Ok Go - Of The Blue Colour Of The Sky

okgo_cover_hiresComme vous peut-être en ce moment même, Ok Go ne me disait rien. Alors, j'ai fait ce que vous attendez de moi. J'ai consciencieusement écouté leur troisième album. Pas vraiment convaincue par le début, je me laisse conquérir (mollement tout de même) par Skyscrapers, et par ce qui suit. Allant jusqu'à accompagner mes déplacements dans le réseau tentaculaire du métro des ritournelles lascives qui font "Oh sugar, oh sugar" (parfois je ne me comprends pas moi-même). La raison de mon obstination à écouter cette gentille soupelette pour pique-niques boboesques au bord du canal Saint-Martin ? Je n'arrivais pas à mettre le doigt sur l'autre groupe auquel ces sympathiques Américains me faisaient penser. Cette voix de mâle qui s'échine à grimper dans les aigus, ces arrangements typiques d'un rock californien détendu de la planche de surf, nom de nom ! Bien sûr les Beach Boys nous rient au nez à l'écoute de deux secondes et demi de Ok Go... Mais plus récemment, les Gallois bien frappés de Super Fury Animals nous ont gratifiés de ce genre de pop ensoleillée avec comme seule ambition de produire du bien-être en barres à leurs auditeurs en mal d'amour et de massage.
Ok Go se situe sur ce créneau. C'est du moins ce que je croyais, jusqu'à ce que Oh surprise ! J'aille faire un petit tour sur leur site internet et que je ne découvre, avec une stupéfaction entrecoupées de grosses rigolades, ce que ces gars-là manigancent en loucedé dans leur garage après avoir fait genre "on est un groupe tout à fait normal normal". Si je vous dit "chorégraphie sur tapis-roulant" je suis sure que ça fait tilt. Et oui, ce clip complètement zinzin et savamment chorégraphié, c'était eux ! Mais il ne s'agit pas d'une simple toquade enfantée un dimanche de pluie ! A la lumière de leur foisonnante collection de vidéos, toutes plus délirantes et geeks les unes que les autres, il apparaît sans aucun doute possible que Ok Go fait de la musique à seule fin de pouvoir réaliser des performances filmées (et des chorés dignes de tous les boys bands de la planète) ! Pour preuve de cette théorie un brin tirée par les veuches : la vidéo de This Too Shall Pass, véritable bijou pour amateur de dominos, préparée pendant trois mois et filmée en un seul plan séquence. S'en est suivi un concours faisant appel à la créativité de leur fans qui semblent tout aussi atteints de geekitude et décidés à participer à ce curieux projet musicalo-youtubesque.
Tout ça pour quoi ? Et bien, quand on voit que Here It Goes Again sur les tapis roulants a été visionnée à peu près 50 millions de fois (!!!) on comprend mieux l'entreprise fofolle derrière ce groupe à l'apparence anodine et bien coiffée. S'il existait un prix du buzz marketing musical, Ok Go le remporterait haut-la-main ! Mais n'y voyez pas une critique acerbe. Je suis sincèrement partagée entre stupeur et admiration ! Tant de travail et d'énergie (et de chorés cent fois mieux maîtrisées qu'à la starac avec Kamel Ouali) consacrée à ce projet ne peuvent qu'épater l'assistance. Of The Blue Colour Of The Sky ne révolutionne strictement rien. Mais s'écoute avec simplicité, et devrait ravir les kékés qui veulent serrer des meufs dans les soirées. Et ça. c'est déjà pas mal.

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Ok Go - End Love

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Tracklist

Ok Go - Of The Blue Colour Of The Sky (Capitol, 2010)

1. WTF?
2. This Too Shall Pass
3. All Is Not Lost
4. Needing/Getting
5. Skyscrapers
6. White Knuckles
7. I Want You So Bad I Can't Breathe
8. End Love
9. Before the Earth Was Round
10. Last Leaf
11. Back From Kathmandu
12. While You Were Asleep
13. In the Glass


Dum Dum Girls - I Will Be

dumdumOn aurait tôt fait de ranger I Will Be des Dum Dum Girls sur la même étagère que les innombrables singles de Best Coast parus depuis l'année dernière. A savoir, coincé entre une édition vieillotte d'Ask the Dust de John Fante et une anthologie époussetée de la surf music des années cinquante. A dire vrai, c'est ce que j'ai fait, rapprochant sans une once de doute les saturations sourdes de Bethany Cosentino à celles éraillées du combo de Kristin Gundred, élégante brune à la peau diaphane, se faisant désormais appeler Dee Dee. Toutes deux citoyennes de la Cité des Anges, je me figurais, en fermant les yeux, cette ville fournaise que le désert tente de coloniser, ce Los Angeles flétri d'Arturo Bandini et de son Bunker Hill poussiéreux où "le long des bicoques en bois mangées par la suie, les palmiers sont étouffés par le sable, le pétrole et la crasse, ces palmiers si futiles qui se tiennent là comme des prisonniers moribonds, enchaînés à leur petit bout de terrain, les pieds dans le goudron." A l'instar de la branleuse invétérée de Best Coast, désireuse d'écrire encore et encore "des chansons sur l’été, le soleil et l’océan”, et de leurs turbulents amis Wavves et No Age, je m'imaginais les Dum Dum Girls, et leur premier LP sorti le 06 avril dernier sur le label Sub Pop, comme les derniers avatars d'une résistance toute Pacific à Big Apple et à son incandescent rayonnement culturel. A tort.

C'était sans compter l'attrait de Dee Dee pour la nuit new-yorkaise et son underground obnubilant : “I Will Be n’est pas totalement à l’image de Los Angeles, parce que je ne suis pas moi-même à l’image de cette ville. (...) J’aime quand il fait gris, qu’il pleut, quand les choses changent du jour au lendemain, qu’il faut s’adapter. Là-bas, il fait beau tout le temps et il suffit de se laisser porter.” Exit donc le soleil et son groupe d'alors, Grand Ole Party, au sein duquel elle chantait en jouant de la batterie, et première rencontre loin de sa terre natale : Mike Sniper, increvable activiste aux mille projets parmi lesquels Blank Dogs, caverneux groupe de synth-pop et Captured Tracks, effervescent label basé à Brooklyn. De cette collision de talents naît une éphémère collaboration, The Mayfair Set, où les guitares de Dee Dee se refroidissent au contact des claviers nauséeux de Sniper. Malgré un lot non négligeable de bons morceaux (Junked, Dark House, Three For Me), l'EP Young One passe quasiment inaperçu en novembre 2009, à l'heure des bilans et de la consécration des hippies hypes collectifs. Mais l'insatiable Kristen avait déjà embrayé la seconde avec Frankie Rose, autre connaissance new-yorkaise, qui n'est autre que la batteuse des Crystal Stilts et la cofondatrice des Vivian Girls. Forte d'une myriade de chansons aux réverbs crasses et à l'électricité moite, Dee Dee la débauche en plus d'une amie de son musicien de mari, Brandon Welchez, chanteur-programmeur des Crocodiles. Les Dum Dum Girls prennent alors rapidement leur envol autour d'une relecture itérative de morceaux déjà composés dont Blissed Out, cassette sortie en début d'année via le label Art Flag, en est l'émanation. Pas franchement renversante, cette collection hétéroclite de chansons bancales et distordues contient cependant quelques pépites noise dont le saignant Catholiced et le naïf Mercury Mary. La reprise Throw Aggi Off the Bridge, scelle par ailleurs une communauté d'esprit rêvée entre elles et les Black Tambourine, groupe shoegaze du début des années 90 parmi les premiers à avoir signé sur le légendaire label Slumberland Records (Velocity Girl, Stereolab, St. Christopher).

En enrôlant sans coups férir les demoiselles, au nom en forme d'hommage à The Vaselines et leur album Dum Dum sorti en 1989 sur Sub Pop, ledit label se doutait fort bien qu'en plus de perpétuer un certain héritage maison, il s'offrait l'un des groupes féminins capable de conjuguer avec le plus de justesse romantisme twee-pop et fièvre shoegaze. Évoquant par leurs guitares abrasives le défunt mouvement riot grrrrrl, les Dum Dum Girls ne se démarquent pas moins du punk féministe tant par la teneur émotive de leurs morceaux que par une recherche constante d'harmonies et de mélodies faisant d'I Will Be un disque à l'efficacité pop et à la production lo-fi hautement réfléchie. C'est en ce sens que Kristin Gundred s'est entourée de Richard Gottehre (Blondie, The Go-Go’s), lui assignant la difficile mission "d'associer le côté noisy des guitares à une certaine clarté du chant". Ne s'embarrassant que de l'essentiel, entre couplets, ponts, refrains et crépitements, le pari est dans sa globalité tenu sur les trente-deux minutes pour onze chansons que compte l'album. Débutant sur les chapeaux de roues avec It Only Takes One Night et son rythme binaire échevelé, on se laisse très vite engrener jusqu'au trépident single Jai La La et ce malgré une faute de parcours évidente - le pénible Bhang Bhang, I’m a Burnout. Si Jai La La et Yours Alone font figures de tubes garage en puissance, entre grammaire rock minimale et refrains entêtants, Blank Girl constitue le véritable sommet de l'album. Chanté en duo avec son mari, la grâce romantique qui s'en dégage fait inévitablement penser aux canons sixties d'une surf music au son vaporeux. S'ensuit I Will Be qui, de la même manière qu'Everybody’s Out un peu plus loin, enroule de frémissantes guitares à l'impureté chaleureuse autour d'une rythmique galopante quand la voix chaloupe l'oreille d'une beauté savamment réverbérée. La volubile ballade dénuée de batterie, et assurée seule par Dee Dee, clôt I Will Be sur une touche mélancolique gravement magnifiée de cordes à peine effleurées. Qu'on ne s'y trompe pas, malgré sa brièveté et son dépouillement un tant soit peu clinique, il faut rendre à Dee Dee ce qui est à Kristin : un excellent disque et une route toute tracée dans cette fascinante Amérique. La belle a d'ailleurs créée son label : Zoo Music. I Will Be porte bien son nom.

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Dum Dum Girls - Blank Girl
Dum Dum Girls - Throw Aggi (Black Tambourine cover)
Mayfair Set - Three for Me

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Tracklist

Dum Dum Girls - I Will Be (Sub Pop, 2010)

1. It Only Takes One Night
2. Bhang Bhang, I’m a Burnout
3. Oh Mein M
4. Jail La La
5. Rest of Our Lives
6. Yours Alone
7. Blank Girl
8. I Will Be
9. Lines Her Eyes
10. Everybody’s Out
11. Baby Don’t Go

Dum Dum Girls - Blissed Out (Art Flag, 2010)

01. Ship Of Love
02. Hey Sis
03. Throw Aggi
04. Catholicked
05. Let It Be Me
06. Mercury Mary
07. Brite Futures
08. Put A Sock In It
09. M.Y.O.B.
10. Longhair
11. Dream Away Life

The Mayfair Set - Young One (Captured Tracks, 2009)

1. Junked
2. Let it Melt
3. Dark House
4. Three for Me
5. I’ve Been Watching You
6. Cease to Be


The Fall – Our Future Your Clutter

thefall_yourfutureRessortez les maillots de Manchester United et faites pleuvoir la binouse, car Mark E. Smith ne s’est pas loupé cette fois. Le plus casse-couille des post-punks aurait enfin trouvé la formule pour pondre un bon disque, mais ne le criez pas trop fort car au pire l’irascible leader ne vous aime pas et creusera votre tombe, au mieux, il vous apprécie et vous niquera seulement les dents de devant. Bienvenue dans l’univers méprisant du groupe le plus mésestimé d’Angleterre.
The Fall ou plutôt Mark E. Smith, a beau peser trente ans de carrière, avoir traîné ses guenilles auprès de Tony Wilson, Joe Strummer ou encore divers hôpitaux psychiatriques… La reconnaissance reste mitigée. Hissé au rang de légende par ses enfants spirituels, The Fall livre sur Our Future Your Clutter une énergie brute et marque un retour aux sources avec ses titres heavy-punk aux flux tendus (O.F.Y.C. Showcase, bury pts 1 & 3) et ses expérimentations plus inattendues comme sur Weather Report 2, où vrillage est synonyme d’incursion de sonorités électro-indus pour un final diabolique. Après un Imperial Wax Solvent déjà appréciable, Smith semble prompt à récupérer sa couronne et à botter le cul d’Art Brut, Franz Ferdinand et autres Arctic Monkeys… Ceux-là n’ont qu’à bien se baisser, le talon de l’ombrageux chanteur est près à botter leur petit cul rose. Mais après une trentaine d’albums dans la tourmente, The Fall sera-t-il assez membré pour se hisser sur le trône ? Vous plaisantez ? Hot Cakes à lui seul défroque tous les jeunes puceaux du rock qui se prennent pour des étalons. Mark E. Smith colle son spoken-word colérique et légendaire sur une rythmique guitare-basse-batterie stridente et incendiaire, et pas si éloignée des Clash. Le morceau de choix reste Chino rappelant les délires spasmolytiques du groupe, comme sur l’intro de I am a Kurious Oranj ou l’album Shift-Work. Coincé entre crissements de machine, mélodie sobre mais distordue, vieux matos grésillant et voix totalement monocorde, Chino fascine par son étrangeté lynchienne et sa rythmique nerveuse.
Pas moyen d’enterrer celui qui fut affublé du titre de plus grand Mancunien de tous les temps par la citoyenneté de Madchester. Et ce n’est pas le nihilisme sur le fil du rasoir de ce Our Future Your Clutter qui leur donnera tort. Après tout, comme le titrait très justement une compilation du groupe : 50,000 Fall fans can’t be wrong. Plus de trente ans de chute et ça ne fait que commencer. Les papis font toujours de la résistance.

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The Fall - bury pts 1 & 3

Tracklist

The Fall – Our Future Your Clutter (Domino, 2010)

1. O.F.Y.C. Showcase
2. Bury pts 1 & 3
3. Mexico wax solvent
4. Cowboy George
5. Hot Cake
6. Y.F.O.C / Slippy floor
7. Chino
8. Funnel of love
9. Weather report 2


We Have Band l'interview + Session

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Venus à Paris promouvoir leur premier album, précédé d'une brouette d'EP's sur lesquels nous avons tous dansé à différents degrés d'alcool dans le sang, le trio We Have Band (sans triolisme aucun, bande d'obsédés) nous a fait le plaisir de répondre à une mini interview comme nous en avons le secret. Et de nous improviser une session acoustique, mini elle aussi, avec Divisive et WHB en mode détendu de la gratte. Leur album est sorti le 6 avril, et ils seront en concert à Paris le 16 avril, ne les ratez pas !

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Bonus


The Radio Dept - Clinging To A Scheme

coverA Lund, en Suède, on laisse le temps au temps. En 1995, deux amis de longue date, Elin Almered et Johan Duncanson, charrient l'aurore boréale et forment The Radio Dept, sorte de collectif pop à géométrie variable, ne posant sa première pierre discographique que sept ans plus tard et trois maxis anonymes plus loin sur l'infinitésimal label Slottet. Malgré cette relative passivité, les Suédois tutoient la gloriole, presque inopinément, onze ans plus tard, profitant d'une double aubaine circonstanciée : l'estimé label pop de Stockholm, Labrador Records, leur offre la possibilité de sortir un album aux influences shoegaze assumées, Lesser Matters (2003, Labrador), jetant les bases d'un revival du même nom, quand Sofia Coppola pioche dans ledit album pour sertir sa Marie-Antoinette (2006) d'un joyau pop à l'électricité diffuse du plus bel effet. Le hasard faisant bien les choses, leur second album, Pet Grief (2006, Labrador), parait dans la foulée d'un succès déjà bien taillé au-delà de leurs frontières. Par ses ambiances contrastées, où une irrépressible mélancolie se pare d'atours nettement moins redevables à la bande de Kevin Shields, Pet Grief convertit avec une indéniable subtilité la bruyante déclaration d'intention que constituait Lesser Matters. Précisément là où My Bloody Valentine et consorts se contentent d'assourdir et d'assaillir l'auditeur de corrosives nappes de guitares saturées, The Radio Dept enfonce les portes célestes de son imaginaire pour égrainer une pop onirique jonglant habilement entre le souffle terrestre de distorsions anémiées et la candeur spectaculaire de synthétiseurs aériens. Et depuis, peu ou sinon rien : une apparition lors de l'édition 2007 du Midi festival et le maxi Freddie And The Trojan Horse (2008, Labrador) ne peuvent qu'imparfaitement contenir à eux seuls l'ardente attente d'un troisième effort dont l'annonce fut quelque peu prématurée via le single David en juin 2009.
Tel un doux euphémisme s'échappant de mes lèvres, inutile de dire que Clinging to a Scheme, à paraître finalement le 21 avril prochain, mettra tout le monde d'accord. Décrit par ses auteurs comme "arty et étrange", le successeur de Pet Grief taille son émérite évidence dans une dream-pop pétrie de multiples horizons rythmiques. Si la stellaire introduction, Domestic Scene, se passe de beat pour mieux insinuer sa vaporeuse élégance, Heaven's on Fire ne s'embarrasse pas de telles précautions pour marteler son groove symphonique. Un sample de Thurston Moore appelant à détruire le "processus capitaliste qui vérole la culture adolescente", ouvre le morceau jusqu'à ce que Johan Duncanson reprenne de son timbre doucereux cette mélopée de haute volée aux synthés carillonnants et aux cuivres conclusifs. This Time Around et son rythme concassé chasse volubilement sur les terres d'Electric President quand le clavier de Never Follow Suit emprunte au répertoire reggae le plus basique pour poser les fondations d'un des sommets de l'album : tout n'est alors que justesse d'instrumentation, perfection des arrangements et suspension des vocalises. Choses que l'on retrouve dès A Token of Gratitude et son ode spectrale à l'apesanteur. The Video Dept reprend, dans un brouillard à peine dissipé, les fulgurances shoegaze d'antan, pour une escapade contrite sur les berges d'une nostalgie vitupérée, savamment mise en abîme sur l'éthéré Memory Loss. S'ensuit l'ondoyant David et l'instrumental Four Months in the Shade, telles deux évocations d'hybridations propres au groupe, entre pop chaloupée et incandescente divagation triturée d'effets. You Stopped Making Sense, dont la basse évoque le passé proche des américains de Yo La Tengo, conclut en points de suspension l'évanescent Clinging to a Scheme, dont on ne regrettera au bout du compte que l'atmosphérique célérité. L'excellence à un prix : la rareté. A nous donc d'apprécier ce disque à sa juste valeur, en laissant du temps au temps.

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The Radio Dept - A Token of Gratitude

Tracklist

The Radio Dept - Clinging to a Scheme (Labrador, 2010)

1. Domestic Scene
2. Heaven's on Fire
3. This Time Around
4. Never Follow Suit
5. A Token of Gratitude
6. The Video Dept.
7. Memory Loss
8. David
9. Four Months in the Shade
10. You Stopped Making Sense


Dead Gaze - Back And Forth

gaze1Les Texans ont la country, mais il y a Austin et sa cohorte de groupes garage (Harlem, Elvis...).

Sur les rives du Mississippi coule le sang du blues, mais il y a Jakson et ses groupes rock aux saturations crasses. Dead Gaze, à savoir le projet de R. Cole Furlow, Alexander Warren et Jimmy Cajoleas, en fait partie avec une virtuosité lo-fi toute particulière. Forts d'un ep huit titres, The Pride of Calling Panther Lake !, librement téléchargeable ici, ces trois là savent, à l'instar de groupes tels Wavves ou Beast Coast, noyer leur mélancolie vaporeuse de distorsions grivoises. Conjuguées à un humour bien senti, le tout donne une chouette vidéo, Back and Forth, à découvrir ci-dessous. Attention donc, le psy-gaze attaque.

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Glass Candy - Feeling Without Touching EP

feeling12Posté le 25 mars sur le blog de leur label , le premier clip "officiel" de Glass Candy, admirablement mis en scène par Travis Peterson, accompagne la sortie d'un EP, Feeling without Touching, lui-même annonçant un album Body Work en cours de finalisation. Une véritable actualité en cascade pour le duo de Portland également à l'affiche en compagnie de Desire, Chromatics, Mirage, Farah, Bottin, Twisted Wires et Appaloosa au sein de la compilation anniversaire Into the Black (After Dark 2) à paraître bientôt dudit label soufflant ses trois bougies. Feeling Without Touching, loin de représenter une révolution de palais, est dans la pure veine italo-disco de B/E/A/T/B/O/X, dispensée sur les dancefloors du monde entier depuis déjà deux bonnes années. Le beat enlevé, et mâtiné d'une instrumentation synthétique du plus bel effet, laisse libre court au timbre de voix envoûtant d'Ida No pour une mélopée cadencée dont on regrettera seulement la trop courte durée. S'ensuit deux morceaux au kitsch assumé, où l'on s'entiche sur Sugar & Whitebread d'un ersatz de saxo pas franchement convaincant et d'une complainte un brin ennuyeuse sur Covered In Bugs, puis un instrumental où Johnny se fait plaisir sans que l'on sache trop quoi penser de ces paresseuses nappes de claviers. En bonus inutiles, les instrumentaux des deux premiers morceaux, où comment remplir un EP sans trop se fouler la rate. L'essentiel n'est - on l'espère - pas là : si l'EP Feeling without Touching peut s'avérer dispensable, son morceau-titre augure lui, par sa sensualité aguichante, d'un été pétri de désir. Si l'attente vous semble insurmontable, Sonnymoon est là pour vous. Parole de scout.

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Glass Candy - Sugar and Whitebread

 

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Tracklist

Glass Candy - Feeling without Touching EP (Italians Do It Better, 2010)

01. Feeling Without Touching
02. Sugar & Whitebread
03. Covered In Bugs
04. Shine Like Gold And Diamonds
05. Sugar & Whitebread (Instrumental)
06. Feeling Without Touching (Instrumental)


The National – Bloodbuzz Ohio

l_821fbee22d414013bfb9d2ccc673cf14Quel plaisir de retrouver le plus grand groupe du monde, celui dont la discrétion est aussi grande que le talent ; cette espèce rare à laquelle appartiennent, Wilco, Chokebore et cie et qui, d'album en album, vous réconcilie avec la continuité - chose tellement rare en musique qu'on ne pouvait passer à côté. En un mot, rendez-vous le 11 mai pour la sortie de High Violet, 5 album des New-Yorkais de The National.

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The National – Bloodbuzz Ohio


Black Rebel Motorcycle Club - Beat The Devil's Tattoo

brmc150310Dire que l'on attendait le Black Rebel Motorcycle Club au tournant est le moins que l'on puisse dire. Depuis ses sombres et hypnotiques deux premiers albums et le sublime Howl de 2005, on a attendu que le miracle se reproduise. Désespérément. Mais cela fait quelques années maintenant que l'on se demande où vont Peter Hayes et Robert Turner - apparemment, ils ne le savent pas eux-mêmes. La preuve ? Avec ce sixième album studio, ils tournent en rond en recyclant inlassablement les mêmes formules. Finalement, Beat The Devil's Tattoo pourrait aussi bien être l'album précédent que le suivant. Le groupe n'y apporte rien de neuf - si ce n'est une nouvelle batteuse, Leah Shapiro, qui remplace l'intenable Nick Jago - et fait montre d'une incroyable capacité à ne pas se renouveler. Le BRMC mord la queue de sa veste en cuir, c'est dit. Et pourtant, on y croyait. Le premier titre - et premier single - de l'album, dévoilé quelques semaines avant sa sortie, laissait presque présager quelque chose d'excitant. Peine perdue : le troisième morceau de l'opus, Bad Blood n'est déjà plus vraiment à la hauteur, et ça ne s'arrange pas par la suite. Mais on doit pourtant l'écrire, cette chronique, alors on ravale sa déception, on respire, on s'accroche et on persévère. A la moitié de l'album, on décroche néanmoins un irrémédiable bâillement accompagné d'un coup d'oeil sur sa montre. "Encore sept titres à écouter ?! Pfff..." Cet album est loin d'être raté, mais les adeptes du groupe sont trop habitués à ces procédés éternellement ressassés pour encore s'en émouvoir. Le BRMC réutilise en effet une énième fois ce qui avait fait le succès de son premier album en 2001 : ambiance saturée à la Jesus and Mary Chain, guitares poussiéreuses, nappes de son étouffantes, batterie crade, voix sombre et torturée... Ce qui nous avait tant emballés à l'époque nous paraît désormais d'une lourdeur et d'un ennui extrêmes tant on a l'impression d'avoir déjà entendu cet album. Quelques titres sortent difficilement du lot, comme Conscience Killer ou War Machine, et on ne peut de toute façon même pas dire qu'il y en ait des vraiment mauvais, mais on ne trouve dans cet amas aucun tube. Et c'est bien ça le problème : après avoir eu le sentiment d'écouter treize fois le même morceau, on a du mal à dire si l'on a aimé ou pas cet album. On voudrait juste oublier son existence et, pitié, pouvoir arrêter de l'écouter avant de sombrer dans un sommeil mortel. Difficile métier que de devoir descendre en public un groupe que l'on adore. Car oui, malgré tout, on a envie de pardonner cet épisode douloureux au Black Rebel Motorcycle Club, de continuer à lui vouer un amour inconditionnel pour ce qu'il a été et d'attendre, les yeux luisants d'espoir, un digne successeur à Howl. D'ici-là, il ne reste plus au groupe que la scène pour tenter de nous convaincre qu'il a encore envie d'emmener son public ailleurs que dans une chevauchée nostalgique, dépourvue de but et interminable.

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Black Rebel Motorcycle Club - Sweet Feeling

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Tracklist

Black Rebel Motorcycle Club - Beat The Devil's Tattoo (Cooperative Music, 2010)

1. Beat The Devil's Tattoo
2. Conscience Killer
3. Bad Blood
4. War Machine
5. Sweet Feeling
6. Evol
7. Mama Taught Me Better
8. River Styx
9. The Toll
10. Aya
11. Shadow's Keeper
12. Long Way Down
13. Half-State


Serena Maneesh - N.2: Abyss in B minor

348Ahhhh la Norvège, ses Fjords, ses plaines enneigées, son Death-Metal folklorique et ses vikings barbares que l’on croise régulièrement au détour d’une taverne, soulevant une bonne chope à la mémoire d’Erik le Rouge. Y sont cons ces Nordiques… Cependant Serena Maneesh rompt complétement avec la tradition locale puisque le groupe est plus à rapprocher de ses voisins danois The Raveonnettes que des hurlements gutturaux s’échappant habituellement des contrées glaciales d’Oslo.
Nous ne seront donc pas si étonnés de retrouver le sextet sur le label britannico-californien 4AD. Oui, c’est une longue histoire, et avez-vous envie que l’on vous berce avec des contes ? Pas vraiment ! Donc on passe sur le sujet pour pénétrer chichement dans les cavités ténébreuses de ce N.2 : Abyss in B minor . Après mûre réflexion, la menace fantôme aurait très bien pu être le titre adéquat de ce pétard mouillé. Non pas que ce second album soit totalement dénué de qualités, il n’apportera pourtant rien de neuf à l’excellent premier essai éponyme du groupe. Ce subtil mélange de noisy-rock, de dream-pop et de shoegazing s’inspirant clairement de My Bloody Valentine aurait pu être une force s’il ne finissait pas, justement, de les faire ressembler à une pâle copie du groupe déjà cité plus haut, The Raveonettes. Et comme le In & Out of Control de ces derniers, N.2 : Abyss in B minor pêche par son manque d’innovation et peine à renouveler les performances d’un premier album qui avait mis la barre très haut, trop peut-être.
Mais attention Serena Maneesh ne nous a pas pondu un gros étron pour autant. Travaillant leurs jeux de guitares au fil barbelé, passant de l’écorchure au saignement, Emil Nikoleisen et Sondre Midttun arrachent nos tympans et frappent à l’oreille interne. La voix caressante de Lina Holmstrøm enjôle vôtre chute, tandis que la batterie de Tommy Akerholdt fait frénétiquement trembler le sol qui se rapproche dangereusement de votre visage (I just want to see your face, Honey Jinx). Pas le temps de reprendre son souffle, ni même de tenter de respirer, une tornade cataclysmique vous broie le plexus solaire (Blow your brain in the morning rain). Il est plus que temps de lâcher prise et de se laisser emporter au fond de l’abîme, coulant dans les tréfonds des cauchemars mélodiques industriels du combo. Si vous souhaitiez savoir ce que dissimulait la surface du Styx, Ayisha Abyss vous en révélera un aperçu.
Il n’en reste pourtant pas moins que ce voyage manque d’escales, 8 titres passés trop rapidement, loin de transpirer l’originalité. Et si l’on peut toujours compter sur les petits Norvégiens pour faire des prouesses et malaxer âpreté et onirisme avec talent, ces indéniables qualités n’en font pas moins que N.2 : Abyss in B minor risque de rapidement lasser au fil des écoutes.

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Serena Maneesh - Blow your brain in the morning rain

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Tracklist

Serena Maneesh - N.2 : Abyss in B minor (4AD, 2010)

01. Ayisha Abyss
02. I just want to see your face
03. Reprobate!
04. Melody for Jaama
05. Blow your brain in the morning rain
06. Honey Jinx
07. D.I.W.S.W.T.T.D.
08. Magdalena (Symphony #08)


Sonnymoon - Run Away

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Après avoir été littéralement happé par la grâce mélodique des canadiens de MemoryhouseSonnymoon, duo mixte de Boston, risque de prolonger indéfiniment toutes mes nuits passées à scruter le plafond dans l'obscurité moite d'une nuit d'été (oui, là je fabule). La luminescence de la voix d'Anna Wise, jeune étudiante de vingt piges, s'insinue comme un charme sur les textures corrodées de son colloc de chambre, Dane Orr. Entre soul salopée d'échos et trip-hop saturé d'effets, le duo égraine tout au long de Golden Age, album librement téléchargeable ici, l'essence organique de quelques rêves colorés d'insouciance. Le clip de Run Away est à la hauteur de l'album et du morceau, contrecarrant le reflet blême de nos vies de cet onirisme foutrement jouissif.

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Best Coast - Make You Mine

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Il est quasiment impossible de ne pas en avoir parlé au moins une fois. Hartzine avait saisi l'occasion d'un magnifique split 45t sorti de concert avec Jeans Wilder via l' Atelier Ciseaux. Un minimum lorsque l'on sait que Bethany Cosentino et Best Coast, qu'elle forme avec Bob Bruno, en était à son quatrième maxi de l'année après Where the Boy Are, When I'm With You et Something In The Way. Si Pocahaunted - duo qu'elle partageait avec Amanda Brown - est à l'origine d'une nuée de sorties diverses et variées, Bethany Cosentino reprend donc avec fougue cet activisme de sa Californie natale. Après l'imparable Sun Was High (So Was I), s'immisçant à nos oreilles telle la lascive étreinte d'un été irradié de soleil, cette citoyenne de la Cité des Anges repasse les plats avec Make You Mine, au charme évasif et suranné, où une guitare à la saturation sourde sublime sa voix, véritable ode au sixties chères au Beach Boys. Rêveuse et feignasse assumée, celle qui veut continuer "à enregistrer un paquet de chansons sur l'été, le soleil et l'océan" est bientôt de passage à Paris en compagnie des reformées The Slits lors d'un concert le 27 mai prochain au Café de la Danse. Quand une diva de la surf music contemporaine rencontre les petites sœurs des Sex Pistols, les étincelles sont assurées d'être au rendez-vous. Promis, on reparle très bientôt de cet événement organisé par Summery Agency.

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Best Coast - Make You Mine


Dinosaur Feathers - Fantasy Memorial

l_94413350a6574180a6fcc9d8f1f98c35Fantasy Memorial, premier album fabriqué à la maison du trio new-yorkais de Dinosaur Feathers, est sorti ces jours-ci, en catimini, non labellisé et avec comme seule force de vente cette petite notoriété qu'ils se sont sagement forgée sur les nombreuses scènes qui les ont accueillis depuis la sortie de leur premier EP Early Morning Risers l'été dernier. Mais on prédit à ce Fantasy Memorial, après s'être refourgué de mains en mains et avoir assouvi l'appétit de blogueurs avertis, une autre vie, plus académique celle-là, confortablement installée dans les circuits de la distribution musicale upper-class. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce disque s'avère être à lui seul un monde nouménal renfermant entre sa première et sa toute dernière note tout ce que Brooklyn, et plus largement New-York, ont artistiquement enfanté de mieux durant ces dix dernières années de parenthèse musicale enchantée, parenthèse maintenant achevée après la sortie avénementielle de Merriweather Post Pavilion.
On pourra donc aussi et surtout appréhender Fantasy Memorial comme le générique de fin d'une décennie new-yorkaise qui nous aura fait oublier la précédente et qui peu à peu se libère de cette casquette de champion désormais bien trop lestée de poids morts-nés pour continuer à être portée si fièrement. Au final, les mauvaises langues diront peut-être de cet album qu'il n'est au mieux qu'une simple vulgate surannée, un vilain ersatz de ceux qui l'ont précédé, les plus enthousiastes d'entre-nous affirmeront quant à eux qu'il s'agit bien d'un album digest(e),  parfait pour ceux qui n'ont pas envie de s'embêter à collectionner la discothèque idéale des noughties. Certes cet album n'ouvre sur aucune terre promise, mais ne manque rien non plus et surtout pas de rendre hommage à cet esprit  "grand Bazar" cher à Animal Collective, à cette finesse mélodique aperçue chez Grizzly Bear, à cette fantaisie rythmique révélée par TV On The Radio et enfin à cet effet happy days dont les chansons de The Drums vous inondent. I ♥ NY.

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Dinosaur Feathers - Vendela Vida

Tracklist

Dinosaur Feathers - Fantasy Memorial (Self-Released, 2010)

1. I Ni Sogoma
2. Vendela Vida
3. Teenage Whore
4. Family Waves
5. Sleeping In
6. History Lessons
7. Crossing The Cannon
8. Holy Moses
9. Know Your Own Strength
10. Fantasy Memorial


Marvin - Hangover the Top

at010-artwork_DigisleeveJe m'y attendais. Un rapide tour de table, le temps de se partager les sorties de mars et d'avril... qui veut chroniquer Hangover The Top ? Silence. Les regards se braquent sur moi... Pourquoi moi putain ! Ils s'esclaffent. Ah oui... très drôle... bon, bon, ben ok je prends... Je rumine dans ma barbe... font vraiment chier... Et ce n'est pas parce que les Montpellierains de Marvin m'indiffèrent, non, au contraire, leur second disque à paraître le 6 avril prochain via Africantape rythme depuis un bon moment ce mal de crâne aussi tenace que matinal. Celui qu'on trimbale, claudiquant fiévreusement dans le dédale du métro, après une nuit d'agitation mâtinée de houblon. Non, c'est plus la morne lassitude de LA vanne éculée. Je vous le donne en mille, si Tom Waits casse la pipe, ce sera encore à moi d'évoquer cette voix trempée dans un fût de Bourbon ! Ben ouais... Du coup, je pense sérieusement à me mettre à la Badoit, histoire de faire taire les langues fourchues... Chose plus facile à dire qu'à faire. Mais revenons-en à notre trio qui mérite bien autre chose que la complainte d'un chroniqueur vaguement enhardi. Hangover The Top est le second album d'un groupe pratiquant dans ses oraisons noise un syncrétisme rock époustouflant, extirpant à la fois du math-rock, du post-rock et du post-punk de quoi cadencer effrontément neuf morceaux étonnamment divers. Choses nouvelles au regard de leur premier effort auto-produit (s/t, 2007), au déluge de guitare, batterie et synthés viennent se greffer d'éparses parties chantées quand une intempestive influence hard-rock surgit avec sagacité dès le morceau introductif (Roquedur). Enregistré par Miguel Constantino et mastérisé par Jason Ward en décembre 2009, Hangover The Top insinue par l'intensité sonore de chacune de ses joutes électriques, une production soignée et une complexification de ses structures rythmiques susceptibles d'élargir l'audience de ces trois infatigables baroudeurs. Car si la réputation d'Émilie, Greg et Fred n'est plus à faire lors de concerts déclenchant partout où ils se tiennent un joyeux bordel gorgé de sueur, l'album, par sa transposition roborative de morceaux éprouvées scéniquement risque d'embraser pas mal d'oreilles abasourdies, notamment celles ne s'étant pas encore remises du Sad Cities Handclappers d'Electric Electric. Si Dirty Tapping et Good Radiations, cisaillées d'un chant trituré de vocoder, sortent inévitablement du lot par leur accessibilité et leur immédiateté toutes trouvées, 12 comme Conan le Bastard s'évertuent à pousser le bouchon le plus loin possible d'un rock abrasif et joué mille blindes à l'heure. On Reste bien tranquille, le temps d'une grivoiserie savamment métallique, et l'on se jette sans coups férir sur Fear et sa mitraille incandescente à haut voltage. Désorienté, tourneboulé, la fin approche et les sept minutes de Here come the warm Jets, reprise du morceau clôturant le premier album solo de Brian Eno (Here come the warm Jets, 1974), sonne presque comme une ode revigorante aux lendemains qui déchantent. Décidément, Hangover the Top porte bien son nom. Le paracétamol n'a pas fini de pourrir mon estomac.

En plus d'une foultitude de concerts en France et ailleurs, les Marvin donnent une release party, à l'occasion d'Hangover the Top, le 3 avril prochain à la flèche d'or en (bonne) compagnie de Gablé, Papier Tigre et Fordamage. Be there.

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Marvin - Good Radiations

Tracklist

Marvin - Hangover the Top (Africantape, 2010)

1- Roquedur
2- Au 12
3- Dirty Tapping
4- Reste bien tranquille
5- Conan le Bastard
6- Good Radiations
7- Moustache 34
8- Fear
9- Here come the warm Jets (Brian Eno cover)


On y était - Les Nuits de l'Alligator

alligatorvisuelprovinceneutreLes Nuits de l'Alligator, Paris, samedi 27 février à la Maroquinerie

Programme alléchant et ultra-buzzé ce samedi à la Maro. La sauce a monté toute la semaine grâce à l'un de nos célèbres concurrents, résultat : plus une place, les prix au black relevant du grotesque pour cette petite soirée aux accents bluesy. La raison d'une telle excitation ? Clues. Leur premier album modestement intitulé Clues (2009) est passé à peu près inaperçu au moment de sa sortie. Leurs lives ont largement rattrapé cette injustice, bouche à oreille aidant, nous y voilà ! Mais avant de découvrir ce bijou canadien, nous allons avoir droit à un début de soirée épique...

She Keeps Bees ouvre la danse, la rage au bord des lèvres. Combo minimaliste hyper réussi : Jessica Larrabee et son batteur Andy Laplant nous plaquent au sol avec un rock des marécages, râpeux à souhait. La voix de cette chanteuse n'est pas sans rappeler Cat Power, Patti Smith et même parfois Janis Joplin. Elle s'avère d'autant plus impressionnante que les titres s'enchaînent sans baisse de régime. Cette grande brune à l'allure Girl Next Door, qui s'enrage contre sa guitare, jure d'impatience comme prise au dépourvu, nous livre un live simple, brut et beau. Rien à dire, son armée d'abeilles a produit un nouveau genre de miel, bien relevé en bouche.
Arrive un type à la casquette de capitaine. Turner Cody ? Mmm non. James Levy fait son apparition, guitare en bandoulière, seul et triste (parce qu'il n'était pas annoncé au programme ?). Quatre titres beaux, tristes et prévisibles plus tard, non sans humour, le chanteur nous demande si nous voulons un titre fun. "What ? You're here to party ?" C'était une blague bien sûr. Et pan ! Un dernier hymne à la déprime pour une danse macabre sur la tombe d'un petit garçon, décidément, le bayou n'est pas loin...

2010-02-27-0059La scène s'installe dans un joyeux bazar d'instruments, une, deux, trois batteries. La salle respire, pleine comme un oeuf, il est temps de se mettre a table. Deux barbus font leur apparition. Sourires en coin, chapeaux et vieux costumes étriqués, ces deux-là étaient faits pour s'entendre. Le rouquin (un peu pété) Turner Cody et le brun taciturne Ya Ya (Herman Dune) improvisent une sorte de parade nuptiale de zicos sur la scène de la Maro. Le featuring se concentre essentiellement sur les morceaux bien blues de Cody, qui a invité qui ? Peu importe, le numéro fonctionne à merveille. Les deux barbus hirsutes se surpassent dans cette battle qui n'en a pas l'air, Ya Ya les yeux rivés sur les doigts magiques de Turner Cody. Les deux grands oiseaux déplumés enchaînent les pas de danse improvisés, on s'amuse avec eux. Cody, en entertainer borderline, assure le show avec des textes d'anthologie entre chaque morceau. "I never understood the point of wearing powdered wiggs" Tout le monde se regarde, essayant de se remémorer les cours d'anglais antédiluviens... Neman le batteur finit par interrompre le soliloque de Cody "No one understand what you're sayin' man" Fou rire, et riffs bien envoyés. C'est un vrai bon moment, on se croirait presque au saloon un soir d'été sur les bords du Mississipi. Pause, mes jambes commencent à avoir du mal à me tenir.

2010-02-27-0081Arrive un nouveau barbu, la ray-ban est noire, la toque est vissée sur le crâne malgré une chaleur torride. Un clavier trafiqué. Clues ? Mmm, non. Un deuxième inconnu à la dégaine Berlin 1920 fait son entrée, sort une flûte de sa mallette. Les lumières s'éteignent. Le duo à l'allure théâtrale va nous plonger pendant cinq minutes dans une ambiance moyen-orientale des plus inattendues, encore une surprise au programme. Le raybanisé toqué envoie de gros sons tripant avec son clavier, et pousse une mélopée en ce que l'on suppose être de l'arabe, son acolyte étrange sosie de Christopher Walken souffle dans sa flûte mystique venue toute droit du souk cairote. Et c'est terminé en moins de temps qu'il en a fallu pour installer et désinstaller leur matériel. C'était Jerusalem In My Heart. Pause. Sifflage de bière. Aspirage de nicotine. Les derniers invités surprise ont laissé le mystère de leur intervention flotter dans l'air saturé de la salle.

2010-02-27-0103Enfin notre patience est récompensée par l'arrivée des cinq Canadiens de Clues. Deux batteurs, dont le fondateur du groupe Brendan Reed (présent dans la formation originelle d'Arcade Fire avant Funeral), deux claviers Ben Borden et Nick Scribner entourant Alden Penner (déjà à l'oeuvre chez Unicorns). Pas le temps de faire les présentations, le groupe envoie Haarp, et l'on comprend immédiatement les influences multiples qui foisonnent dans l'esprit de ces types. Rien à voir avec Arcade Fire à qui on les compare souvent. Et pourtant, on décèle une emphase théâtrale dans l'intense présence de Penner, qui n'est pas sans rappeler ces "autres" canadiens. Ce dernier, étrangement vêtu de marron de la tête au pied, le crâne rasé de près, ne se départira pas une seconde de son sérieux. Comme si sa vie (peut-être) tragique y était contée. Arrive le single Perfect Fit. Etrange morceau. Tout commence au piano, la voix de Penner monte, accélération. Pause. Envolée vocale. Batterie rapide. Accélération. Envolée. Et brutal changement de rythme pour un final aux antipodes de l'intro. Je n'aime pas résumer un live, ou un groupe, mais Clues semble quand même accroché a ce leitmotiv bien installé. Et le volume est tellement fort, que je vois mes compères de show froncer les sourcils à chaque fois qu'une montée va exploser dans nos oreilles... C'est sur, Clues sait souffler le chaud et le froid comme personne. Le contraste entre la voix de Penner et le martèlement des deux batteries cloue le public. La rage des Pixies, la douceur mélancolique proche de Radiohead période Ok Computer, et la déglingue de Pavement aux entournures. Tout nous renvoie à ces groupes qui ont inventé leur propre langage musical. Sauf peut-être Muse, et oui je sais, ça fait bizarre de citer un groupe de rock FM qui remplit le stade de France mais on ne peut ignorer une ressemblance parfois confondante dans les fameuses envolées vocales du chanteur à tendance schizo. Après un rappel à la limite du couvre-feu, Reed le batteur viendra timidement au micro, entonner You Have My Eyes Now, émouvant final à un concert secouant. Il nous laissera impatient de revoir Clues avec un nouvel album à nous mettre sous la dent.

Bonus

She Keeps Bees - Gimmie
Tuner Cody - Iren
Clues - Perfect Fit