On y était : Musiques Volantes aux Trinitaires

On y était - Musiques Volantes le 6 novembre 2015, Les Trinitaires, Metz

Assister à la soirée violente des Musiques Volantes, c’était vivre cinq heures de la surdité progressive d’un ouvrier sidérurgique chinois, ou franchir l’Atlantique planqué dans le train d’atterrissage d’un long courrier. Un cimetière de tympans noyé de sueur et de bière. Wire, J.C. Satàn et T.I.T.S réunis dans une même soirée à 110 décibels ponctuée de projets noise, drone et punk, la virée promettait de toutes façons de désensabler nos portugaises, on le savait et on le voulait.

Tout commence pourtant sobrement par Nibul, un duo à la tradition bruitiste mâtinée d’ambiance ethnique et partagé entre saxo et batterie de fortune. Les complaintes interminables et sirupeuses de la drone cuivrée, secondées par un fond sonore ronronnant et chuintant émanant du binôme séquenceur/disto, sont secouées par les soubresauts rythmiques du batteur qui semble tout autant succomber à la transe générée par l’atmosphère musicale qu’à une expérience mystique sous ayahuasca. Le contact avec le public se crée rapidement et ne fait pas défaut sur toute la longueur du set improvisé, tant le fond expérimental et progressif du tandem peine à lasser. La transition est incertaine une fois la chapelle atteinte et les premières notes de Destroyer égrenées: il y a tout un monde entre une formation binaire bruitiste et le simili-orchestre de pop composé de Dan Bejar et ses sept musiciens. Les prods du Canadien sont fignolées aux petits oignons, le backing band joue à la croche près, et bien que fortement malade et limité dans son chant, Dan se donne beaucoup de mal pour assurer un set raccourci à 45 mn au lieu de 80. Mais la sauce trop coulante ne prend pas, une partie du public scande et s’enthousiasme mais l’approche mielleuse fait tache dans la programmation et décourage les masos qui attendent de saigner des oreilles. Ce n’est pas le bon groupe pour la bonne soirée, ou l’inverse, et c’est sur le terme de “fromageux” soufflé par une voisine et validé par l’assemblée qu’on s’extrait promptement de la salle pour gagner le cloître et se délecter de Fort Crèvecœur.

Destroyer © Damien Electrophone

Destroyer © Damien Electrophone

Comme Nibul, avec qui ils partageaient ce soir là le projet Raga du Soir en Trois Mouvements, Fort Crèvecœur est un duo noise à prédominance folk minimale. Face à face sur leurs chaises respectives et ceints par le public, les deux bruitistes réduisent leur appareil musical au cheap le plus rudimentaire, communiquant tour à tour et parfois de concert, qui avec un banjo à cinq cordes ponctuellement joué à l’archet, qui avec un Mélodica Bontempi vintage ou un harmonica. Le fond sonore, diffusé par un lecteur/enregistreur de l’âge de son propriétaire, oscille entre field recording naturel et sons dissonants dans une version concrète de musique de chambre qui impose à l’assistance un silence respectueux et contemplatif. La rythmique elle-même est atténuée, discrète, jouée à même la cuisse, s’élevant progressivement sitôt que la chaise sert de caisse claire, un chapelet de cloches jouant finalement le rôle de charley de fortune. L’atmosphère est sourde et intime, et le public finit assis, dans le calme, comme de bons élèves. La torpeur, repoussée par une ou deux gorgées de bière, est définitivement balayée par le punk empoisonné d’Avale, duo de messines autoqualifié d’“amour froid” se répartissant basse et batterie dans une ambiance bitchy agréablement surjouée. Le set commence dans la retenue malgré les maracas qui tombent lourdement sur les fûts de la batteuse, et la fausseté du chant associée à l’espace du caveau résonnent comme un concert de squat, quand bien même on ne peut pas allumer sa clope. Soutenues par leurs expériences respectives dans des groupes locaux, les deux garces au look rockab ne manquent ni d’humour ni de technique, mais Avale ne crache pas: même avec des amorces plus que correctes, les morceaux peinent à décoller et sur la longueur la motivation s’estompe doucement — il faudra la folie dévastatrice de J.C. Satàn dans la chapelle pour se dégourdir les mollets.

Avale © Damien Electrophone

Avale © Damien Electrophone

Que dire du quintet garage rock qui n’ait déjà fait l’objet de multiples reports? Fidèles à leur réputation et malgré une chaleur tenace dans une nef au bord de l’Enfer sonore, les Bordelais déversent leur psychédélisme méphistophélique sur un parterre de bigots transformés, reprenant dévotement leurs paroles et implorant la damnation. On croit un instant assister à une cérémonie sacrificielle lorsqu’une pécheresse en courte bure tente d’agiter sa choucroute blonde sur scène, mais elle est prestement rejetée dans les abysses soufrés de la fosse, rejoignant le commun des succubes pour assister à la fin du concert qui s’achèvera, comme de bien entendu, torse nu dans les vapeurs de sueur et d’alcool. En aparté de l’intensité satanique se tenait dans le cloître la troisième et conclusive performance du triptyque Raga du Soir en Trois Mouvements, cette fois menée par Gugayage, un autre duo à l’approche noise mais à dominante techno dont l’énergie finira par pousser une partie du public à entamer une queue-leu-leu imprévue et franchement drôle sur fond de micro réverbéré et de minimale tirant parfois vers l’IDM. Retour au caveau pour découvrir les Montréalais deChocolat en live, dont l’album Tss Tss, lui-même enregistré en live dans la foulée de quelques répètes, avançait une psyché garage aux ressorts progressifs. Mené par Jimmy Hunt, dont les antécédents cheesy imprègnent les compositions sans toutefois les transformer en guimauve, le groupe balance un set rôdé mais pas lisse, basculant facilement d’une texture pop un peu lustrée à un garage discordant fondu au larsen. Hunt, les bras noueux écorchant sa guitare et à moitié caché derrière des lunettes de presbyte, jabote ses maigres versets en anglais comme en français d’une voix à la limite de la féminité, dans une ambiance hypnogène et douillette qui étourdit à peine tant elle reste cachée au milieu des saturations et des élans frénétiques du clavier.

JC Satan © Damien Electrophone

JC Satan © Damien Electrophone

Gagnant les tympans les plus profonds, la saturation sucrée des Canadiens finit d’être boursouflée par les Britanniques de Wire dans un élan transatlantique de solidarité acouphénique. Entre punk et art rock, feedbacks enthousiastes et synthétiseurs expérimentaux, Wire a contribué à graver les microsillons de la sainte galette post-punk et enfanté presque autant de sous-genres que d’enfants terribles. Wire en live, c’est reprendre quarante piges de circonvolutions métalliques, c’est toucher du doigt l’atemporalité du rock dans ses déclinaisons les plus empiriques et alternatives, c’est… visiter un musée du classicisme. À l’exemple du mouvement pictural, une fois l’intellectualisation mise derrière soi, une fois le plaisir prêt à recouvrir la moindre parcelle de réflexe analytique, reste un arrière-goût de déjà-vu regrettable prenant la forme d’un set ultra propre, où la crainte du moindre pain empêche le quatuor londonien d’oublier un temps son perfectionnisme pour se lâcher un peu, obligeant un public pourtant acquis à sa cause à se focaliser davantage sur le détail technique que sur la composition générale, histoire de ne pas s’ennuyer avant de passer au tableau suivant. La répète était parfaite, vivement le concert. Autant dire que c’est sur T.I.T.S, derniers à se produire sur les coups d’une heure du matin, que se portaient nos espoirs de conclure la soirée en bousculant un peu la bière du voisin. Une pression qui n’a effectivement pas empêché le groupe de nous faire renverser les nôtres, le quatuor aux horizons divers (Catholic Spray, The Feeling of Love, Pierre & Bastien, Chimiks) se renvoyant la patate chaude cacophonique dans un exemple strident d’orgie garage aux effluves punks panachés de sueur. Boostés par l’acoustique catacombesque du caveau, les accords lo-fi frisant l’indéfinissable se répercutent sur la voûte basse et les corps chauds, pourrissant définitivement et dans la plus grande allégresse les reliquats de nos nerfs auditifs. C’est brutal et intense comme une claque sur le cul pendant le coït, et suffisamment addictif pour justifier un rappel malgré la fatigue et la chaleur. T.I.T.S finira par nous laisser vannés, essorés, les esgourdes empâtées et les pattes engourdies, mais ravis de cet épilogue à la plus dissonante des soirées de cette vingtième édition de Musiques Volantes.

Wire © Damien Electrophone

Wire © Damien Electrophone


Photoshoot : Ty Segall et JC Satàn à la Cigale

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle

Ty Segall et JC Satàn, La Cigale, Paris, le 21 octobre 2014

Le dernier album de Ty Segall, Manipulator, a beau ressembler un peu trop aux précédents, on n'arrive pas à se lasser du jeune Californien, particulièrement en live. Et il continue à nous donner raison puisque cette fois encore, son groupe a, en l'espace de quelques instants, transformé la salle en sauna, reprenant nouveaux et anciens tubes à toute bringue, sans oublier d'encourager les slammers, qui s'en sont donné à cœur joie tout le long du concert. En première partie, les Franco-Italiens de JC Satàn (lire l'interview) n'ont pas démérité, s'offrant même le luxe d'une apparition du président de Groland. On attend avec impatience d'écouter leur nouvel album (dont la date de sortie n'a pas encore été annoncée).



Photos

JC Satàn

Ty Segall


Panorama musical : Bordeaux (1/2)

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Bootleg Bordeaux

La refonte de la carte des régions n'est pas vraiment une préoccupation des musiciens. Pourtant, quoi qu'on en dise, en France comme ailleurs, il y a une sorte de terreau étrange qui pousse parfois dans certaines villes. Par vague, on entend parler de coins plus ou moins reculés d'où l'on voit émerger toute une génération de groupes, de projets. Certains terreaux produisent longtemps, certains s'essoufflent. Mais pêle-mêle et en en oubliant énormément, on peut se dire qu'on a entendu parler de Reims, de Lyon, de Saint-Jean-de-Luz, de Strasbourg ou de Metz, de Dijon ou de Lille, de Bordeaux ou de Nantes, de Poitiers ou de Saintes. Ça tient sans doute à un moment précis dans une ville, une sorte d'esprit qui rassemble un ensemble de facteurs et de présences - des gens sont là, et une ville, sans s'en rendre compte ou au contraire en poussant la création, permet de voir émerger des groupes, des lieux, une dynamique.

Cette année, j'ai vécu dans quelques unes de ces villes : Nantes, Bordeaux, Nice...

À chaque fois, j'ai fait des concerts, vu des lieux, rencontré des groupes, découvert des initiatives. De Nantes, j'avais une image idyllique, pleine de vitalité. Et puis j'y ai vu un concert de Ventre de Biche s'arrêtant à 22h pile en plein centre-ville ; j'ai parcouru l'île de Nantes en ayant l'impression désagréable d'un parc d'attraction culturel. Ça tient sans doute à une politique culturelle très active et orientée vers un accompagnement de tous les projets qui semblent rencontrer un public plus ou moins grand. La ville, on peut lui reconnaître, est toujours inventive ou aux aguets dans de domaine. Néanmoins, bizarrement, c'était un peu aux franges de ce système municipal que j'ai vu les trucs qui m'ont le plus intéressé : rencontrer CÂBLE, faire le Soy Festival, atterrir aux Ateliers de Bitche, à la Barricade ou au Blockhaus DY10 ont été sans doute plus agréable pour moi à ce moment-là,que d'aller voir un concert à Stéréolux ou de visiter l'énième friche en réhabilitation.

La ville qui m'a étrangement marqué, c'est Bordeaux.

Et pourtant, depuis quelques mois déjà, tout semble changer. J'y ai passé des soirées au Bootleg ou à l'Iboat, deux lieux qui ont temporairement fermé. Le Bootleg, pourtant, était un lieu assez essentiel dans les musiques électroniques en France, avec une programmation pointue dans une ambiance mélangée, une sorte d'utopie dans un ancien garage. J'ai aussi arpenté quelques bars où se produisent parfois des choses vraiment bien ; certains ont déjà fermés depuis. Reste le Wunderbar, le Café Pompier, la Pharmacie de Garde, le Novo Local ou l'historique Hérétic, et j'en oublie sans doute pas mal.

Ce qui est intéressant à Bordeaux, c'est que longtemps la ville a eu culturellement vingt ans de retard, une absence flagrante de lieux dédiés à certaines esthétiques, une absence de SMAC aussi, quand bien même avec SIGMA, la ville a été d'une certaine façon à la pointe de certaines esthétiques pendant près de vingt ans.

Depuis, elle a suivi le chemin classique de toutes les grandes villes de France et a installé ses SMAC hors du centre-ville. Cette drôle d'hérésie qui veut cantonner la culture bruyante aux quartiers sinistres dont parlait Gilles Ivain dans son Formulaire pour un urbanisme nouveau.

Bordeaux ayant pour ambition de devenir une cité d'un million d'habitants, c'est aussi une ville en plein changement : en deux ans, certaines zones sont devenues des quartiers d'habitation, quand bien même elles étaient encore des friches ou des déserts il y a quelques mois. On imagine déjà que ça posera quelques soucis à l'implantation de certains lieux aux Bassins à Flot - les Vivres de l'art et l'Iboat notamment. On peut d'ailleurs s'étonner que l'Iboat subisse une fermeture administrative à l'heure des premières livraisons d'appartements dans le quartier et du développement de la rive droite, via des infrastructures culturelles et des projets de lieux de résidence. On peut également s'étonner que le Bootleg ait fermé la semaine précédant les élections municipales - précisons que c'était encore un des rares clubs en centre-ville de Bordeaux.

Cette ambiance assez étrange a pourtant pour résultat une scène extrêmement dynamique et variée : tout le monde connaît maintenant J.C. Sàtan ou Strasbourg, sans parler des groupes historiques de la ville. J'ai voulu rencontrer un certain nombre de groupes, que j'ai pu voir en concert ou non, mais qui me semblaient refléter un certain esprit de la ville. Un esprit aussi beaucoup moins genré rock que par le passé.

Ce petit tour d'horizon très subjectif commence Cours de la Marne avec Haydée. C'est à deux pas de la gare, ça tombe bien. En plus, quand on remonte le Cours de la Marne, on tombe sur plein de sex shops hyper glauques, ce qui colle assez bien avec la musique des deux membres du groupe.

Aurèle NOURISSON

Entretien Haydée

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C'est quoi Haydée ? Vous semblez assez mystérieux sous vos visuels tumblr/vaporwave/3D cheap.

Haydée, c'est deux personnages qui font de la musique sans se presser. Les visuels, ce sont des éléments de langage qui nous intéressent autant que la musique, ça va ensemble pour nous je crois. Après on essaye d'utiliser différentes sortes de visuels, autant des trucs 3D cheaposs que des trucs un peu moins vulgoss, ça dépend des saisons.

Comment se pense votre son ? On a l'impression de productions qui sont essentiellement produites sur un signal médium.

En effet, on aime bien ces sonorités, médium/sub étouffé. On utilise pas mal de matos cassette qui donne un peu ce son. Et en plus, on n'est pas très bon en mixage !

Dans votre musique, il y a quelque chose d'une atmosphère de série B ou de cinéma un peu dégueulasse, non ? Quoi qu'on peut aussi penser à une bande-son de David Lynch ou à une vidéo de Peter Tscherkassky. Un truc entre zombie et lumières étranges.

Oui, je crois que je vois ce que tu veux dire, surtout sur Coming Insurrection, il peut y avoir un petit côté zombie. Et comme tu le dis, le côté sensation visuelle nous intéresse… donc c'est pas que le cinéma, les images en général nous fascinent forcément un peu. La lumière aussi d'ailleurs. C'est un truc qui est hyper présent pour nous, peut-être autant que la musique. En ce moment on est en train de bosser sur une sorte de B.O. de film et ça nous excite pas mal !

Vous revendiquez une sorte de parcours entre techno et musique plus expérimentale ? Il y a quelque chose d'assez sériel ou concret dans vos productions, et en même temps une texture sonore très singulière. Comment vous travaillez cette texture et d'où vient-elle ?

C'est pas forcément une question de techno VS musique expérimentale, c'est juste qu'on a trouvé assez vite à la techno des limites, finalement. On veut surtout pas s'enfermer dans un genre et en ce moment on n'a plus trop envie de produire de la musique de club. C'est sûrement parce qu'on en écoute de moins en moins. C'est nos potes qui font notre culture musicale et ils n'en n'écoutent plus ! On s'est lassé en fait, même si on ne renie pas du tout ce genre, on y a vu trop de limites trop vite. En plus c'est trop masculin comme délire. Ça nous fait penser aux supermarchés et ça nous effraie.

Il y a aussi presque quelque chose d'assez genré performance dans votre travail, non ? Si on se promène sur votre site il y a des vidéos très courtes avec des flashes et des images ralenties, ça fait partie d'un même ensemble de travail ?

On ne fait pas que de la musique, on a aussi tous les deux une production plastique et on ne fait pas trop de distinction entre les deux. On fait des ponts entre les deux donc c'est forcément visible, j'imagine.

Vous faites aussi partie d'une sorte de constellation qui regroupe Music Normal, Simple Music, Musique de Dance. Est-ce que c'est une sorte de terreau de formes pour vous ? Quelque chose aussi peut-être d'un esprit bordelais ? Votre premier live a été au Bootleg, vous avez également joué à l'Iboat... votre projet s'inscrit-il dans quelque chose d'une scène et d'un espace particuliers ?

Ce que tu décris là, c'est le groupe De La Marne Ambition :(. On vit tous ensemble au Cours de La Marne à Bordeaux et on fait de la musique. Il y a effectivement Musique de Dance, qui est un groupe instable qui nous regroupe un peu tous. Après il y a plein d'autres groupe qui émergent de cette maison, genre United Assholes, Panoptique, Clopio, Killdozer, Les Pessismists...

On essaye comme on peut de rendre notre musique visible ; en fait Normal Music, c'est un label vinyle orienté club, mais ça coûte de l'argent de presser des vinyles. Du coup en ce moment on bosse plus sur Simple Music Experience qui est notre label cassette, dont on est en train de préparer la première sortie physique qui sera une compile avec des sons de gens qui nous sont chers, de Bordeaux et d'ailleurs ! Théo alias Panoptique a été invité à enregistrer une émission sur Berlin Community Radio durant laquelle il présente quelques sons qui composent cette compile. C'est écoutable ici. Ça donne un peu l'ambiance de tout l'univers autour duquel les copains et nous on a tourné cette année, entre boîte à rythme, synthé, guitare, pédales d'effets et grand écart dans les bpm.

Vous sortez d'une résidence à Komplot Brussels, qui est un lieu d'avantage dédié à l'art contemporain. Comment s'est fait cette résidence, est-ce que c'est pour vous une passerelle vers un côté performatif du live ? Ou simplement une conception non-hiérarchique et genrée de votre travail ? 

Comme on le disait précédemment, on s'écarte un peu du techno world, du coup les gens et les lieux qui s'intéressent à notre musique changent forcément. Mais après on ferme aucune porte, on re jouera surement en club, si notre musique s'y prête à ce moment-là. C'est pas forcément qu'on veut partir dans un délire plus performatif  (quoi que ça pourrait nous intéresser), mais c'est la musique et les rencontres qui font qu'on est invité dans tel ou tel endroit.

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Vous avez également organisé à Bordeaux le Salon Stellaire. Pouvez-vous nous en parler un peu, c'est assez intrigant !

C'est un événement que l'on avait organisé avec plein de potes en octobre 2013 si mes souvenirs sont bons. L'idée était d'organiser un espace très relax vis-à-vis de tout ; de la relation au musicien, au public, à l'accueil. C'était une sorte d'espace anti-stress pour finir l'année. A ce moment-là on sortait beaucoup en club, on y jouait un peu et je crois qu'on avait l'envie d'explorer aussi d'autres formats. Du coup on a décalé le temps (on a organisé ça un dimanche aprèm), on a décalé la musique (on a invité des groupes d'ambiant/drone). Je me rappelle du live de Sono Cairo (un groupe qui a fait son premier et dernier concert au Salon Stellaire), c'était un live anti-autorité, tout le contraire de ce qu'on pouvait trouver en club où c'est toujours un peu sérieux ! C'était la volonté de se détendre et d'aller un peu dans d'autres endroits et d'autres formats pour rencontrer les gens. Une autre manière, pour nous, de se comporter vis-à-vis de la musique.

A ce moment-là on était branché dans un délire salon/post-hippie/horizontal donc on avait organisé un espace avec plein de tissus, de coussins, d'assises et de tables hyper basses. La lumière était composée de bougies et de lampes de chevets, je crois.

Bref je pense que si l'on devait refaire un événement de ce type, ce serait bien différent maintenant, mais je crois que c'était un bon moment !

Le contexte de Bordeaux est assez compliqué depuis quelques mois avec la fermeture de certains lieux comme le Bootleg et celle temporaire de l'Iboat. Comment vous placez-vous dans cette géographie ?

A vrai dire, je ne sais pas si j'ai réellement d'avis là-dessus. Ce que je pourrais dire, c'est que ça ne m'étonne pas trop qu'une mairie comme celle de Bordeaux, dont la politique culturelle est quand même assez lamentable, vieillissante et sans risque, se comporte comme ça vis-à-vis de lieux qui animent un peu la nuit. Bordeaux ressemble plus ou moins à un musée. Un musée, c'est là pour conserver les choses et les fixer dans le temps. Donc les lieux plus ou moins dédiés à la fête de nuit, qui génèrent un peu de mouvement, ne doivent forcément pas convenir à tout le monde.

Après j'imagine que s'ils ferment des lieux comme ça, c'est susceptible de développer des initiatives parallèles, peut-être plus spontanées et mouvantes que des clubs. C'est ce qui doit se passer dans ce genre de situation, je suppose.

Qu'est-ce que vous entendez par "des mouvements plus spontanés et mouvants que des clubs" ? C'est comme une sorte d'autre niveau d'appropriation de la ville, à la fois en marge et avec ces territoires dédiés à la nuit, à la musique, au clubbing ?

Par mouvement spontanés et mouvants je ne fais pas forcément référence à quelque chose de très concret ou de particulier, j'aurais plus envie de parler en termes d'énergies, je crois. Des énergies un peu moins établies que les clubs, moins institutionnalisées, moins fixes et définitives. L'énergie que l'on déploie pour inventer des formes et proposer des choses, lorsque l'on est dans un contexte un peu trop sage. En même temps, on parle de clubs, mais il y a des endroits vraiment cool sur Bordeaux, un peu moins visibles, mais qui échappent (pour l'instant) aux sanctions de la gouvernance. Peut-être qu'il faut plus se tourner du coté de certaines caves, de certains bars, de certains lieux associatifs.

Entretien Ocoeur

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Le 22 juillet dernier paraissait sur n5MD A Parallel Life, dernier LP en date d'Ocoeur. Un véritable petit bijou d'électronica teintée d'IDM, de quelques grincements et d'une délicatesse toute surprenante. Une des jolies écoutes de ce milieu d'été, et l'occasion pour nous de faire mieux connaissance avec ce mystérieux Bordelais.

Est-ce que tu peux commencer par nous expliquer quand et comment est né le projet Ocoeur ? Je crois que tu as commencé en 2010 avec le LP Les Hommes Ne Savent Pas Voler.

Exact. J'ai toujours été attiré par les sonorités atypiques. Souvent avec cette pointe de nervosité intempestive, qui donne cette dimension si distincte à la musique.

Pour être franc, Ocoeur est un projet qui m'a toujours tourmenté et qui est arrivé à maturité lorsque que j'ai réalisé ce premier LP. Du moins il l'était à cette époque, car je considère encore que cette aventure est en perpétuelle évolution.

Au final, aucun style n'a jamais été défini, puisque chacun de mes albums ou EP est une projection directe de ce que je ressens ou de ce que je veux raconter sur l'instant même. Je n'ai pas vraiment de définition plus précise que ça. Ma musique suit mon comportement, et les comportements évoluent sans cesse. Les Hommes Ne Savent Pas Voler était un livre ouvert sur ce que je voyais à cette époque.

Comment a évolué ton travail depuis ces premières productions ? Dans Memento, ton dernier EP sorti chez n5MD, et dans l'album précédent, Light As A Feather, on sent, disons, une certaine attention accordée à la fois à la mélodie, aux glitches, mais aussi à la mise en place d'un certain espace-temps particulier. Comme quelque chose d'un travail de texture...

Depuis mes premières productions, mon travail a surtout gagné en qualité de composition, de mixage et de mastering. Bien qu'avec le temps j'ai su remodeler mon univers pour une finition plus abstraite et minimaliste. Mais comme tu dis, aujourd'hui je travaille beaucoup plus mes textures, car c'est aussi ça qui renforce le côté immersif et onirique de mes titres, mais aussi parce qu'elles renvoient inconsciemment à un décor non délimité et à une dimension intemporelle.

J'ai aujourd'hui plus de facilité à savoir où me diriger lorsque je crée. Je jongle plus aisément entre musicalité et émotion brute. Je pense que ça fait partie de mon évolution. Et comme je le disais, rien n'est forcément acquis ou définitif. Je ne néglige pas la possibilité de sortir une ou plusieurs productions plus énergiques. Tout est question de ressenti.

Pour Light As A Feather, j'avais pour ambition de créer un genre de conte, une histoire, parsemée de préludes et de péripéties, aux sonorité cristallines et cotonneuses, presque cinématographiques. À l'origine de ce projet, je voulais insérer un livret illustrant chaque track, dans un style croquis dessiné à la main. Même la jaquette de départ était bien plus fournie en éléments visuels. Et puis j'ai joué la carte de l'abstraction la plus totale pour ne pas influencer l'auditeur sur ce que je voyais moi.

Pour Memento, je voulais quelque chose de court, faisant un lien direct avec la nostalgie. Mais avec une ambiance différente et plus introspective.

Tu as travaillé de la même manière pour ton album qui vient tout juste de sortir, A Parallel Life ?

A Parallel Life est né à la suite d'un enchaînement de rêves étranges et irrationnels. Certains m'ont à tel point désorienté que j'en avais du mal à savoir si j'étais bel et bien éveillé. J'ai écrit un bon nombre d'entre eux, puis par la suite je m'en suis inspiré. En fait, cet album a été une retranscription directe de tout ces "trips" vécus, de la même manière que pour Astral Projection, que j'avais composé avec le même état d'esprit.

L'écriture pour mon dernier album à été un brin plus rapide (mais non précipitée) car j'ai su très rapidement où m'orienter.

Il y a aussi quelque chose que tu utilises beaucoup, c'est ce craquement qui ressemble à celui d'un vinyle. On le retrouve sur Memento dans chacun des morceaux, comme on pouvait retrouver des sons très clairs dans Light As A Feather. Tu peux nous expliquer ces choix ?

Oui, c'est vrai. C'est un grain que j'aime beaucoup. Pour moi, il renvoie entre autres à cette intemporalité et ce décor ouvert dont je te parlais précédemment.

Il me semble également que tu intègres aussi des bruits environnementaux, notamment des bruits d'eau...

Encore une fois, cela dépend de mes intentions. Mais certains de mes travaux de textures peuvent y faire allusion.

Comment tu travailles tes morceaux ? Il y a, je suppose, différents temps de travail. Tu travailles avec des instruments particuliers ? Ou à la manière d'un Jon Hopkins, avec des pads ?

Je réponds souvent la même chose à cette question, non pas par pudeur, ni par prétention, mais je n'aime pas détailler ma technique. Ce n'est pas ma priorité. Je pense que ça voile trop le mystère d'un morceau et cela focalise l'auditeur sur la manière de faire plutôt que de privilégier l'émotion en elle même.

Mon temps de travail diffère selon la complexité que je veux donner ou non à la musique, et je m'efforce de ne jamais composer sans un soupçon d'inspiration. Mais ce que je peux te dire, c'est qu'il faut que je puisse jouer rapidement et efficacement !

Et comment tu penses tes lives par rapport à tes compositions ? Est-ce qu'il y a aussi ce souci de créer des conditions d'écoute en même temps que des moments plus denses ? 

Je passe beaucoup de temps sur mes lives. Ils reprennent mes morceaux dans leur quasi totalité, dans des versions complètement différentes néanmoins. J'essaye de garder un max de liberté de jeu tout en gardant une cohérence d'évolution tout au long du set. Je ne fais jamais de pauses, les morceaux s'enchaînent. Je tente de les rendre les plus immersifs possible, dynamiques, mais pas obligatoirement dancefloor. L'idée est d'obtenir un univers détaillé, accessible, sous forme de voyage. Le format concert est un très bon moyen d'obtenir ce rendu.

Depuis quelques années, je travaille avec le VJ bordelais Hieros Gamos. Notre collaboration sur scène efface toutes les frontières confondues. À l'image de ce que je souhaite véhiculer, les visuels n'ont pas de significations précises. Ils sont en adéquation avec ma musique.

A SUIVRE...


J.C.Satàn - Dragons

J.C.Satàn - DragonsProgressivement J.C.Satàn s'impose comme l'une des valeurs sûres de notre bonne vieille scène rock hexagonale, damnant le pion, rayons spontanéité et générosité, à la cohorte de groupes mous du genoux dont on ne cesse de nous vanter le made in France. Œuvrant depuis 2009 à Bordeaux, la formation franco-italienne, en plus d'avoir enquillé une multitudes de concerts en Europe et ailleurs, a, avec le LP Faraway Land paru sur Teenage Menopause en octobre 2012, jeté les bases de son romantisme mystique, à mi-chemin entre garage et punk, éructé en toute allégresse. Et tandis que ceux que l'on avait interviewé à l'époque du précédent album Hell Death Samba (lire) traînent leurs guêtres et leurs guitares entre le Mexique et San Francisco, après un passage remarqué à Austin et le SXSW, une adaptation signée Xavier Magot en forme d'horror movie de Dragons - pour le coup rallongé de quelques sulfureuses minutes - vient d'être dévoilée via Noisey en fin de semaine de dernière. Le jeu en vaut largement la chandelle puisque tous les codes - de la messe satanique à l'effusion de ketchup - y sont respectés, via un montage plus que chiadé, tout en conservant l'essentiel : l'énergie live du groupe.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=hWz9CmU-uhs#t=415


J.C. Satàn l'interview

You've been a bad, bad boy, Jesus. Deux mille ans après, le double maléfique de J.C. est de retour. Pas vraiment pour nous sauver, cela dit, mais plutôt pour nous botter les fesses. La robe de bure, c'est pas trop son truc, à Jean-Claude. Lui, il est plutôt blouson de cuir et chemise à carreaux, et la couronne d'épines, il s'assoit dessus. C'est pas le genre de mec qui se serait contenté d'un lavage de pieds avec Marie-Madeleine, si tu vois ce que je veux dire. « Seconde parousie de mon cul », jette-t-il dans un crachat avant d'enfourcher sa guitare, les mains en sang. La Vierge ne l'est plus tout à fait et l'Apocalypse, c'est pour maintenant.

Pour tout de suite, même, à l'écoute du nouvel opus des Turino-Bordelais de J.C. Satàn, vrombissants représentants d'une certaine tradition garage à la française - une croisade menée également par Yussuf Jerusalem dans les contrées parisiennes. Électricité libérée, poésie prosaïque et amours diaboliques composent la sainte Trinité de Hell Death Samba, brillant second essai du quintette emmené par le Français Arthur et l'Italienne Paula et défendu par Slovenly Recordings. Et si je puis me permettre, Dieu qu'il est bon. Les Satàn emmènent leur musique aux frontières du garage, entre chaos psyché (Blasted) et ballades mélancoliques (In the Light) - des morceaux comme Dear Dark J ou The Junkie Knight étant bien la preuve qu'ils ne se sont pas enfermés dans un genre. Sur le fil, entre énergie brutale (Heil Mary) et douceur sulfureuse, ils maîtrisent tout à fait le sujet. Pris dans une tournée européenne chargée, Arthur, Paula, Dorian, Romain et Ali ont pris le temps de nous raconter leur petit enfer à eux. Ils seront à Paris le 31 octobre pour défendre Hell Death Samba dans les entrailles brûlantes de la Mécanique Ondulatoire. On ne prendra pas le risque de manquer à l'appel : un bon concert, ce sera toujours ça de gagné quand viendra l'heure de peser notre âme.

Quelle est l'histoire de ce nouvel album ?

Je ne sais pas si on peut vraiment parler d'histoire... La manière de fonctionner avec Satàn est assez simple. Arthur, Dorian et Paula enregistrent en permanence des chansons... En fait, on enregistre les chansons avant même de les répéter tous ensemble. Du coup Arthur a déjà des dizaines de chansons d'avance et dès qu'on sort un disque, on est déjà prêt à en sortir un autre... On est très productif, ça ne s'arrête jamais et dès que quelqu'un veut nous sortir un truc, on est prêt à lui filer quelque chose de neuf.

Arthur, tu composes la musique et Paula, tu écris les paroles. Dans quel ordre ? Comment se déroule l'élaboration d'un morceau ? Qu'est-ce qui vous inspire tous les deux ?

Arthur : J'enregistre toutes les instrus dans ma chambre - basses, guitares... Ensuite, on fait les batteries sur ordi avec Dorian, un peu d'arrangement, et on mixe réellement après avoir enregistré les voix. Mes influences sont vraiment difficiles à citer dans le sens où musicalement, ce groupe est pour moi le moyen de libérer toutes les idées que j'ai en tête sans vraiment me fixer de limites, de confronter tous les styles que j'aime. Ça peut aller du garage 60´s à la pop 90´s... et dans plein d'autres directions.

Paula : J'écoute d'abord les chansons d'Arthur et ensuite j'adapte des paroles que j'ai déjà écrites ou j'en écris de nouvelles. Je parle simplement de la vie de tous les jours, des rêves que je fais... Je m'inspire aussi parfois des livres que je lis.

Slovenly Recordings avait déjà défendu votre premier album, Sick of Love. Comment s'est passée votre rencontre avec le label ?

On connaissait déjà Pete de Slovenly avant de faire le groupe et notamment Ali qui lui a parlé de Satàn. C'est allé très vite, on lui a fait écouter notre premier 7" et quelques chansons en plus et il nous a tout de suite proposé de sortir un album. En six mois, Sick of Love est sorti, et un an plus tard, Hell Death Samba. On est vraiment content d'être sur un label qu'on adore depuis longtemps, qui a sorti les Spits, Acid Baby Jesus, Les Magnetix, The Anomalys, les Subsonics et plein d'autres...

Paula, c'est toi qui t'occupes des artworks du groupe. Tu peux nous expliquer ton choix pour la pochette de Hell Death Samba, qui est très différente des précédentes ? Quelles sont tes influences visuelles ?

Mes influences visuelles ont toujours été en lien avec l'imagerie sacrée et depuis quelques temps avec le porno. Il y a eu de mauvaises critiques sur le dessin de Sick of Love (visible ici, ndlr), des gens qui ne comprenaient pas le côté comique de cette pochette (d'ailleurs, comme Sick of Love va sûrement être repressé, je vais probablement faire une nouvelle pochette). Alors pour Hell Death Samba, on a voulu faire quelque chose de complètement différent. J'ai trouvé de vieilles cartes postales avec des oiseaux sur le marché Saint-Michel à Bordeaux et on a utilisé l'image de ces deux pigeons parce qu'on trouvait leurs regards vraiment troublants.

Il y a pas mal de références religieuses dans votre musique, à commencer par votre nom, mais aussi celui du nouvel album, et des morceaux comme Heil Mary. D'où ça vient ? Avez-vous la prétention de faire une sorte de musique sacrée ?

Paula : J'ai eu une vie très liée à la religion, surtout quand j'étais petite (catéchisme, scoutisme...), et j'ai toujours dessiné en m'inspirant d'images sacrées. Le côté malsain et pervers de la religion m'a toujours intriguée. Du coup on joue avec ça, mais à part le nom du groupe et certains titres de chansons, le sacré est un thème qu'on ne prend pas vraiment au sérieux. On parle plus de choses assez concrètes.

Avez-vous l'impression d'appartenir à la nouvelle scène garage française (Yussuf Jerusalem, The Feeling of Love, Jack of Heart, etc.) ? De quels autres groupes vous sentez-vous proches ?

Arthur : Le fait est qu'on est lié à cette scène par la force des choses. Avant Satàn, je jouais déjà souvent avec ce genre de groupes, Paula bookait des concerts en Italie pour eux... On est pote avec la plupart. On est aussi très lié avec des groupes européens comme ceux de Slovenly dont on a parlé tout à l'heure, The Anomalys qui sont hallucinants sur scène, les Acid Baby Jesus ou d'autres comme Black Bug... Sinon on peut dire qu'on se sent assez proche de plein de groupes de Bordeaux où la scène garage est super active : Les Magnetix, Destination Lonely, Strange Hands...
Mais en ce qui nous concerne, on n'a pas vraiment le sentiment de faire du pur garage avec Satàn, mais on est dedans... On ne sait même plus comment le garage doit sonner en fait : quand tu écoutes tous les groupes qu'on qualifie de garage aujourd'hui, on entend du psyché, du blues, du shoegaze, de la pop, voir de l'électro rock minimal... C'est plus devenu une sorte d'ensemble prolifique qui s'affranchit des contraintes de genres, mais généralement avec un côté lo-fi... et encore... C'est comme ça et c'est tant mieux, c'est une scène vivante, indépendante et qui foisonne de groupes qui tuent.

Comment se passe la tournée ? Pour ceux qui ne vous ont jamais vus sur scène, à quoi peuvent-ils s'attendre ?

C'est la première fois qu'on part en tournée aussi longtemps (cinq semaines). Il nous reste quinze jours et on a rencontré plein de gens vraiment cool, passé des soirées relativement indécentes, juste, maintenant qu'on roule vers le nord on commence à être un peu malade, Romain a fendu sa cymbale et nos amours commencent à nous manquer... Mais on est plutôt assez content de nos lives, on pense avoir trouvé la formule définitive après avoir vraiment galéré... Ce n'est vraiment pas évident de bien faire sonner et de réadapter des chansons déjà enregistrées dans une chambre avant. Là, on vient de passer une nuit sur le ferry et d'arriver en Suède et on s'apprête à faire trois dates avec les Destruction Unit ce qui est plutôt excitant... surtout qu'il ne fait pas si froid... Satan est avec nous.

Maintenant que l'album est sorti, quels sont vos projets ?

Comme on te le disait, on fonctionne de manière assez instinctive et le processus de création fait qu'on ne s'arrête vraiment jamais d'enregistrer des chansons, donc on est déjà en train de penser à un prochain disque, voire des trucs un peu à part comme un album uniquement violent par exemple. Il va sûrement y avoir de nouveaux splits et Arthur est déjà en train de parler du prochain album qu'il veut enregistrer toujours de la même façon, mais en faisant les prises sons (guitares, basses...) ailleurs que sur le PC de sa chambre cette fois, histoire de faire évoluer le son du groupe vers quelque chose de plus dense encore. Et on est aussi en train de penser à la prochaine tournée, on n'a pas encore décidé si on irait aux États-Unis ; peut-être qu'on va attendre encore un peu et plutôt essayer d'aller jouer en Angleterre, au Portugal, en Grèce aussi, où on aimerait bien tourner avec les Acid Baby Jesus et Bazooka, ou peut-être en Italie avec les Anomalys...

J.C. SATÀN + HAIR AND THE IOTAS
Lundi 31 octobre à 21h
La Mécanique Ondulatoire
8, passage Thiéré
75011 Paris
Entrée : 5€

Audio

Tracklist

J.C. Satàn - Hell Death Samba (Slovenly Recordings, 2011)

1. Hell Death Samba
2. Dear Dark J
3. Heil Mary
4. Misunderstood
5. Blasted
6. In the Light
7. Crystal Snake
8. Close to Me
9. Abandon
10. The Junkie Knight
11. Unhappy Girl
12. Rythm of Sex