Joy - Joy

l_f33baa2f2f2c4a9da21ac9621a12b45fConsidéré comme un produit de luxe et même une œuvre d'art pour d'aucuns, Joy est un parfum créé par Jean Patou. Le slogan « Joy, le parfum le plus cher du monde » accompagne la commercialisation en 1932, du flacon de 30ml obtenu(s) à partir d'essences de 300 roses et de 10 600 fleurs de jasmin. Marc Huyghens qui avait mis un terme à l'épisode Venus « après 10 années de voyage interstellaire, d'aventures exotiques, de concerts hypnotiques, d'épisodes chaotiques et de fous-rires éthyliques...» et qui avait choisi de s'éclipser « vers d'autres aventures intergalactiques » a été touché par la biographie de Patou. Il a logiquement décidé d'emprunter le nom de la luxueuse fragrance pour ses nouvelles péripéties interplanétaires. Joy un est trio belgo-suédois : Marc au chant et à la guitare, Françoise au chant et aux percussions et Anja au violoncelle. Si le terme Joy provient desdites senteurs bourgeoises d'avant guerre, il pourrait toutefois nous induire en erreur par sa connotation heureuse, festive qu'il ne prend pas du tout ici. En effet, les 9 morceaux qui composent l'opus adoptent une teinte grave et solennelle à l'instar de la pochette. Empire et Mirage ouvrent magnifiquement l'album suivis par Long away around the sea très épuré et émouvant. La qualité des morceaux suivants sera toutefois inégale et s'enchaîneront ensuite les répétitions parfois indigestes malgré la relecture réussie du Vertigone de Venus et l'élégant N°7. Même si la raison d'être de ce premier opus est sans doute la rupture, l'alcool, la perte d'un proche et le deuil, on aurait aimé y trouver un peu plus de légèreté. La profondeur ne dispense pas de la fraîcheur.

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Joy - Long way around the sea

Tracklist

Joy - joy (Humpty Dumpty Records/Le Son du Maquis, 2010)

1. Empire
2. Mirage
3. Long way around the sea
4. Cold and storm
5. Flag
6. Sword
7. Vertigone
8. N°7
9. Endless Song


Black Devil Disco Club

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Pas vraiment né de la dernière pluie, Bernard Fèvre aka Black Devil Disco Club n'a pourtant eu droit à son retour de hype que récemment, à la faveur d'une réédition de son album sur Rephlex, le label d'Aphex Twin et Luke Vibert, et d'un sample de son Earth Message utilisé à bon escient par les Chemical Brothers sur leur album Surrender (1999), vendu à plusieurs millions d'exemplaires. Un coup du destin qui a convaincu le Frenchie, pionnier de la musique électronique en France, de ressusciter son défunt groupe. Depuis 2004, Black Devil Disco Club fait donc profiter la nouvelle génération électro-disco de ses trente années d'expérience grâce à la sortie de deux nouveaux albums (28 After et Eight Oh Eight) et à des performances saluées dans les clubs du monde entier.

Depuis, plus rien n'arrête Bernard Fèvre, qui s'apprête à sortir un nouvel opus, Circus, début 2011 (Lo Recordings / Alter K). En guise de mise en bouche, Hartzine vous propose d'en écouter un premier extrait, intitulé My Screen, qui accueille en invité de marque Nicolas Ker de Poni Hoax. La sortie officielle du single, effective le 11 octobre dernier, coïncide avec le lancement du nouveau site de Black Devil Disco Club, sur lequel vous pouvez vous inscrire pour recevoir le morceau gracieusement. Alternant basses hypnotiques et choeurs convulsifs, nul doute que My Screen, nouvelle preuve de vie du roi de la disco déviante, ne manquera pas d'accompagner vos prochaines soirées.

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Yuck l'interview

90506099_640On n'a pas calé officiellement d'interview en cette fin de Midi Festival. Mais après les ratés de la veille, on se devait de dénicher un entretien pour clore avec cette inoubliable aventure hyèroise. En trainant durant les balances de l'après-midi, on tombe sur le seul survivant du groupe Yuck, le chevelu Daniel ; les autres membres du groupe profitant de la plage. Lui déteste le soleil et nous prévient d'entrée de jeu qu'il est assez chiant mais nous accorde tout de même une brève interview dans les loges. Et on s'est bien marré.

Yuck vient de signer chez Fat Possum Records et sortira un single le 24 novembre prochain joliment nommé Georgia.

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Yuck - Georgia

Live


The Black Angels - Phosphene Dream

the-black-angels-phosphene-dreamPlongé dans une semi-obscurité, fixer la lumière puis les lignes géométriques qui se détachent sur le carton : blanc, noir, orange, vert, rouge, bleu. Les courbes, les pleins et les déliés, les arêtes sans commencement ni fin. Observer les cercles jusqu'à ce qu'ils tournent sur eux-mêmes. Prochain arrêt : le mur et ces roues qui continuent de virevolter devant les yeux - les phosphènes - jusqu'à finir par s'estomper complètement. L'obscurité à nouveau.
C'est à peu près ce qu'on risque à trop regarder la pochette du troisième album de The Black Angels, très justement nommé Phosphene Dream. Cette dernière, dessinée, comme les deux précédentes, par le guitariste Christian Bland, est un véritable piège pour les yeux, un labyrinthe bicolore hypnotisant dans lequel on a vite fait de se perdre - comme si le groupe avait voulu qu'on ne détache jamais le regard de leurs disques. Si l'on considère ne serait-ce que les deux premiers essais du combo texan, odes monolithiques au psychédélisme de 13th Floor Elevator et au Velvet Underground, ce n'est pas une si mauvaise idée. Mais prenez soin de bien chausser vos lunettes, car les Anges Noirs n'ont pas encore dit leur dernier mot.

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Manifestement bien décidé à se rappeler à notre bon souvenir tous les deux ans, le quintet d'Austin entre cependant dans une nouvelle ère avec son dernier album : après quatre années prolifiques chez Light In The Attic Records, il a désormais rejoint l'écurie Blue Horizon - qui connut son heure de gloire il y a quelques dizaines d'années avec Fleetwood Mac - et s'est adjoint pour la première fois les services d'un producteur en la personne de Dave Sardy, qui compte à son tableau de chasse des noms aussi prestigieux que Johnny Cash, Oasis, Wolfmother ou encore LCD Soundsystem. Les Black Angels ont également innové en quittant pendant six mois leur cité d'origine pour aller se perdre dans les studios de Los Angeles. Le résultat de ces bouleversements ? Un album deux fois plus court, deux fois plus optimiste et, à vue d'oeil, au moins cinq fois plus varié que ses prédécesseurs, certes extrêmement cohérents mais qui avaient l'inconvénient de se perdre parfois dans des envolées spirituelles interminables. Si on y retrouve les influences de toujours - The Brian Jonestown Massacre, Spacemen 3, The Warlocks, et le moins grabataire Black Rebel Motorcycle Club -, le soleil californien semble avoir tapé à profit sur le crâne d'Alex Maas, dont le chant et la diction réveillent avec brio le souvenir du fantôme de Los Angeles et du Père Lachaise. Dès le deuxième titre, Haunting At 1300 McKinley, c'est bien en effet une version plus moderne de Jim Morrison que l'on entend. C'est aussi le cas sur River Of Blood, d'une façon presque troublante. Le génie des Doors semblent avoir également rejailli sur les claviers ensoleillés de Sunday Afternoon qui scellent définitivement l'image sombre et torturée que l'on se faisait des Black Angels - vont-ils penser à se rebaptiser ? Ils opèrent néanmoins un léger changement de direction avec Entrance Song, dont les choeurs rappellent fortement le Black Rebel Motorcycle Club et les sombres "hmmmm hmmmm" entonnés par Peter Hayes et Robert Levon Been sur le titre éponyme de leur dernier opus, Beat The Devil's Tattoo. Le groupe revient ensuite à ses fondamentaux avec un Phosphene Dream habité à souhait, dont l'issue stroboscopique a sans doute déjà causé nombre de crises d'épilepsie. Avec True Believers, on retrouve des rivages plus noirs - mais, oh, est-ce de l'accordéon ? - avant d'atteindre un Telephone qui constitue la plus belle preuve de l'envergure des progrès des Black Angels - mélodie sixties et paroles légères qui ressuscitent le meilleur des Kinks - on est loin des horizons oscurs de Passover et Direction To See A Ghost. L'heure de la décharge finale a malheureusement déjà sonné : The Sniper, en plein dans le mille.

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Un seul constat s'impose : il n'y a rien à jeter dans Phosphene Dream, et on ne peut que féliciter The Black Angels pour l'initiative de cette féconde conquête de l'ouest. Un seul risque, que grâce à cet album plus varié et plus accessible, le groupe rencontre un succès moins confidentiel qu'avec ses précédents essais - on les plaint, vraiment. Et on en profite pour rappeler aux autres groupes dont le nom commence aussi par "black" qu'ils sont en train de se faire damer le pion et qu'ils feraient bien de s'activer à réparer leurs motos et à trouver un moyen de gravir cette foutue montagne.

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The Black Angels - Sunday Afternoon

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Tracklist


The Black Angels - Phosphene Dream (Blue Horizon, 2010)

1. Bad Vibrations
2. Haunting At 1300 McKinley
3. Yellow Elevator #2
4. Sunday Afternoon
5. River Of Blood
6. Entrance Song
7. Phosphene Dream
8. True Believers
9. Telephone
10. The Sniper


Standard Fare – The Noyelle Beat

standardfare_thenoyellebeatN’en déplaise aux habitants de la commune du nord de la France mais y a-t-il endroit moins rock et glamour que Noyelles-sous-Lens ? C’est pourtant à cette ville que Standard Fare a décidé de dédier son premier album. Cela mérite quelques explications : depuis quatre ans, Music Transfer Protocol organise des échanges musicaux entre le Nord‑Pas‑de‑Calais, la Belgique et l’Angleterre.Un festival composé des groupes issus des trois pays est programmé à Noyelles-sous-Lens tous les printemps. C’est lors de sa participation à l’édition de l’année dernière que Standard Fare, trio originaire du nord de l’Angleterre, a heureusement trouvé le son qu’il cherchait depuis sa formation… La jeune bande a donc logiquement baptisé son opus The Noyelle Beat.

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Enregistré en six jours, The Noyelle Beat rassemble 13 morceaux « radio edit » qui évoquent avec humour, maladresse séduisante et énergie pubertaire la difficulté d’établir des relations. Emma Kuppa, chanteuse très peu féminine mais personnage attachant, précise : « Nos influences majeures sont les relations et les expériences. Il y a souvent des points communs dans la nature des relations qu’elles soient amicales ou amoureuses. Chaque chanson de The Noyelle Beat est ce que nous avons voulu dire à quelqu’un mais les mots ne sont pas sortis de la bouche en temps voulu… Les chansons sont basées sur des faits réels, nous sommes donc restés un peu vagues volontairement… »
Standard Fare arrange ses morceaux de manière minimaliste (basse, batterie, guitare, voix) et aurait pu ne susciter aucun intérêt s’il n’était pas aussi délicieusement anglais, frais et drôle. Par exemple, sur Fifteen, Emma Kuppa évoque avec ironie l’attirance d’une personne adulte de 22 ans pour un(e) adolescent(e) de 15 ans ou sur Wrong Kind of Trouble s’interroge sur le genre d’ennuis qu’elle veut se créer (« Sleeping with the enemy, sleeping with the hired help, seducing friends of the family, and flirting with anyone else. Oh that's the kind of trouble I want to get into »).
On pense beaucoup à The Housemartins ou un peu à The Shins sur Love Doesn't Just Stop. Standard Fare est un jeune projet sans prétention qui ne demande pas à mûrir. À consommer sans modération ici.

Tracklist

Standard Fare - The Noyelle Beat (Sheffield Phonographic Corporation, 2010)

1. Love Doesn't Just Stop
2. Nuit Avec Une Ami
3. Philadelphia
4. Wrong Kind of Trouble
5. Fifteen (Nothing Happened)
6. Let's Get Back Together
7. Secret Little Sweetheart
8. I Know It's Hard
9. Married
10. Edges and Corners
11. Dancing
12. Be In To Us
13. Wow


Motorama l'interview

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Heureuse découverte de cet été 2010, le groupe russe Motorama, dont l’excellent album Alps chroniqué il y a peu sur Hartzine est toujours téléchargeable gratuitement ici, se livre en toute simplicité. Ils évoquent Drew Barrymore, la Russie, la new wave, les nazis, Moby Dick et bien d’autres sujets encore en une seule interview… Rien que pour vous...

Comment vous est venue l’idée de ce patronyme ?

C’est une idée de notre premier bassiste. Il avait vu un film appelé Motorama avec Drew Barrymore. Nous trouvions que ça sonnait bien sans savoir de quoi parlait le film…

Quelles ont été vos premières influences ? Joy Division ?

Au tout début, oui, sûrement… Closer est un de nos albums préférés, mais nous écoutions aussi énormément de musique de The Chameleons, The Sound, Gang of Four et A Certain Ratio. Maintenant Motorama s’éloigne un peu de tout ça. Nous avons fondé un autre groupe appelé Ytro dont la direction est plus violente…

C’est donc pour ça que vous vous êtes engagés dans le projet Ytro ?

Oui, nous avions besoin de plus d'espace pour nourrir notre désir post-punk. Et nous avions également besoin de chanter en russe… C’était expérimental. Nous nous sommes rendu compte que tout cela était incompatible avec Motorama. En plus, nous ne ressentions pas le besoin de mixer tous nos désirs en un seul projet à tout prix.

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Sur Alps, la twee pop a détrôné la new wave. Comment est-ce arrivé ?

Nous avions envie etbesoin de quelque chose d’autre, quelque chose de neuf pour MotoramaYtro a clairement été conçu comme échappatoire new wave. Nos premières influences étouffaient peut-être Motorama. Nous avons toujours aimé la twee pop et nous sommes sentis proches de la scène downtempo scandinave. Nous sommes aussi tombés amoureux de la dream pop de Beach House. Leurs mélodies pures et tranquilles nous ont fait fondre.

Est-il facile pour un pop lover de s’épanouir en Russie ?

Pas vraiment… À vrai dire, si vous n’avez pas de connexion internet, c’est assez difficile d'être en contact avec la pop moderne. Sommairement, la Russie vit encore dans les 90's et écoute la musique de cette période-là.

Pourquoi est-il si important pour vous d’associer musique et esthétique ?

Je pense qu’il s’agit encore une fois d’influence musicale au sens large. Nous avons beaucoup écouté et avons été impressionnés par des groupes européens ou américains qui, comme Pink Floyd, The Velvet Underground, The Smiths ou Black Flag, ont attaché énormément d’importance à l’aspect esthétique de leur œuvre.

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Votre philosophie du « Do-It-Yourself » est-il un choix narcissique ?

On peut dire ça mais en Russie, quand tu veux réaliser un projet, c’est aussi une obligation… Mais ça nous convient. Le DIY est la philosophie de nos groupes préférés. Nous trouvions logique de l’appliquer à nous-mêmes.

Dans quelle mesure l’aspect esthétique sera-t-il transposé sur scène ?

Euh... À vrai dire, nous n’y avons pas encore pensé… Ha, ha, ha !

À ses débuts, Motorama a été le groupe phare des supporters de football de votre région. Comment l’expliquez-vous ?

L’atmosphère des premières chansons de Motorama était quelque peu militaire. Cela pouvait plaire aux nationalistes qui se retrouvaient à notre insu dans notre première direction post-punk et dans notre apparence qu’ils assimilaient à un look nazi. Tout ça, nous ne le contrôlions pas… Mais les choses ont changé à présent. Nous ne proposons plus du tout ce qu’ils attendent !

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Vous avez écrit Song Ghost. Qui sont vos fantômes ?

Je dirais : Matthew Arnold, Guillaume Apollinaire, Anna Akhmatova,
Kingsley Amis, Julie Hill Alger, Alfred Austin, William Lisle Bowles, Arna
Bontemps, Thomas Campbell, Amy Clampitt, Bret Harte, Randall Jarrell  et, bien sûr, Samuel Johnson.

De quelles régions parlez-vous quand vous évoquez la mer et les voyages sur Ship et Northern Seaside ?

Ship évoque la région de l’Essex. Nous nous sommes inspirés de Moby Dick, le classique de Herman Melville. Un navire quitte Nantucket en 1819 pour chasser les baleines dans le Pacifique Sud. Il a été attaqué par une baleine et a fait naufrage. Seuls deux hommes ont survécu... Northern Seaside a tout simplement trouvé son inspiration dans les paysages côtiers de France, du Danemark, du Royaume-Uni et de la Norvège.

Pour terminer… Pourquoi avoir choisi le titre Alps pour votre album ?

J'aime cette question. Alps nous a semblé un mot esthétiquement intéressant… Nous avons imaginé les quatre lettres sur la pochette et avons trouvé l’idée plaisante… Et, accessoirement, nous aimons les montagnes…

Vidéo


Die! Die! Die! - Form

dieComment n’aurais-je pu être séduit par un groupe dont le nom est « Crève ! Crève ! Crève ! » ! Avant d’aller un peu plus loin cher lecteur, je sais qu’une nouvelle fois je vais me mettre pas mal de monde à dos : labels, maisons de disques, censure, Hadopi, l’Etat, la Droite, Sarkozy, le Pentagone, la Maison Blanche, Dieu… Car oui, j’ai téléchargé cet album illégalement ! Vois-tu cher lecteur, malgré le nombre incalculable d’albums que nous recevons chaque semaine à la rédaction (je remercie au passage nos camarades partenaires), notre devoir est de te faire découvrir le petit bijou auquel tu aspires tant. Et malgré une actualité plutôt chargée, je préfère te dénicher la perle à laquelle tu peux prétendre plutôt que de te vomir un torchon numérique, bien immonde, sur la dernière bouse d’Arcade Fire par exemple. Ah mais il semblerait qu’une chronique soit dans les tubes, alors j’arrête le massacre sur le crew de Montréal. Quoiqu’il en soit, sache que malgré nos pauvres revenus… Comment, tu pensais que les rédacteurs d’Hartzine roulaient en Subaru et vivaient sur la côte bretonne ? Tu confonds avec les pigistes de Rock & Folk là ! Non, malgré cela nous n’hésitons pas à mettre la main à la poche pour débusquer au rayon import l’objet de toutes les convoitises… Ou certain plus téméraires, n’ayant pas peur de se frotter au côté obscur, iront jusqu’à fouiller les recoins interdits du net.
die_die_dieC’est donc ainsi que j’ai découvert Die! Die! Die!, trio venu des Terres du Milieu, ou de la Nouvelle-Zélande, à toi de choisir.Pourtant rien ne me préparait à la claque qu’allait m’asséner Form et notamment Casemen, premier morceau terrifiant. Catalogué comme punk pop, le combo est bien au-delà. Casemen en est la preuve parfaite. Ce track tendu, décollant dès la première seconde, scotche l’auditeur au sol tel un flacon de nitroglycérine déjà secoué à la main. Un nombre incalculable d’adjectifs me traversent l’esprit et je n’en vois aucun de négatif ou péjoratif. Ce titre est une immense bombe que je me passe en boucle et en boucle et en boucle et en boucle… Bien loin de l’idiot-punk d’un Blink-machin ou d’un Jour Vert, nos trois jeunes musiciens flirtent avec l’alternatif voir le grunge et envoient une décharge d’hystérie mélangeant pure mélancolie et salve hormonale. Le jeu de guitare d’Andrew Wilson et la rythmique de batterie de Michael Prain se font écho dans un refrain qui vaut bien un 8,6 sur l’échelle de Richter. La voix juvénile mais rageuse de Wilson apportant une touche d’authenticité supplémentaire à ce groupe qu’il faudra surveiller désormais de très près. Form est déjà leur troisième album, leur premier EP ayant été produit par Steve Albini himself. Tu comprendras donc un peu mieux je pense, cher lecteur, où je veux en venir maintenant. A noter également que nos chers Die! Die! Die! bénéficient d’une excellente réputation scénique, reste à savoir quelle salle parisienne ils choisiront d’embraser. Donc cher lecteur, ne cherche pas plus loin, si tu trouves Casemen dans la playlist Hartzine du mois, c’est qu’il y a une raison, si tu en en veux une de plus, elle se trouve en dessous… D'ici peu dans toutes les bonnes crèmeries (c'est pas parce que je l'ai déjà que ça va m'empêcher de l'acheter… ), Form est de ces albums dont le seul point faible est qu’il faille se lever pour le remettre au début… Et croyez-moi, j’en ai des crampes à force. So listen it or Die! Die! Die!

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Die! Die! Die! – Wasted Lands

Tracklist

Die! Die! Die! – Form (Flying Nun Records, 2010)

1. Casemen
2. Lil Ships
3. Howye
4. Daze
5. We buit our own oppressors
6. Paquin
7. Shine through
8. Wasted Lands
9. Ht
10. Frame


Black Mountain - Wilderness Heart

pochette-black-mountainSi en ce moment le monde entier n'a qu'Arcade Fire à la bouche, il est d'autres Canadiens dont on attendait des nouvelles. Studieuse, la bande de Stephen McBean revient nous hanter à point pour la rentrée avec son troisième album, Wilderness Heart. Alors que la fin du mois d'août se profile désespérément à l'horizon et que le moindre regard par la fenêtre est déjà aussi déprimant que la perspective d'une fête de la Toussaint à Vesoul, le moment est bien choisi pour étrenner ses cahiers encore vides, d'ouvrir une trousse qui fleure bon le plastique et d'affûter sa plume pour se pencher sur la copie de Black Mountain. Le groupe a-t-il, comme il l'avait promis avec son deuxième opus, réussi à déceler In The Future la musique de la nouvelle décennie qui s'annonce ?
Les deux premiers essais avaient été si prometteurs qu'on était loin de se douter que le groupe prendrait le redouté virage FM, même si le titre de The Hair Song aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Avec Wilderness Heart, Black Mountain dit adieu aux envolées psychédéliques de No Hits et au brillantes parties de sax' et bouche les trous béants laissés par ses coups de génies passés à grands coups de pièce montée et de crème chantilly. L'album est en effet parsemé de fautes de goûts, de l'intro de Old Fangs, qui sonne comme un Eye Of The Tiger sournois, au solo de Let Spirits Ride, digne du pire du hair metal des années quatre-vingt. Enseveli sous toute cette choucroute, on en vient même à être choqué par l'alliance grossière des voix masculine et féminine qui a perdu toute la subtilité d'antan. Stephen McBean et Amber Webber semblent avoir passé un accord pour ne pas trop se fatiguer à réfléchir pendant l'enregistrement : "Je chante ma phrase, tu chantes la tienne, on chante le refrain ensemble, et basta." Le résultat est tout sauf élégant, car ces deux-là n'ont pas la chance, comme d'autres de leurs collègues attendus à la rentrée, d'avoir des voix assez différentes l'une de l'autre pour prétendre à détrôner Nancy Sinatra et Lee Hazlewood. Leurs organes sont trop quelconques pour se contenter d'arrangements si simplistes, et pas assez semblables pour se fondre l'un dans l'autre. Ils sauvent néanmoins la mise sur Old Fangs qui, malgré son clavier horriblement épique, reste, avec sa mélodie intelligente, l'un des seuls morceaux de l'album méritant qu'on lui lance une bouée, tout comme Rollercoaster, dernier reliquat de bon goût flottant au milieu des épaves chevelues à paillettes.
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Finalement, la grande question reste de savoir si Wilderness Heart n'est qu'une simple erreur de parcours ou une tentative pour Black Mountain de sortir du placard et d'annoncer au grand jour son amour immodéré pour les guitares kitsch. Pour le savoir, rendez-vous le 4 octobre à la Maroquinerie : si Stephen porte une combinaison violette à manches chauve-souris, nous en aurons le coeur net.

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Black Mountain - Rollercoaster

Vidéo

Tracklist

Black Mountain - Wilderness Heart (Jagjaguwar, 2010)

1. The Hair Song
2. Old Fangs
3. Radiant Hearts
4. Rollercoaster
5. Let Spirits Ride
6. Buried By The Blue
7. The Way To Gone
8. Wilderness Heart
9. The Space Of Your Mind
10. Sadie
11. Black Mountain


Of Montreal - False Priest + concours

ofmontreal_falsepriestLe freak c’est choc ! Of Montreal, ce nom me surprendra toujours autant. Pourquoi utiliser le patronyme d’une ville célèbre pour sa populace à l’accent ultra niais, adoratrice de la grande Céline, tabernacle. Surtout lorsque qu’on vient d’Athens. Non, je ne vous parle pas de la capitale de la Gay Pride, mais d’Athens en Géorgie, berceau de l’indie-folk américaine mais aussi de la délinquance, comme l’attestent de nombreux romans noirs. Pour cela, il faudrait remonter dans la jeunesse du délirant Kevin Barnes, qui depuis a sorti de nombreux squelettes de son placard. Sorte de mutant saugrenu et outrancier, semblant tout droit échappé du Rocky Horror Picture Show (ce qui expliquerait cela dit en passant l’apparition de Susan Sarandon lors de quelques prestations publiques du groupe), Barnes s’acharne depuis presque quinze ans à exhiber ses fantasmes et blessures de la manière la plus subtile qui soit, quoi que … Mêlant habilement folk, psychédélisme, électronica et disco-pop, la musique d’Of Montreal prend racine dans la psyché de son géniteur, ressemblant régulièrement à une partouze sensorielle aussi fascinante qu’addictive.

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S’il m’arrive parfois de tromper le lecteur dans le seul but de mieux lui livrer mes sentiments par la suite, cette fois je préfère être cash. A la base, je n’étais pas un grand fan d’Of Montreal. Même le semble-t-il fabuleux et incomparable Hissing Fauna, Are You The Destroyer? m’avait laissé hermétique aux innombrables plaies révélées par Kevin Barnes. A tort certainement. Puis piégé par un Skeletal Lamping foudroyant, subjugué par les apparitions théâtrales du groupe, je succombai devant cet étalage d’humour faisant froid dans le dos, me laissant ensorceler par cette voix de castrat et ces mélodies en casse-tête, floues, hypnotiques. Et God Bless Us, pas de rupture dans la continuité… dès les premières notes d’I Feel Ya Strutta, nous retrouvons sans déplaisir les structures mélodiques qui avaient fait le charme du prédécesseur de ce False Priest augurant déjà le meilleur. Cette impression se vérifie par la suite sur Coquet Coquette, titre électrique qui pue la drogue à plein nez. Une habitude qui finit par se répéter sans lassitude, tant la luxure et le stupre prennent une place de plus en plus importante dans les compositions du déjanté en chef du combo d’Athens. Pourtant loin de lui griller la cervelle, Barnes semble se livrer encore un peu plus tout en allant plus loin dans les expérimentations en toute sorte (Enemy Gene, Casuality Of You). Cependant c’est à ces titres pop en chausse-trappes comme Like A Tourist qu’Of Montreal doit son succès. Architecture parfaite du tube dégageant une émotion sur le fil du rasoir, la new-wave en avait fait son cheval de bataille, Of Montreal en réutilise les codes dans un tout autre registre. Mais que le fan de la première heure se rassure, il ne sera pas laissé pour compte dans ce vaste puzzle. Des chansons comme Hydra Fancies ou Our Rioutous Defects sauront le satisfaire comme Famine Affair et son « I don’t love you anymore / go away » séduira aisément le petit curieux tombé sur cet étrange album à la pochette exhubérante, aussi séduisante que répulsive. S’il faut s’y résoudre, on répondra seulement qu’Of Montreal s’est fendu d’un nouveau classique… Un de plus… Du moins jusqu’au prochain.

Of Montréal seront en concert à la Cigale le 7 octobre prochain. Vous souhaitez vous y rendre gratuitement, rien de plus simple participez à notre concours en cliquant ici !

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Of Montreal – Like A Tourist

Tracklist

Of Montreal – False Priest (Polyvinyl, 2010)

01. I Feel Ya' Strutter
02. Our Riotous Defects [ft. Janelle Monáe]
03. Coquet Coquette
04. Godly Intersex
05. Enemy Gene [ft. Janelle Monáe]
06. Hydra Fancies
07. Like A Tourist
08. Sex Karma [ft. Solange Knowles]
09. Girl Named Hello
10. Famine Affair
11. Casualty Of You
12. Around The Way
13. You Do Mutilate?


Johnny Boy - Modern Idol (EP)

11981_staVous rappelez-vous cette scène délicieuse de Mean Streets tournée dans une salle de billard où Johnny Boy campé par Robert de Niro pète les plombs ? La spontanéité, la folie, l'énergie et le kitsch de l'acteur américain crevaient l'écran... Vous retrouverez toutes ces qualités dans le Modern Idol des dandys français qui ont emprunté le nom du héros du film de Scorsese. Johnny Boy est un duo qui débute en 2005 à Tours. Pendant la deuxième moitié de la décennie écoulée, ils ont traversé la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Angleterre, la Suisse et la Russie et ont défendu leur projet sur scène avec brio. Après Dialectik Noise, sorti en 2008, Modern Idol EP, qui est en réalité la première face d'un album du même nom qui verra le jour le 5 octobre en vinyle et en digital, Johnny Boy nous propose ici 4 titres tout à fait réussis. Les influences du duo tant musicales (Buzzcocks, Alan Vega) que cinématographiques (Godard, Mean Streets, Jarmusch) donnent un cocktail frais et détonant. Imaginez The Clash faire joujou avec des synthés ou d'autres machines ; cela donne tout simplement une pop électro énergique séduisante sans être dénuée d'humour à l'instar du clip du titre éponyme.

Audio

Johnny Boy - Modern Idol

Vidéo

Tracklist

Johnny Boy - Modern Idol EP (2010, Anywave Records)
1. Modern Idol
2. 32 Hours
3. Suicide
4. Glow


The Walkmen

20276_342152134745_68240789745_4910652_5140325_nA chaque fois que mon cher encéphale s'amuse à faire des tris discographiques et se demande qu'est-ce qui peut être définitivement oublié, rester encore quelque temps du coté conscient ou à jamais gardé présent à l'esprit, ce dernier opère son classement en comparant les disques écoutés à celui qui tient la corde de la dernière possibilité précitée. Cependant depuis quelques années maintenant, c'est toujours le même album qui est choisi comme étalon. Alors je redoute d'autant plus le choix que ma satanée caboche réservera au successeur de ce You & Me qui agite depuis 2008 mes aires auditives temporales. Lisbon, cinquième album de The Walkmen, sortira à la rentrée et nous y reviendrons plus longuement très prochainement...

Audio

The Walkmen - Stranded


Coffee Or Not - Not Alone In Your Mind

coffee-or-not-albumEn Belgique, quand on n'est ni un disciple de Sharko ni de Girls In Hawaii, il est très difficile de rendre un projet pop crédible. C'est une triste réalité qui force souvent les artistes à s'expatrier. Même les impeccables et regrettés Venus ont dû trouver la reconnaissance en France avant d'être considérés dans le plat pays... C'est donc dans cette ambiance propice à la défaite que doit pourtant voir le jour le premier opus de deux Bruxellois dont les ébats musicaux ont enfanté 14 morceaux authentiques, sincères et prometteurs. Coffee Or Not est composé de Soho Grant et Renaud Versteegen, deux musiciens déjà actifs chacun de leur côté dans bon nombre de formules (Pierre Castor, Ruacutane ...), et dont la rencontre a provoqué de manière imminente et évidente la naissance de Not Alone In Your Mind. Ainsi, en un temps record, guidés par une sorte de spontanéité urgente, les deux protagonistes ont écrit, composé, arrangé et enregistré une multitude de titres.
24974_387702174009_237216019009_4188951_3457460_n Et comme souvent, les projets les plus immédiats et les moins réfléchis, sont les plus porteurs de fraîcheur et d'émotions. Toutefois, même si la spontanéité et l'urgence ont régné durant la création, les arrangements choisis par Coffee Or Not sont soignés, sobres et justes. D'apparence pop/folk à l'instar des titres So Many Ways, qui ouvre joliment l'album,  Home Again ou Ghost Song, Not Alone In Your Mind est composé de styles variés mais liés par un fil conducteur qui fait la part belle aux harmonies et aux jeux de voix remarquables.
Ainsi, tout en visitant des contrées familières à Cat Power sur Behind Your Walls et Dear Moon où sons et mots nous font frissonner sans répit, on est enchanté de rencontrer des morceaux pop/rock tels que Mouth Full ou Inside Our Bones, premier single aux arrangements imparables et à l'efficacité redoutable. Si tous ces morceaux sont réussis, le premier bouleversement arrive réellement quand la divine pluie harmonique de Winter Rain nous atteint avec finesse. On se met alors à douter de la perméabilité de notre enveloppe. La subtilité et la délicatesse sont toujours de mise sur Fall Apart, Med ainsi que sur le magnifique Loneliness où l'élégance de la voix masculine, touchée par la grâce d'un Jay-Jay Johanson, ajoutée à la rudesse de la voix féminine, font mouche. Le premier album de Coffee Or Not sortira en Belgique et en France le 30 août 2010. Puisse-t-il trouver l'intérêt et l'écoute qu'il mérite et enfin forcer les barrières de l'imposture pop made in Belgium !

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Coffee Or Not - Inside Our Bones

Coffee Or Not - Loneliness

Tracklist

Coffee Or Not - Not Alone In Your Mind (Purple K, 2010)

1. So Many Ways
2. Behind Your Walls
3. Winter Rain
4. Home Again
5. Dear Moon
6. Not Alone In Your Mind I
7. Inside Our Bones
8. Loneliness
9. Mouth Full
10. Med
11. Fall Apart
12. Not Alone In Your Mind II
13. Ghost Song
14. On And On


PVT - Church With No Magic

WARPCD198 PackshotComme quoi, il ne faut jamais aller trop vite en besogne. Parfois le coup de cœur, parfois le coup de pompe. Et l'écriture, essentiellement irrévérencieuse sous l'emprise de l'émotion, se trouve être l'écrin de velours dans lequel manigance l'acier des convictions. Il s'en faut donc de peu que Church With No Magic, des trois PVT, soit rabroué par mes soins tel l'indigne successeur d'O Soundtrack My Heart (Warp, 2008), jadis considéré comme l'une des plus audacieuses perspectives du label de Sheffield. Une première écoute effarée, gorgée d'angoisse acrimonieuse : ai-je remué ciel et terre pour avoir la primeur de chroniquer cette galéjade, dénaturant par d'inexpugnables sur-ajouts de voix et de synthés, l'équilibre hautement efficace des morceaux d'alors ? La motivation fait défaut mais une telle évolution sonore titille la curiosité : je reprends l'album aléatoirement, dépiautant ça et là les structures alambiquées, les mécanismes rythmiques à la précision métronomique. Peu à peu, la lumière se fait et si mutations il y a, celles-ci demeurent finalement assez anodines par rapport à la permanence d'un son estampillé Pivot / PVT. Bien plus qu'avec le changement de patronyme, perdant ses voyelles suite à un risque de bataille juridique avec un groupe américain du même nom, la mue de PVT s'opère tant par le chant de Richard Pike que par cette nouvelle promiscuité permettant au trio de fonctionner en véritable groupe : car si l'Anglais Dave Miller est présent depuis 2005 aux cotés des Australiens Richard et Laurence Pike, lui qui instigua ce substrat d'électronique, devenu marque de fabrique, et qui fut à la base du rapprochement avec l'écurie Warp, jamais ces trois-là ne composèrent, ni n'enregistrèrent, dans le même studio. L'épaississement de leurs volutes sonores, comme l'échafaudage de leurs prétentions mélodiques, n'en sont donc que plus aboutis. Produit, comme son prédécesseur, par le touche-à-tout Richard Pike, Church With No Magic distille d'ailleurs un venin autrement plus lent mais délectable à ingérer : l'aréopage PVT emprunte des chemins de traverses, s'entichant aussi bien de procédés chers à Animal Collective, s'agissant notamment du traitement des voix, qui par moment se superposent en cascade, que des lubies atmosphériques et contemplatives propres à . Point de hasard donc à ce que celui-ci ait participé à l'enregistrement de l'album lors d'un court séjour à Sydney. La progression cadencée - et l'étiquette math-rock qui va trop facilement avec - s'estompe et fait ainsi place aux vertus de l'apesanteur, révélant, dans un fourbi de claviers analogiques, la profondeur d'écriture du combo : investissant le terrain d'une pop sombre et tourmentée, PVT essaime ses expérimentations vers des contrées que Battles, son faux frère de label, ne daigne pas encore sonder, mettant en abîme son carénage rythmique - pourtant consistant - au profit de vocalises désormais omniscientes. Window, single entêtant au vidéo-clip des plus novateurs - le trio tentant de retranscrire un show live vécu de leur point de vue - en est la parfaite expression. Si le pont entre O Soundtrack My Heart et Church With No Magic ne se distingue qu'en filigrane, les instrumentaux Community et Waves & Radiation, dans leur brume synthétisée, ne portant pas même les stigmates de la fièvre électrique d'alors, Light Up Bright Fires comme Timeless n'en prennent pas moins à la gorge, cravatant d'entrée de leur densité physique. Des rivages incertains et méandreux de Crimson Swan, Circle Of Friends ou du conclusif Only The Wind Can Hear You, à l'aquatique morceau-titre Church With No Magic, où la voix de Richard Pike se pare d'intonations qu'Alan Vega ne renierai pas, s'opère cette conversion du fond et de la forme intronisant PVT parmi les dignitaires des hautes stratosphères de l'ombre. Susurrant de tels cantiques, on ose à peine subodorer la suite.

Lire notre dossier Warp : vingt ans d'histoire, deux mixes

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PVT - Timeless

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Tracklist

PVT - Church With No Magic (Warp, 23 août 2010)

1. Community
2. Light Up Bright Fires
3. Church With No Magic
4. Crimson Swan
5. Window
6. The Quick Mile
7. Waves & Radiation
8. Circle Of Friends
9. Timeless
10. Only The Wind Can Hear You


The Boat People – Dear Darkly

the-boat-peopleQuand on vous parle de boat people, vous pensez tout de suite à réfugiés, à Hanoï, au Vietnam, au communisme et donc par corrélation à ces putains de hippies. Merde ! Et Dieu sait que chez Hartzine, les hippies, ça nous les brise menu... « Faites l'amour, pas la guerre » me disait ce gentil petit monsieur avec son sourire niais transpirant le LSD. Aujourd'hui, c'est le même qui crève dans le caniveau pour une petite pièce de monnaie pleurnichant parce que le capitalisme l'a oublié... Haha ! 'Culé va ! De toute façon, les causes humanitaires, Greenpeace et Sauvons La Planète ça m'emmerde. Vive le culte de l'argent. Moi, je veux du bling-bling à la Sarko... Allez faites péter les disques de 50 Cents en featuring avec Miossec là... Euh... Je m'égare un peu je crois. Cependant les Boat People dont il est question dans cette chronique sont très loin d'être des troubadours en quête d'asile politique ou de frêles barbus prônant le retour de l'ère du Flower Power. Bien installé dans la mégalopole australienne de Brisbane, le quatuor s'évertue à revigorer l'indie-pop en toute discrétion. Dear Darkly est donc l'histoire d'une nouvelle révolution secrète.

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Le groupe n'en est en effet pas à son coup d'essai. Deux ans après un Chandeliers téméraire et sorte de best-of de cool songs, nos Australiens débarquent avec un troisième opus lumineusement ténébreux. Coincées quelque part entre le crépuscule et l'aube, les chansons de Dear Darkly se voilent d'une profonde mélancolie saisissant parfois l'auditeur à la gorge, jusqu'à lui écraser la trachée (Soporific). La voix langoureuse et traînante de James O'Brien n'y est pas étrangère, ce timbre caressant vous entrainant par le fond (Live In The Dark). Et pourtant, c'est avec leurs confrères de Cut Copy (période premier album) ou les Anglais de Hot Chip que Boat People partage son terrain de jeu : même attrait pour les sonorités eighties, pour les mélodies pop en clair-obscur, pour les humeurs lunatiques. A ce titre Dear Darkly est un album plus que complet, passant de la complainte folk (Hidden Buses) au tube dance-punk caverneux (Dance To My Pain), le combo ne s'enferme dans aucune case, et pourchasse le hit avec altruisme. Opération réussie, puisque le groupe peut se vanter de taper dans tous les registres (enfin presque) avec brio et de passer d'un titre à l'autre en créant un contraste réprimant l'ennui et l'étouffement. Douze titres qui se dévorent d'une bouchée et dont la palette large d'influences permet de rassasier tous les appétits.

Il ne reste qu'à espérer que la sortie de Dear Darkly ne restera pas aussi intime que celle de ses prédécesseurs. Ou à souhaiter que ces quatre gars là chopent n'importe quelle embarcation et se fassent la malle... C'est tout le mal qu'on leur souhaite. Tant qu'ils ne tombent pas sur un bateau de Greenpeace...

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The Boat People – Dance To My Pain

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Tracklist

The Boat People – Dear Darkly (Shock, 2010)

01. Under The Ocean
02. Soporific
03. Echo Stick Guitars
04. Antidote
05. Live In The Dark
06. Too Much In My Mind
07. Damn Defensive
08. Hidden Buses
09. Dance To My Pain
10. Cat’s Collar
11. Pornography
12. You Are Adored


Family Of The Year - Here Is The Sun (EP)

foty_epcoverQuels imposteurs ces Family Of The Year ! Ce groupe originaire de Los Angeles, sous un emballage folk, nous offre en réalité 5 titres dont la teinte s'avère des plus éclectiques et attrayantes. Here Is The Sun en référence au titre de leur premier EP (Where's The Sun?) est un EP digital conçu spécialement pour la France et qui reflète la riche diversité des compositions du groupe. Ce recueil nous propose à la fois un folk brillant sur Stupidland ou Stairs et une pop électro délicieuse sur The Barn (remixé par Panic Bomber) ou sur le magnifique Castoff. Au total, 5 titres différents mais fondamentalement liés par les harmonies irrésistibles des voix féminines et masculines de Joe Keefe et Meredith Sheldon et qui nous renvoient aux Beach Boys ou à MGMT. Le premier EP ainsi que l'album Songbook sont téléchargeables sur le site du groupe avec donation optionnelle. Quant à  Here Is The Sun, sa sortie digitale est prévue pour le 6 septembre 2010. En attendant,  Hartzine vous offre Castoff.

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Family Of The Year - Castoff

 

Tracklist

Family of the Year - Here Is The Sun (Volvox Music, 2010)

1. Stupidland
2. Stairs
3. Castoff
4. Charlie Song
5. The Barn (Panic Bomber's Memory Remix)