Kaviar Special

Avec leur troisième album Vortex, sorti en janvier dernier sur Howlin' Banana, les Kaviar Special ont tout bonnement pulvérisé les limites dans lesquelles ont les avait injustement enfermés jusqu'à présent. Il faut bien dire qu'on en a soupé, ces dernières années, des groupes de garage français se rapprochant souvent davantage de la nuisance sonore que du don du ciel. Et forcément, on s'arme progressivement d'une méfiance auditive aux allures de simple préservation de soi. Dès le précédent #2 (lire), on avait toutefois bien saisi que ce groupe-là n'était pas parti pour passer dans les pertes et profits d'une scène garage-psyché française assez cruelle, surtout lorsqu'il s'agit d'enfermer en un éclair à la cave des groupes qu'elle a posé en tête de gondole le temps d'un track ou deux. Avec Vortex, les Rennais sont, eux, bien partis pour durer tant ils apparaissent au-dessus de la mêlée sur ce coup : production de haute volée, arrangements méticuleux et morceaux aux reins suffisamment solides pour supporter un son puissant, très puissant mais jamais lourdingue. Ce LP respire le travail bien fait, l'inspiration et l'émancipation d'avec ses figures tutélaires, à commencer par Thee Oh Sees.

Agenda : actuellement en tournée, avec notamment une date parisienne au Petit Bain le 18 mai prochain (event FB) en compagnie de Volage et Th Da Freak, on ne saurait donc trop vous conseiller de vous radiner pour transpirer du boule à l'occasion de l'un de leurs concerts fiévreux. En attendant, Léo, guitariste rythmique et chanteur du groupe, répond à notre interview Out Of The Blue tandis que le groupe nous gratifie d'une mixtape de leurs marottes du moment, en écoute ci-dessous.

D’où viens-tu ?

On vient de Rennes, en Bretagne. Musicalement on vient du garage, des compils Nuggets à ces bons vieux Oh Sees.

Où vas-tu ?

Le garage fut une excellent école, accessible et décomplexante, comme le punk à une époque j'imagine. Cependant, on essaie maintenant de sortir de nos carcans et réflexes en terme de composition et de jeu. Il y beaucoup d'autres terrains sur lesquels on aimerait s'aventurer.

Pourquoi la musique ?

Parce qu'il y en a partout, tout le temps et pour tout les goûts. Tout le monde entend de la musique au moins deux à trois minutes dans sa journée et même lorsqu'elle est subie, comme celle des supermarchés par exemple. C'est peut-être la forme d'art la plus répandue parmi nous. On en est tous complètement imprégnés. Et de l'écoute à la pratique, il n'y a qu'un pas.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

J'espère que j'aurais plus travaillé à l'école.

Une épiphanie personnelle ?

En fait tout ce qui est phaser, chorus, flanger et cie. C'est trop bien.

Une révélation artistique ?

J'ai eu un gros coup de foudre pour Alan Parsons Project pas plus tard qu'il y a deux jours mais je suis un peu cœur d'artichaut.

Le revers de la médaille ?

Les sept heures dans le camion pour aller jouer à l'autre bout de la France devant un public clairsemé, les grosses fiestas ratées parce que tu n'es que rarement dispo les week-ends. Et les acouphènes.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Pas besoin de grosses scènes et de sorties marketées pour faire de la musique. C'est pareil pour toute forme d'art, non ? À ce moment-là, je dirais : y a-t-il réellement une mort artistique ? Comment savoir si tu ne réécriras pas quelque chose un jour ?

Un rituel de scène ?

Pas au sens propre, non. On aime bien rigoler, se charrier et s'exciter dans les loges comme des chiens fous. Ou alors on fume des cigarettes magiques pour jouer à l'américaine, ça dépend.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

Faire un clip avec Romain Gavras ou Quentin Dupieux, ce serait bien cool.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

On a pris des pieds énormes en jouant dans des rades et on a aussi joué sans envie sur des énormes scènes de gros festivals, bien que le contraire soit plus vrai. Ce que je veux dire, c'est que c'est impossible de savoir comment on réagira aux choses lorsqu'elle arriveront alors on prends ce qu'il y a à prendre quand il y a, avant de penser à ce qu'il pourrait y avoir.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Si tu veux pas travailler à l'école, apprends au moins à faire des solos de guitare et à chanter à la tierce parce que tu mettras des années à combler ce manque.

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Toujours en train d'essayer de rentrer le solo de Into The Void de Black Sabbath. Blague à part, je n'en ai aucune idée.

Comment vois-tu évoluer votre musique ?

Dur à dire. En tout cas, on essaie de sortir de ce que l'on sait faire, c'est-à-dire de faire autre chose que du rock bourrin plein de fuzz. On se challenge en se lançant dans des façons d'écrire et de jouer pour nous inédites. Un gros travail, aussi, est celui d'acquérir un son et une façon de composer qui nous soit propre, trouver une personnalité forte. Que les gens qui écoutent soient capables de dire que c'est Kaviar, et pas autre chose.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

On adore les soirées clubbing et les festivals électro.

Écoute exclusive


The Missing Season - Mall Rats (PREMIERE)

Cela fait un petit moment déjà que l'on suit avec attention les exploits discographiques de The Missing Season, qui nous avait notamment bien bluffés comme il faut avec leurs deux derniers albums, le tempétueux After Hours (lire) puis le luxuriant Getting Back (lire) en 2016. Avant la sortie de leur sixième album, Frequency, chez Les Disques Normal et Howlin' Banana, prévue pour le 27 avril prochain, le groupe nous offre en avant-première le clip de leur second single, Mall Rats. Un titre fidèle à ce qu'on aime chez The Missing Season, soit une capacité à cacher la tempête électrique sous un édredon pop rassurant, comme on trompe le petit chaperon rouge avant de le bouffer tout cru. Si le groupe semble désormais creuser son sillon bien personnel entre deux clubs chers à nos coeurs, American Music Club et Teenage Fanclub, ce Mall Rats va également chasser avec bonheur sur les terres de Stephen Malkmus, le temps d'une journée au centre commercial trompeuse, oscillant constamment entre espace de jeu et véritable enfer sur terre.

The Missing Season va également, à l'occasion de la sortie de ce sixième album, se fendre de release parties en très bonne compagnie, puisqu'Avions sera de la fête mais également les nouveaux venus de T-Shirt, qui sortent leur album Aggravator 2 chez SK Records et Influenza Records le 20 avril prochain. En prélude à cette sortie, les gredins ont bien fait les choses avec un EP dispo par ici, et un joli clip pour le track Razor.

Ce petit monde vous attend donc les:
03/05 - RENNES - Le Penny Lane
04/05 - PARIS - Olympic Café
05/05 - NANTES - Bras de fer

Vidéo (PREMIERE)

Tracklist

The Missing Season - Frequency (Les Disques Normal/Howlin' Banana, 27 avril 2018)

01. Les Voyous De Saint-Agrève
02. Mall Rats
03. Sleep With You
04. Secret Love
05. Settle Down
06. Holidays
07. Frequency
08. In My Ear
09. Homesick
10. Bad At Comforting My Girl


TH Da Freak, l'interview

Avec ses compositions nonchalantes et ses enregistrements DIY, TH Da Freak impose l'esthétique slacker qui manquait à la France. Comme les apparences sont souvent trompeuses, derrière son style je-m'en-foutiste et ses allures de n'en branler pas une, le Bordelais est pourtant prolifique : il annonce trois disques pour cette année alors qu'il vient de sortir The Hood, un album aux mélodies imparables. En prime, il nous livre une mixtape exclusive.

TH Da Freak, l'interview : l'ivresse et la paresse

Bon, déjà, c'est quoi cette obsession pour l’esthétique slacker des nineties ?

Parce que Wayne's World ! Non, je ne sais pas, sûrement parce que j'adore la musique des années 1990 et que c'est pas bien compliqué de faire des clips ou des visuels comme à l'époque. J'aime beaucoup le grain qu'il y a sur les clips de Sonic Youth par exemple, je trouve ça plus vrai que les vidéos d'aujourd'hui, enfin, je sais pas, ça me parle quoi.

Tu écoutais quoi plus jeune ?

Mes parents écoutent de la musique classique. Donc j'ai commencé à écouter de la musique pop avec la télé surtout, M6 et toutes ces émissions qui passaient du Blink-182, Green Day, Nada Surf mais aussi Gwen Stefani, Snoop Dogg à sa période gangster cuisine, The Servant, 50 Cent, t.A.T.u et tous ces trucs. The Strokes à balle aussi. Les bails du début des années 2000 en fait ! Tout ça avec du Nirvana et du Velvet Underground, éternels sur mon MP3 128Mo.

The Hood est différent des autres albums.

Oui, il est différent, il ne part pas trop dans tous les sens parce que je me suis limité au niveau des instruments pour le recording. Il n'y en a que quatre : guitare, basse, synthé (qui fait les drums) et ma voix, tout ça sur un ampli 15 watts très cheap. Donc il va droit à l'essentiel, il est plus direct, bien que l'ambiance soit un peu léthargique et dreamy.

Tu vis à Bordeaux, tu peux nous décrire la scène musicale là-bas ?

La scène musicale est incroyable, il y a beaucoup de groupes de qualités : les gens d'Iceberg (J.C.Satàn, Sam Fleisch), nos potes de Bootchy Temple ou des groupes grunge/punk comme CHEAAP, Videodrome ou Cockpit qui nous ont beaucoup aidés avec notre collectif Flippin Freaks. Il y a pleins d'assos et de lieux coolos : les stoners de Make It Sabbathy, les weird punks de We Are Vicious, El Chicho, l'Astrodome, le Wunderbar, Bordeaux Rock, l'Antidote, la Cueva, le Void, l'iBoat, la Voute, l'Athénée Libertaire, etc. On se croise plus ou moins tous chez Total Heaven pour acheter nos disques. On est tous copains.

Quels sont tes influences avec TH Da Freak ?

Tout ! De la fourmi qui rampe à l'antilope qui bondit, le kebab du coin, Giant Steps de John Coltrane, euh, le dernier bouquin que j'ai lu ou bien Richard au Pays des Livres Magiques. Mais sinon musicalement, l'insolence et la beauté des années 1990 (Nirvana et Teenage Fanclub en somme), les artistes méconnus avant-gardistes de tout temps, les trucs de Captured Tracks, l'indie en général et le garage... voilà, tout ça c'est ma came.

Quels sont les principales thématiques de tes chansons ?

Ça parle généralement de moi (car je suis très selfish) et de ma vision sur des aspect de la vie, du monde, du love. En tout cas pour The Hood. Sinon ça parle pas mal de chiens aussi.

Tu te sens proche de d'autres artistes en France ?

J'aime me penser proches des artistes français qui font tout en indépendants, du clip à l'artwork, et qui restent dans leur délire parce qu'ils kiffent à fond.

Tu as d'autres projets musicaux ?

Oui, je suis guitariste dans le projet de mon frère, SIZ, je fais de la batterie dans Wet DyeDream et j'ai un groupe de composition où on fait un peu tout ce qu'on veut qui s'appelle 16 Final.

Tu comptes sortir trois albums en 2018. Pourquoi cette frénésie ?

Personnellement, ça me paraît ridicule et pas honnête de sortir quelque chose un an, par exemple, après l'avoir composé, j'aurais l'impression de vivre en décalé par rapport à moi-même. Là j'ai énormément de morceaux déjà composés que j'ai envie de montrer cette année et pas dans deux ans quand ils seront périmés à mes yeux.

Que fais-tu quand tu ne fais pas de musique ?

Et bien j'en écoute, je fais également des clips ou des vidéos rigolotes que je mets sur Instagram, je joue aux jeux vidéos, lis des livres, mate des films et aussi je travaille sur des chantiers avec mes superbes chaussures de sécurité.

À quoi ressemble une journée ordinaire dans la vie de TH Da Freak ?

Toutes les journées sont extraordinaires dans la vie de TH Da Freak. J'ai par exemple mangé un insecte aujourd'hui.

As-tu des anecdotes de tournée à nous faire partager ?

La fois au Cremafest, à Champigny-sur-Marne, où l'esprit de Satan a pris le contrôle de Victor de The Big Idea et m'a (entre autres) lancé un saut rempli d'eau, de bière et de cendres. Je tairai les autres agissements de cette possession maléfique.

Tu te vois comment dans dix ans ? Toujours dans la musique ?

Je me vois comme le futur Maître Gims.

Un dernier mot ?

Le smiley circonflexe circonflexe - c'est pas un mot, désolé.

Mixtape

Tracklist

TH Da Freak – The Hood (Howlin' Banana Records, 16 février 2018)

01. Old Ladies Of The Blocks
02. See Ya In Da Hood
03. Wanking Glass
04. I Add Some Whisky In My Cola
05. I Don't Understand
06. Techno Bullshit
07. Thick Head
08. Bored
09. Bienvenidos At Satori Park
10. Moonmate
11. I Was Such An Idiot


SLIFT - Space Is The Key

par Gaël Bouquet

Toulouse est une terre de rock, nous l'avions bien compris, à l'image des soirées psychedelic revolution qui officient depuis maintenant trois ans dans la ville rose.

Parmi cette ébullition de fuzz, nos oreilles étaient déjà tombées il y a quelques mois sur SLIFT, avec dans un premier temps un coup de cœur en live pour ce trio assénant un garage acide et imagé. Le premier EP de SLIFT, intitulé Space Is The Key, est sorti le 16 juin chez Howlin' Banana et EXAG' Records et c'est une véritable tuerie.

Alors évidemment, dans l'esprit, on pense à tout un tas de groupes comme Hawkwind, période Space Ritual malgré des sonorités un poil différentes, à King Gizzard & The Lizard Wizard, dans l’esthétique sonore et visuelle mais aussi sur la rudesse du son. Car si Dominator, qui ouvre l'album, est un concentré de violence, on retrouve aussi quelque chose de très "Ty Segallien" dans le chant de Sound Of My Head, morceau génial amené par la construction progressive et minutieuse d'une certaine forme d'équilibre, que le groupe viendra ensuite détruire comme un chateau de carte, mêlant la saturation de la voix à la stridence des guitares... et inversement.

Vient alors The Sleeve, qui prend le temps de se poser un moment avant de repartir lui aussi dans une transe redoutable, menée par un duo basse/batterie obsédant. Ce cinq titres se referme par Space Is The Key, morceau titre de plus de dix-minutes déboulant comme une locomotive lancée à toute vitesse avant de couper court de façon un peu abrupte.

Ce premier EP est en résumé un chaud-froid constant, savant mélange entre des thèmes planants, prêt à s'envoler sur des refrains aiguisés d'une minute à l'autre. Nous voilà à présent habité d'une furieuse envie de revoir SLIFT sur scène défendre ce très beau disque. Profitons enfin de ces lignes pour évoquer le très bel artwork de Pierre Ferrero qui apporte une dimension supplémentaire à l'univers visuel du groupe.

Audio

Tracklist

SLIFT - Space Is The Key (Howlin' Banana Records / EXAG' Records, 16 juin 2017)

01. Dominator
02. The Sword
03. Sound In My Head
04. The Sleeve
05. Space Is The Key


Bootchy Temple - The Flying Woman And Her Secret Pact With The Wind (PREMIERE)

Garde ton carré d'agneau pour plus tard, c'est Howlin' Banana Records qui cuisine ce week-end de Pâques, et régale avec une nouvelle tranche de pop à l'esthétique plus décolorée que tie-dye qui fait onduler la ligne d'horizon west coast qu'elle dessine. Jusqu'à Los Angeles, sinon Bordeaux pour les plus terre-à-terre. Cinq parangons d'un joyeux psychédélisme qui louvoient depuis les sixties jusqu'ici, avec un petit détour eighties griffé Paisley, voici Bootchy Temple, nageant dans un océan d'électricité aux flux et reflux bourrés d'effets décoiffants. The Flying Woman And Her Secret Pact With The Wind est le titre de leur nouveau single et rien que ça, c'est déjà un programme, une épopée à lui tout seul. La fantaisie toute naïve qu'il laisse imaginer est à la hauteur de la tartine de couleurs primaires que la vidéo laisse à voir, l'harmonie de l'enfance à rallonge, Childish Bazar paraîtra le 05 mai, chez Howlin' Banana Records... et Hellzapoppin Records, dernier-né des labels indépendants qui signe avec Bootchy Temple la toute première de ses sorties.

Vidéo

Tracklist

Bootchy Temple - Childish Bazar (Howlin' Banana Records/Hellzapoppin Records, 05 mai 2017)

01. Once In A While
02. Empty Field
03. The Flying Woman And Her Secret Pact With The Wind
04. Space Bubble
05. No One's Face
06. The Boy's Fate
07. Walkin' On
08. Judy
09. A Sad Flower In The Sand
10. Shake Shake Shake
11. Hear
12. Down River


Volage - Spleen

par Gaël Bouquet

Sur le redoux printanier du mois d’avril plane un spleen automnal avec ce nouveau deux titres de Volage, paru en une édition limitée à cent exemplaires chez Howlin’ Banana Records. Sur le morceau titre de ce single mélancolique, la voix de Nathan Roche (Le Villejuif Underground, Camperdown & Out, etc.) traîne comme les feuilles mortes qui s’entasseraient dans la cour d’une vieille maison de vacances.

Face B, Don’t Get Closer, dont le cliquetis lointain qui résonne dans le mix évoque celui d’une horloge, rappelle par sa ligne de basse lancinante Timber Timbre époque Hot Dreams. Du moins jusqu’à ce que l’overdrive ne s’empare de la guitare le temps d’un refrain fuzzy à souhait.

À une période où les jardins sont en fleurs, Volage fait faner les siennes sur sa pochette façon nature morte avec cette photo signée Paul Rannaud lui-même. Réminiscence d’un side project chanté en Français paru en 2015 sur La Souterraine ? Après le très beau Coffee Dreamer, six titres acoustique sorti il y a à peine plus d’un an, Volage nous livre ici un single à la langueur presque adolescente, aux riffs à la fois simples et justement dosés.

Audio

Tracklist

Volage - Spleen (Howlin' Banana Records, 14 avril 2017)

01. Spleen ft. Nathan Roche
02. Don’t Get Closer


Anna - May (PREMIERE)

En vrai, Anna s'appelle Martin. Martin Vidy, frérot de l’un des quatre de Volage, groupe qui, l’on s’en souvient, avait si bien remué les âmes sensibles avec Coffee Dreamer, maxi qui s’était permis de remballer en beauté le bruit et fureur de leurs compositions précédentes. Un pied dedans un pied dehors, Anna s’emploie à conserver ce savoir-faire artisanal qui fait les belles heures de la sphère lo-fi tourangelle en y distillant néanmoins deux trois épis pleins de rêve bricolés avec naïveté et force rugosités expérimentales. Et c’est chouette comme tout. Rose comme le visuel de Maria Middtun qui illustre l’album, May décolle les mélodies sucrées (Twin) d’un emballage pop qui pique un peu quand même (Depression Medication Against God's Mom Issues). Anna, psycho cop option porno (cf. SoundCloud), s’ouvre à une psychédélie un rien fantastique où les effets de distorsion s’appliquent à faire de la voix un outil à sottises, on pense par exemple à Connan Mockasin sur Legacy, les cordes restent plus premier degré. Mais à peine, selon le quart d’heure de folie de The Blue Noise. Enregistrement home made hasardeux sur cassette, May est bientôt disponible. Rendez-vous le 10 février chez Howlin’ Banana Records et Un Je Ne Sais Quoi.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Anna - May (Howlin' Banana Records / Un Je Ne Sais Quoi, 10 février 2017)

01. Pavement
02. The Blue Noise
03. Legacy
04. Twin
05. Christmas Song
06. Depression Medication Against God's Mom Issues
07. I'm From May
08. Criticism
09. Ultra Pop
10. Friends


Kaviar Special - #2

Du magma, la fusion de tons jaunes, rouges et bleus, une main géante, des corps nus aux poses sculpturales, les têtes tournées vers nous, inquiétantes, à l’allure animale, criblée de globes oculaires. Entre rêve et cauchemar. Pas de doute, on est bien face à l’illustration psychédélique du graphiste belge Elzo Durt, auteur prolifique à la sérigraphie criarde et hallucinée, incontournable du label Born Bad et de la scène garage actuelle en général. Pochette abyssale de références, superbe objet à l’univers hautement identifiable auquel le quatuor rennais Kaviar Special peut désormais se targuer d’être affilié. Mais période poisson d’avril oblige, on a aussi l’exigence et la gourmandise d’obtenir le contenu qualitatif en sus de l’emballage alléchant.

Intelligemment intitulé #2 et sorti aujourd’hui chez Beast Records et Howlin’ Banana, il devient très vite clair que ce second effort vient faire transpirer les jeunes filles en fleurs que l’arrivée du printemps aurait fait bourgeonner sans aucun respect. Attitude « stay a gland forever », comme l’édifiant I Wouln’t Touch You With A Stick le porte à croire, tout bourré de délectables saturations et fidèle à la tradition fuzz qui démange les semelles d’un paquet de bons groupes en ce moment. L’accélération gagne sur un mode heavy-punk bien ficelé qui violentera certainement quelques rotules au passage. En un rien de temps, avec des titres comme les débridés Starving et Mad, Kaviar Special remet définitivement Rennes au centre de la carte garage-rock de France, accompagné entre autres de leurs potes des Madcaps.

Après douze bousculades de trois minutes environ, Kaviar Special laisse toutes fièvres dehors à force de faire dégouliner sur nos corps moites un substrat d’énergie, de solos qui se jouent vite et fort, la bouche déformée par moult rictus, et de balades faussement innocentes. Une telle déferlante orchestrée au pays de la galette-saucisse, il faut le dire, ça force un poil l’admiration. Pour aller tâter de plus près des décibels comme ils n’en atteindront jamais si l’on faisait la somme de leurs âges, rendez-vous à l’Ubu, à Rennes, le 29/04 et au Point Ephémère, à Paris, le 07/05.

Audio

Tracklist

Kaviar Special - #2 (Howlin' Banana Records/Beast Records, 08 avril 2016)

01. Starving
02. Sleep Thoughts
03. Highway
04. I Wouln't Touch You With A Stick
05. Night Shift
06. Mad
07. Mind Fuck
08. Come On
09. Morning Light
10. Now I Know
11. Yolove
12. Drowned In Doubts


Blondi's Salvation - Ventoline (PREMIERE)

Blondi

Pour ceux qui pensaient la scène garage hexagonale en radicale perte de créativité ou d'imagination, le label Howlin Banana Records prouve coup sur coup qu'il n'en est rien. Et si la nonchalance bravache d'Anna en à remuer plus d'un (lire), la verve psyché-folk des Nantais de Blondi's Salvation vitupère lui, avec cet air de ne pas y toucher, la grisaille ambiante qui semble nous maltraiter jusque dans nos assiettes. Putain de cancer. S'époumonant avec une certaine délicatesse qui dénote dans la jungle urbaine nimbée de fuzz et de distorsions, Blondi's Salvation fait même montre d'un violon au détour des onze morceaux de Wisdom Whisper, à voir le jour le 13 novembre prochain, et dont l'éraillée Ventoline, à écouter ci-après, fait office de premier extrait.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Blondi's Salvation - Wisdom Whisper (Howlin Banana Records, 13 novembre 2015)

01. Ventoline
02. Human Hymn
03. Mirror
04. Two Headed Dragon
05. Interlude Today
06. Pleasure Claws
07. Give Me More
08. Sticky Norms
09. My Curse
10. Interlude Tomorrow
11. Decadence


Wild Raccoon - Mount Break (FULL STREAM PREMIERE)

Sorte de Davy Crockett Lillois, Wild Raccoon fait du rock garage en one-man-band, et ce, aussi sauvagement que ses influences revendiquées que sont les maîtres à penser Bordelais du duo Magnetix ou encore ceux d'outre-Atlantique tels King Khan & BBQ Show et les Thee Oh Sees de John Dwye. Faisant paraître le 15 juin prochain par le biais du label Parisien Howlin Banana Records - déjà présenté dans nos colonnes (lire) et responsable avec les derniers Volage (lire) ou Departure Kids de quelques coups de génie sans lubrifiant - son tout premier LP, intitulé Mount Break et savaté en une dizaine de compositions raturées de saturations et exhalant cette sueur exhumant les bons concerts, l'homme à queue de raton laveur ne tardera pas à cribler de ses ogives le soleil de notre été, soufflant aussi bien le chaud et froid avec de vraies fausses balades (Montreal Gets The Blues), de fausses vraies reprises - l’excellente True Love Will Find You In The End piquée à l'empereur anti-folk Daniel Johnston - et de véritablement vraies apocalypses soniques dont les délectables Wild Animal Rising et I said We Said We Said. Ajouté à ce qui précède que Wild Raccoon est capable d'écrire un morceau presque aussi long qu'un album de garage standard, l'increvable Fries N Chocolate et ses onze minutes, des pop-songs aussi crasses qu'addictives (To Build A Fire), ou d'éructer gaiement de belles cochonneries en guise de break (Weapon Of Love), on est pas loin de se dire qu'il vaut mieux parfois être seul que mal accompagné et que l'on est jamais mieux servi que par soi-même. Une ode perverse à l'individualisme en somme.

Audio (PREMIERE)

Wild Raccoon - Mount Break (Howlin Banana Records, 15 juin 2015)

01. Next Summer
02. Fuck Fuck The Bankers
03. Montreal Gets The Blues
04. I said We Said We Said
05. Weapon Of Love
06. Wild Animal Rising
07. Rain Drops
08. To Build A Fire
09. True Love Will Find You In The End
10. Fries N Chocolate


Madcaps - 8000 Miles From Home (PREMIERE)

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Photo © Virginie Strauss

Alors qu'un certain reflux commence à s'opérer s'agissant de la vague garage franchouillarde - le soufflet ayant permis à nombre de passagers clandestins de figurer là où ils n'auraient jamais du véritablement se trouver s'étiolant sensiblement - , certaines formations et certains labels qui ont porté la chose contre vents et marées sur leurs biens frêles épaules continuent, eux, de faire front. Les Madcaps du Rennais Thomas Dahyot, tout comme les labels parisien Howlin Banana Records et breton Beast Records qui sortiront le 30 mars prochain le premier LP éponyme de ces-derniers, en font assurément partie, réussissant le tour de force d'utiliser des codes esthétiques usés jusqu'à la corde depuis les sixties et les inévitables compilations Nuggets, sans pour autant verser dans l'inutile et vaine redite. Après un premier EP égrainé en 2014 sur Howlin Banana Records, les Madcaps convertissent ainsi l'essai à toute blinde, muni d'un sens mélodique ferraillant tout sur son passage, extirpant du fracas et du bruit d'une guitare fuzz utilisée avec plus de parcimonie qu'auparavant, d’irrésistibles balades à la fois gorgée de soleil et passablement indémodable. 8000 Miles From Home, en écoute exclusive ci-après, en est la parfaite illustration.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Madcaps - S/T (Howlin Banana Records / Beast Records, 30 mars 2015)

01. I Knew It All
02. High Shcool trouble Maker
03. Emily Vandelay
04. Melody Maker
05. Haunted House
06. Too Good To Be true
07. 8000 miles from home
08. Moon night
09. One last hit
10. Nothing to do


Volage - Loner (PREMIERE)

Tendance à l'épure assumée les quatre Parisiens de Volage sortent leur premier album, Heart Healing, le 27 octobre prochain via Howlin Banana Records (lire) - label qui les a a accueilli pour leur premier pas discographique en novembre 2013 avec l'EP Maddie. Grande fierté avec Travel Check (lire) de la structure diy garape parisien, Volage verse désormais plus dans la pop que dans le bruit, dans la production léchée que dans l'urgence, tout en conservant sa plus grande qualité : un indéniable talent pour faire bouger les têtes et les culs à l'unisson. Loner, troisième extrait dévoilé après Owl et Paolina, est en écoute exclusive ci-après. Le groupe sera en tournée du 18 octobre au 2 novembre (Event FB).

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Volage - Heart Healing (Howlin Banana Records, 27 octobre 2014)

01. OWL
02. UPSET
03. HEART HEALING
04. TOUCHED BY GRACE
05. LONER
06. THIS AIN’T A WALK
07. 6H15
08. PAOLINA
09. WAIT
10. MIDNIGHT THOUGHTS
11. LOVE IS ALL


Travel Check - 66$

Travel Check - 66$Le garage parisien se porte bien, merci pour lui. Travel Check, déjà évoqué au cours d'une entrevue (lire) avec Tom d'Howlin' Banana Records - leur label sur lequel sortira le 20 janvier leur second EP, 66$ -, en est une preuve supplémentaire. Enregistré au swamp land à Toulouse cet été, 66$ est pitché depuis dimanche dernier par une mise en images réalisée et montée en VHS par The Attic Video au crétinisme aussi jouissif que communicatif, collant on ne peut mieux à ce morceau-titre dégoisé en deux temps, trois mouvements, dans notre top des tops de cette année qui n'a pas encore commencée.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=ldIrSfKz0Qs&feature=share&list=UUrZF2AR9xjKWAs5-D0cD8bg

Tracklisting

Travel Check - 66$ (Howlin' Banana Records, 20 janvier 2014)

A1. 66$
A2. Druggy Daddy
B1. La gravière
B2. Feels Alright


Who are you Howlin' Banana Records ?

Le 9 mai prochain, Los Dos Hermanos - duo garage de Bordeaux - sort sur Howlin' Banana Records son premier LP, Bourbon, Blood & Seafoods. L'occasion toute trouvée pour Tom, instigateur dudit label parisien, d'organiser le même jour à La Mécanique Ondulatoire une release party en bonne et due forme (Event FB) - et pour laquelle Hartzine offre des places (lire) - en plus de présenter en quelques questions/réponses - avalées d'une traite comme des godets - sa micro-structure, soufflant sa première bougie, et n'ayant eu auparavant que des 7" à son actif (Travel Check, The 60 Second Swingers et The Cavemen Five). Soit un maillon de plus qui compte dans la scène garage-punk francilienne - avec Born Bad, Inch Allah Records et Eighteen Records (lire) - entre disques bien branlés et concerts à la pelle.

Entrevue avec Tom

D’où te sont venues l’idée et la volonté de créer Howlin' Banana ? Tu fais tout tout seul ?

Ça faisait un bail que je voulais monter un label, j'ai eu l'occasion de bosser quelques mois pour Dirty Water Records à Londres, et j'y ai appris pas mal de choses sur le fonctionnement d'un label, du coup j'ai monté Howlin' Banana à mon retour en France. Je fais ça tout seul, surtout pour avoir un contrôle total de sur ce que je fais. C'est pas toujours simple, comme ça fait une grosse charge de boulot mais au moins je n'ai pas à faire de compromis ou me taper des délibérations sur tel ou tel truc.

Quelle est la signification d’un tel nom ?

J'ai galéré pendant un moment pour trouver un nom, du coup au bout d'un moment j'ai décidé de chiper le nom d'un label allemand, Screaming Apple. J'aime bien les bananes, je leur ai demandé et ça les a fait marrer, et voilà pour le nom. D'ailleurs c'est le même graphiste qui m'a fait le logo, Darren Merinuk. Je leur ai tout chouré.

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Entre punk, garage et DIY, comment définirais-tu plus précisément l’esthétique musicale et graphique du label ?

Musicalement, le label reflète ce que j'aime, du garage surtout, du punk, et pas mal de genres qui gravitent autour, surf, psyché, etc. J'essaie de mixer des influences très sixties avec des choses plus modernes, comme je me sens aussi proche de l'un que de l'autre. Mais bon je n'ai pas vraiment de ligne directrice définitive, si demain je me mets à aimer le zouk ou la disco, j'en sortirai des albums.
Pour le côté DIY je fais tout tout seul donc on est en plein dedans j'imagine. Sinon sur le plan graphique, j'ai commencé par faire les flyers moi-même, sans connaissance de Photoshop, donc ça a été franchement laborieux. Aujourd'hui j'ai quelqu'un qui me file un coup de main pour ça, et pour les pochettes je demande à des potes, en fonction des projets.

C'est quoi être DIY pour toi aujourd'hui ?

La même chose qu'avant je suppose, se démerder pour faire les choses soi-même, faire fonctionner son réseau pour rester indépendant des grosses structures. Comme je suis indépendant, je fais ce que je veux et comme il me plaît, et puis si ça ne marche pas tant pis. Mais bon je préférerais que ça marche.

Comment choisis-tu les artistes que tu souhaites sortir ?

J'en sais trop rien, au coup de cœur j'imagine, et je préfère bosser avec des groupes avec qui j'ai un bon feeling perso, c'est plus sympa. Sinon j'ai pas vraiment de business plan.

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Que représente pour Howlin' Banana la sortie du LP de Los Dos Hermanos ?

C'est un premier LP déjà donc je veux mettre le paquet. C'est plus simple que de bosser sur des 7" qui n'intéressent pas grand monde à part le public hardcore. Ensuite, je crois vraiment dans le groupe et j'adore Billy et Carole, donc je veux faire le max pour que ça marche pour eux. Et devenir riche au passage.

Et si tu devais nous présenter le groupe, tu dirais quoi...

Ça devrait rappeler à certains des groupes US actuels, Oh Sees, Segall et cie, avec l’écho dans le chant, etc. mais c'est plus que ça, ils ont de vrais bons morceaux, et un truc à eux, des éléments de surf qui ajoutent une touche de soleil, de sud-ouest tu vois.
Howlin' Banana, c'est donc quatre sorties pour le moment, dont trois 7"... mais ce n'est pas qu'un label, non ? Parle-nous de Bananas Magazine ?

C'est un zine basé à New York, branché garage-punk essentiellement, et distribué via des shops et mailorders. J'écris dedans et je le distribue en France mais je n'ai pas participé à sa création, c'est indépendant du label, mais bon le nom et ma participation ajoutent pas mal à la confusion.

Le fait d’être basé à Paris et-il un avantage quand on veut faire vivre ce type de structure ? Quel est ton réseau ?

J'imagine oui, c'est plus facile de ramener du monde aux concerts déjà donc ça m'apporte un peu plus d'exposition, comme je fais jouer un paquet de groupes. Mais bon, d'ici à en vivre, il y a une grosse marge. Pour mon réseau, je sais pas trop, ce sont des groupes, des zines, d'autres labels, des salles, etc. Tous les gens que je suis amené à rencontrer dans le cadre du label et des soirées.
Niveau concerts... Howlin' Banana est intimement lié à la Mécanique Ondulatoire, non ?

Oui, c'est une salle que j'adore, autant pour le lieu que l'équipe. Le programmateur m'y a accueilli à bras ouverts dès le début. Et je pense que c'est mieux de faire tous mes concerts au même endroit, plus simple de s'y retrouver pour le public, et puis je m'y sens comme à la maison.

Quel est le futur proche d'Howlin' Banana ?

La même chose, des concerts cool, et des sorties. Je vais me concentrer un peu sur les LP, c'est plus rentable et plus intéressant de bosser dessus. Cela dit j'ai un 7" des Norvins dans les tuyaux, un groupe garage-punk parisien, qui devrait sortir bientôt. Je vais un peu accélérer le rythme des sorties à partir de septembre, j'ai un paquet de projets en tête mais c'est un peu tôt pour en parler !

Pour finir, tu peux présenter ta mixtape ?

Bon déjà j'y ai mis des extraits des sorties du label, promo oblige. J'y ai rajouté des groupes qui vont jouer dans les soirées Howlin' Banana à la Mécanique Ondulatoire, Mujeres, un groupe espagnol très Black Lips qui jouera à la release party de Los Dos Hermanos, Wildmen, un super duo italien que je fais jouer le 14 mai et Kaviar Special, un groupe rennais qui devrait jouer le 2 juin. J'y ai aussi glissé un morceau de Dusty Mush, un groupe de Melun (et ouais) avec qui je vais sûrement bosser dans un futur proche, voilà !

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