Nice Nice - Extra Wow

up-nice_niceDéjà tout petit, j’étais bien agité et pas très sérieux. Mes professeurs ne cessaient d’ailleurs de me le faire remarquer. User mes jeans sur les bancs de l’école avec mes potes en buvant des bières et bouffant des pills était une routine dans laquelle nous nous enfermions et qui nous permettait de voir le monde à travers un prisme multicolore. Et le prof de toujours me faire la morale : « Mr Trash, vous n’avez pas honte de laminer la cervelle de ces enfants de 9 ans ? Et à 25 ans, il serait peut-être temps de quitter le CM2, non ? ». C’est à cette époque que j’aurais aimé avoir un morceau comme On and on dans mes écouteurs. Montée de percussion noyée dans un brouhaha mécanique, cristallisant la frustration la génération ritaline. Que résonne l’alarme, nous peignons à coups de cocktails molotov sur des vrombissements de machine et beats répétitifs qui rappellent le Stealing Fat des Dust Brothers. Chaos, confusion, boucles à profusion.
Extra Wow ? Voilà un nom qui correspond parfaitement au premier opus du duo de Portland, Jason Buehler et Mark Shirazi, plus connus sous le pseudonyme Nice Nice. Une excellente surprise qui caresse la joue avant de la fracasser d’un crochet bien violent. Les deux comparses ne s’embarrassent d’aucun clichés, passant du drone synthétique au dark-psyché, tout en jammant sur du post-rock tropical, rien n’effraie ce jeune combo qui fait déjà trembler Gang Gang Dance et The Battles. Une nouvelle réussite que l’on doit une fois de plus au label anglais Warp qui décidément s’éloigne de plus en plus des rythmiques binaires qui ont fait sa légende, sans pour autant délaisser le dépistage d’artistes défrichant la musique expérimentale.
Ici les mélodies prennent des tournures fantasmagoriques. See Waves détourne surf-musique en électro-noise-pop et croise Quicksilver’s World Cup avec la grande chasse aux requins de Hunter S. Thompson. Rompu à tous les excès, le duo se fait aussi trivial que tribal (Set And Setting, One Hit), se livrant sans limites et parcourant un vaste panel d’harmonisation, dévoilant différentes atmosphères au fil des écoutes : psychédéliques sur Make It Gold, New-Age sur New Cascade... Extra Wow ressemble à un melting-pot de ce qui pourrait se faire de mieux cette prochaine décennie, chaque track ayant sa touche bien à lui. Nice Nice nous a pondu un bel œuf de Pâques, en forme de matriochka, qui en plus nous offre trois track bonus, dont l’indispensable Ark Drum. A ne pas laisser tout de même à la portée des enfants, enfin moi je dis ça, je ne dis rien… Une petite pilule ?

Audio

Nice Nice – See Waves

Video

Tracklist

Nice Nice - Extra Wow (Warp, 2010)

1. Set and setting
2. One hit
3. A way we glow
4. On and on
5. Everything falling apart
6. Big bounce
7. See waves
8. A vibration
9. A little love
10. Double head
11. Make it gold
12. New cascade
13. It's here
14. Extra wow (Aternate) (Bonus Track)
15. Ark drum (Bonus track)
16. We Stayed (Bonus track)


On y était - Autechre

Autechre, Paris, La Machine, le 20 mars 2010

autechre

C'est à 22 heures précises que vos deux chroniqueurs, Aki et Thibault, toujours avides de plus de bruits et d'exigences élitistes, se pointent à la porte de La Machine, bravant la pluie et détournant les yeux des écrans projetant les minutes décisives d'un match France-Angleterre en dent de scie.

Elle s'en est allée La Loco, emportant dans ses wagons le gratin de beaufs arpentant Pigalle en perpétuelle quête de débauche et de castagne... Hummmm pas si sûr ! Et malgré la joie inextinguible d'apprécier enfin en live et en vivant l'un des duos qui fit la renommée de l'écurie Warp, les lourdeurs de la semaine commencent à se tasser méchamment au fond de nos chaussettes détrempées. Alors, avoir à se taper le pécore de province venu se pochetronner le cornet comme au Métropolis, comprenez qu'il y avait comme un manque d'amour dans nos cœurs. Surtout que stupéfaction, infarctus, incontinence... ce que nous pensions être un concert de deux heures se transforme, à la vue du line-up long comme un bras, en all-night long party... Autechre est annoncé à 01h45. Notre humeur se tend comme un fil de fer barbelé...

L'entrée dans les locaux de La Machine Molle ? Dans la lourdeur la plus totale... Et ne croyez pas que nous faisons référence à l'ouvrage de William Burroughs pour ses frasques opiacées ou sa superbe diablerie. Non, l'adjectif est ici hautement péjoratif, informant qui veut bien nous croire de passer son chemin et de boycotter cette discothèque banlieusarde implantée en plein Paname. Vestiaire obligatoire, fumoir riquiqui et intenable pour multiplex commercial de haut-standing, jeux de lumières digne d'un aérogare... Seul avantage le prix des boissons est raisonnable, enfin, si vous appréciez vous envoyer un dé à coudre ou vous farcir une canette de bière chaude à la paille. Qu'on arrête de nous bassiner avec la Machine et qu'on nous rende le Pulp !

L'âme en peine, les souliers raclant le sol, nous déambulons, perdus dans nos pensées, un verre à la main. Et ce ne sont pas les vagues mix electro-drum'n'bass pseudo-warpiens qui risquent d'allumer une quelconque étincelle dans nos esprits corrodés. Par moment, Thibault balance quelques baffes à un Aki, lové en position fœtale sur le sofa, pour s'assurer que ce dernier est bien vivant, quand un brusque attroupement extirpe vos deux hartziners d'une semi-léthargie méditative. Un début de couinement plus loin, Rob Hall commence un set... dur à décrire. Crissement et enchevêtrement bruitiste mesurés à 8.7 sur l'échelle de Richter. Le public s'affole, affublant l'homonyme de l'alpiniste néo-zélandais de divers encouragements sonores. Même si nous esquissons quelques sourires, c'est plus par moquerie, avouons-le, que par approbation. Aucun de nous deux n'étant réellement fan d'électro expérimental noise à la Merzbow, nous éprouvons toutes les peines du monde pour rentrer dans l'univers d'un musicien semblant jouer sur un nerf et tirer dessus à vau-l'eau afin d'obtenir mille souffrances différentes. Nos tympans, eux, signalent qu'il est grand temps de choper un verre et d'aller respirer le grand air frais du cagibi-cendrier.

Réveillés par ledit trouble-fête et ses hurlements de machines, nous partons dans de folles discussions à l'étage, au bar à bulles - seule véritable innovation de La Machine - n'écoutant plus que vaguement les mélopées bruitistes s'extirpant d'enceintes omniprésentes. Et ce... jusqu'à ce que les ténèbres rampent et s'insinuent sous nos pieds. A peine le temps de se retourner, qu'une aube crépusculaire ronge la scène en irradiant le spectateur de son soleil noir. Comme un seul homme, nous dévalons les dédales d'escaliers pour nous approcher et tenter d'en voir plus... Peine perdue : Autechre - ou Ao-tek-er - ne laisse aucune place à l'interprétation visuelle de son set, laissant le public échafauder ses propres cauchemars sur des rafales sonores alliant à la magie de Roland TR-606 et MC-202 de puissantes boites à rythmes Machinedrum. Peu après cette tellurique introduction, les deux musiciens nyctalopes - bien qu'un seul apparaisse distinctement au centre de la scène - égrainent un condominium de nappes cristallines qu'ils dénaturent par la suite en le cisaillant de toute part, avant de le faire littéralement exploser dans une pluie de pierres précieuses frappant violemment le plancher. Rupture / break / assaut : on retrouve le style inimitable du duo de Sheffield que l'on considère trop souvent comme un sous-Aphex Twin. Preuve en est, ce soir Autechre ne souffre d'aucune comparaison, raclant le cortex cérébral d'un public abandonné aux froissements métallurgiques et polaires d'un live trouvant sa source entre le savant Draft 7.30 et le dernier né Oversteps.

A peine le show fini, nous nous extirpons d'une salle on ne peut plus blindée... Le jeu en valait-il la chandelle ? Pfff ... Demandez à tous les petits nippons qui plantent leurs tentes trois jours dans le froid avant la sortie d'un nouveau Final Fantasy. Vous verrez ce qu'ils vous rétorqueront.

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Warp : vingt ans d'histoire, deux mixes

warp-logoEn 2009, le label de Steve Beckett et de feu Rob Mitchell a fêté durant toute l'année 2009 et aux quatre coins du monde son vingtième anniversaire. De la même façon qu'en 1999, où Warp soufflait ses dix bougies en égrenant trois compilations majeures Influences, Classics et Remixes, asseyant Sheffield au centre de l'échiquier électronique, les compilations Chosen, Recreated et Unheard, présentées toutes trois l'année dernière, constituent tant une lecture réflexive de son passé qu'une vision prémonitoire d'un futur à inventer. A l'heure d'un troisième manifeste - après les compilations Artificial Intelligence I (1992) et II (1994) et celles précitées de 1999 - et à l'aune d'une importante série d'événements live - la tournée Warp 20 à Paris, Londres, Tokyo, Berlin - reste à savoir ce qui nous attend. Si le programme semble accessible et varié, n'en déplaise aux puristes, il reste attrayant et novateur. Visite guidée en deux mixes et détour par vingt ans d'histoire musicale.

"Sans Warp Records, je serais devenu un vieux grincheux débordant d'amertume et je vivrais dans un réfrigérateur. C'est vrai. Au milieu des années 90, la pop a failli me faire expulser de chez moi. [...] J'avais perdu tout désir de seulement écouter un disque. Je me sentais tellement découragé par ce médium qui se mordait la queue et ne circulait plus qu'en cercle restreint que mes écrits étaient devenus tristes et mornes. Ce qui signifie que les éditeurs n'eurent plus envie de me publier. [...] Je mentirais en disant que la séminale compilation Artificial Intelligence a immédiatement charmé mes perspicaces oreilles de critique. La vérité est vraiment ailleurs. [...] Mais l'idée de morceaux composés dans la perspective d'une consommation intime et contemplative - et non dans celle d'un partage communautaire entre raveurs et sueur - parlait d'or à la tendance misanthrope de mon caractère"
Kurt B. Reighley, Downtempo - Modulation - 2007, ed Allia p 217-p234

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Le label Warp fait partie de ces labels anglais qui, par leur démarche ingénieuse et minutieuse, ont façonné un pan entier de la musique contemporaine. Dans les années quatre-vingt -dix, signer sur Warp signifiait faire de la musique électronique difficile, d'une alchimie contrariant le mainstream et avariant le dancefloor. D'une certaine façon, Warp est à la musique électronique ce que Factory Records (1978 - 1992) fut pour le post-punk mancunien et Sarah Records (1987 - 1995) pour la twee-pop. A savoir, le presque dénominateur commun de tous les groupes gravitant autour de ces courants musicaux. Par l'intransigeance de leur démarche artistique, leur identité visuelle forte (Peter Saville pour Factory, the Designers Republics pour Warp) et la cohérence assumée de leurs sorties, ces labels sont devenus des références incontestées - sans être pour autant incontestables - tout en gardant de raisonnables distances avec les potentats internationaux de l'industrie du disque.

Ville autrefois reconnue pour son glorieux passé sidérurgique, Sheffield connaît en 1987 un des taux de chômage les plus élevés du pays. Margaret  Thatcher entame son troisième mandat. La désinsdustrialisation est menée à marche forcée, les syndicats sont brisés, l'acier sera désormais coulé en Inde. La jeunesse, dénuée de perspectives et enserrée de vastes espaces de métal moribonds, s'ennuie ferme. Elle va pourtant entrer en résistance. Si les abords de la ville ressemblent à un désolant paysage d'après guerre, la nuit aidant, l'amas de friches industrielles et de hangars à l'abandon se convertit en un formidable terrain de jeu et de danse. L'ecstazy se répand comme une tache d'huile à mesure que l'influence de l'acid-house, importée de Chicago, s'abat sans vergogne à coups de Roland TB-303 sur les dancefloors d'Albion. De nombreuses raves s'initient sur les ruines du capitalisme honni. Comme à Manchester, le phénomène prend une telle ampleur qu'une scène commence à émerger : le bleep anglais vient d'éclore. En 1987, Steve Beckett et Rob Mitchell tiennent la boutique FON, pour fuck of nazis, dans un hangar désaffecté, à savoir, un magasin de disques déclinant avant tout la bonne parole acid-house venue de Chicago, mais aussi celle, plus froide, professée à Détroit par le collectif Underground Resistance. 1989, les dés sont jetés : le duo fonde Warped Records (disques gondolés) qui deviendra très vite, par commodité de langage, Warp.

robandsteve2-oldSi la destinée de Factory Records reposait, peu ou prou, sur les épaules de Tony Wilson et d'Alan Erasmus, et que celle météorique de Sarah était portée à bout de bras par Clare Wadd et Matt Haynes, ce sont Steve Beckett et Rob Mitchell, qui à contre courant de l'agonisante madchester et des vagues techno house importées des US, décidèrent de lancer des artistes explorant une dimension déviante de la musique électronique, couplant l'intimité de l'écoute à la subversion des codes établis (harmonie, rythmes). Il y avait deux manières immédiates et spontanées d'appréhender la cohorte de laborantins visionnaires que trimballait Warp dans ses cartons : la première en n'y comprenant rien, telle une radicale étrangeté, à la fois magnétique et insupportable. La seconde, en disséquant tout, étirant les compositions et leur compréhension sur des bases quasi-scientifiques. Pour Sean Booth, moitié d'Autechre, cette alternative se retrouvait au coeur même de la création de ce que certains ont dénommé l'Intelligent Dance Music (IDM) : "Notre camarade Tom Jenkinson, qui enregistre sous le nom de Squarepusher, est autodidacte, mais en même temps il en sait pas mal. Et il est d'accord avec nous : soit tu sais tout, soit tu ne sais rien du tout. Il n'y a pas de juste milieu. C'est dans la recherche du juste milieu que les gens échouent." Aucune demie-mesure n'était donc concevable au moment-même où la décennie embrayait sur une simplification commerciale du fond et de la forme : l'ère du Beat opérait la jonction entre rock et techno (Prodigy), quand la techno elle-même se vidait de sa substance "en raison du nombre de plus en plus grand de morceaux interchangeables qui se contentaient de reproduire des formules codifiées : les rafales de Roland TR-808 et TB-303, les riffs ultra rapides de piano et les chants plaintifs de divas extraits arbitrairement de longs passages lyriques" (Kurt B. Reighley, précité).

C'est en ce sens que la carrière de critique de Kurt B. Reighley fut sauvée : il se heurta frontalement aux déclinaisons warpiennes d'Autechre à Aphex Twin, en passant par Boards of Canada ou Plaid, choc qui le ramena à la passion d'écrire et de s'émouvoir. Et c'est en ce sens que l'on peut lancer la question qui taraude le tout un chacun du milieu électro-techno : le label Warp n'est-il pas en train de cramer ce qui a fait son succès ? Par sa stratégie d'ouverture vers les continents pop, folk, rock ou hip-hop, et par une moindre radicalité dans le choix d'artistes signés, Warp ne tend-il pas vers une dilution de son identité originelle et donc vers un destin de plus en plus commun ? Warp, muni de son troisième manifeste lancé en 2009, est-il encore en mesure de provoquer l'attrait sans demi-mesure d'antan ? Si la réponse est sans doute dans la question, il n'y a aucune urgence pour jeter le bébé avec l'eau du bain : si le noyau originel se contracte, le champ des possibles, lui, s'agrandit.

Laissez vous guider en deux mixes - les fondations, les évolutions - qui, s'ils n'ont pas la prétention de l'exhaustivité, permettent un début de réponse. Après, à vous de faire vos jeux. Et pourquoi pas, de nous les exposer.

Audio

mix 1 : fondations


mix 2 : évolutions

Infos

artistes signés sur Warp

!!!Anti-Pop ConsortiumAphex TwinAutechreBattlesBeansBibioBoards of CanadaBroadcastBrothomstatesChris ClarkDrexciyaFlying LotusGravenhurstGrizzly BearHome VideoJamie LidellJackson & his Computer BandJimmy EdgarLeilaLfoLuke VibertMaxïmo ParkMira CalixNightmares on WaxPivotPlaidPlonePrefuse73Richard DevineRussell HaswellSquarepusherTim ExileTortoiseTwo Lone SwordsmenTyondai BraxtonVincent Gallo.


passé + présent = futur : warp 20, un nouveau manifeste : le tracklisting WARP20

warp20

chosen

chosen

disc 1: as chosen by fans
01 - aphex twin - windowlicker
02 - boards of canada  - roygbiv
03 - squarepusher - my red hot car
04 - battles - atlas
05 - lfo - lfo (leeds warehouse mix)
06 - plaid - eyen
07 - luke vibert - i love acid
08 - autechre - gantz graf
09 - jimmy edgar - i wanna be your std
10 - clark - herzog

disc 2: as chosen by Warp co-founder Steve Beckett
01 - broadcast - tender buttons
02 - squarepusher - my sound
03 - boards of canada - amo bishop roden
04 - battles - race : out
05 - flying lotus - gng bng
06 - black dog productions - xeper - carceres ex novum
07 - nightmares on wax - i'm for real
08 - mike ink - paroles (original)
09 - aphex twin - bucephalus bouncing ball
10 - jamie lidell - daddy's car
11 - squarepusher/afx - freeman hardy & willis acid
12 - seefeel - spangle
13 - autechre - drane

recreated

recreatedjpegDisc 1
01 - born ruffians - milkman/to cure a weakling child (originals by aphex twin)
02 - jimi tenor - japanese electronics (original by elecktroids)
03 - maximo park - when (original by vincent gallo)
04 - tim exile - a little bit more (original by jamie lidell)
05 - rustie - midnight drive (original by elecktroids)
06 - luke vibert - lfo (original by lfo)
07 - autechre - what is house? (flo remix) (original by lfo)
08 - russell haswell - cabasa cabasa (original by wild planet)
09 - clark - so malleable (original by milanese)
10 - diamond watch wrists - fool in rain (original by pivot)
11 - hudson mohawke ft. wednesday nite - paint the stars (original by jimi tenor)

Disc 2
01 - mark pritchard - 3/4 heart (original by balil - black dog productions)
02 - mira calix with oliver coates - in a beautiful place out in the country (original by boards of canada)
03 - pivot - colorado (original by grizzly bear)
04 - bibio - kaini industries (original by boards of canada)
05 - jamie lidell - little brother (original by grizzly bear)
06 - leila - vordhosbn (original by aphex twin)
07 - john callaghan - phylactery (based on tilapia by autechre)
08 - gravenhurst - i found the f (original by broadcast)
09 - plaid - on my bus (original by plone)
10 - seefeel - acrobat (original by maximo park)
11 - nightmares on wax - hey hey, can u relate

unheard

unherad01 - boards of canada - seven forty seven
02 - plaid - dett
03 - autechre - oval moon (ibc mx)
04 - elecktroids  - elecktroids bonus circuit
05 - vlark - rattlesnake
06 - plaid  - sam lac run
07 - nightmares on wax  - mega donutz dub
08 - nightmares on wax - biofeedback dub
09 - flying lotus  - tronix
10 - broadcast  - sixty forty
11 - seefeel - as link


LoneLady - Nerve Up

WARPCD186 Correct AGI gridPour en finir avec Joy Division… Non, Julie Campbell n’est pas la fille cachée de Ian Curtis. Et d’ailleurs mis à part le tracklist dont on retrouve dans les titres la même ambiguïté que dans ceux du groupe de Salford, la comparaison s’arrêtera là. On ressent bien entendu l’influence du chanteur maudit dans les textes de la jeune Mancunienne, mais son univers musical est plus à rapprocher de New Order période Movement ou Low-Life ainsi que des premiers PIL.
Ce n’est pas pour rien que Rob Ellis (PJ Harvey) et Guy Fixen (My Bloody Valentine) en ont fait leur protégée. Cette jeune femme frêle, légèrement androgyne et à l’apparence arachnéenne se construit une solide réputation en chauffant le public de la dernière tournée de The Wire, qui sentent le vent Post-Punk tourner dans sa mèche rebelle.
Cette LoneLady partage un timbre de voix que lui envierait la sus-citée Polly Jean et autre Siouxie, calme mais écorché, soufflant la douleur et attisant les larmes. Et c’est sur ce point que l’Anglaise marque ses points, s’éloignant de toute ré-édit, pré-fabric, sa voix chaude et subtilement éraillée dépareille des vaines tentatives de copie de hululements mortifères sans renier cette part d’obscurité qui l’habite (Fear no More), préférant se forger sa propre identité que de ressembler à un vague copycat.
Les mélodies explorent également un spectre assez large de sonorités s’étalant essentiellement sur la grande période post-punk eighties. Impossible de ne pas penser à Gang of Four!, A Certain Ratio, Suicide ou The Fall… Ces groupes que LoneLady affectionne tant et à qui elle rend de merveilleux et tragiques hommages à travers des futurs hits comme Intuition ou Cattletears. Comme il est bon de se fondre dans cette atmosphère fiévreuse où le rasoir semble avoir remplacé le médiator. Les riffs de guitares électrisants et crissants, généreusement enveloppés par les synthés qui jouent discrètement au second plan (Army), mais donnent cette teinte authentique et reconnaissable des années enfumées de la petite bourgade anglaise.
On se félicitera encore de cette trouvaille signée Warp, qui s’éloigne de plus en plus du bricolage electro-IDM pour nous proposer des artistes venus d’horizons très différents mais avec toujours cette pointe d'originalité. Et LoneLady de nous prouver qu’on peut sonner rétro tout en restant avant-gardiste.

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Lonelady - Immaterial

Tracklist

LoneLady - Nerve Up (Warp, 2010)
01. If Not Now
02. Intuition
03. Nerve Up
04. Early The Haste Comes
05. Marble
06. Immaterial
07. Cattletears
08. Have No Past
09. Army
10. Fear No More


On y était - Battles à l'Elysée Montmartre

battles4801Battles à la soirée WARP, l'Elysée Montmartre, Paris, 8 décembre 2009

J'avais vaguement traîné sur la page myspace de Battles quelques semaines plus tôt, c'est donc quasi-ignorante, que je me suis rendue à ce concert, assez friande que je suis de découvertes rafraîchissantes. Ouvrez les écoutilles, laissez-vous pénétrer... Hum. De Battles je ne connaissais donc rien. Hormis cette appartenance au label WARP qui, l'exigence et la "pointitude" mise à part, ne m'en contait pas plus. Après le très bruitiste duo Nice Nice et le dj set pour le moins déconcertant d'anachronisme de Four Tet (qui a essayé de nous faire croire qu'il était 3h du mat' et que la fête battait son plein, alors qu'il n'était que 21h ma gueule), Battles arrive, reprenez votre souffle.

Petit historique des familles : Battles se met au monde en 2006, se fend de quelques Eps, et d'un album Mirrorred en 2007, tout ceci qualifié par mes consorts journalistes de math-rock ou de post-rock. Vous savez ce genre un peu obscur et franchement 90's, avec des types bien allumés qui prolongent des riffs vaporeux et/ou râpeux sur des plages cds défiants les lois de la norme. Mais si, rappelez-vous Tortoise, et surtout Mogwai. Qu'est-ce que j'ai pu déprimer en écoutant Mogwai! C'était pas leur faute les malheureux, j'étais juste en pleine post-adolescence dans ces années là. Mais les influences de Battles sont plus bigarrées encore...

Sur scène en effet, la batterie de John Stanier se fait furieuse et sèche, quand on sait que ce monsieur a officié chez feu-les très énervés-Helmet, on n'en est plus surpris. Le chanteur, Tyondai Braxton, ajoute lui aussi une couleur à la bataille qui lorgne vers le free-jazz. Entre impro et effets distordus absurdes et complètement assumés, on croirait voir sourire les clowns moqueurs de Mr.Bungle et surtout les frappés de Primus. Cette facette-là, j'avoue j'aime bien. On est toujours dans les 90's, mais celles qui manquent un peu aujourd'hui. Osé et marteau.

Pour le reste, je suis restée sur le bord de la route, même si mes acolytes de show ont tout tenté pour me convertir. Les musiciens de Battles sont de vrais nerds, dans le bon sens du terme j'entends, et il ne fait aucun doute qu'ils se font foutrement plaisir sur scène, il n'y a qu'à voir le grand sourire de ce type au prénom imprononçable. Mais le côté "on s'fait un boeuf" sur scène remporte rarement mon enthousiasme, surtout quand il s'agit d'un genre qui ne me touche finalement plus beaucoup, les affres torturés de ma jeunesse, que je ne peux m'empêcher d'associer à ce son, depuis un (petit) moment dépassés.

Virginie.


Bibio - The Apple And The Tooth

584Autant le dire tout de suite, lorsque Warp présente un album comme le bon complément d'un disque préalablement sorti, on peut, sans dénigrer la qualité et l'originalité de l'artiste, sentir le coup fumant, l'effet d'aubaine que représente un succès d'estime encore récent. Utile  retour en arrière : Stephen James Wilkinson est un amoureux de la nature, habitant des West Midlands en Angleterre. Jusque là rien de très original. Le jeune homme va régulièrement pécher au Pays de Galle avec son père tout en s'éprenant de sons organique et d'ambiances éthérées propres au duo écossais Boards Of Canada. Là, tout s'emballe : de la pêche, il tire son nom de scène, Bibio, soit l'espèce de mouches utilisées par son père pour appâter la poiscaille, des promoteurs du mirifique Music Has the Right to Children (Warp - 1998), il extrait la substantifique moelle nécessaire à la mise en branle de sa démarche musicale. Lors de studieuses années londoniennes, il jette les bases d'une délicate et colorée "folktronica", subtil mélange de guitares folks estampillées sixties et d'expérimentations électroniques savamment texturées. Fort logiquement, le jeune homme trouve vite terre d'accueil sur l'aventureux label hip hop Mush Records, par le biais duquel il égraine une discographie éloquente, dont "fi" (2004) intronisé "album de l'année" par Michael Sandison himself, moitié de Boards of Canada. Dès lors, l'amitié qui se tisse entre les maîtres et le prodige aboutit à la sortie d'Ambivalence Avenue (mai 2009) sur Warp, label légendaire en pleine célébration de son vingtième anniversaire. Alliant de subtiles aquarelles sonores dignes des canadiens de Caribou, à la finesse d'arrangements remémorant un certain Kieran Hebden, alias Four Tet, Bibio obtient le statut incontestable de bande son de l'été pour tout amateur de mélodies rafraichissantes et aériennes (Haikuesque, Lover's Carving) matinées de divagations électroniques assumées (Sugarette, Dwrcan). Cinq mois plus tard donc, Bibio propose The Apple And The Tooth, dont la sortie est prévue le 16 novembre 2009, composé de quatre inédits et de huit remixes de morceaux présents sur Ambilence Avenue. Des quatre inédits, tout est à prendre, rien est à laisser. Plus que de ludiques face B, The Apple and the Tooth comme Rotten Rudd et Bones & Skulls perpétuent cette science du bricolage kaléidoscopique où de cristallines guitares s'entrechoquent harmonieusement à une litanie de beats aussi efficaces qu'inattendus. S'agissant des remixes, mis à part deux exceptions plus que notables - Haikuesque remixé par The Gentleman Losers et Lovers' Carvings retoqué par Letherette - rien de très marquant : dispensables sans être inécoutables. L'impression première est donc la bonne : ça sent le réchauffé. Mais six titres sur nike air max pas cher douze d'un tel brio, c'est déjà ça de gagné !

Thibault

Audio

Bibio - Bones & Skulls

Tracklist

Bibio - The Apple And The Tooth (Warp, 2009)

01. The Apple And The Tooth
02. Rotten Rudd
03. Bones & Skulls
04. Steal The Lamp
05. S'vive (Clark Remix)
06. Sugarette (Wax Stag Remix)
07. Dwrcan (Eskmo Remix)
08. Lovers' Carvings (Letherette Remix)
09. Haikuesque (the Gentleman Losers' whispers in the rain mix)
10. All The Flowers (Lone Remix)
11. Fire Ant (Keaver & Brause Remix)
12. Palm Of Your Wave (Bibio Remix)


Grizzly Bear - Two Weeks

Two Weeks, clip du premier single du déjà meilleur album de l'année "Vectamitest" selon la presse bien pensante, où les membres de Grizzly Bear se font tirer le portrait façon tête à claque. Cette vidéos, réalisée par Patrick Daughters, vidéaste attitré des stars de l'antinomique "indie-pop"  et à qui l'on doit notamment  le clip de Feist, dansant une indigne macarena ou, plus récement, le dernier  Depeche Mode, est dans la lignée de ce que le californien  nous a gratifié jusqu'alors : des prouesses techniques au détriment de l'Idée.

Video


Clark – Growls Garden (Warp, 2009)

clarkarchivesLe dernier effort de Clark, Turning Dragon (Warp, 2008), avait marqué un net virage dans la discographie de l'anglais. Chantre d'une IDM arythmée et faisant la part belle à de grosses nappes mélodieuses, Clark a semble-t-il fait évoluer sa musique pour un impact plus immédiat, plus « dancefloor ». Qu'on ne s'y méprenne pas, l'expérimentation est toujours au rendez-vous (Warp oblige). Comme sur Turning Dragon, les morceaux sont à la pointe des techniques de production moderne des musiques éléctroniques : cuting et glitching désossent les structures binaires des morceaux pour un rendu complexe, parfois déroutant. Ce Ep 6 titres peut tout aussi bien être considéré comme un document compilant tous ce qu'a pu faire Clark dans une passé plus ou moins proche (les morceaux The Magnet Mine ou Farewell Mining Town) que comme l'annonce d'une future sortie prévue fin 2009 laissant présager de nouvelles sonorités (les deux titres chantés : Growls Garden et Gong Roughage).

Nicolas

MP3

Clark - Grolwls Garden

TRACKLIST

Clark – Growls Garden (Warp, 2009)

01. Growls Garden
02. The Magnet Mine
03. Seaweed
04. Gonk Roughage
05. Distant Father Torch
06. Farewell Mining Town