guitar tonight because I was having trouble playing the drums part and singing well. My newer songs are harder. The older songs I could kind of do, or maybe my standards were lower but now I was thinking that I really want the drum sound to be really strong and somebody else needs to help now. It’s great for me to play guitar in this band, the music is mostly keyboard based I mean in my mind, the guitar is just a little extra thing on top. So I can focus more on the singing.

Quand je t’ai vu à Paris je me suis demandé : « oh mon dieu, comment peut-il s’entendre chanter pendant qu’il fait de la batterie ? »
When I saw you that night I wondered : “oh my god, how can he sing and hear himself while playing?”

C'est difficile, mais pas autant qu'il y paraît. Dans certaines salles ça peut être compliqué.

Well, It’s difficult but it’s not hard as it seems. In some clubs it can be hard.

La musique n’est pas ton activité principale. C’est une volonté personnelle ?
Music is not your full time job. Is that something you wanted?

C’est une bonne question. Je pense que ce n'est pas mon intention. J’aimerais gagner beaucoup en faisant de la musique et ensuite faire autre chose. Et je n’aime pas non plus l’idée de devoir dépendre de la musique pour vivre. J'ai juste envie de faire de la musique quand ça me plaît, et ce serait fantastique d'en retirer beaucoup d'argent évidemment, mais j'aime aussi faire des choses différentes. J'aime que la musique soit à part de mes activités habituelles. Je suppose que si l’industrie de la musique avait été différente peut-être que j’aurais une vision différente de la chose. Par exemple si je pouvais vivre de ma musique sans avoir à m’inquiéter des besoins matériels quotidiens, évidemment je jouerais de la musique tout le temps. Mais penser à la musique en terme de « je dois faire ci ou ça », ne me convient pas. Le travail c’est le travail, enfin la musique c’est du travail aussi mais je fais toujours ce que j’aime et je ne fais pas ce que je n’aime pas, donc la musique en tant que job ça n’a pas de sens pour moi. De plus je ne pense pas que ma musique puisse suffire. Peut-être qu’elle changera mais jusqu’à maintenant ma musique ne semble pas tendre vers un style de vie professionnel. En plus, il faudrait que je puisse composer des albums beaucoup plus rapidement que ce que je fais jusqu’à présent, je suis trop vieux (rires).

That’s a good question. I think I don’t really want that. I would like to be paid really well from my music and then do something else. Also I don’t like to depend on music for living. I just want to do it when I feel like it and it would be great to be paid well for it, sure, but I like to do another things too. I like music as a... I just like it to be, you know, something that’s separate from normal concerns. I suppose if the music economy was different maybe I would like... Like if it was something different where you have like a – when you’re like a house...  I don’t know what the word is, like you’re the court composer or something and you have a person who’s your benefactor or something, and you don’t have to worry about your day-to-day material needs, and sure I would love to do music all the time. But thinking of it like “oh! I have to do this”, it’s like, you know. I mean, work is work. I mean, music is work but I always do what I enjoy, and I don’t do anything I don’t enjoy, so it doesn’t make sense as a job for me. And I don’t think I have the kind of music that is like, landing itself...  Maybe my music will change but, so far It doesn’t seem like my music will land itself to a professional lifestyle. And also you really have to make albums much more quickly than I do, I’m too old (laugh).

J’ai l’impression que tu devrais changer ta musique pour passer à un autre palier et pouvoir vivre de ta musique et du coup faire quelque chose que tu n’aimes pas…
I feel like you’d have to change your music to get to the next stage and that would be something you wouldn’t like doing in the end.

L’industrie musicale est un milieu vraiment exécrable. On y croise toujours des personnes sympathiques mais c’est plutôt calamiteux. Déjà, c’est une industrie qui manque d'argent, et puis il y a une certaine moralité, une certaine mentalité de consommation de la musique dans notre monde… je dois dire que c’est une des pires, en tout cas artistiquement parlant – c’est vraiment plutôt brutal, de ce que j'en vois. Quand je vivais de la musique, c’était une période différente, les gens achetaient encore des CD, on recevait son chèque de royalties, on gagnait de l’argent, on pouvait en vivre correctement et je n’avais pas l’impression de faire des choses contre ma volonté. Mais me concernant maintenant, je pense que je devrais vraiment changer ma manière d’être et que je devrais tourner beaucoup plus que ce que je fais maintenant. J’aime partir en tournée mais pas à la fréquence qu'il faudrait.

The music business is such as a terrible business. I’m sorry I mean there’s a lot of great people in it but as far a jobs go or businesses go, it’s a horrible one. There’s very little money in it in the first place and there’s a kind of morality, a mindset of music consumption in our world... I have to say I think it’s one of the worst... at least in art, I think it’s a pretty rough one as far as I can tell. It’s super brutal. When I was making a living from music, it was a different time, when people were still buying CDs, we got actually royalty checks, we made good money doing that, and I didn’t feeling that I was doing something I didn’t want to do. I think for me now, I would have to really change my ways and I’d have to tour a lot more than I do. I enjoy touring but I don’t enjoy it to the level you would need to do it.

C’est intéressant parce qu’il y a une certaine idée glamour derrière l’industrie de la musique avec tout ces groupes et artistes sur la route, etc. mais ce n’est pas comme ça et personne n’en parle…
It’s interesting because there is this glamorous idea behind the music industry, with great bands and singers, touring and so on… But it’s not like that and nobody talks about it.

Oui, je pense que c’est bien d’en parler aussi parce que je pense qu'on cultive le mystère pour pouvoir exploiter les gens. C’est une industrie de l’exploitation. Et cette façade « glamour » est simplement une protection inventée par les exploitants. Ces personnes qui sont sensées vivre cette vie super glamour sont des gens qui restent dans l’industrie pendant un certain nombre d’années et qui la plupart du temps finissent par disparaître. Et ils n’ont pas vraiment une très belle vie. Ça n’a jamais été quelque chose que j’ai voulu faire. Mon père bossait dans la musique et pendant mon enfance j’ai toujours pensé que c’était un monde qui n'était pas fait pour moi. D’ailleurs, je continue à le penser bien que la musique soit finalement mon boulot, mais c’est une passion, c’est comme mon loisir. Un loisir que je fais de manière sérieuse sans le voir comme un travail.

Yes, I think it’s good to talk about it too because I think it’s made mysterious so that people can be exploited. It’s an exploitation industry. The glamour front of it is just protection for people who are doing the exploiting. The people who supposedly live this glamorous lives live them for a couple of years and then most of the time they disappear. And they don’t have very good lives. That’s never been something I wanted to do. My father was in the music industry so growing up I was always had this idea that music was not my thing at all. I still kind of feel that way, although music itself is my ultimate job, but it’s a passion, it’s like my hobby.  And I do it in a serious way but I don’t think of it as a job.

C’est un sujet qui m’intéresse.. Il y a quelques semaines je lisais un article dans le NME don’t le sujet était “Que sont devenus les groupes du boom indie rock anglais du milieu des années 2000”. Un des rare groupes de cette époque que j’aimais bien était The Rakes. Ils se sont séparés et maintenant le chanteur est un mec qui bosse dans l’IT, il crée des apps à Brighton, il a même un profil sur Linkedin. Je me suis toujours dit que quand les groupes splitent, soit ils créent derrière un nouveau projet, soit ils continuent à bosser dans la musique mais à d’autres niveaux...
It’s a kind of topic I’m interested in. A couple of weeks ago I was reading an article in the NME about what became these bands from the British indie explosion back in 2005. One band I liked from that era were The Rakes. They split and now the singer is an IT guy, he’s doing apps and he even has a Linkedin page. I mean, when a band splits you always think that they’re gonna start a new music project or they’re gonna keep working in music at a different level…

Je ne pense pas que je pourrai faire ça. Je veux pouvoir continuer à faire de la musique et je ne veux pas arrêter de faire ce que je fais. Si je peux continuer comme ça, j’aime ce que je fais et j’espère pouvoir le faire pour toujours. L’idée d’avoir un job à plein temps ne m’attire pas du tout. Mon idéal serait un mi-temps dans un bureau, quelque chose don’t je me fous complètement, un truc sans prise de tête avant de rentrer chez moi bosser sur ma musique, sans m'inquiéter pour l'argent.

I don’t think I could do that. I want to keep making music, I actually don’t want to stop what I’m doing. I’m not in that kind of world. If I could keep doing what I’m doing... I like what I’m doing, I wish I can keep doing it, I hope I can keep doing it forever. The idea of having a full time job also doesn’t sound that great to me. My ideal world, like I was saying, is a part-time office job, something I don’t care about at all, just show up do like light work and then go home, work on my music and not have to worry about  money, you know.


Milton Bradley (The End of all Existence), l'interview

Se frotter à Milton Bradley, c’est s’attendre à semer la division. En effet, l’artiste ne jouit pas de la même aura de célébrité que certain de ses contemporains. Et pourtant, Patrick Radomski de son vrai nom est une source d’inspiration inépuisable parmi ses pairs. Générateur d’une musique complexe, profondément lugubre, alternant chaos statique et bourrasques analogiques, Milton Bradley doit autant aux crispations électriques de Sleeparchive qu’aux rêves apocalyptiques de Klaus Schulze. Et ce n’est pas anodin si le premier vrai vinyle techno que j’ai acheté (si j’occulte ma période minimale, hardcore et consorts…) fut Last flight to Cologne. Époque bénie s’il en est d’un revival à une techno pure et brute ! Berlin trouvait alors son second souffle, le Berghain était the place to be, le Tresor venait de rouvrir ses portes, l’Arena organisait certaines des soirées les plus undergrounds de la ville… Pendant ce temps là plusieurs artistes sortaient des salves de tueries qui allaient devenir mythiques, des vinyles ornés de petits macarons simplement tamponnés à la chaine avec le nom du label et le numéro du disque… A l’époque tout le monde jouait le morceau Untitled de l’artiste Unknown. C’est ici que commence l’épopée de cet anti-héros du clubbing, qui après avoir affirmé sa suprématie avec son impeccable album Tragedy of Truth, revient avec un troisième EP de son projet The End of All Existence. Plus accessible pour certains, plus âpre et brutal pour d’autres, le concept a au moins le mérite d’être clair, écrire une symphonie électronique en ode à la destruction de la vie.  Alors à l’occasion de cette nouvelle sortie, on a tenu à s’entretenir avec cet artiste iconoclaste et incontestablement majeur, et pourtant tellement discret.

Interview

Qu’est-ce qui t’as poussé à te lancer dans la musique ?
What led you to launch you into music?

La musique a toujours été un élément central dans ma vie, en particulier ces musiques où je pouvais me perdre dans la dérive de mondes fantasmatiques. Quand j'étais enfant, je suis entré en contact avec la musique en écoutant des cassettes de mix que mes parents s’étaient faits pour eux-mêmes. Sans savoir particulièrement que c’était des sons électronique de Giorgio Moroder, Jean-Michel Jarre ou Kraftwerk qui allaient déclencher mes fantasmes. Tous ces sons venus de la science-fiction m’ont excité pendant un temps.

Music has always been a central part of my life, especially those music that I could loose myself into and drift into phantasy worlds. When I was a kid I got in contact to music by listening to mix tapes my parents made for themselves. Without knowing what exactly it was particularly electronic sound by Giorgio Moroder, Jean Michel Jarre or Kraftwerk unleashed my fantasy. All those science fiction like sounds got me excited by this time.

Le milieu des années 2000 a été très prolifique pour la Techno… Comment t’es-tu venu l’idée de lancer ton label Do Not Resist The Beat ?
The mid-2000s was very prolific for Techno music ... How did the idea to start your label Do Not Resist The Beat come ?

Je voulais déjà produire des disques dans les années 90, juste pour le plaisir. Mais je n’étais jamais vraiment satisfait du résultat en raison du matériel limité que je possédais à ce moment là. À la fin de 2007, un de mes amis m’a fait découvrir certains logiciels qu'il produisait et je découvrais des possibilités étonnantes en combinant ce logiciel avec le matériel que j'avais déjà. Les premières pistes utilisables sont nées assez rapidement et nous avons alors décidé de les sortir.

Je n'ai jamais trop été dans les trucs d’envoi promo donc mon ami et moi-même avons décidé de mettre un peu d'argent et de réaliser mon premier enregistrement. Voilà comment Do not resist The Beat a commencé - comme une future plateforme pour sortir mes propres productions et interprétations de la musique électronique.

I already wanted to produce records back in the 90s, just for fun. But I was never really satisfied with the result because of the limited hardware I owned by this time. By the end of 2007 a friend of mine showed me some software he was producing and I saw amazing possibilities combining this software with the hardware I still had. The first usable tracks were done pretty quickly then and I decided to release them.

I was never much into sending out promo stuff so a friend and I decided to put some money in a pot and release the first own record. That’s how „Do Not Resist The Beat“ started - as a future platform for releasing my own productions and interpretations of electronic music.

the-end-of-all-existence-label-logoAvec d’autres labels comme Horizontal Ground, Frozen Border, etc., vous avez choisi d’adopter une esthétique minimaliste, un son aux grooves froids et tranchants… Cette musique a fini devenir peu à peu le son référence de techno berlinoise. Avec le recul quels souvenirs gardes-tu de cette période ?
With other labels like Horizontal Ground, Frozen Border, etc ... you choosed to adopt a minimalist aesthetic, a sound with cold and sharp grooves ... This music became gradually the benchmark of Berlin Techno. Looking back , which memories do you have of that period ?

Après avoir pris une petite pause, j'ai commencé à m’engager à nouveau avec une musique électronique plus contemporaine en 2006. Après cette période d'abstinence il y avait beaucoup à redécouvrir, ce fut une période très excitante. Je regardais les catalogues des magasins et internet et j’ai découvert les productions de Marcel Dettmann, Sleeparchive et beaucoup d’autres. Ce fut la musique que j'ai aimée à cette époque, Cela semblait nouveau, frais et intéressant. Des clubs comme le Berghain et Tresor, qui a rouvert en 2007, étaient les endroits où je passais beaucoup de temps, et je me suis senti inspiré à nouveau.

After taking a small break I started to get engaged with contemporary electronic music again in 2006. After this time of abstinence there was a lot to rediscover, it was a quite exciting time. I was browsing records shops and the internet and found productions by Marcel Dettmann, Sleeparchive and many more. This was the music I liked by that time, it sounded new, fresh and interesting. And as well clubs like Berghain and Tresor which has been reopened in 2007 were the places I spent a lot of time and got inspired again.

Il y a dans ta musique quelque chose de sombre, froid, mécanique… Ta musique semble très inspirée par les sonorités dub et ambient, plus mentale que physique, non ? Quelle est ta vision de la musique électronique ?
There are in your music something dark, cold, mechanical ... Your music seems very inspired by dub and ambient sounds, more mental than physical, isn’t it ? What is your vision of electronic music?

Je tiens à exprimer certaines humeurs, cela fonctionne mieux sur la couche mentale. Mais je ne dirais pas que je suis inspiré par le dub. Le son "dubby" vient par lui-même quand je produis et il s'inscrit dans le processus de production qui vise à trouver des sons qui reflètent mes émotions, mes sentiments, mes humeurs. De plus, j'aime les morceaux trippy, mais dans le contexte de club, je préfère, la plupart du temps, les tracks qui ont du corps dans un sens plus large.

I want to express certain moods, this is working best on the mental layer. But I wouldn’t say that I’m inspired by dub. The "dubby“ sound just came by itself while producing and I’d call it a follow up of the whole production process which aims to find sounds that reflect or mirror my emotions, my feelings, my moods. Furthermore I like trippy tracks, but in the club context I mostly like physical tracks in a wider sense.

Dans The End Of All Existence tu imagines une sorte de soundtrack à l’apocalypse, d’où t’es venu cette idée ?
In The End Of All Existence you imagine a kind of soundtrack to the Apocalypse, from where comes that idea ?

L'idée de ce projet m’est venue dans un moment assez sombre. En étant inspiré par certains films "Worlds End", le slogan de The End Of All Existence m’est venu à l’esprit. Certaines de mes humeurs donnent souvent naissance à des concepts de rejet, et ce slogan convient de ce scénario de fin du monde dans lequel j'étais à cette époque. J'ai donc développé l'idée de faire une sorte de bande-son pour une fin du monde fictive.

The idea for that project came up in a quite dark moment. Being inspired by some Worlds End movies the slogan of The End Of All Existence came to my mind. Certain moods are often give birth to concepts of releases, and this slogan suited this end of the world scenario I was into by that time. So I developed the idea to make some kind of soundtrack to a fictional worlds end.

Il y a une certaine progression tout le long de ce nouveau EP qui commence par Choir of Devastation plutôt contemplatif et se termine par un Echoes of the Nameless très dur et rugueux. Était-ce ce que tu cherchais dès le début ?
There is a kind of increase during this new EP that begins by Choir of Devastation more contemplative and ends with an Echoes of the Nameless much hard and rough. Was it what you were looking for from the beginning ?

Oui bien sûr. Comme ce projet consiste à créer une sorte de bande-son, les morceaux (même si ce n’est seulement quatre d'entre eux) eux-mêmes devaient être en cascade, une suite logique de sorte que vous êtes en mesure de voyager à travers ma fiction.

Yes, for sure. As this project is about being some kind of soundtrack, also the tracks (even if it’s only four of them) should be in a cascading, logical order so you’re able to have a kind of a travel through my fiction.

Avec ton projet AlienRain, tu démontres une facette totalement différente de ta musique, totalement axée acid techno. Pourquoi avoir segmenté ces différents univers ?
With your Alien Rain project, you demonstrate a completely different side of your music, totally focused on acid techno. Why did you chose to segmente those different worlds ?

Tout en produisant des sons acids, j'ai toujours eu ce thème alien dans ma tête, ainsi que l'image de la tête d'alien bien connu d'ailleurs. Le son de la 303 (Roland TB-303) est tout à fait spécial et unique,  C’était donc une conséquence logique qu’un projet différent en soit sorti. En outre, j'aime l'idée de créer des projets qui sont cohérents et qui développent leur propre univers.

While producing the acid sounds I always had that alien theme in my head, as well as the picture of the well-known alien head. The 303 sound is quite special and unique, so it was a logic consequence to make another project out of it. Furthermore I like the idea of creating projects that are coherent and which develop their own enclosed world.

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Tu sors très peu de disques en dehors de tes propres labels. Pourquoi ce choix ?
You edit only few discs outside your own labels. Why ?

En raison de mon désir d'exprimer, j'ai toujours certaines idées au sujet de prochaines versions. Thématiquement certaines pistes doivent s'inscrire dans un certain contexte. C'est quasiment impossible quand vous êtes sur le label des autres parce qu'il y a toujours des intervenants qui décident des tracks, de la créa, et de l'ensemble du processus. Avoir son propre label vous donne une sorte de flexibilité, je peux décider par moi-même comment, quand et dans quel cas produire un morceau. Cela ne signifie pas que je sois opposé à travailler avec d'autres labels, mais je ne veux pas créer l'ensemble du process aléatoire et hors controle.

Due to my wish to express I always have certain imaginations about upcoming releases. Thematically certain tracks should be inside some context. You hardly get that possibility if you release on other people’s label because there’s other people who decide about the tracks, the artwork, the whole process. Having your own label gives you some kind of flexibility, I can decide by myself what, how, when and in what case I release a track. This doesn’t mean I’m opposed to release on other labels, but I don’t want to create the whole process to random and inflationary.

Ta musique est finalement très attachée à Berlin et on se rend rapidement compte qu’elle en est une fidèle bande son.  Quel impact cette ville a eu et  a toujours sur toi ? Te vois-tu un jour vivre ailleurs?
Your music is ultimately very attached to Berlin and we quickly realize that it’s his truthful soundtrack. Which impact this city has had and still has on you ? Do you see yourself one day live somewhere else ?

L'environnement où tu grandis et où tu vis durant une longue période a toujours une influence sur toi. J'ai toujours aimé l'ambiance brute et sombre qu’avait Berlin jusqu'au milieu des années 90. Cela convenait assez bien à mon humeur à ce moment-là. Ma plus grande influence ce sont les souvenirs de ma jeunesse. Les changements de ces dernières années (maisons peintes, appartements de luxe, des centres commerciaux sans fin) je ne les trouve pas du tout inspirants. Pour ce qui est de vivre ailleurs, je pourrais imaginer partir m'installer au Japon un jour.

The environment you grow up at or you live in for a longer period of time always has an influence on you. I always liked the rough, raw and dark feel Berlin had until the mid 90s. This suited my mood pretty well by this time. The biggest influence were memories from my younger days. The changes of the last years (painted houses, luxury apartments, endless shopping centers) I don’t find them inspiring at all. If it comes to other places, I could imagine to live in Japan one day.

Audio

The End Of All Existence - 6 Minutes Before Dawn

Vidéo

The End Of All Existence - The Final Hours


The Pilotwings l'interview

À mi-chemin entre le secret le mieux gardé d’une micro scène house/techno indée et la fierté nationale, les Pilotwings viennent de sortir un double album sur le label lyonnais BFDM. Une pochette quatre étoiles, onze morceaux kaléidoscopiques et une formule musicale sans équivalent sur le territoire national.
Guillaume et Louis ont répondu à nos questions et mis en perspective leur (courte) discographie, l'essor rhodanien du moment et les encouragements de Teki Latex.

Comment se passe la promo de l'album ? Vu de loin ça me paraît hyper encourageant et positif.

La promo est assurée par Judaah, le boss de BFDM, et surtout Chez Emile qui distribue le label. Ce qui nous prenait beaucoup de temps est donc maintenant une formalité. Parler de « promo » n’est pas vraiment juste dans le sens où on envoie essentiellement notre musique à nos connaissances. Les gens se sont emballés à l’annonce du disque et on reçoit beaucoup de retours positifs, ce qui nous rassure quand même vu que musicalement, on s’est mis à poil sur les onze titres du disque.

Revenons un peu sur la genèse du projet. Vous faisiez de la musique chacun de votre côté avant les Pilotwings ? Judaah parle souvent de cette phase tech-house dans la maturation de votre duo. Vous êtes vraiment passés par là ?

On a geeké ensemble les logiciels de production et fait des morceaux sous des pseudonymes aussi affreux les uns que les autres, avant de se réunir sous Pilotwings il y a cinq ans environ. S’ensuit une grande période de désert musical dont le pic de nullité a été la tech-house, qui n’a même pas le mérite d’être drôle.  Le premier morceau qu’on a mis sur Soundcloud était un mélange de synthpop, de Pharell et de Justice, avec des paroles pédophiles au vocoder. Teki Latex nous avait envoyé un message de félicitation sur Twitter, j’ai encore la capture d’écran.

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En parlant de progression, j’ai l’impression que depuis vos premiers disques, tout est allé à vitesse grand V. Comme si Agorespace et Molitor 71 étaient des échauffements à balles réelles, et qu’une nuit au Boxboys et les Portes du Brionnais amenaient enfin le « truc » Pilotwings. Est-ce que vous partagez ce sentiment ?

On a à la fois plus de temps en studio, et plus de confiance dans ce qu’on enregistre.  Il y a aussi une donnée technique : les morceaux des premiers EP étaient produits piste par piste, en galérant pour chaque manip’ à cause du manque de matériel. On aime toujours les enregistrements à l’arrache qui sonnent comme un pet, la saturation à outrance, etc. Mais en s’équipant un peu mieux, on a pu réaliser des morceaux plus ambitieux, dans la production et l’écriture. La palette s’est élargie et on a pu oser plus de choses, tant que ça nous faisait marrer en studio.

Les quelques trucs que j’ai lu sur votre LP essayent de vous lier à une esthétique 90’s qui reste surement le truc le moins bien délimité et bordé dans le continuum dance music. Il me semble que vous êtes assez détendus avec le fait de concevoir la dance music contemporaine comme la répétition de gimmicks tirés du passé. Est-ce que vous pourriez me parler d’une référence commune qui ferait l’unanimité entre vous deux ? Et a contrario d’ une référence qui fait dissensus ?

On n’a en fait ni l’intention de « concevoir la musique contemporaine », ni celle de rentrer dans une répétition du passé. Les pionniers, les défricheurs nous touchent parce qu’il ont souvent une approche naïve et hésitante mais en même temps des idées fortes. On joue avec cet héritage, ces instruments, avec la même envie de foutre le bordel dans les normes. Sans avoir de véritable héros commun, on cite souvent Yellow Magic Orchestra ou Yello comme groupes qui font de la musique ridicule de la plus belle façon qu’il soit. Pour ce qui est des désaccords, mis à part sur la trap et quelques trucs de library impossibles, il y en a peu.

Je suis toujours assez prudent avec ces notions de scène qui apparaissent au gré des saisons et qui relèvent plus d’un effet journalistique que d’une réalité concrète. Votre ville, Lyon, et votre label, BFDM, sont régulièrement spottés comme le truc du moment.
J’ai l’impression que, pour une fois, tout cela n’est pas fantasmé : les différents artistes/labels de la ville semblent liés à un terreau commun en terme d’état d’esprit, de points de chute (disquaire, radio)… Comment vous résumeriez ça ?

Dès lors que Lyon s’est débarrassé de sa haine des Parisiens, et que les vieux gars de la minimale ont arrêté de gangréner les clubs,  on a commencé à être optimistes et enthousiastes. Il y a eu l’arrivée des disquaires qui sont les parfaits lieux de rencontre, BFDM, Macadam Mambo, LYL radio et l’atelier SUMO, les aventures du Boxboys ou les sauteries délirantes de Groovedge… Beaucoup de projets « débrouille » se côtoient, et de beaux disques arrivent. On pense aux futurs Franck Gérard chez Groovedge, à Lastrack et OKO sur BFDM, Raymonde ou encore le label Silo qui vont tout niquer.

Audio

Tracklist

The Pilotwings - Les Portes Du Brionnais (Brothers From Different Mothers, 2016)

A1. Les Portes Du Brionnais
A2. Aladdinde
A3. Le RSA
B1. Pousse Un Peu Plus Chaque Jour
B2. Christrance
B3. Yomogi
C1. Debeurdinoir
C2. Brigade Des Moeurs
C3. Le Rock Des Plages
D1. John Deere, Tcheu!
D2. Balearic Nordine


Bráulio Amado l'interview

Quand on vient de la culture punk, on apprécie forcément de bosser pour la salle indé en bas de chez soi, et c’est d’autant plus appréciable si en parallèle on est directeur artistique pour l’hebdomadaire économique de Bloomberg. Le grand écart est fascinant, et cette dichotomie est un élément fondateur du travail de  Bráulio Amado, designer graphique portugais expatrié à New York et dont les illustrations ont habillé les pages du New York Times ou de Wired, mais servent, pour les plus personnelles d’entre elles, d’identité au club voisin Good Room.

Derrière la structure cartésienne qui préserve la lisibilité de ses affiches et rares pochettes d’album, il y a bien quelque chose qui subsiste de la la culture punk. Le trait vif, presque rageur de l’écriture manuscrite, le pointillisme dégradé et les contrastes accentués d’un risographe fatigué, le collage d’éléments épars, l’utilisation de l’aérographe, ces éléments sont ceux de la communication de rue, où un flyer découpé et photocopié mille fois se passe de la main à la main, où l’affiche réalisée au marqueur se placarde en deux minutes sur un mur gluant de colle, et où pour s’extraire de l’anarchie visuelle qui va de pair avec cette pratique sauvage, ce qui compte c’est que le message frappe fort.

Il y a dans le travail de  Bráulio l’énergie d’une sous-culture distillée par les conventions graphiques. Et l’ancien Lisboète revient sur ce mélange d’influences, ce qu’il a conservé de sa jeunesse hardcore et comment ce qu’il a emporté avec lui en quittant le Portugal lui a permis de garder une partie de cette identité à travers ses affiches d’une part, mais aussi ses groupes, Papaya, Crime Department et Adorno, des formations dominées par le punk et le noise, à apprécier en fin d’interview.

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Interview

J’ai lu que ton implication dans la scène punk hardcore lisboète t’a conduit à créer des affiches. Tu travailles en ce moment pour Good Room, une salle de Brooklyn où tu vis désormais. La facette communautaire est-elle importante pour toi?
I’ve read that your involvement in the Lisbon punk-hardcore scene led you to poster design. You’re currently working for Good Room, a venue in Brooklyn where you live now. Is the community level important to you?

Oui la communauté est importante pour moi. J’ai grandi dans la scène punk-hardcore et quand j’ai commencé à concevoir des affiches au Portugal, j’étais plus ou moins en train d’apprendre ce qu’est le design. Aujourd’hui, le design graphique est mon métier, et je fais désormais des affiches (entre autres) pour vivre. Une partie de la programmation de Good Room n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais j’aime travailler pour eux. Je n’irais pas jusqu’à dire que Good Room est ma communauté, mais j’aime être une sorte d’outsider et proposer un angle créatif qu’on ne s’attendrait pas à voir pour une boîte de nuit.

Community is indeed important to me. I grew up with the punk-hardcore scene, and when I started making posters in Portugal I was still pretty much learning about what design was. Currently, graphic design is my job, and I now do posters for a living (among other design work). Some of the music Good Room books on the venue is not really my cup of tea, but I do love designing for them. I wouldn't say Good Room is exactly my community, but I do enjoy being a bit of an outsider to it and bring a design style that normally might not be what you expect on a night club.

Comment ton déménagement de Lisbonne à New York a-t-il influencé ta culture musicale et graphique?
How did your move from Lisbon to New York influence your musical and graphical culture?

J’ai obtenu une bourse pour terminer mon dernier semestre d’études ici, et ça m’a mené à un stage — j’ai fini par me faire offrir un emploi et depuis je suis ici. J’ai du mal à croire que ça fait déjà six ans! Je suis toujours dans la vingtaine, et donc le déménagement m’a beaucoup influencé. J’aime toujours la culture de mon pays, mais le temps aidant, je sens que je deviens de plus en plus américain. Parfois pas de la bonne façon, haha. Mes travaux et goûts ont beaucoup évolué. Je suis sûr que j'aurais aussi changé en restant au Portugal, mais je n'aurais pas pu vivre l'expérience de toute cette culture qu'offre NYC.

I got a scholarship to finish my last semester of studies here, and that led to an internship — I ended up getting offered a job and I have been here since there. Can't believe it has been 6 years already! I'm still in my twenties, so definitely the move influenced me a lot. I still love all the culture back home, but as time goes by I feel like I'm becoming more and more American. Not in a good way sometimes, haha. My work and taste changed a lot. I'm sure it would have changed as well if I was in Portugal still, but back home I wouldnt be able to experience all the culture NYC gives to you.

shitrobot

Gradations, distorsions, collages, abstractions, couleur, noir et blanc… Ta méthodologie est différente d’une affiche à l’autre. Les expérimentations prévalent-elles sur le style personnel? As-tu un style personnel d’ailleurs?
Gradations, distorsions, collages, abstractions, color, black and white… Your process is different from a poster to another. Do your experiments prevail over your personal style? Do you have a personal style by the way?

Je pense qu’aujourd’hui mon style est de ne pas en avoir du tout. Je dois créer tellement d’affiches et d'illustrations au quotidien que je veux continuer à expérimenter et déboucher sur du neuf à chaque fois. Avoir un style finit parfois par être lassant — du moins pour moi! Et les gens commencent à venir te trouver pour un truc spécifique que tu as fait et refait, et c’est vraiment plombant.

I think my style nowadays is to not have a style at all. I have to do so many posters and illustrations on a daily basis that I really want to keep experimenting and come up with something new every time. Having a style ends up being a bit boring at times — at least for me! And people start coming to you for a specific thing that you did over and over again, and that's really annoying. 

Dans un projet, où commencent tes réflexions et à quel moment sais-tu dans quelle direction aller? Quelle connexion fais-tu entre le concept d’un évènement ou l’artiste, et l’illustration finale?
In a project, where does your thoughts start and at what point do you know where to go? What connection do you make between the concept of an event or the artist and the final illustration?

Tout dépend. Parfois, j’ai une idée en tête et je m’assure que le concept/message est bien clair. D’autres fois, j’écoute simplement les morceaux, trouve un titre/un vers amusant et je m’en sers pour l’illustration. À l’occasion, je bidouille juste les photos du groupe. Sinon, je me contente d'écouter la musique et de produire quelque chose de plus abstrait en m’appuyant sur mon ressenti de la chanson.

All depends. Sometimes I have an idea in my head and I make sure the concept/message is very clear. Sometimes I just listen to their songs, find a funny title/lyric and do an illustration based on that. Sometimes I just fuck around with the band's photos. Other times I just play the music and do something more abstract based on what the song makes me feel.

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Est-ce facile de passer de Bloomberg BusinessWeek à la conception d’affiches pour une salle indé? Et d’un poster pour Suuns à un autre pour Hot Chip?
Is it easy to move from Bloomberg BusinessWeek to designing posters for an indie venue? And from a poster for Suuns to one for Hot Chip?

Honnêtement, à la fin, c’est très proche. À BusinessWeek, on dispose de beaucoup de liberté et on s’appuie énormément sur l’humour pour faire des choses folles. C’est aussi un magazine d’actualités hebdomadaire, il faut donc lire les articles et réagir rapidement avec une illustration ou un concept. Ce processus m’aide beaucoup à concevoir des affiches et à être plus rapide dans mes réflexions et mon exécution. Je pense que cela le rend plus vivant/énergique et moins « précieux ». Le processus est donc plus ou moins le même pour BusinessWeek, Good Room, ou pour une affiche pour Suuns ou Hot Chip.

They end up being very similar honestly. We have a lot of freedom at BusinessWeek and rely a lot on humor to do crazy stuff. It's also a weekly news magazine, so you have to read the stories and react fast with an illustration/design. That whole process helps me a lot in designing posters and be more fast with my thinking and execution. I think that makes it feel more lively/energetic and less "precious". So, the process is kind of the same, either at BusinessWeek, Good Room, or on a poster for Suuns or Hot Chip.

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On dirait que tu donnes de l’importance aux informations manuscrites. Pourquoi?
Handwritten information look important to you. Why?

Cela véhicule une touche un peu plus personnelle et réaliste, au lieu de donner l’impression qu’on a passé 5 heures à concevoir un truc sur son ordinateur. En outre, il m’arrive d’être vraiment mauvais pour choisir des polices, donc j’écris à la main, c’est plus facile et moins stressant.

It just brings a bit more of personal touch and real-ness to it instead of looking like you spent 5 hours looking at a computer designing something. Also I’m kind of bad with picking type sometimes, so if I just hand write it, it's easier and less stressful.

Tu réalises plus d’affiches que de pochettes d’albums. Préfères-tu les premières? Quelles sont les différences entre ces deux supports?
You design more posters than album covers. Do you prefer the first ones? What are the differences between the two media?

J’aime les deux! Malheureusement, je ne suis pas assez sollicité pour réaliser des pochettes. Dans un projet de pochette, j’apprécie de produire plusieurs illustrations, polices, designs, etc. pour les insérer dans le livret, sur le CD, la quatrième, etc. Ça revient à publier un petit book de ses travaux, au lieu d’une seule affiche avec une seule image.

I like both! Unfortunately I dont get asked to design many record covers. With an album cover I do enjoy making a bunch of illustrations, type, designs, etc to put it on the booklet, CD, back covers, etc. It's almost like you are publishing a small book with your work, instead of just one poster with one image.

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Où puises-tu tes influences en design graphique?
What or who inspire your graphic design?

C’est dur comme question! J’aime Barney Bulbes, Saul Bass, Cowboy Henk, Chris Ware, Manuel Donada, Steak MTN, Zach Hobbs, M/M, Mirko Borsche… Beaucoup trop, nouveaux comme anciens.

Oh man, that's such a hard question. I love Barney Bubbles, Saul Bass, Cowboy Henk, Chris Ware, Manuel Donada, Steak MTN, Zach Hobbs, M/M, Mirko Borsche... Too many. Old and new. 

Et en musique?
What about music?

Ex Modela est mon groupe préféré. J’aime tous les trucs Dischord période Revolution Summer, le punk hardcore des années 80, une partie de ce nouveau garage rock comme Ty Segall et The Oh Sees et je continue à aimer Devo et les Beach Boys. En ce moment, mon obsession se porte sur Coneheads et le Minneapolis Uranium Club. J’écoute beaucoup d’autres choses parce que j’aime la musique en général, mais ce sont mes préférences.

My favorite band is Ex Models. I love all the Dischord stuff from the Revolution Summer era, 80's punk-hardcore, some of that new garage rock stuff like Ty Segall and Thee Oh Sees, and always love Devo and Beach Boys. Currently obsessed with the Coneheads and The Minneapolis Uranium Club. I do listen to a bunch of other things because I love music in general, but yeah, this is the main stuff.

Chez le disquaire

No Age — Loosing Feeling

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Toute l’œuvre de Brian Roettinger est fascinante. Celle-ci est tellement simple et belle que je suis super jaloux de ne pas l’avoir faite en premier.
All the stuff Brian Roettinger designs is amazing. This one is so simple and beautiful that I feel super jealous for not doing it first.

The Germs — What We Do Is Secret

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Franchement, que dire de plus?
I mean, what else can I say?

Black Dice — Repo

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Difficile de battre les frères Copeland au collage. Tous leurs albums (et toute leur musique) sont fantastiques, mais c’est le premier que je me souviens avoir acheté.
Can't really beat the Copeland brothers with the collage stuff. All their records (and music) are amazing, but this one was the first I remember picking up.

Le Shok — We Are Electrocution

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Le style est incroyable et l’idée est géniale. En plus, la quatrième conclut parfaitement le tout. Je n’arrive pas à trouver d’autres trucs réalisés par la personne derrière celle-ci.
The style is amazing and the idea is the best. Also, the back cover ties everything up perfectly. I still can't find more stuff by the person who designed this.

Devo — Freedom Of Choice

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Toutes leurs pochettes sont géniales, mais celle-ci est terriblement iconique. J’adore les costumes et les trucs débiles. Non pas que Devo fût « débile », mais plutôt génial.
All their covers are awesome, but this is iconic as hell. I love costumes and silly stuff. Not that Devo was "silly", more like genious.

Projets musicaux

Papaya

Du post-punk étrange et bruyant avec un nom débile, mais on s’amuse beaucoup.
Weird Post-Punk noisy, with a silly name, but lots of fun.

Crime Department

Du punk harcdcore avec un brin de folie. On revient d’un mini-tour en Europe et on travaille sur un LP.
Punk-Hardcore with some crazy juice to it. We just got back from our first euro-tour and we are working on an LP.

Adorno

Emo/Post-hardcore. On a monté le groupe il y a 10 ans et pas mal tourné en Europe! On n’a jamais sorti de LP correct mais pas mal de splits et EP, pour finir par sortir deux 12” avec tous nos morceaux.
Emo/Post-hardcore. We started the band 10 years ago and we toured Europe a bunch! We never released a proper LP but we did many splits and EP's and ended up releasing two 12"s with all the songs.


THESE HIDDEN HANDS Interview & Chronique

La techno est-elle morte ? C’est une question que l’on doit manifestement se poser. Car si la techno n’a jamais été autant d’actualité, elle n’a jamais été aussi caricaturale. Un genre d’ailleurs au centre des préoccupations de ses propres géniteurs, qui n’ont de cesse d’en transgresser les règles pour la rendre un tant soit peu attractive. Mais soyons honnêtes, même emballée dans du papier doré, avec un joli petit nœud, de la merde restera toujours de la merde. A ce titre, pour beaucoup, Feed-forward de Sandwell District perdurera comme l’œuvre posthume (pour moultes raisons) d’une génération qui aura grandit avec ce mouvement alors en déclin. Un joyau noir amorçant un deuil  qu'on ne veut résolument pas accepter. Et pourtant, rapidement une horde de musiciens se détournent des grooves moites et des dancefloors pour épouser des genres plus obscurs (harsh-noise, drone, musique industrielle ou expérimentale, ambient…) et souvent relativement moins accessibles. Bien entendu même si la sauce à encore du mal à prendre,  les profanes commencent à s’habituer à des rythmiques plus mentales que physiques ainsi qu’aux attaques bruitistes vrillant les oreilles. Au-delà de la norme, la confusion. Ce qui nous amène à Vicarious Memories, formidable second LP du combo These Hidden Hands, qui construit à travers ce mirifique album un pont entre passé et futur. Il y dévoile une musique électronique dépouillée de toute étiquette qui entend bien briller de son halo noir pendant très longtemps.

D’une complémentarité absolue, le semi-boy’s band (ils sont bogoss les gars) s’aventurent dans des contrées jusqu’à là peu inexploitées. Peu importe le beat, ici le sound design prédomine et c’est peut-être ce qui fait toute la force de These Hidden Hands. Loin des standards des hits habituels, le duo s’accroche à un concept hors de toute normalisation. Souvent comparé à Nine Inch Nails (Époque Ghost I-IV peut-être), nous on pense plutôt  aux canadiens de Front Line Assembly, à l’époque allemande de KMFDM, mais aussi Kangding Ray, Shinichi Atobe et même la poésie lunaire de Buck-Tick. Entre mantras tribaux et secousses telluriques, Tommy Four Seven et Shards réinventent la musique électronique tout en ouvrant à l’auditeur de nouvelles perceptions. Alors que beaucoup se tourne vers l’analogique, ici les voyages synthétiques n’ont jamais été aussi fantastiques. Mais ne nous leurrons pas, le tandem n’a en rien perdu de son capital anxiogène, LIMA 3AM et ses vocaux souffreteux sont là pour nous le rappeler. D’autres titres comme Hoh Xil ou SZ31X71 continuent à contribuer à cette atmosphère suffocante, étouffante et  paranoïaque qui finalement prédomine tout au long de l’album.  Car si Vicarious Memories est un disque grandiose, il n’en est pas moins jusq’au-boutiste et fatalement nihiliste.  Un chef d’œuvre en devenir qui se savoure au gré des écoutes…

On avoue qu’on a été nous même surpris par cette baffe qui nous est tombé sur la gueule. Loin des disques mémorables qu’on écoute un temps et qu’on laissera prendre la poussière dans un bac un disque, Vicarious Memories fait immédiatement partie de ces albums qui marque comme une cicatrice dont on arriverait à se défaire.  Avec opiniâtreté, on a réussi à s’entretenir avec le duo pas si facile d’accès sur la genèse de ce petit chef d’œuvre et sur leur vision de l’avenir.

Interview

these-hidden-hands-press-pic-4-fredrik-altinellSalut, vous étiez il y a peu au Berlin Atonal, pouvez-vous nous donnez vos impressions sur ce Festival ?
Hi, you were at the Berlin Atonal few days ago, can you give us your impressions on the festival ?

Clairement un des événements les plus cool de la musique électronique dans un lieu fantastique. C’est plus que quelques performances lives, les installations artistiques et les projections l’élèvent à un autre niveau. C’était un plaisir de jouer avec d’autres artistes qu’on respecte énormément, comme Roly Porter.

Definitely one of the coolest events in electronic music at a fantastic location. It’s more than just a bunch of live performances, the art installations and projections take it to the next level. It was a pleasure to playing with other artists we highly respect, such as Roly Porter.


Pouvez-vous nous parler d’Aphelion ? Quelle en a été la genèse ? Est-ce un projet éphémère ou quelque chose que vous souhaitez développer par la suite ?

Can you tell us more about Aphelion? What was its genesis ? Is this a temporary project or something you want to develop in the future ?

Aphelion est le titre de notre live qui comprend de la musique extraite de nos deux premiers albums et une collaboration visuelle entre nous et Pfadfinderei. Atonal était la première mondiale de ce spectacle cependant nous souhaitons faire plus de concerts suivant ce modèle.

Aphelion is the title of our live show which incorporates music from our first and second albums and a visual collaboration between us and Pfadfinderei. Atonal was the world premier of this show however we aim to play more concerts with this setup.

En quoi était-il important pour vous de présenter un projet inédit plutôt qu’un live autour de Vicarious Memories par exemple ?
Why was it important for you to present a new project rather than live around Vicarious Memories for example ?

On a d’abord songé à faire une tournée dédiée à l’album mais nous avons décidé qu’il était préférable d’incorporer la musique de nos deux albums, de retravailler les anciens morceaux pour les jouer d’une nouvelle manière. Avec l’ajout de l’aspect visuel, nous avons pensé que cette association méritait son propre titre. Mais on ne veut pas trop philosopher là-dessus, au final c’est juste un live de These Hidden Hands.

We originally considered doing an “album tour” but decided we preferred to incorporate music from both of our albums, re-working the older material to perform it in a new way. Also with the new visual aspect, we felt the combination deserved it’s own title. But we don’t want to be too philosophical about it - at the end of the day, it’s simply These Hidden Hands playing live.

Avant de parler de Vicarious Memories justement, parlons un peu de la genèse de These Hidden Hands. Comment vous êtes vous rencontrés ? Qu’est-ce-qui vous a réunis ? Et plus important quels sont les éléments qui vous apportent cette complémentarité musicale si unique ?
Before talking about Vicarious Memories precisely, let's talk about the genesis of These Hidden Hands. How did you meet ? What attracted you ? And more important what are the elements that give you this musical complementarity so unique?

On s’est rencontré à l’université où on a commencé à écrire de la techno ensemble vers 2007. On a tous les deux grandis en écoutant de la drum’n’bass, donc ça nous faisait déjà ce point en commun, que peu d’autres de nos camarades partageaient. Même si nos goûts en matière de musique sont très similaires, ce qui nous permet de rester sur la même longueur d’onde, nos approches dans la composition peuvent être très différentes. Donc quand on associe deux façons de composer différentes, on peut obtenir un effet complémentaire.

We first met at university and started writing techno together there in around 2007. We both grew up listening to drum and bass, so this was something we had in common, which few of our other peers related to. Although we have a lot in common in terms of what we enjoy listening to, which keeps us on the same page, our actual approaches to composition can be quite different. So when you combine two different compositional approaches, you can get a complementary effect.

On compare souvent votre musique à des groupes comme Nine Inch Nails en plus électronique, ne trouvez-vous pas ça trop réducteur ? Bien qu’ayant des racines industrielles votre musique par son orchestration tire plus son origine de de l’indus allemande ou japonaise non ?
Your music is often compared to bands like Nine Inch Nails but in a more electronic way, don’t you find it too simplified ? Although industrial roots, your music, through his orchestration, seems to take his roots from the German or Japanese’s indus, isn’t it ?

Nous avons souvent entendu la comparaison avec NIN, on peut la comprendre, mais à titre personnel, nous ne considérons pas Trent Reznor comme une influence importante sur notre son, ou tout du moins, nous avons des influences beaucoup plus importantes, qui nous ont aidé à façonner notre son de façon beaucoup plus considérable. Nous avons tous les deux des goûts plutôt éclectiques en musique donc nos influences dans l’écriture sont assez larges. C’est probablement la raison pour laquelle, bien que nous écrivons tous les deux de la techno individuellement et que nous sommes souvent étiqueté comme un ensemble techno industriel, dans notre musique, on peut tout aussi bien entendre des influences issues du métal alternatif, de la musique classique indienne, de la synthpop, de la drum’n’bass, du trip hop, du rock psychédélique ou de la musique minimale par exemple.

We’ve heard the NIN comparison quite a few times and can appreciate that but we personally don’t consider Trent Reznor a substantial influence on our sound, or at least there are way more important influences to us which have help shape our sound to a considerably larger degree. We both have a fairly eclectic taste in music and so our influences whilst writing music are equally broad. This is probably the reason why, despite both writing techno individually and often being labeled as an industrial techno outfit, in our music you can also hear just as much influence from alternative metal, indian classical music, synthpop, drum and bass, trip hop, psychedelic rock or minimalism for example.

Vicarious Memories est un album d’un registre totalement inédit, à la fois addictif et oppressant. Dans quel conditions l’avez-vous enregistrez ?
Vicarious Memories is an album with a completely new mood, both addictive and oppressive. In which circumstances did you record it?

L’album a été enregistré sur une période assez longue donc il n’y a pas eu l’influence continue d’une humeur ou d’une circonstance particulière. Certains morceaux sont même antérieurs au premier album. Par exemple, nous avions commencé “The Telepath” en 2009 puis le morceau avait été laissé de côté jusqu’à ce que nous décidions de le reprendre et de le terminer en ajoutant des voix au début de cette année. La moitié des morceaux existaient sous forme d’ébauches depuis plusieurs années (Glasir, Dendera Light, Liima 3AM) et d’autres ont été commencés plus récemment (Angkor, Sokotra, Hoh Xil).

The album was recorded over quite a large time span so there was no continuous influence from a particular mood or circumstance. Some songs existed even before the first album. For example “The Telepath” was started in 2009 and then shelved until we decided to rework it and finished it with vocals at the start of this year. Half of the songs started as sketches a few years ago (Glasir, Dendera Light, Liima 3AM) and some we started more recently (Angkor, Sokotra, Hoh Xil).

Vous apportez un grand soin aux textures, aux nappes, les beats étant parfois subsidiaires. Pour vous la musique c’est avant tout une question d’ambiance ?
Textures and layers are keys in your music, the beats are sometimes subsidiary. Music is, above all, question of atmosphere for you, isn’t it?

Ça dépend de comment vous le regardez. Comme nous avons tous les deux une éducation drum’n’bass, les fondations structurelles de nos morceaux sont généralement la batterie suivie par les lignes de basse, du moins d’un point de vue technique pour le mixage, et bien sûr, qui ne s’applique que pour les morceaux comprenant de la batterie. Mais l’écrasante majorité du temps que nous passons en studio est passée sur les détails mélodiques et les textures posées sur ces fondations. L’aspect drum’n’bass vient généralement très tôt dans le processus de composition et sert de cadre au sein duquel nous pouvons construire les composants mélodiques qui définissent réellement le morceau.

It depends from which perspective you look at it from. Both having drum and bass upbringings, the structural foundations of our Songs are actually normally the drums followed by the basslines, at least from a technical mix of view, obviously applying only to those songs which feature drums. But the overwhelmingly large majority of our time in the studio is spent on the melodic details and textures above those foundations. The drums and bass usually come very early on in the compositional process and act as a frame in which can built the melodic components which really define the song.

Les vocals ont une grande importance sur The telepath et Lima 3AM, pouvez-vous nous parlez du choix de vos collaborateurs ?
The vocals are very important on The telepath and Lima 3AM, can you tell us more about the choice of your collaborators ?

Ce sont tous les deux des artistes qui vivent à Berlin. On connaît Julia depuis un bon moment, c’est une superbe multi-instrumentaliste, une sorte de chanteuse folk expérimentale sous le nom de son projet Entertainment For The Braindead et produit une musique géniale avec ses “postcard series” sur sa page Bancamp et dont le prix minimal est fixé à 0, id est en téléchargement libre.

Ale Hop est une amie d’ami, on était spécifiquement à la recherche d’une voix féminine sud-américaine pour un idée que nous avions et l’interprétation qu’elle a trouvée était exactement ce dont nous avions besoin pour le morceau. C’est aussi une artiste solo et l’année dernière, elle a sorti un album solo dont le titre est Pangea.

They are both artists who live in Berlin. We’ve known Julia for quite some time - she is a superb multi instrumentalist, a sort of experimental folk singer under her project name Entertainment For The Braindead and has a lot of fantastic music in the form of her “postcard series” on her Bandcamp page which she has set to zero minimum price IE free download.

Ale Hop is a friend of a friend - we were searching specifically for a south american woman’s voice for the idea we had in mind and the performance she came up with was absolutely exactly what we needed for the track. She is also a solo artist and has an experimental album called Pangea which she released last year.

Hidden Hundred vous sert actuellement à sortir vos propres disques, pensez-vous un jour promouvoir d’autres artistes via votre label ?
With Hidden Hundred you currently edit your own releases, will you ever promote other artists through your label ?

Bien qu’il y ait beaucoup d’artistes avec lesquels nous aimerions travailler ou dont nous voudrions sortir la musique, nous avons conçu Hidden Hundred exclusivement comme un moyen de sortir notre propre musique. Étant tous les deux occupés avec These Hidden Hands, nos projets solos et nos autres obligations, s’occuper de Hidden Hundred est déjà un défi et une charge de travail suffisante sans ajouter d’autres artistes à notre catalogue. Donc, au moins pour le moment, c’est impossible.

Although there are lots of artists we would like to work with or release music from, we set up Hidden Hundred purely as a means to release our own music. Both being busy with These Hidden Hands, our solo projects and other obligations, running Hidden Hundred is already a large enough challenge and workload without adding more artists to the roster. So at least for now, it is not possible.

Tracklist

These Hidden Hands - Vicarious Memories (Hidden Hundred / 2016)

01. Glasir
02. Dendera Light
03. The Telepath feat. Julia Kotowski
04. SZ31X71
05. Grelles Licht
06. Angkor
07. Socotra
08. Lima 3AM feat. Ale Hop
09. Litla Dimun
10. Hoh Xil


Focus Berlin Atonal: Interview Silent Servant

De tous les artistes que l’on aura tenté d’interviewer, Silent Servant nous paraissait certainement le plus inaccessible. L’artiste angeleno ayant la réputation de se montrer discret et rare en interview, on ne voyait pas bien comment approcher le musicien célèbre pour son univers âpre et sa culture indus et post-punk. A notre grand étonnement la demande sera inverse, l’homme présent au festival Berlin Atonal pour un ultime showcase dédié au feu label Jealous God en profite pour se confier. Une page qui se tourne ! Et Juan Mendez est bien décidé de nous expliquer le pourquoi du comment… Enfin tout en gardant une part de mystère !

Salut, Juan ! À la base, Jealous God est un projet que tu as monté avec Karl O’Connor et James Ruskin, mais finalement tu sembles être le seul aux commandes, pourquoi ?
Hi, Juan! Initially, Jealous God is a project that you have created with Karl O'Connor and James Ruskin, but in fact you seem to be the only one in control, why ?

Les choses se sont montées de cette façon. James et Karl étaient tout deux occupés avec leurs labels respectifs ( James / Blueprint ) et ( Karl / Downwards ) donc j’ai pris en main les opérations et adapté au fur et à mesure.

Things just worked out way. Both James and Karl are busy with Their respective labels (James / Blueprint) and (Karl / Downwards) so I just took over operations and update things as they happen.

Quelle était l’idée derrière ce label ? Il y avait un concept musical, mais aussi esthétique n’est-ce pas ?
What was the idea behind this label ? It was a musical concept, and also aesthetics, is’nt it?

À la base, l'idée c'était la couleur. Progresser du noir vers le blanc. Puis le concept a commencé à tourner autour d'une expérience relative. Laisser les gens raconter leur expérience créative à travers leur support préféré.

Basically the idea was color. Move forward from black and white. Conceptually it has become about relative experience. Letting people narrate their creative experience in their desired medium.

D’où vient ce nom ? Jealous God !
Where does this name come from ? Jealous God !

Demande à Karl O’Connor ;)

Ask Karl O'Connor ;)

Comment choisis-tu les artistes avec qui tu souhaites travailler ?
How do you choose the artists you want to work with ?

À la base, tous les intervenants m'ont inspiré de différentes façons : film, vidéo, musique et photographie. Pour l’essentiel, je veux juste transmettre ce genre d’expérience visuelle ou auditive à un large public ou à un public différent. Je me sens très honoré que les artistes impliqués m’aient permis de présenter leur travail.

Basically everyone involved has inspired me in different ways: film, video, music and photography. I basically just want to pass the visual or auditory experience to a larger audience or different audience. I feel very honored that the artists involved have all allowed me to showcase their work.

Pourquoi chaque sortie est accompagnée d’un CD mixé par un autre artiste, n’aurait-il pas été plus intéressant que chaque producteur continue de présenter son univers par un mix qui lui est propre ? En quoi était-ce plus important d’apporter une vision extérieure ?
Why a CD mixed by another artist is joined to each output, don’t you think that it would have been more interesting that each producer continues to present his world by a mix of its own ? Why was it important to provide an external view ?

Au départ, je voulais juste montrer que ces choses peuvent provenir d'endroits très divers. Je m'inspire constamment de personnes et de choses différentes donc, dans mon esprit, ces mixes donnaient un point de vue plus large. Je voulais que les choses paraissent variées et un peu aléatoires, pas destinées à un regard singulier.

Initially I just wanted to show that these things can come from a very diverse place. I am constantly inspired by different people and different things so these mixes just gave a wider point of view in my mind. I wanted things to feel diverse and a bit random they were not always intended to have singular view.

C’est maintenant officiel, Jealous God c’est fini. Pourquoi ce choix ?
It is now official, Jealous God is over. Why ?

Personnellement, il est temps d’avancer. Je me suis senti super chanceux d’avoir été en mesure de faire ce qu’on a accompli. C’est une petite empreinte dans l’univers mais heureusement on laisse quand même une marque bien visible. La musique peut faire beaucoup de choses, mais ce sont ces choses qui ont compté pour moi. Lorsque les derniers enregistrements sortiront, le label aura terminé sont travail je pense.

Personally it is time move on. I felt super fortunate that we have been able to do what we are doing. It is very small in grand scheme of things but hopefully we leave a visual point of view. Music can do many things but these are the things that have mattered to me. When the remaining records come out the label will have done it's job in my opinion.

Tu es assez rare en interview, pourtant, on dirait qu’il était important pour toi d’expliquer pourquoi tu mettais fin à Jealous God. Pourquoi?
You are quite rare on interview, yet it seems that it was important for you to explain why you put an end to Jealous God. Why?

Ce n’était pas vraiment mon intention, c’est ce que les gens choisissent de raconter.

That was not really the intention it’s just what people chose to talk about.

Tu seras dans quelques jours au Festival Berlin Atonal pour un dernier showcase qui marquera définitivement la fin de Jealous God. Comment s’est mis en place cet évènement ? Que représente pour toi le Berlin Atonal ?
You will be in Berlin Atonal Festival in a few days for a final showcase that will definitively mark the end of Jealous God. How will this event  be set up ? What means the Berlin Atonal for you ?

Le showcase était quelque chose que je voulais faire d’une certaine façon et Atonal nous a permis de le faire. L'installation dans son ensemble sert pour l'essentiel à faire l'expérience du label en temps réel, des visuels aux artistes, pour le meilleur ou pour le pire. Pour moi, Atonal est une manière de montrer une sorte de progrès. Ces choses sont toutes relatives, mais nous espérons que les gens les aimeront et de là nous pourrons passer à l’étape suivante.

The showcase was something I wanted to do a certain way and Atonal allowed us to do it. The whole set up is basically to experience the label in real time from the visuals to the artists, for better or worse. Atonal for me is about showing some kind of progress. These things are all relative but hopefully people can enjoy them and we can move on to the next step from here.

La fin de Jealous God, c’est un peu la fin d’une époque j’imagine, un peu comme ça le fut avec Sandwell District, non ? Quels rapports entretiens-tu avec tes anciens camarades Peter Sutton et David Sumner ? Vous reverra-t-on un jour collaborer de nouveau ?
The end of Jealous God, it's a bit the end of an era I guess, a bit like with Sandwell District, right ? What connections do you still have with your old friends Peter Sutton and David Sumner ? Will we ever see you work together again ?

Le temps passe et je garde avec moi le meilleur de ces expériences. On travaille tous sur quelque chose de mieux pour nous-mêmes, et peut-être que dans quelques temps nous retravaillerons ensemble, mais pour le moment nous laissons simplement les choses en l'état.

Things pass and I have taken the best of these experiences with everyone to heart. Everyone is working towards something better for themselves and maybe in time we will come back together but for the time being we just leave laying dogs as they are.

On te sait grand fan de coldwave, de post-punk, de musique industrielle… Musique que tu as remise au goût du jour au sein de Tropic of Cancer ou aux côtés de Karl O’Connor dans le reboot de Sandra Electronics… En dehors de tes activités de producteur et DJ techno, n’as-tu jamais eu envie de revenir aux origines de ces musiques, en créant ton propre groupe par exemple ?
We know you’re a big fan of coldwave, post-punk, industrial music... Music that you put back on trends in Tropic of Cancer or alongside Karl O'Connor in the reboot of Electronics Sandra... Apart of your activities of producers and techno DJ, have you ever wanted to return to the origins of this music by creating your own group, for example.

Tous ces genres ont façonné ce que je fais, mais vous devez aller de l’avant et laisser les choses se développer naturellement. Je suis un DJ, à la fin de la journée, je me rends compte que c’est là où je me sens le plus à l'aise.

All of those things have shaped what I do but you have to move on and let things develop as they may. I am a DJ at the end of the day I am realizing that is where I feel most comfortable.

Quels sont tes projets futurs, pour les mois à venir ?
What are your future projects for the upcoming months?

C'est ce que j'essaie de savoir à l'heure actuelle.

That’s what I’m trying to figure out at the moment.

Vidéo

Silent Servant 60 min Boiler Room Berlin DJ Set


FOCUS BERLIN ATONAL : PRÉSENTATION FESTIVAL + CONCOURS

On vous en parle depuis un petit moment et c’est peu de le dire qu’on est impatient. Dans quelques jours s’ouvrira la nouvelle édition du cultisme Berlin Atonal. Pour revenir aux origines de ce festival mythique, il faut faire un petit voyage dans le temps et revenir en 1982. A l’époque  un certain Dimitri Hegemann eu l’idée de faire côtoyer musique avant-gardiste et performances visuels en investissant  le SO36, petit club implanté en plein Kreuzberg, Berlin Atonal était né. Avec un certain succès le festival vit délier des pointures tel que Die Haut, Einstürzende Neubauten ou encore Test Dept. Mais après la chute du mur, Dimitri plus tourné vers l’émergence de la culture techno poursuivi ses nouvelles ambitions en investissant l’imposant bloc industriel ancré dans le quartier de Mitte, le Kraftwerk, et d’y installer son propre club : le Tresor. Il faudra attendre 2013 pour que Berlin Atonal renaisse de ses cendres à l’initiative de trois aventuriers (Laurens von Oswald, Harry Glass et Paulo Reachi) en manque de sensations et bien décidé à faire les choses en grand. Le temps leur aura donné raison car en à peine trois ans, cette nouvelle mouture du Festival est devenu un incontournable d’une certaine forme de contre-culture. Et cette année ne sera pas en reste puisque s’y produiront dans des configurations totalement inédites des artistes imparables tel que Death In Vegas, Russell Haswell, JK Flesh + ORPHX, Silent Servant + Phase Fatale, Roly Porter, Raime, Mika Vainio, Steve Reich… et d’autres artistes plus confidentiels mais néanmoins tout aussi talentueux tels que PITA, 51717, Nuel, Second Woman, Dot Product… On pourrait vous parler de line-up magique pendant des heures mais, on préfère laisser la main aux programmateurs, après c’est encore les plus à même de présenter leur événement.

Hello, votre festival fait carton plein ! Comment cous êtes-vous rencontrés et avez eu l’idée de relancer le festival Atonal ?
Hello! Your festival is absolutely nailing it. How did you guys meet and how did the idea of relaunching the festival come about ?

Nos routes se sont croisées autour de Dimitri Hegemann qui a organisé les premières éditions de Berlin Atonal entre 1982 et 1990. Dimitri nous a montré l'espace Kraftwerk en 2012, dont la rénovation vient d'être achevée, et nous avons eu l'idée de réintroduire Berlin Atonal.

Our paths crossed around Dimitri Hegemann, who organized the early editions of Berlin Atonal between 1982 and 1990. Dimitri showed us the Kraftwerk space in 2012 which he had recently finished to renovate and we came up with the idea to reintroduce Berlin Atonal.

Que représente pour vous cette nouvelle mouture d’Atonal? Comment expliquez-vous son succès face à ses concurrents européens ?
What does this relived Atonal represent for you and how can you explain its success against its European competitors ?

Nous prenons au sérieux notre rôle de facilitateur de nouvelles expériences et de nouveaux projets, à commencer par ceux en lien avec les espaces caractéristiques où évolue le festival. On s'efforce de briser les “cycles de booking” conventionnels généralement guidés par les dernières modes et ont tendance à recycler les mêmes concepts musicaux dans des villes différentes.

We take seriously our role as facilitators of new experiments and projects, particularly ones connected with the specific spaces in which the festival takes place. We try hard to break the normal ‘booking cycles’ that are usually dictated by the latest fashions and tend to recycle the same musical ideas in different cities.


Vous n’êtes pas tous de Berlin je crois, qu’est-ce qui vous plaît tant dans cette ville ? Berlin est devenu l'un des berceaux culturels de l’Europe au début des années 90 avec un nouveau pic d’engouement pour la culture techno depuis la fin des années 2000, mais avec le tourisme de masse ne trouvez-vous pas que le clubbing berlinois ait perdu un peu de son charme ?

I take it that you are not all from Berlin. What do you enjoy so much in this city that it keeps you there ? Berlin became one of Europe’s cultural cradles in the early '90s, with a surge for techno music since the end of the '00s – doesn’t mass tourism affect the charm of the Berlin scene ?

Berlin tire parti de la richesse culturelle offerte par n'importe quelle grande métropole, et reste fidèle à ses valeurs premières – donc sans perdre sa saveur. On peut faire une observation similaire à l'échelle de la scène musicale. Les oreilles plus curieuses se rassemblent autour de la scène, ce qui impacte la qualité de la recherche musicale présentée de manière exponentielle. La qualité de la vie et de la création reste la force et l'intention.

Berlin benefits from the cultural richness offered by any large metropolitan city, and still stays true to its essential values - that is, without losing its flavour. A similar observation is valid at the level of the music scene. More curious ears gather around the stage, which drives the quality of the musical research presented in an exponential manner. The quality of living and of the creation remain the force and intention.

En quoi le choix de vous implanter au Kraftwerk était-il important ?
How important was your choice to set your seed in the Kraftwerk ?

L'espace et le concept sont apparus ensemble dès le départ, chacun pointant vers l'autre et le justifiant. Le festival lui-même est plus qu'un simple espace, mais son lien avec une version plus abstraite du concept d'un « espace » est un facteur absolument déterminant.

The space and the concept came together originally, each one pointing to and justifying the other. Now the festival itself is more than just the space, but its connection to the concept of ‘space’ in a more abstract manner, is an absolutely defining factor.

berlin-atonal-2015-©-camille-blake-51-1000x768

Vous accordez une grande place aux visuels, ce qui est de plus en plus rare en club depuis quelques années, en quoi était-ce important ? La configuration particulière du bâtiment ne vous pose pas trop de contraintes ou est-ce pour vous au contraire un vrai terrain de jeu ?
You allow great importance to the visual world in your festival. How did this decision come about. Is the unusual configuration of the building something to work around, or rather an entire pleasure to play with?

Nous sommes convaincus que l'une des directions à suivre avec intérêt dans la musique se trouve à l'intersection entre la musique, la vision et l'espace – surtout pour la musique censée se vivre en live, dans un espace partagé avec d'autres personnes. Certaines de nos meilleures expériences ont fait intervenir le visuel ou d'autres aspects spatiaux.

We think strongly that one of the interesting directions in music to follow is the intersection between music and vision and space - particularly for music that is meant to be experienced live, in a shared space with other people. Some of our best musical experiences have also involved visual or other spatial aspects.

Vous offrez chaque année avec Atonal des projets musicaux complètement fou et totalement inédits. Comment s’organisent ces collaborations, à votre initiative où à celle des artistes ?

With Atonal, you offer each and every year crazy musical projects, that are in most part entirely exclusive or premiered during the festival. How do these projects come about ? Are they under your initiative, or that of the artists ?

Généralement, les projets sont le résultat d'une conversation ou d'un échange entre nous et les artistes. Parfois, on a une idée et on essaie de trouver quelqu'un pour la réaliser, parfois des artistes viennent à nous pour des idées et on collabore à trouver une façon de les développer ou les réaliser. Développer de nouvelles créations sur une période de temps plus importante est d'ordinaire plus gratifiant et a souvent pour conséquence finale des travaux mieux réussis.

Usually the projects come as a result of a conversation, or a back-and-forth between us and the artists. Sometimes we have an idea and try to find someone to realise it, sometimes artists come to us for ideas and we collaboratively come up with a way to develop or realise them. Developing new works over a longer period of time is usually so much more rewarding and tends to result in more successful works in the end.

Chaque année la programmation prend une tournure un peu plus élitiste, avec un goût prononcé pour l’expé, le post-indus et une Techno rêche avec la mise en avant de très gros artistes au côtés d’autres plus confidentiels. Comment se pose pour vous le choix des artistes de part vos influences musicales ?
Year after year, the program takes an ever more elitist turn, with a pronounced taste for experimental, post-industrial and raw forms of techno, putting forward famous talents next to more confidential ones. How do you lay down the choice of artists ?

On constate une certaine continuité dans les actions qu'on programme, de Steve Reich à JK Flesh en passant, d'Alessandro Cortini à Imaginary Softwoods. La ressemblance familiale tient à ce que tous ces artistes prennent au sérieux l'idée que la musique a une forme qu'on peut expérimenter et améliorer d'une certaine façon. Je pense qu'ils partagent aussi la croyance qu'il ne suffit pas pour la musique d'être choquant ou sujet à controverses, ou pour l'artiste de privilégier la compréhension de la musique sur la musique elle-même, c'est plutôt la musique qui a la responsabilité de se confronter à ses propres traditions et d'y répondre d'une façon à chaque fois plus novatrice et intéressante.

We see a certain continuity in the acts we programme, from Steve Reich to JK Flesh to Alessandro Cortini to Imaginary Softwoods. The familial resemblance in that all these artists take seriously the idea that music has a form that can be experimented with and advanced in a certain way. I think they also share a belief that it's not enough for music to just be shocking or controversial, or for the artist to be more important to understanding the music than the music itself, rather that music has a responsibility to confront its own tradition and respond to it in an interesting, new way each time.

pro atonalEncore une fois cette année le planning est des plus alléchants, mais si vous ne deviez voir qu’un seul et unique show, lequel ne rateriez-vous sous aucun prétexte, et pourquoi ?
This year again, the program is more appetizing than ever, but if you had to choose only one show, which one wouldn’t you miss under any circumstance, and why ?

Nous sommes très fiers de pouvoir développer et accueillir l'avant-première du nouveau spectacle de Death in Vegas, spécialement monté. Il combine une nouvelle matière expérimentale qui résonne à travers les paysages sonores de la techno viscérale et des drones dissonants et perturbants. Le concept visuel a été développé en lien avec notre propre directeur visuel.

We are very proud to be able to develop and host the premiere of the specially conceived new Death in Vegas show. It combines new experimental material, resonating across the soundscapes of visceral techno and unsettling, discordant drones, and the visual concept has been developed in connection with our own lighting and visual director.

Concours

Et comme on est sympa et qu’on pense à nos lecteurs trainant du côté du Berlin où à ceux qui souhaiteraient finir leurs vacances en beauté, on vous offre 2 pass pour le festival à gagner. Pour remporter le précieux sésame, il vous suffit de nous écrire une jolie lettre d’amour à hartzine.concours@gmail.com sans oublier d’y noter votre nom, prénom et adresse e-mail ou de remplir le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort dimanche 21 et informés le lendemain.

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Focus Berlin Atonal: interview JK FLesh

On conclut avec ce dernier entretien nos rencontres artistiques avec les artisans musicaux qui illumineront cette édition 2016 du Festival Berlin Atonal avant de rentrer dans le dur de la programmation. Et franchement pour cette dernière on ne s'est pas foutu de vous. C’est au tour de JK Flesh de répondre à nos questions. Et pour ceux qui ne connaîtraient pas le bonhomme, il suffit de savoir que derrière cet obscur pseudonyme se dissimule en fait l’immense (autant par la taille que le talent) Justin K. Broadrick, tête pensante de Godflesh, Jesu, Techno Animal, The Blood of Heroes et j’en passe. L’occasion de faire un bilan de carrière et de s’épancher sur son passé, son présent et son futur.

Tes débuts musicaux remontent au milieu des années 80, pas trop dur de se dire qu’à tout juste 46 ans tu es déjà un vétéran de la musique ?
Your musical beginnings date back to the mid-80s, at 46 years old do you feel like a veteran of the music ? 

Je pense en réalité que je débute toujours, que je suis toujours en apprentissage, comme si ces années n’avaient été que des mois!

I actually feel like i am still beginning, and still learning, these years feel like months!

Tu as joué à peu près tous les styles de musique et tu fais parti des précurseurs des mouvements metal-indus, grindcore ou encore abstract hip-hop… D’où te vient ce besoin de constamment te renouveler ?
You played almost all styles of music and you are part of the precursors of metal-indus movements, grindcore or abstract hip-hop ... Why do you constantly need to reinvent yourself ? 

Je ne prévois jamais l'invention, je ne la force pas. Je pense que je me lasse rapidement, souvent alors que je me suis totalement immergé dans un son singulier / un concept / un projet particulier, j'ai ensuite envie de créer le total opposé. C’est un processus entièrement naturel, rempli d'accidents créatifs. Mon unique réel besoin est de d'exprimer ma créativité de façon permanente.

I never pre-conceive invention, it's never forced. If anything I get bored of things quickly, and once I submerge myself in a singular sound / concept / project, and the task at hand has been achieved, I often feel like then creating the opposite. This is a entirely natural process, full of creative accidents. If I need anything then it's to express myself creatively, consistently.

Depuis peu JK Flesh est devenu ton projet principal, et bien que son acte de naissance officiel date de 2012 avec la sortie de Posthuman, on retrouve ses racines dans certains de tes projets beaucoup plus anciens comme Final par exemple… Penses-tu être arrivé à un certain aboutissement avec JK Flesh ou bien est-ce le début d’un renouveau?
Recently JK Flesh became your main project, and meanwhile his official birth date of 2012 with the release of Posthuman some of his roots can be find in some of your older projects such as Final for example ... Do you see JK Flesh as a sort of outcome or is it the beginning of a revival? 

C’est un projet qui a toujours été présent, depuis le tout début des années quatre-vingt dix, si ce n’est depuis les années quatre-vingt ! A vrai dire il l’est depuis que j’ai posé les mains sur des machines et que j’ai su construire du son.
Comme je l'ai récemment écrit dans une autre interview, j'ai essentiellement commencé à produire de l’electronica en solo y intégrant différentes influences de la musique électronique basée sur le beat (techno, hip-hop, drum'n'bass, etc.) à partir du début des 90’s. Voire des 80’s.
Presque tout a été intégré à des projets collectifs, mais certains sons sont restés en attentes dans un coin tandis que j'ai mettais mon énergie dans ces productions collectives.
J'ai estimé à la fin des années 2000 que je souhaitais poursuivre en solo et le pseudonyme de JK Flesh s’est affirmé tout naturellement car c’était mon pseudonyme dans les projets que j’ai partagés avec Kevin Martin – Techno Animal, The Sidewinder, etc. C’est simple pour moi, d’explorer le côté plus heavy de ce que j'aime de la techno, grime/garage, drum'n'bass, etc.

It's in constant motion, and has been since the very early nineties, if not even the eighties! Once I got my hands on electronic equipment and could build beats.
I recently wrote this in another interview: I essentially began producing solo electronica that embodied all corner of beat oriented electronic music (be it techno, hip-hop, drum’n’bass, etc.) in the early 90’s. If not even the 80’s.
But nearly everything usually got absorbed into collaborative projects, but some didn’t, and often this material just sat gathering dust whilst I constantly put my energies into collaborative projects.
I felt in the late 2000’s that I finally wished to pursue this solo, and the JK Flesh pseudonym seemed most fitting since this was my pseudonym in the projects Kevin Martin and I shared – Techno Animal, The Sidewinder, etc. It feels free, basically for me to explore the heavier side of what I love about techno, grime/garage, drum’n’bass, etc.

Avec JK Flesh, tu dévoiles une musique industrielle sous influence techno plutôt que l’inverse, ce qui donne à ta musique une direction très différente de ce que l’on a pu entendre jusqu’à maintenant. Est-ce une manière détournée de revenir à tes origines musicales ou cherches-tu à pousser la musique industrielle à un autre niveau ?
With JK Flesh you unveiled the industrial music with a techno influence rather than the reverse, that gives your music a very different touch than what we heard so far.
Is this a roundabout way back to your musical background or are you trying to push industrial music to another level? 

Depuis que j'ai découvert les débuts d’une techno la plus primitive, j'ai constaté qu'il y avait une relation directe avec la musique industrielle, spécifiquement le côté rythmique de l’industriel, qui une fois découverte était toujours quelque chose que je ressentais le besoin d'explorer, ceci se manifesta aussi quelque peu dans Godflesh, mais était aussi présent dans Techno Animal, et maintenant JK Flesh. La musique industrielle et le punk étaient les premières musiques qui m'ont touché comme un enfant, elles m’ont frappé d'une façon très pure, donc toutes mes créations musicales sont en fin de compte éclairées par ces genres, tant esthétiquement que musicalement. Ces styles ont aussi reflété l'environnement  dans lequel j'ai été élevé - les quartiers de logements sociaux très peuplés de Birmingham au Royaume-Uni.

Ever since I discovered the most primitive early techno, I found it had a direct relationship with industrial music, specifically the rhythmic  side of industrial, which upon discovery was always something I'd felt the need to explore, this also somewhat manifests itself in Godflesh, but was also prominent in techno-animal and now JK Flesh. Industrial music and punk were the first musics that touched me as a kid, they hit me in a very pure fashion, so all my musical creations are ultimately informed by these areas, both aesthetically and musically. these areas also reflected the environment I was raised in - the densely populated council estates of Birmingham, UK. 

En 2013 tu as enregistré Worship is the Cleansing of Imagination, split EP avec Dominick Fernow aka Prurient. Comment c’est organisée cette collaboration ? Vous cultivez des univers très proches, n’est-ce-pas ?
In 2013 you recorded Worship is the Cleansing of Imagination, split EP with Dominick Fernow aka Prurient. How this collaboration is born ? You grow very close universe, right ? 

Nous avons beaucoup dans commun et avons unprofond respect pour nos travaux respectifs. C’est un artiste extrêmement intelligent et talentueux et en tant qu’être humain, une inspiration constante et un ami très proche.

We have a lot in common, and have a deep respect for each others work. He is an extremely intelligent and gifted artist, and human being, a constant inspiration and a very close friend.

Cette année, tu as eu une double activité avec la réédition de Nothing is Free sur Downwards et la sortie de ton album Rise Above sur Electric Deluxe. Si l’on est pas surpris de te retrouver sur le label de Karl O’Connor, on l’est plus de te retrouver sur celui de Speedy J. Comment se sont réalisés ces deux projets ?
This year, you had a dual activity with the re-edition of Nothing is Free on Downwards and output of your album Rise Above on Electric Deluxe. If we are not surprised to find you on Karl O'Connor’s label, it is more unexpected to see you on the one of Speedy J. How do you manage those different projects ?

Speedy J a entendu du projet JK Flesh via un remix que j'ai fait pour AnD sur Electric Deluxe, il a aimé le remix et a demandé si j'avais des matériaux semblables pour la sortie possible sur label, je lui ai envoyé 8 morceaux et il a voulu les compiler tous comme un LP (2 x 12") d'où la sortie de Rise Above. J'enregistre constamment sous JK FLESH donc je suis toujours heureux de sortir autant de disques que possible! En parlant de Dominick Fernow, il a sorti  une double cassette  extrêmement limitée, Suicide Estate by JK Flesh l'année dernière sur son label Hospital Productions, que je sortirai sous forme digitale très bientôt.

Speedy J heard the JK Flesh project via a remix i did for AnD on Electric Deluxe, he loved the remix and asked if I had any similar material for possible release on his label, i sent him 8 tracks and he wished to release them all as an LP (2 x 12")hence the Rise Above release. I'm constantly recording as JK Flesh so I'm always happy to release as much as possible! Speaking of Dominick Fernow, he  released on his Hospital Productions label an extremely limited 2 x cassette Suicide Estate by JK Flesh last year, which I will release digitally very soon.

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On te verra bientôt sur la scène du Festival Atonal à Berlin aux côtés d’ORPHX. Comment s’est organisée cette rencontre avec le duo canadien ? A quoi ressemblera ce projet ?
We'll soon see you on the stage of the Atonal Festival in Berlin with Orphx. How do you meet he Canadian duo ? What will this project look like?

Nous devons remercier Harry d’Atonal pour cette suggestion étonnante de collaboration et en tant qu’admirateurs de nos travaux respectifs, tant ORPHX que moi ne pouvions être plus ravi de cette occasion! Quelque part, j’avais manqué ORPHX, mais toujours entendu parler d’eux avec estime, puis je les ai entendu par coïncidence pour la première fois cette année et j’avais aimé immédiatement leur travail Outre l'inattendu ;) Attendez-vous à une véritable rencontre de nos concepts sonores. Nous serons également accompagnés par un artiste visuel, Thorsten Fleisch, qui fournira des visuels en live.

We must thank Harry @ Atonal for this amazing suggestion that we collaborate, and as admirers of each others works, both ORPHX and I could not be more thrilled for this opportunity! Somehow I had missed out on ORPHX, but always heard them referenced in reverence, then coincidentally heard them for the first time this year, and loved their work immediately! Besides the unexpected ;). We will also be joined by an visual artist, Thorten Fleisch, who will supply live visuals.

Changeons de sujet. Ta musique est depuis toujours un condensé de hargne et de violence, on t’a d’ailleurs souvent vu martyriser tes instruments sur scène jusqu’à la rupture et pourtant j’ai découvert que tu écoutais pas mal d’ambient et de musique expé plutôt calme voir onirique. Qu’est-ce qui t’intéresse dans ce type de musique ?
Let's talk about something else. Your music has always been a mix of spite and violence, you have often been torturing your instruments onstage to rupture and yet I discovered that you were rather listening to a lot of ambient music and expe, quiet dreamlike and peacefull. What do you find intesrtering in that kind of music? 

Je suis une personne très énergique mais calme- mais, comme beaucoup je ressens beaucoup de frustrations – la musique intense est un moyen de canalisation, mais jamais exorciser, l'intensité physique et mentale, soulager la tension. Ma façon de gérer cette variété d'émotions négatives est de les canaliser de façon créative et je me sens chanceux d'avoir cette échappatoire.
MAIS, j'adore toutes les couleurs de la musique, et peut-être que la musique ambient est le reflet le plus immédiat l ma personnalité, un son pur.

I am an extremely energised yet peaceful person - but, like many feel many frustrations - intense music is a way of channeling, but never exorcising, physical and mental intensity, relieving the tension. My way of dealing with a variety of negative emotions is to channel them creatively and i feel fortunate to have this outlet.
BUT, i adore all colours of music, and maybe more immediately reflective of my personality is ambient music, pure sound.

Pour beaucoup tu resteras l’homme derrière Streetcleaner avec Godflesh et Brotherhood of the Bomb avec Techno Animal. Est-ce définitivement derrière toi ou verra-t-on peut-être un jour ces projets renaître de leurs cendres ?
For many you will stay the man behind Streetcleaner Godflesh and Brotherhood of the Bomb with Techno Animal. Is this definitely behind you or those projetcts will one day be reborn from ashes?

Eh bien Godflesh continue encore pour quelques années avec un nouvel album et EP, Techno Animal n’existera plus jamais bien que Kevin Martin et moi-même collaborions toujours - je suis à présent sur certains enregistrements de The Bug, et je dois faire les voix sur deux chansons du nouvel album de Earth vs The Bug. L'avenir devrait apporter un nouveau projet de collaboration.

Well Godflesh has existed again for a few years now with a new album and EP, Techno Animal will never exist again althogh Kevin Martin and I still collaborate - I'm to be found on some records by The Bug, and I have vocals on two songs on the new album from Earth vs The Bug. The future should bring a new collaborative project.

Audio

JK Flesh - Nothing Is Free


Focus Berlin Atonal: interview Russell Haswell

On continue notre présentation du Berlin Atonal avec cet entretien phare de l’un de pilier de la scène noise actuelle, l’artiste anglais Russell Haswell. Parler de musique serait réducteur face à l’œuvre de ce génie touche-à-tout, à la fois multi-instrumentiste, concepteur visuel, sculpteur sonore… Pilier du label Mego et contributeur régulier chez Diagonal, étrange boîte à tubes techno-expé fondé par le jeune Powell. Il nous tardait de d’en savoir plus sur ce qui motivait cet écorché vif des arts extrêmes.

Aussi loin que tu te souviennes, d’où te vient ton appétence pour les arts visuels et la musique ?
As far as you remember, where did you get your appetite for visual arts and music?

Principalement grâce à la télé, aux films des années 70 et à la bibliothèque municipale où je pouvais emprunter des trucs. C’est ce qui m’a fait découvrir pas mal de livres, de vinyles et m’a fait comprendre la différence entre des compositeurs, des artistes, différents genres musicaux… Au milieu des années 80, j’ai visité la Coventry School of Art Library, avec son incroyable collection, surtout la partie qui concerne les Arts Conceptuels et les Nouveaux Médias.

Television and films in the 70s, and also the public lending library. That's where I became fascinated with books and vinyl records and gained an understanding of the difference between composers and artists and different musical genres. In the mid 80s I would visit the Coventry School of Art Library, which had an amazing collection, and there it obviously leaned towards Conceptual Art and New Media.

Tu es très proche des principaux acteurs du label Mego, comment vous êtes vous retrouvés à travailler ensemble ?
You are very close to the main actors of the Mego label, how did you ended up working together?

J’ai rencontré Peter Rehberg au début des années 90 à Vienne, juste avant ou au tout début du label avec Ramon Bauer et Andi Pieper. En quelques visites successives à Vienne, j’ai par la suite rencontré les premiers artistes qui collaboraient avec Mego : Farmers Manual, General Magic, Fuck Head, Elin, PURE… Dès le début, Peter m’a proposé d’enregistrer quelque chose, de faire un disque avec eux ! J’ai vite participé à quelques évènements et tournées avec Mego. Mon premier album solo m’a pris quelques années à faire, c’était en fait une compilation de prestations live captées lors de concerts organisés par Mego, ou carrément ailleurs, comme dans des squats, des vernissages de musée...

I met Peter Rehberg in the early 90s, in Vienna, just before or during its beginnings with Ramon Bauer and Andi Pieper! So across a few return visits to Vienna I met all the early Mego artists; farmersmanual, General Magic, Fuck Head, Elin, PURE … from the start Peter suggested I record something, make a record! In the early days there we quite a few Mego events and tours which I participated in. It took a few years, but my first solo release was a compilation of recordings of LIVE presentations I gave at Mego events, or completely different things, like squat parties or museum exhibition openings!

Ton style musical est unique et assez inclassable, penses-tu que ton multiculturalisme dans les domaines de l’art t’a aidé à définir ton propre style ?
Your musical style is quite unique and unclassifiable, do you think your multiculturalism in the fields of art helped you define your own style ?

Mon style est inclassable, oui. Je ne veux pas être étiqueté, je n’aime pas certains genres musicaux, certains artistes… Je ne veux pas qu’on m’identifie à eux. J’ai utilisé toute la douleur, la colère et la frustration que génèrent, chez moi, des dessins, des films ou des disques sur lesquels je tombe et que je trouve abominables ou qui m’irritent profondément. Parfois mes disques sont qualifiés de “difficiles” ou d’ “extrêmes”, je préfère plutôt dire qu’ils sont “vitaux”.

My style is unclassifiable. I don't want be categorised. I dislike certain genres, as well as certain artists… I use the pain and anger and frustration that's generated when I see, read, and hear, Artworks, Films or Records that I loath, or they might just simply irritate. Sometimes my records are filed under “difficult” or “extreme”, I’d suggest “critical”.

Il y a dans ta musique un rapport très structurel et architectural, quelle place laisses-tu au chaos ?
There are in your music a structural and architectural construct, which space allows you to chaos ?

Une question difficile… Si l’on qualifie mes travaux audio de “musique”, alors je dirais qu’il s’agit d’une musique structurelle ou matérialiste, en terme de théorie et de définition pure. Dans les années 90, je la voyais plutôt comme de la sculpture publique temporaire, un son qui occupait un espace ouvert, comme une gigantesque création publique de Richard Serra.

I’m confused by this question! If my Audio works are classified as ‘music’ , then mine is probably a structural or materialist music, in terms of theory and definition. In the 90s I was thinking of a temporary public sculpture, an audio that occupied open space, like a massive Richard Serra public sculpture.

Tu es généralement cité comme un musicien noise avant tout, pourtant on ressent beaucoup d’influences dans ta musique. Quels sont les genres ou les artistes qui t’ont influencés ?
You are generally cited as a noise musician, yet you music sounds full of various influences. What types of music or which artists have influenced you ?

Curtis Roads disait de mon premier album qu’il s’agissait d’une version XXIe siècle de Bohor (ndr : l’oeuvre de Iannis Xenakis créée en 1962). Parmi les genres que j’apprécie, je suis très influencé par tout ce qui est générateurs de sons, computer music, le grindcore, la techno ou l’improvisation au sens large, tout autant que par le cinéma ou l’art sous forme musicale. L’art conceptuel, les films matérialistes. Si je devais citer quelques noms, je dirais Iannis Xenakis, Alvin Lucier, David Tudor, Michael Heizer, Richard Serra, Incapacitants, Pain Jerk, Masonna, Merzbow, Art & Language, Yasunao Tone, Holger Hiller, Boredoms, Peter Gidal, Michael Snow, Carcass...

Curtis Roads said of my first CD, that it was “a 21st Century Bohor!” I like audio test signals, computer music, grind core, techno, improv, but I’m as equally influenced by cinema and art as music. Conceptual art or materialist film. To name only a few = Iannis Xenakis, Alvin Lucier, David Tudor, Michael Heizer, Richard Serra, Incapacitants, Pain Jerk, Masonna, Merzbow, Art & Language, Yasunao Tone, Holger Hiller, Boredoms, Peter Gidal, Michael Snow, Carcass…

Tu as également collaboré avec de nombreux artistes de tous horizons. Comment choisis-tu les artistes avec qui tu souhaites travailler ? Est-il facile d’imposer ta vision où dois-tu souvent faire des compromis ?
You have also worked with many artists with different backgrounds. How do you choose the artists you want to work with ? Is it easy to impose your vision or do you often have to compromise?

La plupart du temps, les choses se font après une vraie rencontre, en face à face. Ça n’est pas quelque chose que tu planifies à l’avance, ça arrive et ça demande parfois de se revoir plusieurs fois, pour vraiment créer une relation qui sera le socle d’une collaboration fructueuse. Je ne ferais jamais d’échanges de fichiers sur le web sans jamais avoir rencontré la personne. Je ne peux pas travailler avec des artistes associés à des genres musicaux que je déteste, comme ce que j’appelle le “turd jazz” (un jazz européen blanc sans aucune profondeur culturelle) ou des artistes épouvantables que je ne nommerai pas ici. Je ne peux pas travailler avec des artistes ayant mauvais goût !

Je ne peux pas imposer ma vision ou faire de compromis, je veux faire et créer, ou me documenter et travailler, sur une matière première qu’aucun de nous deux n’aurait pu faire séparément.

Usually it's something that happens face-to-face. It's not something you choose in advance, it happens over time, and maybe many meetings to forge a relationship that enables a fruitful collaboration. I wouldn’t do a file-exchange project with someone I've never met. I dont wanna work with musicians associated with terrible genres e.g. TURD JAZZ (culturally insignificant white european Jazz) or appalling Artists I dont have to name here. Its not good to work with a musician with poor taste!

I don't want to impose a vision or compromise, I want to do and make, or document and work, on something that neither one of us could make individually.

Comme beaucoup de producteurs tu te prêtes à l’exercice de DJ set. Que t’apporte cette discipline ? Est-ce pour toi le moyen de te frotter à un public différent et de jouer une musique plus décomplexée ?
As many producers you are also playing DJ sets. What brings you this discipline ? Is it for you the way to you rub to a different audience and to play a more uninhibited music?

Hard Disco Jokey (HDJ) est un projet que j’ai lancé il y a quelques années. Je mixe avec des vinyles (des 80s surtout) et des CD (des 90s). En 2001, Sean Booth et moi-même avons imaginé une table de mix DJ 4 canaux pour une tournée aux États-Unis et en Europe où je devais faire la première partie d’Autechre. Je ne voulais pas utiliser Traktor ou les logiciels que tout le monde utilise ! Et nous, toute la bande Mego, on utilisait déjà principalement nos ordinateurs comme instrument, la plupart du temps. Cet ordinateur que j’utilise pour HDJ a aujourd’hui une collection assez importante de musique que je peux emmener de concert en concert, des tonnes de genres musicaux différents que je peux éclater les uns contre les autres avec des transition et des crossfaders automatiques, sans beat matching ! C’était super drôle à utiliser… En tant que HDJ je me vois plus comme un selector, influencé par des gens comme Claude Young, John Peel, JeffMills, Christian Marclay et DJ Carhouse.

Hard Disc Jockey (HDJ) is what Ive been doing occasionally in recent year… I did DJ with vinyl (80s) and CDs (90s). In 2001 Sean Booth and myself designed a max/nato mp3 four channel DJ player/mixer for a 60 date USA and Euro tour I supported Autechre on… I didn't wanna use Traktor, or what everyone else was using! And we, the Mego lot, had already been exclusively working with laptops as the only instrument for a good few years by then! This laptop HDJ set up enabled a massive collection of music files to be carried around from gig to gig, tons of genres to be mashed together with automated faders and cross faders, no beat matching! It was such fun to use… as a HDJ I feel more like a selector, but kinda influenced by the styles of Claude Young, John Peel, Jeff Mills, Christian Marclay and DJ Carhouse.

Tu seras bientôt sur la scène du festival Atonal à Berlin avec deux projets très différents. Peux-tu nous en dire plus ?
You will soon be on the stage of Atonal festival in Berlin with two very different projects. Can you tell us more about them ?

Oui je serai de retour à l’Atonal pour la troisième fois. Cette année, on m’a proposé de jouer un live solo et de curater un événement, par ailleurs. C’est un “flashback and comeback show”, avec Peter Rehberg qui fera un set de musique modulaire, symbolisant la nouvelle direction prise par Pita, son projet solo. Et le soir, ce sera le climax avec 3 heures de set de Farmers Manual, reformés à l’occasion de ce “mini-festival” que j’ai curaté au Café Oto l’année dernière, une espèce d’échauffement pour cet événement un peu particulier.

Yes, I’m back at ATONAL… Third time… This year I was asked to perform live solo and to additionally curate a program. Its a Flashback and Comeback show at the same time, featuring Peter Rehberg performing a modular set, marking a new phase in the direction of Pita, and the night will climax with a 3 hour set from farmersmanual, who reformed for a “mini-fest” I curated at Cafe Oto last year, which acted as a warm up for this special long form event.

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Tu es un artiste très prolifique, peux-tu nous parler de tes prochains projets en préparation ?
You're a very prolific artist, can you tell us about your upcoming projects under process ?

Mon prochain album sortira sur Bocian Records : Constitutional. Je travaille aussi sur un maxi et un albumc concept pour Diagonal. En octobre et novembre, je ferai de nouveau la première partie d’Autechre en Europe.

My next release is a LP for Bocian, Constitutional. I’m making a Single and developing a concept LP for Diagonal. In October and November I’m touring Europe, supporting Autechre.

Vidéo

Russell Haswell Boiler Room LIVE Show


Focus Berlin Atonal: interview Death In Vegas

Cette année hartzine s’acoquine à l’un des événements musical les plus pointus d’Europe, le légendaire Berlin Atonal. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, on a tenu à s’entretenir avec les différents acteurs de l’incontournable festival allemand, et on commence ici par Richard Fearless, tête pensante de Death In Vegas qui présentera le 27 août prochain son dernier album Transmission, accompagné en live par la sublime Sasha Grey. L’occasion de revenir sur la genèse de cette collaboration insolite et de l’élaboration de ce disque très éloigné des inspirations rock des débuts de Death in Vegas.

 

Depuis Trans-Love Energies tu es seul à la tête de Death in Vegas, pourquoi avoir continué à garder ton nom de groupe ? Comment t’es-tu habitué à travailler seul ?
Since Trans-Love Energies  you are alone at the head of Death in Vegas, why have continued to keep your band name? How did you get used you to work by yourself ?

Death in Vegas a toujours été mon propre groupe donc ça ne change rien d'essentiel. Aussi longtemps que cette entité restera créativement excitante pour moi, il n'y aucune raison d'y mettre un terme.

Death in Vegas has always been my band so it doesn’t feel any different. As long as I can make it creatively exciting for myself  I see no point in stopping it.

Transmission est un album plus sombre et plus complexe que tes précédents disques, n’as-tu pas eu peur de t’aliéner une partie de ton public ?
Transmission is a darker album and more complex than your previous records, were you afraid or not to exclude some of your audience?

Les meilleurs albums que je pense avoir réalisé avec Death in Vegas - Satans Circus et Transmission - ont été conçus lorsque je ne pensais pas aux ventes ou à ma fan base. J'ai l'impression sur cet album d'être de plus en plus appliqué, meilleur à ce que je sais faire. Plus que la pleine obscurité je ressens cela comme une beauté brisée.

The best albums I feel like I’ve made as Death in Vegas, Satans Circus and Transmission, are when I’ve not thought about sales, fan base. As far as being more complex I just think I’m getting more studied and better at my craft. As far as the darkness it feels to me more like a broken beauty.

Comment s’est réalisée la conception de Transmission ? Tu l’as enregistré dans une configuration très différente de tes conditions habituelles, est-ce cet environnement qui est à l’origine de ce son si particulier, froid et métallique ?
How was made the conception of Transmission ? You have recorded in a very different configuration as usually, is this environment that is the source of this so special sound, cold and metallic ?

Je voulais que le studio vive, que les synthés soient menés par des séquenceurs et des boîtes à rythmes, le tout déchiré par une multitude d'effets. C'est différent par rapport aux structures superposées que j'avais l'habitude d'utiliser dans le passé. L'album a été enregistré live en une série de prises. Le son métallique et froid était délibéré, je suppose que j'essayais de capter l'atmosphère ballardienne du paysage entourant le studio.

 I knew I wanted the studio to run live, synths being driven by sequencers and drum machines, everything split out running through all the delays and outboard gear. It’s different to the more layered way I’d worked in the past. The album was recorded live in a series of passes. The Metallic cold sound was deliberate I guess I was channelling the ballardian landscape surrounding my studio.

Sur ce disque tu collabores avec l’artiste Sasha Grey. Connaissais-tu son travail au sein d’Atelecine ? Comment s’est déroulée votre rencontre ?
On this album you collaborated with the artist Sasha Grey. Did you know her work within Atelecine ? How did you meet ?

En effet, je connaissais Atelecine qui était signé sur le même label que Von Haze, le groupe de mon beau-frère. Mais je ne l'avais jamais rencontrée avant d'échanger avec elle pour cet album.

I did know her work as Atelecine, they were singed to the same label as sister and brother-in-laws’ band Von Haze. But no, I’d never met her before I approached her.

Il semble que Throbbing Gristle ait une grande influence pour toi, tout comme pour Sasha. Cela a-t-il orienté votre collaboration ? As-tu d’une certaine manière tenté avec Transmissions de réaliser un disque plus expérimental, plus industriel ?
It seems that Throbbing Gristle has a big influence on you, as for Sasha. Does it guided your collaboration ? Did you somehow try to realise Transmissions in a more experimental way, most industrial ?

Lorsque l'on a commencé à travailler sur le morceau d'ouverture, Metal Box, je ne cessais de penser à Hamburger Lady, à quel point ce morceau pouvait être incroyablement perturbant, je voulais justement retrouver cette sensation sur l'introduction de cet album. Avec Consequences of Love je voulais me rapprocher de cette sensation un peu pop que l'on peut retrouver sur certains disques de Chris & Cosey.

When we working on the opening song, Metal Box, I keep thinking about Hamburger Lady, how incredibly unsettling it is, and I wanted that feeling for the opening of the album.  With Consequences of Love I was channelling that pop feel that certain Chris & Cosey records have. 

Tu as un large background rock, qu’est ce qui te pousse à te plonger de plus en plus dans l’électronique pure ?
You have a wide rock background, what pushes you to immerse more in pure electronics?

La rock actuel ne m'intéresse pas. La scène électronique est beaucoup plus inspirante pour moi.

I just don't have any interest in modern rock music right now. The electronic music scene is so much more inspiring to me.

On te verra bientôt en tête d’affiche du festival Atonal à Berlin, que représente cette ville pour toi ?
We'll see you soon headlining the Atonal festival in Berlin what represents this city for you?

C'est étrange car je ne connais pas très bien cette ville. J'y ai seulement été une paire de fois. J'ai joué au Panorama Bar et honnêtement le club m'a retourné le cerveau et résume à peu de choses près ce que je perçois de cette ville, une certaine idée de la liberté créatrice.
It’s weird I don't really know the city at all. I’ve only been there twice. One of those times was when I played Panorama Bar. I can honestly say the club blew my mind and to me it sums up so much what I perceive of Berlin,  a certain creative freedom .

Sais-tu déjà comment ton show va s’orienter où t’adapteras-tu au public ?
Do you already know how your show will move or will your set will depend of the audience ?

On va jouer l'album dans son intégralité, je veux voir jusqu'où on peut pousser son interprétation. Et j'espère comme toujours voir le public se lier à nous sur le trajet.

We will be playing the album in its entirety, I would like to see how far we can push this interpretation of the album and as always hope the crowd comes along with us for the ride.

Quels sont tes projets en tant que Richard Fearless et Death in Vegas ? Penses-tu qu’une entité finira par dévorer l’autre ?
What are your plans as Richard Fearless and as Death in Vegas ? Do you think that an entity will eventually devour the other ?

Jamais je l'espère, je ne vois quoi qu'il en soit aucune des deux entités s'arrêter pour l'instant

Hopefully not, I can’t see either one stopping right now.

Audio

Death In Vegas - Consequences Of Love


Laurent Garnier l'interview

Photo en une: © Richard Bellia

Cette année le Sonar a invité Laurent Garnier pour effectuer un incroyable set de sept heures sur la fameuse scène Sonar Car du Sonar By Night. Rencontre avec un Laurent Garnier, motivé et d’une générosité sans faille qui nous accueille avec le sourire et un « Allez, dites-moi tout ! »

Laurent Garnier, l'interview

Réalisée par Hélène Peruzzaro et Alex au Sonar 2016 (lire le report)

On voulait dans un premier temps aborder avec toi le rapport que tu entretiens avec le Sonar vu que tu y as joué à la toute première édition et ensuite à de multiples reprises…

Je crois que le Sonar existe depuis 23 ans environ, j’ai du en faire plus de 18, 19… J’ai fait beaucoup de projets différents en fait. Ce qui est bien avec le Sonar c’est que tu peux leur proposer beaucoup de choses, ils sont toujours super friands de nouveaux projets. Donc j’ai fait un ciné mix, j’ai fait des lives, des mixes reggae, drum and bass, j’ai même fait un mix sous le nom de DJ Jambon – on a fait beaucoup de trucs un peu différents. Et là cette année encore… Quand l’année dernière j’ai terminé mon set, j’ai joué 1h15... Je leur ai dit : « J’ai envie de jouer plus longtemps, la prochaine fois je veux jouer 6 heures ! » Ils m’ont répondu : « T’es pas cap ! » Je leur ai dit : « Si, l’année prochaine on fait un club et je joue 6/7 heures ! »
J’ai envie de revenir aux racines du Djing, c’est à dire prendre la salle vide et la terminer, essayer de faire en sorte que les gens rentrent et ne bougent plus, restent avec moi, et on construit un truc ensemble.

Toi qui a joué partout, vu la multitude de festivals qu’il y a aux quatre coins du monde – qu’est ce qui différencie selon toi le sonar des autres, que ce soit au niveau du public, etc.

LG : Il y a quelques festivals avec lesquels je travaille depuis longtemps où tu me retrouves souvent. Il y a le Sonar, les Nuits Sonores, le Name à Lille où j’aime bien aller, Astropolis, Time Warp en Allemagne…

Je trouve qu’avec les gens qui organisent ces festivals là, on est très similaires dans notre façon de penser, notre façon d’agir et d’essayer de faire quelque chose où il y a un vrai désir de partage, de faire découvrir des choses. Ce ne sont pas des gens qui sont là pour s’en mettre plein les fouilles et se dire « Tiens, qui est l’artiste qui marche bien aujourd’hui ? On va le booker et ça va remplir la salle… » Le Sonar, ils ne font pas ça, il y a quand même ici quelques artistes super pointus, et puis moi en tant qu’artiste ce que j’aime au Sonar et dans ces autres festivals, c’est que tu y vas et tu ne connais pas tout le monde et tu découvres encore des gens. Je ne suis pas obligé d’aimer tout le monde mais en tout cas je découvre plein d’artistes. Le Sonar, c’est encore un festival qui même pour nous les pros, fait découvrir des choses – et ça c’est pas partout pareil. J’aime bien travailler pour des gens curieux et surtout des gens qui ont la même espèce de philosophie que moi, c’est à dire partager quelque chose.

Cette philosophie, tu penses que c’est quelque chose de générationnel où tu penses que c’est quelque chose plus transversal ? Par exemple tu vas rencontrer des jeunes avec qui tu vas partager cette philosophie, proposer de la nouveauté…

Je pense qu’il y aura toujours et il y a toujours eu des gens qui font les choses de la même façon que toi, comme tu as envie de les faire, et puis d’autres qui font pas du tout de la même façon, c’est pas un truc de génération, ce sera toujours là..

Il y a des nouveaux collectifs en France qui organisent des choses, qui savent très bien s’entourer, ils sont super curieux, ils ont envie de sortir des sentiers battus et donc ils vont faire des soirées dans des nouveaux lieux et il y a toujours plein de trucs qui se passent à leurs soirées et je les trouve super pertinents. Je me sens aussi très en phase avec ces gens là. Je pense qu’en fait c’est une réponse, c’est à dire que les 10/15 dernières années, les festivals sont devenus de plus en plus énormes. C’est vrai que le marché du disque s’est écroulé, donc en tant qu’artistes on ne faisait plus d’argent avec notre musique, donc notre façon de gagner nos vies c’était d’aller jouer sur scène. C’est là que les cachets ont commencé à augmenter, que les managers sont devenus de plus en plus agressifs, c’est là où les choses ont beaucoup changé. Tu as des festivals qui sont rentrés dans le jeu de la surenchère et c’est devenu des espèces de vaches à lait, et il y a plein de festivals qui sont devenus assez vulgaires dans leur façon de programmer ou de voir les choses. Donc forcément quand il y a des choses comme ça qui se passent il y a toujours l’antithèse du truc, des gens comme ici au Sonar, qui reste un énorme festival mais qui propose énormément de choses différentes. Mais aussi des gens beaucoup plus petits qui vont essayer de tenir la barre et se dire « On ne va pas aller dans la même direction que les autres, on va faire des choses beaucoup plus conviviales, qui grincent un peu plus. » Je pense que c’est une réaction à tout ça.

Alors justement, avec le festival Yeah! que tu organises, quel était ton désir ?

LG : On fait un festival dans un village où il y a 900 habitants toute l’année donc on ne va pas amener 15 000 personnes, c’est évident. On fait un festival dans un château du XVe siècle où on a une très belle cour, donc on a la chance d’avoir un lieu assez incroyable qui surplombe le village – quand tu danses devant un groupe tu vois tout le village qui est devant toi… Je pense que si on avait fait ça en se disant on va mettre 5 000 personnes là-dedans ça n’aurait pas été le même truc… On est trois personnes à organiser ce festival, on est tous pères de famille, on a des enfants, on n’a plus 20 ans, on n’a plus forcément envie de se retrouver dans un festival où on va dormir dans des tentes, où on ne va pas dormir pendant trois jours parce que c’est trop le bordel. On fait un festival qui nous ressemble. Donc moi je leur ai dit : « Si on a la chance d’avoir le château, on va essayer de garder ce truc un peu convivial, faire un truc familial… » J’avais très très envie d’avoir des enfants parce que ce sont les festivaliers de demain, parce que dans un village comme ça je pense qu’il faut partager avec tout le monde et donc on s’est dit que, vu que le château est une enceinte fermée, les parents vont être tranquillou, ils peuvent venir avec les mômes, les lâcher, les laisser courir, aller kiffer les groupes mais de leur coté, sans pour autant qu’il y ait papa ou maman qui les regarde. Tout en sachant que les enfants sont dans une enceinte très sécurisée. Donc il y a cette espèce de coolness qui s’est créée autour du festival où les gens viennent vraiment en famille, où le dimanche devient de plus en plus le jour des enfants, les mômes montent sur scène, on voit tous les gamins qui s’éclatent..

Du coup c’est plus un festival d’habitués ou tu vois de nouvelles têtes ?

LG : Bizarrement, oui on a un public d’habitués, on a les parisiens habitués qui tout les ans viennent, les gens qui louent leurs baraques – c’est vraiment un festival familial où on est arrivés à fidéliser un public de trentenaires et quarantenaires. Le truc c’est qu’on fait un festival qui nous ressemble. Nous on aime bien manger, bien boire, écouter de la bonne musique donc on s’est dit : « On va booker de bons groupes qu’on a envie de voir… » Puis après on a travaillé avec un mec qui fait du vin. Il fait de très bonnes choses. Alors la première année on n’avait qu’une seule gamme et l’année d’après on lui a dit : « Attends tu as du super châteauneuf-du-pape, on va vendre ça aussi”, puis on est allés voir les chefs étoilés du coin en leur demandant si ça les branchait de venir faire les repas pour les festivaliers… Donc on a eu un bon restaurant qui propose par exemple du riz aux truffes, c’est quand même pas mal dans un festival ! On a aussi un très bon food truck de burger qui fait de très bonnes choses, ils font aussi le catering. Cette année on avait aussi Pierre-Marie des Nuits Sonores et sa copine qui a une boîte qui s’appelle Notorious Pig, elle vend du jambon. Ils sont venus faire des espèces d’énormes plateaux de charcuterie. C’était vachement bien, tu bois une bonne bouteille tu vois un bon concert…

On imagine que vous voulez rester dans cette veine là, garder les mêmes partenaires, etc.

Oui, parce qu’on est bien puis ce sont des gens qui nous ont fait confiance dès le premier jour. Ce n’est pas parce qu’on grandit un petit peu qu’on va tout changer. Aujourd’hui là, on arrive à notre capacité maximale au château, on sait qu’on ne va pas grandir plus. Ce qui grandit par contre c’est toute la programmation gratuite dans le village. L’année dernière on devait être à 1 500 personnes la journée dans le village, cette année je pense qu’on était à 2 500…

La moitié du festival, c’est du gratos. On est très très sur la limite parce qu’on ne gagne pas un rond, on est plutôt très cools avec les gens qui viennent bosser chez nous, on travaille grâce aux bénévoles. Si on n’avait pas tous ces bénévoles, on serait morts. On a aussi des partenaires qui nous aident beaucoup. Voilà, on est vraiment sur la brèche mais on a envie de garder ce truc comme ça parce que c’est un vrai plaisir. Tous les gens qui viennent au Yeah nous disent : “C’est incroyable, vous avez produit un bon bébé là, c’est top!” Je pense qu’on vend du bonheur, donc c’est important.

Justement en terme de gros bébé, de gros projet que tu as sur le feu. Tu as l’adaptation au cinema d’Electrochoc

Pour être très clair avec toi, ce n'est absolument pas l'adaptation de mon bouquin. Ce n'est ni mon histoire, ni l'histoire d'un autre DJ connu, ni l'histoire du mouvement techno. Ce film est une pure fiction.... Ça fait dix ans que je travaille dessus mais le cinema c’est très long et très compliqué. J'ai toujours voulu faire une fiction. Beaucoup de personnes se sont greffées à cette histoire mais il y a eu un des réals avec qui ont devait bosser qui voulait absolument faire un docu. Mais comme moi j’avais écrit le bouquin, je me suis dit « Oui bien sûr, c’est logique de faire un docu, mais il y a déjà beaucoup de docus très intéressants, je ne sais pas ce qu’on peut faire de plus pour créer la différence… » Comme j’avais passé beaucoup de temps à écrire ce livre, j’avais envie de travailler sur une fiction, mais une fiction très incarnée par rapport à mes questionnements, mon entourage, mes observations. Je voulais parler de choses qui ne sont pas forcement dans le livre.

En fait voilà, je viens d’avoir 50 balais, on a mis du temps avant de vraiment démarrer, ça a mis 4/5 ans a trouver la trame de ce qu'on voulais faire, et depuis ça fait 4 ans que j'écris – j’ai pas l’habitude d’écrire, c’est pas mon truc donc les personnes avec qui j'ai bossé sur le scénario ont mis du temps avant de me décoincer sur l’écriture. Puis après, j’ai commencé à beaucoup beaucoup écrire parce que j’ai pris beaucoup de plaisir et en fait ça a été une espèce de thérapie où plus j’avançais, plus je « fictionnais » l’histoire et plus je rentrais dans le très très loin de moi, le qui, comment, pourquoi. C’est donc devenu de plus en plus perso mais en transposant sur quelqu’un d’autre. Ce ne sont pas les sujets que j’aborde dans le livre. J'ai voulu aller plus loin dans mes réflexions... Parler de choses positives comme l'amitié, la passion, le partage mais aussi traiter des sujets plus sombres comme la rançon du succès, la remise en question en tant qu'artiste ou bien réfléchir sur la solitude inhérente a la route. C’est bien beau quand t’as 20/30 ans, tu as toujours plein de potes pour venir avec toi, venir au Sonar se fendre la gueule. Mais quand t’as 50 balais et que tes potes ont le même âge, qu’ils ont des enfants et des familles et que toi tu vas jouer jusqu’à 7h du matin, les gens n’ont pas forcément envie de venir tout les week-ends avec toi. Ou je me retrouve avec des gens de 20 ans avec lesquels il y a un léger décalage donc c’est bizarre. C’est vrai que plus tu vieillis dans ce métier, plus tu deviens seul – sauf si tu tournes avec un groupe.

J’avais donc envie d’aller un peu plus loin là dedans ; sur ce que c’est de partager tout le temps, d’avoir l’énergie de donner, donner, donner. Mais si à un moment tu oublies toi de recevoir je pense que tu t’assèches – j’ai vachement travaillé à aborder ça dans le film.
C’est vrai que je me pose souvent la question « Est-ce que je reste toujours pertinent? ». Souvent on me dit : « Putain, tu as l’air toujours excité d’aller jouer, est-ce que c’est vrai, tu trouves toujours l’excitation d’aller jouer ou est-ce que des fois tu te lèves le matin et ça te fait chier? ». À un moment, j’ai décidé de faire moins de dates pour rester toujours avec de la sève. Parce que sinon je pense que si je m’emmerde moi-même à jouer des disques je ne vais pas arriver à donner quoi que ce soit aux gens.
Donc voilà, j’ai essayé de travailler entre autres sur ça, ce qui n’est pas forcement évident quand tu penses à la nuit, au DJing.

Donc le film est écrit, quelle est la suite ?

Pour le moment la balle n'est plus vraiment dans mon camp. Comme on a le scénario et quasiment tout le casting français, c'est le moment pour la prod de rentrer en contact avec les financiers/distributeurs/partenaires... C'est là que tout se complique... Fabriquer un film semble être un vrai Tetris fou, comme construire un énorme château de carte sur le fil d'un funambule... Tout peut se casser la gueule a tout moment.

D'ici 3/4 mois (au plus) je saurai enfin si j'ai (on a) bossé dix ans pour rien ! C'est la dernière grande ligne droite avant l'arrêt ou la faisabilité du projet...C'est chouette le cinéma non ? Toujours est-il que ce laps de temps est plutôt le bienvenu à ce stade de l'aventure, je vais pouvoir prendre un peu de recul par rapport à tout ça car ça n'a pas vraiment été un long fleuve tranquille.

© Richard Bellia
© Richard Bellia

En parlant de passion, comment tu vois ton set de ce soir ? C’est quelque chose auquel tu as réfléchi ou tu vas plus te laisser porter par l’énergie ?

Ce n’est pas une réfléxion. Déjà, j’y suis hier pour aller voir la salle, le son est sublime. C’est un lieu très difficile à faire. Une salle dans une salle qui est quand même un gros bordel, et j’ai trouvé le son vraiment bien. J’y étais au moment où il (Four Tet - NDR) jouait du disco. Ce ne sont pas forcement des disques faciles à jouer et ça sonnait, ça claquait, c’était bien. Après, la façon dont c’était éclairé hier, j’ai pas vraiment aimé. Donc je suis allé voir le mec des lumières on en a beaucoup parlé, on a éteint le tour et c’est ce qu’il fallait faire. Eteindre tout, créer un club. La salle me plaît et je pense que quand on va trouver la bonne lumière et créer la bonne ambiance, on va arriver à garder les gens et créer un club dans ce gros bordel. C’est bien pensé. En fait, je n’anticipe rien. Je vais plutôt vivre ça comme un set de club, un peu comme si j’étais au Rex. Je me suis dit que je vais peut-être arriver même une demi-heure avant quand la salle est vide pour jouer des trucs ambient juste pour moi, pour m’installer dans le truc. Dans le fait de ne pas changer de DJ, il y aura une espèce de cohérence toute la nuit, je crois que les gens auront envie de ça. C’était ce que je voulais faire donc j’ai écouté beaucoup, beaucoup de musique. J’ai amené beaucoup trop de musique par rapport à ce que je vais jouer c’est clair, mais je vais essayer d’être le plus fluide possible. Je ne prépare pas parce qu’on ne sait pas ce qui va se passer. On regarde ce qui a en face de toi et on compose avec. Hier quand je suis arrivé, tout était éclairé, j’avais l’impression d’être dans une salle des fêtes. Je leur ai dit : « C’est pas possible, on peut pas rester plus de 10 minutes, faut qu’on trouve une solution. » On a un peu couru pendant des heures on a trouvé le mec des lumières et la solution c’était d’éteindre le tour. Tout de suite, l’ambiance a changé. Les gens ont commencé à danser, c’est devenu bien sexy. Bref, on peut passer d'une salle des fêtes à un vrai club, il faut juste regarder le truc.

En tout cas moi je suis content d’inaugurer pour la première année ce truc-là, je suis content de le faire parce que c’est mon genre d’environnement, je vais bien me sentir, il y a vraiment une bonne vibe.

Tu as eu le temps de voir des groupes, DJ ?

Je n’ai pas vu grand chose, je suis allé voir vite fait Kode 9, puis Congo Natty – bon ça je savais ce que j’allais entendre mais j’aime bien Congo Natty donc c’était cool. Par contre, il y avait un espèce de gugusse qui a joué des trucs super horrible jute après Congo Natty – vous avez vu ?

Oui on a vu. On est passé devant en allant voir Underground Resistance…

Ah oui ? C’était tellement blindé que je n’ai pas pu rentrer... Mais c’était quoi ? Un DJ set ?

Non un live avec Mad Mike, Mark Flash, Jon Dixon, De’sean Jones…


Cool ! Impossible de renter dans la salle tellement il y avait de monde. On est arrivés en retard parce qu’on est allés manger avant - on a fait une connerie… Du coup je n’ai pas vu grand chose d’Underground Resistance et quand on est sortis c’était la fête a Neuneu, le mec jouait de l’EDM pourrave…
Hier soir, je suis resté deux heures sur le set de Four Tet, j’ai vraiment aimé ce qu’il a passé. Je suis parti quand il a commencé à jouer de la techno parce que je ne voulais pas me coucher trop tard… Et puis on a picolé un peu beaucoup de vin donc j’étais fatigué (rires).

Vu tout ce qui sort en ce moment – tous les micro labels – l’offre est tellement incroyable… Est ce que tu te sens proche de certains labels ou artistes émergeants ?

Il y a tellement de choses ! Là avec tout ce qui sort je ne sais pas quel journaliste, quel DJ ou quel mec placé dans la musique connaît tout. J’écoute quasiment entre six et huit heures de musique par jour, de nouveautés, parce que je cherche mais j’ai l’impression que je ne connais rien. J’ai l’impression de n’avoir rien écouté. Je reçois beaucoup, beaucoup de promos puis en plus de ça des fois je vais chercher sur les sites, blogs et putain j’ai l’impression d’en écouter 200 et puis tu fais un tour sur un blog et là BAM tu découvres encore 10 000 trucs ! C’est impossible de suivre.
Ce qui est intéressant quand tu vas écouter quelqu’un, souvent tu ne connais pas un seul disque de ce qu’il joue. Mais c’est vrai qu’on n’a plus les filtres des boutiques de disques. Avant tu allais chez TSF, tu savais que le mec il avait tel goût, il te mettait les sacs de côté. Tu allais voir les mecs de BPM à Paris, tu savais qu’ils avaient toutes les nouveautés de Chicago ou Detroit – les mecs étaient assez calés dans leur truc. Mais là maintenant, c’est un truc de fou. J’ai un petits gars qui m’a envoyé un disque, c’est la quatrième sortie de son label. Je connaissais pas son label – Banlieue Records, c’est un Français . Tu en as entendu parler ?

Non

LG : Moi non plus ! Et c’est la quatrième sortie ! J’écoute le disque c’est juste incroyable. Je reviens vers lui, je lui dit : « C’est de la balle, tu sors d’où mec ? » Il me répond : « Si tu as aimé, tiens je t’envoie la sortie d’avant. ». Il était terrible ! Et en fait c’est un parmi 1 000 que j’aurais dû découvrir. On est totalement largués et Dieu sait si j’écoute des trucs mais je ne connais plus rien.

C’est vrai que souvent on me pose cette question, et franchement je ne sais pas parce qu’il y a tellement de références. Je suis obligé maintenant, quand je travaille, d’être avec des clés. En fait je préfère dans la façon de mixer parce que ça va bien avec ma façon de jouer. J’aime faire des longs mixes et c’est vrai qu’avec les vinyles quand le disque s’arrête, ça s’arrête. Moi j’aime bien me dire à deux minutes de la fin tiens je vais faire une boucle là ou j’aime bien le break je fais une boucle là en live. J’aime bien jouer avec mes skeuds. Puis souvent les intros sont trop courtes donc ça me permet de retravailler en live comme j’en ai envie. Moi ça me va très bien les clés.

Il ne faut pas te parler de « strictly vinyl ».

Ah non moi j’en ai rien à branler, moi faut me parler de « strictly good music » ! Que ce soit du vinyle ou de la clé je m’en fous tant que la musique est intéressante. Il y a un moment le vinyle n’est pas mieux que la clé, c’est juste un support.

On s’est battu pendant 15 ou 20 ans, mais vraiment ça a été très très violent. Parce qu’aujourd'hui les jeunes ne connaissent pas la baston que ça a été il y a 20 ans pour essayer d’amener la techno où elle en est aujourd’hui. Aujourd’hui, ils arrivent et c’est cool, c’est installé. Mais il y a 20 ans on était des PD drogués et donc tu avais tout les flics qui nous crachaient dessus, on se faisait fermer toutes nos soirées. On n’avait pas accès à la TV, on n’avait rien, on était vraiment des espèces de parias. Ça a été vraiment super violent et en plus on faisait de la musique avec des ordinateurs – donc on n’était pas des musiciens, ce n’était pas de la musique. Ça j’en ai mangé pendant longtemps… On s’est battus pendant des années, l’ordinateur est un instrument comme les autres. Et donc ça, maintenant, ça a changé. Maintenant, n’importe quel groupe de rock ou de n’importe quoi utilise les ordinateurs. Et 20 ans après il y a des mecs qui te disent : « Ah non, on va revenir au vinyle ». Bien sûr c’est super de jouer au vinyle, j’aime l’objet, j’aime bien ce que ça veut dire, mais faut arrêter. On s’est battus pour que les choses avancent, les choses sont acceptées aujourd'hui et vous voulez faire les rétrogrades…
Mais tu sais c’est ce qui s’est passé avec le jazz. Le jazz a beaucoup évolué puis quand Miles Davis est mort, Coltran est mort, les mecs se sont dit « 
putain comment on avance dans le jazz? ». En fait ils ont enfermé le jazz dans un truc où le jazz n’a pas avancé pendant des années. Je pense que très souvent, pour chaque gros mouvement musical, il y a un moment où une nouvelle génération arrive en disant c’était mieux avant. Moi je sais que j’ai beaucoup souffert de ne pas avoir vécu les annés 60 parce que j’adore la musique des années 60, je trouve que ça a été une révolution pour plein de choses. J’aurais adoré me retrouver dans un club parisien dans les années 60. J’ai pas pu le vivre mais je suis pas là à me dire « Je joue des 45 tours » le jour où j’ai envie de jouer un peu de rock... Il y a une technologie qui fait que je peux chopper plein de disques aujourd'hui qui ne sont pas édités, qu’on ne retrouve pas, et je peux les jouer grâce à la technologie, c’est génial ! Bon j’ai pas vécu les années 60, c’est pas grave, ça m’intéresse, je lis sur le sujet, mais je vais pas faire le rabat-joie en disant « Oh, c’était mieux dans les années 60. »

C’est vrai que je trouve ça un peu drôle de la nouvelle génération – mais je comprends aussi, quand tu as un mec qui te dit « vinyl only ou tu rentres pas dans mon club »J’ai envie de lui dire : « Toi quand t’es sur la piste de danse, est-ce que vraiment tu entends la différence ? » Je te fais l’essai quand tu veux. En plus, j’achète des vinyles que je digitalise par la suite. Je vais jouer un vinyle puis un vinyle que j’ai digitalisé – tu vas fermer les yeux sur la piste de danse et tu vas me dire lequel est lequel. Est-ce que le morceau joué sur le vinyle est mieux que le morceau joué avec la clé ? Est-ce que le but du truc c’est juste pas de jouer de la bonne musique ?

Mais je comprends, il faut que les gens aient des batailles sinon t’as l’impression de t’emmerder donc ils se sont créé leur propre bataille.

Justement, vous avez un peu fait tout le taf. Maintenant, la techno, ça a été récupéré, ça devient même un argument touristique pour certaines villes, etc.

Oui comme à Berlin. Ou même le Sonar. Mais c’est bien aussi, ça prouve qu’aujourd’hui on a du poids. Ça veut dire que les mecs de Berlin, maintenant ils peuvent aller voir les gens qui dirigent la ville en disant “vous savez l’argent que ça génère, les clubs berlinois le week-end ?”. Je trouve que c’est intéressant qu’on ait des arguments comme ça aujourd’hui – tant que ça reste dans le qualitatif, c’est très bien. C’est bien qu’on ait des gens qui réfléchissent comme ça et qui se disent on n’est plus des petits mouvements de merde ou des gamins de notre coté, c’est super !


Broken English Club l'interview

Broken English Club, l'interview

Certains le connaissent sous le pseudonyme de Raudive, d’autres sous son vrai nom, Oliver Ho, mais c’est sous l'alias de Broken English Club que le producteur britannique nous a réellement fait chavirer… Très inspiré par la techno indus anglaise des nineties, Oliver nous balance régulièrement des salves moites et étranges, se construisant un univers fantasque où règnent inquiétude et fureur ! Une raison évidente de s’entretenir avec le musicien qui fête actuellement ses vingt ans de carrière, et de revenir avec lui sur son parcours plus que prolifique

Tu fêtes actuellement tes 20 ans de carrière… Carrière débutée au sein du label Blueprint fondé James Ruskin… On dit que travailler avec James est très formateur. Tu confirmes ?

You actually celebrate your 20 year long career birthday... A career started at Blueprint, the label founded by James Ruskin… People sais that working with James is very educational. Do you confirm ?

James et Blueprint ont été mes premiers collaborateurs quand je me suis lancé au début de ma vingtaine. Dès que je l'ai rencontré avec Richard Polson, j'ai su qu'ils avaient la même vision et la même attitude à l'égard de la musique, nous étions tous sous l'influence du club londonien LOST et son DJ résident Steve Bicknell.

James and Blueprint were the first people and label I worked with when I first started out in my early 20’s. As soon as I met him and Richard Polson I knew they had very similar outlook and attitude towards music, we all were very influenced by the London club LOST and its resident DJ Steve Bicknell.

On t’a longtemps connu sous le pseudonyme de Raudive, puis il y a eu Birdland, Life, Seeker, sans oublier ton duo avec Zizi Kanaan, The Eyes In The Heat, et le superbe album Program Me… Dirais-tu que la musique rend schizophrène ?

You've long been known as Raudive, and then there was Birdland, Life, Seeker... Not to mention your duet with Zizi Kanaan, The Eyes In The Heat, and the greatest album Program Me... Would you say that the music makes schizophrenic?

Les différents labels, pseudonymes et projets que j'ai eus au cours des années sont une manière de donner du sens à un parcours improvisé. J'utilise des pseudonymes parce que j'aime donner un personnage à certaines séries d'idées, la substance de Raudive a aussi des objectifs particuliers, de même que mon projet Broken English Club a son propre panel d'idées qui lui permettent d'exister avec plus d'éclat grâce à son nom. Comme pour évoquer un esprit, c'est toujours plus puissant si le nom des esprits reflète leur nature.

The different labels, monikers and projects I have done over the years are a way of making sense of a journey jam on. I use monikers because I like to give a certain series of ideas a character, my Raudive material had some specific goals and my Broken English Club stuff also has its own set of ideas that allows it to exist in a much more vivid way by giving it a name. Like evoking a spirit, it’s always more powerful if the spirits name reflects its nature.

On retrouve dans Broken English Club cette ambiance qui caractérisait les productions UK du milieu des années 2000, très proche d’artistes comme Surgeon ou de structures comme Sandwell District, parfois plus proche du post-indus que de la techno à proprement parler… D’où te vient cette émulation qui se différencie intrinsèquement de tes autres productions ?

We can find in Broken English Club this atmosphere that characterized the mid 2000’s UK productions, very close to artists like Surgeon or Sandwell District, sometimes closer to post-industrial music than techno... Where did you get this emulation which differs totally from your other productions?

Je ne sens pas une vraie différence avec mes autres productions, il y a beaucoup d'idées similaires dans mon projet Raudive, des tracks comme Total Pure ont beaucoup de voix sombres et d'idées synthétiques que j'utilise dans Broken English Club. Il y avait une dominante post-punk et industrielle dans Raudive, mais en plus lent et avec davantage de groove. Récemment, j'ai tout rendu plus brut et rapide, et j'imagine que ça se rapproche plus du son de Birmingham. C'est à l'évidence plus une progression qu'une évolution soudaine. Il y a beaucoup de parallèles.

I dont think it differs from my other productions, theres a lot of similar ideas in my Raudive project, tracks such as Total Pure have lot of the dark vocal and synth ideas I use in Broken English Club. There was a lot of post-punk and industrial ideas in Raudive, but it was slower and more groove based. These days i have made everything a lot tougher and a bit faster, so this feels a little more similar to the Birmingham sound I guess. It's certainly a progression rather than a sudden change. There's a lot of parallels there.

Tes dernières productions sont sorties exclusivement sur les labels Jealous God et Cititrax, tous les deux basés à New York… Beaucoup d’artistes délaissent Berlin pour la côte est des États-Unis, qui semble devenue le nouvel eldorado des producteurs techno. Comment expliques-tu ce changement ? Que t’apporte-t-il ?

Your recent productions were released exclusively on Jealous God and Cititrax labels, both based in New York... Many artists are leaving Berlin for the East Coast of the US, which seems to become the new El Dorado for techno producers. How do you explain this change? What does it bring you?

J'aime travailler avec Jealous God et Cititrax, ce sont deux labels qui fonctionnent d'une manière très passionnée et grâce à des gens que je connais personnellement, et c'est important. Ils comprennent tous deux ma musique et ont aidé à la façonner. Jealous God est à Los Angeles, où vit Juan Mendez, et Cititrax est à New York. Les deux ont un bon passif sur la musique électronique sombre qui transcende l'industriel, le noise et le punk. Les labels ont aussi un fort aspect visuel qui m'influence beaucoup, et rend la création d'album bien plus intéressante et gratifiante, parce que j'apprécie vraiment l'idée de créer une musique qui existe dans une narration ou un environnement qui s'exprime au travers d'images.

I love working with Jealous God and Cititrax, they are both labels run in a very passionate way and by people I personally know, which is important. They both understand my music and also helped to shape it too. Jealous God is based mainly in LA, where Juan Mendez lives, and Cititrax is NY based. Theres a good history in the states for dark electronic music that crosses over with industrial and noise and punk. The labels also have a really strong visual aspect which really influences me, and makes creating a release so much more interesting and fullfilling, because I really like the idea of creating music that exists within a narrative or environment that's expressed with images.

En vingt ans tu as conçu quelques pièces maîtresses de la techno moderne, pourtant avec Suburban Hunting, tu atteins des sommets inégalés. A la fois dur, énigmatique et fascinant, Suburban Hunting est d’une richesse peu commune. Peux-tu nous parler de la réalisation de ce LP ? L’avais-tu en tête depuis longtemps ou s’est-il dessiné au fur et à mesure de la production ?

In twenty years you have designed some key pieces of modern techno, however with Suburban Hunting, you reach new heights. Hard, enigmatic and fascinating, Suburban Hunting is uncommonly wealthy. Can you tell us about the realization of this LP? Have you had it in mind since long time ago or has it drawn during the production process?

Comme je l'ai dit plus haut, Broken English Club est à l'intersection de nombres de mes différentes influences et obsessions. Je dois à ces choses qui occupent mon esprit de leur donner un lieu pour exister, un endroit où respirer et se mouvoir, et BROKEN ENGLISH CLUB est cet endroit, un monde où ces choses adviennent, c'est l'idée. La musique en fait partie.
Je m'inspire beaucoup de certains écrivains – cela m'a notamment conduit à la création de Broken English Club –, en particulier J.G. Ballard, qui décrit des paysages anglais dystopiques et lugubres. Cela m'a donné le sentiment d'une certaine énergie, qui se reflétait aussi dans mon approche de la musique. Je voulais créer de la musique qui ait ce caractère, qui ait sa place dans ce monde.
L'album est le résultat de ces choses rassemblées. J'en avais l'idée depuis un temps et le son en est lentement sorti, le son d'un endroit en moi, ou d'un lieu extérieur caché dans la banlieue anglaise, une sorte de lieu oublié de la banalité et de l'obscurité.

Broken English Club, as I mentioned before, is the intersection of a lot of different interests and obsessions of mine, I owe it these things that occupy my mind to give them a place to exist, a place they can breathe and move about, BROKEN ENGLISH CLUB is a place, its a world where things happen, thats the idea. The music is a part of that.
I am very inspired by a lot of art and certain writers – this especially led to the creation of Broken English Club –, in particular J.G. Ballard, he depicts these bleak dystopian English landscapes, and I felt that had a certain energy that was also reflected in where I was going music wise. I wanted to create music that had that character, that inhabited that world.
The album is a result of all these things collected together. I had the idea for a while and the sound slowly came out of that, the sound of a place inside of me, or place somewhere out there hidden away in the english suburbs, some forgotten place of banality and darkness.

Broken English Club - Suburban Hunting

Parlons un peu technique. Ce son particulier, tu le dois à tes machines. Peux-tu nous dire quels sont tes instruments de prédilections et ce qu’il te plaît chez eux ?

Let's talk about technique. This particular sound, you owe it to your machines. Can you tell us what are your predilections instruments and what you like in them?

Il s'agit pour moi d'utiliser des machines qui me donnent ce que je veux, c'est aussi simple que ça. Je ne prête allégeance à aucun matériel ou logiciel. La majorité de ma musique s'appuie sur des fondements drone et noise, et des superpositions de rythmes. Mon matériau de travail c'est du traitement audio plus que des machines. Ce sont des enregistrements de bruit transformés, comme des drones de guitare, un larsen ou autres. La voix a aussi son importance, je chante en direct parce que j'aime l'énergie que cela confère à l'expérience. J'utilise aussi quelques percussions synthétiques que je joue live. Tout cela donne à la performance une teinte plus personnelle et libre. C'est ce qui fait BEC, ses implacables rythmes métronomiques et ses chants étrangement habités. J'aime la façon dont ces différents aspects se complètent.

For me it’s about using machines that give me what I want, it’s as simple as that. I don't have any type of allegiance to hardware or software. A lot of my music is based around drone and noise, and layering rhythms over that. All of the material I use is processed audio, rather than machines. It’s processed recordings of noise, like guitar drones, or feedback and stuff. The voice is important to the sound too, I do live vocals, because I love the energy it gives to the experience. I also use some synth percussion which I play live. So these things give the performance a more personal looser feeling. That’s what BEC is about, it’s about relentless metronome rhythms and the weird soul of the vocals. I like the way those different aspects sit alongside each other.

Bien qu’extrêmement sollicité, tu joues peu en France. Est-ce par manque d’occasion ou d’emploi du temps surchargé ?

Although extremely asked for, you don't play son much in France. Is it because of the lack of opportunities or a busy planning?

J'ai beaucoup joué ces dernières années, mais plus autant récemment. J'aime beaucoup la France et ses habitants, j'ai l'impression que tout le monde est ouvert d'esprit en ce qui concerne la musique. J'espère jouer davantage à l'avenir, je pense que les gens apprécieraient vraiment la musique de Broken English Club.

I have played quite a lot over the years, but maybe not a lot recently. I really love France and the people, I feel everyone is really open minded in France when it comes to music. I hope to play more in the future, as I think the people would really enjoy the Broken English Club music.

Tu as déjà joué en groupe et la mode est aux collaborations, aux B2B, aux groupes éphémères… Il y a-t-il des artistes avec qui tu aimerais collaborer ? Ce type de projets t’intéressent-t-ils ?

You have already played in bands and there's a trend for collaborations, B2B, ephemeral bands... Are there some artists you are interested to collaborate with? Would you like to be part of such projects?

Ces dernières années, j'ai surtout travaillé comme producteur solo. J'ai collaboré quand j'étais dans une formation, The Eyes In The Heat, et aussi dans Zov Zov. J'ai vraiment apprécié les deux projets, constitués de gens très spéciaux que j'admirais et respectais. Je travaille en ce moment avec Jerome de Piano Magic et nous faisons de la musique autour d'improvisations de guitares, de voix et de trucs modulaires. C'est incroyable de faire un truc du genre, c'est très différent de ma musique en studio.

I mostly worked as a solo producer over the years actually. I have collaborated when I was with the band, The Eyes In The Heat, and also with Zov Zov. I really enjoyed both of these projects, they were with very special people who I really admired and respected. I am currently working a little with Jerome from Piano Magic, we are doing improvised music using guitars, vocals and modular synth stuff. It's amazing to do something like that, its very different from my studio based music.

Au regard de ta carrière extrêmement prolifique éprouves-tu des regrets sur certains de tes choix ou de tes œuvres ? Il y a-t-il des choses que tu aurais aimé changer ?

Given your extremely prolific career do you regret some of your choices or your releases? Is there some things you would liked to change?

Je pense que certaines sorties ont connu le succès, d'autres moins. Globalement je suis satisfait de ce que j'ai accompli, et content de certaines choses en particulier, et je pense que ces moments privilégiés n'auraient pu exister sans tout le reste. J'en ai fait beaucoup au fil des années, mais ça a été important pour moi de faire tout cela, comme si cela faisait partie d'un dessein et du besoin, pour la musique, de rester un phénomène constant.

I think some release have been a success and some have been less so, I am happy with most of what I've done, and I am really happy with particular things, and I think those golden moments could have only come if I did all the other stuff. I've done a lot over the years, but it's all been important for me to do, as it was a part of a process and a need for music to be a constant thing.

Il y avait dans Raudive un côté plus accessible au grand public, notamment avec des titres comme Obsession, Slave, Windows… Est-ce pour toi une page de ta musique qui s’est définitivement tournée ou penses-tu revenir avec des projets plus « léger » ?

There was in Raudive a more accessible side for a wider audience, especially with tracks like Obsession, Slave, Windows... Is it a part of your music that has ended for good or will you come back with "lighter" projects in the future ?

Oui, ces morceaus flirtaient avec une disco-house psychédélique. À cette époque, je voulais vraiment créer quelque chose de ce genre avec Raudive, mais je ne suis pas sûr d'y revenir. J'aime la deep house, donc cela dépend si j'ai quelque chose à dire dans le futur à travers ce style. J'ai envie de faire tellement de choses dans ma vie, et je veux essayer beaucoup de trucs, je suis sans cesse attiré par l'expérimentation, et les différents types d'énergie et de sensations.

Yes, those tracks were a kind of psychedelic disco-house almost. I really wanted to create something like that with raudive at that time, I am not sure if I will return to that, perhaps. I love deep house type stuff, it depends if i have something to say in the future with that style. I want to make so much stuff during my life, and I want to try lots of things, I am always interested to try ideas, and different types of energy and feeling.

Quels sont tes projets d’ici la fin de l’année ? À quoi doivent s’attendre les fans d’Oliver Ho ?

What are your plans for the end of the year? What should expect Oliver Ho fans?

J'ai les deux debut albums de mon nouveau label, DEATH & LEISURE. Le premier sera un single 7” Broken English Club, et le suivant un mini album de Zov Zov, mon projet plus expérimental avec Tommy Gillard. J'ai aussi décidé de faire un peu de musique inspirée par la musique industrielle et la noise, mais en la fusionnant avec du blues. J'aime jouer du blues à la guitare et je pense que ça pourrait produire un mélange d'idées spécial.

Merci !

I have the two debut releases on my new label, DEATH & LEISURE. The first will be Broken English Club 7” single, and the second will be a mini album from Zov Zov, my more experimental project I do with Tommy Gillard. I am also interested in making some more music that is inspired by industrial music and noise, but fusing it with blues music too. I love to play blues on the guitar and think it could be a strange and special mix of ideas.

Thanks !

Vidéo

Myths Of Steel And Concrete - Broken English Club


The KVB l'interview

The KVB, l'interview

Entre Hartzine et The KVB c’est une histoire qui dure… Nous les avons repérés, ils nous ont filé le track exclu, Discipline, pour notre compile sur le feu label BEKO DSL, on les a invités sur Paris, organisant au passage leurs deux premières dates françaises… On est pas peu fier de se dire qu’on a un modestement participé à l’éclosion du groupe dans le paysage musical hexagonal. Chroniqués à maintes reprises dans nos colonnes, on s’est dit qu’on allait faire l’impasse sur Of Desire (pourtant excellent disque synthétisant tout ce que le groupe fait de mieux…) pour mieux s’intéresser à leur aspirations de carrière. C’est avec toute la timidité qui les caractérise que Nick et Kat ont répondu à nos questions… Pour rappel le duo se produira le 5 Juillet à Paris à l'occasion des cinq ans de Petit Bain.

Hello, vous étiez de passage récemment à Paris, comment s’est passé le concert ?

Hello, you were in Paris recently, how was the show?

Vraiment génial. Pour nous, c'est assurément le meilleur concert qu'on ait jamais donné à Paris. Toutes nos dates françaises ont été fabuleuses, et Paris n'est qu'un de ces temps forts.

It was really great. For us it was definitely the best show we’ve played in Paris so far. All of our shows in France were fantastic, and Paris was just one of the many highlights.

On vous suit depuis longtemps, vous nous aviez d’ailleurs offert le morceau Discipline pour notre compilation sur Beko DSL, on vous a vu grandir, évoluer… Comment expliquez-vous ce succès si fulgurant ?

We've been following you since a while, you also gave us the exclusive track Discipline for our compilation Beko DSL, we've seen you grow, evolve... How do you explain this dazzling success ?

On s'est simplement attachés à faire ce qu'on aime en essayant de rester aussi productifs que possible, qu'il s'agisse d'écrire de nouvelles chansons ou de créer des visuels pour les concerts. On cherche continuellement à s'améliorer.

We’ve just kept focused on doing what we like and have tried to keep as productive as possible, whether it’s writing new songs or making new visuals for the live shows. We always want to keep improving what we do.

Comment qualifieriez vous votre musique ? On parle souvent de darkwave, de shoegaze, de post-punk… Mais vous êtes au-dessus de tout ça… D’où viennent vos influences ?

How would you describe your music? We often speak of darkwave, shoegaze, post-punk... But you are above of all that ... What are your influences?

Nos influences sont très diverses, du jazz à la techno industrielle. Je n'avais jamais entendu parler de « darkwave » ou « coldwave » avant d'entamer ce projet, et je continue à m'étonner de voir ces labels affectionner notre musique, alors qu'on ne peut pas dire que j'aie écouté beaucoup de « coldwave ».

Our influences are very varied, we like elements of everything from Jazz to Industrial Techno. I’d never heard of genres like “dark wave” or “cold wave” before I started this project, and it’s still a bit strange for me to see these labels attached to our music, as I wouldn’t say I’ve ever listened to much “cold wave”.

Vous changez régulièrement de label (Clan DestineRecords, A Records, Cititrax…), comment se porte le choix des personnes avec qui vous souhaitez travailler ?

You regularly move from one label to another (Clan Destine Records, A Records, Cititrax ...), how do you choose the people you want to work with?

Tout vient de nos rencontres et des personnes qui ont envie de sortir notre musique. On a connu beaucoup de labels, tous différents, mais ça tient à ce qu'on voulait rester dans la nouveauté et atteindre d'autres publics. Et puis on n'a jamais été tenus par des contrats à long terme. Pour l'heure, on est contents de bosser avec Invada.

It just comes through who we meet and who wants to release our music. We have used a lot of different labels, but that’s just been because we’ve wanted to keep things fresh and keep reaching new audiences. We’ve also never been tied down to any long-term contracts yet. At the moment we are very happy working with Invada.

The KVB - Of Desire

On était un peu anxieux concernant votre dernier LP Of Desire, vous sortez parfois deux albums par an, et on avait un peu peur que la formule soit éculée… Pourtant Of Desire s’avère être un disque magistral et innovant… Quelle est votre recette pour enchainer des disques aussi percutant et surprendre à chaque fois ?

We were a bit anxious about your last LP Of Desire, you sometimes get out two albums per year, and we were a little bit afraid that the formula might be overused... However Of Desire turns out to be a masterful and innovative album... How do you succeed in creating such powerful and surprising LPs every time?

Pour Of Desire, on voulait juste sortir un LP qu'on pourrait voir comme l'apogée de tout ce qu'on a fait jusqu'à présent, concentré dans un même album. Notre objectif était de combiner les chansons plus intuitives de nos tous premiers enregistrements et les sonorités expérimentales de Mirror Being, rehaussées de quelques idées neuves et une nouvelle approche de la production.

With Of Desire we just wanted to make an LP that could be seen as the pinnacle of everything we’ve done so far, together on one LP. Our goal was to combine the more immediate songs of our first few records, with the experimental sounds of Mirror Being, combined with a few new ideas and a different take on the production.

In deep est le premier clip où vous vous mettez en scène, pourquoi avoir attendu si longtemps ?

In deep is the first music video where we can see you playing, why did you wait so long?

La vidéo ne nous montre pas vraiment en train de jouer de nos instruments, mais oui, on nous voit. Je pense que si ça n'est jamais arrivé avant, c'est parce qu'on a fait toutes nos précédentes vidéos nous-mêmes et que l'intention portait davantage sur la texture des vidéos et l'émotion du corps.

You don’t actually see us playing instruments in the video, but yes you do see us. I guess the reason we haven’t been seen in a video before is because we’ve made all our previous videos ourselves and the intent has been more on the videos texture and bodily affect.

On retrouve dans Of Desire des morceaux beaucoup plus électroniques que d’habitude comme Silent Wave ou Awake… Était-ce un besoin d’aller dans de nouvelles directions ? De se réinventer ?

We can find in Of Desire much more electronic tracks than usual, like Silent Wave or Awake... Was it the answer to a need to go in new directions ? To reinvent yourselves?

Ces pistes sont le résultat de nos expérimentations récurrentes avec davantage de synthés et de séquenceurs, mais je n'irais pas jusqu'à dire qu'elles sont le signal d'une nouvelle direction. Il y avait quelques morceaux électroniques sur nos albums, mais je dirais que celles-ci sont mieux peaufinées que tout ce qu'on a fait jusqu'à maintenant.

Those tracks were the result of our increased experimentations with using synths and sequencers more, but I wouldn’t say they are necessarily signaling a new direction. We’ve always had a few electronic tracks on our albums, but I’d say these ones are more refined then anything we’ve done like that before.

The KVB c’est pour Klaus Von Barrel… Qu’est ce qui se cache derrière ce pseudonyme ?

The KVB stands for Klaus Von Barrel... What is behind this pseudonym?

Klaus Von Barrel n'existe plus et l'histoire de ce nom devrait rester un mystère.

Klaus Von Barrel doesn’t exist anymore and the history of that name should remain a mystery.

Vous avez eu aussi un projet plus pop, Die Jungen. Était-ce une parenthèse ou prévoyez vous de continuer le projet ?

You also had a pop project, Die Jungen. Was it just a break or are you planning to go on with this project?

Ce projet est terminé. J'ai sorti un disque, mais j'ai trouvé que le concept était allé aussi loin qu'il le pouvait. Quand j'ai du temps, je travaille sur des projets neufs et différents, et je dirais qu'on retrouve des éléments de Die Jungen dans certains morceaux que j'ai produits, mais si je venais à les diffuser ce ne serait pas sous ce nom.

No that project is finished. I released one record, but as a concept I felt it had gone as far as it could. When I have time, I am sometimes working on new, different projects and I’d say that there are elements of Die Jungen in some of the tracks I have made, but if they are ever released it wont be in that name.

Enfin, Nick, Kat, vous êtes en couple à la scène comme à la ville. Comment équilibrez-vous cette relation ?

Last question : Nick, Kat, you're a couple on stage and in life. How do you balance this relationship?

C'est naturel, on est ensemble depuis maintenant cinq ans et pour nous, c'est complètement logique de travailler avec la personne dont tu te sens le plus proche. On aime être ensemble et ce n'est pas difficile d'être sans arrêt en compagnie de l'autre, sur la route ou à la maison.

It’s natural for us, we have been together over five years now and for us it makes complete sense to make work with the person you feel most in tune with. We enjoy being together so it’s not difficult for us to be in each others company all the time, either on the road or at home.

Audio

The KVB - Silent Wave


Bracken, l'interview

Deux ans après Exist/Resist paru chez BARO, Chris Adams - Bracken (Hood  / Downpour) revient avec un ambitieux double LP cette fois à paraitre chez Home Assembly ce vendredi. Hanté et complexe, High Passes est le compagnon idéal d’un vagabondage nocturne, où paysages sépulcraux et lumineux s’enchaînent dans une diversité de production d’une grande maîtrise. Chris Adams, dont le chemin menant à l’électronique pure se fait des plus précis, oscille ici entre abstrakt, dub et kraut , versatilité justifiée par une envie insatiable d’expérimenter et défricher tous les territoires cybernétiques.

22 ans désormais que depuis son Yorkshire natale il parcourt avec classe et discrétion la nébuleuse indie , de la noise pop au post-rock avec Hood, la musique de Bracken se fait de plus en plus dépouillée évoquant Boards Of Canada ou parfois Burial, bref les brumes de Grande-Bretagne.

Audio

Bracken - How Is This A Cure?

Bracken, l’interview

Salut Chris comment vas-tu ? La dernière fois qu’on s’est entretenus on a évoqué Exist Resist, et le pourquoi d’un nouvel album  après tant d’années et voilà ce que tu m’avais dit : « Mon ordinateur n’arrêtait pas de me dire : “Votre disque dur est presque plein, supprimez des fichiers” , donc j’ai pensé qu’au lieu de supprimer des titres, j’allais les sortir. Oui, cela signifie vraiment qu’il y a d’autres choses à paraître. » High Passes fait donc partie de cette histoire de disque dur, quelle taille fait-il ? Est-ce que désormais on doit s’attendre à un album tous les deux ans ?

Hi Chris how are you ? Last time I talked to you about Exist Resist, the writing process and why a new Bracken now, this is what you told me : “My computer kept saying ‘your hard drive is nearly full, please delete some files’ so I thought instead of deleting the tracks I’d put them out. that does mean there’s more to come.” So High Passes is part of this “Hard Drive thing ”, how big is this “Hard Drive “ ? Should we expect an album every two years now ?

C’est possible, c’est un gros disque dur. J’avais oublié que je t’avais donné ça comme raison pour la sortie soudaine d’Exist Resist après tant d’années de silence mais ça marche plutôt bien. La vérité c’est que ça m’échappe toujours un peu que le procédé final et traditionnel de faire de la musique c’est de l’enregistrer. D'un pur aspect créatif, je suis plus heureux quand je fais de la musique avec la porte du studio bien verrouillée, tous les autres aspects sont de la pression inutile. Ça ne surprendra personne d’apprendre que la musique n’est pas ce qui paie mes factures, je peux donc prendre mon temps. L’idée de faire de la musique avec un certain délai afin de garder la dynamique et de s’embarquer dans des tournées et les circuits de festivals me fait trembler. Et oui une fois de plus il y a d’autres choses à venir.

Possibly, it’s a big hard drive. I’d forgotten I’d given that reason for the sudden release of  Exist/Resist after so many years of silence but it’s pretty accurate. The truth is, it also sort of slipped my mind that the final part of making music is traditionally actually getting around to releasing it. Creatively, I’m happiest when I’m just making music with the studio door firmly locked; all the other bits feel like unnecessary pressure. It’ll come as no surprise to anyone that music isn’t how I pay my bills so I can take my damn time. The idea of making music within a certain timeframe in order to keep the momentum going and to get on the touring/festival circuit etc. makes me shudder. Yes, again there’s more to come.

Tu as dit au sujet de cette album que tu voulais qu’il sonne comme ta mixtape préférée, est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce concept ?

You said about this album that you wanted it to sound like your favourite mixtape , can you tell us a bit more about this concept.

Et bien j'imagine que j'étais assez préoccupé à l'idée de mettre délibérément un titre différent de ceux sur lesquels je bossais les semaines précédentes, pensant que j'allais perdre en cohésion sur l'album. Pourtant maintenant je pense que c'est une bonne façon de bosser. A la fin quand tu fais le tri dans ce que tu penses être tes meilleurs morceaux il y a des chances que ça fasse un effet  mixtape comme s'il s'agissait d'artistes différents et j'aime beaucoup cette idée. Ça marche aussi avec le fait que je ne sais jamais ce que je vais faire au quotidien en matière de son et de mes goûts.Par coïncidence j'étais vraiment a fond sur le dernier  LP de Oneothrix Point Never qui part dans tous les sens, un truc bien ambitieux qui a aussi son côté mixtape.

Well, I guess I used to get a bit worried about purposefully setting out to make a track that is as different as possible from whatever I was working on the previous week, thinking I might not be making ‘cohesive’ recordings – however, I now think this is a really good way of working. Ultimately when you finally pick what you feel are the best tracks from a really mixed bag, it’s going to have a mixtape kind of feel, like it could be different artists, and I really like that idea. It also really suits the fact that, in truth, I never know what I’m doing or what my tastes are on a daily basis. Coincidentally, I was really taken by that recent Oneohtrix Point Never LP where it was just flying at you from all directions, very ambitious stuff, that had a really good mixtape sort of feel.

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L’album précèdent était paru chez BARO, maintenant chez Home Assembly , y a-t-il une raison à ce changement (le format K7 et vinyle) ? Ton frère et Andrew ( A new Line Related et Famous Boyfriend ) sont aussi signés chez Home Assembly , ça en fait presque un label familial non ? Au fait qui s’occupe de ce label ?

The previous album was released by BARO now it’s on Home Assembly, is there a reason for this change (tape and vinyl)  ? Your brother and Andrew are signed on Home Assembly it’s almost a family label isn’t it  ? By the way who runs Home Assembly ?

Au moment où tu me poses cette question, BARO s'occupe de la version cassette. Donc la première partie de ta question sur les formats ne marche pas trop (si c'est ce que tu voulais dire). BARO m'a approché sans crier gare, j'étais tellement impressionné par leur catalogue et leur esthétique que j'ai sauté sur l'occasion. Que ce soit BARO ou Home Assembly ils ont vraiment de belles archives et je pense que des labels comme eux auront toujours une place dans la musique. Ils agissent comme une sorte de balise de détresse face au nombre incalculable de labels qui se digitalisent. Baro m'a imposé le format de la cassette ce qui m'a aidé a forger et guider la sortie et Home Assembly m'a harcelé pendant quatre ans pour que je finalise High Passes, les deux m'ont apporté beaucoup de soutien et de connaissances techniques.

À propos de Home Assembly, c'est vrai que ça commence a ressembler à une maison de retraite pour les membres de Hood, pas vrai ? Je ne suis pas très sûr de la façon dont tout ça s'est passé mais c'est le bon endroit pour mes derniers albums car ils sont attachés à chaque sorties. Je ne suis pas complètement certain de qui gère le label, il semblerait que ce soit une, deux ou trois personnes selon la journée. Ils se sont établis dans une ville qui s'appelle Saltaire, qui en y réfléchissant est une ruche d'activité et de créativité pour un si petit lieu de l'ouest du Yorkshire. Je ne serai pas surpris personnellement que la ville entière soit un culte géant. Je suis allé au QG du label mais je suis allergique au chat du coup mes yeux ruisselaient à tel point que je n’ai pas pu jeter un bon coup d'œil sur l'identité du ou des gérants.

Well, in the time since you posed that question you will have seen that BARO are actually handling the cassette version of the vinyl/CD. So the first bit of the question doesn’t quite apply as it’s out on all formats (if that’s what you meant). BARO just approached me out of the blue; I was so impressed with their back catalogue and the whole aesthetic of the label that I jumped at the chance of getting on board. Both BARO and Home Assembly do a great job of curating impressive back catalogues and I think labels like these will always have a place in music; they act as some sort of beacon to the overwhelming amount of material that is just flooding out digitally. BARO gave me the restriction of the tape format which helped shape and guide the release, Home Assembly harassed me for four years into finishing ‘high passes’; both offered support, encouragement and technical know how.

As for Home Assembly, it does seem like a bit of a retirement home for Hood alumni doesn’t it? Not really sure why that has happened but it is a good place for my recent material as they really care about each release. I’m not entirely sure who runs the label. It seems to be one, two, or three people depending on the day. It operates out of a town called Saltaire which, on the face of it, is a quaint artistic hive of activity in a somewhat creatively isolated patch of West Yorkshire. Personally though it wouldn’t surprise me if the whole town was just a giant cult. I’ve been to the headquarters of the label but I’m allergic to cats, so my eyes stream so much when I’m in there it’s hard to get a proper look at the label owner/s.

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Quel matériel utilises-tu ? Un ordinateur ou des synthés analogiques ?

What gear do you use ? computer or analog synth?

Un peu de la colonne de gauche et un peu de la colonne de droite. Récemment j’ai travaillé plus avec la colonne de droite.

A little from the left column, a little from the right column. Recently I’ve worked much more with the right column.

J’ai le sentiment que ta musique devient de plus en plus sombre et plus variée qu’elle ne l’était, dirais-tu que ton sens de l’exploration est en pleine croissance ?

I feel that your music is getting darker and more varied, that it used to be, would you say that you your sense of exploring is growing ?

Oui je le pense. Je dirais aussi que mes dernières sorties sont plus obscures mais ne sont pas complètement représentatives de ce que j’ai enregistré dernièrement. Le temps d’un album « joyeux » est peut être venu,qui sait ?

I would. Also I’d say that my recent releases have been pretty dark in tone but that’s not fully representative of the music I’ve been recording. It might be time for a “happy” record, who knows?

La pochette de l’album reflète assez bien la musique et son évolution , la nature est toujours présente mais les formes abstraites  et les éléments électroniques ont pris le dessus , était-ce ce que tu voulais représenter, un monde gris et surconnecté ?

The cover of the album reflects pretty well your music itself and its evolution, nature is still present but forms, electronics and abstraction are taking over, is it what you wanted to show a grey and overconnected world ?

Pour être honnête c’est un résumé assez précis du message derriere la pochette et plus largement de l’album. Je dois remercier Home Assembly pour cette pochette parce que je leur donnais des descriptions assez décousues  de ce que je voulais et ils ont vraiment aidé pour le design. Les formes sur la couverture sont abstraites et représentent des ondulations sonores, la colline/ montagne reflète cette forme avec une division égale entre le ciel et la terre. C’est un truc plutôt profond en fait , bien trop pour un imbécile comme moi. Je sais aussi que ça va envoyer le label à la faillite parce que ça a été cher à faire, mais eh qu’est-ce qu’on peut y faire ?

To be honest that’s a pretty neat summary of the ‘message’ behind the sleeve and, to a large extent, the record. I have Home Assembly to thank for that sleeve as I gave them a rambling description of the sort of thing I was trying to get across with the record and they helped with the design. The shapes on the front are an abstract representation of a sound waveform and the hill/mountain thing sort of mirrors the shape, with an equal division between earth and sky. It’s all very clever stuff, certainly too clever for a big dunderhead like me. I know it’s also probably going to send the label bankrupt as it was expensive to do, but what can you do about it eh?

Mixtape


Mixtape Bracken by Full Moon Fuck
01. La Monte Lament – Bracken – We Know About The Need,2007 ( Anticon )
02. Still Here – Bracken – High Passes , 2016 (Home Assembly )
03. Heathens – Bracken - (Third Eye Foundation's Step It Out Of Lebanon Version) – Remixes, 2007 ( Ears Hoping )
04. We Put The Pop In Unpopular – Bracken – Exist Resist 2014 ( Baro )
05. How Is This A Cure ? – Bracken – High Passes, 2016 ( Home Assembly )
06. This Same Picture Again – Bracken – Exist Resist, 2014 ( Baro )
07. Masked Headlands – Bracken – High Passes, 2016 ( Home Assembly )
08. Safe Safe Safe – Bracken – (The Boats Remix) – Remixes, 2007 ( Ears Hoping )
09. Many Horses – Bracken – We Know About The Need,2007 ( Anticon )
10. Gain Calderlike - Bracken - Eno About The Need, 2007 ( Anticon )