Parquet Courts - Light Up Gold

À la réception de Light Up Gold, premier véritable album des Américains de Parquet Courts - après un American Specialities de 2012 passé relativement inaperçu, en premier lieu à cause d'une distribution absente et d'un support cassette - on espère d'abord qu'à l'instar des craquinettes, le meilleur est à l'intérieur. Non pas qu'on ait une dent contre le rodéo et le jaune moutarde, mais tout de même, à la vue de l'artwork, rien de très élégant, rien de très urbain de prime abord. Mais heureusement, dès l'introductive Master of My Craft, nos inquiétudes sont balayées par un bon coup de Converse. Car en dépit de l'origine de ses deux têtes pensantes, le quatuor n'a rien d'une bande de cul-terreux texans : la petite troupe transpire New-York, tout du moins en ce qui concerne l'attitude. On comprend assez vite qu'on a à faire ici à une joyeuse équipe de slackers, dont la principale ambition sera de balancer sans complexes une succession de petites bombes corrosives, lardées de riffs tranchants et saupoudrées d'un chant je-m'en-foutiste à souhait. Rien de neuf sous le soleil, me direz-vous. En effet, on est loin du Think Tank aux ambitions avant-gardistes. Mais ces garçons ont un talent indéniable pour trousser et expédier ces hymnes dégingandés et rageurs à toute berzingue, propulsés par une énergie juvénile qui, si elle n'est peut-être déjà plus de leur âge, prouve au moins que ces garçons n'ont rien perdu de leur fraîcheur originelle. On n'est pas complètement étonnés non plus de la qualité de ces compositions : Andrew Savage, l'un des leaders et voix de Parquet Courts, nous avait déjà enchantés en 2011 avec Unlearn, premier et excellent album de Fergus & Geronimo, qui présentait déjà certaines de ces heureuses caractéristiques. Mais dans ce nouveau giron de Parquet Courts, tous les éléments semblent... catalysés. On pense bien sûr aux Feelies pour l'urgence adolescente, l'humour, la simplicité, et à Pavement pour le côté laid back, lo-fi, et un certain art de la dissonance, notamment sur N Dakota. On pense aussi beaucoup à Eddie Argos et sa troupe d'Art Brut à l'écoute du phrasé singulier de Savage, sorte de scansion en courant alternatif, avec une propension à faire un slogan d'à peu près n'importe quoi, et en définitive assez irrésistible. Ainsi, bien qu'ancrés dans une école new-yorkaise dont la figure tutélaire pourrait être, sans surprise, Television, les titres de Parquet Courts sont comme par magie mâtinés d'un esprit british du plus bel effet, pour un mélange des saveurs aussi rafraichissant que pimenté. Sorti depuis déjà quelques mois par le groupe, mais idéalement distribué chez nous en ce début d'été, Light Up Gold est une vrai réussite qui se prête magnifiquement à une saison électrique et ensoleillée, gorgée de chaleur et d'apéritifs en tous genres. Parquet Courts, Top of The Pops!

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Tracklist

Parquet Courts - Light Up Gold (What's Your Rupture?/Mom & Pop/PIAS, 2013)

1. Master of My Craft
2. Borrowed Time
3. Donuts Only
4. Yr No Stoner
5. Yonder is Closer to the Heart
6. Careers in Combat
7. Light Up Gold I
8. Light Up Gold II
9. N Dakota
10. Stoned and Starving
11. No Ideas
12. Caster of Worthless Spells
13. Disney P.T.
14. Tears O Plenty
15. Picture of Health


Primal Scream – More Light

Il y a les revivals tout moisis (suivez les pavés jonchant notre vitrine), et ceux dont tout le monde semble se foutre, passant à côté de ce qui reste et restera certainement l’un des comebacks les plus convaincants de la décennie. Alors qu’on essaye à grands coups de marteau-pilon de nous faire croire que la pop anglaise n’est pas morte et enterrée, se trouvant des héritiers aussi éphémère que Django DjangoThe XX ou encore Alt-J, les papis tentent de prendre la relève (, Depeche ModeStone Roses…) n’ayant même pas la jugeote de constater que leur musique sent déjà les chrysanthèmes depuis des lustres. Malgré un Beautiful Future à côté de la plaque et une tournée anniversaire en demi-teinte, le plus écossais des groupes de brit-rock confirme, du haut de son dixième album studio, son statut d’icône, pilonnant au passage tout ce qui se revendique ouvertement pop. On souhaite bonne chance à ceux qui s’imaginaient déjà pisser sur la pierre tombale de Gillespie, celui-ci livrant de son sourire narquois l’album le plus complet, abouti et jubilatoire entendu depuis le Parklife de Blur, la rage et des années baigné dans l’acid-house en plus.

PRIMAL SCREAM 04 NIALL O'BRIEN

Loin du pamphlet commercial, More Light sonne brut. Un travail dû aux exigences du producteur David Holmes qui semble en avoir fini avec les musiques d'ascenseur et s’être sorti les doigts du cul afin de retrouver la verve de son sublime Let's Get Killed. Autant dire que ceux qui s’attendaient à écouter ce LP confortablement installés dans leur canapé en dévorant une pizza risquent de se retrouver avec les anchois collés au plafond. 2013 balance sec, ouvrant de manière tonitruante cette cuvée sous forme de time-lapse musical piochant autant dans le répertoire de Vanishing Point que celui de XTRMNTR, la cogne en sus. Entre hit stoogien et poésie post-apocalyptique - “It’s a final solution, to teenage revolution… inducted, corrupted, seduced & reduced. Deluded, excluded. Shackled and hooded…” - Gillespie nous hypnotise de sa transe reptilienne, crachant son venin avec délectation, ravivant la fougue des excès qui s’était atténuée depuis Riot City Blues. Mais enfin c’est bien joli tout ça mais que penser une fois cette majestueuse intro de neuf minutes (tout de même) écoulée ? Que du bien. L’auditeur est pris au piège dans un défouloir où s’entrechoquent rock hargneux, noise pop, acid-house et parfois tous les styles en même temps sans pour autant être indigeste le moins du monde. Peu de groupes peuvent se targuer de pouvoir passer du psychédélisme narcotique d’un Hit Void aux dévastations mélancoliques d’un Tenement Kid, brûlot rageur sur les ravages de l’enfance. Car même si dixième LP semble bien parti pour être le plus accompli du combo (une fois de plus remanié, Mani ayant finalement quitté le navire pour rejoindre ses ex-comparses des Stone Roses), il a également oublié d’être con, laissant la part belle à des textes vacillant entre visions cauchemardesques et réflexions désespérées sous codéine.

Alors pourquoi faire l’apologie d’un tel album me direz-vous ? Y en a-t-il vraiment besoin ? Car loin de ses désirs de célébrité, Bobby Gillespie est LA pop star, éclipsant d’une chiquenaude les mercantiles derniers albums de Daft Punk ou de !!! (Chk Chk Chk) d’un groove véritable, pur, à contre-courant et purement jouissif. Parce que More Light est peut-être le dernier vrai album de rock anglais entendu depuis une bonne décade. Et puis, même si en réalité la phrase est sortie de son contexte, comment résister à un groupe qui eut pour hymne Kill All Hippies ?

 

Vidéo

http://youtu.be/bdCraT9_wk4

Tracklist

Primal Scream - More Light (PIAS, 2013)

1. 2013
2. River of Pain
3. Culturecide
4. Hit Void
5. Tenement Kid
6. Invisible City
7. Goodbye Johnny
8. Sideman
9. Elimination Blues
10. Turn Each Other Inside Out
11. Walking With the Beast
12. Relativity
13. It's Alright, It's OK

Bonus Disc

1. Nothing Is Real / Nothing Is Unreal
2. Requiem for the Russian Tea Rooms
3. Running Out of Time
4. Worm Tamer
5. Theme From More Light
6. 2013 (Weatherall Remix)


Fujiya & Miyagi

fujDeux ans à peine se sont écoulés depuis Lightbulbs, objet sonore narcotique pour dancefloor sub-aquatique, que le trio britannique Fujiya & Miyagi s'apprête à remettre le couvert. Toujours attaché à injecter une bonne dose de krautrock dans ses mélodies suintant la pop paranormale, Sixteen Shades of Black & Blue, second extrait du futur Ventriloquizzing, ne fera pas défaut à ses habitudes... On retrouve sans déplaisir la voix trainante de Maître Miyagi trottinant sur une ligne mélodique électro-blues écorchée, pincée de quelques accords de synthé aux échos inquiétants... Une sublime mise en bouche en attendant leur show de ventriloquie prévu pour le tout début d'année prochaine.

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Fujiya & Miyagi - Sixteen Shades of Black & Blue


Hartzine Session : Avi Buffalo

avi0001A l'occasion de leur passage à Paris, les Californiens d'Avi Buffalo nous ont accordé une petite session. Je vous vois venir : Buffalo qui ? Avi Buffalo est le groupe du leader Avi Zahner-Isenberg, jeune produit de Long Beach à peine sorti du lycée. Il rêvait petit d'être un grand skateur et surtout d'avoir une Game Boy qu'il réclamait souvent à ses parents. Mais ces derniers ne cédèrent pas et pour le calmer lui offrirent une guitare à 12 ans. C'est comme cela que tout commença. Après quelques d'années d'expérimentations dans le garage familial et avoir trouvé ses trois compagnons de route au sein du même lycée, Avi Buffalo était enfin créé. Repéré sur MySpace via leur single What's In It For? par le label Sub Pop, ils ont sorti leur premier album sobrement intitulé Avi Buffalo en avril dernier. Dix ballades pop qui montrent déjà la maturité musicale de ces bambins. Dans l'ambiance rose bubble-gum des loges du Réservoir, Avi, accompagné de Rebecca, nous interprète What's In It For? et  Summer Cum.  Ils ne sont pas trop attachants ?

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Villeneuve l'interview

l_f0d8101ed14d4e27a2ae10338e1bad2cBenoît de Villeneuve, dont le magnifique et déjà classique Dry Marks of Memory est paru il y a peu, nous a accueillis chez lui pour une entrevue où il nous parle de ses influences, de ses compositions et de ses projets. Installés dans l'un de ses canapés aussi confortables que vintages, entourés de livres (dont l'excellent No Wave de Thurston Moore et Byron Coley), de pochettes de vinyles minutieusement accrochées au mur et de piles de cd charriant l'équilibre, nous laissons cet érudit passionné nous ouvrir les porte de son univers musical. Et c'est avec un plaisir non dissimulé que nous le retrouverons sur scène, en compagnie des Canadiennes de Suzanne the Man et de l'anglais Jonjo Feather, le 01 avril prochain à la Flèche d'Or lors d'une soirée organisée par nos amis Les Boutiques Sonores.

A cette occasion, et pour mesurer à sa juste valeur l'une des trop rares apparitions scéniques de Benoît de Villeneuve, nous nous associons avec Les Boutiques Sonores pour vous faire gagner deux places de concerts et deux exemplaires deux exemplaires du maxi vinyle Death Race (Edition limitée, 2009). Pour ce faire, rendez-vous ici.

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The Black Box Revelation - Silver Threats

silverthreatsmyspaceDepuis longtemps, la Belgique s'est imposée comme l'un des meilleurs fournisseurs de groupes qui ont la frite (ha ha). Ses deux jeunes rejetons réunis sous le patronympe de The Black Box Revelation ne se gaufrent pas (promis, j'irai me flageller à la fin de cette chronique) avec ce deuxième album flamboyant qui place l'année 2010 sous les meilleurs auspices.
L'influence du Black Rebel Motorcycle Club, déjà décelable en filigrane dans leur premier opus, est cette fois-ci plus qu'omniprésente, et ce dès les premières notes de High On A Wire. Le jeune Jan Paternoster y impose cependant la marque de sa voix nasillarde, moins élégante que celle de son comparse américain, mais toute aussi classe. Son chant est aussi dégueulasse que celui de Jack White sur les trois premiers albums des White Stripes, mais totalement maîtrisé. Après ce premier titre fulgurant, l'excitation retombe légèrement avec Where Has All This Mess Begun et Run Wild, les deux morceaux les plus fades de l'album. Quitte à accepter leur présence, on aurait préféré les voir relégués au fin fond du disque plutôt que de constater cette petit brisure de rythme. Rien de bien grave néanmoins, car on enchaîne immédiatement avec l'excellent 5 O'Clock Turn Back The Time, aux relents de country boueuse. Et l'énergie qui caractérise le groupe semble définitivement revenue sur You Better Get in Touch With The Devil, morceau mi-parlé, mi-chanté dans lequel Paternoster a tout le loisir de nous faire profiter de sa toute nouvelle maîtrise vocale, à la fois contrôlée et désinvolte. C'est ce qui fait le charme de ce duo qui se renouvelle sans innover, mais dont le garage rock est diablement efficace. Jack White lui-même n'aurait sans doute pas renié le riff simpliste du titre suivant, Do I Know You. C'est dire. Le graisseux Sleep While Moving amorce un semblant de retour au calme. Mais c'est avec Our Town Has Changed For Years Now que The Black Box Revelation convainc définitivement l'auditeur dubitatif : en effet, réussir à atteindre la même grâce que sur le sublime Devil's Waitin du BRMC (Howl, 2005), c'est un joli coup pour deux gamins à peine sortis des jupes de leurs mères. Du dernier quart de l'album, on retiendra les hypnotiques et presque psychédéliques Love Licks et Here Comes The Kick, grâce auxquels le duo montre qu'il n'a pas que deux cordes à son arc.
Silver Threats sonne l'heure de la maturité pour The Black Box Revelation. Jan Paternoster et Dries Van Dijck se révèlent capables de livrer un album plus maîtrisé que le premier sans perdre pour autant la fougue sauvage que l'on appréciait tant chez eux. Même les paroles simplistes du premier opus, qui trahissaient leur jeune âge (Love is good... Hate is bad... Moui.) ont évolué. L'inévitable et rabâchée comparaison avec le grand club de moto à bandes blanches est bien légitime : ces deux-là ont la classe américaine.

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The Black Box Revelation - Our Town Has Changed For Years Now

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Tracklist

The Black Box Revelation - Silver Threats (T for Tunes/PIAS, 2010)

1. High On A Wire
2. Where Has All This Mess Begun
3. Run Wild
4. 5 O'Clock Turn Back The Time
5. You Better Get In Touch With The Devil
6. Do I Know You
7. Sleep While Moving
8. Our Town Has Changed For Years Now
9. Love Licks
10. You Got Me On My Knees
11. Here Comes The Kick
12. Part Of Me


On y était - The XX & These New Puritans

The XX et These New Puritans, festival Super! Mon Amour, Jeudi 18 février 2010,Paris, La Cigale

Point d'orgue du festival Super! Mon Amour, ce 18 février a des airs de Saint Valentin retardé. Hé oui ce dernier était un peu le cadeau rêvé si vous aviez quelque peu négligé votre moitié le 14 février...
A 19h, déjà une longue queue aborde l'entrée de la Cigale, le temps de faire le tri sélectif de flyers, on peut enfin entrer dans la salle. Le tout Paris est au rendez-vous. Toutes les places du balcon sont réservées, on se fait une petite place près de la scène pour pouvoir apprécier à sa juste valeur The place to be in paris ce jeudi.

These New Puritans

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Désolé les amis. Car avant de côtoyer les cieux, il faudra survivre à l'expérience expérimentale d'outre-tombe de These New Puritans. La scène s'assombrie et l'intro de We Want War arrive imposante et les premiers murmures de Jack Barnett se font entendre... Au revoir les bons sentiments et bienvenue dans un monde où les hommes sont devenus des machines au service du bruit... Aucune interaction avec le public n'est possible... Une chute libre sans fin. Un show déshumanisé, essentiellement consacré à la présentation de leur second album Hidden, mais qui ne laisse personne indifférent. Soit on adhère soit on subit... On subit surtout... Peut-être qu'au-delà de leur trip dark-médiéval, sur scène les TNP ont l'air plutôt de jeunes anglais dépressifs. On se sent pris au piège... Les jeux de lumière laisse peu de place pour prendre des photos ou même filmer (n'est ce pas Arte ahah).  Bref, ils n'ont pas fini d'agacer et ce n'est pas avec leur prestation de ce soir que les avis vont changer.  Ce concert laisse le même constat amer aux nombreuses personnes avec qui je discutais de leur prestation "je ne comprends vraiment pas leur deuxième album...". En résumé, beaucoup de bruit pour pas grand chose. Aux dernières nouvelles Saint-Malo recherche toujours activement le chanteur Jack Barnett qui s'est visiblement perdu en Bretagne annulant ainsi la prestation du groupe à La Route Du Rock deux jours après leur prestation à Paris...

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The XX

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Un grand rideau blanc cache la scène, quelques notes surgissent, un grand X apparaît alors. Oui Paris appelle au secours les 3 minots de Wandsworth, tel Gotham City appelant Batman, pour pouvoir épurer leur âme ce soir-là pervertie par les incantations de These New Puritans. Le temps passe pour The XX mais leur succès ne fait que s'amplifier. Tout va vite, si vite, peut être trop vite pour eux. De leur showcase au Motel à leur prestation de ce soir, il s'est à peine écoulé 8 mois. 8 mois d'encensement mondial après la sortie de leur premier album et Paris, ce soir, ne déroge pas à la règle. On est sous le charme. Leur show est à l'image de leur musique: épuré, minimaliste, puissant et fragile à la fois. Fort est de constater que Romy et Jamie chantent tellement bien que leurs voix vous touchent au plus profond de votre âme et qu'on reste suspendu à leurs lèvres. Sur certains passages, mon cœur balance entre prendre des photos ou juste apprécier le concert et tendre ma main à ma douce, dur dilemme. Leur prestation est hypnotique et le public parisien est ravi de cette soirée et souhaite se faire entendre...Jamie, Romy & Oliver se retirent donc sous les applaudissements après en laissant tourner leur remix de You Got The Love de Florence & The Machine. Si vous voulez les voir en concert, leur prochaine date parisienne est prévue le 14 juin prochain à l'Olympia... Mais c'est déjà complet!

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Merci à Esther de chez Beggars

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Florence & The Machine - You Got The Love (The XX Remix)

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Villeneuve - Dry Marks Of Memory

cover-1C'est avec une impatience non dissimulée que j'ai essayé depuis le 5 octobre 2009, date de la sortie du maxi Death Race de Villeneuve, de percer un secret d'alcôve foutrement bien protégé. Littéralement émerveillé par cette embarquée virevoltante au long court, dont le clip, un montage d’images du film THX 1138 (1971) de Georges Lucas, fait passer son homonyme québécois pour un coureur de bacs à sable, j'ai tenté par tous les moyens d'en savoir plus sur Dry Marks of Memory, album à paraître le 22 février, dont Death Race est extrait. En vain. Et c'est au moment où je m'y attendais le moins qu'un Loup savamment aiguillonné me le glisse entre les mains. Rongeant mon frein, je m'étais documenté sur le passé d'un jeune homme à la discographie aussi ténue que son curriculum vitae n'est fourni. Un Ep, Graceland, sorti en 2004 précède un album paru l'année suivante, First Date, où Villeneuve, épaulé tout au long du disque par Mélanie Pain (Nouvelle Vague), égraine un savoir faire électro-pop indéniable (Mercury, Oh No), parfois suranné (The Falling, Men Like You) mais jamais ennuyeux (Words are Meaningless). C'est entre ces quatre années, séparant ce premier rendez-vous à la sortie de Dry Marks of Memory, que se déploie le parcours d'un Villeneuve producteur exigeant et touche à tout, oscillant entre circuit indé et réseau mainstream. Il travaille aussi bien avec M83 et Agoria, que Christophe Willem, Stéphane Eicher ou Anaïs. De quoi forger son oreille et sa volonté à l'enclume du succès. Ainsi Dry Marks of Memory porte son titre à merveille. Ce qui frappe à la première écoute tarabuste toujours à la vingtième : loin de l'unicité à laquelle on peut s'attendre, Villeneuve s'offre une large introspection caressant de son inspiration érudite un large pan de la musique contemporaine, sautant, de plages en plages, du coq à l'âne. Cet hétéroclisme avoué et cette science du clin d'œil, tout en subtilité, font de ce disque une ode au septième art tant son esthétique raffinée dépeint un kaléidoscope de paysages intérieurs plus visuels que sonores. Comme sur son précédent disque, Villeneuve imprègne ses compositions de la chaleur de voix féminines en invitant Liz Green, que l'on a découverte lors du récent festival MO'FO', qui enlumine de son timbre de velours l'électrique Words of Yesterday et l'acoustique Second Start, et Nili, de Lilly Wood and The Pricks, lors d'une confondante balade folk douce amère. Le chanteur belge Ozark Henry participe lui à l'un des sommets de l'album sur le morceau Yours and Yours d'un classicisme pop indémodable. Tant par ses rêveries éveillées (Dry Marks of Memory, Victoria Falls) que par ses angoisses éthérées (Patterns, Day One), Villeneuve semble s'appliquer à marcher non loin des pas d'un Sébastien Schuller ayant intégré, dans sa fabrique d'onirisme pop, la puissance des guitares et la magnificence de leur saturation.
Le mystère une fois élucidé ne perd pas de son éclat. Au contraire, celui-ci se révèle au centuple.

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Villeneuve - Yours and Yours (avec Ozark Henry)

Tracklist

Villeneuve - Dry Marks of Memory  (PIAS, 2010)

1. Set the Level
2. Dry Marks of Memory
3. Patterns
4. Words of Yesterday (avec Liz Green)
5. Victoria Falls
6. The Sun (avec Lili)
7. Yours and Yours (avec Ozark Henry)
8. Day One
9. Second Start (avec Liz Green)
10. Death Race


Errors - Come Down With Me

errors_comeJe ne vais pas m'épancher sur le sort de chroniqueurs abasourdis de satiété, devant irrémédiablement écouter, jeter, écouter, mettre de côté, écouter, chroniquer, et ce à contre courant d'un flot digital inaltérable. Je ne le ferai pas car s'il est facile, dans cet engrenage sans fin, de passer à côté d'un disque insinuant la réécoute, ou même de galvauder l'originalité d'un autre, empêtré que l'on est dans un fatras de références aux allures de querelles byzantines, il est tout aussi aisé et agréable d'être saisi par l'évidence et la beauté de quelques accords, imprimant la marque d'un groupe jusqu'au bout de chacune de nos terminaisons nerveuses. Techniquement, et lorsqu'il s'agit de gestes ou de paroles, on parle de coup de foudre. C'est ce bonheur trop intense pour être commun que réserve Come Down With Me des écossais d'Errors à tout amateur nauséeux de post-rock. Loin des clichés du genre, les quatre garçons dans la brume que sont Simon Ward (guitare, claviers), Greg Paterson (guitare), Stephen Livingstone (guitare, claviers) et James Hamilton (batterie) dynamitent avec un savoir-faire d'orfèvre les distances séparant leur Glasgow natal d'un Sheffield rêvé, embrigadant leurs frétillantes guitares dans les spasmes discoïdes de rythmiques échevelées. Si leur précédent disque, It’s Not Something But It Is Like Whatever (Rock Action, 2008), s'avérait un peu tendre, démuni de véritables singles à la puissance de feu incantatoire, Come Down With Me - titre d'album rappelant non sans inadvertance Come On Die Young de Mogwai, géniteur du label Rock Action sur lequel est signé le groupe - embraye dès un premier round d'observation plutôt serein (Bridge Or Cloud ?) sur une succession de morceaux dont la formule addictive reste encore à écrire dans le grand livre de la pharmacopée instrumentale. Car à n'en pas douter le morceau A Rumor In Africa fera date tant ses circonvolutions rythmiques sont parfaitement arbitrées par une guitare volubile et des claviers enchanteurs se renvoyant la balle entre dancefloor et musique de chambre. La suite n'est que pure logique opiacée : on descend dans une discothèque aux atours fluorescents et ce malgré l'ébriété provoquée par l'amoncellement de beats bien placés. On file ensuite chiller aux Antipodes le temps de voir comment Slint, figure de proue de la sainte trinité post-rock, peut en quelques claquements de batteries et nappes de synthé, se faire déposséder de sa moelle martiale. The Erskine Bridge fait plus que répondre par son titre à l'interrogation posée en ouverture (Bridge Or Cloud ?) : sa déconstruction contemplative, par un clin d'oeil caractérisé aux paysages déshumanisés de Mogwai, jette un pont entre deux mondes, des ambiances intimistes de docteurs ès harmoniques à celles roboratives et oniriques sur Sorry About The Mess que le Plaid d'Eyen n'aurait pas reniées. Avec Germany et sa batterie introductive, Errors répond, dans sa grande mansuétude, à toute la cohorte de néo-tribalistes (Vampire Weekend etc), qu'il est préférable de laisser les instruments insinuer d'eux-mêmes la transe par une alternance de rythmes en cascade. Le point de rupture entonné par Jolomo et ses rafales de notes cristallines break-dancées étirent la nuit de quelques heures, vitupérant la fatigue de sourdes vibrations synthétiques, quand The Black Tent et ses arpèges rebrousse-poils caressent les premières lueurs du crépuscule. Beards clôt, dans un final atmosphérique, de sa basse chaloupée et de ses variations cadencées, un disque enregistré en six mois dans le propre studio des garnements, un bunker paumé joliment dénommé "the freezer". Pour des mecs sortis d'un congélo pendant autant de temps, l'afflux sanguin provoqué par leur gouaille emphatique reste un mystère. Mais plutôt que de tenter de l'élucider, je monte le son, je monte le son, je monte le son, je monte le son, je monte le son... Errors dans le programme, il m'est impossible de passer à autre chose : je suis un chroniqueur au chômage, vivant d'amour et d'eau fraîche.

Thibault

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Errors - A Rumor in Africa

Tracklist

Errors - Come Down With Me (Rock Action / Pias, 2010)

1. Bridge Or Cloud ?
2. A Rumor In Africa
3. Supertribe
4. Antipode
5. The Erskine Bridge
6. Sorry About The Mess
7. Germany
8. Jolomo
9. The Black Tent
10. Beards


Soap & Skin - Marche Funèbre EP

soapskin-artworkSoap&Skin vient d'Autriche. Un curieux nom de scène pour une jeune femme d'à peine dix neuf ans, à la beauté fragile et au teint diaphane. Quoi que. Dès les premières notes on pressent l'étrangeté cristalline, la pureté maladive. Le titre de son récent EP, Marche Funèbre, n'est guère plus rassurant. On ferme les yeux et on se retrouve en plein cœur d'une nuit froide, où la voûte céleste se joint à la terre déshumanisée par d'épais rideaux brumeux. On reste à l'affût, on trésaille, et il y a de quoi. Avec déjà un album à son actif, Lovetune for Vacuum (PIAS, 2009), et deux maxis inauguraux (S/t - 2008, Spiracle Single, 2009), Anja Plaschg, de son véritable nom, n'a pas perdu de temps pour composer et enregistrer ses comptines transpirant d'effroi et égrainer ainsi ses obsessions morbides. Telle une Chan Marshall possédée, ou un double antithétique de Chris Garneau, Anja Plaschg électrise la peau et les âmes d'oraisons minimalistes, où sa voix d'opale s'adjoint d'infernales mélodies exécutées au piano, le tout subrepticement agrémentés d'une électronique triturée et de cordes anémiées. La demoiselle aux mains d'argent règne sans partage dans son royaume de l'étrange, aux arcanes gothiques et aux décoctions instantanées quasi surnaturelles. Les deux versions proposées sur cet EP de Marche Funèbre, dont l'original est inclus dans Lovetune for Vacuum, inoculent le maléfice et son lot d'incongruités - cris lointain, déchirement de cordes, mantras catatoniques - dans les interstices d'un morceau d'une noirceur phénoménale quand Thanatos n'est autre, dans la mythologie grecque, que la personnification de la mort. Inédit et ramassé (deux minutes trente), Thanatos résume à lui seul la potentialité de Soap&Skin : remuer les tripes sans pour autant verser dans l'imagerie glauque et malhabile. A l'évidence, la pureté de l'incantation suffit.

Thibault

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Soap&Skin - Thanatos

Tracklist

Soapand Skin - Marche Funèbre EP (Couch Records/Pias, 2009)

01. Thanatos
02. Marche Funèbre (yrazor)
03. Marche Funèbre (dj koze marxa mix)

Video