Beach Fossils – s/t

beach-fossils-cvoerDustin Payseur est un doux rêveur qui s’embarrasse de peu de réalité pour entreprendre ses projets. Pour un millier d’autres avant et après lui, il y a largement matière à repartir la queue entre les jambes dans sa Caroline natale et remiser sa gratte au profit d’un beau tablier de serveur de fast-food. Oui mais voilà, le jeune homme, fraîchement débarqué à Brooklyn dans l’espoir de vivre de sa lo-fi crasseuse, a suffisamment la musique dans le sang et de compositions derrière les fagots pour attirer l’attention sur son groupe, étrangement dénommé Beach Fossils, dans lequel il compose seul, se faisant uniquement accompagner lors de ses tumultueux concerts. Ce qui n’est pas une mince affaire tant la jungle musicale est dense à Big Apple. Pourtant l’idylle new-yorkaise aurait pu tourner court mais Dustin a le cul bordé de nouilles : pile au moment de remballer son baluchon, le label de Mike Sniper, Captured Tracks, l’invite à distiller sur un EP, Daydream / Desert Sand 7‘, deux de ses pop songs irradiées de soleil et de réverbérations. L’histoire s’emballe quelque peu grâce à la ferveur de la blogosphère et le voilà parti pour enregistrer un LP autoproduit à paraître le 25 mai 2010. Tel son jeune compatriote et voisin de quartier That Ghost, les guitares de Beach Fossils possèdent ce code génétique indie-américain que Galaxie 500 et Pavement ont transmis à toute une génération de fieffés slackers et qui a engendré, bon gré mal gré, une palanquée de pâles copies aussi jetables qu’interchangeables. Sauf qu’avec Dustin, l’évidence mélodique transperce immédiatement le mur de sonorités garage que les morceaux de son LP éponyme dressent à nos oreilles. Là où on aurait pu dire, « ok, un de plus…« , on se prend à battre la mesure du pied en écoutant son disque les yeux fermés. Alors, on s’imagine rêvasser à l’ombre d’un cocotier en s’envoyant à petites gorgées une bière bien fraîche, laissant dériver le temps et ses méandres de quotidienneté. Émanant d’un substrat sonore homogène, recouvrant de part en part l’album d’un voile d’échos et de distorsions granuleuses, la puissance évocatrice de ces onze morceaux tient autant au dénuement des arrangements cher au label (Blank Dogs, The Beets, The Mayfair Set) et laissant libre court à une lead guitare minimaliste au son clair (Youth, Twelve Roses), qu’à la voix du jouvenceau remémorant par moment un Jeremy Jay éraillé et dénué de ses atours de dandy européen (Daydream). Oscillant entre mélancolie juvénile (Golden Age, Gathering) et surf music joyeusement démantibulée (Vacation, The Horse), les Beach Fossils de Dustin parviennent benoitement à remettre en cause toute certitude calendaire : l’été, cette année, commencera avec un mois d’avance. On est prévenu.

Audio

Beach Fossils – Youth
Beach Fossils – The Horse

Vidéo

Tracklist

Beach Fossils – S/T ( Captured Tracks, 2010)

01. Sometimes
02. Youth
03. Vacation
04. Lazy Day
05. Twelve Roses
06. Daydream
07. Golden Age
08. Window View
09. The Horse
10. Wide Awake
11. Gathering