Johnny Hawaii l'interview

Difficile de décrire autrement la musique ondoyante du Marseillais Olivier Scalia, et de son projet solitaire Johnny Hawaii, autrement qu'en la ramenant à son élément premier : la mer. Celle d'huile léchant paisiblement quelques doigts de pieds en éventail, celle agitée, ravissant de ses lames, une soif inextinguible de sensations fortes. Il est presque impossible d'ailleurs de traverser par l'écoute ses tribulations hypnotiques sans se sentir parcouru, presque immédiatement, d'un alanguissement classique des périodes estivales caniculaires. Dédaignant les mélodies pour les loops et arrimant sa ligne de flottaison à la répétition de motifs sonores en perpétuelle recomposition, notre homme s'intime tel le double antithétique d'un High Wolf s'étant épris de surf music, ou d'un Matt Mondanile de Real Estate et Ductails ayant découvert pied au plancher l'ayahuasca, balayant le sable le plus cramé de soleil de ses vagues auditives génialement paresseuse et « où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée » (lire). Quatre ans après un split partagé avec l’Américain Dan Svizeny de Cough Cool (lire), et trois après son premier LP Southern Lights (lire), le Phocéen vient de révéler le 21 mars dernier, une nouvelle fois via La Station Radar (lire), son second album New Age On A Board, aussi aéré qu'apaisé. L'occasion idoine pour lui poser quelques questions, en plus de lui soutirer une mixtape pour le moins relaxante. Fermez les yeux, il est lundi, les vacances sont proches, et l'onirique morceau Fluoreswamp est en écoute exclusive ci-après.

Audio (PREMIERE)

Olivier Scalia aka Johnny Hawaii l'interview

Johnny Hawaii - New age on a board - photographie_johnnyhawaii_parfleurd

Photo © Fleur Descaillot

Cela fait presque trois ans que tu as sorti ton premier LP solitaire Southern Lights. Était-ce compliqué de lui donner une suite ou as-tu préférer prendre ton temps pour essayer de le faire vivre un maximum, notamment par le biais de concerts ? Qu'as-tu fait pendant ces trois longues années ?

Il y a deux raisons principales aux (presque) trois années écoulées entre les deux albums. La première est qu'effectivement j'ai pas mal joué après la sortie de Southern Lights. Il y a eu plus de dates que je ne l'espérais, de bons festivals et il a fallu bosser le live, donc pendant un an tout le temps dédié à la musique le fut aux préparations de concerts. Ce n'était pas calculé, ça s'est présenté comme ça. Et Southern Lights  a bien vécu!

La deuxième est que pour le nouveau disque je voulais laisser les choses venir. Je m'étais mis la pression pour Southern Lights, c'était mon premier LP et j'ai parfois un peu perdu les pédales pendant l'enregistrement. Donc, du temps pour enregistrer, puis attendre les dispos des personnes avec qui le label et moi souhaitions travailler pour le mixage et le mastering, concevoir la pochette, ajouté aux délais de pressage du vinyle...tout ça a pris une année supplémentaire.

Ton prochain album, New Age On A Board sort ce mois-ci. L'inscris-tu dans la continuité du précédent ou as-tu opéré une rupture dans ton procédé d'écriture ?

Avec ce nouvel album, je voulais pousser un peu plus loin les idées développées sur Southern Lights. Le procédé d'écriture est peu ou prou toujours le même, je crée une ambiance sonore en triturant samples et synthétiseurs, puis viennent les percussions et la basse. Les guitares arrivent toujours en dernier.

J'ai cette fois-ci davantage travaillé sur le son. Je tenais aussi à ce que les musiques d'arrière plan, les « ambiances » donc puissent tenir debout toutes seules à la manière d'un véritable album d'ambient music, qu'elles ne soient pas purement décoratives.

L'une des permanences entre les deux albums est cette façon très particulière que tu as de sculpter une certaine idée de la mélancolie sur les sables mouvants d'un alanguissement instrumental. Quelles émotions tentes-tu d'émettre via tes compositions ?

J'ai découvert et réalisé que mes morceaux dégageaient mélancolie et langueur en lisant les chroniques du dernier album, là ou moi je ne voyais que laisser-aller, « coolitude ». Il va falloir que je commence à accepter mon spleen... Plus sérieusement, je n'essaie pas tant de transmettre des émotions que de créer une ambiance, un cadre, poser l'auditeur à un endroit qu'il va devoir explorer lui-même.

Une autre permanence évidente : la durée des morceaux, longue, et l'absence de chant au profit de fields recordings plaçant la nature et les éléments au cœur de tes morceaux. L'expérience musicale signifie-t-elle pour toi l'idée de voyage introspectif, à la manière de ce que peux faire High Wolf, et l’irruption des piaillements d'oiseaux ou du bruit des vagues possède-t-elle à tes yeux une symbolisation autre que figurative ?

Oui, il s'agit de ça, fermer les yeux et creuser en soi, à la recherche de territoires inconnus. Le chant des oiseaux est la porte d'entrée de ce monde intérieur, il est là pour te signifier que ça y est, tu l'as pénétré. Les vagues sont le véhicule, elles vont faciliter le périple, te porter d'un bout à l'autre du voyage.

Plus techniquement, je ne chante pas parce que je suis un mauvais chanteur. Quant à la longueur des morceaux, c'est un choix conscient, comme dit plus haut, je voulais pousser loin certaines idées effleurées sur Southern Lights. New Age On A Board est en fait un seul morceaux de quarante minutes, un récit découpé en cinq chapitres.

Ton approche rythmique semble plus complexe, notamment en installant d'éparses percussions faisant apparaître une batterie qui se laisse désirer - notamment sur Fluoreswamp - ou en te servant de quelques boîtes à rythmes : tes vagues psyché se muent alors en ondulations cosmico-kraut. Quelles sont tes sources d'inspiration en la matière ? 

Tous les rythmes, batteries et percussions proviennent de samples. J'ai voulu tout d'abord élargir ma palette, je suis allé chercher des sons et motifs dans les musiques traditionnelles, le jazz, la musique contemporaine là où précédemment je faisais mon marché uniquement dans la surf music et l'exotica. J'ai même samplé un bon gros morceau de variétoche... J'ai ensuite essayé d'intégrer ces rythmiques au mouvement général, à l'onde, et d'espacer les interventions, de ne pas me contenter de poser une boucle et de la laisser tourner, ce que j'ai pu faire par le passé. Donc pour répondre à la question, oui j'ai complexifié mon approche rythmique, dans le sens où les rythmes ne sont plus là uniquement pour servir de socle aux guitares.

Mon influence principale en matière de musique psyché/cosmique reste Pink Floyd, en particulier les albums Meddle, Ummagumma et la BO de More, bref, toute la période pré Dark Side Of The Moon. Je me suis plongé très récemment dans la musique kraut et kosmische, également dans la musique new age, j'ai pas mal accroché sur Popol Vuh, Neu! et Laraaji. C'est assez frais, mais ça s'entend peut-être déjà sur mes enregistrements.

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Comme son nom ne l'indique qu'à moitié, la musique que tu produis semble plus tournée vers une sorte de mysticisme assumé. Se traduit-il dans ta vie de tous les jours ? Ou est-ce ce que tu tentes de transmettre aux gens de ta personnalité via ta musique ?

Ça reste avant tout une expérience musicale. L'idée du voyage introspectif, j'apparenterai plus ça au psychédélisme sixties qu'à du mysticisme. Je ne me promène pas en toge dans les collines avec des petites clochettes en annonçant la dernière vague qui nous emportera tous.

Tu es originaire et tu vis à Marseille. Outre tes accointances artistiques, en quoi cette ville déteint sur ta musique ? Pourrais-tu composer ailleurs ?

Le bruit des vagues présent sur quasiment tous mes morceaux n'est pas anodin, l'environnement influe forcément. Est-ce que la mélancolie et la langueur auxquelles tu as fait référence sont aussi le produit de cet environnement? C'est possible.

Oui je pense qu'au bout de deux albums et demi j'ai bien intégré la matrice Johnny Hawaii et je pourrais composer ailleurs sans que ça n'influe forcément sur le résultat.

Ton disque sort à nouveau via La Station Radar. Quelle est ton histoire avec cet iconoclaste label basé dans le Lubéron ? 

Jérôme et Fleur, qui gèrent La Station Radar sont présents avec moi depuis le début. Ils ont sorti ma première cassette en co-release avec Hands In The Dark et Atelier Ciseaux, puis Southern Lights encore une fois avec Hands In The Dark. Cette fois-ci ils sont seuls aux commandes. Le fait qu'on habite le même coin a sans doute facilité les choses, on a pu se rencontrer et nouer des liens qui vont au-delà de la simple collaboration discographique. On a en outre la même vision de la musique, de ce que doit être un disque, de comment il doit être présenté. Ils prennent vraiment soin de chacune de leurs sorties. Je suis maintenant un artiste « maison », j'aime bien cette idée de parcours commun.

Quelle est ton approche de l'expérience scénique ? Est-elle distincte pour toi que celle que tu retranscris sur tes disques ?

J'envisage la scène comme un espace récréatif. Lorsqu'on passe des semaines à bosser en solo sur des morceaux, il est important à un moment donné d'ouvrir les fenêtres, faire respirer tout ça, de « jouer » littéralement. C'est aussi l'occasion de m'immerger totalement dans la musique, de m'y perdre alors que dans le processus d'enregistrement il y a toujours un recul à avoir, une analyse permanente de chaque chose.

Comme sur disque j'essaie d'installer un climat et d'envoyer une vibration, sans forcément jouer les morceaux à la note près, en espérant que l'auditeur se branche sur la même fréquence, rentre dans le truc.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

J'ai la chance de travailler dans une grande médiathèque avec un immense fond musique. Lorsque je suis en phase d'enregistrement je me constitue toujours un gros stock de CD à la recherche de sons à sampler qui pourraient former ma matière première sonore. J'ai sélectionné des titres qui ont pu servir ou serviront peut-être.

Mixtape

01. Piero Umiliani - Papete Aru (Exotic Mood 3)
02. Ronny & the Daytonas - Nanci.
03. The Musicians of Tampaksiring Temple - Galan Kangin
04. Stu Philipps - Ceylon - Goyapana
05. Bud Shank - Up in Velseyland
06. Eden Ahbez - Full Moon
07. Kurt Bloch - Lude 9.6
08. The Surf Mariachis - Baja
09. Pink Floyd - Quicksilver
10. Piero Umiliani - Le Isole dell'Amore (Nel Villaggio)

Tracklisting

Johnny Hawaii - New age on a board (La Station Radar, 21 mars 2016)

A1. Into la manglar
A2. Bali Kraut
A3. The cool box
B4. Fluoreswamp
B5. New age on a board


Stephen Molyneux - The Shape of Clouds to Come

Entre l'outsider Stephen Molyneux, délayant une folk expérimentale, éthérée et suspendue aux bribes du temps, et le label établi dans l'ensoleillé Lubéron La Station Radar, responsable cette année d'un beau disque de Fausto Maijstral (lire), l'histoire ne date pas d'hier. Elle tire ses racines dans un disque un peu fou, The Beginning of a Protracted Struggle, composé en 2009 par un joli all star de la folk aventureuse, réunissant au sein de Horsehair Everywhere, Frank Baugh de Sparkling Wide Pressure, Geoffrey Sexton, Patrick Singleton, Caleb Steelman, Samuel Steelman, TJ Richards, Lee Noble et donc Stephen Molyneux. Et si les deux derniers cités ont ensemble fondé No Kings Records, notamment pour sortir leur projet commun aux résonances post-punk assumées Poet Named Revolver, notre homme, de retour d'un long voyage en Thaïlande, s'est naturellement entiché des orfèvres de La Station Radar afin de donner une suite, le 8 décembre dernier, à son ultime effort solitaire Called to Leave (No Kings, 2013). Une nouvelle fois enregistré à Nashville, comme toutes ses productions, l'EP The Shape of Clouds to Come est le fruit de sessions rassemblant Alice Buchanan au violon, Caleb Steelman à la batterie, le gracile Lee Noble aux claviers et Stephen Molyneux au chant et à la guitare. Rasséréné comme un soir d'été au fin fond du Colorado, paisible telle une invitation à la rêvasserie et éternel comme une musique américaine, le lyrisme folk de Stephen Molyneux se pare d'une ampleur insoupçonnée quand ce dernier entonne ses morceaux avec une volubilité si fragile et charnelle, usant d'un timbre vocal qu'un Léonard Cohen jeune n'aurait certainement pas renié. A l'image de ses clichés photographiques révélant une luminosité toute particulière, clichés pris lors de son périple en Asie du Sud et illustrant chacun de ses albums, Stephen Molyneux confère une coloration à ses balades pastorales, entre brumes magnétiques et fragments mélancoliques, tissant un intime voile sonore, entre réverbérations et scintillement dronisant, que chacun prendra pour soi en plein cœur de l'hiver. Pour preuve, l'élégie des morceaux An Oath to Beds We Lie Upon et Bones Pored Over, matinée des ondes instrumentales de Light Drawn ou Moon to Will the Salt.

Audio (FULL STREAM PREMIERE)

Tracklisting

Stephen Molyneux - The Shape of Clouds to Come (La Station Radar, 8 décembre 2014)

A1. An Oath to Beds We Lie Upon
A2. Light Drawn
B1. To Divide Us
B2. Bones Pored Over
B3. Moon to Will the Salt


Zach Phillips l'interview

Zach PhillipsQuel est le lien de toutes mes sorties futures ? J'sais pas exactement, peut-être, l'expression : marginalité glorieuse. Voilà comment Zach Phillips, instigateur d'OSR tapes et accessoirement d'une montagne de groupes dont Blanche Blanche Blanche, termine sa newsletter dédiée à sa livraison de novembre avec treize nouveaux LP et cassettes à la clé. Et pas la peine de vous émouvoir, dans la liste vous n'en connaissez aucun, à moins de fréquenter le zigue ou d'arpenter, comme nous, les limbes d'internet. De Blanche Blanche Blanche justement, qu'un ami chroniqueur émérite pour Magic RPM m'a fait découvrir, il y a quelques années déjà, à l'entame d'une seconde bouteille de Whisky, Zach Phillips vient d'y mettre un terme avec le récent Hints To Pilgrims après avoir enchaîné sans discontinuer plus de dix long formats, squattant pour l'occasion des labels tels que Night People avec Wink With Both Eyes, La Station Radar avec Papas Proof (lire), NNA Tapes avec Wooden Ball (lire), et bien sur OSR sur lequel se clôt cette histoire ultra lo-fi gribouillée à l'emporte-pièce, avec des morceaux ne dépassant que très rarement les deux minutes et traversés d’inénarrables coups de folie mélodiques. Si Honeycomb et Uncrazy, extraits dudit album testamentaire et mise en images dans la grande tradition DIY du bonhomme, sont à découvrir ci-après, ce n'est pourtant pas de celui-ci que le prolifique New-Yorkais nous cause dans l'entrevue qui suit, mais bien de la suite de ses travaux d'agit-prop forcément sur les rails avec un premier album sous son nom propre dénommé New Cartoons paru en mai dernier sur Gnar Tapes, sachant que deux cassettes sur Lillerne Tape ClubRecorded In Heaven (2013) et Recorded In Hell (2014), précédaient l'objet. L'occasion idoine de lui soutirer une mixtape afin d'éclairer notre lanterne s'agissant de ce puits sans fond que représente cet amoncellement de groupes délayant sur son label une pop expérimentale, potache, aussi radicale que fascinante.

Zac Phillips l'interview

Zac PhillipsAprès avoir sorti quelques singles et LP sous le nom de Blanche Blanche Blanche, comment le concept de votre projet personnel t’e t-il venu ? Pourquoi avoir arrêté BBB  ?
After releasing some singles and LP under the Blanche Blanche Blanche moniker, how did the whole concept of your own project il manque un verbe? Why did you stop BBB ?

D’une certaine manière, les objectifs du projet avaient silencieusement atteint leur combustion finale (au cours de sa vie, le feu était tellement nourri que je n’avais même pas remarqué une quelconque source de combustible). Je crois que “Hints To Pilgrims” est l’accomplissement du message qu’il s’est avéré qu’on voulait faire passer à travers notre musique (il suffit d’écouter les paroles, tout y est). Je suis très fier de ce qu’on a été capable de faire ! Si on travaille ensemble dans le futur, je sais que ce sera pour de nouvelles raisons.

Somehow the goals of the project silently reached a final combustion -- for its life the fire was so generous I somehow failed to notice any fuel source. I think "Hints To Pilgrims" completes the message we turned out to want to send through our music -- listen to the lyrics and you have it all. I'm really proud of what we were able to do ! if we work together in the future , I know it will be for new reasons.

Tes premières sorties avec BBB étaient très lo-fi. Comment décrirais-tu ton nouvel album New Cartoons, et quelles sont tes influences principales pour ce projet ?
Your first releases with BBB were very lo-fi. How would you describe your new album New Cartoons, and who are your biggest influences in this project?

Je ne sais toujours pas ce que signifie “lo-fi” ; une fois, j’ai écrit un poème à ce sujet mais tout ce que j’ai découvert c’est que les journalistes musicaux ne savent pas grand chose à comment la musique est créée. “New Cartoons” a été écrit et enregistré pendant des périodes consécutives d’agitation, de trouble et de transition. A cette période, deux musiciens m’ont conseillé plus qu’ils ne l’ont réalisé : Christina Schneider (avec qui je joue désormais dans CE Schneider Topical & Jib Kidder) et Joey Pizza Slice (AKA Son Of Salami). L’action d’”influence” est réellement interpersonnelle. Ceci dit, je respire la musique de Syd Barrett, de Tori Kudo, de Sappho. Et par dessus tout : je joue de mon instrument.

I still have no idea what "lo-fi" is ; one time I wrote a poem about it trying to find out but all I found out is that music journalists don't know very much about how music is created . "New Cartoons" was written and recorded during consecutive periods of unrest , turmoil , transition . during those times two musicians counseled me more than they could realize : Christina Schneider (who I now play with in CE Schneider Topical & Jib Kidder) and Joey Pizza Slice (AKA Son Of Salami) . the action of "influence" is really interpersonal . that said , I breathe the music of Syd Barrett , of Tori Kudo , of Sappho . above all : I play my instrument.

Ton processus d’écriture est-il différent quand tu écris pour tes projets personnels ?
Is your songwriting process different when writing songs for your own project?

Non. Je me mets au piano, j’essaie des idées, des idées contraires et je les retiens.

No . I just play the piano, try ideas, try against them, and remember.

Quelles sortes de sensations mets-tu dans tes morceaux ?
What kind of feelings do you put in yours songs?

Autant que je peux en mettre sans forcer !

As many as I can fit without trying to !

BBB

Pourrais-tu m’en dire plus sur New Cartoons ? Les morceaux ont-ils tous une histoire particulière pour toi ?
Could you tell me about New Cartoons? Do the songs all have a particular story behind them ?

L’histoire est celle d’un musicien qui n’appartient à aucune communauté (j’y travaille toujours) et qui essaie de se surprendre lui-même et y parvient. Ça parle aussi de quitter le Vermont et tout ce qui s’ensuit.

The story is of a musician without community (I'm still working on that !) trying to surprise himself and succeeding . it's also about leaving Vermont behind & things attendant to that.

Pourquoi avoir choisi Gnar Tapes pour cet album ? Te sens-tu proche d’eux ?
Why did you choose Gnar Tapes for this album? Do you feel close to them?

Carrément ! Ce sont de gros fêtards. Enfin, tu as beaucoup de temps libre pour faire la fête quand tu comprends à quel point un disciple de la musique demande de la simplicité de ta part. Ces gars jouent avec leur cœur, ils travaillent sans cesse et ils touchent toujours le centre du problème. Il faut les bénir !

I do ! they're real party animals. well , you have a lot of time to party when you figure out how simple a servant music asks you to be. those guys play from the heart, they never stop working, and they always strike deep at the heart of the matter. I say bless them !

Ton label OSR a beaucoup de nouvelle sorties prévues pour novembre. Quels sont tes obejectifs avec OSR ?
Your label OSR 've got a lots of new release in november. What's your specific goals with OSR?

A tous ceux qui lisent ceci : s’il vous plaît visitez www.osr-tapes.com et regardez les vinyls et les cassettes que je sors. Ecoutez la musique. Vous serez surpris ! Mes objectifs : encourager une communauté, la promouvoir ; ne pas grossir, ne pas être le prochain label indé à la mode mais continuer à faire et à aider l’art radical !

To anyone reading this : please visit www.osr-tapes.com and read about the vinyl & tapes I'm releasing . listen to the music . you will be shocked ! my goals : to foster community , to further it ; not to grow , not to be the next celebrated indie label , but to --continue-- making & facilitating radical art !

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Quels sont les projets futurs pour toi et OSR ?
What’s next for you & and OSR?

Je travaille avec Jib Kidder et CE Schneider Topical. Les deux seront bientôt en tournée. Je suis également en train de préparer les prochaines sorties, et je travaille sur un album intitulé Martyr Group (d’après le collage de Philip Taaffe) avec d’excellents musiciens. Comme d’habitude : j’enregistre de nouveaux groupes dans mon studio, Manual FX, j’enseigne le piano et j'apprends la basse !

I'm working with Jib Kidder and CE Schneider Topical . both acts will be touring soon . I'm also already readying the next batch of releases , and working on a record called Martyr Group (named after the Philip Taaffe collage) with some excellent musicians . as usual : recording more bands at my tape studio , Manual FX , teaching the piano , & studying the bass !

De quels groupes actuels te sens-tu proche ?
Which today’s bands do you feel close to?

Tout le monde sur OSR : Maher Shalal Hash Baz, Wild Of Night, Weldon Sandusky, R. Hundro, Thin Lizzy, Sediment Club, Tredici Bacci, Black Bananas, Fat Worm Of Error, Cloud Becomes Your Hand, Chris Cohen's Club Sandwich, Mary Lou Williams. En ce moment, je me sens très loin de tout ce musée new-yorkais du punk art. Je me sens très loin d’une quelconque esthétique. Je pourrais continuer mais ça me fait me sentir mal, ces fonctions de listes et de différenciation, non?

Everyone on OSR is --key-- . Maher Shalal Hash Baz . Wild Of Night . Weldon Sandusky . R. Hundro . Thin Lizzy . . Sediment Club . Tredici Bacci . Black Bananas . Fat Worm Of Error . Cloud Becomes Your Hand . Chris Cohen's Club Sandwich . Mary Lou Williams . at this moment I only feel very far away from the NY punk art museum . I feel very far away from aesthetics on the whole . I could go on but they starts to feel bad , the "list" and "differentiation" functions , don't they ?

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?
Could you present your mixtape to us?

Absolument ! C’est la musique que j’aime, la musique qui me bouleverse, la musique qui m’a fait changer. Une partie a été sortie sur OSR. Merci de m’avoir demandé de faire cette mixtape !

I can ! this is music I love, music that shocks me, music that changed me. some of it is music I've released on OSR. thank you for asking me to make it !

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

Mixtape

01. Picky Picnic - Was ich haben will
02. Pressler-Morgan - You're gonna watch me
03. Hoodwink - Boom
04. The Polyphonic Size - Tell me
05. Moth Eggs - I give up
06. Punks on Mars - Showers of pain
07. Sis q lint - Chapel of memories
08. Mark Beer - The small get by
09. The Dream Scene - New emotion
10. The Mistakes - Romance
11. Dj Spanish Fly - Cement shoes
12. Warning - Why can the bodies fly
13. Tnt - I remember '77
14. Ruth Garbus - I took a walk
15. Ed Askew - Two hands dancing
16. John d Loudermilk - Do you
17. Zach Phillips - Excerpt of an untitled opera in progress
18. Maher Shalal Hash Baz - Whisper not

Vidéos

https://www.youtube.com/watch?v=txvSC9c5cyA
http://www.youtube.com/embed/wUGFp-I_jWA
http://www.youtube.com/embed/EDgkylfoWd8

A paraître sur OSR

Vinyles

OSR26 Hartley C. White "This Is Not What You Expect" LP
OSR25 Blanche Blanche Blanche "Hints To Pilgrims" LP
OSR24 Chris Weisman "Monet In The 90s" LP
OSR27 Ruth Garbus "Joule" 7" EP

Cassettes

OSR28 CE Schneider Topical "Look Who Showed Up Out Here" CS
OSR23 Jimmie Packard "A Time To Look Back" CS
OSR22 Palberta "Shitheads In The Ditch" CS
OSR21 The Dream Scene "New Emotion" CS
OSR20 Ed Askew "Rainbow Bridge" CS
OSR19 Moth Eggs "Recursive Surfing" CS
OSR18 v/a "Music On A Tape : Songs by Chris Weisman" CS
OSR17 Ian Kovac Jr Jr "You'll Know It When You Feel It" CS
OSR16 Kateboard "That's Not A Helicopter" CS


Fausto Maijstral vs Sádon

Fausto Maijstral - FrontD'un côté Fausto Maijstral, duo berlinois composé de Du Champ et Will Gresson, de l'autre Sádon, entité russe partagée par Donat Mavleev et Sanya Vorobey. Deux dénominateurs communs, un penchant pour les drones électriques, voir synthétiques, et une terre d’accueil, l'hexagone, où séjourne leurs labels respectifs, La Station Radar et BLWBCK. L'air de rien, en France, la musique expérimentale, nourrie d'improvisation, passionne et engendre de belles histoires telles celles de leurs albums à voir le jour les 27 et 25 janvier prochains sur ces deux micro-structures qu'on ne présente plus (lire ici et ). A la fois méandreuses, obscures et mélancoliques, leurs compositions bien que différentes dans leur chimie intrinsèque - Fausto Maijstral s’imprègne des silences, Sádon étire le bruit - n'en restent pas moins les plus courts chemins vers l’introspection, la méditation et le rêve. De quoi occuper sans ciller nos longues nuits d'hiver.

Audio

Tracklisting

Sádon

Fausto Maijstral - s/t (La Station Radar, 27 janvier 2014)

A1. Lucky 15
A2. Naval Reserve
B1. Kesington
B2. Epitaphium

Sádon - Fire+Water (BLWBCK, 25 janvier 2014)

FIRE
A1. Desolation
A2. Condor
A3. Nameless Soul
A4. Dernier Refuge

WATER
B1. Water Starter
B2. Born In The Barrel
B3. Sleep
B4. Quit Heaven


Johnny Hawaii - Driving Through The Jungle (PREMIERE)

Certains s'entichent d'un coquillage pour ouïr le lent ressac d'une mer rêvée, subodorée. D'autres, les yeux fermés, dérivent au rythme des odes scintillantes et flottantes du Marseillais Olivier Scalia, usant du patronyme de Johnny Hawaii pour embarquer qui le veut bien sur d'immenses plages sonores - où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée. Après un étincelant split cassette en compagnie de Cough Cool sur les labels Hands in the Dark et La Station Radar (lire), le dream expop surfer inocule avec son ultime Southern Lights, paru le 30 septembre dernier sur les précités labels, une invitation à la contemplation nostalgique, le regard scrutant la langueur de sonorités s’immisçant à équidistance des Américains de Ducktails et Real Estate et des standards surf-pop chers aux Beach Boys. Mâtiné d'un humour certain se révélant à la lecture du tracklisting, Southern Lights distille nonchalamment un charme fécond que subjugue le collage animé de Fleur Descaillot, à découvrir ci-après, pour la paisible Driving Through the Jungle.

Johnny Hawaii sera en concert le 26 octobre à Marseille en première partie Orval Carlos Sibelius et squattera l'Espace B le 26 novembre prochain. D'ici là, prévoyez lunettes noires et rabanes.

Vidéo (PREMIERE)

http://vimeo.com/76207006

Audio

Tracklist

Johnny Hawaii - Southern Lights (La Station Radar / Hands in the Dark, 30 septembre 2013)

A1. The parrots are not what they seems (They are just pigeons on acid)
A2. Driving Through the Jungle
A3. Canoeing Down a Quiet River
B1. Inner Beach
B2. Psychic Suntan


The Garment District remixed by Sonic Boom

Nous ne nous lasserons décidément jamais de faire de la place  à Jennifer Baron alias The Garment District (lire) tant son album Melody Elder (lire) - paru via le label de Shawn Reed  Night People - ressemble au quartier effervescent de New-York auquel son non de scène fait référence, un panorama à la fois étourdissant de vitalité et empreint d'une certaine nostalgie. Aujourd'hui c'est au travers d'un remix que la jeune femme nous revient et non des moindres puisque c'est de Nature Nurture dont il est ici question; titre nodal et intemporel de son dernier album qui se voit revisiter avec sensibilité et minutie par l'une des figures les plus influentes dans la construction de l'univers musical de l'ex Ladybug Transistor :  Sonic Boom. Qui d'autre que la Station Radar pouvait ainsi transformer en un objet rare et indispensable cette rencontre aussi élective que féconde. Le 7", agrémenté d'une face B composés de deux titres inédits, est donc disponible en vinyle depuis le 15 octobre via le site du label (ici) ; occasion rêvée de faire le point avec les éminents tenanciers de cette belle maison en une mini interview et une mixtape à délecter  sur le pouce.

Audio

Interview

Comment êtes-vous rentré en contact avec Jennifer et comment est né l'idée de ce maxi 7" ?

Jerome : On a découvert Melody Elder son premier album sorti en cassette sur le label Night People, on s'envoit mutuellement nos sorties avec Shawn. J'ai pas mal échangé de mails avec Jennifer et à sa demande je l'ai mise en contact pour des chroniques en france/eu. La suite, un jour elle nous a envoyé un mail pour nous parler de ce projet...

Ce n'est pas Fleur qui est à l'origine de l'artwork du disque. Pouvez-vous nous donner quelques pistes sur celui-ci ?

Fleur :  C'est Jesse Treece un artiste qui vit et travaille à seattle qui a créé l'artwork. Après avoir contacté Jennifer pour lui parler de sa musique, ils ont pensé à travailler ensemble. Et Jennifer lui a mailé des images "vintages" collectées dans des vieux magazines de ses grand parents, elle en a sélectionné certains, ceux qui correspondaient le plus à sa musique et à elle. Le design du 45T a été créé à partir de sa sélection. Vous pouvez voir ses magnifiques collages via son site web

Jennifer travaille sur un prochain album... verra-t-il le jour sur La Station Radar ? Si, oui, quels en sont les détails ?

Jerôme : Jennifer commence à composer son nouvel album. Nous n'en savons pas plus pour l'instant. Ça a été un vrai plaisir de travailler avec elle. Nous aurons toujours plaisir à l'accueillir elle et sa musique.

Concernant le futur proche de La Station Radar, à quoi doit-on s'attendre ?

Fleur : Nous préparons une nouvelle compilation, la première compilation LSR était sortie sur CD, celle ci sera un double vinyle, à paraître en 2013. Un second pressage de « Mars is heaven » d’Ela Orleans. Et d’autres vinyles, LPs que l'on dévoilera un peu plus tard… Et aussi un nouveau projet de micro-édition de sérigraphies et petit fanzines, avec des éditions de cassettes.

Mixtape

1. G.U. Hsu - The English Sound table
2. Neu - Isi
3. Broadcast - Echo's Answer
4. Ed Askew - Peter and David
5. Animals & M - Terraplane Fixation
6. The clean - At bottom
7. Oval - Allesin Gedankun
8. Pumice - Greenock
9. Spacemen 3 - Feel so good
10. Angus Mac Lise - Soundtrack Counter Culture Chronicles
11. Delya Derbyshire - Sychrondipity Machine
12. Sonic Boom & Spectrum - 2 chord & 12 b.


Blanche Blanche Blanche - Wink With Both Eyes / Papas Proof

Blanche Blanche Blanche est l'une des créatures dégingandées sorties tout droit du cerveau de Zach Phillips, génial stakhanoviste à l'imagination sans limite, d’OSR Tapes - son label - à Nals Goring, Sord, GDC et plus récemment Motion, ses autres casquettes patronymiques. Épaulé de Sarah Smith dans son déchaînement discographique estampillé 2012 - pas moins de six parutions à se mettre sous la dent cette année -, la paire n'a de cesse d'évoquer par le biais de ses comptines ultra lo-fi, au synthétisme pop décharné, un juste milieu inimaginable et inénarrable, entre Young Marble GiantsJohn Maus et The Space Lady. La preuve par deux albums divulgués quasi conjointement sur les labels Night People et La Station Radar - respectivement Wink With Both Eyes et Papas Proof - enregistrés tout deux en 2011 et dénombrant à eux seuls pas moins de vingt-huit morceaux à l'esthétisme bancal et alambiqué, mais néanmoins nervuré jusqu'à l'extrême bidouillage. Ainsi, si la voix de Sarah s'éprend tour à tour des intonations mal assurées d'Alison Statton ou de celles spectrales et obnubilantes de Suzy Soundz (Wink With Both Eyes), l'instrumentation oscille quant à elle entre l'épure chère au mythique trio de Cardiff, notamment cette parcimonieuse guitare résonnant tel un doux radicalisme à l'aridité poétique (Mercantile Rugs, The Fake), et l'abondance de sons émanant d'un dédale de claviers vitupérant d'indescriptibles gimmicks dans la nasse électro-cheap des années quatre-vingt (Fireworks). Trois références prégnantes donc, mais loin de recouvrir exhaustivement l'intrépide inspiration du duo ne s'embarrassant d'aucun carcan. En témoignent les cyclothymiques The Game et Body Talk, piochées dans chacun des deux albums et faisant montre d'un concis et méthodique empilement de strates mélodiques. Le seul bémol au regard d'une telle logorrhée compulsive - entre radicalité, profusion et construction labyrinthique - est qu'il s'avère quasi-impossible de tenir la cadence sur l’entièreté d'un album sans éprouver un vertigineux sentiment d'égarement. Peut-être pour cela aussi que Papa Proof s'avère plus cohérent et moins déroutant que Wink With Both Eyes, et ce, même si ces dernières qualités sont loin d'être les buts avoués d'un groupe ayant sorti en avril dernier une cassette regroupant vingt-quatre edits. Il fut un temps où dénicher ne serait-ce qu'une chanson de Blanche Blanche Blanche relevait de la gageure. Alors tout compte fait, inutile de bouder son plaisir - quitte à faire une cure d'aspirine.

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Tracklist

Blanche Blanche Blanche - Papas Proof (La Station Radar, 2012)
01. The Game
02. The North Cave
03. Chain Of Relief
04. My Plane Is Falling
05. In The Ring
06. Me Quentin
07. Papas Proof
08. Vermont Reservation
09. Do Or Die
10. Green Light
11. Lightweight
12. 24 Hours To Midnight

Blanche Blanche Blanche - Wink With Both Eyes (Night People, 2012)

01. Results
02. Fireworks
03. Runny Day
04. Wink With Both Eyes
05. The River
06. Jason's List
07. Mercantile Rugs
08. That's Siberia
09. The Fake
10. Ana's Life
11. Body Talk
12. With Or Without You
13. She's Adopted
14. aAppetite
15. Duke On The Beach
16. 4amous 4


Meursault vs La Station Radar Mixtape

L'Ecosse fait partie de ces contrées, avec l'Islande, où la géographie esquisse avec majestuosité cet indicible enlacement entre intimité inviolée, bardée de mystères, et splendeur céleste, où l'infini s'empare de l'âme. Des paysages irréels où la beauté des sentiments humains se confond au vertige d'une nature indomptée et où la musique de Shaun Falconer s'insinue à dessein, entre onirisme et introspection. Sous le patronyme Meursault, l'écossais s'invite dans le catalogue de La Station Radar le temps de Clunskea (voir), une Fake Tape en apesanteur. Soit un quart d'heure où l’artiste plonge son auditoire en plein drone méditatif. Hasard des circonstances ou non, Jérome Buchaca, moitié du label et déjà auteur d'une mixtape consacrée à la constellation post-punk des années 78/82 (écouter), livre concomitamment une vision très personnelle d'une Ecosse où il résida quelques années durant (lire). Intitulée One More Bar for the Road, celle-ci prodigue les charmes de ses drones mâtinés de folk aux confins d'une nuit entre merveille et ensorcellement.

Photo © Ali Bosworth

Fake Tape Series : Meursault

One More Bar for the Road Mixtape par Jérome Buchaca

01. Ashtray Navigations - Wolves Cone Muzzle
02. Christian Carter - Quiet Nights
03. Human Bell - Sleeps in the Garden
04. Richard Youngs - Broke Up by Night
05. Mersault - Fruitless Pursuit
06. Lavinia Blackwall - Cave of Cernunnos
07. Neil Campbell - Lost Predelic Moonshine Music
08. Shirley Collins - Richie
09. Mick Flower and Chris Corsano - One more bar for the Road
10. Alex Nielson - God Bless the Master
11. Vibracathedral Orhestra - Pharmacy


William Cody Watson interview & Mixtape

Au regard de leur polysémie, certains mots siéent à merveille au sujet qu'ils embrassent sémantiquement. Celui de "prolifique" épouse sentencieusement les contours vastes et extensifs de l'œuvre solaire de William Cody Watson, artiste touche à tout, plus connu sous les divers patronymes, voués à l’extinction, de Pink Priest, Malibu Wands ou Gremlynz. Prolifique - c'est à dire fertile et fécond à la fois - l'homme est susceptible de conjuguer, d'un même mouvement vers l'absolu et le néant, discographie démesurée, difficilement quantifiable, et sommation névrotique à la réflexion, à l'introspection. Jouant sur les textures sonores, au détriment d'harmonies réduites à leur portion congrue, et s'adonnant sans rémission à la contiguïté des sons - ces fameux "accords continus", pierre angulaire d'une drone music initiée par La Monte Young en 1958 - William Cody Watson donne corps à ses émotions, à son sentimentalisme exacerbé et exaspéré, entre plages méditatives, silences inquiets et fracas bruitistes. Odyssée désespérée et enivrante, sa musique brûle telle une invitation au voyage nihiliste, sans but certain et sans intention d'ailleurs, où ne compte que le mouvement, celui vain mais éternellement beau.

Nombreux sont et seront les réfractaires, insensibles à cette surdité mélodique, mais fidèles sont les adeptes d'une telle expérience extatique au bruit, s'éprouvant comme il se doit, dans les marécages insomniaques et opiacés de nuits tentaculaires. L'ouïe sensiblement arnachée à ses déflagrations cosmiques, les rétines ne sont pas en reste puisque de nombreuses vidéos, réalisées par des amis inspirés, doublent les éditions vinyles par des versions DVD. En témoigne le LP Swallow Your Dreams, récemment paru via La Station Radar, et magistralement porté à l'image par Geoffrey Sexton. Décliné par une mixtape à écouter et télécharger ci-après, cet LP, faisant suite à Honeysuckle premier long format du projet, est l'ultime sortie de William Cody Watson sous la patronymie Pink Priest. Une parenthèse se ferme donc mais la vision s'élargie au-delà d'un océan de promesses : celui qui griffonna un temps pour Impose Magazine et qui apporte aide et soutien inconditionnels à Jon Hency de Bathetic Records, s'évertue d'ores et déjà à diligenter en son propre nom ses pérégrinations contemplatives sur l'asphalte (Night Music for Driving I & II) et l'idiome cinématographique (le futur LP Bill Murray), et ce, tout en s'initiant à l'écriture au sein du Satan’s Crystal Art Collective. Cela, sans mentionner Scissoring, son projet avec Dan Svizeny de Cough Cool (lire). Prolifique on vous dit.

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Entretien avec William Cody Watson

J'ai lu sur ton bandcamp, que tu regrettais ne pas dormir vint-quatre heures sur vingt-quatre. Comment décrirais-tu ta personnalité et est-ce que celle-ci est indéfectible de ton approche musicale ?
I read on your bandcamp that you wish you could sleep 24/24. How would you describe your personality? Would you say it is relevant to the way you approach music in general?

Ouais, j’ai dit ça…C’est vrai. J’aime beaucoup dormir. On y est en paix. J’aime vivre dans mes rêves. Quant à ma personnalité… C’est assez difficile. Je ne sais pas trop, vraiment. Je suis quelqu’un d’un peu perdu. J’approche la trentaine et je suis toujours en quête d’une voie ; une voie vers quoi ? Je n’en sais trop rien. C’est vraiment la motivation derrière tous mes projets ‘’artistiques’’, qu’il s’agisse de musique, d’écriture, n’importe quoi vraiment. Je n’aime pas du tout parler de moi en tant qu’artiste, mais dans l’absolu, je me laisse guider par ma personnalité, mes moments d’excentricité, mes peurs et mes désirs.

Yeah, I said that... It's true. I love sleep. It's a time for peace. I love to live inside my dreams. My personality... Tricky. I don't know, honestly. I'm a mixed up guy. I'm in my late twenties and still trying to carve a path; a path to what? I'm not sure. That's the reason I make any kind of "art," be it music, writing, anything really. I hate referring to myself as an artist in any sense, but absolutely, it's driven by my personality, my quirks, my fears, and my desires.

Comment est né le projet Pink Priest ? En quoi est-il différent de tes deux autres projets épisodiques Gremlynz et Malibu Wands ?
How did you start Pink Priest? How is it different from the 2 other side-projects Gremlynz and Malibu Wands?

J’ai commencé Pink Priest entre 2007 et 2008. A la base, je voulais entreprendre quelque chose inspiré par mon environnement, avec de puissants amplificateurs de son qui émettraient une musique belle, chatoyante et ambiante ; de la drone mélancolique. Puissante, tout en demeurant bien ciblée et magnifique. Pas mal de choses ont changé depuis le début du projet, et j’ai fini par jouer en solo ma propre musique en cours d’année, jusqu’à fin 2008, pour expérimenter un peu. C’était au tout début de Pink Priest.

Gremlynz est né du fait que je commençais à en avoir marre du nom de Pink Priest et du tournant que la musique avait commencé à prendre. J’ai fini par m’inspirer de gens comme Spencer Clark et James Ferraro, qui parvenaient à monter tous ces projets sous des noms différents avec une aisance folle. Je voulais que Gremlynz soit de la minimale absolue. Le projet avait débuté pour exprimer un certain nihilisme (la majeure partie de mon travail prend racine dans une forme de nihilisme naïf), mais de manière amplifiée. A la base, je voulais que Gremlynz remplace peu à peu Pink Priest qui allait ainsi disparaître peu à peu dans l’ombre. Et puis, il s’est passé des choses qui ont rendu tout ça impossible. Alors, Gremlynz demeure un side-project, mais pour tout dire, certains morceaux sortis sous ce nom restent parmi les préférés de tout ce que j’ai pu faire jusqu’ici.

Je vais à Malibu Wands quand j’en ai marre de tout.

Pink Priest started sometime between 2007 and 2008. Originally, I wanted a project that would be focused on the living setting, loud amplifiers emitting beautiful, shimmering, ambient music; drone music, dirge music. Heavy, but focused, and beautiful. Things changed from the original plan, and by the middle to late end of 2008, I was making my own music, solo, as an experiment. That stuff became the early Pink Priest work.

Gremlynz was... initially it was started just because I was annoyed by the name Pink Priest and some of the directions the music of Pink Priest had taken. I looked at how easy it was for people like Spencer Clark and James Ferraro to just create all these names and projects, so I took a cue from that. Gremlynz was going to be absolute minimalism. It started as a project to express some sense of nihilism (most of my work is rooted in some naive sense of nihilism), but amplified. The original idea was to allow Gremlynz to slowly take over and let Pink Priest fade into obscurity. Some things popped up, and it was really impossible to let that happen. So Gremlynz remained a side project, but honestly, some of the Gremlynz material is my favorite of my musical output.

Malibu Wands is where I go when I give up.

Ta mixtape est là pour nous en donner un fidèle aperçu, mais quelles sont tes influences musicales profondes ? Quel a été pour toi l'artiste ou le courant musical qui t'a donné la volonté de te consacrer à la musique ?
Your mixtape already gives us a good idea of some of your musical influences, but could you tell us more about your most important influences? What has been the most important artist or musical genre for you? What inspired you to start making music?

Merde… La liste est longue. J’y pensais justement l’autre jour, comme quoi certains artistes ont vraiment été des influences essentielles… Je dois dire tout d’abord que My Bloody Valentine a vraiment été majeur... L’ensemble de leur musique. C’était vraiment une grande source d’inspiration. Red House Painters également, je les ai découverts quand j’avais genre, seize ans, et je n’ai jamais été le même depuis. La façon dont Mark Kozolek aborde tout ce qui est son, le minimalisme, la structure, et les paroles, tout ça m’a vraiment inspiré. D’autres aussi, évidemment…The Cure a toujours été très important pour moi, et continue de l’être aujourd’hui, avec des albums comme Pornography et Faith. Pas mal de noise music aussi : Prurient, Wolf Eyes, Kites, Work/Death. J’ai énormément de respect envers eux, et j’ai toujours voulu au moins m’essayer à ce genre de musique. Et puis d’autres aussi, je ne sais pas trop, des trucs comme Slowdive, Fennesz, Steve Reich, William Basinski - très, très grande influence -, Angelo Badalamenti, Harold Budd, Brian Eno, etc…Pas mal de trucs new age aussi. La liste n’en finit pas. Je suis influencé par de très nombreux genres et artistes.

Well, shit... There's so much music that's inspired me over the years. i was thinking about this the other day actually, like, what artists were absolutely necessary in inspiring me to make music... I'd have to say first and foremost, My Bloody Valentine was always a key... Their entire package of sound. It was very inspiring. Red House Painters, I discovered them when I was, like, 16 and have never been the same. The way Mark Kozolek approaches sound, minimalism, structure, and words. That's always been a huge inspiration. Other artists, necessary... The Cure was important early on and even today, albums like Pornography and Faith. A lot of noise musicians inspired me... Prurient, Wolf Eyes, Kites, Work/Death; these were artists I respected and very much had a vibe I wanted to at least touch upon. Others, I don't know, stuff like Slowdive, Fennesz, Steve Reich, William Basinski -- huge, huge influence, Angelo Badalamenti, Harold Budd, Brian Eno, etc etc etc, tons of new age artists. There's just so much. My musical influences are vast.

Album après album, la musique de Pink Priest semble être une profonde introspection culminant dans une sorte de plénitude psychédélique sur Swallow Your Dreams. Ta musique est-elle un moyen de te libérer ou au contraire de t'isoler dans ton monde ?
One after another, all of the Pink Priests albums seem to reflect a deep introspection, with a sort of psychedelic bliss climax on Swallow Your Dreams. What does music represent to you: a way to free yourself or a way to cut yourself off the world?

C’est une façon de me libérer et de me couper du monde. Il s’agit d’une dualité assez dure. Ma musique est très bipolaire et j’aime plutôt ça. Je ne veux pas que ma musique soit trop facile. Honeysuckle est un morceau assez difficile. On m’a déjà dit, « Ton album est trop bizarre, mec », « c’est vraiment trop dur à l’écoute ». Je ne m’en excuse pas. Je ne fais pas de la musique pour qu’on puisse juste la passer et se masturber mentalement dès les premiers instants. C’est voulu. Honeysuckle est né d’une phase troublée et de désespoir absolu. Je voulais que cet album en soit le reflet, mais pas juste de façon à simplement en dire : « Oh…Il devait vraiment être malheureux ». Au contraire, je voulais qu’on se sente vraiment désespéré à l’écoute. C’est cruel, mais beau d’une certaine façon. Beurk… Je dois vraiment avoir l’air d’un trou du cul ultra prétentieux.

Je savais que Swallow Your Dreams serait le dernier album de Pink Priest. Il y aura peut-être des compilations rétrospectives un jour, mais Swallow Your Dreams est la dernière sortie inédite. Je ne vais plus jamais rien produire sous ce nom. En fait, je voulais travailler de manière complètement opposée à celle qui a prévalu lors de mon premier LP Honeysuckle. Je ne voulais pas faire de redite. Swallow Your Dreams est construit autour de thèmes comme la fin, la destruction, la restructuration, l’espoir et le déclin. J’ai exploité ces idées avec de la musique longue, flottante. Il y a avait du désespoir et l’idée de déclin dans Honeysuckle également, mais d’une autre façon, à travers la tristesse, la désolation, la colère et la douleur. Swallow Your Dreams révèle cette même tristesse, mais avec de l’espoir et plus de clarté. Ça reste assez sombre, mais de façon tout à fait différente.

On a dit que ma musique était comme un mur que je bâtissais entre mes auditeurs et moi…C’est assez vrai, mais c’est aux auditeurs de faire l’effort de passer au-delà de ce mur ou non. Ils peuvent y creuser une fenêtre petit à petit, pour voir ce qui s’y passe, ou choisir de défoncer ce putain de mur pour venir me rejoindre dans le coin bizarre où je réside.

It's definitely a way to free myself and a way to cut myself off. I think it's a harsh duality. The music is very bipolar. I like that. I don't want to let people in too easily. Honeysuckle is a heavy listen. I've been told that. "Dude, your record is weird." "Dude, it's too hard to listen to." I don't apologize for that. I don't make music that you can just drop the needle on and immediately mentally masturbate. It's intentionally a hard listen. Honeysuckle was coming from a place of absolute desperation and turmoil. I wanted the album to reflect that, not in just a way where you say "oh... he must've been so hurt." but rather in a way where you feel absolutely fucking dismal too. It's cruel, but it's beautiful. Yuck, I must sound like such a pretentious asshole.

With Swallow Your Dreams, knowing it was going to be the last Pink Priest release; and in the future there will probably retrospective releases, but Swallow Your Dreams is the last Pink Priest release of new material. I'm not doing anything else under that name again. Anyway, I wanted to do the absolute opposite of my first full-length LP release, Honeysuckle. I didn't want to retread any waters. Plus, the album had a theme of finality, destruction, restructure, hope, and decay. So I expanded on that idea with long, floating music. Whereas Honeysuckle displayed despair and decay in another way, through sadness and sorrow and anger and pain; Swallow Your Dreams displayed sadness with hopefulness and brightness, and yes, it was dark, but in a completely different way.

People have said I build a wall between myself and the listener with my music... That's very true, but it's up to the listener to decide how they get over that wall. They can chip away at it and peek through, or they can knock the motherfucker down and come join me in the the weird room I reside in.

Au-delà de sa dimension onirique, ta musique à un fort potentiel cinématographique. Pink Cream mise en image par Geoffrey Sexton met en évidence celui-ci. Est-ce pour toi un prolongement naturel et voulu ou est-ce seulement le résultat de circonstances et de hasards ?
Beyond its dreamlike aspect, your music has a very strong cinematographic potential. Pink Cream's vid directed by Geoffrey Sexton is a good example. Did you mean all of this, or did it all happen sort of by chance?

L’aspect cinématographique de ma musique est tout à fait intentionnel. Je n’irais jamais jusqu’à dire que je suis cinéphile ou peu importe quel autre terme, mais j’adore le cinéma. Je pense qu’au départ, c’était quelque chose d’inconscient. J’ai toujours prêté une attention toute particulière à la musique de film, et ça m’a beaucoup influencé, que ce soit le travail d'Angelo Badalamenti avec David Lynch, Alexandre Desplat, John Carpenter, Cliff Martinez, et beaucoup d’autres ; des personnes qui ont créé des bandes originales de films incroyables, et aussi juste des films avec de la très bonne musique.

Je rêve notamment de créer une bande originale de film, de produire quelque chose de vraiment perturbant ou au contraire de vraiment très beau. J’aimerais vraiment travailler sur des films, m’occuper de la BO, compiler de la musique, etc…

The cinematic aesthetic of my music is absolutely intentional. I would never say I'm a cinephile or whatever the term is, but I love movies. I think initially, it was something subconscious. I've always paid attention to music in films, and that's been an influence. Angelo Badalamenti's work with David Lynch, Alexandre Desplat, John Carpenter, Cliff Martinez, so many more; people who have done amazing scores, but also just films with great soundtracks.

A dream of mine would be to score a movie, do something very unsettling, or something very beautiful for film. I'd love to work on movies, make soundtracks, compile music, etc.

Dans les remerciements que tu prodigues à la fin des deux volumes de Night Music for Driving, on y trouve... Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling, Carey Mulligan, Gaspar Noe et Fletch. Tu a aussi dédié un de tes disques à Harmony Korine. Qu'est-ce qu'un bon film pour toi... et en quoi l'univers filmique influence-t-il ta musique ?
In the thanks list at the end of the 2 volumes of Night Music for Driving, we can read the names of Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling, Carey Mulligan, Gaspar Noe et Fletch. You've also dedicated one of your albums to Harmony Korine. What's a good movie according to you? And how is your music influenced by films?

Ah, je crois que je viens juste de l’expliquer un peu en quelque sorte. Toutes ces personnes m’ont beaucoup inspiré. Pas seulement la musique du film en question. Mais surtout l’action, le contrôle et le style utilisés et certains réalisateurs. Refn réalise des films incroyables, avec beaucoup de style et de classe, et il y a toujours un élément de chaos un peu cool dans son œuvre. Ça m’inspire beaucoup. Les films de Korine sont très viscéraux, pas faciles à regarder, et pourtant, je m’y retrouve personnellement. Si on prend un film comme Gummo et qu’on le met avec un disque comme Honeysuckle, je pense que l’on peut retrouver quelque chose de similaire entre les deux dans l’esprit, même si ça reste très basique.

J’aime juste les films qui me font ressentir des choses. J’attends d’un film qu’il me fasse sortir de la salle en me disant : « Putain ! Ce film m’a complètement changé ! ». Pour moi, c’est ça un bon film. Refn me fait cet effet, tout comme Noé, Terrence Malick, Michael Haneke, David Lynch et des documentaires comme The Mark of Caïn, Hell House et The Devil’s Playground. Des films qui te font voyager, qui te mettent en face de choses qui rendent mal à l’aise. C’est ce que je veux faire avec ma musique, alors je suis tout naturellement attiré par ce genre de films.

Il ne s’agit pas seulement de violence, de cran ou de dures réalités, mais aussi d’amour. J’ai vaguement fait l’apologie du film Drive, pas parce que Gosling y défonce la tête d’un mec – même si cette scène est tout bonnement géniale – mais pour tout ce qui précède. Il y a de la beauté, de l’amour et de la passion, et une sorte de dimension féérique. C’est aussi source d’inspiration. J’aime la romance. Mélange tout ça à quelques scènes bien crues, peut-être même un peu de violence, enfin…Tu me comprends.

Ha, I guess I sort of just explained that. Yeah, all those people inspired me. It's not just about the music of a film. It's about the action and control and style of films and certain directors. Refn makes amazing films with style and class and there's an element of cool and chaos in his work. That inspires me. Korine made movies that were visceral, hard to watch, and yet I connected with them on personal levels. You can put a film like Gummo against a record like Honeysuckle and I think you can understand there's something, at least on a very basic level, similar in spirit and soul of the two projects.

I just enjoy films that make me feel something. I want to watch a movie and get up and leave and be like "holy shit, I'm different now." That's a good film to me. Refn does that, Noé does that, Terrence Malick does that, Michael Haneke does that, David Lynch does that, there's documentaries out there, like The Mark of Caïn or Hell House or The Devil's Playground. Films like that take you places, that put images in front of you that force you to step outside of your comfort zone. I want to do that with music, so obviously films inspire me.

It's not just about violence or grit or harsh nature, it's about love too. I made a vague ode to the film Drive, not because Gosling crushes a guy's head -- though that scene was pretty fabulous -- but because of the lead up to that. There's beauty and love and passion and a fairy tale reality to that. That is just as inspiring. I love romance; couple that with some shocking imagery, maybe violence maybe not, but... Yeah. You get my point.

Ces deux disques apparaissent sous ton propre nom William Cody Watson ? Est-ce une façon d'en finir avec Pink Priest ?
Those last two records have been released under your real name William Cody Watson. Is this a way to signify the end of Pink Priest?

Tout à fait.

Absolutely.

Tu es la moitié agissante de Bathetic Records. Qu'est-ce qui te pousse à colaborer avec d'autres structures comme Night People ou Digitalis Ltd ?
You're the executive half of Bathletic Records. What makes you want to collaborate with other companies such as Night People and Digitalis Ltd?

J’aime pas trop dire que je suis la ‘’moitié active’’ de Bathetic Records. Alors, oui, c’est une compagnie, mais je ne veux pas être aussi formel avec des choses comme ça. Jon Hency est le cerveau absolu derrière Bathetic. Il est génial à ce qu’il fait. Il travaille énormément, y met beaucoup de temps, passe beaucoup de coups de téléphone et il fait en sorte que ça avance. C’est lui qui, au bout du compte, met tout en place et c’est grâce à lui que Bathetic existe. Je l’apprécie énormément.

J’ai vraiment beaucoup de chance de pouvoir bosser à Bathetic à ce niveau. Heureusement, je suis ami avec Jon depuis près de cinq ans (si ce n’est pas plus), et nous formons une bande. On est comme des frères. On a traversé des moments difficiles ensemble et on a fini par trouver un bon équilibre pour travailler de manière efficace et je ne suis pas peu fier de ce que Bathetic est devenu. Nous avons fait des choses qu’on n’aurait pas crues possibles il y a quelque temps. On vient juste de sortir une K7 de spoken word par Eric Paul (Arab on Radar)… On se dit juste : « Wouah, j’y crois pas ! ». C’est sûrement pas grand-chose pour d’autres, mais pour Jon et moi qui avons fraternisé grâce à notre respect mutuel pour Arab on Radar, c’est vraiment énorme. C’est comme si nos rêves étaient devenus réalité, et j’en suis vraiment content. Et depuis que Omar bosse avec nous depuis… Je ne sais plus combien de temps... C’est comme s’il avait toujours été là. C’est un artiste et musicien génial qui nous a beaucoup aidé à affirmer notre style. Ce fut une bonne leçon d’humilité.

Très tôt, j’ai voulu travailler avec beaucoup de gens…Je voulais sortir autant de musique que possible. J’ai ainsi rencontré beaucoup de gens géniaux, reconnaissants et vraiment sympathiques, en dispersant mon travail depuis le début. Je ne pourrai jamais assez remercier Shawn de Night People par exemple, et Brad de Digitalis, pour avoir cru en ma musique dès le début. J’ai d’autres projets en cours avec d’autres personnes de labels différents, mais en ce moment, je pense surtout à Bathetic pour sortir ma propre musique.

I don't like even saying I'm the "executive half" of Bathetic Records. Yes, it's a business, but I don't want to be so formal about things like that. Jon Hency is the absolute, end all be all, mastermind of Bathetic. He's amazing at what he does. He is a genuine worker, he puts in the time, he makes the calls, he finances, and he gets things done. He's the dude, that at the end of the day, puts it together, makes it happen. I love that dude.

I'm absolutely 100% fortunate to be involved in Bathetic at the level I am. Luckily, I have been friends with Jon for close to 5 years now (if not longer) and we've developed a pack. We're brothers. We've been through the ringer together, and we've established a way to work together effectively and efficiently and I could not be more proud of what Bathetic has become. We're doing things I never thought possible. We just released a spoken word cassette by Eric Paul... it's like "WOW, is this real?" That may not seem like such a big deal to anyone, but Jon and I bonded over a mutual respect of Arab On Radar, so to us. That was a huge accomplishment. It's a fantasy come to life, and I'm so excited. And now, with Omar having been on board for, shit I don't even know, it just seems like he's always been there. Now, Omar is in with us, and he's amazing... He's an amazing artist, as well as musician, and he's helped us develop our style. It's very humbling.

Early on, I wanted to work with everyone... I wanted to release as much music as possible to anyone that would release it. I met a lot of amazing, accomplished, grateful, and just infinitely nice people through spreading my work around early on. I couldn't be more thankful for people like Shawn from Night People and Brad from Digitalis for giving my music a chance early on. My collaborations with other labels, continues with certain projects, but at this point, my heart is pretty much with Bathetic, in regards to my own personal releases.

Pourquoi avoir sorti Honeysuckle et Swallow Your Dreams sur La Station Radar ? Quel est le fin mot de cette rencontre ?
Why was Honeysuckle and Swallow Your Dreams released on La Station Radar? What did you get from this collaboration in the end?

J’ai contacté La Station Radar au tout début. J’avais beaucoup de respect pour leur travail. J’avais écouté le Jen Paul & Jeans Wilder split 12", et j’avais adoré. Ils m’ont proposé de commencer avec une petite sortie en CD-R, de Western Futures, officiellement le premier Pink Priest. Par la suite, ils m’ont donné l’opportunité de sortir un LP sur vinyle et j’étais ravi. Tu sais, après avoir débuté avec Pink Priest en solo, je rêvais juste de sortir un vinyle. Après ça, je pensais laisser tomber, ayant atteint mon but.

J’étais sur Honeysuckle pendant un an ou presque et je l’ai envoyé au label. Quelques mois plus tard, ça y était. Un vinyle rouge contenu dans une pochette avec un collage génial de James Hines. C’était parfait. La Station Radar venait de réaliser mon rêve. Je ne pouvais pas les remercier assez.

Après la sortie de Honeysuckle, et des chiffres de ventes relativement bons, ils m’ont proposé d’en faire un autre. A ce moment-là, je pensais déjà en finir avec Pink Priest. Alors, j’ai décidé que Swallow Your Dreams, mon dernier LP sous le nom de Pink Priest, devrait se faire avec eux. Ça coulait de source : la boucle était bouclée.
La Station Radar… Fleur et Jérôme sont des gens géniaux. Vraiment. Ils m’ont aidé à réaliser un rêve que je pensais impossible. Je leur serai toujours reconnaissant.

La Station Radar was a label I reached out to early on. I respected what they were doing. I had heard the Jen Paul & Jeans Wilder split 12", and loved it... I just respected them. I reached out to them, they offered to start with a small cd-r release, which was Western Futures, the first official Pink Priest release. After that, they just offered me a chance to release an LP, a full-length vinyl release. I was absolutely delighted at the prospect of that. You see, starting Pink Priest as a solo project, my dream was just to release one vinyl record. After that I could've called it quits, with my dream achieved.

I worked on Honeysuckle for maybe a year or less, and sent it in... However many months later, there it was. Red vinyl wrapped up in an amazing James Hines collage jacket. It was perfect. La Station Radar made my dream a reality. I couldn't be more grateful.

After Honeysuckle was released and had sold relatively well, they offered me a chance to do another LP. At this point, I was already thinking about ending the Pink Priest name and project. I decided that my last LP with Pink Priest, Swallow Your Dreams, had to be with them. It only made sense. Beginning/End. Circle completed.

La Station Radar... Fleur and Jerome; both amazing people. Absolutely. They helped me reach a dream I didn't think was possible. I'm forever grateful to them.

Tu as longtemps collaboré avec l'excellent Impose Magazine. Quel regard portes-tu sur ton expérience et plus largement sur le monde musical que tu connais ?
You've worked with the brilliant Impose Magazine for a very long time. What are your thoughts concerning your career so far and the music industry you know in general?

Oh, j’en sais trop rien. Je n’ai pas de plan de carrière. Cela fait maintenant plus de dix ans que je fais de la musique, d’une forme ou d’une autre. Et ça fait juste quatre / cinq ans que je commence à être reconnu. J’en suis content, mais je ne considère pas vraiment avoir eu une carrière en tant que telle. Je crois que depuis tout ce temps, j’ai dû gagner dans les 400 dollars grâce à ma musique en solo. Je ne prête aucun intérêt à ce genre de conneries. Tout ce que je veux, c’est que les gens ressentent des choses quand ils écoutent ma musique, que cela soit positif ou négatif. C’est tout ce qui m’importe.

L’industrie musicale ? Peu importe. Bonne chance à tous ceux qui s’y frottent. Ecoute du Black Flag, le Get in The Van de Henry Rollin, parle à des gens sympas. J’emmerde la hype, j’essaie de rester loin de tout ça. Je n’écoute pas de groupes à Wayfarer fluo, ou quoique ce soit du genre.

En ce qui concerne Impose, ce sont vraiment des types sympas. Ils ont toujours veillé sur moi. Je n’ai rien écrit pour eux depuis longtemps, mais c’est juste que mon cerveau est un peu pourri en ce moment, mais ces gens sont supers. Encouragez-les.

Oh man I don't know. I don't have a career. I've been doing music, in some form or another for the past, well, over ten years. Just in the past 4-5 years have I gained any real notoriety. I'm appreciative of it, but I don't consider myself having a career. I think in this whole time, I've maybe pocketed 400 bucks through my solo music. I don't care about shit like that. I love when anyone listens to my music and feels something from it, negative or positive. That's all I care about.

Music industry? Whatever. Good luck to everyone trying. Listen to Black Flag, listen to Henry Rollin's Get In The Van, talk to people who are cool. Fuck hype, etc. I stay away from a lot of it. I don't listen to bands that wear, like, neon green sunglasses and shit.

Regarding Impose, good dudes over there Always been angels to me. I haven't written for them in a while, because my brain just kinda shit the bed, but those guys are great. Support Impose.

Quels sont tes projets futurs ?
Any other plans/future projects?

J’ai toujours pas mal de choses en cours : mon premier LP par exemple, à paraître sous mon propre nom, William Cody Watson, chez Bathetic dans deux ou trois mois. L’album s’appelle Bill Murray. Ouais, parfaitement, c’est son nom. Une ode à l’homme qui m’a beaucoup inspiré. Alors, oui, c’est une autre référence de film, le fruit d’un amour intense. Je pense vraiment que c’est ce que j’ai jamais fait de mieux. Je me lance un peu des fleurs…Mais, bon, oui, il sort bientôt.

Avec Dan de Cough Cool, nous avons sorti une nouvelle cassette No Dreams/No Regrets, sur le label Skrot Up. C’est un truc de malade, comme un brouillard dans le désert, un trip de taré long de 60 minutes. Un truc vraiment profond. Je vous le conseille vraiment… Et il y encore pas mal de morceaux en cours avec Scissoring. Il y aura sûrement un album rétrospectif de Pink Priest, avec en bonus quelques morceaux inédits et quelques classiques tirés de cassettes à tirage limité.

A part ça, j’ai décidé de faire une pause dans mes projets solo jusqu’à la fin de l’année pour me consacrer à l’écriture. J’ai déjà plusieurs projets en route. Je viens de publier mon premier zine, Mating Season For Goons, chez Calico Grounds (). J’en suis très content. Je prépare un autre zine avec Grarett Crowe, un ami de très longue date. C’est un écrivain talentueux qui vient de Chattanooga dans le Tennessee. Nous avons juste démarré notre petit collectif d’écrivains et autres : Satan’s Crystal Art Collective. Si tout va bien, on va pouvoir se mettre à bosser sur de petites choses sympas dans les mois qui viennent.

Oh for sure. I still have tons of things in the works. I have my first full-length vinyl LP, under my own name William Cody Watson, coming out on Bathetic in the next couple months. The record's called Bill Murray, and yeah, that's really what it's called. It's an ode to a man who really inspired me. So there's another film reference. Yeah, it was an intense labor of love. I personally feel like it's the best thing I've ever done. Toot my own horn for a sec. So, yeah, that's coming out...

Me and Dan from Cough Cool have a new Scissoring tape out called No Dreams/No Regrets. It just came out on Skrot Up. It's a psyched out ass-gazer, desert haze, weirdo trip out for 60 minutes. It's a deep vibe. People should definitely check it out... And there's more Scissoring stuff in the works. There's probably going to be a Pink Priest retrospective type release with some unreleased material and some of my favorite "classics" stripped from certain limited cassette release. That'll hopefully come out at the end of the year, through Intercoastal Records and Holy Mountain.

Other than that, I've decided to step back from my solo work for the rest of the year to focus on my writing. I've got several writing projects in the works. I just released my first official zine, Mating Season For Goons, on Calico Grounds. I'm excited about that. I've got another zine project in the works, it's a split zine between me and a friend of mine from wayyyy back, Garrett Crowe. He's an amazing writer out of Chattanooga, Tennessee. We just started our own little collective of writers and such, Satan's Crystals Art Collective. Hopefully, we'll have our fingers in a lot of nice things here in the near future.

Que doit-on te souhaiter pour 2012 ?
What can we wish you for 2012?

Ah, je crois que je viens d’en parler. En 2012, Bill Murray sortira sur Bathetic, il y aura plus de zine, des projets avec Scissoring et puis, à part ça ? Qui sait. Bill Murray est vraiment le truc crucial de l’année 2012 pour moi. Je m’endors le soir en y pensant. A part ça… Ecrire, énormément. Allez-donc acheter mon zine.

Ha, I think I just summed it up. 2012 will have the Bill Murray LP on Bathetic, lot of writing, more zines, more Scissoring stuff, man, other than that? Who knows. Bill Murray is absolutely my pinnacle of 2012. I go to sleep at night thinking about that record. Other than that... Writing, just lots of writing. Go buy my zine.

Traduction : Simone Apocalypse

Swallow Your Dreams Mixtape


(DL/TC)

01. This Mortal Coil - Another Day
02. Harold Budd - Juno
03. Kyle Bobby Dunn - An Extension
04. Steve Roach - A Darker Light
05. William Basinksi - D|P 2.1
06. Fennesz - 015
07. Nine Inch Nails - The Day The World Went Away (Quiet)
08. Bell Orcheste - Water-Light-Sifts (Tim Hecker Remix)
09. Terry Riley - Poppy Nogood & The Phantom Band
10. Dead Can Dance - Dawn Of The Iconoclast
11. Nick Cave & The Bad Seeds - (I'll Love You) Till The End Of The World
12. Peter Broderick - Part 3
13. Flying Saucer Attack - September 25th 1997, No. 4
14. Harold Budd + Ruben Garcia + Daniel Lentz - The Messenger
15. Brian Eno - Three Variations On The Canon In D Major: French Catalogues
16. Skeeter Davis - The End Of The World

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Yves/Son/Ace - Wallet

Yves/Son/Ace, déjà responsable en 2009 d'une cassette et d'un LP sur Night People, Cold Showers et Parade Of Thoughts/Can’t Sleep, n'est autre que le projet en solitaire de Matthew Ford, par ailleurs membre de Factums, groupe post-punk lo-fi - à situer quelque part entre Chrome, Cabaret Voltaire ou Throbbing Gristle - auteur de deux LP via Siltbreeze Records (Alien Natives) et Sacred Bones Records (The Sistrum). Celui qui fut aussi batteur d'Intelligence - autre formation punk lo-fi de Seattle - poursuit son exploration des labels de bon goût mais traverse cette fois-ci l'Atlantique pour trouver refuge sur les sillons pressés de La Station Radar. Unsung, 12" composé de vingt morceaux - relève de l'ode à l'expérimentalisme synth-pop et est disponible dès à présent en . Wallet, traduite par l'image selon le savoir-faire de Tyler Bosch, en est le premier extrait. Magnétique.

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Aaron Roche - Cyclocardoray w/ R. Stevie Moore and Dan Burns

La Station Radar déballait visiblement ses cadeaux le 21 de ce mois de décembre avec, dans le costume du Père Noël, R. Stevie Moore, accompagnant, le temps du morceau Cyclocardoray, le multi-instrumentiste patenté Aaron Roche. Première face d'un 7" surprise, fruit de deux collaborations - l'autre étant savamment menée en compagnie de Shahzad Ismaily - Cyclocardoray navigue dans les eaux d'une folk expérimentale tout en bénéficiant d'une vidéo, confectionnée par Jonathan Dueck, à la hauteur de son onirisme gracile et obsédant. Plus largement, ce vinyle 7" sortant fin janvier - que l'on peut pré-commander par ici - est à considérer tel l'appendice intimiste de rencontres déjà initiées depuis quelques lustres entre les trois musiciens, ayant abouti notamment en aout 2011 à l'album !BlurMyEyes - disponible digitalement et physiquement par .

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Cough Cool - Plastic Jewlery / Johnny Hawaii - Jesus Words on a Surimi Stick (PREMIERE)

Le 3 janvier prochain paraît un split cassette réunissant l'Américain Dan Svizeny - agissant sous le nom d'emprunt Cough Cool et sortant le 13 décembre via Bathetic un premier LP dénommé Lately - et le Marseillais Johnny Hawaii, que l'on a récemment croisé en ouverture du Midi Festival (lire), alors bien accompagné de ses comparses Kid Francescoli et Oh! Tiger Mountain. Un split en forme d'onirique jonction entre un shoegaze lo-fi, irradié et déstructuré, émanant tout droit d'un Philadelphie dévasté, et un psychédélisme tropical et solaire, à la patine surf rock suave et opiacée. Une délicieuse accolade entre l'est américain et le midi français sous l'égide d'un triumvirat de micro-labels frenchies - Hands In The Dark, Atelier Ciseaux et La Station Radar - dont nous chérissons sans réserve aussi bien l'imagination que l'émulation. La cassette, éditée à cent exemplaires et au packaging de circonstance, est disponible dès aujourd'hui en pre-order sur les sites respectifs de chaque structure. A cette occasion, Jono Mi Lo - par ailleurs auteur de vidéos pour Cankun - s'est fendu d'une mise en image synchrone et hallucinée, conférant au Plastic Jewlery de Cough Cool et au Jesus Words on a Surimi Stick de Johnny Hawaii cette dose de surréalisme saugrenu que l'on avait l'habitude d'humer d'un revers de paille du côté d'Amdiscs. Non sans plaisir coupable.

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Ela Orleans - Mars Is Heaven

A vrai dire, j'ai quelque peu hésité à lancer mes mots en pâture lorsque j'ai reçu, par le biais de mains bien intentionnées, le tant attendu Mars Is Heaven. Car à suivre par l'écrit les faits et gestes discographiques d'une artiste à l'activité aussi débordante qu'Ela Orleans, une amicale complaisance est susceptible de s’immiscer dans la voilure des opinions et ouvrir inconsciemment à cette voie royale de l’ineptie critique. Après Lost, Double Feature, partagé avec Dirty Beaches (La Station Radar, Atelier Ciseaux), et la cassette NEO PI-R (Clan Destine Records), ce nouveau LP remet convenablement les pendules à l'heure et m'ôte d'un même mouvement toute crainte de redite conciliante tant il déroge dans son écriture et son homogénéité à l'expérimentalisme de chambrée de ses valeureux prédécesseurs. Sans une once de soupçon, un avant-goût de la trame cinématique de Mars Is Heaven nous avait été révélée en janvier dernier via la fructueuse collaboration entre La Station Radar et le label digital Beko s'ouvrant sur Black and White Flight, morceau à la beauté lunaire certaine. Ode onirique à l'apesanteur, la mise en image conçue pour l'occasion induisait déjà l'hommage de la Polonaise à l'encontre de Mars Is Heaven, nouvelle fantastique écrite par Ray Bradbury dont elle s'est inspirée de bout en bout dans la confection de ce disque.

L'histoire en question, la voici ici contée selon les annotations d'Ela : "Des astronautes s'envolent pour Mars et découvrent une fois sur place une petite ville au décor idyllique où vivent tous leurs proches. Ils commencent alors à croire que Mars n'est autre que le Paradis, celui que l'on rejoint après la mort. Mais après s'être éloignés de leur vaisseau spatial, tous meurent, piégés par des extraterrestres ayant créé cette illusion de toutes pièces." Écrit à New-York et amoureusement masterisé par Carl Clandestine, Mars Is Heaven tient donc tant à la fois de l'Olympe que du phantasme, à savoir de cette délicate immixtion entre la caresse d'une voix vespérale, triturée, et la promesse d'une instrumentation mate et veloutée, volontairement passéiste, conviant avec parcimonie sur fond de collages et de boucles sonores, piano, guitare et batterie. Nonobstant une certaine légèreté, drapée dans ses plus beaux atours mélodiques (Planet Mars, Into the Woods), on devine cette fêlure mélancolique transperçant de part en part un disque habité, où l'apparente quiétude recèle son lot d'indicibles craintes. A la manière de John Black, capitaine du vaisseau échoué sur Mars, et conscient malgré lui que quelque chose se trame, on ressent à l'aune des deux instrumentaux Mars Is Heaven l'ambiguïté d'une atmosphère oscillant entre calme emprunté (part 1) et panique avérée (part 2). L'intensité dramatique insufflée par Take My Hand, notamment lors de l'apparition d'une rythmique tout azimut, trouve sa réplique sépulcrale sur Falling, ballade lo-fi, où les vocalises se dédoublent entre timbre clair, inquiet, et échoïsations fantasmagoriques. On se plaît alors à écouter Wonderful Us tel un générique de fin - à la musicalité gracile et désuète, ostensiblement balayée d'un chant rasséréné - où le nom des acteurs défile en surimpression de scènes de paisibles désolations, entre corps décharnés et immondices matérielles abandonnées. Précisément là où le paradis stellaire se meut en enfer extraterrestre.

Audio (Première)

Tracklist

Ela Orleans - Mars Is Heaven (La Station Radar / Atelier Ciseaux, 2011)
Art work by Fleur D
Sortie officielle le 9 Novembre 2011

Side A
01. Black and White Flight
02. Mars Is Heaven part 1
03. Planet Mars
04. Take My Hand

Side B
05. Mars Is Heaven part 2
06. Into the Woods
07. Falling
08. Wonderful Us

Vidéo


La Station Radar - 1978-1982

Si le mouvement post-punk (1978-1984) est le plus souvent réduit à un vulgaire "après" du punk, tant chronologique qu'esthétique, la portion congrue de groupes, révélant un peu plus chaque jour son importance cardinale dans l'histoire des musiques contemporaines, tient invariablement sur les cinq doigts d'une main : Public Image Ltd, Joy Division, Wire, Gang Of Four (lire) et The Raincoats. Comme s'il fallait se limiter à renâcler les mythes jusqu'à l'os et piller les maisons de retraites (The Raincoats, Wire et Gang Of Four étant encore sur la route), afin de faire vivre un passé sans cesse plus présent dans la musique actuelle. Ne se contentant pas de noircir une page blanche à l'adresse d'un rock ébranlé au plus profond de ses fondations par le punk aux alentours des années 76-77, le post-punk fut une nouvelle remise en question du rock, plus complexe et syncrétique que le punk. Loin de se cantonner à l'éthique DIY et de déclamer la mort du rock tout en décrétant l'avènement du bruit et de la fureur, une cohorte de groupes - pour la plupart déjà présents avant l'année 1976 - se proposaient, consciemment ou non, de poursuivre la "révolution inachevée du punk", n'étant plus alors que la caricature de lui-même, "en explorant les nouvelles possibilités sonores offertes tant par l'électronique et les techniques dub issues du reggae que par la production disco, le jazz et la musique contemporaine" (Simon Reynolds, Rip It Up And Start Again). Devo, Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire, Talking Heads, The Fall, sans trop se creuser, voilà pour une autre main. No wave, punk funk, musique industrielle, cold wave... six années procédant d'un véritable âge d'or créatif aux ramifications sinueuses mais fructueuses. Un âge d'or loin d'avoir révélé l'étendue de ses légendes et de ses mythes éphémères. Jérôme - moitié agissante du label La Station Radar et collectionneur averti de vinyles - s'est proposé, par le biais d'une mixtape écoutable et téléchargeable ci-dessous, d'en réactiver quelques-uns, tous plus enfouis dans le fatras du temps qu'irrésistibles dès la première saillie auditive. On ne saurait que trop le remercier.

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Tracklisting

Mixtape 78-82

01. Mittagspause - Testbild
02. Amos and Sara - In a Hell Bed
03. Froehliche Eiszeit - Liebe Keine Leiche
04. The Urinals - Surfin' with the Shah"
05. The homosexuals - Calvary
06. Malaria - You Turn to Run
07. Theoretical Girls - Mom & Dad
08. Spizz Energy - Soldier Soldier
09. John Bender - 35A9
10. Aminals & Men - Waiting for my Stranger
11. Kousokuya - Untitled

Artwork by Fleur.


On y était : Hartzine & La Station Radar présentent Holy Strays, Ela Orleans & Terror Bird

linternationale-7-mars-2011L'imbécile qui a dit que les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés n'est peut-être pas si cruche que ça quand on mesure au sein de notre rédaction le délai de latence entre nos événements et le temps de leur décoction par l'image et les mots. Confirmant dans une moindre mesure les délais d'Hartzbreaker, notre soirée organisée conjointement avec Backyard Vacation et La Station Radar ne trouve en effet qu'aujourd'hui son expression définitive dans la linéarité spatiotemporelle. Mais que patience peut être parfois mère créatrice ! Si la programmation tenait du miracle avec les prestations live d'Ela Orleans, du duo canadien Terror Bird et de notre Parisien préféré Holy Strays, son rendu visuel n'en est pas moins bon le temps d'une vidéo reprenant par ordre de passage chacun des artistes cités. S'il est vaniteux de s'administrer sa propre critique - et que dire, à part que ce fut une très belle soirée ? - il ne reste plus qu'à vous faire une idée par vous-mêmes. Le coup d'œil en vaut la peine.

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Photos Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine