Ms. John Soda l'interview

En 2006 sortait Notes And The Like, l'album que l'on croyait définitif du duo Ms. John Soda formé par Stefanie Böhm, par ailleurs membre de Couch, et Micha Acher, qui faut-il encore le préciser, s'évertue au sein de The Notwist, 13 & God ou encore Alien Ensemble. Définitif, car il semblait synthétiser à lui seul l'univers Morr Music, cette pop oscillant entre le rétro et l'électro, à la fois mélancolique et doucereuse. Oui, tout à fait le disque qu'on laissait tourner à l'heure de s'emballer au coin du radiateur. Définitif aussi, car depuis sa parution, absolument rien ne laissait transparaître un futur. Et tandis que l'on a définitivement enterré l'existence même d'une supposée folktronica et que Myspace est bel et bien six pieds sous terre, les deux Berlinois repointent le bout de leur nez comme si rien n'avait changé, comme si Morr Music ne s'était pas mis à l'ambient, comme si quelqu'un emballait encore au pied d'un radiateur renâclant la poussière. Et pourtant. A écouter Loom, révélé le 2 octobre dernier toujours sur le label de Thomas Morr, il n'est pas impossible, les yeux mi-clos, de prendre un bain de jeunesse et de chercher machinalement ses dessous dans le coin le plus douillet de son appartement. Peut-être plus abouti, plus travaillé et moins candide, Loom n'en reste pas moins un formidable disque de chevet. Stefanie Böhm a eu la gentillesse de répondre à nos questions tandis qu'en fin d'article un mix intitulé Ms. John Soda – end of summer favourites est à écouter au moment opportun.

Stefanie Böhm l'interview

Andreas Staebler_2

Photo © Andreas Staebler

En 2000, pourquoi as-tu lancé ce projet et quels sentiments essaie-tu de transmettre avec Ms. John Soda ?
In 2000, why did you start this project and what kind of feelings do you try to transmit via Ms. John Soda?

J'ai lancé Ms. John Soda en 1998 sous la forme d'un projet solo et produit un premier 7” sur le label Hausmusik. J'ai joué avec Micha dans plusieurs groupes pendant les années 90, mais ils ont tous avorté. Et comme on voulait continuer à faire de la musique ensemble, on a décidé qu'il serait membre de Ms. John Soda. Ça a très bien fonctionné et rien n'a changé depuis. Quand on joue ensemble, on essaie d'écrire et créer une chanson et une musique qui reflètent un certain état d'esprit ou un ressenti dans des situations données. On travaille sur nos chansons jusqu'à avoir l'impression que “c'est bien du Ms. John Soda”. Mais on est incapable de retranscrire exactement ce qu'on ressent avec des mots. Il arrive parfois que notre musique soit mélancolique, triste, mais malgré tout apaisante, encourageante et réconfortante, rageuse mais optimiste. Mais au final, on n'essaie pas activement de transmettre quelque chose, on tente de s'exprimer par la musique, et on espère toujours qu'il y aura des gens pour apprécier et comprendre ces humeurs attachées à nos chansons.

I first started Ms. John Soda in 1998 as a solo project and released one first 7" on the Label Hausmusik. I played together with Micha in some other bands during the 90ies, but these bands all split up. And as we wanted to go on making music together we decided that he will join Ms. John Soda as a certain bandmember. And as this worked out that very well, we never changed this. And when we do music together we try to write and create a song and music that reflects a certain kind of mood or feeling we have in different situations. We work on our songs until we both have that "that's Ms. John Soda"-feeling. But we both can not put in words what exactly that feels like. Maybe sometimes it's melancholic, sad, but still soothing, encouraging and heartening, angry but still hopeful music. But all in all we do not actively try to transmit something, we try to musically express ourselves and we always hope, that there a people that like and understand these certain moods our songs have.

Comment décririez-vous Ms. John Soda en tant qu'entité, et quelles sont vos plus grandes influences dans ce projet ?
As an entity, how would you describe Ms. John Soda, and who are your biggest influences in this project?

Je décrirais Ms John Soda comme un espace où ma musique et celle de Micha se complètent l'une l'autre. Beaucoup d'éléments, du son, des sentiments et des mots se mêlent pour progresser vers quelque chose de neuf en orbite constante autour de l'essence de notre musique, les états d'âmes très particuliers de Ms. John Soda. On ne cherche pas à transmettre des messages importants, mais on essaie de se focaliser sur ces petites choses que vivent les gens au quotidien. On pense, et on espère, que s'attacher aux petites actions, la façon dont elles interagissent et ces choses que nous faisons tous chaque jour importe bien plus que se concentrer sur un seul gros événement. Autrement dit, un million de petites actions sont plus solides et efficaces qu'attendre qu'une évolution importante améliore les choses. Et nos influences rassemblent toutes les expériences que nous vivons chaque jour. La musique, les gens, les conversations, les actes des gens, de la famille, des politiques, de l'histoire, de la nature, des livres et des mots, etc...

I would describe Ms. John Soda as a space where Michas and my music complement each other, many things and sounds, feelings and words mix up and something new evolves, always spinning around the core of our music, the very special Ms. John Soda moods. We do not try to transmit big messages, but we try to put a focus on the small things going on in peoples everyday lives. We think and hope, that caring for all the small steps, the way we interact and things we all do each day weighs much more than focusing on one big action. In other words: one million small steps are stronger and more effective than waiting for a big change to come and make things better. And our influences are just everything we experience in our everyday lives. Music, people, conversations, the way people act, family, politics, history, nature, books and words and...

Neuf ans après votre ultime Notes and the Like, qu'est-ce qui a changé dans l'approche musicale de Ms. John Soda ? Pourquoi avoir mis tellement de temps pour composer à nouveau à deux ?
Nine years after your ultimate Notes And The Like, what changed in the musical approach of Ms. John Soda? Why did you put so much time to compose again together?

La raison de ce long silence est que beaucoup de choses ont changé dans nos vies et qu'on n'avait plus vraiment le temps de se voir pour faire de la musique. Micha a beaucoup d'autres groupes et projets, une famille, et j'ai beaucoup à faire avec mon boulot, ma famille et mes enfants. Mais à chaque fois qu'on a trouvé le temps de travailler sur des morceaux pour Ms. John Soda ces dernières années, on a constaté que faire de la musique ensemble fonctionnait toujours immédiatement, peu importe le temps qu'on avait passé sans se voir ou à travailler sur d'autres choses. Et au final ça ne nous a pas demandé beaucoup de temps pour composer et créer notre musique, juste de faire un peu plus de choses entre les sessions studio...

The reason why it took us that long is, that a lot of things changed in our lives and we just did not have that much time to meet and do music. Micha has a lot of other bands and projects and family and I have a lot to do with my dayjob, family and children. But whenever we found the time to work on Ms. John Soda songs over the years, we found out that doing music together immidiately worked again, no matter how long we had not met or worked on something inbetween. So, all in all it did not take longer to compose and create the music, we just had to do more other things inbetweeen studio days...

Les lignes mélodiques semblent être au cœur de votre travail. Et en ce qui concerne votre méthodologie créative ? Pour donner naissance à une chanson, qui fait quoi dans Ms. John Soda ? Vous confrontez vos idées ou ça ressemble plus à un puzzle, chacun apportant sa partie pour compléter l'ensemble ?
The melodic lines seem to be the heart of your work. What about your creating process? The birth of a song : who does what with Ms. John Soda? Do you mix up your ideas or is it more like a puzzle, everybody bringing their own part to the whole work?

Micha et moi écrivons chacun de notre côté, chez nous. Et de temps à autres, on partage ce qu'on a produit. Puis chacun de nous poursuit en travaillant sur les morceaux de l'autre. On enregistre de nouvelles lignes, de nouveaux instruments, de nouvelles mélodies, on chante, on supprime certaines parties, on en intègre d'autres... Ce qui nous passe par la tête. Et quand on aime tous les deux ce qu'on a produit, on lance les sessions studio au cours desquelles on travaille les morceaux ensemble et on enregistre d'autres instruments. Pour Loom, nous avons aussi passé quelques jours dans le studio avec Cico Beck (notre nouveau membre live). Et à la fin, on rassemble toutes nos chansons pour les mixer et les produire dans le studio, cette fois avec Olli Zülch, et ça a fonctionné à merveille !

Micha and I, we both write songs on our own, at home. And from time to time we exchange what we have done. And then each of us goes on working with the other ones songs. Recording new lines, instruments, melodies, singing, throwing parts out, putting new parts in... Whatever we feel like. And often the songs change quite a lot. And sometimes we also exchange the song several times. And when we both like what came out we also have studio days where we work on the songs together, record some additional instruments. For "Loom" we also spent some helpful days in the studio tegether with Cico Beck (our new live bandmember). And in the end we take all our songs and finally mix and produce them in the studio, this time we did this together with Olli Zülch, which worked out very well!

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Tes side projects t'ont-ils influencé pour composer ce nouvel album ou Ms. John Soda reste un imperméable chaudron pop pour votre inspiration commune ?
Did your side-projects influence you for compose this new album or Ms. John Soda remain a pop impervious cockpit of your common inspiration ?

Ms. John Soda est le seul groupe pour lequel j'écris activement des chansons, mais jouer dans d'autres groupes comme Couch influence mon travail, comme toutes les expériences de ma vie influencent mes actes.

Ms. John Soda is the only band I actively write songs for, but playing in other bands, like Couch, influences my work in the same way as everything else I experience in my life influences what I do.

Vos productions semblent dépeindre un monde rempli de rêves et de nostalgie... C'est un objectif ou une façon naturelle d'écrire ?
Your songs seem to reflect a world full of dreams and nostalgia… Are you aiming at this or is this just natural when you’re writing?

Je n'ai aucun objectif quand je fais de la musique. Ça vient tel quel. Et cette musique mélancolique et parfois triste, qui véhicule cependant de l'espoir et quelque chose d'encourageant et d'apaisant en même temps est plus ou moins l'essence de ce que Micha et moi voulons faire.

I aim nothing while doing music. It just comes out like this. And this melancholic, sometimes sad music, that still carries hopes and something soothing and encouraging at the same time is more or less the core of what Micha and I want to do.

De quels groupes contemporains vous sentez-vous proches ?
Which actual bands do you feel close to?

On écoute beaucoup de groupes présents dans le mix qu'on t'a envoyé. Mais il y a bien d'autres groupes et musiciens, beaucoup trop pour les citer...

We listen a lot to the bands we put in the mix we sent you. But there are still so many more bands and musicians we like, too many to mention...

Ce nouveau LP donne l'impression que vous vous êtes débarrassés de certaines de barrières, de certains formats pop, votre musique paraît plus profonde. Quel est ton avis ?
With this new LP it sounds as if you’d got rid of some barriers, pop formats, your music seems deeper. What do you think?

En fait, ce n'est pas évident de parler de cette façon de ma propre musique. Je peux difficilement la décrire d'un point de vue théorique. Mais si ça te paraît plus profond, ça me va. J'aime bien cette description.

Well, it is hard to talk about my own music in that way. I can hardly describe it from a theoretically point of view. But it sounds good to me, if it seems deeper to you. I like that description.

Qu'est-ce qui attend Ms. John Soda dans un proche avenir ? Et toi ?
What is your near future and Ms. John Soda's?

On prévoit quelques concerts en début d'année prochaine. Et on continue à écrire de nouveaux morceaux en espérant trouver plus de temps pour ça par la suite !

Well, we actually plan some live shows early next year. And we go on writing new songs, hoping to find more time for this in the future!

Tu peux introduire votre mixtape ?
Can you introduce your mixtape ?

Ce que vous écoutez maintenant est notre “Ms. John Soda – end of summer favourites – mix”. La musique qu'on aime. Bonne écoute !

What you listen to here, is our "Ms. John Soda - end of summer favourites – mix". Music we love. Enjoy!

Mixtape

01. Low - Lies
02. Soley - Follow Me Down
03. The xx - Fiction
04. Caribou - Dive
05. L'Orange - The Pull of Warmth
06. Shabazz Palaces - Solemn Swears
07. Jel - Thnk4U
08. Baths - Ossuary
09. Le Millipede - Gedanken
10. The Handsome Family - Far from Any Road
11. Sufjan Stevens - Should Have Known Better
12. Lisa Germano - If I Think Of Love
13. Alien Ensemble - Modest Farewell

Audio

Tracklisting

Ms. John Soda - Loom (Morr Music, 2 octobre 2015)

01. In My Arms
02. Hero Whales
03. Millions
04. The Light
05. Sodawaltz
06. Hi Fool
07. Sirens
08. Name It
09. Oh Seven
10. Fall Away


Rayon - Il Collo e la Collana

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Via son projet Rayon, Markus Acher, tête pensante et agissante de The Notwist, signe avec Il Collo E La Collana / Libanon édité via Alien Transistor le 3 juillet prochain les BO de deux films, l'un surréaliste et italien N-Capaced’Eleonora Danco, l'autre de Michael Shamberg, contemporain de l'épopée Factory Records pour lequel il contribua à son implantation US, auteur de Maître, Lihseb Please dont l'action de se déroule à Beyrouth. Pas là véritablement pour rigoler donc, ces deux instrumentations s'inscrivent dans la droite lignée de The Messier Objects de The Notwist paru récemment (lire), chatouillant de ses motifs répétitifs et de ses crépitations bruitistes l'épure des morceaux que l'on se plaît tant à chérir des Allemands sans pour autant en égaler ne serait-ce qu'un instant la moelle mélodique. Une somme non négligeable donc, mais s'adressant essentiellement aux puristes.

Vidéo

Tracklisting

Rayon - Il Collo e la Collana (Alien Transistor, le 3 juillet 2015)

01. Il Collo E La Collana 1
02. Il Collo E La Collana 2
03. Il Collo E La Collana 3
04. Il Collo E La Collana 4
05. Il Collo E La Collana 5
06. Il Collo E La Collana 6
07. Il Collo E La Collana 7
08. Il Collo E La Collana 8
09. Il Collo E La Collana 9
10. Il Collo E La Collana 10
11. Libanon 1
12. Libanon 2
13. Libanon 3
14. Libanon 4
15. Libanon 5
16. Libanon 6
17. Libanon 7


Slow Steve - Steps (FULL STREAM PREMIERE)

Déjà présenté à l'occasion de son vidéo-clip imageant le mélancolique Prince de Combat (lire), Rémi Letournelle, ancien membre du collectif Berlinois Fenster auteur en 2014 du délicat LP In The Walls (lire), va étrenner sur disque, pour la première fois solitairement, son blase patronymique Slow Steve après un split partagé en 2014 sur Späti Palace en compagnie de Mother Of The Unicorn. Ciselant dans un brouillard synthétique une lancinante pop d'alcôve, Steps, le premier EP de Slow Steve co-édité par Morr Music (LP) et Celebration Tape (cassette) le 15 mai prochain - soit la date de son concert parisien à l'Espace B en compagnie d'All Night Wrong et d'All Your Sisters (Event FB) - , ne reflète certes pas le présent introspectif du jeune homme, les morceaux du rémois ayant déjà quelques années de route, mais bénéficie d'une production signée Tadklimp de Fenster sortant ces derniers de l'ornière DIY, pour les droper quelque part dans un ciel de références constellé de figures tutélaires d'odes spatio-cosmiques telles Bernard Fêvre ou Brian Eno et d'illuminatis de la chose pop que sont le débonnaire Ariel Pink ou encore l'école Morr Music - avec Lali Puna en tête de liste. Un sacré nuage référentiel, finalement inopérant pour saisir dans toute sa splendeur la beauté doucereuse et le spleen magnétique qui en émane. Et si Prince de Combat en fait figure de parangon, la délectable et introductive Minuit, tout comme la ductile Vostok, image à merveille ce minimalisme noctambule, composé entre bières renversées et mégots de joints cannibalisés, auquel l'on s'adonne volontiers.

Audio (FULL STREAM PREMIERE)

Tracklisting

Slow Steve - Steps EP (Morr Music / Celebration Tape, 15 mai 2015)

01. Minuit
02. Sun Moon
03. Prince de Combat
04. Vostok
05. Break my Soul
06. Aquabed


Aloa Input ‎– Mars Etc. (FULL STREAM PREMIERE)

Faisant suite à l'album Anysome sorti en 2013 et à l'EP de remixes qui s'ensuivit (lire), le nouvel effort d'Aloa Input à paraître le 6 mars prochain encore et toujours sur Morr Music, est - et l'on pèse nos mots - un véritable chef d'oeuvre electro-pop dans le plus pur classicisme de l'écurie Berlinoise susmentionnée. Et l'on pense forcément et rêveusement à The Notwist pour qui le trio à ouvert lors de son ultime tournée (lire) en plus de squatter leur studio pour fomenter ce Mars Etc., à écouter en intégralité ci-après. Synthétisant avec un brio inégalable ce que certains se plaisent à dénommer la New Weird Bavaria, sorte de coagulation Munichoise des courants folk, pop, psyché-kraut et électronique, Cico Beck, Heiner Hendrix et Marcus Grassl alignent plus d'une dizaine de morceaux à l'écriture châtiée, aux mélodies graciles et volubiles et aux rythmiques jamais ronflantes, avec en point d'orgue le folk-blues de Perry, l'irrésistible bravade O Brother ou encore la délicate 21st Century Tale que n'aurait pas renié les Grandaddy de Jason Lytle. Maelström de bonnes intentions, entre coups de sang bruts de décoffrage et délectables artifices orchestraux, accointances plus que révélées avec le clan Anticon (Far Away Sun) et humour potache (Blabla Theory), Aloa Input sait avant tout convaincre son monde quand il s'agit d'esquisser les traits d'une mélancolie en quelques coups de pinceaux onirico-pop bien sentis : le diptyque 21st Century Tale / Hold On en témoigne avec aisance, laissant choir cette idée saugrenue d'une suite au Notes And The Like de Ms. John Soda datant de 2006. Preuve s'il en est de ce coup de maître.

Audio (FULL STREAM PREMIERE)

Tracklisting

Aloa Input ‎– Mars Etc. (Morr Music, 6 mars 2015)

01. Far Away Sun
02. Perry
03. Vampire Song
04. Oh Brother
05. The Door
06. 21st Century Tale
07. Hold On
08. Blabla Theory
09. Krk Blues
10. Mad As Hell
11. Ruth The Communist


Slow Steve - Prince de Combat

Slow Steve - spockRepéré l'année passée via un split 7" sur Späti Palace en compagnie de Mother Of The Unicorn, Slow Steve n'est autre que Rémi Letournelle pour l'état civil, soit la branche rapportée hexagonale du collectif Berlinois Fenster, auteur du magistral The Pink Caves paru en mars 2014 (lire). Et si ce dernier se fait l’apôtre d'un onirisme pop, élégant et poétique, Slow Steve se perd sciemment dans les affres du bidouillage électronique pour jeter les bases d'un premier EP, Steps, enregistré sous l'égide de Tadklimp de Fenster et dont la sortie est annoncée le 15 mai prochain via Morr Music, conçu tel un hommage aux antiques synthétiseurs analogiques. Un de plus certes, mais un qui compte puisque le bonhomme use d'un savoir-faire mélodique inébranlable pour trousser d'impeccables vignettes ironico-mélancoliques à mi-chemin entre la douce déglingue d'un Ariel Pink amoureux et la sensualité trouble et flottante instiguée par Lali Puna. La mise en images de Prince de Combat reflète ce parfait décalage entre spleen et dérision.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=MLZ20KcgxTM&feature=youtu.be

Tracklisting

Slow Steve - Steps EP (Morr Music, 15 mai 2015)

01. Minuit
02. Sun Moon
03. Prince de Combat
04. Vostok
05. Break my Soul
06. Aquabed


Aloa Input - Anysome RMX (PREMIERE)

Aloa Input RMXPresque un an après avoir sorti son premier album sur Morr Music - le dénommé Anysome à la croisée des chemins entre Animal Collective, Stereolab et The Notwist et synthétisant ce que d'aucun appelle la veine New Weird Bavaria, sorte de coagulation Munichoise des courants folk, pop, psyché-kraut et électronique - le trio allemand Aloa Input sort le 10 octobre prochain une réplique remixée avec doigtée de ce-dernier. Convoquant aussi bien des vétérans de l'écurie Berlinoise tel B.Fleischmann (Clouds So Far), des proches tout aussi fan qu'eux du Bayern comme le jeune producteur VELI x VIWO (Another Green World), ou encore le percussionniste autrichien Richard Eigner usant du patronyme Ritornell (Someday morning), Cico Beck, Heiner Hendrix et Marcus Grassl réussissent le pari avec cet EP de remixes de donner une orientation toujours plus disséminée et déstructurée à leurs aventures pop, constellant celles-ci en fragments rythmiques gravitant harmonieusement dans une immensité mélodique, littéralement pénétrante et envoûtante. Tissant un inextinguible lien entre onirisme et mélancolie, rêveries trop vite dissipées et réalité en tout point assomante, Anysome RMX est à écouter en intégralité ci-après.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Aloa Input - Anysome RMX (Morr Music, 10 octobre 2014)

01. Clouds So Far - B.Fleischmann RMX
02. Someday morning - Ritornell RMX
03. Rubbish - Sam Irl RMX
04. Mellow Red Ball - Slut RMX
05. This Must Be The Age - LeRoy RMX
06. Another Green World - VELI x VIWO RMX


Future 3 - August

Future 3 - AugustSi certains pavoisent déjà à l'idée de pondre leur logomachie au kilomètre sur l'inattendu prochain album d'Aphex Twin, Syro à paraître le 19 septembre 2014, les Danois de Future 3,

bien plus discrètement, s'apprêtent aussi à faire leur retour après treize années de silence relatif. Si les cinq premiers LP du trio constitué d'Anders Remmer (Dub Tractor), Thomas Knak (Opiate) et Jesper Skaaning (Acustic) ont échu sur le label basé à Copenhague April Records, Morr Music sortira le 10 octobre prochain le très didactique With & Without. Didactique ? Parce qu'il y a un with, avec cinq morceaux introductifs pour deux collaborations : Thomas Meluch (aka Benoît Pioulard) et Anja T. Lahrmann d'Ice Cream Cathedral. Et parce qu'il y a un without : le reste de l'album. Et c'est à ces sept titres qu'appartient la très délicate August, ci-après en écoute, intimant une electronica si typique des pays scandinaves : à la fois froide et chaleureuse.

Audio

Tracklisting

future 3 Future 3 - With & Without (Morr Music, 10 octobre 2014) 01. Mmn (feat. Benoît Pioulard) 02 Revenant (feat. Benoît Pioulard) 03. Signature (feat. Anja T. Larhmann) 04. Roller Coasters (feat. Anja T. Larhmann) 05. Seen (feat. Anja T. Larhmann) 06. Fair 07. August 08. O/A 09. Camphor 10. Trmbns 11. Return 12. Figure


Driftmachine - Nocturnes (PREMIERE)

Si les parallèles entre œuvres musicales et septième art foisonnent, l'un de servant de l'autre comme bande originale, l'autre dépeignant l'instant d'écoute comme une invitation à la projection cinématique, peu sont ceux dressant un pont entre les premières citées et l'histoire littéraire. Inconsciemment, et sans mettre le doigt instantanément dessus, Nocturnes de Driftmachine - réunion d'Andreas Gerth de Tied & Tickled Trio et Florian Zimmer de Saroos (lire), mais aussi Lali Puna, Contriva et ISO68 - a ré-ouvert sous mes yeux quelques réminiscences d'une auteure trop souvent oubliée du Nouveau Roman, Nathalie Sarraute. La raison ? Sans doute cette commune peinture de l'invisible intimité, cette propension a décrire parcellairement les méandres la psychée humaine écrasant toute sa complexité et sa variété sous les affres de la banalité et des conventions, cette façon d'imager ces "petits lacs intérieurs" (Le Planétarium, 1959) transcrit par Sarraute par l'utilisation des points de suspension et par Driftmachine par la mise en branle d'un hypno-dub instrumental à la fois électronique et organique, englobant l'espace sonore à la manière d'un liquide amniotique. Mille disques peuvent être formatés d'une même épure, aucun ne contiendra ce clapotis introspectif, invitant sans sommation au voyage à travers nos paniques souterraines : la basse crée un mouvement lancinant que l'habillage finement texturé par les machines rend à chaque mesure plus pressant. Nocturnes est une objectivation calme et obsédante de nos vies hyper-urbaines, dissimulant sous les oripeaux de l'habitude les vils serpents de mer de l'angoisse. La contemplation de cet empire immergé prend un tour divin avec la pièce en deux actes To Nowhere, où la respiration des instruments dilate la temporalité et décuple le plongeon, s'affirmant magnanimement sur Drift et sa flegmatique envolée mais aussi avec l'orchestration monumentale et millimétrée du Réveil Des Oiseaux. Inutile de dire que ce disque ne se partage pas, Nocturnes est un fruit défendu, un plaisir solitaire faisant honneur à sa nomination et rendant grâce à la divagation noctambule. Un honneur donc de le révéler en intégralité ci-après, devançant sa sortie officielle prévue le 20 juin sur le label mexicain Umor Rex. Ultime originalité.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Driftmachine - Nocturnes (Umor Rex, 20 juin 2014)

01. Claire Obscure
02. Drift
03. To Nowhere PT.1
04. To Nowhere PT.2
05. Sternenmeer
06. Réveil Des Oiseaux
07. Call Mr. Moriba


Orcas - Infinite Stillness (PREMIERE)

OrcasComme annoncé, non sans impatience (lire), Benoît Pioulard et Rafael Anton Irisarri (The Sight Below) donneront une suite, presque deux ans jour pour jour, à leur premier LP éponyme avec le radieux Yearling à paraitre le 4 avril prochain sur Morr Music. Biens épaulés de Martyn Heyne d'Efterklang à la guitare et au piano et de Michael Lerner de Telekinesis à la batterie, les deux jouvenceaux transpirent d'une élégance naturelle à l'heure de distiller leur éblouissant talent de songwriters, à quelques encablures de leurs projets respectifs, mais tutoyant de concert les cimes d'une mélancolie pop, à la fois belle et irréelle. En témoigne Infinite Stillness, premier extrait livré ci-après sur un plateau.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Orcas - Yearling (Morr Music, 4 avril 2014)

1. Petrichor
2. Infinite Stillness
3. Half Light
4. Selah
5. Capillaries
6. An Absolute
7. Filament
8. Tell


Fenster - Mirrors

Si Morr Music a dû apprendre à faire sans son fleuron, The Notwist, jusqu'alors entre parenthèses et depuis lors parti sous des cieux à la mesure de sa tangible renommée, la petite entreprise berlinoise fondée en 1999 par Thomas Morr n'a jamais perdu la main s'agissant de faire maturer les belles histoires naissant en son creux et lui tressant un peu plus à chaque sortie les lauriers d'incubateur devant l'éternel d'une pop à l'onirisme reconnaissable entre tous. Il en va de The Go Find, dont Brand New Love paru en début de mois est le sixième album du groupe, d'Orcas, la formation de Benoît Pioulard et de Rafael Anton Irisarri, ou de Múm et Masha Qrella, ayant chacun sorti un LP fin 2013. Il en va également de Fenster qui n'est pas la moins originale des créatures pop que compte la structure puisqu'elle dénombre en son sein autant de nationalités que de musiciens avec l'Allemand Jonathan Jarzyna, la New-Yorkaise JJ Weihl, le Frenchie Rémi "Steven" Letournelle et le producteur grec Tadklimp. Et s'il fallait un langage commun pour coaguler une inspiration longue de trois LP déjà enfantés depuis 2011 autour de la locomotive créatrice Jarzyna / JJ Weihl, une novlangue cousue de rêves et d'émotions, s'intimant dans les méandres d'une luxuriante instrumentation, semble se dessiner d'elle-même, à l'intersection même d'un nouvel album à voir le jour le 7 mars prochain. Enregistré dans un rustique chalet est-allemand, The Pink Caves s'assimile telle une duveteuse incorporation du réel et de ses triviales sonorités - portes, four, horloges, puits, bougies, portes-manteaux et allumettes - dans l'imaginaire musical éthéré du groupe. Véritable prouesse de producteur, ce quatrième disque révèle un talent de composition hors-normes tant les mélodies semblent inoxydables au contact du temps. Mirrors et Sunday Owls, en écoute ci-après, en témoignent avec une superbe grevée d'apesanteur.

Audio

Tracklisting

Fenster - The Pink Caves (Morr Music, 7 mars 2014)

01. Better Days
02. Sunday Owls
03. In the Walls
04. Cat Emperor
05. True Love
06. The Light
07. Mirrors
08. Fireflies
09. On Repeat
10. Hit & Run
11. 1982
12. Creatures


Dump - Superpower​less

Nous sommes en 1991, et on vit une drôle d'époque : Bryan Adams, Mariah Carey et Paula Abdul trustent les charts américains.  À côté de ça, Nirvana dévaste tout sur son passage avec Nevermind. My Bloody Valentine accouche de sa masterpiece Loveless, et Primal Scream a découvert les acides et nous pond Screamadelica, qui rafle dans la foulée le premier Mercury Prize de l'histoire. James McNew, lui, est encore un quasi inconnu. Il vient de rejoindre Ira Kaplan et Georgia Hubley au sein de Yo La Tengo pour y tenir la basse, et d'emménager à Brooklyn. Il a alors la petite vingtaine, et, créativité et fraîcheur obligent, a une furieuse envie d'enregistrer sa musique, sans avoir une quelconque obsession du studio. Son meilleur pote est un enregistreur 4-pistes, et McNew s'en donne à cœur joie dans son salon depuis déjà un moment, sous l'identité de Dump. Juste pour le plaisir, sans aucune pression. Compositions originales, reprises, tout y passe, sans arrières-pensées. Un de ses amis l'encourage à sortir un EP, qui deviendra  la première référence du label fraîchement créé par ce dernier : l'EP inaugural de Dump sort en 1992 sur 18 Wheeler Records.

Quelques mois plus tard, lors d'une tournée européenne de Yo La Tengo, James McNew rencontre le patron de Brinkman Records. Le bonhomme s'enquiert de savoir si McNew a d'autres titres de Dump dans sa besace, et lui propose d'en faire un véritable album. Superpowerless sortira en 1993, premier effort au long court d'un side project que l'Américain, malgré sa notoriété grandissante en tant que bassiste de Yo La Tengo, n’arrêtera jamais vraiment d'entretenir, telle une indispensable soupape canalisant un trop-plein d'envies et de créativité. Un premier album résumant deux années d'enregistrements en marge des travaux du plus célèbre groupe d'Hoboken, et célébrant inconsciemment les vertus d'une lo-fi de circonstance avant que celle-ci ne devienne presque une philosophie, pour le meilleur et pour le pire. Dix-neuf titres d'une incroyable fraîcheur, révélant toute l'habilité de McNew à trousser des attrape-cœurs au kilomètre, armé de son 4-pistes, sa voix chevrotante, quelques instruments et un esprit Jojo-la-bricole inaltérable. Absence de contraintes de forme et de temps oblige, Superpowerless nous gratifie tantôt d'instrumentaux à l'atmosphère inquiétante - Dark Road, The Sea Wall - tantôt de ballades contemplatives - Just for You - sans oublier bien sûr, son lot de pop songs à effet immédiat, d'un romantisme et d'une naïveté désarmantes - Secret Blood, Superpowerless et sa guitare justement power pop. Rajoutez à cela quelques reprises admirables de Sun Ra - Outer Spaceways, Inc. - NRBQ - la réjouissante Throw Out the Lifeline - ou du chef-d'oeuvre d'Henri Mancini, Moon River, et vous obtiendrez un album dont le talent mélodique de son auteur n'a d'égale que son éclatante humilité.

Revers de la médaille lo-fi, ce disque, tout comme le suivant I Can Hear Music - lui aussi véritable mine d'or sortie deux ans plus tard - se retrouveront très vite indisponibles pour le commun des amoureux d'indie-pop, faute de réédition digne de ce nom. Heureusement, les Allemands de Morr Music réparent aujourd'hui l'injustice en rééditant miraculeusement ces perles avec un soin largement mérité. On ne les remerciera jamais assez d'avoir eu cette brillante idée, qui nous permet aujourd'hui de redécouvrir ces trésors enfin pressés en vinyle, agrémentés de nombreux bonus, et remastérisés par Bob Weston, bassiste de Shellac et ingénieur du son émérite. De quoi relancer pour de bon l'amitié franco-allemande.

Tracklist

Dump - Superpowerless (Morr Music, 2013)

01. Hands of Fear
02. So Sedimentary
03. Secret Blood
04. Good Medicine
05. Formerly One-Eye
06. Dark Road
07. Just for You
08. Outer Spaceways, Inc
09. The Sea Wall
10. Broken Conscience
11. Throw Out the Lifeline
12. The Quality of Hurt
13. 19 ½
14. Moon River
15. Superpowerless
16. Ode to Shaggs' Own Thing
17. Love Theme from "Providence"
18. Knox'S Lament
19. How Many Bells?
20. Intro/Nothing Left
21. Down to the Sea in Ships
22. Pennies from Heaven
23. Christmas Card
24. Snowman
25. Bunny Boy
26. Jaundice
27. Bus-Kicker's Theme


Seabear - Wolfboy

sinfurgsonSindri Már Sigfússon regagne ses pénates, délaissées le temps d'une introspection de toute beauté avec Sin Fang Bous, pour reprendre les rênes de sa petite tribu islandaise Seabear. Sur le site des dealeurs dream-pop, Morr Music, on apprend  que l'effervescence de celle-ci confine d'ailleurs au geyser : While The Fire Dies, EP composé de six morceaux, sort le 26 février précédant l'album We Built A Fire annoncé pour le 5 mars prochain. Lion Face Boy, le single, est déjà disponible. Le label berlinois semble se réjouir qu'il s'agisse du"premier album réellement collectif" du septuor. Seulement, avec une volonté affichée de diversifier sa folk fluette et ondoyante d'antan (The Ghost That Carried Us Away - 2007) par différents ajouts empruntés au rock ou à la country, le groupe dilue irrémédiablement son onirisme et sa candeur dans un déjà vu aux allures de fosse commune. Et s'il n'y a décidément rien à garder de l'EP While The Fire Dies et de ses horripilantes guitares de saloon, on pressent l'occasion manquée notamment à l'évocation de Wolfboy, morceau conclusif de We Built a Fire, d'une grâce inouïe et portant le sceau indélébile de Sindri Már Sigfússon. La démocratie, dans un groupe, ressemble parfois à un nivellement par le bas. Il n'y avait pas de quoi s'enthousiasmer.

Thibault

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Seabear - Wolfboy


Electric President - The Violent Blue

epvbElectric President est un duo de touche-à tout américain marchant sur les plates bandes d'un autre duo, The Postal Service. Chantres incontestables de l'électro-pop fluette et onirique, ces derniers n'ont pondu qu'un seul album. Assez pour pérenniser une marque de fabrique, un esprit, tendre et envoûtant, capable de sortir des larmes de crocodile à la brute la plus épaisse d'entre nous. Dix morceaux, dont Such Great Heights et We Will Become Silhouettes, pour faire date. C'était en 2003 et depuis plus rien. Ou si, justement : Electric President sort du bois en 2006. Bien que de Jacksonville, en Floride, où le moonwalk est une religion officielle, Ben Cooper et Alex Kane trouvent refuge sur le prolifique label allemand Morr Music pour sortir un premier album éponyme, suivi d'une mini compilation en deux volumes, You Have the Right to Remain Awesome, issues de sessions d'enregistrement précédant ledit album. C'était assez pour qu'Electric President fasse son trou, auréolé d'un succès d'estime à défaut d'être commercial. Des morceaux comme Insomnia, ou encore Grand Machine No. 12, insufflaient dans le creux de nos oreilles une mélancolie blême et fragile tant par leurs structures pop erratiques que par la beauté confondante d'une électronique subtilement déployée. Malgré quelques fautes de gouts, l'activisme de Ben Cooper (Radical Face, Iron Orchestra, Mother's basement) laissait croire, à juste titre, que les choses n'en resteraient pas là. Deux ans plus tard, Sleep Well (Morr Music, 2008), second album du groupe, pointe timidement le bout de son blair. Monsters, chanson divinement introductive, est l'arbre qui cache l'ennui. Autrement dit, l'album est un joli raté, tournant dans tout les sens une même logique sans queue ni tête. A savoir, une voix monocorde égrainant une litanie de complaintes roboratives, le tout sur une instrumentation largement monochrome. Avec recul, le titre de l'album semblait plus qu'idoine. L'hibernation ne dure jamais très longtemps chez ces bêtes là, le couvert est remis dès 2010 avec the Violent Blue, toujours chez Morr Music. De quoi éveiller une curiosité sensiblement rabrouée : la violence du bleu ? Les compères se sont-ils mis au Redbull ? Et pourquoi cette surprenante nouvelle étiquette, indie pop et shoegaze ? Quelques écoutes plus tard suffisent pour vitupérer ce mauvais œil. De shoegaze il n'y a rien, ou très peu, si ce n'est All The Distant Ships, ultime morceau usant jusqu'à la corde de guitares crades. De violent et de bleu, pas l'ombre d'un doute, c'est une bonne blague de ventripotent. Petite précision, qui a son importance, le début de l'album est constitué de b-sides de Sleep Well. Pas étonnant donc que l'électro-encéphalogramme de The Ocean Floor, Mr. Gone et Feathers est aussi plat que la planche à repasser de ma voisine. On sent alors la redite épouvantable, quand, surprise, à l'écoute de Safe and Sound, un enjouement incantatoire m'arrache d'une torpeur terriblement éloquente. J'ai presque envie de me joindre au hand-clapping ! Nightmare No. 5 Or 6 et The Violent Blue renouent brillamment avec le spleen originel des duettistes, quand Circles et Elegant Disasters en constituent deux épures presque parfaites d'élégance et de nonchalance. Eat Shit and Die est une chanson qui à son intérêt - au delà de son titre - oscillant entre ballades électro et saillie noise. Au final, the Violent Blue est un très bon EP de six morceaux. A chacun d'en tirer ses conclusions. La mienne : ce que the Postal Service a su coucher en un album, Electric President le fera en trois ou quatre. Au bout du compte, ce n'est qu'une question de patience. Et l'occasion d'un bon best-of.

Thibault

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Electric President - Elegant Disasters

Tracklist

Electric President - The Violent Blue (Morr Music, 2010)

01 - The Ocean Floor
02 - Mr. Gone
03 - Feathers
04 - Safe and Sound
05 - Nightmare No. 5 Or 6
06 - The Violent Blue
07 - Circles
08 - Elegant Disasters
09 - Eat Shit And Die
10 - All The Distant Ships


The Go Find

go-find-4Dieter Sermeus est un doux rêveur en plus d'être belge. Et comme tout laborantin d'onirisme pop qui se respecte, avec The Go Find, il distille ses comptines électro-acoustiques depuis 2004, et son album Miami, sur le label berlinois Morr Music. Encore un dira-t-on. Oui mais pas n'importe lequel. D'ailleurs ledit label se fend d'une succulente description s'agissant de ce troisième album au titre à rallonge, Everybody Knows It's Gonna Happen Only Not Tonight, qu'il présente sur son site comme "le bruit à peine perceptible des céréales touchés par le lait. Un bruit à la fois réconfortant et addictif". La perte de l'innocence, le tumulte doux amer du doute et la mélancolie engendrée par les premiers amours perdus, un drôle de programme en somme pour un gaillard de trente piges. Loin de laisser insensible, le disque, mariant à merveille candeur du ton et beauté des arrangements, sort le 14 février et résonne comme une invitation à s'isoler et à laisser défiler le temps, les écouteurs bien ancrés sur les oreilles. On vous en offre deux extraits. Et non des moindres.

Thibault

Audio

The Go Find - Everybody Knows It's Gonna Happen Only Not Tonight

Bonus

The Go Find - One Hundred Percent