ADELAIDE TECHNO : TRANSITION RECORDS

Lorsque l’on évoque l’Australie on a tendance à penser aux grandes étendues sauvages de terre rouge, aux plages interminables, à sa faune endémique et à Sydney ou Melbourne. Ce qui est certain en tout cas c’est que peu de gens pensent à Adélaïde car avec ses 1,3 millions d’habitants la capitale de l’Australie-Méridionale est reléguée au cinquième rang national loin derrière les deux mastodontes urbains et est donc considérée comme une petite ville à l’échelle du pays.
Mon rapport à Adélaïde est particulier, ville natale de ma mère, la grande majorité de ma famille y habite, c’est donc un endroit pour lequel j’ai une affection particulière, le seul endroit avec Paris où je me sens réellement chez moi, un endroit dépositaire d’une part de mon identité en quelque sorte.
Dans mon esprit, Adélaïde est également associée à la musique Techno et ce à cause d’un événement qui m’avait marqué enfant. Je devais avoir 11 ou 12 ans et un cousin de ma mère dont je suis toujours hyper proche était venu me chercher un après-midi pour aller faire un tour dans sa Corvette noire. C’était marquant car au-delà de la vitesse folle du bolide et des sensations que ça peut procurer je me souviens de la bande son de cette escapade pour aller déguster une glace devant l’océan après avoir soigneusement explosé toutes les limitations prévues par le code de la route.
Dans l’ordre, je me souviens du volume sonore, d’un kick punitif, de sons froids et futuristes et d’un tempo qui allait parfaitement avec la vitesse de défilement du paysage. C’était mon introduction à la Techno, pas dans un club, pas chez des potes, mais dans une voiture, à 300km/h. A l’époque c’était pas tellement mon truc, je me suis vraiment intéressé à la musique de danse que bien plus tard, mais ça restait une expérience plutôt singulière liée en premier lieu à une sensation physique assez unique.
J’étais en ville pour les dernières fêtes de fin d’année et je me suis rendu chez Transition Records pour y claquer mes dollars de Noël. Situé en plein centre ville dans un local qui ne donne pas sur la rue, ce disquaire pour initiés est la meilleure adresse pour faire ses courses de vinyles tant la sélection de disques y est pointue et l’atmosphère détendue. Hans, le patron du lieu, et son acolyte Phil ont eu la gentillesse de bien vouloir parler de leur ville natale et de son histoire avec la Techno autour de quelques Cooper’s.

Pouvez-vous vous présenter ?

Hans : Hans Kempster, je gère Transition Records ici à Adélaïde. J’ai vécu ici toute ma vie, aucune intention de déménager.

Phil : Phil Rogers, je travaille également au magasin parmi d’autres activités. Adélaidien, DJ, habitué des magasins de disques…

H : C’est aussi un ancien patron de club, un imprésario…

P : (rires)

Tu es aussi DJ Hans ?

H : Ouais.

Quand as-tu démarré Transition Records et pourquoi ?

H : C’était en mars 2011 et je me suis aperçu que je dépensais beaucoup d’argent à acheter des disques en ligne étant donné qu’il n’y avait pas de magasin spécialisé House et Techno à Adélaïde. Il y avait d’autres disquaires plutôt bons mais ça ne correspondait pas tellement à mes besoins et je me suis dit qu’ Adélaïde étant une ville suffisamment grande il devrait y avoir assez de gens pour faire quelque chose de viable donc ouais, ça a démarré comme ça.

Et maintenant, rétrospectivement ?

H : C’était bien ! (rires) Ça s’est avéré assez exact ouais. Les gens achètent toujours des tas de disques en ligne et n’achètent pas ici. Il y a des DJ qui jouent deux, trois, quatre fois par semaine et qui ne viennent jamais ici, genre pas une fois, donc tu sais… Quand j’ai ouvert Transition j’imaginais que ces gens allaient plutôt venir ici mais il y a aussi beaucoup de gens qui achètent des disques maintenant qui le font simplement parce qu’il y a un magasin ici. J’ai un client qui clairement n’achète rien en ligne et il y a quelques mecs qui n’achètent qu’ici, ils semblent se tenir au courant de ce qui se fait mais bon, ils possèdent déjà de grosses collections donc je ne recommanderais pas à quelqu’un qui commence de ne faire ses courses qu’ici, ça réduit un peu l’horizon et l’attention est focalisée sur des trucs précis.

P : Un peu, pas complètement, la sélection reste assez large je trouve.

Vous diriez que vous avez beaucoup de clients fidèles ?

H : Oui.

Et également beaucoup de mailorder ?

H : De plus en plus de mailorder, rien que l’année dernière on en a eu beaucoup plus. Presque exclusivement d’Australie ou de Nouvelle Zélande, énormément de Melbourne en fait, 75% Melbourne peut-être.

Ils n’ont pas de magasin de disques comme ça à Melbourne ou quoi ?

H : Pas vraiment, il y en a quelques uns mais ils ne semblent pas vraiment avoir la même formule.

P : Le truc essentiel qui leur manque c’est Hans (rires) pour être brutalement honnête. Personne n’est aussi investi dans ses commandes et ses recherches donc il semblerait que les gens là-bas apprécient plus que les gens ici, enfin je pense. Lui ne te dira pas ça mais moi je le dit (rires)

H : Oh euh d’accord.

Comment décririez-vous le son d’Adélaïde en comparaison de celui des autres villes australiennes ?

H : Je pense qu’ Adélaïde est plus influencée par la Techno de Détroit. A chaque fois que je rachète la collection de quelqu’un il y a toujours certains disques qui reviennent… Il y a toujours une pile d’ Underground Resistance, des trucs européens genre Anthony Rother, il y a aussi plus de Techno loopy, mais clairement une grosse influence urbaine, Détroit. En comparaison de Melbourne qui avait plus un délire Trance et Progressive House dans les années 90 et Sydney qui était plus House et Disco.

P : Je suis d’accord, c’est de là que ça vient historiquement et puis après, je suppose qu’un peu comme dans toutes les villes d’ Australie ça a viré plus allemand et européen vers le début des années 2000, fin des années 90, mais on a grandit sur la Techno de Détroit.

H : Je pense que tu ne peux pas être impliqué dans la Techno à Adélaïde sans avoir Juice Records qui regarde par-dessus ton épaule, tout le monde a ça en mémoire, ce sont nos origines et tout ça était très connecté à Détroit et Windsor, Ontario.

Et pourquoi ça d’après toi ?

H : J’imagine que certaines scènes démarrent avec simplement une poignée d’individus très motivés. Il y a avait quelques mecs qui étaient juste en avance sur leur temps. Ils se trouve qu’ils s’intéressaient à cette musique dans la fin des années 80. Tristan Jones était une figure très importante ainsi que Damien Donato qui a fondé Juice Records.

P : Et une poignée de passionnés de musique et de DJ. Il y avait les passionnés de musique qui suivaient l’évolution sonore globale et puis il y avait des gens plus dans la production, des profils d’ingénieurs. Donc il y avait la Techno, les amoureux de musique et puis tu sais, ils ont commencé à acheter du matos et…

H : Oui et j’imagine que ces gens avaient pas mal de pouvoir, pas en termes de contrôle mais disons qu’ils avaient de l’influence. Tristan et Damien travaillaient dans un magasin de disques qui s’appelait Central Station, c’était spécialisé Hip Hop, Techno, House et c’était le point névralgique pour ce genre de musique à Adélaïde. Tristan a organisé la première tournée Underground Resistance en Australie, c’était en 91 je crois, juste après le départ de Jeff Mills et je crois que DJ T-1000 était le DJ sur cette tournée. Ils ont joué dans un club qui s’appelait Le Rox. Dans les années 80 c’était un club genre Wave / Blitz et au fur et à mesure ils ont commencé à passer de la House, du Hip Hop et de la GoGo et au final c’est devenu un club Techno à part entière, un club rave un peu.

Quand on discutait l’autre jour tu mentionnais le fait qu’il y avait peut-être une sorte de lien entre les deux villes, Adélaïde ayant aussi un passé de ville automobile…

H : Ouais (rires) je ne sais pas, peut-être que je réécris un peu l’ Histoire là… mais oui, Adélaïde n’a pas grand chose, nous n’avons pas un superbe port de plaisance ou une grande population et c’est une ville très étendue. Adélaïde est aussi pas mal là car durant la seconde guerre mondiale c’était un endroit sûr en Australie, c’est très difficile pour les vaisseaux de guerre d’arriver ici donc il y avait beaucoup d’usines militaires et puis dans les années 50 l’industrie automobile et ça représentait une part importante de la force de travail et ça a contribué à rendre Adélaïde très étendue. Donc j’imagine que les gens passent pas mal de temps à rouler en voiture en écoutant de la Techno.

Y avait-il beaucoup d’endroits désaffectés ou isolés où on pouvait organiser des fêtes et des raves ou ça n’a rien à voir avec le mouvement rave ?

P : Non je ne crois pas que nous ayons réellement eu une grosse scène illégale. Ça existait hein mais c’était pas énorme. Et puis les licences à l’époque n’étaient pas si mal, ça ne poussait pas les gens hors des clubs et comme nous le savons tous, c’est beaucoup plus simple d’organiser une fête dans un club que de faire une rave au milieu de nulle part, donc ils utilisaient les clubs, avaient des résidences, ce genre de choses.

H : Je crois que presque toutes les soirées que j’ai fait dans des usines avaient lieu en plein centre ville, dans la city, il y en avaient quelques unes dans l’ancienne prison de la ville mais tout se passait plutôt dans la city.

Phil, tu as été patron de club, quel était son nom et combien de temps ça a tenu ?

P : Oui, ça s’appelait Cuckoo, le Cuckoo Bar. Je crois qu’on a fait sept ans, on gérait ça avec ma soeur et avant ça j’étais DJ et je bossais aussi dans des magasins de disques et des bars. J’ai commencé dans les bars quand j’avais 17 ans et j’ai été résident dans le dernier club d’afters pendant des années et ça m’a communiqué cette addiction à la Techno nocturne je suppose.

A quel point est-ce difficile de faire tourner un club à Adélaïde ?

P : C’est assez difficile, surtout quand tu fais ce que nous faisions. On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de night club qui passait uniquement de la House et de la Techno donc on s’est vraiment focalisé là-dessus. On a donc beaucoup investi sur le son (ndlr : Funktion-One) et on a fait en sorte que ça soit confortable pour les DJ, et on a essayé de faire venir des gens qui n’avaient jamais joué à Adélaïde, on a essayé d’insuffler de l’énergie dans cette scène qui selon nous valait le coup.

H : Et ils l’ont fait jusqu’à la fin. Ils n’ont pas organisé de soirées R’n B ou des plans argent facile, ils s’y sont tenus jusqu’au bout.

Parce que vous pensez que beaucoup de clubs essaient simplement de se faire de l’argent facile ?

P : Je pense que tu peux arriver avec tout un tas de belles idées et puis, spécialement à Adélaïde, ça peut devenir assez brutal et tout d’un coup les factures et les charges prennent le dessus sur ton concept originel et tu sais, on a été vraiment très proche d’aller contre notre concept à plusieurs reprises, ça a été dur, beaucoup de travail, mais on s’y est tenu et je crois que notre philosophie était que si on ne faisait pas ce que l’on avait dit que l’on ferait il ne valait mieux rien faire.

H : Je pourrais me faire plus de fric en vendant des disques des Foo Fighters mais qui ferait ça ? (rires)

P : Tu sais, si tu te fixes un objectif et que ça échoue peut-être que ça ne devait pas être, je ne sais pas, je ne l’ai jamais vu comme le fait de se défiler.

H : Et je pense que depuis la fermeture de Cuckoo quasi personne n’a essayé de proposer quelque chose de culturellement important. Il y a beaucoup d’endroits pensés uniquement pour faire rentrer beaucoup d’argent pour le proprio, sans intérêt culturel quel qu’il soit, juste de la musique calibrée, juste de la picole.

En tant que patron de club ça se passait comment avec les autorités et l’aspect légal de l’affaire ?

P : On a démarré avec une licence de 21h à 5h donc on pouvait être ouvert sept jours sur sept, c’était nickel. Et vers la quatrième année ils ont installé la fermeture à 3h.

H : Ça a toujours été non fumeur dans Cuckoo ?

P : Ouais toujours, les lois non fumeur étaient déjà arrivées quand on a ouvert et ça vaut le coup d’être noté, ça a eu un effet sur les clubs globalement, tout le monde sait ce que ça fait quand 30 personnes sortent fumer, ça a fatalement un effet sur les dancefloors.

Quelle est typiquement la capacité d’un club d’ Adélaïde ?

H : 200 et moins

P : Ouais ça serait typiquement ça. On était sur Hindley Street (ndlr : sorte de red light district local bien crasseux) donc pas mal de gens pensaient que c’était une mauvaise idée d’être au coeur du bordel alors que notre clientèle ne correspondait pas forcément au trafic de la rue.

H : Mais c’était le seul endroit où tu pouvais avoir une licence de 5h du matin.

P : Oui et puis je pense que ça valait le coup. En sept ans on s’en est sorti sans incident majeur donc ça te montre qu’il s’agit de garder les bonnes personnes à l’intérieur et les mauvaises dehors et on s’en est plutôt bien tiré. Ce qui nous a niqué au final ça a été un développement immobilier juste au-dessus de nous, on devait bouger. Ce fut une longue et pénible bataille judiciaire mais c’est quelque chose qui pourrait arriver n’importe où, ça n’était pas spécifique à nous ou Adélaïde.

Vous pensez que les promoteurs ici se concentrent sur des gros noms étrangers ou qu’ils essayent de défendre des artistes et DJ locaux ?

P : Un peu des deux.

H : Pendant quelques années ça se reposait trop sur des DJ internationaux et les gens demandaient l’heure des sets histoire de pouvoir se pointer exactement quand le DJ étranger commençait et après ils pouvaient dire « j’ai vu un tel », personne ne parle d’avoir écouté un tel, « j’ai vu un tel » comme cocher des noms sur une liste. Et ces mecs se font payer 3000 dollars quand le DJ local en warm up ne prends parfois rien.

P : Rien la plupart du temps étant donné que c’est un service publique (rires) mais tu sais, c’est parfois difficile d’attirer les gens sans un nom, c’est le jeu.

H : Surtout quand tout le mondes est un peu à mi-chemin entre un consommateur et un producteur. Je suis allé à des soirées avec des gens et tout le monde était DJ et ils étaient tous là « je pourrais être là-haut » tu vois le délire ? Et « si je ne me fait pas programmer, je ne viens pas à tes soirées » (rires)

P : C’est la mentalité de certaines personnes car ils ont la gloire en tête, pas la musique.

H : Donc parfois tu te retrouves avec une avalanche de sets d’une heure.

P : Des noms sur le flyer, du monde à l’entrée (rires)

Il y a encore beaucoup de clubs à Adélaïde ?

P : Sugar est là depuis 13 ans et malheureusement c’est le dernier vrai night club avec une licence de 4h du matin.

H : Ils sont essentiellement House et Disco et accueillent pas mal des bons artistes internationaux.

P : Eux et Ancient World sont nos deux choix vraiment. Ancient World a une licence de 2h du matin et se concentre sur la musique en général ce qui est une noble ambition. Ils essaient de défendre un éventail de sons et c’est ce qui permet de faire venir du monde.

H : S’il n’y a qu’un seul endroit où tu aimes bien aller ça te fatigue rapidement et je pense que les gens d’ Ancient World l’ont bien compris, donc il y a des trucs Rock ‘n Roll, ils organisent des débats pendant la semaine de la science, ils ont une soirée R ‘n B hyper girly

P : Ils font tout dans un esprit un peu anarchiste second degré et ils le font bien.

C’est quoi la suite si la fermeture est à 2h ? Il y a beaucoup d’afters ?

H : Pas vraiment.

P : Ça n’arrive plus tant que ça et c’est vraiment surprenant. Durant mes cinq premières années de DJ on allait toujours quelque part après, toujours. On traînait les disques depuis le premier lieu à 9h du matin et on allait au second jusqu’à 5h de l’après-midi.

H : Je me souviens de raves avec deux afters différentes dans des clubs.

Je posais la question parce que dans les grandes villes européennes les gens ont tendance à vivre les uns sur les autres dans de petits appartements tandis qu’ici les gens ont plutôt des baraques avec jardin donc ça doit être plus facile de s’isoler des voisins tout ça…

H : Disons que ça n’arrive plus si souvent car c’est parfois trop compliqué d’aller dans les banlieues, du genre quelqu’un habite dans tel quartier et quelqu’un d’autre est à l’autre bout… ,

Donc la manière dont est faite la ville a une influence là-dessus ?

P : Peut-être mais ça ne nous a jamais vraiment freiné, on allait tout le temps en after, on s’entassaient dans 4 ou 5 taxis et c’était parti. Je crois juste que la scène ici est un peu différente aujourd’hui.

H : Et les gens ont l’air concentrés sur leur boulot. J’entends sans cesse « je dois me lever tôt pour le taff » ou « j’ai cours à la fac »

P : Peut-être que les gens n’y vont plus aussi fort qu’à notre époque (rires). Les deux mecs avec qui je mixais pendant ma première résidence se levaient vers 3h30 du matin, mangeaient leur Weet-Bix, allaient au club à 4h, commençaient à boire et terminaient leurs sets à 9h mais c’est comme s’ils venaient de se lever donc le reste de la journée était à eux… j’imagine que ça ne se passe plus comme ça de nos jours, c’était notre vie pendant 4 ans.

Selon toi quelles étaient les plus belles années ?

P : Le milieu de Cuckoo je dirais. Mais la dernière année nous avons fait DJ Koze, Mathew Jonson, Shed… On a organisé une fête dans la petite rue derrière le club avec Shed et Tama Sumo avec 250 personnes dans la rue. Il y avait des DJ à l’extérieur et dans le club, c’était le meilleur truc que j’avais fait.

Il n’y a plus d’événements comme ça aujourd’hui ?

P : Non, personne n’a envie de risquer 15000 dollars pour faire quelque chose comme ça et j’entends des gens se plaindre du coût que ça représente de faire venir un international. On avait de la chance car nous étions promoteurs et patrons de club.


Donc si les entrées étaient mauvaises vous aviez toujours le bar…

P : Exactement, donc on pouvait se servir un peu là-dedans, on avait un tampon.

H : Même si vous n’étiez pas sensés le faire vous aviez ce tampon.

P : Beaucoup de gens n’ont pas ce luxe et c’est ce qui nous a permis de faire beaucoup d’artistes internationaux et c’est ce qui autorise Sugar à le faire, leurs promoteurs sont leurs propres patrons.

Quel est le statut de la musique électronique dans le paysage musical australien ?

H : Minoritaire, l’Australie est un pays Rock ‘n Roll. Une grande part de notre psyché nationale est fondée sur le pays, les grands espaces, des gens avec de gros chapeaux qui montent à cheval…

Le cliché Crocodile Dundee…

H : Ouais, mais la population australienne est l’une des plus urbanisée au monde donc ça n’a aucun rapport avec la plupart des gens mais on a toujours ce sentiment de pays Rock ‘n Roll macho et je pense qu’il y a une vraie réticence à montrer des émotions. Danser est considéré comme quelque chose d’efféminé pour un homme, chanter aussi, donc la musique de danse en général, Disco, House, Techno est quelque chose que j’ai découvert par les gamins issus de l’immigration grecque. Ils étaient à fond dans Prince ou Chaka Khan et le breakdance, c’est comme ça que j’en ai entendu parler en premier.

C’est marrant que tu dises ça parce qu’il se trouve que ma famille ici est issue de l’immigration grecque et ma mère a un cousin dont je suis très proche qui a 58 ans et qui s’est découvert une passion pour la Techno vers 89/90. J’étais chez lui l’autre soir donc je lui ai parlé de vous et de l’interview et c’est exactement ce qu’il m’a dit, qu’au départ ce n’était pas un truc d’anglos et qu’ils écoutaient cette musique dans leurs voitures. Et le cousin c’est un mec qui aime bien s’amuser donc il a une Corvette et il roulait avec ses potes en écoutant de la Techno toute la nuit. Prendre des prods dans des véhicules rapides avec la grosse basse en gros…

P : (rires)

H : (rires) Ce mec est une putain de légende !

Ouais c’est un super mec hyper intéressant, il a pas mal d’histoires à raconter… mais ouais, tout ça me paraissait cinglé parce qu’à Paris ou d’autres grandes villes européennes il n’y a pas la culture de la voiture comme ici si bien que je ne suspectais pas à quel point c’était lié au fait de faire les fous en bagnole.

H : Oui et je crois que pour le coup c’est quelque chose qui se passe également à Détroit, Omar S et Theo Parrish roulent dans leurs Subaru…

Comme ce titre de Juan Atkins…

H : Cosmic Cars ?

Oui et l’autre là…

P : Night Drive (Thru Babylon)

C’est ça !

H : Ici, beaucoup des premiers DJ House ou Techno étaient aussi d’origine italienne. Comme Cam (HMC) et Angelo et je pense que ces cultures là sont plus à l’aise avec la danse et le fait d’exprimer sa joie au travers du mouvement. Moi mes origines c’est moitié allemand moitié anglais ce qui est la combinaison la moins funky qui soit.

P : (rires) Après je ne suis pas complètement d’accord avec cette analyse de la scène australienne. C’est en aucun cas mainstream mais il y a des poches de succès et autant j’aimerais simplement représenter Adélaïde autant Melbourne s’en sort bien mieux que nous de ce point de vue là. Ils ont des choses qui s’exportent, il y a de bons DJ, des turcs plus de classe mondiale et leur scène est plus forte en partie car les licences sont plus faciles à obtenir.

H : Ouais, ils ont des flics corrompus.

P : Ouais et on en revient d’une manière ou d’une autre à la culture de la drogue, c’est ce qui fait durer la fête…

Encore une fois, c’est ce que le cousin m’a dit quand je lui ai demandé ce qui lui avait fait aimer la Techno, il m’a de suite répondu la drogue. Il fumait de l’herbe et quand il a commencé les prods c’était parti…

H : Oui, je suppose que c’est logique.

P : J’ai réalisé que je n’ai réellement compris de quoi il s’agissait qu’après avoir vécu un vrai moment de lâcher prise et soudain, tu entends tout différemment. Et je pense qu’il y a plus de gens qui ont vécu une épiphanie de ce type plutôt que par un autre vecteur d’entrée plus « pure » peut-être…

H : Oui du genre « je m’intéresse aux composants électroniques… »

P : Ouais (rires)

Je ne sais pas si vous êtes d’accord mais on dit qu’Adélaïde a un gros problème de drogue…

P : C’est souvent le cas des petites villes.

Et vous pensez qu’il y a peut-être une corrélation quelque part ?

H : Hmm… oui peut-être, même si c’est compliqué à mesurer, je serais incapable de te le dire.

P : Je ne sais pas, ça devait se passer un peu partout donc c’est difficile de séparer les choses.

H : Mais à Melbourne, ils avaient aussi des lois de couvre feu comme ici mais ils s’en sont débarrassé et c’est relativement facile d’obtenir des licences de nuit. Il existe des clubs où le deal se fait au grand jour et ils ne se font pas fermer. Et presque tous les jeunes d’Adélaïde déménagent à Melbourne. Mon cousin a grandit à Canberra mais vit à Melbourne et il dit que c’est juste rempli de jeunes qui viennent de Tasmanie, de Canberra et d’Adélaïde.


Adélaïde a du mal à conserver ses jeunes et ses artistes ?

P : Adélaïde connaît un exode massif de sa jeunesse et c’est plutôt surprenant étant donné que nous sommes une ville universitaire. On attire les jeunes puis on les fait fuir par l’absence de culture jeune.

H : (rires) Ouais on les chasse à l’ennui.

P : Nous n’avons pas des lois qui facilitent l’organisation de soirées et qui aident la culture jeune à se développer.

Il y a beaucoup de festivals en Australie et à Adélaïde en particulier (ndlr : la devise de l’Australie Méridionale est « The Festival State »). Est-ce comme en Europe ou ailleurs où la tendance est de voir de plus en plus de DJ sur les lineup ? Et si oui pensez-vous que ça a un effet sur la culture club ?

H : Et bien je le remarque un peu ici au magasin. Parfois je ne vais pas voir certains réguliers pendant deux mois et je sais qu’ils sont allés dans un festival. Ils économisent avant, ils sont fauchés quand ils rentrent et voilà.

P : Je pense que ça affecte la scène en général.

Comment voyez-vous l’évolution de la scène australienne et plus spécifiquement de la scène d’Adélaïde ?

H : Certains gamins doivent vraiment se bouger et commencer à faire des trucs.

P : Ça manque d’enthousiasme.

Vous pensez que la jeune génération n’est pas aussi impliquée que vous l’étiez à leur âge ?

P : Disons qu’il n’y a pas grand chose à faire grandir, je comprends, mais j’ai remarqué un manque de soutien et de gens qui essaient de faire avancer les choses. Je ne sais pas, je me transforme en vieillard aigri…


Vous avez quel âge ?

P : J’ai 30 ans mais j’ai l’impression d’en avoir 50 (rires)

H : J’ai 40 ans.

P : Je crois que je n’ai plus la motivation… Je pense avoir vraiment donné, financièrement et émotionnellement. Une fois que tu as connu différents degrés de succès au fil des ans c’est difficile de garder le rythme, d’autres personnes doivent prendre le relais.

Pourquoi êtes-vous donc si attachés à Adélaïde ? Vous auriez pu bouger dans une plus grande ville, pourquoi avoir choisi de rester ?

H : Je pense que c’est un endroit vrai, il y a une authenticité ici, les villes plus grandes sont un peu des parcs d’attraction peuplés de suiveurs qui essayent de s’accrocher aux wagons de quelque chose d’immense pour n’en prélever qu’une infime partie. Je pense que tu peux faire une différence ici et c’est confortable. Les gens sont vrais ici, je ne retrouve pas ça à Melbourne ou Sydney. Les gens ici font attention aux autres, on essaient de se soutenir les uns les autres. Celles et ceux qui intègrent la scène y restent longtemps et les gens d’Adélaïde se respectent les uns les autres. Même si je ne suis pas fan de tel business ou de tel projet je les respecte pour essayer de faire leur truc parce que je sais à quel point c’est dur de piloter une entreprise ici et de faire quelque chose qui vaut le coup quand peu de gens te soutiennent.

P : J’aime ma ville natale.

H : Et puis c’est un peu une astuce marketing aussi, tu ne gagnes pas en street cred en étant à Berlin, ce putain d’endroit est saturé ! (rires)

P : On a une Histoire riche et c’est quelque chose dont il faut être fier et je pense qu’une fois que tu t’impliques tu es un peu obligé de te sentir patriote de la ville. Certains plus que d’autres bien sûr puisque l’on subi un vrai exode créatif au profit de Melbourne mais ceux qui restent le font parce que ça leur tient à coeur et c’est souvent à leur propre détriment (rires)

J’imagine que c’est une autre similitude avec Détroit, être fier d’où on vient quoi qu’il arrive et essayer de faire quelque chose localement.

P : Oui parce que sans ces gens qui sont restés ici, je n’aurais pas été exposé à tout ça et ma vie aurait été très différente. Et ces gens qui ont fait mon éducation étaient talentueux et auraient pu très facilement partir n’importe où dans le monde et connaître de belles carrières en faisant ce qu’ils faisaient mais non, ils sont restés ici et ils m’ont fait découvrir cet univers. C’est important tu sais, sans ça cette ville n’a rien.

Ces pionniers d’Adélaïde sont toujours actifs ?

H : Pas beaucoup

P : Je suppose que c’est cyclique, au bout d’un moment il en ont eu marre (rires) et quand ta carrière de DJ vacille tu commences à faire des vrais boulots.

H : HMC fait toujours de bons trucs.

P : Late Nite Tuff Guy aussi

H : Damien Donato est toujours plus ou moins actif.


Des contemporains que vous appréciez particulièrement ?

H : Oui il y en a quelques uns, j’aime beaucoup Metamethod, de la super Techno moderne…

P : Faite sans la moindre idée de ce qui est moderne…

H : Il est complètement isolé musicalement et fabrique ses propres sons à base de synthèse FM.

P : Il avait un gros studio qu’il a revendu à la fin des années 90. En gros c’est un nerd qui monte ses morceaux avec des ondes FM.

H : Je pense qu’il est vraiment sous-estimé.

P : C’est clair, il était déjà sous-estimé au milieu des années 90. Disparu de la circulation pendant plus d’une décennie et il ressort un peu de nulle part et les gens sont là « tu fais encore du son ? » et le mec défonce.

H : Il est sûrement plus vieux que moi.

P : Oui, clairement.

H : Phil est aussi un excellent producteur avec un éventail musical très large entre Techno et Electro avec des trucs plus mélodiques, également sous-estimé.

Alors, c’est quoi ton blaze Phil ?

P : Il en existe plusieurs… J’ai fait une sortie avec les mecs de Untzz il y a un moment mais je ne crois pas qu’il y avait un nom sur le macaron. Mais oui il y a quelques trucs qui se baladent, la plupart dans mon disque dur (rires)

H : Surveille les nuages.

P : Ouais voilà, c’est dans le cloud (rires)

H : Nightime Drama est un bon label d’Adélaïde.

P : Les gens essaient tu sais, j’ai fait Cuckoo Music pendant un petit moment, on a fait deux sorties vinyles et huit sorties digitales. On a fait l’album des Carter Bros, on a sorti que des trucs d’Adélaïde à part la première sortie, Sleep D, qui est de Melbourne.

H : Les Carter Bros ont d’ailleurs sortis quelques disques sur un label de Detroit, Black Catalogue.

P : Rush Hour puis Tsuba ont ressorti l’album qu’on a fait sur Cuckoo Music ce qui était très cool. C’était juste cool de représenter la scène locale et de montrer aux gens ce que l’on faisait ici.


En me baladant dans vos bacs j’ai remarqué que les prix étaient vraiment raisonnables et ça m’a surpris parce que l’Australie étant si loin et isolée j’aurais eu tendance à penser que ça devait coûter hyper cher de faire rentrer des imports, vous faites comment ?

H : J’ai une formule, je dois être assez stricte et faire en sorte de maintenir les commandes sous la barre des 1000 dollars, autrement je dois payer la TVA et les taxes d’importation donc ça veut dire que je dois faire attention, prendre la plus grosse quantité mais pas dépasser 1000 dollars. Donc si un nouveau disque sort sur Hardwax et que je n’en veux qu’une copie ou deux, je ne peux pas le commander parce que les frais d’importation vont être trop élevés, je dois donc parfois laisser passer et attendre un repress. J’ai tendance à passer par de gros distributeurs avec un gros catalogue c’est plus simple pour obtenir une bonne variété de choses. Parce qu’une bonne partie de mes ventes ne sont pas nécessairement des trucs dans lesquels je suis à fond.

J’ai aussi remarqué que vous aviez pas mal de disques de chez Antinote, vous suivez la scène française ?

H : Ouais pas mal, il y a vraiment de bonnes choses chez Favorite, et Antinote est un label fantastique, beaucoup d’artistes intéressants sortent de là. Il y a aussi de bons disques chez Yoyaku, Concrete…

Comment tu suis le rythme des différentes sorties ?

H : Je regarde simplement chaque mail que je reçois. Je ne sais pas, il doit y avoir entre 200 et 500 disques qui sortent chaque semaine et j’essaie de faire le tri là-dedans. Je pense que c’est le seul moyen, je ne passe pas beaucoup de temps sur Soundcloud, je lis parfois RA ou DJ Broadcast, je ne regarde pas les feeds Facebook. Je crois que c’est facile de se mettre des ornières mais avec un label comme Antinote c’est juste prends tout. Je ne crois pas qu’il y ai eu une sortie d’Antinote que je n’ai pas eu en magasin. C’est juste de la musique rafraîchissante, pas trop rétro, pas toujours dansante, quelques trucs sont parfois moins faciles d’accès. J’aimerais être plus au courant de ce qu’il se passe en France mais en même temps je pense que l’isolation permet l’évolution, si on est tous tout le temps au courant de ce qui se fait partout, rien ne peut réellement grandir organiquement.

P : C’est compliqué d’être en parfaite isolation aujourd’hui mais c’est chouette quand quelque chose de frais sort car c’est difficile de trouver des choses uniques de nos jours. Par exemple j’ai toujours eu beaucoup de respect pour les mecs de Sleep D, pour leur absence d’égo et leur persévérance. J’ai beaucoup de respect pour Tornado Wallace car il a son propre son. Il y a des gens qui trouvent leur propre niche et qui développent ça. Il y a quelques têtes chercheuses en Australie qui font ça vraiment bien, les Carter Bros aussi, personne ne sonne comme eux.

C’est intéressant parce que j’ai parfois l’impression que dans les grosses ville comme Paris il y a trop de DJ ou d’artistes, si bien que ça peut vite ressembler à un environnement hyper compétitif pas très sain. Certains arrivent à préserver une ambiance famille/crew mais souvent l’égo ou les attitudes faux-cul finissent par se mettre en travers…

P : Oui, c’est dur dans les grandes mégalopoles, tu perds ce côté familiale. Mais je crois que nous avons ça ici, soit par le fait d’être une petite ville soit par l’isolation. Certains producteurs de grande qualité viennent même de zones rurales comme les Carter Bros qui sont de Mildura ou Sleep D qui sont de Frankston.


Vous aimeriez qu’il se passe quoi à Adélaïde ?

H : Et bien il y a des fêtes appelées Park Jib qui sont organisées par Lenin, Jake et Harvey, qui sont des jeunes hyper sympas, motivés et avec une bonne éthique. Ils prennent un générateur et empruntent le système son de folie de Phil et se posent dans un parc et font la fête. J’aimerais voir plus de choses comme ça. Il n’y a ni alcool ni argent dans l’équation, simplement de la musique.

P : Je pense que c’est la chose la plus pure qui puisse arriver et s’ils ne prennent pas le taureau par les cornes peut-être que je m’impliquerai et que j’essaierai de faire avancer le truc.


Tu as des idées derrière la tête ?

P : Disons que j’ai un plan s’ils n’en ont pas. Je veux qu’ils le fassent eux-mêmes, je ne veux pas marcher sur leurs plates-bandes, c’est leur truc et s’ils veulent utiliser mon sound system je suis super content car je veux qu’il soit utilisé, et puis je déteste écouter de la musique sur un son pourri.

H : On doit les laisser grandir.

P : Personnellement j’aimerais légitimer le truc un peu plus. J’aime faire des choses à l’arrache ou illégales, même si dans ce cas précis ce n’est pas vraiment illégal, c’est une zone grise, mais ça pourrait se faire interdire et ça tu vois, ça m’énerve. Je crains l’effet que ça pourrait avoir sur la scène et les événements futurs si ça se faisait interdire. Et puis j’aime bien faire les choses dans les règles quand ça implique du matos très cher, donc on verra bien comment ça se passe la prochaine fois. Personne n’a eu les couilles de faire ça bien jusqu’à présent et c’est vraiment l’une des premières fois où quelqu’un a le courage de tester les eaux, de prendre la température, d’y plonger un orteil et de voir comment ça se passe.

H : Parce que ces mecs n’ont jamais vraiment mis les pieds dans un événement comme celui qu’ils organisent. Ils ne sont jamais allé dans une rave dans les années 90, tout ce savoir est perdu. Mon pote d’à côté d’Inbound Records peut organiser une rave en une demie heure, ils passe quelques coups de fil, il a son propre sound system

P : C’est la scène Drum ‘n Bass

H : Ils viennent de cette culture rave du début des années 90, c’est pas un souci pour eux. Ils sont un peu plus roughneck mais les plus jeunes n’ont pas eu cette expérience, ils ne savent pas vraiment comment se lancer et ne réalisent pas que quelque chose comme ça est possible, pour beaucoup d’entre eux la Techno c’est dans un club ou un festival.

P : Je crois que ça a du potentiel et de l’avenir si les gens se donnent un peu de mal et s’ils utilisent quelques mots clefs à bon escient ils peuvent se mettre le conseil municipal dans la poche, il faut simplement parler de vitalité et de culture pour la jeunesse.

H : D’une certaine manière l’état d’Australie Méridionale se rend compte que l’état est plutôt niqué, pas de grosse activité économique, l’industrie est finie, les mines aussi…

P : Le seul investissement majeur est fait pour les universités et le simple fait qu’ils ne fassent pas le lien entre les universités et la culture jeune me dépasse.

When people talk about Australia, they usually think about the vast red earth landscapes, the endless beaches, its unique wildlife and Sydney or Melbourne. One thing is for sure, hardly anyone thinks about Adelaide, because with it’s population of 1.3 million, South Australia’s state capital is ranked fifth city in the country and is considered a small one.
My relationship to Adelaide is special, it’s my mother’s hometown and most of my family lives there so I have affection for this place, probably the only other place outside of Paris where i truly feel at home. In my mind Adelaide is also associated with Techno music and that’s due to a memorable childhood experience. I must have been eleven or twelve years old and one of my mother’s cousin whom I’m really close to picked me up one afternoon to go for a ride in his black Corvette and grab an ice cream on the ocean front. Apart from the vehicule’s crazy speed and the physical sensations that came with it, I remember the soundtrack to this little high speed escapade. I remember the loudness, a punishing kick drum, cold and futuristic sounds and a tempo that fitted perfectly the speed at which the landscape ran outside my window.
That was my introduction to Techno, not in a night club, not at some friend’s place, but in a car going at 300kpmh. At that time it wasn’t really my thing, I started getting interested in club music only years later but that experience stuck with me as somehow extraordinary and associated with a rather unique physical sensation.
I was in town last Christmas so I went to Transition Records to spend my Santa dollars. Located right in the heart of the city, tis record store for enlightened amateurs is the best adress to get wax in Adelaide simply because the selection is impeccable and the atmosphere so relaxed.
Hans, the shop owner, and his friend Phil kindly agreed to talk about their town its history with Techno around a few Cooper’s.

Can you guys introduce yourselves ?

Hans : I’m Hans Kempster, I run Transition Records here in Adelaide, I’ve been here all my life, no intention to leave.

Phil : Phil Rogers, I also work in the record shop amongst other things, Adelaidian and yeah, DJ, record store aficionado…

H : He’s also a former night club owner, night club impresario…

P : (laughs)

And do you DJ as well Hans ?

H : Yeah I do.

When did you start Transition Records and why ?

H : It was in March 2011 and I found that I was spending a lot of money just buying records online as there wasn’t a specialist House and Techno shop in Adelaide. There were some other shops which were quite good but my needs weren’t met and I thought that Adelaide being a big city there must be enough people to make it viable so yeah, that’s how it started.
And now, in retrospect ?
H : It was good ! (laughs) Kind of correct yeah. People still buy shitloads of records online and don’t buy here. There are DJs who are playing two, three, four times a week who never show up here, like not once, so you know… When I opened Transition I assumed that those people would shop here instead but then there are also plenty of people who are buying records now who are probably only doing it because there is a shop here. There’s certainly one customer of mine who doesn’t buy anything online and there are a couple of dudes who only shop here, they seem to be keeping up with what’s current… I mean, they’ve got big collections to start with so I wouldn’t recommend someone only shop here if they’re starting because you know it still narrows your focus…

P : Well a bit, not entirely, it’s still a pretty wide selection I guess.

So you would say that you have a lot of faithful customers ?

H : Yeah
And a lot of mail-order aswell ?
H : Increasingly mail-order, like probably just the past year we got a lot more. Almost entirely from Australia or New Zealand, mostly. A lot from Melbourne actually, maybe 75% Melbourne.

They don’t have this kind of record shop in Melbourne or what ?

H : Not really, I think they have a couple but they don’t seem to have quite the same formula as here.

P : The critical thing they lack is Hans (laughs) if you want me to be brutally honest. There is no one that is involved in their purchase and scouting as he is so people over there seem to appreciate more than the people here, I think so anyway. He won’t say that but I will (laughs)

H : Oh ok

How would you describe the Adelaide sound as opposed to other Australian cities ?

H : I think Adelaide has much more an influence from Detroit Techno. Whenever I buy somebody’s old collection there are certain records in there… there is always a stack of Underground Resistance, some  European stuff like Anthony Rother, there is also I guess more loopy Techno, but yeah definitely much more of an urban, Detroit influence. Certainly compared to Melbourne which had more of a Trance and Progressive House thing in the 90’s and Sydney was much more House and Disco.

P : Yeah I would agree, that’s where it comes from historically and then you know, I suppose similar to all the Australian cities as it comes to the 2000’s / late 90’s it went more German and European, but we grew up on Detroit Techno.

H : I think you can’t be involved in Techno in Adelaide without having Juice Records looking over your shoulder, everyone’s got that in their memory, that’s our lineage and that was very much connected with Detroit and Windsor, Ontario.

Why do you think is that ?

H : Well I guess some scenes start with just a handful of really motivated individuals. There were a couple of dudes that were just way ahead of anybody else. Somehow they were interested in that music in the late 80’s / early 90’s. Tristan Jones was a really important figure and Damien Donato who started Juice Records.

P : And a handful of music lovers and DJs, you had the people who were passionate about music and had been following change in sound globally, and then you had some people who were probably production, engineering types. So you had the Techno, you had the music lovers and then you know they probably started buying their things and…

H : Yeah and I guess those guys had quite a bit of power, not in terms of control but they had quite a bit of influence. Both Tristan and Damien were working in a record shop called Central Station, which is Hip Hop and Techno and House and that was pretty much the central point for that kind of music in Adelaide. Tristan was involved in organizing the first Underground Resistance tour in Australia, I think it was in 1991, that was just after Jeff Mills left and I think DJ T-1000 was the DJ for that tour and they played at a place called Le Rox which in the 80’s was kind of a Wave/Blitz type club. Gradually they started playing House and Hip Hop and GoGo and stuff and eventually it became like a full-on Techno club, kind of a rave club.

The other day when we were talking I remember you mentioning that maybe there was some kind of link between the two cities, Adelaide being a motor city as well…
H : Yeah yeah (laughs) I don’t know maybe it’s just me rewriting History there… yeah, and Adelaide has literally nothing going on, like we don’t have a beautiful harbour, we don’t have a large population and it’s quite spread out,  and Adelaide was largely here because during the 2nd World War it was quite a safe place in Australia, it was very hard for warships to get here so there was quite a bit of military factories here and then in the 50’s motor car factories and it was a big part of the work force and it made Adelaide very spread out as a city so I guess people spend a lot of time driving around in their cars listening to Techno.

Were there a lot of vacant spaces where people could throw parties and raves, stuff like that or do you think it has nothing to do with the rave movement ?

P : No, I don’t think we had much of an illegal party scene. I mean, it existed but not that much… also the licensing wasn’t too bad back then, it wasn’t pushing people out of actual venues and as we all know it’s much easier to run a party at a venue than it is to run a rave in the middle of ‘the sticks’, so they utilized clubs and had residents, all that sort of stuff.

H : I think pretty much all the warehouse parties I went to were right in the middle of the city, there were a few at the old Adelaide jail but yeah, pretty much everything happened in the city.

Phil, you had a club before, what was its name and for how long did you run it ?

P : Yeah, it was called Cuckoo, the Cuckoo Bar. I think it almost got to seven years. My sister and I ran it together and before that I was DJing and working at record stores and bars aswell, I started in bars when I was 17 and Djayed at the last remaining after hours club for quite a few years and that kind of gave me like that late night Techno sort of addiction I suppose.

How hard is it to run a club in Adelaide ?

P : It’s pretty difficult especially when you’re doing what we were doing. We saw that there was no late night club that was doing only House and Techno parties so we really focused on that, so we spent a lot on sound and we made it really good for Djs and tried to bring down acts that hadn’t been to Adelaide ever before and really tried to invigorate the scene we thought was worth it I guess.

H : and they did that right to the end, they didn’t put R’nB nights or some sort of cash grab, they stuck to it right to the end.

Because you think that a lot of clubs just try to make easy money with mainstream stuff ?

P : I think you can come in with these great ideas and then in Adelaide especially, it can get pretty brutal and all of a sudden invoices and bills take precedent over your concept and you know, we were bloody close to going against our concept a few times, it was hard work but we stuck with it and I guess our ethos was if we’re not doing what we set out to do then there’s no point in doing it.

H : I could make a shitload more money selling Foo Fighters LPs. But why would you do that ? (laughs)

P : You know, if you set out with a goal in mind and fail at that, then maybe it wasn’t meant to be so yeah, I don’t know, I never saw it as a cop out.

H : And I think since Cuckoo closed almost no one has tried to do something culturally important. There are a lot of places that are just designed to make a lot of money for the owner with no interest in culture of any kind, just standard wallpaper music, just booze.

And as a club owner how was it like with the authorities and all the legal aspect of things ?

P : We started with a 9 to 5 license so we could trade 7 days a week, it was totally fine. And about the fourth year they brought in the 3 am lock out.

H : Was it always non-smoking inside Cuckoo ?

P : Yeah always, the non-smoking laws had come in when we started and that’s worth noting, it had quite an effect on clubs, worldwide, because everyone knows what it does to a club when 30 people get out for a smoke, it definitely does things to dance floors.

What’s the general capacity of a typical Adelaide club ?

H : 200 and under.

P : Yeah that would be typical. We were on Hindley street so a lot of people thought it was probably a bad idea to be in the thick of it when our clientele was not the people that were the foot traffic on that street.

H : But that’s the only place you could get a 5 am license.

P : Yeah and I thought it was worth it. We went without major incidents in 7 years so it really goes to show it’s about keeping the right people in and the wrong people out and you can run it smoothly and I think we did that pretty well. What got us in the end was development of apartments above us, we had to move out. Which was a long and arduous court battle but this is something that could happen anywhere it wasn’t specific to us and Adelaide.

Do you think promoters here in general focus on big foreign names or do they try to push local artists and Djs ?

P : A bit of both I think.

H : For a few years there was an over reliance on international Djs and people would just ask for the set times so they could rock up exactly when the internationals started and then they could say « oh I saw so and so ». Nobody talks about hearing so and so, « I saw so and so », like ticking off names on a list. And those guys might get paid 3 grand for a gig and local warm up Djs sometimes get paid nothing.

P : More often than not nothing, because you’re doing a community service (laughs) But you know, it’s hard to draw people sometimes without a name, that’s the game.

H : Especially I think when everyone is sort of mid-way between a consumer and a producer. I’ve been to parties with a handful of people and they were all Djs and they’re all like « I could be up there » you know and « if I’m not being booked then I’m not going to go to your show » (laughs)

P : That is a mentality with some people because they have glory in their mind, not music.

H : So you know sometimes you will have nights with a cascade of one hour sets.

P : Names on the bill, people in the door (laughs)Are there a lot of clubs in Adelaide still ?

P : Sugar has been there for 13 years and it’s unfortunately the last proper club with a 4 am license.

H : They are predominantly House and Disco and they have a decent amount of international artists come through.

P : That and Ancient World are our only two picks really. Ancient World has a 2 am license and tries to focus on music in general which is a noble ambition, they try to support an array of different sounds and it keeps the doors open by doing that.

H : Because I think if there’s only one place you want to go to you will get sick of it pretty quickly and I think that the guys at Ancient World realized that, so you know, they have Rock ‘n Roll people, they sometimes put on talks for Science Week, they got a really girly R’nB night…

P : They do everything with kind of a tongue-in-cheek anarchist spirit and they do it really well.

So what happens next if the curfew’s at 2 am ? Are there a lot of after parties ?

H : Not really.

P: It doesn’t happen as much anymore and it’s really surprising. In my first 5 years as a DJ you always went somewhere after, always, and drag your records from the first place at 9 am and go to the next place until 5 pm you know.

H : I remember raves with two separate after parties in clubs.

I was asking that because you know, in European cities most people live in small flats on top of each other and stuff whereas here, people mostly live in houses and have backyards and that makes it easier to shield yourself from neighbors and what not…

H : Well I think it doesn’t happen that much because it’s sometimes too complicated to get to the suburbs. Like, somebody lives way up that suburb, somebody way up there…

So the general setting of the city is what makes it more difficult ?

P : Maybe, but it never really stopped us, we were always going to after parties like, we would pile up in 4 or 5 cabs and off we went. I think the scene here is just a bit different.

H : And people seem really focused on work, like I always hear « I have to get up for work » or « i’ve got Uni ».

P : Maybe they don’t go at it as hard as I used to (laughs) The two guys I used to Dj with during my first club residency used to get up at 3:30, have their Weet-Bix, go to the club at 4 am, started drinking and finished at 9 but it was like they just got up so the rest of the day was theirs you know, so I guess that doesn’t happen anymore, that was our life for four years.

So for you what were the golden years ?
P : The middle of Cuckoo I’d say. But in the last year we had DJ Koze, Mathew Jonson, Shed. We ran a party with Shed and Tama Sumo at the lane way which was 250 people in the lane way behind the club. Inside the club we had Djs, outside the club we had Djs, it was the best thing I had ever done.
That doesn’t happen anymore ?

P : No, no one bothered risking 15000 $ to do something like that you know (laughs) I think people don’t want to risk it and I hear people whinging about how much it cost to put on an international. We were lucky because we were a promoter and a club owner.

So if the turn-out wasn’t so good you still had the bar…

P : Exactly, so you could take a little bit from there you know, you had a buffer.

H : Although you weren’t supposed to you had the buffer.

P : So a lot of people don’t have the luxury and that’s what made us able to put on the international acts and also what makes Sugar able to do that, their promoters are their owners.

What’s the status of Electronic / Techno music in the Australian musical landscape ?

H : Total minority, Australia is really a Rock ‘n Roll country. So much of our national psyche is based on the country you know, people wearing big hats, riding a horse…

The whole Crocodile Dundee thing…

H : Yeah, but Australia is one of the most urbanized country in the world so that has absolutely nothing to do with almost anybody but it still feels like a macho Rock ‘n Roll country and I think there’s a real reticence to show emotion. Dancing is seen as sort of an effeminate thing for men to do, singing is effeminate, so yeah, dance music in general, Disco, House, Techno, is something I originally only knew about from Greek kids. They were into Prince or Chaka Khan and break dancing, that’s how I heard about it first.

That’s really funny you mention that because it turns out my family here are Greek migrants and my mum’s got a first cousin whom I’m really close to, he’s 58 now and he got into Techno in like 89 or 90 or something… so I was at his place the other night and I told him about you guys and the interview and it’s interesting because he said the exact same thing you were saying, that it wasn’t an « anglo » thing in the early days and that they were listening to Techno in their cars. And he’s a guy who like to have a good time so he has a Corvette and so he was basically cruising around with his mates and listening to Techno all night… doing pills in fast cars basically…

P : (laughs)

H : (laughs) He sounds like a fucking legend to me !

Yeah really great and interesting dude… but yeah, to me that was crazy because you know, we don’t have the car culture like you guys have here in Paris or other large European cities and I never really suspected it to be so linked to the whole going nuts in your car thing.

H : Yeah, I think that’s actually something that happens in Detroit too, like Omar S and Theo Parrish drive their Subarus around…

Like the Juan Atkins track…

H : Cosmic Cars ?

yeah and that other one…

P : Night Drive (Thru Babylon)

That’s it !
H : But also the early House and Techno Djs here were from and Italian background. Like Cam (HMC) and Angelo, and I think that those kind of cultures are much more comfortable with dancing and showing joy through movement. I’m half German and half English which is the least funky combination possible.

P : (laughs) But I don’t totally agree with that analysis of the Australian scene, like I don’t think it is in any way a mainstream but it has pockets of success and as much as I would love to only rep Adelaide, Melbourne is doing much better in that respect than we are and they’ve got some good exports you know, like there’s some good Djs doing good things, more like world class music, and their scene is stronger partly because their licensing is softer.

H : Yeah they got corrupt cops.

P : Yeah and it all comes back to drug culture in a way, like that’s what keeps the party going…

Again, that’s what the cousin told me when I asked him what got him into Techno, he flat out told me, drugs. He used to smoke weed and when he started doing a little bit of pills that was it…

H : yeah I think that all makes sense.

P : I found I never really got it until I had a really loose moment and all of a sudden you hear it differently. And I think that there would be more people who had an epiphany like that than whatever the other entry is, like something pure…

H : Yeah like « I’m interested in electronics… »

P : Yeah (laughs)

I don’t know if you guys would agree but a lot of people say that Adelaide has a big drug scene…

P : Small towns often do.

And do you think there’s a correlation there somewhere ?

H : Hmm… yeah maybe, although it’s hard to quantify, I couldn’t really say.

P : I don’t know, it was probably happening kind of everywhere so it’s hard to separate things.

H : But in Melbourne they had some lock out laws like what we have here but they got rid of them again and it’s quite easy for people to get long licenses. There are clubs where dealing is pretty blatant and they don’t get closed down. And pretty much every young person from Adelaide would move to Melbourne. My cousin grew up in Canberra but lives in Melbourne now, and he says it’s just full of young people from Tasmania, Canberra and Adelaide.

So Adelaide has a problem keeping its youth and artists ?

P : Adelaide’s got a massive youth drain and it’s kind of a surprising thing as we’re a university town. Like, we attract youths and then we basically scare them away with no youth culture.

H : (laughs) Yeah we bore them out of town.

P : We don’t have laws that make parties easy to happen and help youth culture grow.

There are quite a few festivals in Australia and in Adelaide in particular and is it like in Europe and everywhere else where they tend to have more and more Djs on the bill and if so, do you think it competes in a way with the club culture ?

H : Well, I sort of notice it here at the shop because sometimes I won’t see some regulars for two months and I know they’ve gone to a festival. They’ve been saving up before hand and then they’re broke when they come home and that’s it.

P : I think it’s affecting the scene in general.

How do you see the evolution of the Australian and more specifically Adelaide Techno scene ?

H : Some of the kids really need to step up and start doing stuff.

P : it lacks enthusiasm.

You think the younger generation isn’t as involved as for example you guys were ?

P : Well there’s not much to invigorate I get it, but I saw a lack of support and people trying to do something about it. I don’t know, I’m turning into a jaded old man…

How old are you ?

P : I’m 30 but I feel like I’m 50 (laughs)

H : I’m 40.

P : I guess I can’t be bothered much doing much anymore… I think I gave it a good crack, both financially and emotionally. Once you’ve experienced varying degrees of success throughout the years it’s hard to keep going at the same pace, other people have to do it.

So why is it that you guys are so attached to Adelaide ? You could have moved to a bigger, busier city I guess, why did you chose to stay here ?

H : I think there’s a realness here, in other cities it’s just a bit of a theme park, it’s just a lot of slip-streamers, people go somewhere and try to piggy-back on something that is huge and they just want to take a tiny bit of it. I guess here you can make a little bit of a difference and it’s comfortable. And there’s a genuineness about the people here that I don’t always find in Melbourne or Sydney. People here really care, we kind of support each other. People who get into it stay in the scene for a long time. And people in Adelaide respect each other, even if there’s a business or outfit that I’m not totally down with, I respect them for sticking to it because I know how hard it is to run a business here and I know how hard it is when you’re trying to do something valuable and people are not on board with it.

P : I love my hometown.

H : And also it’s a bit of a marketing ploy, you don’t get any street cred for being in Berlin, the place is fucking full ! (laughs)

P : And we have a pretty rich History and it’s something to be proud of and I think once you get involved in that you feel patriotic towards it. Some people more than others obviously because as we said, we do get a a creative drain to Melbourne in a big way and so people who really care generally stay, often to their own detriment (laughs)
I guess that’s another similarity with Detroit, being proud of where you’re from no matter what and try to do something locally…

P : yeah because if it wasn’t for the people that had stuck around I wouldn’t have been introduced to all that and my life would have been totally different and those people who introduced me were talented and could have more than easily been anywhere in the world and done what they did and be quite successful but they didn’t, they stuck here and they introduced me to all that. It’s important you know, without that the city has nothing.

Are these Adelaide pioneers still around and active ?

H : Not many.

P : I guess it’s a cycle, after a while they got fed up (laughs) and when your Dj career stumbles you start working day jobs.

H : HMC is still doing good stuff.

P : Late Night Tuff Guy aswell.

H : Damian Donato is still somewhat active.

Any current Adelaide based producers you guys are excited about ?

H : Yeah there are a couple, Metamethod I really like, really cool modern Techno…

P : With no idea of what’s going on modern…

H : He’s completely isolated musically, and just makes his own sounds and I think he just builds it all up from FM synthesis.

P : He used to have a big studio and sold it all back in the late 90’s. Basically he’s a nerd and builds his tracks frorm single sounds and FM waves.

H : I think he’s really underrated.

P : Totally, he was already underrated in the mid 90’s. Off the radar for over a decade and sort of bubbles back up and people are like « you’re still doing this ? » and he’s killing it.

H : He’s probably older than me.

P : Oh yeah for sure.

H : Phil is also an excellent producer with a very musical range of Techno and Electro and more melodic stuff, also underrated.

So what’s your alias Phil ?

P : There’s a few… I did a release with the Untzz guys a while back but I don’t think there was a name on the label. But yeah there are a few things floating about, most of it is on my hard drive (laughs)

H : Keep your eyes on the skies.

P : Yeah exactly, it’s in the cloud (laughs)

H : Nightime Drama is a good Adelaide label.

P : People are trying you know, I ran Cuckoo Music for a while and we did two records and eight digital releases. We did the Carter Bros album, we only released Adelaide stuff except for the first one, Sleep D who’s from Melbourne.

H : The Carter Bros actually released a couple of records on a Detroit label, Black Catalogue.

P : Rush Hour and then Tsuba re-released their album we did on Cuckoo Music which was cool. It was just nice to rep the local scene and show people what we’re doing here.

Going through your racks in the shop I noticed how reasonable the prices were and I was surprised because Australia being so far away you would tend to think that it’s really expensive to bring imports, ho do you manage ?

H : I have a formula, I have to be quite strict about keeping an order under 1000 $ otherwise I have to pay import duty and GST, so that means I have to be really diligent in my ordering, getting the maximum amount but stay under 1000 $. So if a new record comes out via Hardwax and I want just one record, I can’t order it because it’s going to cost me way more in shipping so sometimes I have to miss out on that and wait for a repress. I tend to go more towards bigger distribution with a bigger catalogue, it’s easier to get a good variety of stuff. Because a decent amount of my sales are not stuff that I’m all that into.

I also noticed that you had quite a few records from the good Antinote people, do you follow the French scene much ?

H : Yeah a decent amount, there’s some really good stuff on Favorite and Antinote is a fantastic label, I think there are a lot of very interesting artists coming from there. There are also some great records from Yoyaku, Concrete…

So how do you keep up with all the different releases ?

H : I just go through every email I get. I don;t know, there might be 200 to 500 records out every week and I try to seek through that. I think that’s really the only channel, I don’t spend much time on Soundcloud, I sometimes read RA or DJ Broadcast, I don’t look at the Facebook feeds. It’s easy to get stuck in a bit of a rut, but with labels like Antinote it’s just buy everything. I don’t think there’s been an Antinote record that’s come out that I haven’t had. It’s just refreshing music, not too retro, not always dancey, some of it is quite challenging sometimes. I’d like to know more about what’s happening in France but also, I think that isolation allows for evolution, if we all know exactly what everyone’s doing all the time, nothing can really grow organically.

P : Even though it’s hard nowadays to find isolation. It’s nice when something refreshing comes out because it’s so hard to find uniqueness these days. For example I always really respected the Sleep D guys for their lack of ego and insistence in doing their thing. I have a lot of respect for Tornado Wallace, because he has his own sound. There’s people who find their own niche and push forward with that. There are a few heads in Australia who do that really well, the Carter Brothers aswell, there’s no one else that sounds like them.

That’s interesting because I sometimes feel that in Paris or other large cities there are too many Djs and producers and it sometimes feels like a competitive and no so healthy environment. Some have like a family/crew thing going on but often times you find that ego gets in the way…

P : Yeah it’s hard in really big cities, you lose the family thing you were talking about. But I think we have that here because of either being a small town and isolation. Some really good producers and DJs are even from the rural areas, like the Carter Brothers are from Mildura, Sleep D is from Frankston.

What would you like to happen in Adelaide ?

H : Well, there are some parties called Park Jib which are run by Lenin, Jake and Henry and they’re really nice young dudes, they’re quite motivated and morally-sound guys and they will just take a generator and Phil’s kickass sound system and go out into the park and have a day party and I’d like to see more of that. There’s no alcohol and there’s no money involved, just music.

P : I think that’s the purest thing that could happen and if they don’t take it by the horns I will probably try and move forward with that.

So you have plans ?

P : Well, I have plans if they don’t, I want them to do it and I don’t want to step on their toes, like it’s their thing and if they want to use my gear than I’m stoked because I want it to be used and I hate listening to music on shit sound.

H : Yeah and we have to let them grow.

P : I personally would like to legitimize it a bit more. I like doing things rough or illegal although it’s not illegal, it’s a grey area and it could be shut down quite easily and that just annoys me. I hate that it has an effect on the scene and future parties if things get shut down and also I like doing things by the book when there’s expensive sound involved, so we’ll see how this one goes. No one’s had the nuts to do it proper yet and coming up is one of the first times that I can think of that someone actually had the balls to go out and give it a try, test the waters, dip the toe in and see how it goes.

H : Because these guys generally have never been to an event like they’re putting on. They’ve never been to a rave in the 90’s, all that knowledge is lost. My mate next door at Inbound Records, he can organize a rave in half an hour, he just makes some phone calls, he has his own sound system…

P : That’s the Drum ‘n Bass scene.

H : They come from that early 90’s rave culture so that’s not a problem for them. They’re a bit more roughneck but the young dudes have never had that experience, they don’t really know how to get started or they don’t realize that such a thing is possible, for them Techno is in a night club or a festival.

P : I think it’s got legs if people are willing and if you use the right key words you can get council onboard, you just have to talk about vibrancy and youth culture.

H : To a certain degree the state government realizes the state is pretty fucked, not much happening economically, manufacturing is finished, the mining is finished…

P : The only big investment is to universities and how they don’t make the connection between universities and youth culture is beyond me.

Mixtape


Spécial Secret Solstice : Alvia

Second volet de notre OOTB spécial Secret Solstice avec cette fois-ci l'artiste islandaise Alvia, la reine du trap islandais propose une musique inspirée aux influences hip hop.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

De Merqury.

Merqury.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Vers l'éternité.

Eternity.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Pourquoi moi ?

Why me?

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Le dessin, la peinture, le design.

Drawing, painting, designing.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Elles apparaissent généralement lorsque je sirote un Elf Tea.

They usually appear when sipin on elf-tea.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

La spirale va vers le haut.

The spiral goes up.

Y a-t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je vois ça comme quelque chose de cyclique, moment après moment, tout ce qui a été sera et ce qui viendra après reste un mystère.

I see it in circles, moment after moment, all that has been will be, mystery to what is next to be.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Me connecter à l'océan dans le port, mes sentiments sont profonds. Rigoler sur GummyClick, faire des choses qui me rendent heureuse.

Connect with the harbor ocean, my feelings get deep, have a laugh with GummýClick, positively do things that make me happy.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Quiconque aimant les chewing-gums HubbaBubba.

Anyone who likes HubbaBubba gum.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Faire une chanson avec Emilio Grande.

Do a song with Emilio Grande.

Retour à l'enfance, quel conseil te donnes-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Rêve grand, ressens profondément <3
Crois et suis toujours ton instinct ! Sois courageuse, pétasse.

Dream Big, Feel Deep <3
Believe and always trust your instinct! Hoe Be Brave.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Heureuse.

Happy.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je la ressens. J'explore et je n'ai pas peur d'essayer de nouvelles manières de créer donc tout peut arriver et c'est excitant. Je n'aime pas savoir à l'avance quelle tournure vont prendre les choses.

I feel it. I'm exploring and not afraid to try different ways of creating so anything can happen and that’s exciting. I don’t like to know how things will turn out.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Trésor coupable - Plaisir caché <3

Guilty treasure - Hidden Pleasure <3

Traduction : Alex

Audio

Vidéo


Spécial Secret Solstice : Lord Pusswhip

La team Hartzine est arrivée au festival Secret Solstice à Reykjavik et, cette semaine, c'est un OOTB spécial artistes islandais. On commence avec Lord Pusswhip, jeune producteur/rapper d'une vingtaine d'années, qui a déjà produit pour quelques artistes hip hop tels que Antwon, Metro Zu et Th@ Kid ou des groupes et artistes punk comme Dälek et Stuart Argabright.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

De l'ouest de Reykjavik.

I'm from the west side of Reykjavik.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

En route vers le studio !

On my way to the studio!

Pourquoi la musique ?
Why music?

Pour la même raison que les danseurs ont envie de danser.

For the same reason dancers want to dance.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J'aime aussi écrire et dessiner.

I like writing and drawing too.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Toutes mes épiphanies finissent brouillées !

All my epiphanies get muddled!

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

L'année passée, mon mixage a beaucoup progressé, avant j'étais plutôt novice, techniquement parlant.

In the last year my mixing has improved a lot, before I was a bit of a technical novice.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Lil B, The Basedgod et Lil B The Basedgod.

Lil B, The Basedgod and Lil B The Basedgod.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je veux faire la bande son du premier grand film d'horreur islandais.

I wanna make the soundtrack for the first great Icelandic horror film.

Retour à l'enfance, quel conseil te donnes-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Un truc du genre "l'herbe est plus verte chez le voisin".

Something along the lines of "the grass is always greener on the other side".

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Toujours à faire de la musique mais ça sera clairement différent, avec un peu de chance ça ne sera pas de la merde.

Probably still making music but it will definitely be different, hopefully I won't be shit.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je ne sais pas mais je suis content quand les gens reconnaissent un beat de Pusswhip juste par la façon dont ça sonne.

I don't know but i'm happy when people say they know something is a Pusswhip beat just from the sound of it.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

J'ai arrêté d'employer ce terme, "plaisir coupable". J'aime ce que j'aime et c'est tout. Peut-être des trucs de rap sale.

I stopped using the word "guilty pleasures", I just like what I like basically. Maybe some of the more debased type rap stuff.

Traduction : Alex

Audio

Vidéo


Bawrut

Je suis tombé sous le charme de  Ciquita l’année passée; sa rythmique contagieuse et guillerette, son côté carnavalesque, sa moiteur chicagoanne et  son acidité bien dosée m’avaient fait lever les bras  jusqu’alors  accoudés au bar de je ne sais plus quel club. Quelques semaines plus tard au détour d’une errance digitale  je suis retombé par hasard sur ce morceau mutant capable de faire renaitre en moi le désir de réécouter La Puta de Ralphi Rosario.
Bawrut, producteur et dj originaire du nord de l’Italie et désormais expatrié à Madrid  en est l'instigateur. Ce titre, d'abord apparu sur son propre label Silencio a vite tapé dans l’œil averti des prescripteurs de Ransom Note qui l'on sorti pour inaugurer  leur tout nouveau label. Depuis cet amateur aussi bien de hip-hop que de pop anglaise s'est subtilement infiltré sur les playlists  de JD Twitch ou Andrew Weatherall et jouera au Sónar ce jeudi 15 juin (vous pourrez ensuivre la performance juste ici)
Pour agrémenter l'interview qui suit, cette insatiable remixeur nous offre un titre en exclu, une revisite d'un titre du groupe art-punk italien CCCP sur lequel on peut même entendre Amanda Lear.

D’où viens-tu ?
Where do you come from?Je viens de Gorizia, une petite ville dans le nord est de l’Italie, à la frontière avec la Slovénie.

I come from Gorizia, a small city in the north east side of Italy on the border with Slovenia.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

J’aimerais dire Ibiza ou Istria mais généralement, ma journée type est : aller au parc avec mes chiens, le studio, la cuisine, le studio, marcher avec les chiens, la cuisine, le lit. En ce moment, c’est le studio ! :)

I would like to say Ibiza or Istria but usually my routine says : going to the park with my dogs, studio, kitchen, studio, walking with the dogs, kitchen, bed. At this moment it’s studio time! :)

Pourquoi la musique ?
Why music?

Depuis mon enfance, j’ai toujours été dingue de musique et de disques, c’était une évolution naturelle pour moi que d’aller vers ça.

Since I was a child I was always crazy about music and records, so it was a natural progression.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Tu te rappelles du sifflement sur « Nuthin but a G thang » ? Ok, je me rappelle de la première fois que j’ai utilisé un simple sampler avec les 4 premiers accords de cette chanson et j’ai été obligé de siffler la mélodie. Depuis ce moment j’ai toujours essayé de jouer et de faire de la musique avec tout ce qui me passe par la tête et d’écrire les mélodies que je sifflotais.

Do you remember the whistle from “Nuthin but a G thang”? Ok, I remember the first time I used a basic sampler with the first 4 bars of the song and I was forced to whistle the lead. Since then I’ve always tried to play and make music with everything going trough my mind and to write down melodies I use to whistle.

Et s'il n'y avait pas eu la musique?
And if music wasn't your thing?

Je ne sais pas, j’ai travaillé pour un bureau de tabac pendant 15 ans, j’ai fait les vendanges pour une entreprise viticole, j’ai travaillé dans une station service pendant les vacances. J’aime cuisiner mais je ne suis par certain que ça pourrait être ma voie. Et être DJ ou un Gourmetsjesaispasquoicuisine est tellement tendance en ce moment!

Don’t know, i worked in a tobacco shop for 15 years, harvesting boy for a wine company, gasoline boy during vacations. I like cooking but not sure that could be my path. And being a DJ or a Gourmetsomethingfood right now is so hip!

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Guy Manuel et Rico jouant « Holidays on Ice » il y a presque 17 ans. Je pourrais faire un t-shirt « Guy Man m’a sauvé la vie »

Guy Manuel and Rico playing “Holidays on Ice” almost 17 years ago. I could make a t-shirt “Guy Man saved my life”.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Je l’attends encode :D. Quand quelqu’un dit « Hey, j’aime ta musique », c’est déjà un objectif important. Quand quelqu’un joue, c’est pareil. Une chose à la fois (oh baby, gonna get to you, girl).

I’m still waiting for it :D When somebody says “hey, i like your music” it is already an important goal. When somebody plays it is the same. Step by step (oh, baby, gonna get to you, girl)

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Plein. Par exemple, l’expérience de traverser l’Italie de part en part parce que ton supposé manager veut te parler et préparer ton prochain album (peut-être mixé par Zdar) et finalement découvrir qu’il a disparu et qu’il ne t’a jamais répondu, JAMAIS. Ça m’a aidé à me déconcentrer sur ce que je veux et ce dont j’ai vraiment besoin.

A lot. Like, for example, the experience of crossing Italy from side to side because your supposed manager has to talk with you and plan your next album, (maybe mixed by Zdar) and then finding out he disappeared and never replied to you EVER. This helped me refocusing on what I really want and need.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui et j’en ai déjà fait l’expérience. Les attentes aident et ruinent ta vie, après tout il y a des choses plus importantes comme l’amour, l’amitié et les ondes en général.

Yes and I’ve already experienced that. Expectations help and ruin your life, after all there’s something more important like love, friendship and vibes in general.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je suis complètement désorganisé avec mes nouveaux morceaux, les promos et la musique que je veux jouer. Généralement, je passe les dernières heures avant un concert à organiser mes clés USB ou à graver quelques CDs.

I’m a mess with new tracks, promos and music I want to play. Usually I spend the last hours before the set organizing my USB cards or burning a couple of CDs.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Je ne sais pas. Je ne joue pas d’instruments, je touche juste les boutons sur des machines électroniques. Il y a beaucoup d’artistes que je respecte et de simplement m’imaginer un jour en studio avec eux à essayer d’écrire de la musique sans un sampleur, une boîte à rythmes ou un clavier serait légèrement intimidant.

Don’t know. I don’t play instruments, just touch buttons and knobs on electronic machines. There’s a lot of artists out there I respect and just imagining me one day with them in the studio trying to write down music without a sampler, a drum machine or a laptop would be a little intimidating.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

D’habitude, je n’aime pas rêvasser à quel point ce serait cool d’avoir ma première sur ce label, ou ce festival ou ce club ou quoi que ce soit d’autre. Je préfère rester dans le présent, ou dans ce cas précis, dans le passé, quand tout, pour un court moment, était parfait : être confirmé pour jouer au Sonar 2017 était l’un de ces moments.

I usually don’t like daydreaming about how could be cool to have my debut on this label or that festival or club or whatever. I rather take a picture of the present, in this case of the past, when everything, for a very short moment, was perfect: being confirmed for playing at Sonar 2017 was one of those moments

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Lis mon enfant, lis. Essayer d’apprendre à jouer d’un instrument et étudier plus.

Read my child, read. Try to learn how to play an instrument and study more.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

En espérant que ce monde soit toujours là je dirais près de la mer, avec ma copine et les gens que j’aime et sans doute avec deux lévriers Greyhounds à mes côtéés. Quelque chose comme Abatantuono dans Mediterraneo de Gabriele Salvatores quand, à la fin du film, il est assis en train de couper des aubergines, réfléchissant à son passé.

Hoping this world will still be here I would stay close to the sea, with my girlfriend and the people I love and probably with a couple of greyhounds by my side. Something like Abatantuono in Gabriele Salvatores’ Mediterraneo movie when, at the end of the movie, he sits while cutting aubergines, thinking about his past.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Parfois je pense que la dance music, tellement tendance en ce moment, sera considéré comme le jazz dans dix ou vingt ans, appréciée et « étudiée » par les personnes âgées en somme, pas si simple à comprendre pour les plus jeunes, et jouée dans les théâtres, les auditoriums et autres. Peut être que ma musique pourrait changer cers quelque chose de plus actuel, mais, à moitié coincé dans le passé comme je suis maintenant, je continuerai sans doute à faire quelque chose que je peux mixer comme la musique que je fais maintenant. Ou j’aurai une révélation hippie/new age et je finirai en faisant et en jouant de la musique à Ibiza (ce qui pourrait être très cool) et juste bouger ma main gauche vers un theremin moderne, en lançant de nouveaux rythmes avec ma main droite sur un clavier.

Sometimes I think that dance music, something so big right now, in ten or twenty years will be something like jazz, appreciated and “studied” by old people basically, not so easy to understand for the youngsters, and played in theatres, auditoriums and places like that. Maybe my music could change to something more actual but, half-stuck in the past as I am right now, I’ll probably go on doing something that I could spin like the music I do now. Or I’ll have a hippie / new age turn and I’ll finish making and playing music in Ibiza (this could be very cool) and just moving my left hand close to a modern theremin, launch new beats with my right hand on a laptop.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Je ne prends pas de drogues et je ne fume pas MAIS j’adore l’odeur de l’herbe. NE me demande pas pourquoi, ça me rappelle l’odeur d’une usine à bière que j’ai visité il y a plus de dix ans. Les amoureux de la weed, ne me détestez pas !

I don’t do drugs and I don’t smoke BUT I love the smell of weed. Don’t ask me why, it reminds the smell of a beer factory I visited ten or more years ago. Ganja lovah don’t hate me!

Ecoute Exclusive


Teenanger

Les quatre adulescents de Teenanger viennent de Toronto et, tout imprégnés de punk spirit qu'ils sont, ils tournent en dérision le fonctionnement débile du monde d'aujourd'hui et déclinent sur les treize titres qui peuplent le prochain album, leur cinquième, une quasi étude de consommation du mode de vie canadien. Bien joliment illustré par Darby Milbrath, Teenager se fait dénonciation des absurdités ambiantes en spoken words et guitares arty, hymnes désarticulés aux contours brutes et à la rengaine simple et directe. Une what the fuck proto music jouée sur un mode punk tête à claques, pas étonnant donc de retrouver James Toth à la régie après Plasmalab et Soupcans. En attendant le 14 juillet et la sortie sur Telephone Explosion, le premier extrait s'écoute ici même, en avant-première évidemment !

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Nous venons de la terre des ratons laveurs en costume. D'un endroit où les logements cachent le soleil et où l'eau douce est notre océan. Toronto.

We come from the land of Raccoons in business suits. A place where condos block out the sun and the ocean is freshwater. Toronto.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Nous sommes à peu près à mi-chemin, sur un vol aller simple, classe économique à destination de ce que beaucoup connaissent comme la mort. C'est la partie du voyage où on commence à avoir des crampes aux jambes et où le personnel naviguant devient méchant. On n'est pas encore sûrs de ce qu'on aura à manger pour le dîner mais on s'accroche à l'espoir d'avoir comme snack un cookie chocolat noir et noix de macadamia plutôt bon.

We are approximately halfway through our one-way, economy class flight to a destination known to most as death. This is the part of the trip where our legs start to cramp and the flight attendants are getting mean. We're still not sure what's being served for dinner but holding onto hope as the free snack was a rather tasty white chocolate and macadamia nut cookie.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C'est plus simple que de jouer au hockey et de chasser l'élan, ce qui sont à peu près les deux seules choses à faire au Canada.

Making music is much easier than playing hockey and hunting moose, pretty much the only other two things to do in Canada.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

En deux mots : natation synchronisée.

Two words: Synchronized swimming.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Le type musclé à la queue de cheval qui joue du saxophone à l'écran dans Génération Perdue est LE MÊME que le type que celui du film de 1987 avec Bob Dylan, Hearts Of Fire - qui est un film sous-estimé.

The ponytail-and-muscles guy who plays the saxophone onscreen in The Lost Boys is THE SAME guy from Bob Dylan's 1987 film Hearts Of Fire (which is an underrated movie.)

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Lorsqu'on a arrêté de prêter attention à ce que les gens pensaient de notre musique.

The moment we stopped caring what people thought of our music.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Absolument aucun. Comme le fameux "No Regrets" de Madonna.

None whatsoever. As Madonna famously said, "No Regrets".

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Cela dépend de si tu considères que travailler comme agent d'accueil chez Walmart est une vie.

Depends on whether you classify working as a Wal-Mart greeter to be "living".

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

As-tu déjà entendu parler de la thérapie primale ? Associe-la avec la première saison de Survivors projetée sur un écran de télé géant et Can't Get You Out Of My Head de Kylie Minogue comme bande-son. C'est la représentation la plus fidèle.

Have you ever heard of primal scream therapy? Combine that with the first season of Survivor on an enormous television screen and Kylie Minogue's Can't Get You Out Of My Head replacing the original audio. That's a fair representation.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

On adorerait avoir l'occasion d'apprendre à faire des bateaux en bouteilles, je suis sûr qu'il y a ici des vrais maîtres qui pourraient devenir nos mentors. Peut-être même qu'on pourrait devenir le premier groupe à sortir un album en bouteille ?

We would love the opportunity to spend some time learning how to make ships in bottles. I'm sure there are some real masters out there who could mentor us. Maybe we could become the first band to release an album in a bottle?

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Après un concert à Québec, un mec super ivre nous a dit qu'on sonnait comme Marilyn Manson. Rien ne va plus depuis ce moment.

After a show in Quebec City, we were told by a very drunk man that we sounded like Marilyn Manson. It's all been downhill since that moment.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

INVESTIS DÈS QUE POSSIBLE DANS UN STOCK DE CANNABIS MÉDICAL. C'EST UNE MINE D'OR QUI NE DEMANDE QU'À ÊTRE EXPLOITÉE.

INVEST IN MEDICINAL MARIJUANA STOCK AS EARLY AS POSSIBLE. IT'S A GOLDMINE WAITING TO BE EXPLOITED.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

L'avion de notre vol aller simple, classe économique à destination de ce que beaucoup connaissent comme la mort va bientôt atterrir. Nous digérons mal le plateau repas et nous nous demandons à quel prix se vend l'Imodium au paradis ?

The plane is about to touch down on our one-way, economy class flight to a destination known to most as death. The complimentary meal isn't sitting so well and we're wondering how overpriced Imodium is in heaven.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?
How do you see your music evolve?

À mon avis, on est pas loin de pouvoir payer des gens qui nous ressemblent pour écrire, enregistrer et se produire comme Teenanger. Pendant ce temps, on sera quelque part où il fait chaud à rêver de bateaux en bouteilles.

I think we're close to the point where we can pay people who look like us to write, record and perform as Teenanger. Meanwhile we'll be somewhere warm, dreaming about ships in bottles.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

On adore tous le film Waterworld.

We all actually love the movie Waterworld.

Écoute exclusive

Tracklist

Teenanger - Teenager (Telephone Explosion, 14 juillet 2017)

01. Two Middle Fingers
02. Dawn
03. Forgot Fun
04. Emoji Kush
05. Just Drop It
06. Media Overload
07. Wychwood Heights
08. It Works With My Body
09. Weird Money
10. The Night Shift
11. Pay It Forward
12. Fun Forgot
13. N.O.B.L.O


Maud Geffray

Composer pour ou avec l'image. Voilà ce qui anime Maud Geffray depuis quelques années. C'est ainsi qu'après avoir mis en son un film sorti d'un carton à souvenirs de Christophe Turpin et tourné au mi-temps des années 1990 lors d'une rave du côté de Carnac - projet autour duquel son EP 1994 s’était cristallisé -, Maud, accompagnée de l'inarrêtable Jamie Harley (lire), s'est rendue cette fois-ci tout au nord de la Finlande pour réaliser un documentaire musical sur des élèves d'une classe de danse folklorique plongés dans le "Kaamos", cette période hivernale de Laponie vissée à une interminable obscurité crépusculaire abolissant pour quelques mois le rythme naturel du lever et du coucher du soleil, cette certitude consumériste bien connue ici que le jour toujours advient.

De ce cadre presque irréel, tantôt ténébreux tantôt étoilé et où la nature semble s'animer, Maud et Jamie en ont tiré une ode vibrante à l'adolescence. Jeunesse qui, privée de lumière et noctambule par défaut, cherche à dépasser ce drame naturel et à s'inventer. Polaar - premier véritable album de la Parisienne et sorti dernièrement chez Pan European (lire) - bien qu'il ne soit pas la bande son originale de ce projet en est pour le moins la parfaite continuité. Car c'est à partir de l'expérience vécue lors cette virée polaire que la moitié du duo Scratch Massive (lire) a composé les titres de cet album ample et parfait, véritable hommage à la nuit qu'elle soit insomniaque, festive ou d'angoisse et dont l'obscurité apparaît étonnamment plus lumineuse et consolante que la transparence univoque du jour. Bref, pour résumer, comme le disait Kant, "si le jour est beau, la nuit, elle, est sublime".

Après avoir brossé le portait de Maud à travers notre petit jeu de questions-réponses favori, retrouvez le clip ovniesque réalisé par Kevin Elamrani-Lince qui illustre avec une pertinence visuelle rare le puissant morceau Forever Blind, ainsi que le très bon remix de Polaar par Voiron.

D'où viens-tu ?

Saint-Nazaire, petite ville portuaire, industrielle, qui borde l'océan Atlantique.

Où vas-tu ?

Je viens de déménager dans le 19ème arrondissement de Paris, a Crimée. Vue de dingue, 7ème étage. J’ai besoin d’horizon, ça me change pas mal du centre de Paris où je vis depuis quelques années. Ici c’est super calme, ça détend. Au final c’est moi qui risque de faire du bruit dans l’immeuble.

Pourquoi la musique ?

C’est un langage qui me permet d’aborder des sensations, des émotions plus directement, qui m’évite de tout expliquer. Ça me convient pas mal et j’ai l’impression de ramener un peu de douceur dans ce monde.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?

Je ne sais pas trop… faire de la musique c’est un luxe pour moi. J’ai l’impression que ça m’équilibre, après il faut rien fantasmer, c’est une activité intense, qui peut amener de la souffrance, de la difficulté aussi.

Une épiphanie personnelle ?

Réaliser que je pouvais faire de la musique seule, tout en continuant a faire de la musique avec mon groupe Scratch Massive.

Une révélation artistique ?

J’en ai assez régulièrement, heureusement c’est un vrai moteur. c’est juste compliqué quand ça remet en cause ses propres directions mais au moins ça fait avancer.
Une grosse révélation artistique de ces dernières années; Burial. Particulièrement le track Come Down To Us. Sa musique me fascine réellement, c’est dark et lumineux à la fois, tout ce que j’aime.

Le revers de la médaille ?

De se consacrer a la musique? la solitude peut-être. Parfois j’envie mes potes qui ont des vies de bureau avec des collègues et des vies cadrées : semaines / week-end. Mais ça ne dure jamais très longtemps. Au fond, je crois que j’ai vraiment besoin de cette liberté, de ce décalage, c’est créatif et ça me convient très bien. En même-temps, personne nous oblige à rien quand on fait ce métier, donc il faut apprendre à s’autodiscipliner, à avoir un rythme assez régulier.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Sans doute oui, j’imagine que ça doit être libérateur .. enfin au moins un certain temps, au début quoi. il doit manquer quelque chose quand même .. créer donne tout simplement du sens à tout ça.

Un rituel de scène ?

Le moins possible de rituels … juste pas trop boire

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

Je sais pas j’espère ne pas l’avoir atteint.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Suivre mes instincts, avoir confiance en moi.

Comment te vois tu dans trente ans ?

je ne planifie pas grand chose, je n’arrive pas a me projeter aussi loin...

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

je ne sais pas c’est du work in progress...

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?

J’ai une passion pour les cours de gym en club de sport sur fond de grosse musique Dance. Ca procure des très bonnes montées pendant 1h , Adele remixée avec un gros beat, Jimmy Sommerville en medley avec technotronic, Rihanna en version EDM, c’est intense.

La Playlist de Maud

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Scott Hardware

Retour à Toronto où la scène musicale regorge d'artistes talentueux et focus cette semaine sur Scott Hardware, qui sortait l'été dernier une cassette EP Mutate Repeat Infinity sur le label montréalais Banko Gotiti Records. Scott Hardware, anciennement connu sous le nom de Ken Park, a notamment roulé sa bosse au sein des groupes canadiens Ostrich Tuning et Hooded Fang. Mutate Repeat Infinity regroupe six tracks d'une pop synthétique aux influences dance, house et new wave. Beats dirty, mélodies élégantes et lyrics éclairés, cet EP regorge de pépites - écoutez notamment New Money Walk, Gertrude ou encore Black Humour. En attendant la sortie imminente d'un nouvel enregistrement, découvrez les réponses du Canadien à notre interview et écoutez en exclusivité sa magnifique reprise de Ces Gens-Là de Jacques Brel. À noter que Scott Hardware sera en tournée en Europe, dont deux dates en France : les 24 et 25 mai prochains au Pop In à Paris et au Rouge à Lille. Il partagera l'affiche sur ces deux dates avec Ice Cream, duo féminin à la pop obscure et minimale. Be there !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Petrolia, en Ontario au Canada.

Petrolia, Ontario, Canada.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Eh bien, en Europe entre le 20 mai et le 14 juin. En France, tu veux dire ? On joue à Paris le 24 et à Lille le 25.

Well, Europe between May 20th and June 14th. France you ask? We play Paris on the 24th and Lille the 25th.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C'est une compétition de sabotage personnel que j'entretiens avec moi-même depuis des années.

It’s a years-long, bridge-burning competition I have with myself.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Là c'est difficile parce que, vraiment, je n'ai jamais montré d'aptitude particulière ou de curiosité pour quoi que ce soit d'autre.

This one’s tough because, really, I’ve never show any prowess or even curiosity towards anything else.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J'ai beaucoup pensé au fait de s'excuser, l'année passée. Les excuses, je m'en fiche. Je n'ai jamais besoin d'en recevoir de quiconque et je n'en fais pas non plus. Et si je me trompe, ou si quelqu'un sent qu'il m'a fait du tort, je préfère simplement qu'il y ait un changement de comportement sur la durée pour regagner la confiance de l'autre. Trop lourd ?

I thought a lot last year about apologies. I don’t care for them. I don’t require them from anyone ever, and I don’t give them out. If I’m wrong, or if someone else feels as I’ve they’ve wronged me, I prefer we simply change our behaviour over time to earn trust back. Too heavy?

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Je fais beaucoup de musique calme ces temps-ci.

Lately I’m playing a lot with quiet music.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

J'adore danser et faire danser les gens pendant les concerts.

I love and dancing and making people dance at shows.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui, j'en suis sûr. Les gens se sortent de situations bien pires tous les jours.

I’m sure there is yes, people recover from much worse everyday.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je suis toujours anxieux avant chaque concert, mais j'ai fini par accepter que ça fait partie du truc. Je ne me sens mieux qu'à partir du moment où je saute un peu partout pour me débarrasser de cette énergie. Je fais des jumping jacks et je bois souvent un peu de whisky pour rentrer dans mon rythme cardiaque effréné.

I still get anxiety before every show, and I’ve come to accept that it’s part of the whole thing. I won’t feel good until I’m jumping around getting rid of that energy. I usher in my extremely high heart rate with some jumping jacks and often a bit of whiskey

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

J'adorerais faire la musique d'un film de Wim Wenders.

I would love to make music for a Wim Wenders film.

Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career?

Faire un disque irréfutable, le genre de disque qu'on reconnait comme significatif même si on le déteste. Ou sur lequel tout le monde a une opinion.

Making an undeniable record, the kind where even people who hate it recognize that it’s meaningful. Or that everyone has an opinion on it.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Travaille dur, fais ton coming out plus tôt.

Work hard, come out of the closet earlier.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Je n'ai jamais pensé aussi loin dans l'avenir, et même maintenant je ne peux même pas imaginer. Honnêtement, je suis très pessimiste et je traverse de longues périodes où je pense que la civilisation n'existera plus dans trente ans. Donc j'essaye de ne pas faire trop de plans.

I’ve never thought that far hear, and even now I can’t even imagine. I’m honestly very doomy, and I go through long periods of thinking there’ll be no civilisation in 30 years, and as a result I try not to make too many plans.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je la vois s'étendre dans toutes les directions - plus loin dans la vulnérabilité, plus loin dans la difficulté, qu'elle porte plus loin - bref, plus loin.

I see it expanding in every direction - Further vulnerable, further difficult, further accessible – further, in short.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Plus personne ne se sent coupable ! Sauf moi, apparemment je préfère regarder des films pourris. Et pire encore, j'aime vraiment ces deux nouveaux singles de Bruno Mars. Allez-y, foutez-moi en taule !

No one feels guilty anymore! Except me, I seem to prefer terrible movies to good ones. And worse yet, I really like those two new Bruno Mars singles. So sue me!

Photo : Umair Dawin

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Tracklist

Scott Hardware - Mutate Repeat Infinity (Banko Gotiti, 24 juin 2016)

01. New Money Walk
02. He Began Again
03. Indictment
04. Gertrude
05. Black Humour
06. Mutate Repeat Infinity


Endlings

Que restera-t-il de Deerhoof ? Une marotte musicale pour initié, le genre de groupe qui revient toujours en tête des listes d'influences, l'ideal-type du groupe indie DIY...Sans doute mais mieux encore car grâce à ses faiblesses, ses rendez-vous ratés, il a su préserver l'essentiel de qu'on attend d'un groupe de rock à savoir "cette insondable manière d’allumer le sourire chez chacun, d’épouser cette éternelle substance d’excitation gamine".
Le treizième album studio du groupe, paru l'an passé, avait été enregistré dans l'urgence au nouveau Mexique où son guitariste John Dieterich, comme Le Clésio, y a définitivement poser ses valises. C'est à Albuquerque donc, après s'être un temps amusé avec Jeremy Barnes (Neutral Milk Hotel), collaboré avec l'artiste Claire Cronin, qu'il a fait la rencontre de l'artiste noise Raven Chacon avec lequel il forme désormais Endlings et dont l'album est sorti le 12 mai via Sicksicksick / Lightning Feet. Pour l'occasion on vous offre en écoute, ci-après les réponses John et Raven à nos quelques questions importunes, un titre en écoute exclusive.

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Du Wisconsin et d’une réserve Navajo entre l’Arizona et le Nouveau Mexique. Le duo vient d’Albuquerque.

Wisconsin and Navajo Reservation between Arizona and New Mexico.  The duo comes from Albuquerque.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Pas si loin.

Not so far.


Pourquoi la musique ?
Why music?

Vraiment, je ne sais pas. Les sons et la musique nous traversent. Je crois réellement à ça. J’ai grandi avec beaucoup de musique autour de moi et il y a beaucoup de musiciens dans ma famille, mais je crois que la principale raison est que mon grand frère était passionné de musique. Je crois que je me suis dirigé vers ça parce que la musique a tendance à poser plus de questions qu’elle ne donne de réponses. Elle permet d’inventer des mondes, de détourner la conscience des gens, de se développer, etc. J’adore être dans la confusion et hors de ma zone de confort. Les musiciens peuvent soit décider quoi retenir de l’univers ou créer des situations où ces univers peuvent apparaître ou disparaître selon la volonté du musicien.

I honestly don’t know.  Sounds and music passes through.  I strongly believe that. I grew up with lots of music around and musical relatives, but I think the main reason is that my older brother was very serious about music.  I think I gravitated towards it because it tended to ask more questions than it answered.  Music allows you to invent worlds, hijack peoples’ consciousness, expand yourself, etc.  I am a fan of being confused and out of my depth.  Musicians either decide what to grab from the universe or create situations where they are conjured and retrieved by the musician.


Et si vous n’aviez pas fait de la musique ?
And if music wasn't your thing?

La musique jouerait toujours un rôle, parce que je  consacrerai probablement plus de temps à travailler dans les domaines de la vidéo ou de la sculpture/des installations. En grandissant je voulais devenir jouer de foot professionnel, et, le moment est arrivé où j’ai dû choisir entre consacre mon énergie sur le foot ou la musique, et j’ai juste décidé que la musique était plus importante pour moi et plus mystérieuse. C’est drôle parce que je me suis récemment remis à jouer au foot et maintenant le foot me semble tout aussi mystérieux et puissant à sa façon, et je trouve constamment des relations entre la manière dont le jeu fonctionne dans les deux univers. Mais, si j’avais de la discipline, j’essaierai de me diriger sur la voie pour devenir un écrivain de science fiction, ou devenir un sain ou un guérisseur.

 

Music would always play a role, because I would probably do more work in the fields of video or sculpture/installation.  I grew up wanting to be a professional soccer player, and there was a moment that I had to decide between focusing my energy on soccer or music, and I just decided that music was more important to me and more mysterious to me.  It’s funny because I have recently gotten back into playing soccer, and now soccer feels just as mysterious and powerful in its own way, and I am constantly finding relationships between the way play works in both worlds.  But, if I had the discipline, I would try to steer myself onto the path of becoming a writer of science fiction or becoming a holy/healer man.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Les épiphanies arrivent tout le temps. On apprend à voir les indices que l’univers essaie de vous laisser. La métaphore naturelle est partout. Ce n’est pas qu’elles prévoient l’avenir mais elles révèlent les absurdités et les contradictions de nos réalités partagées et de nos interactions. Les épiphanies arrivent tout le temps. Ce serait difficile d’en choisir une. Je suis toujours émerveillé par la créativité des gens qui m’entourent. Une épiphanie est à quel point une collaboration peut être beaucoup plus que la somme de ses parties. Ou peut-être est-ce un autre moyen de dire que les gens sont beaucoup plus profond que ce qu’ils montrent dans leur vie de tous les jours. On a la capacité à s’enseigner tellement de chose. Hier soir j’ai vu un concert de personne qui jouaient des œuvres de Pauline Oliveros et plein d’autres, ils étaient sous concentrés à improviser sur le peu de matériel dont ils disposaient, et ça m’a vraiment inspiré. La pièce de Pauline en particulier était si simple, un enfant aurait pu la faire, et un enfant pourrait en comprendre la portée aussi. Elle a trouvé un moyen de récolter les capacités humaines (parmi des gens très différents) qui est clair et intelligible, et j’ai trouvé ça très fort.

Epiphanies come all the time. One learns to see clues that the universe is trying to tell you. There is natural metaphor everywhere. It isn’t that they foretell the future but that they reveal the absurdities and contradictions of our shared realities and interactions.  Epiphanies come all the time.  It would be hard to pick one.  I am always amazed by the creativity of the people around me.  One epiphany is how collaboration can make up so much more than the sum of its parts.  Or maybe that’s just another way of saying that people are much deeper than we let on in our daily lives.  We have the capacity to teach each other so much.  I saw a concert last night of people playing pieces by Pauline Oliveros and many others, all focused on improvising with very limited materials, and I was really inspired by it.  Pauline’s piece in particular was just so simple, a child could do it, and a child could apprehend the power of it, as well.  She found of a way of harvesting human capacities (among people of all walks of life) that was clear and intelligible, and I found it very powerful.


Une révélation artistique?
Your artistic breakthrough?

Je n’ai jamais vraiment eu un moment qui s’est démarqué. C’est simplement une série ininterrompue de petites épiphanies qui m’ont construit.

I’ve never really had one moment that sticks out.  It’s just a series of continued little epiphanies that draw me along.


Y-a-t’il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je ne suis pas certain qu’il existe une chose telle que la mort artistique. Les gens arrêteront peut être de produire de l’art pour la consommation par autrui mais je ne définirai pas ça comme une mort artistique. Je ne suis même pas sûr de croire à une telle chose. Les gens travaille juste de la façon qui a du sens pour eux à un moment donné. Je trouve qu’on vit une période  intéressante en ce moment où l’art semble à la fois être totalement superflu et pourtant absolument vital afin de trouver une direction, et il y a quelque chose que je trouve exaltant là-dedans. C’est aussi destructeur par moment, mais cette tension peut être ce qui génère de nouvelles idées. Au-delà de l’art, il y a l’amour. L’amour pour les gens, les animaux, les lieux. L’art est seulement le moyen de converger vers les autres. Il n’y a pas de mort.

I’m not sure I think there is such a thing as artistic death.  People may stop producing art for consumption by others, but I wouldn’t describe that as artistic death.  I’m not sure I even believe in such a thing.  People just work in the way that makes sense to them at any given time.  I think we are in an interesting time right now where art feels at the same time totally superfluous and yet utterly vital in finding a way forward, and there’s something I find exhilarating about that.  It’s also crushing at times, but that tension can be the thing that generates new ideas. Beyond art there is love. Love for people, animals, and places. Art is merely the path to converge with others. There is no death.

Votre rituel avant de monter sur scène ?
Your pre-stage ritual?

En fait je n’en ai pas. Avant j’aimais répéter au moins une demi-heure avant de jouer mais dernièrement je préfère y aller à froid tout simplement parce que je trouve que la musique peut me surprendre et je peux la suivre dans des terrains surprenants plus facilement. J’ai un rituel d’après-scène où je veux être seul. Me promener. Ne pas parler.

I actually don’t have one.  I used to like to practice for at least a half an hour before playing, but I have preferred going out cold lately simply because I find the music can surprise me and I can follow it to surprising places more easily.  I have more of a post-stage ritual in where I want to be alone. Go on a walk. Not talk.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique ou non) ?
Who would you work with (musically or not)?

Je n’ai pas vraiment d’idée de collaborateur fantasmé pour être honnête. J’aime travailler avec les gens, être surpris par eux, apprendre d’eux, etc. Je retiens toujours quelque chose d’une collaboration, que ce soit une nouvelle manière de penser la musique ou une compréhension un peu plus claire de ce qui fonctionne avec quelqu’un. Les collaborations sont devenues mon principal mode de fonctionnement maintenant. J’ai compris que nous, les humains, devions trouver un moyen d’être ensemble si nous devons survivre sur cette planète, donc quel est le meilleur moyen de commencer...

I don’t really have any pie in the sky collaborator ideas, to be honest.  I love working with people, being surprised by them, learning from them, etc. I always take something away from collaborating, whether it’s a new way of thinking about music or a slightly clearer understanding of what makes someone else click.  Collaboration has become my main mode of working at this point.  I figure we humans have to figure out a way to be together if we’re going to continue to survive on this planet, so what better way to start...


Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career ?

J’espère ne jamais en avoir. Un climax infini !

I hope to never have one.  Prolonged climax!

Retour à l’enfance - quel conseil te donnerais-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Hmm… Apprendre plus de langues. Oui, apprendre plus de langues. Passer plus de temps avec les aïeuls.

Hmm...Learn more languages. Yes, learn more languages. Spend more time with elders.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Assez vieux. J’espère un professeur pour de jeunes artistes.

Pretty old.  Hopefully as a teacher to young artists.

Comment voyez-vous votre musique évoluer ?
How do you see your music evolve ?

Elle n’évolue qu’à travers la collaboration. Apprendre de nouveaux outils peut aider à modifier le contenu et la forme mais contexte et concept évoluent en travaillant avec les autres. Continuer à fouiller dans beaucoup d’idées que j’ai déjà eues tout en continuant à découvrir de nouvelles choses. Une de mes plus grandes joies est de faire des choses que je ne comprends pas, travailler avec des gens que je ne comprends pas et fabriquer des choses que je ne comprends pas.

It only evolves through collaboration. Learning new tools can aid in altering content and form but context and concept evolve with making work with others.  Delving deeper into a lot of the ideas I’ve already had while continuing to discover new things.  One of my great joys is doing things that I don’t understand, working with people I don’t understand, making things I don’t understand.

 

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou non) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Un plaisir non-coupable est d’être forcé à écouter un seul disque sur de longues périodes. J’avais une voiture avec un lecteur cassette, et ma cassette d’Eric B et Rakim “Follow the Leader” s’est coincée et je n’ai écouté que cette cassette dans ma voiture pendant trois ans. Pareil, le diamant de ma platine s’est usé donc tout sonnait de façon horrible dessus sauf un album : Toots and the Maytals “Funky Kingston”, donc j’ai écouté cet album pendant plusieurs années. C’était génial. Il se trouve que ces deux disques sont incroyables, donc j’imagine que j’ai été chanceux.

One non-guilty pleasure I have is being forced to listen to one record only for long periods of time. I used to have a car with a tape deck, and my Eric B And Rakim cassette of “Follow the Leader” got stuck in the car, and I only listened to that cassette in the car for 3 years or something. Similarly, the needle got really bad on my record player, so everything sounded horrible on it except for one album: Toots and the Maytals’ “Funky Kingston” -- so I just listened to that album for several years. It was great. Those both happen to be incredible albums, so I guess I got lucky.

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Daniel Araya

Après plusieurs EPs sortis notamment sur les labels Börft ou Kontra Musik, le producteur suédois Daniel Araya est de retour avec une tape intitulée Seven Sister et sortie au mois de mars dernier sur le label Classicworks. Depuis maintenant cinq ans, le label mené par Cardopusher & Nehuen et basé à Barcelone n'a cessé de promouvoir une musique pointue, balayant les spectres électroniques de la techno à la house. Ici, Daniel Araya, adepte des sons analogiques, nous livre une production expérimentale épique où rythmes et percussions acides se mêlent à des ambiances industrial lo-fi. Découvrez ci-dessous 110' (arcmin.), la track de clôture de Seven Sister, ainsi que les réponses du suédois Daniel Araya à notre interview Out Of The Blue. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens de la partie rurale du sud de la Suède mais je vis désormais à Stockholm, j’ai des racines à la fois suédoises et chiliennes. Musicalement, je suis de la génération acid house qui a découvert la musique à travers la radio et l’échange de cassettes. J’ai aussi un background électronique, j’ai toujours recherché à mélanger l’électronique avec toutes sortes de sons, ça m’est venu naturellement.

I come from rural southern Sweden, now living in Stockholm and have Chilean/Swedish roots. Musically I come from the acid house generation that discovered the music via radio and trading tapes. I also come from an electronics background and always been into making stuff so the combination of electronics and sound came naturally to me.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

C’est une question difficile. Idéalement, dans des clubs d’autres pays, remplis de gens cools et heureux ! Je commence aussi à travailler pour un fabricant de synthés et pour quelques amis qui cherchent à créer de nouvelles machines pour faire de la musique.

That is a harder question! Preferably to clubs in other countries filled with nice and happy people! I’m also starting to work with a synthesizer manufacturer and some friends to bring out a couple of new and exciting music machines!

Pourquoi la musique ?
Why music?

Que faire d’autre dans une ville remplie de 11 000 redneck et perdue dans les bois ? J’essaie de me consacrer à fond à la musique, c’est ce qui permet de vraiment trouver et former son propre style. Je remercie ma mère hippie qui m’a laissé bricoler avec ces systèmes de sons, ordinateurs et synthés depuis tout petit !

What else to do in a 11.000 people redneck town in the woods? Also I like to go all in and with music you can really do that while still keeping and forming your own style. I thank my hippie mom for letting me tinker with all those sound systems, computers and synths when I was a kid!

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Je me consacrerais à l’agriculture, à la mécanique ou à de la recherche sur la géopolitique. Si j’ai la chance d’avoir une seconde vie, c’est ce que je ferais. M. Kurzweil, poussez le transhumanisme plus loin, que je puisse tester ça !

Farming, electro mechanics or geopolitical intelligence analytics. If I get another lifetime I’ll give it a shot. Mr Kurzweil, bring on the transhumanism so I can try it!

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

C’est un peu cliché comme réponse mais c’était la première fois que j’ai entendu de l’acid house, Acid Tracks de Phuture, une véritable révélation pour moi : "qu’est que c’est que CE SON ? qui fait ça et comment ?". Ça m'a littéralement scotché.

I guess this is a very cliché answer but the first time I heard acid house, Phuture's Acid Tracks was a total epiphany: “what IS that sound? who did it? how do they make it?”. I was totally floored!

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

L’ai-je déjà atteint ? Je ne pense pas, non.

Is it here yet? I don't think so.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Le revers de la médaille de ne pas encore avoir pu percer, c’est qu’il est difficile de sortir des choses, devoir envoyer des tonnes de morceaux à des labels et tout ça. Ça a changé un peu récemment, plus de labels se mettent à écouter mon travail et me demandent des morceaux, des EPs, etc. Pas mal de nouvelles sorties sont prévues pour très bientôt !

The downside to not having a break through (yet) is that it is a bit of a chore to get stuff released, sending lots of sending tracks to labels and all that. It has changed a bit though, more labels are hearing my stuff and asking me for tracks/EP’s, more releases coming soon!

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je le pense, oui. La plupart des gens qui sont musiciens sont, de fait, naturellement créatifs et s’ils cessent de faire de la musique, quelque chose d’autre prendra la place. Phoenix artistique, brûle puis renais de tes cendres !

I think so. Most people that are musicians are inherently creative and if they stop doing music something else will come out. Artistic Phoenix, burn and then be reborn!

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Un classique : vérifier tous les câbles (j’en ai plein), les synthés puis boire un bon cava. De préférence pendant que je traîne avec les gens venus faire la fête et quelques bons amis.

A classic: check all cables (I have lots!) and synths and preferably drink some nice cava. Preferably while hanging out with the local party animals and some good friends!

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Ce serait génial de pouvoir travailler avec TM404, ça fait dix ans qu’on en parle ! Son travail m’a toujours vraiment impressionné, ce mec a de la magie dans les mains. Je réfléchis aussi à collaborer avec la très talentueuse musicienne suédoise Maria Horn, on a déjà joué ensemble au Norbergfestival il y a quelques années et c’était un super moment. Et bien sûr, bosser avec Zuli, originaire du Caire, l’un de mes producteurs préférés en ce moment. Jetez un oeil à son album Bionic Ahmed, on dirait la bande originale d’une très grande métropole !

It would be so much fun to do something together with TM404, we have been talking about it for like ten years now! I have always been impressed by his work, that guy has magic! I am also planning to do someting together with a very talanted Swedish musician called Maria Horn, we played one track together at Norbergfestival a couple of years ago and had such a good time! And of course Zuli from Cairo, one of my favorites at the moment. Check out his album Bionic Ahmed, the music sounds like soundtracks for megacities!

Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career?

Une question très difficile... j’adorerais jouer à Chicago, la terre sainte de l’acid. Et peut-être réaliser la B.O. d’un long-métrage ?

This is a very hard question... I would love to play in Chicago, holy acid ground and maybe make the soundtrack to a full length movie?

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Va à l’université, espèce de branleur, ce sera plus dur plus tard, quand tu seras plus vieux !

Go to university, you lazy fuck, it gets harder the older you get!

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

À fond dans le boulot, entre atelier et studio, ou à me détendre sur un rooftop sympa, à Beyrouth ou à Barcelone avec ma femme !

Either hard at work in my combined workshop/studio or chilling on a nice rooftop bar in Beirut or Barcelona with my wife!

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

J’ai écouté beaucoup de synth body et de dark wave dans ma vie, sûrement dans l’une de ses deux directions. Mais j’essaie aussi différents sons au-delà de l’acid habituel, j’essaie d’aller vers un peu de breakbeat ou de footwork dans mes prochains morceaux ! Et j'aimerais essayer d'intégrer des voix dans ma musique, ça se révèle très difficile !

I have been listening a lot to body synth music and dark wave so some of that will probably make its way in. I'm also trying out different sounds besides my usual acid and I love to do a bit of breakbeat and footwork inspired tracks in the future! And I would like to try to incorporate some vocals into my music, it turns out to be very hard!

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

J’aime les voitures ! J’ai eu mon permis très récemment, avant ça je pensais que les voitures étaient le truc le plus ennuyeux mais je commence à me passionner pour ça. Mais j’aime qu’elles soient bizarres, vraiment moches, ou très futuristes. Ou blindées !

I like cars! I got my drivers license quite recently and before that I thought cars was the most boring things but I'm actually starting to like them now. But they need to be odd, ugly or super advanced. Or armoured!

Écoute exclusive

Tracklist

Daniel Araya - Seven Sister (Classicworks, 17 mars 2017)

01. +24° 7′
02. M45,[1] Seven Sisters
03. 3h 47m 24s
04. 444 ly on average
05. (136.2Ò1.2 pc)
06. 1.6
07. Melotte 22
08. 110' (arcmin.)


Nightlands

Nightlands est le projet solo de l'américain Dave Hartley. Ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose et pourtant, depuis une quinzaine d'années, il collabore à de nombreux projets indés tels Sharon Van Etten, Carter Tanton, Torres, Steven A. Clark, Alela Diane, The Dove & The Wolf... et est surtout connu pour être le bassiste du groupe originaire de Philadelphie, The War On Drugs. La semaine prochaine sortira chez Western Vinyl son troisième album solo : I Can Feel The Night Around Me. On y retrouve une pop mélodieuse aux tonalités nostalgiques où d'incroyables harmonies vocales se lovent autour de compositions à la chaleur rétro. Musique à la douce langueur qui invite à l'évasion et à la rêverie, découvrez ci-dessous des extraits du nouvel album de Dave Hartley ainsi qu'un extrait de son travail photographique qui révèle sa passion pour les appareils "prêt-à-photographier".

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens de banlieue, je suis né dans les années 1980 et j’ai grandi à une époque dorée pour moi : les années 1990.

I come from the suburbs, born in the 80s and seasoned in the modern gilded age, the 90s. 

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Je me dirige vers une époque sombre et dangereuse, comme le reste de l’Humanité. Mais grâce à Dieu, la possibilité qu’offre la Réalité Virtuelle de simuler le monde réel progresse dans des proportions inverses à celle de notre annihilation totale. Quand l’Humanité sera proche de sa fin, nous pourrons alors mettre le casque de Réalité Virtuelle et marcher main dans la main virtuellement dans une forêt tropicale digitale.

I'm headed into the dark electric night, along with the rest of humanity. Thank God that Virtual Reality's ability to simulate the natural world is advancing in exact inverse proportion to our total annihilation of it. So when it's totally gone and humanity populates earth's spoiled husk, we can strap on a headset and walk hand-in-simulated-hand into the digital rainforest.

Pourquoi la musique ?
Why music?

L’expression personnelle est importante mais elle devient réellement vitale puisque nos institutions sont en train de mourir. Je n’ai pas l'impresison qu’il s’agisse de quelque chose que j’ai choisi, c’est juste un chemin sur lequel je me suis trouvé à un moment et que je parcours.

Personal expression is always important, but feels more vital now as our institutions corrode. I don't really feel it's something I chose to do, it's just the set of train tracks that I've landed on.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J’essaierais de trouver un chalet où je pourrais m’inspirer de l’ambition véhiculée par le livre « The Book of The New Sun » de Gene Wolf, de la prescience de « The Peripheral » de William Gibson, de l’humanité simple de « Ender’s Game », et d’un certain sens du formidable dans « Fountains of Paradise » de Arthur C. Clarke.  J’écrirai des fictions.

I would find a cabin and try to summon the ambition Gene Wolfe's The Book of the New Sun series, the prescience of William Gibson's The Peripheral, the simple humanity of Ender's Game, and the sense of wonder of Arthur C. Clarke's Fountains of Paradise. Someday I will write fiction. 

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J’ai connu beaucoup d’épiphanies, provoquées chimiquement ou non, mais pour moi plus que tout c’est la connaissance qui a été inscrite dans mon cerveau année après année, après de nombreuses répétitions. Le savoir acquis progressivement, avec insistance, est celui qui dure le plus longtemps de tous.

I have had many epiphanies, chemically induced and otherwise, but have found that most worthwhile knowledge in my brain has been mined over time and through repeated diggings. Gradual attained knowledge lasts longer.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Je ne crois pas vraiment à ce concept, même si parfois il semble que cela arrive à d’autres. L’expression artistique semble s’appuyer sur des sortes de vérités mystiques, mais au fond, il s’agit seulement de travail. On parvient à progresser grâce à la répétition, l’habitude, la persévérance… Même nos plus grands chamans (Dylan etc.) ont passé des années à travailler, à imiter… C’est cet aspect non-sexy de la source d’inspiration qui compte pour moi.

I don't believe in the concept of an "artistic breakthrough", though certainly they appear to happen from afar. Artistic expression taps into mystical truths, but at its core is just work. Breakthroughs are achieved through repetition, habit, perseverance... even our greatest shamans (Dylan, etc) spent years woodshedding, imitating... the unsexy machinations of inspiration.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

En matière d’expression ? Le mysticisme peut-être ? Le mysticisme est dangereux quand il sert de prétexte à une pseudo-science ou à la superstition. L’acte de créer, l’expression, n’ont pas besoin d’être rendus plus mystérieux qu’ils ne le sont déjà. Nous pouvons nous tourner vers la science, l’objectivité à un degré extrême sans jamais ternir la beauté de l’art et sa source première - ce dernier est immunisé à ça car, au fond, il est inexplicable, même si l’on peut en disséquer les éléments qui le constituent, ce pourquoi nous créons de l’art, au final. Mais ces vérités mystiques n’ont pas besoin de croyances débiles. Nous n’avons pas besoin de croire aux fantômes pour croire à la suprématie de l’art.

To expression? Mysticism? Mysticism is dangerous when it serves as a springboard into pseudo-science or nickle-and-dime superstition. The act of creation/expression doesn't need to be made more mysterious than it already is. We can embrace science and objectivity to an extreme degree and not diminish the wonder of art and its provenance--it's immune because it's unexplainable at its core, even if we can dissect the constituent urges/functions that bring it into existence. Mystic truths don't require bullshit beliefs. We don't need to believe in ghosts to believe in the primacy of art. 

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr. L’artiste n’est artiste que durant l’acte de création. Quand une personne se brosse les dents, se fait cuire des oeufs ou regarde un match à la télé, elle est un simple être humain. Ça n’est que lorsqu’elle se lance dans la danse de la création qu’elle devient artiste. Cette mort artistique pour moi c’est une mise en dormance ponctuelle qui arrive régulièrement (ou pour de longues périodes).

Of course... the artist is only the artist during the act of creation. When she brushes her teeth or makes eggs or watches football on the tele, she is just a human. As soon as she engages in the dance of creation she transforms into the artist. So artistic death is just periodic dormancy that happens regularly (or for long periods). 

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je me remue nerveusement, je bois de la téquila avec du citron, je fais un peu jogging sur place.

Nervous fidgeting, tequila and lime, jogging in place.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Je suis ravi de collaborer avec à peu près n’importe qui dans le monde de la musique, si le temps disponible le permet… Bien sûr il y a des gens célèbres qui ont fait des disques qui m’ont profondément influencés; et je serais ravis de les rencontrer ou de travailler avec eux, mais je suis vraiment ravi de pouvoir faire de la musique avec mes amis proches. C’est un vrai plaisir.

J’aimerais néanmoins travailler un jour avec un spécialiste de l’animation, un visionnaire (quelqu’un du Studio Ghibli par exemple), parce que je me considère comme un musicien surréaliste - beaucoup de sons que j’essaie de faire, je les produis « visuellement », je serais très efficace avec des images surréalistes.

I'm delighted to collaborate with almost anyone in the music world, if time permits... of course there are famous people who have made records that have influenced me greatly and I'd be tickled to meet or work with, but I also love to make music with my good friends. That's a real treat. 

I think I'd be very excited to someday work with a visionary animator (someone from studio Ghibli, for example), because I fancy myself a musical surrealist -- many of the sounds I try to make I arrive at visually and would go very well in tandem with surrealist images. 

Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career?

Je ne sais pas vraiment mais j’espère l’atteindre sans vraiment le savoir, et me délecter de la redescente comme une espèce d’aventure intérieure.

I'm not sure but I hope to reach it unknowingly and enjoy the comedown as an inward journey. 

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Aime toi toi-même. Ne cherche pas à être cool.

Love thine self. Don't be cool. 

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Un mec qui geint, idiosyncratique, toujours dans les bouquins.

Grizzled, idiosyncratic, bookish. 

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Comme une série postulats et de fausses conclusions. Une exploration. Je suis fier de la discographie de Nightlands et j’ai hâte de l’étendre franchement durant les 30 prochaines années de ma vie.

As a series of premises and false conclusions. Explorations. I'm proud of the Nightlands discography and looking forward to expanding it over the next 30 years of my life.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

La musique de jeux-vidéos. Un jour, je pense que nous comprendrons que certaines de nos plus grandes compositions sont liées aux jeux-vidéos - immunisées aux critiques issues de l’industrie musicale et produites uniquement dans le but de divertir. Pur.

Video game music. In time I think we will realize that some of our era's greatest compositions were attached to video games -- immune from the critical arm of the music industry and solely for diversionary purposes. Pure.

Photo : Dustin Condren

Audio

Vidéo

Photos Exclusives

© David Hartley

Toutes les photos ont été prises avec des appareils photos jetables. La dernière prise de vue sur de nombreux appareils photos jetables (surtout les plus anciens) peut avoir de larges fuites de lumière, des stries et des défauts que j'adore vraiment.

All shots are from disposable cameras. The last shot on many (especially older) disposable cameras can have large light leaks and streaks and defects that I really love.

L'horizon de Philadelphie, pris en conduisant vers le nord sur la 95 depuis l'aéroport.

The Philadelphia skyline, taken while driving north on 95 from the airport. 

Le tunnel Holland, pris en conduisant.

The Holland Tunnel, taken while driving.

Troubadour et muse (en plein repos) à Washington Square Park, à New York.

Troubadour and muse (in full repose) in Washington Square Park, NYC.

J'ai une peur profonde de voler (due à une turbulence extrême que j'ai vécue récemment) et la seule chose qui semble l'alléger est de regarder par la fenêtre et d'écouter de la musique apaisante.

I have a deep fear of flying (a recent, extreme-turbulence-derived development) and the only thing that seems to ease it is staring out the window and listening to calming music.

Une école secondaire de deuil, Fishtown, Philadelphie, Pennsylvanie.

A high-school school in mourning, Fishtown, Philadelphia, PA.


Rat Columns

David West, artiste hyperactif membre entre autres de Rank/Xerox, Lace Curtain ou Total Control, revient ce mois-ci avec son projet solo Rat Columns et un tout nouvel album 'Candle Power' sorti chez le label anglais Upset The Rhythm. Mosaïque indie pop douce-amère où s'entremêlent guitares cristallines, influences synthétiques ou même garages lo-fi, David West a composé un album aux atmosphères éloignées et contrastées qui cohabitent en parfaite harmonie. Rat Columns sera en concert le 25 Avril prochain au Supersonic (plus d'info sur l'event facebook) en attendant découvrez un extrait de son nouvel album ainsi que sa "Spring Rain" mixtape et ses réponses à notre Out of the Blue interview.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens de Kondinin, une petite ville de campagne à l'Ouest de l'Australie. C'est une province rurale entre Perth, la capitale, et le désert. C'est très beau, du genre sec et brulé par le soleil, avec beaucoup de rochers, des kangourous, des émeus, ce genre de trucs.

I'm from a small country town in Western Australia called Kondinin. It is a farming area between Perth, the capital city, and the desert. It's quite beautiful, sort of a harsh and sunburnt beauty, with lots of big rocks, kangaroos, emus, that kind of thing.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Comme tout le monde, vers l'obscure marécage boueux.

The same place we are all headed, back to the dark and murky ooze. 

Pourquoi la musique ?
Why music?

J'ai vu Sonic Youth quand j'étais jeune, pendant des vacances en famille. Ça a changé ma vie.

I saw Sonic Youth as a young person, on a family holiday. It changed my life! 
Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Chasseur de trésors de la plage à plein temps, ça me semble pas mal.

Full-time beach-combing seems pleasant.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J'ai bien peur de ne jamais avoir eu d'épiphanie majeure. Peut-être la pensée qu'il est effectivement possible de fournir trop d'efforts pour atteindre quelque chose.

I don't think I've had any major epiphanies, I'm afraid. Perhaps the thought that it is indeed possible to put too much effort into something.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Au coin de la rue, c'est sûr !!!

Definitely just around the corner!!!

Le revers de la médaille ?
Any downside?

A quoi ? J'en sais rien, à la musique ? La perte d'audition, j'imagine.

Downside to what, I wonder...a downside to music? Hearing damage, I guess.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

C'est clair ! C'est à ce moment que la vraie vie commence... Lorsque la douleur d'être un artiste se dissipe et que tu peux enfin VIVRE. J'ai hâte d'y être.

Definitely! That's when life begins...when the pain of being an artist subsides and you can finally just LIVE. I'm looking forward to it.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Probablement m'accorder excessivement et me détendre les mains.

Probably excessive tuning and the wringing of hands.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Mes amis de la musique que je ne vois pas assez souvent. Robert Pickle !

My musical friends that I don't see enough. Robert Pickle!

Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career?

Je peux seulement espérer que je n'y suis pas encore parvenu... Peut-être que mon premier disque vinyle en fait partie. Le vinyle c'est définitif !

I can only hope the climax is yet to come....maybe the first vinyl record was a personal apex. Vinyl is final!

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Relax et engage un ingé son professionnel.

Relax and hire a professional mixing engineer.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Chasseur de trésors de plage à plein temps !

Full-time beach-combing!

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

J'adorerais écrire quelques bonnes chansons sans les essouffler par excès de dilettantisme et de gribouillage.

I would love to write some good songs and not beat the life out of them with excessive dabbling and scribbling.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Je n'y crois pas vraiment, comme dit le Chef Wiggum, "Si ça fait du bien, fais le." J'aime bien les sandwiches à la crème glacée un peu classe.

I don't particularly believe in guilty pleasures, like Chief Wiggum says, 'if it feels good, do it'. I quite like high-brow icecream sandwiches.

Audio

Mixtape exclusive

"Spring Rain Mixtape" par David West :

VIEW FROM MY WINDOW - HIROSHI YOSHIMURA
YOUR SKIN AND MINE - SAD LOVERS AND GIANTS
LOVE WITHOUT SOUND - WHITE NOISE
TRACK 2 - GAS (POP LP)
GIRL - T REX
LONELY GIRL - SAGITTARIUS
MODI I (EXCERPT) - PIERO MILESI
A WALK ACROSS THE ROOFTOPS - THE BLUE NILE
TRACK 2 FROM KAKASHI LP - YASUAKI SHIMIZU
MODI I (EXCERPT) - PIERO MILESI
TOWARDS TOMORROW (EXCERPT) - DELIA DERBYSHIRE
RADIANCE III (EDIT) - BASIC CHANNEL
MAKE IT EASY ON YOURSELF - THE WALKER BROTHERS

Traduction : Matthieu Ortalda


Kontravoid

Après un silence de plusieurs années et la sortie de son premier excellent album chez Pretty Pretty Records et du 7" Native State chez Cititrax/Minimal Wave, le canadien Cam Findlay aka Kontravoid (ancien batteur de Crystal Castles) revient avec un tout nouveau EP auto-produit : So It Seems. Si l'on y retrouve ses influences indus et new wave, le nouveau son du canadien est plus frontal et plus tendu que sur ces précédentes sorties. Les rares traces mélodiques pop ont disparu, on est ici dans le dur, le sombre, la punition. Impitoyable et écrasant, le nouveau titre de Kontravoid fait mal et cela fait du bien. Il sera en tournée américaine au mois de mai, espérons qu'il fasse un détour par chez nous. En attendant, voici ses réponses à notre interview Out Of The Blue et découvrez en exclusivité le titre So It Seems.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Toronto.

Toronto.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Avec un peu de chance, vers de meilleures et plus grandes opportunités, je reste toujours ambitieux.

Hopefully on to bigger and better opportunities, constantly staying ambitious.

Pourquoi la musique ?
Why music?

J'ai toujours aimé composer et expérimenter avec des instruments électroniques, jouer de la batterie ainsi que travailler avec d'autres musiciens et contribuer à divers projets. J'ai toujours ressenti ça comme une attraction naturelle.

I’ve always enjoyed writing and experimenting with electronic instruments, playing drums, as well as working with other musicians and contributing to various projects. It’s always felt like a natural thing that I’ve been drawn to.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J'aime travailler dans le cinéma donc peut-être quelque chose dans cette industrie.

I like working in film, so probably a position in that industry.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Découvrir que j'étais medium.

Finding out I'm psychic.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Apprendre à jouer de la batterie.

Learning to play drums.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Ça fait trop de bruit !

They're too loud!

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Absolument, tellement de choses sont possibles.

Absolutely, so many things are possible.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Flipper sur de petits détails et faire les cent pas de manière incontrôlée.

Freak out over minor issues and pace uncontrollably.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Brian Eno et Steve Jobs.

Brian Eno and Steve Jobs.

Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career?

Faire des concerts avec un son parfait, de supers visuels et de beaux éclairages.

Playing shows with perfect sound, great visuals and great lighting.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Fie-toi davantage à ton instinct, ne laisse pas les gens influencer ta vision négativement.

Trust your instinct more; don’t let people negatively influence your vision.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Ayant 7 ou 8 chiens, probablement.

Probably owning 7 or 8 dogs.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Simplifier la production, prendre mes distances avec l'ordinateur et créer une méthode d'écriture plus organique.

Simplifying the production, moving away from relying on a computer and creating more of an organic writing method.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Acheter et vendre du matos sporadiquement et empiler des conneries dont je n'ai pas besoin.

Buying and selling gear sporadically, and hoarding junk I don't need.

Vidéo

Écoute exclusive


Thieves Like Us

Again and Again, album culte de Thieves Like Us c'était il y a déjà sept ans. Depuis le groupe a changé plusieurs fois de format, de labels (Kitsuné, deBonton, Captured Tracks) et a connu un succès plus ou moins mitigé au grès des sorties. Après une absence de presque cinq ans, le groupe revient avec un nouvel album éponyme, sorti sur le label de leur début, Seayou Records. Come back grandement réussi pour Thieves Like Us, la pop complexe du groupe balaie ici un large éventail d'émotions entre ambiance dance floor insouciants et moments plus mélancoliques et introspectifs. Pour célébrer ce nouveau disque, découvrez une mixtape exclusive concoctée par Andy Grier et ses réponses à notre interview Out of the Blue. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

J’ai grandi sur des bases militaires américaines, entouré par de froids guerriers qui s’entraînaient pour la guerre froide.

I grew up on U.S. Military bases, surrounded by cold warriors, training for the Cold War.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

En route pour la prochaine guerre mondiale.
On my way to the next World War.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C’est comme le journalisme mais avec la possibilité de groupies.

It's like journalism but with the potential for groupies.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Le journalisme.
>
Journalism.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Poser la “bonne” question est bien plus important que d’avoir la réponse.

To ask the 'right' question is far more important than to receive the answer.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Et bien, si la vie est un travail en cours, je ne pense pas qu’il ne puisse y avoir qu’une seule révélation artistique. C’est la somme de plusieurs choses. Je considérerais que j’ai réussi si je peux payer pour mes propres funérailles. Personne d’autre ne paiera pour ça.

Well, if life is a work in progress, I don't think that there can be a single one artistic breakthrough. It's a sum of things. I will consider myself successful if I can finance my own burial. No one else will pay for it.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

La musique est un moyen viable de communication, d’informer, de renforcer l’esprit, une forme de guérison. C’est difficile de voir la plupart des musiciens renoncer à ça, et pour l’argent, ou la célébrité. Je crois que les artistes Dub et Reggae continuent à transmettre un certain message social.

Music is viable means of communication, reporting, fortifying the soul, a form of healing. It's difficult to seeing most musicians forego this social responsability and for for cash, or fame. I do think DUB and REGGAE artist are still transmitting some sort of social message.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je n’ai pas atteint la mort artistique, donc je ne peux pas vous donner une réponse pour une expérience que je ne connais pas.
I haven't reached an artistic death, so I cannot give you an answer to an experience I do not know.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Un rituel avant de monter sur scène ou des groupies ???? On n’a pas vraiment de groupies… Tout espace pouvant servir à quelque chose de la sorte est pris par notre concentration sur les balances.

Pre stage ritual or groupies???? We don't really have groupies.. Any space for observing such a thing is taken up by focusing on sound check.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Des amis que je connais depuis les années 90 qui ne sont pas des musiciens très connus. Ils sont tous à New York. Je suis en exil depuis 2002 donc on n’a pas eu l’occasion de travailler ensemble.

Friends I know since the 1990s who are not well known musicians. They are all in New York City. I've been in exile since 2002. so, we haven't gotten the chance to work together.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je n’ai pas une notion du temps très linéaire. Et nous ne somme pas non plus nimbés de glamour. Donc ce sont souvent des souvenirs très basiques de tournées, comme se promener de nuit à Tokyo et s’arrêter manger des nouilles dans un restaurant à 4h du matin, ou regarder le soleil se coucher en attendant d’embarquer dans l’avion dans un aéroport mexicain, généralement de petits souvenirs de choses simples.

I don't really have a very a linear sense of time. Nor are we veiled in glamour. So, it's often very mundane tour memories memories, like taking a night walk in Tokyo and stopping for noodles in a restaurant at 4 am, or watching the sun go down waiting to board our flights in some Mexican airport, usually little memories of small things.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Comme il est impossible de voyager dans le temps et de donner des conseils à mon moi enfant, je préfère donner des conseils aux plus jeunes. Je conseille de travailler dans une usine pendant, disons, 90 jours. On développe une relation entre les mouvements de son corps, l’espace physique et les objets. Ça donne aussi une notion de la difficulté d’un travail répétitif, d’être exploité et peut-être que vous prendrez plus en considération que chaque bien ou objet que vous achetez ou que vous avez autour de vous vient le plus souvent d’une usine et a été fait par une autre paire de mains humaines. Il y a une histoire derrière cet autre être humain. Ce qu’ils ont mangé le matin. Quelles étaient leurs pensées sur le chemin du travail. Leur cigarette pendant la pause déjeuner.

As it is impossible travel back in time and advise my younger self, I would rather give some advice to younger people. I do recommend working in a factory for say, 90 days. You develop a relationship between your body movements, physical space, and things. It also gives you a sense of the difficulty of repetitive work, sweatshop work and perhaps you will take into consideration more that every good, or object we buy or have around us most often comes from a factory, and is most often by another set of humans hands. There is a story behind that other human. What they ate in the morning. What their thoughts were on the way to work. Their cigarette during their lunch break.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

je ne peux pas vraiment me voir d’ici un an. Je ne pense pas vraiment à moi-même en termes linéaires. C’est en dehors de mon processus de pensée. Où seras-tu ? Où sera l’ordinateur sur lequel je tape ces lignes ? Est ce que l’écran sur lequel tu lis ce texte sera depuis longtemps érodé par le temps ?

I cannot really see myself past next year. I don't really think of myself in linear terms. It's outside of my thought process. Where will you be? where will the computer be I am typing this on? Will the screen you are currently reading this text on have long been eroded by time?

Comment voyez-vous évoluer votre musique?
How do you see your music evolve?

Je ne sais pas si elle évolue. C’est un peu comme un jeu. On devient meilleurs avec les règles. Peut-être que quelqu’un connaît les trucs, sait comment obtenir ce son là, ou cet autre, ou sait comment se forcer à écrire d’une certaine façon. Mais avec tout ce savoir vient une certaine préméditation. L’innocence est perdue. Est-ce qu’une pièce préconçue et étudiée représente une évolution ou est supérieure par rapport à quelque chose dans l’inconscience de l’innocence de la jeunesse...

I don't know if it evolves. It's a bit like a game. One gets better at the rules. Perhaps one knows the tricks, knows how to get this sound or that sound, or knows how to push themselves to write in a certain way. But with all this knowledge comes a certain premeditation. Innocence is loss. Is a well thought out and drafted piece of work an evolution or superior, to something done so thoughtlessly in the innocence of youth…

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Oh, ceux là disparaissent quant on “touche le fond”.

Oh those fall away when you hit "rock bottom".

 

Mixtape

Vidéos


Alpine Decline

Depuis 2010 et la sortie de leur premier album, Alpine Decline, le duo guitare/batterie originaire de Los Angeles et expatrié a Pékin, n'a cessé de nous régaler à chaque sortie de disque entre pysché et shoegaze où leurs explorations soniques où ce mêlent distorsions noises et sens mélodique aiguisé. Alors qu'au printemps dernier sortait leur album Life's a Gasp, produit par Yang Haisong (P.K.14), sorte de lettre d'amour/haine dédiée à leur ville d'adoption on a décidé de soumettre le duo hyperactif à notre interview Out of the Blue, ils nous font cadeau d'un titre inédit, teaser de leur prochain album à venir...

D'où venez-vous ?

Where do you come from?

Pauline : On s’est rencontrés à Los Angeles, où j’ai grandi. Jonathan, lui, vient de l’Ohio.
Pauline: We met in Los Angeles, where I grew up. Jonathan is from Ohio.

Où allez-vous ?

Where are you headed?

Jonathan : Vers le futur.

Pauline : À grande vitesse, a priori.

Jonathan : Quand est-ce que ce sera publié ? On y sera déjà à ce moment là, probablement...

Jonathan:  Into the future. Pauline:  Quickly, it seems. Jonathan: When will this be published?  We might already be there…

Pourquoi la musique ?

Why music?

Jonathan : Pauline et moi jouons de la musique depuis aussi longtemps qu'on puisse s'en souvenir. Lorsque l'on a créé Alpine Decline, on jouait déjà tous les deux dans des groupes depuis très longtemps. Mais Alpine a changé un peu notre objectif, la musique est devenue pour nous une véritable quête déterministe.

Jonathan: Pauline and I were both playing music from before our earliest memories. But when we started Alpine Decline and we’d been playing in bands for a long, long time, and the objective changed. We started to use music as a more deterministic pursuit in our lives. 

Et si vous n'aviez pas fait de musique ?

And if music wasn't your thing?

Pauline : C'est évidemment très clair pour nous aujourd'hui, si nous avons eu d'autres options à un moment de nos vies, nous nous en sommes vraiment éloignées il y a très longtemps.

Pauline: It’s clear at this point in our lives, if there ever were other options, they branched off from our path long ago.

Une épiphanie personnelle ?

An epiphany of yours?

Pauline : Toutes nos épiphanies sont très bien décrites dans nos albums.

Jonathan : Nous recommandons au lecteur de se fier uniquement aux paroles de morceaux tirées de sources officielles, ou d'écouter avec une grande attention, l'oreille collée aux enceintes, pour comprendre ces épiphanies. Une correspondance directe est aussi la bienvenue.

Pauline: All our epiphanies are well documented in our albums.  

Jonathan: The reader is kindly advised to only trust lyrics from official sources, or listen very, very closely with your ear pressed against the speakers to make out the epiphanies. Direct correspondence is also welcome. 

Une révélation artistique ?

Your artistic breakthrough?

Pauline : Créer Alpine Decline a vraiment réaligné notre perspective de vie et ce que nous faisions en tant que musiciens, ce que nous cherchions à accomplir avec.

Jonathan : Personnellement, je l'ai ressenti comme les différentes étapes d'un lancement d'une fusée, on s'est extrait de la scène dont on était issu, on a largué les réacteurs et on a plongé dans l'espace.

Pauline : Est-ce que Pékin c'est l'espace, dans ton analogie ?

Jonathan : Une métaphore imparfaite.

Pauline : Mhmm.

Pauline: Creating Alpine Decline really realigned our perspective on what we were doing as musicians, and how we were trying to go about doing it.  

Jonathan: Yes, personally it felt like the stages of a rocket launch, where we first blew up the scene we’d been in, then dropped the boosters and punched into space.

Pauline: Is Beijing “space” in this analogy?

Jonathan: It’s an imperfect metaphor.

Pauline: Mhmm.

Le revers de la médaille ?

Any downside?

Pauline : Il y en a tellement. Tu connais beaucoup d'artistes qui ont des vies confortables et stables ?

Jonathan : Il y a quelques instants de plaisir mais ils sont profonds. Ils n'effacent pas les moments difficiles, mais si on prend du recul, considérer la musique comme un style de vie à part entière est un process qui - si tu le suis jusqu'à ta mort - te transformera en une personne particulière, avec des connaissances bien spécifiques, j'ai toujours été attiré par ça.

Pauline : Mais ça ne fonctionne que si tu suis ça jusqu'à ta mort. Ça ne marche pas si tu arrêtes avant.
Pauline: There are so many. Do you know many artists living comfortable, stable lives?

Jonathan: The pleasures are few but profound. It’s not that they outweigh the downsides, but the big picture is that music-as-a-way-of-life is a process that -- if you stick with it until you die -- will shape you into a particular kind of person, with a particular set of insights, and I’ve always been attracted to that.

Pauline: But you have to stick with it until you die.  It doesn’t work if you quit before then.
Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Is there life after artistic death?

Jonathan : La vie est courte, la mort est longue et le succès est très très loin.

Jonathan: Life is short and death is long, and success is very far away.

Un rituel de scène ?

Your pre-stage ritual?

Jonathan : C'est obscène et vicieux.

Pauline : Ca n'est pas pour les âmes sensibles.

Jonathan : Ou pour ceux qui ont l'estomac fragile.

Pauline : C'est bien plus intéressant que ce qu'il se passe sur scène.

Jonathan : On ne nous autoriserait pas à le faire sur scène.

Jonathan: It’s obscene and vicious.

Pauline: Not for the faint of heart.

Jonathan: Not for the weak of stomach.

Pauline: Far more interesting than what goes on onstage.

Jonathan: They would never allow that onstage.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?

Who would you work with (musically or not)?

Pauline : On préfère plutôt travailler à l'envers - au lieu de choisir quelqu'un avec qui nous voudrions travailler en espérant que l'on parvienne à s'entendre humainement, nous essayons de convaincre ceux dont nous sommes proches de travailler avec nous. Même s'ils ne sont pas les plus grands experts dans leur domaine.

Pauline: We sort of work backwards – instead of choosing someone we want to work with and hoping we connect personally, we just try to convince the people that we connect with personally to work with us. Even if they aren’t the most expert in whatever we’re doing together.

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?

What would be the climax of your career?

Jonathan : Il est sûrement préférable de nous voir comme des moines. Les moines n'ont pas de carrière en méditation ou en chant. Leur pratique n'a pas vraiment de climax.

Pauline : Sauf s'ils atteignent l'illumination...

Jonathan : Tu aimes bien descendre mes métaphores aujourd'hui.

Pauline : Qu'est-ce que tu veux dire par "les moines n'ont pas de climax" ?

Jonathan : Je crois que pour nous il s'agit plutôt de continuer à travailler encore et encore jusqu'à ce qu'émerge une sorte de grande révélation finale. Aucun album ne touche du doigt parfaitement cette véritable révélation mais peut-être qu'à la fin, cette révélation essentielle émergera de ce que nous avons créé collectivement.

Jonathan: Maybe it’s better to think of us more like monks.  Monks do not have a career of meditating and chanting.  Their practice doesn’t have a climax.

Pauline: Well, if they achieve enlightenment…

Jonathan: You are really coming down hard my analogies today. Pauline: Well, what are you saying?  “Monks don’t climax?”

Jonathan: I think it’s more about making a body of work that kind of circles around some big revelation.  No one single album quite pins it precisely or perfectly, but maybe by the end, the picture will emerge from looking at it all collectively.  

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ? Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Pauline : Il n'y a rien que je pourrais me dire à moi-même que j'aurais écouté étant jeune.

Pauline: There’s nothing I could have said to myself that I would have listened to.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?

How do you see yourself thirty years from now?

Jonathan : Des vieux fous rigolant des voix que nous entendons dans nos têtes, en se souvenant très mal de notre passé.

Jonathan: Old fools laughing to ourselves at the voices in our head and misremembering our past.  

Comment voyez-vous évoluer ta musique ?

How do you see your music evolve?

Jonathan : Je n'ai pas de véritable réponse à cette question. C'est un sujet tellement compliqué, très bordélique, que je préfère généralement l'éviter pour ne pas avoir à me perdre dans mes pensées.

Jonathan: That’s not really something I could give a clean answer to… it’s such a big, messy topic that in general I prefer to just avoid tangling up my thoughts with it.


Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?

Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Jonathan : J'aime beaucoup boire et fumer dans des chambres d'hôtel délabrées de villes du tiers-monde.

Pauline : J'adore les Nutter Butters.

Jonathan: I’m particularly partial to drinking and smoking in run-down hotel rooms in third tier cities.  

Pauline: I like Nutter Butters.  

Écoute exclusive

Dawn Education by Helicopter est un morceau tiré des sessions réalisées l'hiver dernier à Taipei, qui se sont transformées en ce qui sera notre prochain album Action Moves Away from the Center. Contrairement à nos autres albums, on a choisi de n'utiliser ni batterie ni guitares sur celui-ci, il a été produit entièrement à partir de synthés modulaires. Le disque devrait sortir fin 2017. Pour ceux qui préfèrent les guitares et la batterie, nous enregistrons à Pékin la suite de Life's A Gasp, ça s'annonce vraiment bien.

Dawn Evacuation by Helicopter is a track culled from the sessions last winter in Taipei that resulted in our forthcoming album Action Moves Away from the Center.  Unlike our other albums, Action Moves Away from the Center has no drums or guitars -- it was produced entirely on our modular synths.  Look out for this record later in 2017.  If you prefer guitar and drums in your music, we are currently in Beijing recording the follow up to Life's a Gasp, and it's turning out to be a real doozy.

 

Video

Photo en pj. © Nicholas Marshall


Éric Chenaux l'interview

Pratiquer un instrument de nombreuses années crée une familiarité, un confort mais parfois le sentiment que la découverte ne sera plus au rendez-vous, la passion reste intacte mais l’inconnu et le plaisir qui vont de paire s’estompent. La guitare est, probablement avec le piano, l’instrument le plus pratiqué dans le monde, de ce fait surprendre ou, mieux, innover semble chose ardue. Cela fait pourtant longtemps qu’Eric Chenaux étire le chant des possibles de la six cordes, créant un nouveau langage, une ondulation, un fil fragile mais ludique qui s’articule autour de mélodies désarticulées.

Initialement basé à Toronto, il y est une figure de proue de la scène DIY et expérimentale, tout d’abord en tant que frontman d’un groupe de post-punk, Phleg Camp, à la fin des années 1980, puis dans la scène de la musique improvisée, du non jazz, notamment en tant que co-fondateur du label Rat Drifting en 2002, avant de s'établir en solo chez Constellation depuis 2006. Un parcours musical varié, aux collaborations et rencontres multiples (Sandro Perri, Josephine Foster, Radwan Ghazi Moummeh, Eloïse Decazes, Norberto Lobo) mais aussi dans la danse contemporaine et le cinéma. Il revient en 2017, avec deux albums à paraître cette fois chez Three:four Records, un premier en compagnie de Norberto Lobo le 24 mars et le deuxième avec Eloïse Decazes.

Installé depuis quatre ans à Paris et plus précisément à Saint-Ouen, c’est chez lui que nous nous retrouvons autour d’un apéro charcuterie-fromage-vin pour parler de sa future tournée japonaise, de ses prochaines sorties, de ses rencontres, de Constellation et de l’apprentissage du français notamment... (qu’il parle très bien d’ailleurs)

Interview

Quelle est ta relation avec le français ? C’est ton deuxième album avec Éloïse [La Bride, à paraitre le 14 avril, ndlr],le français y est très littéraire et évoque des contes ou des chants de troubadours médiévaux.

Le premier était assez moyenâgeux, comme des complaintes. Le deuxième, c’est plus des ballades traditionnelles, pas nécessairement du Moyen-Âge.

Ça m’a fait un peu penser à Josephine Foster, particulièrement l’album A Wolf In Sheep’s Clothing que j’aime beaucoup, notamment à la très belle reprise de schubert An Die Musik.

Oui, c’est un très bon album.

Tu as travaillé avec elle ?

Oui, plusieurs fois. Une fois en duo et une autre avec une pianiste et son mari, pour cet album justement, à Londres, lors d'un festival de musique expérimental et on a partagé des dates, on est amis.

Dans cette reprise, il y a d'ailleurs cette guitare saturée qui arrive sur la fin, très free, qui pourrait un peu se rapprocher de ton jeu.

Oui, c’est un musicien de Chicago ou Boston, il est incroyable, je crois qu’il a joué qu'une fois avec elle, je ne le connais pas mais je lui ai demandé qui était ce mec ; il joue fort et avec beaucoup de liberté, et surtout il joue joyeusement.

Justement, sur ton album avec Norberto Lobo, on a l’impression que ta guitare est moins narrative, que c’est plus une texture libre par rapport à d’autres de tes albums sur lesquels il y a une mélodie et après une destruction qui se fait autour de cette mélodie. Là on commence directement par cette destruction, cette texture, ce magma.

Oui, oui, l’album de Norberto est, d’une manière, plus un type de musique proche de celui que je faisais à Toronto. Quand j’ai commencé à faire des chansons, c’était plus basé sur l’improvisation free, cérébrale. Les deux sont parallèles pour moi, les impros sont comme un monde, un espace qui utilise un peu de composition mais pas trop ; une chanson, c’est un espace qui utilise quelque chose de prédéterminé, une mélodie en général, des accords et une clef, une base en fait. J'adore les chansons et je suis toujours étonné par le manque d’improvisation dans les chansons. Burt Bacharach a composé des chansons incroyables pour Dionne Warwick, tellement belles, les arrangements et les structures font des détails. Et ces détails, je n’arrive pas à les composer, je n'en suis pas capable, enfin je ne sais pas si je le suis mais j’en ai aucune envie. Pour moi, les chansons sont des détails qui proviennent de l’improvisation. Et c’est une manière d’entrer dans le monde des détails, c’est dans ces détails qu’on trouve l'univers d’une chanson. Les petits bruits, le souffle d’un chanteur, le posé sur un piano, un bend, ce sont les choses comme ça qui me plaisent et qui deviennent un monde pour moi, un intervalle, une perception de la chanson qui provient de ces détails et comment jouer dans ces intervalles, ces frictions, ces hallucinations, ces attractions, ces... beaucoup de mots qui finissent en -ion avec des bases latines, et féminins.

Ah ! Ah ! Ah !

Est-ce que tu sais ce qui détermine le genre des mots ? Pourquoi ces mots sont masculins ou féminins ?

C’est en général d’après une base latine, les mots qui finissent en -ure, -ette, -ie et -ion sont généralement féminins. Mais par exemple, un mot moderne comme "selfie" finit en -ie, comme photographie, etc. qui sont généralement féminins, mais celui-ci est masculin. Pourquoi, qui a déterminé ça et sur quels critères les académiciens ont choisi, je n'en ai aucune idée...

C’est incroyable de se dire que les académiciens prennent une journée pour se dire que "selfie" doit être masculin !

Justement, toi, par rapport au français, apprendre une nouvelle langue, c’est comme apprendre une nouvelle mélodie, une musique, et en plus tu es Canadien, tu viens de ce pays bilingue.

Il y a une association entre le français et le Canada, une histoire mais si tu ne passes pas de temps au Québec, au final tu ne penses pas vraiment au français ; tu vois tout le temps les deux langues, au supermarché, partout mais tu n’y penses pas vraiment. En tout cas, en ce qui me concerne. Quand je suis rentré à Toronto, j’ai été frappé par le nombre d’amis qui pouvaient parler français alors qu’avant mon arrivée ici je m’en foutais. Mais en fait tout cela vient de l’école. Parmi ces amis de Toronto, il y en a deux qui sont batteurs et qui sont mes favoris.

Est-ce qu’il y en a un qui a joué sur Love Don’t Change ?

Oui, c’est Nick Fraser.

Il est incroyable !

Oui, il est... pfiou ! J’ai beaucoup joué avec lui et le voir jouer est étonnant parce que tu n’as pas l’impression qu’il tape, au contraire. Quand tu regardes les autres batteurs, tu vois les gestes et l’amplitude, pas lui.

C’est ce que je te disais la première fois que je t’ai vu, ce morceau ne m’a jamais quitté, il m’accompagne tout le temps, et quand tu parlais de ces intervalles, je trouve que ce morceau en est un parfait exemple. Est-ce qu’il joue aussi sur Impossible Spaces de Sandro Perri ?

Hum, oui, peut-être une chanson... non, je crois que ce sont d’autres batteurs en fait. Mais il y a plein de batteurs incroyables à Toronto. Le père de Nick Fraser est en charge du bilinguisme au gouvernement et en tournée Nick parle aux concerts dans les deux langues, avec un gros accent d’Ottawa. Entre Mariette [sa compagne, ndlr] et moi, au début, je ne parlais pas quasiment jamais en français. Quand je suis arrivé ici, c’était difficile.

Tu n’as pas de membre de ta famille qui est francophone ?

C’est encore plus triste parce que c’est normalement ma première langue, j’ai grandi en Suisse. Je suis né aux Etats-Unis mais je suis arrivé à l’âge de deux ans à Vevey, en Suisse, mon père est Suisse portoricain et ma mère est de Suisse romande. Mon père, lui, parle cinq langues, il a grandi avec trois langues. Avec ma grand-mère, je parlais français et espagnol. Mais j’ai tout oublié. Petit, j’étais le traducteur de ma classe parce qu’il y avait beaucoup d’Américains dont les parents étaient là pour l’entreprise Nestlé.

je vous épargne une digression sur la linguistique et la grammaire française….

Il y a quelque chose que j’ai vraiment beaucoup aimé au début de ton concert à l’Espace En Cours, c’est ta façon de présenter ton concert, cette approche assez humoristique et décontractée, c’était la première fois que je voyais ça en fait, tu spoiles ton concert en disant à l’avance le nombre de chanson, leurs durées, qu’il n'y aura pas de rappel...

Oui, ça, ça me vient de Hitchcock, il commence à introduire son film en disant directement qui est le tueur et j’adore ça. Ces teasers, c’était drôle, prétentieux mais sarcastique et au final tu oubliais qui était le tueur et tu te laissais prendre au jeu. Dans le monde de la musique improvisée, dans le jazz, c’est tellement rare que les personnes parlent, c’est un peu formel et silencieux. Dans la musique traditionnelle ou folklorique, on introduit la chanson en racontant parfois son origine et j’aime beaucoup ça. Les musiciens que j’adore de la musique traditionnelle folk britannique font ça, je ne fais pas partie du même monde musical mais je ne suis pas timide et plutôt à l’aise sur scène donc je veux partager ça avec le public, ce sentiment d’être à l’aise et de partager un moment qui ne soit pas formel.

Parfois tu vas à des concerts et tu sens que l’artiste sur scène est gêné ou stressé et tu compatis un peu, ça je ne veux pas que ça m’arrive, jamais, je veux qu’on sente que je suis à l’aise. Ce qui n’est pas toujours le cas évidemment mais je ne le montre pas. Et donc ça me vient d’Hitchcock, je révèle le mystère dès le début mais je maintiens le suspense, le plaisir pendant le temps du film pour Hitchcock et du concert pour moi. Je dis à l’avance que je jouerai six ou sept chansons, qu’il yen aura des longues, des courtes et que ce sera tout. Peut-être qu'en tant que spectateur, tu vas compter mais tu ne sauras pas combien de temps les chansons vont durer et tu seras peut-être plus réceptif, d’une certaine manière moins stressé, par le concept formel de temps et tu te concentreras plus sur les détails.

La personne qui était avec moi à ce concert, et qui n’est pas nécessairement très familière de ce genre de musique et de son public, ton "effet Hitchcock", ça l’a mise plus à l’aise, ça a créé une atmosphère de familiarité.

C’est très très important pour moi d’éviter le narcissisme de l’artiste sur scène et d’être généreux, d’avoir une relation, un échange avec le public. Après, quand tu es sur scène, c’est pas toujours facile, évidemment tu veux que les gens partent en étant contents parce que tu en dormirais mieux la nuit mais il ne faut pas que cette envie fausse l’échange. Parfois, t’as pas dormi ou ça ne va pas dans ta vie et tu te demandes où trouver la force de créer cette connexion ; pour moi, c’est un rapport au temps et à comment le gérer. Et je pense que l’improvisation contribue à ça, tu te perds toi-même dedans, tu t’aventures. Au début, quand je suis arrivé à Paris (il y a quatre ans), j’étais un peu nerveux de jouer, c’était mon nouveau chez moi alors c’était important pour moi - j'ai peut-être joué deux mille fois à Toronto, la nervosité n’existait plus du tout.

Je peux te demander pourquoi tu es venu à Paris ?

Pour la personne avec qui j’habite, Mariette.

J’ai le souvenir d’un concert, il y a quelques années à Londres, ce soir-là je me suis rendu compte pour la première fois que c’était impossible que la personne à côté de moi entende le morceau de la même manière que moi. En fait, pour moi, la musique et son parcours, son trajet vers l’auditeur est plus pur et direct que n’importe quel autre art. On dit "seeing is believing", il faut le voir pour le croire, on ne peut pas croire directement avec ses oreilles.

Pour toi, la musique serait l’art majeur ?

Non, pas du tout, mais c’est le côté de l’abstraction de la musique qui est pour moi majeure. En général, à un concert, je ferme les yeux, ça soulage d’abandonner la vue, de laisser du répit aux yeux et de se laisser porter. Il y a un côté hallucinatoire dans la musique, on ne la comprend pas. Quand tu vois quelque chose et qu’elle est matérielle, tu la comprends. Une musique n’est pas nécessairement narrative comme les autres arts. Il y a aussi cette ambivalence dans la musique, par exemple la soul qui a des paroles super tristes sur une musique très rythmique, comme James Brown, et cette manière de communiquer propre à la musique n’est pas de l’ordre du langage.

Je comprends mieux ta notion de trajet et de parcours maintenant. Quand j'habitais à Halifax, j’étais allé voir Leonard Cohen, il a joué 4h30 et des poussières et il disait en s’adressant au public "ok les gars, c’est samedi soir et si vous devez vous lever demain matin pour profiter de votre dimanche, allez-y parce que nous, on est là encore pour un moment" et j’ai bien aimé ce truc simple et direct d’enlever le masque et de dire "nous, on fait le boulot mais si vous en avez marre, allez-y", un peu comme toi qui annonce direct le menu en disant "... après vous devez prendre le métro donc je préfère vous prévenir", désacraliser un peu le truc.

Oui, je suis d’accord, j’essaie de garder aussi l’équilibre entre l’aspect rêverie de la musique et l’aspect humain, ouvert, et de jouer avec les deux. Ça ne marche pas toujours, ça prend du temps mais l’idée est de créer un espace ensemble.

Chez toi, il y a d’ailleurs un équilibre qui est intéressant entre la chanson et la destruction de cette chanson, il y a Éric Chenaux qui partage sur scène, qui joue avec le public, qui utilise des effets pour la guitare d’une façon ludique et, en même temps, la beauté de l’improvisation.

En fait, je ne joue pas de la guitare ou des effets, je joue avec mon corps. J’adore les effets, la wah-wah et j’adore les filtres parce que, pour moi, l’oreille est un filtre ; je voudrais les modifier, les multiplier, jouer avec vos oreilles. C’est presque une danse, l’idée n’est pas de cumuler des effets, c’est de créer une relation entre eux et que le tout soit une danse - pas un ballet mais plutôt "dancing like a fool", un peu de la même façon qu'a Buster Keaton de tomber, un peu de grâce et un peu de folie.

J’aime vraiment ces rapprochements que tu fais entre Hitchcock, Keaton et ta musique parce que je trouve que, par exemple, Warm Weather est très gracieux, direct et d’autres morceaux gondolent. Il y a souvent cet équilibre chez toi. Et c’est un peu pareil avec ton label Rat Drifting où il y a du jazz pointu et d’autres choses, plus directes.

Oui, il y a aussi des groupes, dans lesquels je ne joue pas d’ailleurs, sur mon label qui font des trucs plus mélodieux.

Et il y a aussi ce truc avec Constellation, de se dire qu'il y a Godspeed You Black Emperor et Éric Chenaux. Constellation était un label super important pour la scène dite post-rock...

Ca, je dirais que c’est surtout en France où les premières années de Constellation semblaient vraiment importantes. Je pense à ça souvent parce que quand je faisais mes premières dates ici, personne ne me connaissait mais le côté Constellation m’a ouvert beaucoup de portes. Cette relation particulière, française, avec l’Amérique du Nord et, de manière générale, la curiosité culturelle (le jazz au début du vingtième siècle, la littérature, Fitzgerald, etc.), j’adore ça ici. Vous êtes des amateurs dans le bon sens du terme, dans le sens d’amour. J'aime bien le fait que ce mot amateur puisse avoir deux existences complètement différentes.

Je t’ai découvert avec Constellation, je ne sais pas si je serais allé découvrir Éric Chenaux si cela avait été étiqueté "musique improvisée jazz".

Oui, moi non plus !

En fait, si on me demande quels sont mes albums préférés de Constellation, je dirais Sloppy Ground et Impossible Spaces de Sandro Perri.

Impossible Spaces n’est pas un album que j’écoute suffisamment. En fait, j’adore Tiny Mirrors, et pas parce que je joue dessus hein, mais je trouve que les morceaux sont très beaux. Sandro nous avait entendu avec des musiciens de Rat Drifting, il voulait nous inviter sur un album et on a juste joué ensemble de façon naturelle - même si Sandro aime beaucoup l’editing -, mais oui, Impossible Spaces est super, il est plus contrôlé, je crois qu’après cet album il a dû avoir quelques cheveux gris parce qu’il a eu pas mal de travail.

Tu te souviens quand tu as commencé à jouer de la guitare et qu’est-ce qui t’as influencé ?

Non, pas vraiment. Mon père était un grand amateur de flamenco, et spécialement de Carlos Montoya, très célèbre. C’était le premier, je crois, à jouer seul, juste assis sur une chaise et, avec mon père, j’en ai vu plusieurs. Jeune, j’adorais la musique évidemment mais mes parents n’en jouaient pas, ma grand-mère jouait du piano mais c’est tout.

Plus jeune, tu jouais dans un groupe de post-punk, Phleg Camp.

Oui, un groupe post-punk des années 1980. On a beaucoup tourné aux Etats-Unis à l’époque, j’avais dix-huit ans, je vivais quasiment sur la route et j’étais à la fac en même temps.

Et t’étais le guitariste/chanteur, c’est bien ça ?

Oui, c’était quelque chose ! Le groupe était pas mal, un peu funky en fait.

Dans l’album avec Norberto, je voyais le terme various electronic, est-ce que vous avez utiliser d’autres instruments ou ce sont des effets ?

Des effets. Parfois j’utilise le terme various electronic et parfois juste guitare mais pour celui-là ça marchait bien.

Tu joues d’un autre instrument ?

Non, pas du tout, le seul dont je joue un peu mais pas bien, c’est du violon et juste de la musique traditionnelle irlandaise. J’adore le piano, c’est peut-être mon instrument préféré mais tu peux pas faire de bends et j’adore les bends.

C’est sûr que quand on t’écoute, on s’en rend vite compte !

Oui, everything bends.

D’ailleurs, par rapport à ton manche, la tension et tout...

J’ai de la chance, je ne sais pas comment elle reste accordée et comment elle tient, c’est une super guitare.

C’est quoi, d’ailleurs, ta guitare ?

Gibson 1962, super instrument.

Elle bouge pas ?

Si, un peu, il y a aussi le fait que je l’accorde bizarrement et que j’utilise des cordes épaisses, des gros tirants mais oui, je ne comprends pas, je suis chanceux.

Tu l’as depuis combien de temps ?

Ça fait dix-huit ans.

Gibson, en général ?

Non, c’est ma première, en fait j’ai juste deux guitares : la Gibson et celle-ci (il me montre une vielle guitare classique nylon) que j’ai trouvée dans la rue. J’adore les guitares simples et je n’ai aucune envie d’avoir une autre guitare électrique.

C’est marrant, ça.

Oui, je sais, je ne suis pas un passionné de guitares.

En même temps, c’est ça que j’adore dans ton jeu, c’est que tu es hors guitare comme tu disais tout à l’heure, on sent que c’est un truc organique, ça n'est plus vraiment un instrument, il suffit d’entendre quelques notes pour se dire c’est Éric Chenaux. C’est rare ça.

C’est que je n’ai aucune idée, en fait je suis un très mauvais guitariste, j’en connais des incroyables. Moi, je n'ai aucune technique et je joue comme si j’en avais une incroyable, je joue comme si j’étais super doué mais c’est pas le cas, peut-être que c’est pour ça que je sonne comme ça.

J’ai du mal à y croire

Non mais peu importe, c’est une idée intéressante, l’idée que tu puisses juste te lancer sans savoir où. Après je joue beaucoup, je suis assez à l’aise sur cette guitare mais je suis assez merdique en fait. Mais surtout, j’adore ça, il faut que ça soit un plaisir, du bonheur, je joue comme si c’était une fête. Je n’aime pas l’idée de virtuose. Il peut y avoir un truc d’équilibriste, un truc presque contraire mais joyeux. Quand il y a des guitaristes qui parlent de la technique en disant qu'il faut faire ça et ça, j’ai presque envie de faire exactement le contraire et pas juste par esprit de contradiction. Par exemple, un guitariste que j’adore, c’est Derek Bailey (il met un CD), un guitariste d’improvisation qui a vraiment changé la guitare au vingtième siècle. Je cherche et je prends des trucs qui tombent des poches des artistes que j’aime bien, je recycle ce qu’ils jettent en quelque sorte. J’aime utiliser les trucs qui sont délaissés, je sais pas si tu vois ce que je veux dire.

Si, si, je crois.

C’est pas intéressant pour moi de prendre quelque chose qui est connu, qui a une histoire.

Et sinon, qu’est-ce que tu as pensé du concert de Danny Oxenberg et Bear Galvin ?

Je dois dire que j’ai pas vraiment écouté ce concert après la première partie que j’ai vraiment adoré (75 Dollar Bill), Mariette s’occupait de la buvette à l’extérieur et avait un peu froid alors je suis resté avec elle. Mais j’adore les Supreme Dicks.

En fait, j’aime bien par rapport à ce qu’on se disait. Eux ont commencé leur concert par une reprise de Simon & Garfunkel et ils ne savaient pas vraiment la jouer, c’était une reprise un peu désastreuse mais c’était tellement sincère...

Oui, leur sincérité était incroyable.

Et cela marche bien avec l’idée de recycler le virtuose, de l’apologie de la maladresse en quelque sorte.

Tout à fait, et les Supreme Dicks, c’est vraiment cool. Revenant sur l'album de Derek Bailey qu'on écoute : et donc cet album, c’est avec une danseuse qui improvise…

Tu aimes beaucoup la danse, non ? t’as déjà travaillé avec des danseuses ?

Oui, c’est super important pour moi. C’est un art qui me touche beaucoup.

Du coup, pour toi, l’image, c’est très important parce que tu as travaillé pour la danse mais aussi pour le cinéma ?

En effet, j’ai fait des bandes originales de films dont une il y a trois ans.

Sinon on était tous les deux au concert de Mike Wexler, tu en as pensé quoi ?

J’ai bien aimé.

Son approche de la guitare, c’est un peu le contraire de toi, je trouve.

Oui, il est très carré, c’est bien pensé, il y a du travail, j’aime beaucoup, mais la vie sans improvisation, c’est difficile pour moi.

Maxime et Gaëtan (Three:four Records), tu les as rencontrés quand et comment ?

Ça, c’est intéressant, je les ai rencontré par Arlt. Eloïse et Florian m’ont contacté via MySpace il y a huit ans, je crois. Ils m’ont dit "on aime bien ce que tu fais", j’ai écouté leur musique et je me suis dit "putain c’est pas mal, j’aime bien" alors on s’est écrit, on partagé des concerts ensemble et à cette tourné-là, j’ai rencontré Mariette. Maxime, c’était deux ans après et c’était via Radwan de Jerusalem In My Heart - chez Constellation aussi et cofondateur du mythique studio montréalais Hotel2tango. Gaëtan, c’était par une compilation que Maxime a faite pour Three:four Records.

The Byre, vous l'avez enregistré à Lausanne avec Norberto ?

Oui, c’était une résidence que Gaëtan nous a demandé, on a essayé et je pense que ça a bien marché.

Le disque de Derek Bailey se terminant, j’en profite pour lui demander s'il écoute d’autres types de musique et s'il y en a qu’il n’écoute pas.

Je n’écoute pas de salsa, c’est trop rapide. Le reggaeton, c’est un peu trop macho pour moi, par contre j’écoute beaucoup de reggae.

Tu vas encore travailler avec Constellation ?

Oui, bien sûr ! Heureusement, je continue, j’enregistre un nouvel album en avril.

Ça veut dire que tu vas sortir trois albums en 2017 ?!

Je crois qu’il sortira en 2018, celui-ci.

Mais techniquement, ça aurait été possible ?

En principe, trois c’est toujours possible - même plus parce que j’ai un autre album pour Three:four.

En plus de celui avec Norberto et Eloïse ?

Oui, c’est un album expérimental et instrumental.

Et tu chantes ?

Non.

En fait, cela fait trois disques où tu ne chantes plus vraiment.

Oui. Mais pour celui de Constellation, je chante.

En parlant de Constellation, qu’est-ce que tu penses de Off World ?

Il y a des titres que j’aime plus que d’autres. Avec Sandro, il y a toujours une tonalité un peu sombre et j'aime moins quand c’est le cas mais il y a des morceaux incroyables, et le prochain Off World sera incroyable.

Je me demandais, où est-ce que tu répètes ?

J’ai un studio à Belleville, rue du Faubourg du Temple, juste au-dessus du métro, je peux y travailler souvent, c’est des amis et j’ai mon créneau le matin.

Tu es du matin ?

Oui, je suis plus créatif, j’ai plus de dynamisme, et après je peux aller nager.

Qu’est-ce que tu penses de Paris ?

C’est étrange comme lieu, c’est évidemment joli et j’en suis tombé amoureux - moins le métro et la ligne 13 mais j'ai mon Kindle alors ça passe.

Tu pars au Japon bientôt, pour une tournée, je crois que ce n’est pas la première fois ?

Non, c’est la troisième et toujours la même tournée : deux semaines, dix concerts.

Deux semaines, c’est bien comme durée, non ?

Plus c’est possible mais pas beaucoup plus. Moins pour le Japon, c’est impossible, il y a trop de trucs merveilleux à manger sur place !

Et tu y vas seul ?

Ryan Driver vient mais je joue seul et lui aussi.

Mais vous n’allez pas vous retrouvez pour jouer ensemble comme vous l’avez fait ?

Hum, je ne sais pas, c’est difficile de jouer des chansons avec moi, c’est un chemin sinueux... on va voir.

C’est plus difficile de jouer avec toi que toi avec quelqu’un d’autre ?

Je ne sais pas, je ne pourrais pas dire ça mais la façon que j’ai en ce moment de jouer mes morceaux est difficile. Cela dit, quand j’ai joué avec Christine Abdelnour (saxophoniste), ça a super bien marché.

Tu penses que ça pourrait dépendre de l’instrument aussi ?

C’est plus la manière de penser et de jouer.

Parce que je trouve qu’avec le piano, l’approche expérimentale est plus limitée.

Oui, tu as raison, tu dois plus connaitre le morceau avec un piano je crois. Le saxo peut juste faire un souffle, un bruit.

Un peu comme Colin Stetson, qui était chez Constellation ?

Oui, tout à fait. Par contre, il n’y est plus, il a sans doute trouvé quelque chose d’autre qui lui correspondait mieux.

Il a beaucoup changé, ce label : Tindersticks, Vic Chestnutt, etc. 

Oui, ils évoluent bien je trouve. Mon favori, c’est… j’aime beaucoup Sandro et Feu Thérèse, surtout l’album Ca Va Cogner, je le trouve incroyable, ce sont les gars de Fly Pan Am et c’est de la musique vraiment fun… c'est un peu le Gainsbourg porno français.

En ce moment, j’écoute beaucoup de musique japonaise comme Haruomi Hosono et le Yellow Magic Orchestra ou Midori Takada, et comme tu pars d’ici peu au Japon...

Ah oui, j’adore ! Est-ce que tu connais Asa Chang & Junray ?

Non.

C’est superbe, il faut que tu écoutes ! On adore ça avec Sandro.

(il met une vidéo qu’on commente en parlant de Boredom)

Est-ce que tu utilises des pédales de loop ?

Non, jamais, je n’aime pas ça, je n'aime pas les motifs ni les trucs qui se répètent. Pour moi, il faut un fil continu et le loop est absolument contraire à cette idée.

Tu vas jouer où au Japon, dans des salles de concert ou dans différents lieux ?

Ça va être très différent chaque soir, entre des théâtres de deux cents personnes et un magasin de vêtements pour soixante personnes, et à Tokyo dans des clubs et des bars.

Bonne tournée en tout cas et merci pour l’invitation.

Merci à toi.

Mixtape

Sun Ra - I Dream Too Much
Jeanne Lee - Your Ballad
Thelonious Monk - Chordially (Improvisation)
Betty Carter - Spring Can Really Hang You Up The Most
Robert Ashley - Outcome Inevitable
Chris Connor - High On A Windy Hill
Derek Bailey & Min Tanaka - Rain Dance