Xiu Xiu – Dear God, I Hate Myself

xxdeargodcoverIl serait peut-être temps d’en finir avec Animal Collective. Si le groupe de Brooklyn fut l’un des précurseur à renouveler le rock indé expérimental, il faut aussi compter, à la même période, sur l’émergence de son pendant négatif Xiu Xiu (à prononcer chouchou s’il vous plaît) et des très sauvages Gang Gang Dance. Et bien que cette sainte trinité laborantine de l’exploration sonique attache une grande valeur à partager une perception plutôt qu’à réellement communiquer, il existe chez Jamie Stewart une barrière inquiétante et infranchissable.
L’artiste semble mu autant d’un sentiment de rébellion que d’automutilation, retranscrivant dans ces textes cette ambivalence avec un tragique quasi psychotique. Car la musique de Xiu Xiu n’est pas noire pour autant, au contrario de Former Ghosts, projet de pétales fanés auprès duquel il servit l’année dernière, au côté de Freddy Ruppert et Nika Roza. Alors que Fleurs rappelait effectivement le son du premier New Order, marqué par la disparation de son charismatique leader, Dear God, I hate myself nous laisse entrevoir ce qu’auraient pu être les Smiths s’ils avaient explosé dans les années 2000 et que Morrissey avait secrètement été fasciné par le bondage et trouvé les armes de tueurs en série arty.
J’exagère bien entendu, puisque c’est sur ces digressions que se repose tout le malaise et la fascination que provoque la musique de Xiu Xiu. Il y a de Gray Death à Impossible Feeling, ce troublant rejet de l’auteur pour ces fascinations morbides qu’il expose délibérément, faisant étalage de la stupidité humaine, la populace se recroquevillant dans l’auto-flagellation afin de se sentir exister, d’être regardé, de se sentir bouger (anorexie, boulimie, automutilation, strangulation…).
C’est donc dans un état des plus dépressif que le disque s’entame, partagé entre envie de suicide et colère craché au visage. Jamie fait pleuvoir des rafales de guitares sur l’orageux Gray Death et s’amuse à triturer sa Nintendo DS sur House Sparrow. Et oui, nouveau instrument non négligeable mais assez surprenant dans la panoplie déjà bien fournie du groupe Californien. Angela Seo, remplace au pied levé la pourtant attachante Caralee McElroy, tenant en laisse les pulsions de son leader de cousin. Cependant la nouvelle venue semblera s’être bien acclimatée comme en attestera la vidéo du morceau Dear God, I hate myself, ode à la boulimie, dans lequel Angela passe sont temps les doigts au fond de sa gorge en plein écran.
Falkland Rd. Restera peut-être la chanson la plus mystérieuse de ce nouvel et très réussi album. La voix faussement androgyne de Jamie Stewart rappelle celle d’Antony Hegarty, mais celui-ci semblant s’être perdu dans les voies sombres et ténébreuses qu’empruntaient habituellement Skinny Puppy à l’époque de Remission & Bites.
Même s’il est étrange de parler d’atrocités avec tant de tendresse dans la voix (Chocolate Makes You Happy), s’attendant à ce que l’attitude de Stewart en dérange plus d’un, on ne pourra faire l’impasse sur la magnificence d’une pop cisaillé au scalpel, rafistolé par des sutures noise et pansements de rythmiques binaires. Cette voie, Bauhaus, Cure ou encore les Smiths l’avaient emprunté avant lui, Xiu Xiu en devient simplement le nouveau porte étendard, se mutant en l’ultime groupe qu’on adorera détester, car derrière le génie cynique et sarcastique, ce sont tous nos penchants sombres qui sont pointés du doigt…

Audio

Xiu Xiu – Chocolate Makes You Happy

Video

Tracklist


Xiu Xiu – Dear God, I hate myself (Kill rock star, 2010)

1. Gray Death
2. Chocolate Makes You Happy
3. Apple For A Brain
4. House Sparrow
5. Hyunhye’s Theme
6. Dear God, I Hate Myself
7. Secret Motel
8. Falkland Rd
9. The Fabrizio Palumbo Retaliation
10. Cumberland Gap
11. This Too Shall Pass Away (For Freddy)
12. Impossible Feeling