Sourdure – lo mes de mai, lo mes d’abrieu

Dans le cadre du Sonic Protest – festival parisien de fabuleux défricheurs, courant les deux premières semaines d’avril – Hartzine s’est porté volontaire pour anoblir une poignée de groupes du festival. La première salve portait sur les singuliers Rien Virgule, on s’attarde ici sur le projet solo d’Ernest Bergez – moitié de Kaumwald – Sourdure.

On a déjà pas mal écrit sur Sourdure – couramment révéré par la presse française depuis que le Lyonnais parcourt les scènes du pays, accompagné de son violon. Cela fait un peu plus de deux ans maintenant qu’Ernest Bergez répand ses ritournelles brisées, basées sur la langue d’oc, ancien langage de troubadours du tiers sud de la France, qu’il exploite ici d’une allure parfaitement psychédélique. Les vieux thèmes de son endroit, repris et salis, proviennent d’un répertoire oublié: des chants traditionnels d’Auvergne qu’il n’a eu de cesse de confronter aux sons durs et déviants de son pléthorique arsenal électronique.

C’est-à-dire que Sourdure laisse le violon s’animer tout en gorgeant ses pistes de matière, de solide, de sonorités extatiques. Son premier album, La Virée, en est le superbe témoin, et notamment ce titre, joana d’aime – lo mes de mai, lo mes d’abrieu, qui se perd petit à petit dans un tumultueux dédale doré: une hallucination qui gonfle comme une bulle de savon, démesurément grande, prête à exploser, qui s’emplit de lumière et chaleur à mesure qu’elle enfle, insatiablement. S’opère alors cette sensation ma foi remarquable : la rencontre entre la charge boisée, chaleureuse et infinie du violon, cette voix agile qui s’extrait des âges et s’enroule dans l’espace, et cette plage bourdonnante et grisonnante, qui s’amplifie seconde par seconde. Quelque chose de parfaitement sérieux se met alors en place, comme un moment-clé, une certitude de souveraineté, une ancestrale volonté de souvenir.

Le premier album d’Ernest Bergez, sorti chez Tanzprocesz, mi-2015, collectionne donc ces multiples rencontres entre le passé et le présent, entre le traditionnel et l’expérimental, et c’est en live qu’il faut véritablement le capter. Sentir le parquet vibrer sous ses coups de talon tout en se laissant porter par les ondes du violon: c’est là que la musique de Sourdure s’élève et s’envole, prend toute sa mesure. Ça tombe bien, il sera à l’affiche à Paris, ce mercredi 6 avril, en compagnie des consacrés Ellen Fullman et Wiliam Basinski, dans le cadre du Sonic Protest.

On fait d’ailleurs gagner des places pour le festival ici.

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