The Black Box Revelation l’interview

En ce mercredi 14 avril de l’an 2010, c’est le coeur battant, les jambes tremblantes, les mains moites et les ongles rongés que je me dirige vers le Point Ephémère pour y mener ma première interview. En avance, je décide de me consacrer à quelques préliminaires destinés à me détendre. Direction le bar, donc, pour tenter d’y trouver un remède à mon stress. J’hésite longuement entre une bière et un shot d’alcool à brûler pour opter finalement pour la première solution – n’est pas Hunter S. Thompson qui veut. Dehors, les yeux noyés dans le canal, je pense un instant à m’y jeter, mais… hum, qu’est-ce qui flotte, là, un rat mort ? Bon. Un tenage (oui, du verbe « tiendre ») de flash pour une séance photo plus tard, c’est déjà mon tour. Gasp.

J’annonce d’entrée à Dries-le-blond-trapu-hyperactif et à Jan-le-grand-brun-dégingandé qu’ils sont l’objet de ma première interview ; ils s’empressent de me rassurer à coups de grandes tapes dans le dos (bon, j’exagère un peu, mais leurs regards rassurants me font le même effet qu’une grande tape dans le dos). Armée d’un accent anglais digne d’une vache espagnole – j’ai renoncé à apprendre le flamand -, je me lance…

Mais avant de commencer, petit rappel de l’épopée de The Black Box Revelation. Déjà forts de deux albums studio (Set Your Head On Fire en 2007 et Silver Threats en 2010), Jan Paternoster et Dries Van Dijck, la vingtaine à peine soufflée, parcourent depuis plusieurs années les routes européennes et américaines en distillant leur blues-garage aux influences aussi classes que le Black Rebel Motorcycle Club et les White Stripes. Leur deuxième album, sorti il y a quelques mois (chronique), marque une évolution vers la maturité et la diversification des styles avec un virage psyché extrêmement bien maîtrisé. Voilà pour le décor.

bbr-itw-5-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Vous avez commencé à jouer ensemble il y a longtemps ?
Dries (batterie) : Avec The Black Box Revelation, nous jouons ensemble depuis cinq ans déjà, mais avant nous étions tous les deux dans un autre groupe, avec le frère de Jan et un autre ami. Donc en fait nous jouons ensemble depuis sept ans, peut-être huit.

C’était un choix de former un groupe à deux ou ça s’est fait par la force des choses ?
Jan (guitare et chant) : Nous avons commencé dans un groupe composé de quatre membres, avec lesquels on a joué de la pop ordinaire pendant un ou deux ans. On venait de commencer à faire de la musique et ce n’était pas vraiment le style vers lequel on voulait aller. On a senti que si on commençait à jouer en tant que duo, juste moi et Dries, on pourrait commencer à faire un genre de musique différent, plus bluesy. C’était vraiment ce que l’on voulait.

Vous n’avez pas besoin d’un bassiste…
Jan : Non.
Dries : Non, pas du tout.
Jan : Nous n’avons jamais joué avec un bassiste. On pense qu’on a plus de liberté comme ça. Nous n’avons pas à partager notre espace avec quelqu’un d’autre, nous pouvons tout faire à deux. C’est bien, c’est une sorte d’aventure parce qu’on doit créer un mur du son juste à deux. C’est un risque à prendre : on peut ne pas produire assez de son, ou devoir jouer quelque chose différemment pour y parvenir ; on est obligé de devenir de meilleurs musiciens. Du coup, c’est tout le temps nouveau et fun.

Vous êtes très jeunes, vous avez déjà sorti deux albums, vous passez beaucoup de temps sur la route… Est-ce que c’est la vie que vous vouliez ?
Dries : C’est plutôt un rêve qui se réalise. Notre première tournée, il y a deux ans, c’était vraiment ça : faire beaucoup de concerts, enregistrer notre premier album… C’est la vie que nous voulons avoir, nous aimons ce que nous faisons.
Jan : A l’origine, on ne pensait pas pouvoir faire des tournées, devenir des musiciens professionnels et vivre de notre musique. Mais à partir du moment où on a commencé à jouer, c’est devenu de plus en plus grand, et on a compris que si on travaillait assez dur on pourrait faire ce dont on avait vraiment envie.
Dries : Au début, on pensait qu’on resterait un petit groupe, qu’on ferait juste des tournées en Belgique, dans des petites salles, mais on avait déjà envie d’aller partout en Europe.

Sur vos deux albums, on sent deux influences majeures : Black Rebel Motorcycle Club surtout, et les White Stripes aussi. Est-ce que c’est conscient ? Quelles sont vos autres modèles ?
Jan : Nous apprécions Jack White et tout ce qu’il fait, mais nous ne tenons pas absolument à jouer comme lui ni comme quelqu’un en particulier. Il n’est pas le seul que nous aimons : nous adorons aussi les Rolling Stones, Black Rebel Motorcycle Club en effet… Black Mountain, The Black Angels…
Dries : Beaucoup de groupes.
Jan : Notre musique, c’est un peu de chacun de ces groupes.
Dries : Et nous aimons tous les genres de musique. Nous sommes aussi influencés par le hip hop. C’est important pour avoir le bon groove.

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Comment décririez-vous votre style ? On parle à votre propos de garage, de blues, de psychédélisme…
Dries : C’est ça !
Jan : Le premier album était plus général, plus bluesy-garage, plus monolithique. Maintenant nous avons développé notre style en tant que musiciens, et notre musique est devenue plus psyché-bluesy, plus atmosphérique, avec plus de groove.
Dries : C’est plus original aussi, sur le deuxième album. C’est quelque chose de nouveau.

J’ai vu que vous enregistriez vos albums dans l’urgence. C’est pour garder l’énergie du live ?
Jan : Avant d’entrer en studio, nous nous assurons que nous savons ce que nous voulons y faire parce que nous ne voulons pas perdre de temps quand nous enregistrons. Si tu enregistres toutes les chansons d’un album en une ou deux semaines, tu gardes une espèce de pression, une bonne pression, qui te donne de l’adrénaline. Tu es meilleur si tu restes vraiment dans l’ambiance de l’enregistrement, si tu ne te disperses pas.

C’est plus créatif de faire ça en peu de temps ?
Dries : Oui, mais nous passons quand même beaucoup de temps à faire la pré-production. Avant d’entrer en studio, nous connaissons déjà la structure des chansons et la façon dont nous allons les enregistrer. Une fois que nous y sommes, nous ne perdons pas de temps à réfléchir à ça, nous avons juste à essayer de faire la bonne prise.
Jan : Nous passons beaucoup de temps uniquement à travailler le son, à vérifier que le groove est bon. Dans un studio, tu as beaucoup de choix à faire, beaucoup de micros différents, de compresseurs, etc. Il faut utiliser le bon. Le processus créatif se fait donc plutôt avant d’entrer en studio. Pendant l’enregistrement, c’est plus technique, mais c’est toujours créatif car beaucoup d’éléments entrent en jeu.

Vous composez la musique ensemble ?
Jan : J’arrive avec des démos, parfois acoustiques, parfois électriques. D’autres fois nous commençons juste à jouer ensemble une nouvelle chanson et nous regardons ce qui se passe. Si on y pense trop, ce n’est plus naturel, et nous voulons que notre musique soit aussi dépouillée que possible, donc nous préférons laisser les choses arriver. Puis nous commençons à travailler la structure.

Jan, c’est toi qui écris les paroles ?
Jan : Oui. Parfois, avant la musique, mais 90% du temps, je le fais après, parce que tu crées un son, une ambiance particulière, et ça a une influence sur les paroles. La musique elle-même raconte une histoire ; grâce aux paroles, on peut seulement mieux l’exprimer, en mettant des mots dessus.

Dries, tu ne ressens pas le besoin d’écrire ?
Dries : Non. J’ai essayé une fois, pour un album de remixes, mais ce n’était pas terrible. C’était dans le genre : « Hey, je marchais dans la rue, yeah man… » (Il commence à chanter en poussant des rugissements.)

Êtes-vous déjà en train de travailler sur un troisième album ?
Dries : Non, pas encore.
Jan : Non. (Rires.)
Dries : On a peut-être quelques idées mais…
Jan : Oui, quelques idées, mais on n’a pas commencé à travailler dessus. Dans un ou deux mois, je pense que nous nous y mettrons. Nous avons passé beaucoup de temps sur le deuxième album et pour l’instant, nous voulons juste prendre un peu de temps pour écrire, être sur la route et nous amuser. Le reste c’est pour le futur.
Dries : Futuuuuuuuur ! (Hum, je crois que Monsieur L’Hyperactif commence à en avoir assez de rester assis.)

A part ça, est-ce que vous auriez envie de travailler ou d’enregistrer avec quelqu’un en particulier ?
Dries : Jay-Z, oui ! Avec Jay-Z ce serait sympa, mais nous ne sommes pas assez célèbres pour lui.
Jan : On l’a rencontré dans un festival belge, il est vraiment gentil. Sinon, Iggy Pop, peut-être. Nous jouons avec lui à Lille dans deux jours. Je suis vraiment curieux de voir comment il est, si c’est un mec sympa ou pas. Peut-être qu’on enregistrera une chanson ensemble à Lille.
Dries : Yeah !

En tout cas vous n’êtes pas contre le fait d’enregistrer un morceau avec quelqu’un d’autre, pas seulement tous les deux…
Jan : A chaque fois qu’on nous l’a proposé, on a dit non, parce qu’on pensait que c’était trop tôt. Nous voulions d’abord…
Dries : … développer notre propre son.
Jan : Oui, avoir d’abord notre propre son, reconnaissable par les gens. En travaillant avec d’autres artistes, on n’aurait pas vraiment fait notre propre truc. Maintenant nous faisons vraiment ce que nous voulons, nous sommes prêts.

Avez-vous d’autres projets en dehors de ce groupe ?
Jan : Non. Enfin, juste un… Nous avons enregistré un album de remixes, juste après le premier album. Nous nous sommes bien amusés avec les ordinateurs, mais nous ne savons pas vraiment comment ça marche. Nous étions curieux de savoir pourquoi autant de groupes font de la musique électronique donc nous avons essayé nous-mêmes. C’est assez difficile, mais c’est amusant. Mais les ordinateurs…
Dries : … ce n’est pas vraiment notre truc.
Jan : Ça prend trop de temps de faire quelque chose de bien. Il faut toujours chercher le bon son, comprendre comment le programme fonctionne, etc. Avec les instruments c’est beaucoup plus pur, on est face à face, on joue ensemble… c’est de la musique.

Je dois avouer, au risque de paraître ringarde, que je suis bien d’accord avec eux.

Merci à Jérémy de chez Pias et à Hamza pour la traduction.