LFSM #1 : Jessie Evans + Lonelady

Jessie Evans + Lonelady, Festival Les Femmes s'en Mêlent, Paris, La Maroquinerie 23/03

Première soirée du Festival LFSM, le boss m'envoie sur le terrain "Vv pour toi ce sera Jessie Evans". J'acquiesce sans protester, car c'est aussi ça le job de dévouée serviteur à la cause du Rock. En temps normal, je me renseigne un minimum sur l'artiste dont je vais juger la performance, c'est le b.a ba me direz-vous. Mais parfois, on se met dans la peau du spectateur lambda qui venait peut-être ce soir pour voir Lonelady et ne connaissait Jessie Evans ni d'Eve ni d'Adam. Je ne sais pas pourquoi mais ce nom m'évoquait une énième chanteuse folk à guitare sèche, et je ne m'impatientais pas vraiment à la perspective de chroniquer une prestation sans surprise (note pour plus tard : se racheter une intuition).

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Ébullition dans la salle, je me fais la remarque qu'il y a bien du monde pour une première partie peu ou pas connue. On installe des étoiles dorés dans le fond de la scène, comme un mini-décor improvisé à la va-vite. Un homme aux airs de Clark Gable fait son apparition, le look jazzman des années 20 impeccable jusqu'au bout des souliers. Il s'installe à la batterie. Suit une femme chapeautée jazzy elle aussi, qui prend place derrière des percussions installées de l'autre côté de la scène. Les lumières baissent, roulement de tambour. Déboule alors une véritable show girl comme on n'en croise peu, Jessie Evans va tout casser. Vêtue d'une combinaison qui la transforme en femme serpent, fardée comme une danseuse du carnaval de Rio, et arborant avec fierté ce qui semble être un coquillage géant à facettes sur son crâne, la diva entame une danse endiablée.
Joséphine Baker Vs Lizzie Mercier Descloux, voila comment je définirais le phénomène Jessie Evans, qui s'avère Oh surprise ! être une saxophoniste de génie. Mais de quoi on parle ? Après concertation, je dirai Afro Disco Punk. Sur une bande aux sonorités synthétiques avec une basse dominante, se déchaîne à la batterie notre impeccable Clark Gable, soutenu par les percus qui donnent cette touche afro à faire remuer tous les derrières du 20ème arrondissement. Là-dessus se plaque la voix grave de Jessie, assez proche de Glass Candy par bien des aspects, alternant avec ses performances notoires au sax et au levage de jambe (la droite surtout). Mais mettre des mots sur cette musique n'est pas si aisé à vrai dire. Il manque un pan entier du show.
En effet, on se retrouve par moment au milieu d'une course poursuite de bagnoles dans Lost Highway, le rythme est haletant, les coups de freins sauvages. Lynch adorerait Jessie Evans, cela ne fait aucun doute. Car la dame chante aussi bien en anglais qu'en espagnol, ce qui nous emmène Oh hasard ! dans le théâtre absurde et dramatique de Mulholland Drive. Angelo Badalamenti ne l'aurait certainement pas nié, cette sombre bande originale nous rentre dans le sang, et le public se déchaîne dans la danse. Voilà pour le côté obscur.
Car à l'inverse, la femme serpent semble toute droit sortie d'un cabaret burlesque comme il s'en est recréés par dizaines dans son San Francisco natal. De la Californie à Berlin où elle vit aujourd'hui, il manque un détour par Mexico, où elle semble avoir puisé les notes très opérettes de son univers punk, disco et absolument branque !
Au bout d'une heure de show épique, on est forcés d'admettre que l'émerveillement est une denrée rare aux abords des salles de concert parisiennes. Alors quand il apparaît gaiement aux premiers jours du printemps, la foule s'emballe comme un seul homme pour le célébrer en ululant de plaisir! Et avec une Jessie Evans se jetant furieusement dans la foule pour danser comme si sa vie en dépendait, nous avons eu une belle démonstration de ce qu'il est encore possible de créer dans un monde musical où même l'indé se révèle souvent incapable de produire des lives véritablement intéressants. Si la Show Girl passe dans votre coin, n'hésitez pas une seconde, c'est pour votre bien.

lonelady_rebecca_miller_4Il semblerait que l'ego si sensible et pourtant tellement sur-dimensionné de votre cher Akitrash soit passé complétement inaperçu aux yeux de la belle Vv, totalement happée par la prestation reptilienne d'une Jessie Evans hors-de-contrôle. Mon charisme aurait-il perdu de son prestige ? Peut-être, à l'égal de nos attentes envers la jeune mancunienne, dont le passage sur les planches était plus qu'attendu après la surprise de son Nerve Up qui fait toujours surchauffer nos platines.
Première déception, ce live s'entame par un cafouillage dû à un ingé son un peu maladroit, l'équalisation des instruments est mal fichue, volume de micro trop bas, tambourinage de batterie excessif... If not now apparaît comme un ratage total. De plus Julie Campbell apparaît crispée comme jamais et déjà exténuée le morceau à peine terminé. Ça ne sent pas vraiment bon, tout ça. Le public, pourtant là pour elle, l'acclame comme jamais alors que la petite demi-heure qui suivra, la magnétique rouquine s'enfermera dans un mutisme absolu, enchaînant l'un après l'autre les morceaux de son album, qu'elle interprétera néanmoins avec une rigueur extrême.
Cela dit le spectateur s'attend lui à autre chose qu'à une vague resucée des 10 titres qu'il écoute inlassablement depuis plus d'un mois et espère une prestation scénique à la hauteur du prix de son billet. Cependant pas de Cattletears pour se consoler, seulement un Bloedel, face B pas tellement convaincante du pourtant sublime single Intuition. Quelle excuse trouver à Lonelady qui entame sa tournée européenne par ce concert statique, avec seulement quelques arcs électrisants comme sur Marble, qui réflexion faite, pourrait devenir le prochain must-ear de la mystérieuse Miss Campbell.
Mais c'est sans adieu que le trio quitte les planches, nous laissant avec désamour, désillusions et un manque concret de conviction sur cette prestation. Pas de rappel, et que la lumière fut ! Le public est invité de ce pas à éjecter, direction maison. Même si je fus très largement déçu comme la plupart de mes voisins qui s'en allaient en bougonnant, je savais malgré tout dans mon petit cœur que je laisserai une seconde chance à cette jeune artiste sur laquelle repose tout le poids d'une génération qui ne souhaite pas mourir, mais cette question ne plus rester à jamais en suspens : "Fear no more", réellement?

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On y était - Festival Clapping Music

flyerfestivalcmDix ans que le label Clapping Music œuvre pour la musique indépendante. Dix ans de mélodieuses rencontres, de King Q4 à Lauter en passant par Ramona Cordova, Centenaire, Yeti Lane, ou encore François Virot, double tête d'affiche de ce mini festival. Émeline et Thibault se sont rendus à chacune de ces deux soirées hautes en couleurs, vous réservant par la suite un dossier spécial Clapping autrement étayé. Un compte-rendu comme mise en bouche donc.

Karaocake, Lauter et Reveille, Festival Clapping Music, 9 mars 2010, L'International

Les festivités commencent avec le tout jeune Karaocake, timide trio dont le premier opus, Rows And Stitches est sur le point de paraître. A cause de l'heure de retard réglementaire, la foule déjà nombreuse se fait pressante autour de la petite scène de l'International. Malgré leur jeu de scène à peu près aussi dynamique que celui d'une huître en pleine action, les trois camarades conquièrent facilement le public avec leur pop Casio aux relents de plastoc. Miss Karaocake, initiatrice de ce projet qu'elle a mené en solo pendant de longues tournées avec François Virot, se débat entre son carnet de notes et les gommettes qu'elle a collées sur les touches de son clavier et dont elle n'arrive plus à voir la couleur. Son camarade Charlotte Sampler - qui n'a de féminin que le prénom - jette également des coups d'oeil répétés à ses papiers entre chaque chanson tandis que Domotic - par ailleurs membre de Centenaire -, plus à l'aise, leur vole un peu la vedette. Mais cet amateurisme charmant n'enlève rien à la précision soignée de ces chansons cheap et mélancoliques. Un groupe à suivre.

La soirée se poursuit sans plus de transition qu'une bière avec Lauter, accompagné pour l'occasion d'un remarquable batteur. C'est en grande partie grâce à son jeu aussi délicat que tranchant que les morceaux blues-folk-psyché de Boris Kohlmayer gagnent en profondeur. La fatigue aidant, on se laisse volontiers emporter dans son univers d'un sombre vert d'eau. Grâce à son perfectionnisme - son dernier album a nécessité par moins de douze séances d'enregistrement - le concert prend un tour captivant.

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On pouvait compter sur Reveille pour nous sortir de cet état presque béat. Le nouveau projet de François Virot, accompagné de Lisa Duroux à la batterie et d'un bassiste non-identifié qui les a rejoints il y a quelques semaines seulement, consiste en un raffut pop-grunge emmené par le jeu brutal de la batteuse. On devine rapidement qu'elle ne doit pas jouer de son instrument depuis bien longtemps, mais personne dans l'assemblée ne semble en faire cas : l'enthousiasme de son jeu forcené est communicatif. On a presque l'impression de voir un enfant qui se réjouit d'avoir trouvé un nouveau moyen de pourrir les oreilles de ses parents. François, quant à lui, très classe dans son jogging trois bandes - mais il pourrait jouer en charentaises qu'on lui pardonnerait - brode sur cette trame épaisse avec la voix de fausset qu'on lui connaît bien depuis son effort solo de 2008. Si les mélodies peinent à émerger de cette bouillie sonore, le résultat est on ne peut plus réjouissant. Oui, d'aucuns reprocheront à Reveille son manque de bouteille, et on ne pourra leur donner tort. Mais sa fraîcheur est contagieuse et, malgré les multiples pains, on en sort l'éternel sourire angélique de François scotché aux lèvres et orné d'une furieuse envie de vivre.

Emeline Ancel-Pirouelle



Centenaire, Yeti Lane et Clara Clara, Festival Clapping Music, 10 mars 2010, Le Point FMR

J'ai longtemps procrastiné ce report, mais ne m'en voulez pas, le pain sur ma planche ressemble cet an-ci à un énorme campagnard comme on n'en trouve plus qu'à Sarlat. Inutile donc d'y voir un quelconque désintérêt ou méprise de ma part, d'autant que la maison de disque artisanale Clapping Music fait coup double à l'occasion de son dixième anniversaire : si Centenaire et Yeti Lane viennent présenter leurs nouvelles compositions/formations néo-folk, les électrisants Clara Clara égrainent à nos oreilles le jour de sa sortie leur Comfortables Problems.
Ça sent déjà le début du printemps, je parcours en sifflotant les quelques rues qui me séparent du Point FMR. Il est 18h, Paris me laisse un bref répit dans sa course à l'absurde. Je rejoins Émeline, le temps de s'en griller une et de commander une mousse fraîche, puis nous retrouvons Amélie, Charles et François de Clara Clara, pour une interview-conversation aussi sympathique que bordélique. Sans doute un peu ma faute, mes questions étant pour la plupart posées à l'emporte pièce. Sans doute un peu la leur, une polyphonie de réponses amusées m'étant le plus souvent rétorquée. L'heure tourne, les verres se vident, l'interview est dans la boîte. On laisse la petite bande reprendre ses quartiers dans la minuscule loge du Point FMR et notre attention se déporte maladroitement vers un écran géant déployé on ne sait pas trop pourquoi en plein milieu du bar. La voix de Jean Michel Larqué résonne, l'antre de la maison blanche bouillonne sous nos yeux et c'est contraint et forcé que je tire une croix sur le match de l'année. A défaut de onze Lyonnais en partance pour l'exploit, trois vont nous en mettre plein les oreilles. Je gagne au change.

La salle se remplit vite. A l'intérieur, tout le monde se connaît : on sent bien que le nombre d'invités et inversement proportionnel à celui des quelques malheureux s'étant fendus d'une modique somme pour dénicher un billet. Quoi de plus logique que d'être entouré de ses proches pour souffler ses bougies. L'ambiance est donc à la détente, les gens s'apostrophent, se tapent sur l'épaule, les groupes ayant joués la veille (Karaocake, Lauter) squattent les abords de la scène quand les compils - éditées pour l'occasion par Clapping et distribuées gracieusement à l'entrée - circulent avec gourmandise.
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Les bien nommés Centenaire, dont le premier effort n'a pourtant que quatre ans et dont le premier succès d'estime, The Enemy, est paru l'année dernière, se présentent en trio. Batti originellement sur une formule acoustique, Damien Mingus (My Jazzy Child), Aurélien Potier et Axel Monneau (Orval Carlos Sibelius) furent rejoint lors de la composition de The Enemy par Stéphane Laporte (Domotic) qui insuffla par l'intrusion d'une batterie minimaliste une fièvre électrique qui n'allait plus les quitter. Si le départ d'Axel n'élimine pas de fait l'influence folk acoustique du groupe, celui-ci fait quasi table-rase de son passé : seul un titre ré-adapté de The Enemy fait partie de la setlist de ce soir. C'est donc dans un inconnu teinté d'ambiances feutrées que Damin Mingus nous embarque, sa voix évoquant tour à tour la mélancolie doucereuse de Jason Lytle, puis celle monocorde et captivante de Christopher Adams (Hood). Assurée selon le principe des chaises musicales, l'instrumentation révèle toute sa richesse à mesure que s'étirent les morceaux. On reste suspendu à certains silences comme on se prend à fermer les yeux sur d'indolentes arabesques de claviers. Une rythmique sèche mais volubile permet à une guitare de générer de vibrantes nuées sonores qui planent négligemment avant de fondre dans le creux de nos oreilles charmées. Le set est court mais démonstratif : en 2010, il faudra compter sur ces Parisiens d'une profondeur d'âme que l'on jure abyssale.

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Un point score et une bière sifflée plus loin, c'est perdu au milieu d'une foule compacte que je me glisse dans l'espoir d'apprécier au mieux le désormais duo Yeti Lane. Il s'agit de leur premier concert sans le grand LoAc, eux qui avaient déjà débaptisé Cyann & Ben, leur ancien groupe, suite au départ de ladite Cyann. Mon attention est d'entrée subjuguée par l'amas de claviers, d'amplis et de machines diverses et variées que l'on croirait au moins destiné pour un quinquet. En général, ce type de surcharge pue le pâté. Mais il n'en est rien et chacun s'installe, face à face, dans sa moitié de scène respective : Ben au chant, à la guitare et aux claviers, Charlie derrière l'imposante batterie, entourée de synthétiseurs et autres quincailleries clignotantes. Ils ne sont pas là pour rigoler et nous non plus. Un faible éclairage rougeoyant confère au groupe une aura presque mystique que l'entame de set, tout en progression rythmique, ne fait qu'abonder. La plupart des morceaux joués sont extraits de leur premier album éponyme (2009) - le quatrième si l'on compte ceux de Cyann & Ben - parmi lesquels quelques titres inédits annoncent d'ores et déjà un maxi prévu pour 2010. J'avoue sans mal m'être laissé porter par ces structures folk à la fois carénées d'éléments krautrock (la répétition, les rythmiques) et d'influences psychés. Cette intime narcose tissée de sonorités extatiques est donc à situer quelque part entre Turzi et Zombie Zombie (ces derniers ont - comme par hasard - remixé certains de leur morceaux, à écouter ici), la guitare de Ben produisant par moment une étrange écume synthétique à la fois orgasmique et insidieuse. Et si la forêt d'instruments prend clairement le dessus sur les voix, provoquant d'irrémédiable montées d'adrénaline, l'ensemble, sur la durée, s'avère d'un relief très contrasté, Lonesome George en constituant l'Everest infranchissable. Il fait atrocement chaud, les lumières se rallument : j'ose à peine avouer le réconfort qu'elles m'inspirent pour aller m'humecter le gosier.

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On connait leur réputation, ils nous la confirment entre deux sourires : les Clara Clara préfèrent la spontanéité à la rigueur, le bruit à la dentelle, l'envie à la réflexion. Il n'est pas nécessaire d'écouter en long, en large et en travers leur second album, Comfortable Problems, pour se convaincre que le disque est taillé pour la scène et qu'un concert de ces trois-là peut s'apparenter à un déluge sonore particulièrement jouissif. Bien sûr, il y aura toujours ces langues de vipères qui maugréeront en regardant leurs pieds..."ça a déjà été entendus mille fois", "pfff c'est hyper simpliste, ça vaut pas tout le buzz qu'on en fait"... Mais à vrai dire, on s'en tape : un concert où transpire autre chose que l'émotion, où ce qui suinte laisse un goût amer et salé sur les lèvres, vaut parfois toutes les explications du monde. Et à ce titre, comment être déçu ! La batterie de François, jouant debout, au centre et équipé d'un micro-casque lui conférant un air de famille avec toute les divas blondes que la planète dénombre, est réduite à son strict minimum bien qu'étant la pierre angulaire du groupe. Le clavier d'Amélie, apparemment tombé en rade et remplacé sur le champ par l'un des quatre-vingt dix mille que possède Yeti Lane, est disposé à gauche quand Charles occupe le flanc droit, muni d'une basse élégante qu'il porte haut. Une nouvelle fois dans cette soirée si particulière, il s'agit de mettre de côté un passé pas si lointain, où le groupe jouait au milieu du public, sans micro et sans sonorisation autre que des amplis, éructant une musique rêche et abrasive à la manières des Américains de Lightning Bolt. En effet, aucun des morceaux du groupe contenus sur l'album AA (SK records, 2008) ne sera joué, quand la voix de François s'invite pour aérer des compositions qui, malgré la rage inextinguible qu'elles contiennent, ne sombrent jamais dans une violence bête et méchante. Dès les premiers morceaux et We Won't Let You Alone, le public fait corps à cette noise-pop sur-vitaminée et balancée à toute blinde. Le clavier d'Amélie donne une profondeur mélodique évidente à ces hymnes foutraques savamment distillés où la basse, d'une épaisseur saturée à faire pâlir Brian Gibson, cadence âprement un rythme mitraillé par un François Virot aussi frêle que transfiguré sur scène. Under the Skirt, Lovers puis Versus Education Of Artistic Peace finissent de me convaincre de la puissance de feu des Clara Clara qui, à défaut de révolutionner un style largement galvaudé par une palanquée d'imposteurs, s'évertuent à tirer vicieusement sur la corde de chacune de nos terminaisons nerveuses dans l'espoir de provoquer un démantibulement visible de nos membres endoloris. Pas le temps de souffler et de laisser les guiboles se détendre que la sagacité de leur set prend à nouveau à la gorge et époustoufle, tant la gouaille ravageuse des garnements martyrise au centuple nos tympans sur les tubesques One One One, où Amélie - ressemblant étrangement à Kim Gordon moulée dans sa robe blanche - ouvre le morceau en tintamarrant des baguettes sur une chaise, et Paper Crowns que toute la salle attendait pour exulter. La communion est totale, le gâteau d'anniversaire largement entamé. Il fait affreusement moite, chacun a au moins renversé sa bière sur le voisin, quand ce n'est pas sur soi-même, mais tous - ou presque - ont ce regard mielleux de la concupiscence assouvie. Je ne veux pas en savoir plus et je m'infiltre dans la nuit. Mes oreilles sifflent et siffleront jusqu'au petit matin.

Clap Clap Clapping, et longue vie.

Thibault

Photos

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crédits photos : Emeline Ancel-Pirouelle © pour hartzine

On y était - Festival Super Mon Amour

super-mon-amour-508x718La dream-team du report est de retour. Cette fois, Virginie, Aki et Thibault se rendent quai de Valmy, au Point Éphémère, pour la troisième édition du Festival Super Mon Amour. Un festival qui prend de l'ampleur, notamment par sa programmation quatre étoiles (the XX, These New Puritains, Chokebore, FM Belfast, Glass Candy), mais qui reste néanmoins indéchiffrable dans son organisation. Une crise de croissance dont font fi nos trois hartziners. Chacun d'entre eux avaient sa marotte, et si Virginie s'est retrouvée privée de la sienne (These New Puritains), Thibault (Chokebore - reporté dans ces pages séparément) et Aki (FM Belfast) s'en sont donnés à cœur joie. Retour sur un samedi 20 février haut en couleurs. Et en chaleur...

Samedi 20 février - festival Super Mon amour - Dent May, Think About Life, FM Belfast

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Parfois la seule chose que vous arrivez à vous dire en pensant à Paris, cette bonne vieille capitale, c’est qu’elle n’est vraiment qu’une catin, une salope, une … Bon okay, nous pouvons arrêter là pour les synonymes. Mais passer deux heures bloqué en voiture ou attendre quarante minutes un samedi soir sur le quai du métro pour cause de voyageur malade, ça provoque instantanément un sentiment nauséeux. Mais où sont donc partis les vacanciers ? Ils ne sont pas en train de dévaler les pistes enneigés, ça on peut vous l’assurer. Et c’est finalement hors d’haleine, transpirants et totalement ivres de fatigue qu'on arrive enfin aux portes du Point Éphémère (maison ?). Et de nos amis de ricaner en nous annonçant que le triomphal Dent May clôture à cet instant son show. Pas le temps d’écouter les moqueries, un coup de coude bien placé, saut en fosbury par-dessus la barrière, coup de tampon et projection dans la salle. Et ô stupeurs, aucune émotion ne passe à travers le ukulélé du petit protégé de Paw Tracks. Le musicien semble perdu dans une divagation dont lui seul connaît les tenants et les aboutissants, nous laissant là, en plan, avec nos brèves interrogations. Tiens, on se rappelle qu'on avait sacrément envie d'en griller une.

Les Think About Life n’ont, quant à eux, rien de vraiment excitant sur le papier. Premièrement, ils ont l'immense désavantage d’être Québéquois, ce qui n’est pas pour arranger les affaires d'un Aki allergique au dialecte du pays des « têtes à claques ». Pourtant, le quatuor signé sur l’excellent mais discret label Alien8, met le feu au poudre grâce au magnétisme de son chanteur Martin Caesar, véritable bête de scène se nourrissant tant à la soul qu'au rock. Ajoutez un batteur dont le look se situe entre Elmer Food beat et Jay Reatard, un guitariste longiligne et une choriste un peu garçonne et vous obtiendrez quatre supafreaks distillant un savoureux mélange de disco-house bien frappa-dingue largement au-dessus de nos espérances. Et si Martin nous séduit par son énergie communicative et sa voix se rapprochant dangereusement de Tunde Adebimpe, Calia nous enchante le plus souvent lorsqu’elle se tait, ce qu’elle ne fait que trop rarement. Sweet Sixteen et Set you on Fire soulèvent les foules et ramassent les sourires. Dans le dico, un terme existe pour définir la prestation de ces jeunes gens philosophes de Think About Life : une bonne surprise. En foot, c'est Calais en demie finale de la coupe de France. Au choix.

« Ces types ont le sens de la fête ou quoi ? » lâcherait Wayne Campbell en assistant à un concert de FM Belfast. "Chapiteau Wayne !", lui répondrait-on vivement. Cela fait un moment que les Islandais ont conquis le cœur du public français tout en envoûtant leurs paires de baskets qui bondissent invariablement dans tous les sens. Ces trublions de l’electro-pop tirés à quatre épingles retournent littéralement les planches du Point Éphémère provoquant l’hystérie collective. La tension monte crescendo jusqu’à un Lotus explosif, qui n’est autre qu’une réinterprétation disco-punk du Killing in the Name de RATM. Comment stopper un public monté sur ressort ? En l’invitant sur scène peut-être ? Happy-Happening ! Changement de dresscode, le collectif réapparaît en tenu de combat : shorts, débardeurs et bandeaux tandis qu’ils renquillent sur une violente reprise de Pump Up the Jam. Retour aux vestiaires et c’est les sifflements dans la salle. Juste le temps de placer un Welcome to the Jungle avant le grand lâcher de ballon. L'euphorie collective fait tâche d'huile dans le public alors que FM Belfast nous rappelle qu'ils voyagent Par Avion. Franchement, il est vraiment très dur de se remettre d’une telle claque qui nous a à tous provoqué le tournis. La sécurité vide la salle, la coupure est la bienvenue. Thibault raconte à Aki et Vv les avoir croisé plus tôt dans l'après midi, lors de leurs balances. On a frisé l'interview improvisée. Ce n'est que partie remise tant Aki en perd son chewing-gum.

Samedi 20 février - festival Super Mon amour - Glass Candy, Desire, Chateau Marmont, Mondkopf, Futon et Chevalier Play

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Complètement dans le gaz ce soir-là, Vv s'est laissée porter par la joyeuse première partie de soirée. Dopée au coka sans bulle et à la bonne humeur des zigottos d'FM Belfast, c'est bien décidée qu'elle entre à nouveau dans cette salle, définitivement trop petite, histoire de voir ce que Château Marmont a dans le donjon. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les quatre mecs venus du Sud n'étaient peut-être pas le meilleur choix pour "envoyer" ce début de soirée épique. Solar Apex, leur dernier Ep, s'il est prometteur sur disque n'en est pas moins soporifique sur scène. Certes, c'est maîtrisé. Faut voir la ribambelle de synthés analogiques vintages du barbu sur la gauche. Ça en fait rêver certains, c'est sûr. En ce qui concerne Vv, on est loin du compte. Si celle-ci apprécie à sa juste valeur Air, à qui on les compare souvent, les Versaillais ne se sont jamais limités à une litanie de morceaux planants saupoudrés de voix passée à la moulinette d'un foutu vocodeur. Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin nous abreuvent de Pop, un terme banni du vocabulaire des châtelains. L'état cotonneux de notre Vv s'accommode cahin-caha de ces longues plages floydiennes tandis que Thibault cherche Aki et qu'Aki cherche Thibault. L'armée de modasses venues pour Glass Candy dodeline de la frange. Tout va bien Capitaine. Pause. On reprend.

Échaudée par le compte rendu de l'interview de Johnny Jewell par ses petits camarades, Vv s'impatiente de voir débarquer l'une de ses cinq formations : la bien nommée Desire. La foule se fait de plus en plus dense, délurée, en demande de glam'. Celle-ci est un gai mélange de hipsters en tout genre, réunis ce soir pour vibrer. Une heure et quart au cadran et Johnny apparaît, suivi du batteur Natty (également à l'œuvre avec les Chromatics) et de la charmante canadienne Megan Louise. Dans sa robe paillette flashy, celle-ci nous salue chaleureusement de son accent québécois, jouant inopinément avec la tripotée de nerfs que compte notre pauvre Aki. Commence alors une rêverie nu-disco mélancolique... Miroir Miroir s'installe sans grand mal dans les corps happées par son beat léger et sec, la voix de Megan débutant sa séance d'hypnose de masse. C'est cette impression étrange qui persistera même après le live, comme dans un film de série B des années soixante-dix (années érotiques). Les pupilles se dilatent, les lèvres s'humidifient, la sueur perle dans la nuque et le mouvement des hanches se fait régulier et sensuel. Qui a dit série B ? Avec un tel patronyme, il ne fallait pas s'attendre à ce que ces trois là nous jouent le numéro de la cold wave aseptisée. A les voir se mouvoir sur scène - Natty frappant sèchement une batterie minimaliste, Johnny, imperturbable, triturant ses synthétiseurs et Megan ondulant imperceptiblement du bassin - on ne peut que deviner la vaste entreprise de perversion du groupe : laisser les désirs primitifs de chacun s'exprimer sans entrave. Et elle l'avoue sans mal, Vv est happée sans la moindre résistance par l'onction vénéneuse d'un groupe venu faire ses adieux temporaires à la scène. Vos désirs sont des ordres Johnny. Revenez vite.
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La troupe s'aère. Prise légale de coka pour certains, de vodka avec un glaçon s'il te plaît pour d'autres. L'impatience croît à mesure que l'air devient irrespirable. Glass Candy est annoncé à juste titre comme l'autre sommet d'une soirée déjà secouée par la déferlante Islandaise. Formé en 1996 et passé depuis d'un post-punk anémique à une italo-disco ondoyante, le duo formé par Johnny Jewel et la lutine Ida No n'a de cesse d'épuiser depuis 2007 B/E/A/T/B/O/X sur les dancefloors du monde entier. Plus tôt dans l'après-midi, Johnny annonçait à Thibault, lors d'une entrevue tenue dans les escaliers de son hôtel, l'ouverture imminente d'un nouveau chapitre discographique de Glass Candy sur , label dont il est lui-même l'architecte visuel et sonore avec Mike Simonetti. La salle gronde, l'obscurité baigne les corps impatients quand l'onde synthétique de Digital Versicolor fait basculer d'entrée l'assistance en liesse. La boîte à beats de Johnny prend au tripes quand la sémillante Ida électrise les coeurs d'une prestance à faire rougir la Deborah Harry du CBGB. La ballerine disco se promène à pas de velours sur la scène quand notre sympathique Pierrot la Lune se courbe fiévreusement sur son clavier surdimensionné, inoculant tous ses hymnes italo dans la moiteur d'une nuit bien entamée. Beatific révèle sa texture mordorée, Candy Castle égraine son groove malsain quand Life After Sundown finit crapuleusement le boulot. Empreint d'un stupre insufflé deux heures durant par les joyaux féminins d'un Johnny aux anges, le public en quête d'un vice centigradé fond sur un bar en manque de glace. Il fait chaud, très chaud, trop chaud : Thibault perd sa fratrie rédactionnelle, Aki et Vv se sont visiblement liquéfiés.

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Changement de décor. L'ordinateur honni jusqu'à présent trône désormais au milieu de la scène. L'appel d'air n'est pas feint : ostensiblement la foule éclate et se répand sur tout l'espace du point Éphémère. Basse pression, Mondkopf pointe le bout de son set. Minimale étourdie, minimale lancinante, l'appel du canal et d'une énième pose clope brûlent les doigts. Les rencontres se font, se défont et s'entrechoquent. Les djs présents et futurs (Futon, Chevalier Play) ne serviront plus qu'au tapis sonore de ces circonvolutions nodales. On vivote, on s'enfuit, on persévère. La nuit nous appartenait que déjà le petit matin ramène de sa lumière diaphane la lueur d'une raison jusque là évanescente. Ce sera un thé, de la marche à pied et un pieux. Oui un pieux. Fatalement même.

Virginie, Akitrash et Thibault

Gablé l'interview

gableDans le cadre de la huitième édition du festival indé Mo'Fo' (29, 30, 31 janvier 2010), organisé comme chaque année à Mains d'Oeuvres (Saint-Ouens), nous avons eu la chance de rencontrer Matthieu, Thomas et Gaëlle, membre d'un groupe pas comme les autres, Gablé. Au cours, de cette entrevue décontractée, à l'image des trois caennais aussi souriants qu'accessibles, nous avons tenté de comprendre le pourquoi du comment de cette musique thérapeutique pour narcoleptiques. Il est question de caisse à outils, d'instantanéité punk et de cruauté infantile. Tout un programme donc.

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On y était - BBmix Festival

Pour sa cinquième édition, le festival boulonnais BB Mix prend ses quartiers dans la grande salle flambant neuve du Carré Bellefeuille.

Jour 1 : Comme une ombre

Et ce soir, le public est à l’image de cette dernière : il est propre et il sent bon. A l’ouverture des portes, personne ne se presse : aujourd’hui, on ne vient clairement que pour les Shades, la tête d’affiche, qui ne jouera qu’après vingt-deux heures.

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PRIVATE

Les organisateurs ont parié sur ce groupe, directement issu de l’écurie BB Mix puisqu’il répète dans les locaux gérés par l’équipe, pour ouvrir l’édition 2009 du festival. Mais à part ses proches, Private a du mal à conquérir le public clairsemé – et assis, à cause de la configuration de la salle. Et cela malgré l’enthousiasme communicatif de son chanteur, Alex Aguiar, et son harmoniciste suréquipé – cinq instruments au compteur ! Présentés sur le programme comme les « dignes fils spirituels de Jacques Dutronc » et les « rejetons français des Strokes » (ils y sont peut-être allés un peu fort), les membres de Private présentent ce soir au public leur premier album, qui sortira prochainement. Les morceaux sont carrés et efficaces, mais loin d’être révolutionnaires, et les paroles laissent parfois un goût amer – on a beau dire, pubis, ça passe mieux en anglais.

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HECUBA

Les fans des Shades, apparemment beaucoup plus lookés qu’ouverts d’esprit, accueillent avec des ricanements le duo californien. Il est vrai qu’Isabelle Albuquerque et Jon Beasley ont l’air de venir d’une autre planète. Coiffés et habillés strictement de la même façon – si bien qu’on a presque du mal à distinguer l’homme de la femme – les deux acolytes nous livrent sans ciller leur show spatial. Isabelle, qui maîtrise parfaitement ce petit mouvement de jambes entre le moonwalk et les claquettes, semble en proie à une sorte de transe statique, tandis que son partenaire se déchaine sur son ordinateur, son clavier et sa guitare. On s’aperçoit assez rapidement que les chansons qui nous avaient paru d’une froideur chirurgicale à l’écoute de l’album (Paradise, leur premier opus, sorti cette année) sont en réalité fondées sur des mélodies pop à la fois sucrées et glaciales, qui donnent à cette prestation étrange un petit goût de reviens-y.

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ULTRA ORANGE

La salle se remplit peu à peu, mais les spectateurs persistent à rester assis. Et malgré ses nobles efforts, le groupe le plus hype de Boulogne – avec Booba – ne parviendra pas à les faire se lever ; ça n’aura pas été faute d’essayer. Pour présenter leur quatrième album, à paraître, Gil Lesage et Pierre Emery sont accompagnés d’un bassiste et d’un batteur. Emery mène le show avec une sauvagerie élégante – ce n’est pas sans raison qu’Iggy Pop himself l’a surnommé « l’Iguane français » – tandis que sa femme, un peu trop effacée, ressemble à une sorte d’Alison Mosshart (monomaniaque, moi ?) plus mûre et un brin usée. Mais si sa guitare n’a qu’une corde, elle la torture avec grâce, tout en jouant des talons aiguilles sur sa pédale avec beaucoup de sensualité. Ses mouvements sont lourds et poussiéreux, comme les nouvelles compositions d’Ultra Orange, qui prend soin tout de même de satisfaire les quelques fans qui se sont déplacés en jouant son classique « J’ai du Cream sur mon Jean ». Le duo élargi livre donc une prestation rock’n’roll à l’ancienne, et tente même de faire participer le public léthargique. Qui est toujours assis, donc.

shades1LES SHADES

Mais enfin, la salle se remplit – sans être pleine tout à fait – de jeunes filles toutes plus fashion les unes que les autres. Certaines, presqu’à moitié nues, espèrent sans doute attirer l’attention d’un membre du groupe. Les journalistes et les caméras sont là, il ne s’agirait pas de passer inaperçue. En attendant l’arrivée des Shades, la salle retentit de flashes et autres « Noooon, pitiéééé, ne la mets pas sur Facebook ! » Finalement, les lumières s’éteignent, les appareils photo se dressent (n’y voyez aucune allusion phallique) et les oreilles se tendent. Benjamin et sa doudoune sans manches débarquent sur scène, vite rejoints par les quatre autres membres du groupe. Acclamés par la presse rock à la sortie de leur premier album, Le Meurtre de Vénus, en mars 2008, les Shades viennent présenter en exclusivité ce soir leur deuxième opus, 5 sur 5, qui sera dans les bacs en janvier 2010. Le public se réveille peu à peu, mais a toujours les fesses vissées à son siège. Et pourtant, le groupe se donne à fond pour présenter ses nouveaux morceaux, toujours aussi efficaces. On remarque surtout le très élégant Etienne à la guitare – il faut croire que les mocassins à glands ne sont pas un obstacle quand on est doué – qui n’hésite pas à mouiller sa chemise et à montrer qu’il connaît les paroles par cœur, même s’il ne chante pas. A la fin du concert, Benjamin explique au public qu’il regrette que la configuration de la salle n’ait pas permis un concert plus rock’n’roll (« J’ai l’impression d’être au cinéma »), mais exprime aussi son plaisir d’avoir joué devant un public assis (oui, toujours), attentif et intéressé. A la fin de la dernière chanson du set, dans un dernier élan pour tenter de provoquer une réaction chez le public, il fracasse sa guitare au sol. Et s’en va.

Jour 2 : I feel like a porn movie

De retour au Carré Bellefeuille pour la deuxième soirée du festival BB Mix, on constate tout de suite que le public a bien changé, depuis hier : plus âgé, plus branché, il est venu pour découvrir la programmation pointue du jour. Les festivités commencent à 17h avec la projection d’un film sur Syd Barrett (John Edginton, The Pink Floyd & Syd Barrett Story) suivie d’une conférence donnée par Jean-Michel Espitallier, l’auteur de Syd Barrett, le rock et autres trucs. Quoi de mieux que de nous raconter l’histoire de l’ange maudit du psychédélisme pour nous préparer à cette soirée placée sous le signe des freaks?

dogbowlDOGBOWL

C’est au new-yorkais Stephen Tunney que revient la lourde tâche d’ouvrir les réjouissances. Il n’aura aucune peine à s’en acquitter, ses fans ayant répondu présent à l’appel de BB Mix. L’ex-King Missile, seul sur scène avec sa guitare et son ordinateur (« This is my group »), nous livre avec une désarmante simplicité ses modestes comptines douces-amères. Les paroles sont attendrissantes, l’accompagnement acidulé, et tout contribue à rendre Dogbowl touchant – même sa danse d’albatros un peu pathétique. On a presque du mal à croire que ce vieux monsieur un peu bedonnant est l’un des acteurs les plus convaincants de l’underground new-yorkais – et ce depuis plus de trois décennies – tant il est humble. Le festival n’est pas encore terminé, mais on peut déjà affirmer que Dogbowl en restera l’une des rencontres les plus attachantes.

momus

MOMUS

Attachant n’est pas le terme qui convient le mieux à Momus. Dès son entrée sur scène, l’énergumène annonce la couleur : cagoulé, il se traîne sur le sol en imitant un infirme et en psalmodiant de sa voix grave et nasillarde son premier titre, en français, dont il lit les paroles manifestement fraîchement écrites sur son iPod. Fidèle aux thèmes qu’il aborde tout au long de ses vingt-et-un albums, il déblatère un monologue à peine chanté sur les toilettes réservées aux handicapés. C’est bizarre, et c’est drôle. A la fin de ce numéro, il se découvre le visage, se présente, et nous fait partager son univers lubrique et malsain. Il fait des claquettes, mime une valse ou parle à ses partenaires imaginaires, sans jamais ignorer le public pour autant. On sent parfois un léger malaise parcourir la salle, et je peux affirmer qu’avoir cet individu à quelques centimètres de soi n’est en effet pas l’expérience la plus rassurante que j’aie vécu. Si les avis sont sans doute partagés sur cet artiste, personne ce soir n’a pu rester indifférent à cette créature qui semblait tout droit sortie du laboratoire d’un savant mal intentionné.

JAUNE SOUS-MARIN

Aujourd’hui, entre chaque concert, les deux facétieux trublions de Jaune Sous-Marin présentent leur performance au bar du Carré Bellefeuille. Le concept est simple : donner une traduction littérale en français des grands tubes de la pop culture. Et les arrangements musicaux sont, comme les paroles, malmenés : on se souviendra longtemps des grands solos muets de « Mauve Brouillard » ou de « Ma Génération », ou des riffs avortés de « Dieu Sauve La Reine » ou de « Méchant » (mais si, vous savez, le grand tube de Michael Jackson). Ils n’ont pas peur non plus de mimer la scène mythique de la guitare-fellation entre David Bowie et Mick Ronson. Le résultat, aussi jouissif qu’horripilant, est absolument génial, et le public, qui s’amuse à chaque nouvelle intervention à retrouver les chansons originales, ne s’y trompe pas, et ne manque pas de manifester son enthousiasme.

gravenhurstGRAVENHURST

Mais c’est déjà le tour de Nick Talbot, alias Gravenhurst, de monter sur scène. Changement de style : après les deux fondus du bocal adeptes des rapist glasses et du pantalon de contrôleur de la RATP un peu tombant, c’est un jeune homme bien propre sur lui qui vient nous proposer ses ballades émouvantes. Seul sur scène, il livre une prestation intimiste dans un silence presque religieux. C’est bien ficelé, presque parfait, mais ça manque un peu de nerf, et malgré sa voix céleste, Gravenhurst paraît un peu fade au regard de la programmation de ce soir.

thedrones

THE DRONES

Heureusement, les quatre Australiens des Drones ne tardent pas à arriver. On note un changement d’attitude chez le public : pour la première fois, on se bat pour les places au premier rang. Les chevelus à barbe remplacent peu à peu les branchés over-lookés, et ça commence à sentir la bière – jusqu’ici, on était resté très Coca Zéro. Les Drones attaquent avec leur premier titre, redoutablement efficace, et il se passe un truc inédit dans le public – franchement, on n’a pas idée de se lever pour aller se tenir debout devant la scène ! Pour la première fois depuis le début du festival, les gens sont debout. Et on les comprend : le rock noisy des Australiens donne furieusement envie de se balancer sur place. Fondée sur une section rythmique hyper carrée – Fiona Kitchin, à la basse, joue d’ailleurs dos au public, concentrée qu’elle est sur le jeu du batteur, Michael Noga – leur musique puise dans le rock traditionnel et le blues pour les mélanger à des sonorités atonales qui semblent soudain évidentes. Gareth Liddiard, dont le corps est sans cesse tendu entre sa guitare trop basse et son micro trop haut, s’époumone, chuchote parfois. Et si, au début de la prestation, Dan Luscombe, le guitariste, avait avoué au public encore assis qu’il avait l’impression d’être un « unpopular movie », on ne peut que lui donner tort : ce soir, les Drones ont enfin réussi à enflammer BB Mix.

Jour 3 : De l’appétit au dégoût, du dégoût à l’appétit

Plus les jours passent, et plus le public de BB Mix vieillit. Ce soir, les amateurs éclairés de l’immense Marc Ribot remplacent les groupies prépubères des Shades. Pour la première fois depuis le début du festival, le public se presse devant les portes du Carré Bellefeuille dès 19h et, la salle à peine ouverte, se jette sur les premiers rangs. Ça promet.

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Pour ouvrir le bal, BB Mix a choisi ce jeune quatuor new-yorkais, adepte d’une musique atonale et arythmique. Portées par des beats tribaux, leurs expérimentations sont riches, mais très atypiques. Si leurs morceaux sont « impossibles à chanter sous la douche », comme le disait hier Jean-Michel Espitallier à propos de Syd Barrett, ils sont très bien reçus du côté des spectateurs – peut-être parce que le guitariste ressemble au fils de Romain Duris et d’un mannequin Dolce&Gabbanna, mais ne nous égarons pas. Très honorés de jouer en première partie de Marc Ribot, comme le précise le guitariste sus cité, les quatre geeks ont réussi de façon très convaincante à préparer le public à la performance plus qu’expérimentale qui va suivre.

ribot

MARC RIBOT'S CERAMIC DOG

Quand le rideau rouge s’ouvre à nouveau après la pause, le guitariste mythique est acclamé. Et pourtant, loin de l’image traditionnelle du guitar hero, l’homme ne paye pas de mine : prostré sur son instrument tout le long du concert, il tourne presque le dos au public. Le set des Ceramic Dog, son dernier groupe, dont le premier album, Party Intellectuals, est sorti en juin 2009, débute par une reprise de Gainsbourg, « Un Poison Violent C’est Ça L’Amour », en hommage à Alain Bashung, dont Ribot a été le guitariste. Ce dernier tient bien son rôle de maître de cérémonie : ses trois musiciens gardent sans cesse les yeux rivés à son index, qui leur désigne le départ de leurs solos. Ils malmènent leurs instruments pour en tirer des sons improbables, et le résultat est pour le moins déroutant – mon voisin de droite dessine des lettres dans le vide : « WTF ? ». On accordera une mention spéciale au batteur, Ches Smith, sorte de génie autiste et dégingandé qui tape sur tout et n’importe quoi, mais qui ne tombe absolument jamais à côté – parvenir à refaire ses lacets et cracher du Red Bull tout en continuant de jouer, c’est fort. Au milieu de ces tentatives musicales obscures émergent parfois de purs moments de bon vieux rock’n’roll ; on ferme les yeux, et la voix de Marc Ribot ressemble étrangement à celle de Bob Dylan. Les morceaux des Ceramic Dog semblent en constante création/évolution. On savoure d’ailleurs ces moments de suspens où aucun des musiciens, les yeux toujours fixés sur le maître, ne semble savoir où il va. Quand le rideau se referme, le public, admiratif autant que surpris, en réclame encore. Le groupe revient pour un dernier moment de grâce avec sa géniale reprise du « Break On Through » des Doors, qui conclut dans un splendide fracas l’édition 2009 du festival BB Mix.

Si l’on excepte le premier soir, un peu à part, on ne peut que féliciter l’équipe de BB Mix pour la cohérence et l’exigence de sa programmation, très east coast et lunettes ringardes qui, si elle nous a fait passer du dégoût (Private) à l’appétit (The Drones) ou de l’appétit (Marc Ribot’s Ceramic Dog) au dégoût (Momus), n’a en tout cas laissé personne indifférent.

Emeline Ancel-Pirouelle

credits photos : Emeline Ancel-Pirouelle


Eurockéennes 2009

Malgré la crise le festival Belfortain aura su encore une fois ne pas sombrer dans les travers du name-dropping spectaculaire et de la surenchère mainstream. Respectueux d'une programmation éclectique et adeptes des ponts entre les genres et les époques, Christian Allex et Kem Lalot, têtes chercheuses aguerries, auront mis toute leur chance mis de leur côté pour tenter de faire de cette  édition 2009 un succès artistique, populaire et fédérateur. Le superbe site du Malsaucy - lorsqu'il ne se transforme pas en champ de boue - accueillera donc pêle-mêle une belle paire de révélation (Passion Pit, La Roux) ,un armada Hip-Hop en trompe-l'oeil composée de gentils esthètes (Kanye West, Mos Def), de mecs pas tendres (Seyfu, NTM) et d'une adepte des fessés (Amanda Blank). On aura également plaisir à entrer en communion avec les pop-songs enjouées et lumineuses de Peter Bjorn & John et Phoenix et à sautiller généreusement avec Naïve New Beaters, Solange la Frange et Friendly Fires. On s'oubliera enfin dans la frénésies de beats ravageurs que nous proposerons Diplo, Yuksek ou Kap Bambino.

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Sampler 4AD - Festival SXSW

Belle initiative que cette mise à disposition par le mythique label 4AD de quelques titres en téléchargement gratuit de ses artistes ayant participés à la dernière édition du festival texan SxSW tels St Vincent, M Ward, Camera Obscura, Anni Rossi, Department of Eagle


Interview Stéphane Amiel - les femmes s'en mêlent#12

La nouvelle édition du festival itinérant le moins burné de France se déroulera du 15 au 30 avril. Au programme, des valeurs sûres (A Camp, Au Revoir Simone, Juana Molina, Cranes), montantes (Battant, Clare and the Reason, Scary Mansion), mais aussi de grandes Dâmes (Frida Hyvönen, St Vincent), de la fougue (Lucy and the Popsonics), du déganté (Solange la Frange), du lourd (An Experiment on a Bird in the air Pump), du bric à brac (Micachu), bref , un patchwork musical dont la seule règle est de fêter dignement la scène indie féminine. Son programmateur, Stéphane Amiel, s'est prêter au jeu du question/réponse :

A l'aube de cette nouvelle édition, la douzième, ne ressens-tu pas une certaine lassitude?

C’est étonnant comme question ? Car c’est une question que je pourrais me poser en effet. Mais le festival existe toujours grâce à la passion et le désir que l’on y met. Et je pense qu’avec cette douzième édition, l’envie et le désir sont toujours présents. Après c’est vrai que c’est toujours une bataille.

Qu'attends- tu finalement de cette 12ème édition?

J’attends que l’on fasse la fête. Qu’il y ait du monde dans les salles pour découvrir des artistes incroyables. J’ai envie que le public nous suive les yeux fermés et qu’il soit heureux. Ce que j’aimerai c’est une validation par le public de nos choix artistiques qui ne sont pas toujours des plus évidents.

Tu as été un des premiers à proposer un festival itinérant et d'autres, depuis, t'ont imité. Quels sont selon toi les avantages et les risques d'une telle forme d'organisation?

Les risques c’est qu’on peut devenir fou. Trop de villes, trop de dates… Les yeux plus gros que le ventre. L’angoisse de monter des tournées pour une vingtaine d’artistes. C’est beaucoup de stress et de pression.

Sinon les avantages sont vite vus. Il est plus facile de proposer 2 ou 3 dates à un groupe qui vient de loin avec peu de moyen. Nous ne pouvons pas faire de grosse offre financière sur une seule date à Paris. Donc nous proposons trois dates et la venue d’un groupe est possible. La marge qui est faîte par le festival est immédiatement investie dans le festival. Sans la tournée le festival n’existerait plus depuis longtemps.
En onze éditions le public a-t-il toujours répondu présent à tes choix artistiques? As-tu connu des rendez-vous manqués?

En général oui. Des rendez-vous manqués, bien sûr, nous en avons connu. L’année 99 a été assez terrible. Au Divan du monde à Paris (une salle de 500 places), nous avons fait des soirées avec 80 billets vendus avec un plateau avec Edith Frost, Katell Keineg et Ezther Balint. On était naïf en pensant que sur le nom seul du festival le public serait au rendez-vous. L’autre soirée avec Meira Asher et Magga Stina ne s’est pas mieux passée. On a pris le bouillon et c’est pourquoi il n’y a pas eu de festival en 2000. Il faut être vigilant.

Et tes plus beaux souvenirs ? (pour moi The Organ, il y a 3ans)

En effet The Organ a été un des grand moment du festival et leur dernier concert en France. Les 10 ans avec Electrelane et Tender Forever ont été un des moments les plus magiques du festival. Personnellement j’ai vécu d’immenses joies et j’ai fait de très belles rencontres sur le festival. Celui-ci est intimement lié à ma vie.

L'année dernière, le festival a déserté la France pour quelques dates, que retiens-tu de ces expériences berlinoise et barcelonaise?

Ce que j’en retiens c’est qu’il faut avoir une superbe forme. Faire un planning sur toutes la France c’est déjà éprouvant mais y ajouter l’Europe cela devient de la haute voltige ! Ce que j’ai retenu c’est qu’il fallait trouver les bons partenaires à l’étranger. On peut faire une fois Berlin comme l’année passée mais le refaire c’est là le challenge. La preuve, pas d’Allemagne cette année. Je vais travailler sur le sujet pour l’édition 2010. Cette année il y a encore Madrid et Barcelone.

Et pourquoi ne pas avoir reconduit cette formule cette année?

Trop de travail comme je le disais et pas forcément les bons partenaires sur place.

Parmi les artistes encore peu connus du grand public que tu as programmés cette année, quels sont ceux qui selon toi dépasseront le stade de la simple découverte ?

A mon avis le groupe Micachu fait figure d’outsider. J’espère que Frida Hyvönen devienne la grande star qu’elle mérite d’être. La danoise de Our Broken Garden, incroyable talent !

Tu es le premier à faire jouer Battant en France, comment les as-tu découvert?

Cela fait longtemps que le groupe existe, je le connais depuis son premier single « Kevin ». Cela fait donc bien 3 à 4 ans que je les avais repéré, il fallait juste attendre le bon moment pour les programmer. C’est chose faîte cette année. Il faut savoir être dans le bon timing, c’est important pour le festival et pour le groupe.

Qu’est-ce qui est le plus jouissif et à l’inverse le plus difficile dans le métier de programmateur ?

Le plus jouissif c’est de découvrir une artiste dont tu apprécies la musique et d’avoir le pouvoir de la programmer ! De se dire, je veux absolument voir ce groupe et le faire venir. C’est toujours aussi magique, je ne m’en lasse pas… C’est un plaisir enfantin. Je veux faire jouer « an experiment on a bird in the air pump » (alors que personne ne les connaît) et je le fais. C’est aussi simple et jouissif que cela. Et le plus difficile c’est de réaliser que cela n’intéresse que moi… Il faut donc faire attention et jongler avec son pur plaisir égoïste et la volonté d’être pertinent et d’intéresser au moins le public. Faire que ma vison devienne une vision plus globale et réponde à l’envie des spectateurs.

Quels ont les autres festivals que tu aimes suivre ?

Les Transmusicales de Rennes.

Qui rêverais-tu de faire jouer ?

Stina Nordenstam bien sûr ! The Innocence Mission (mission impossible) et Sol Seppy.

Qui rêverais-tu de faire revenir jouer ?

Le Tigre !

As-tu déjà des projets pour la prochaine édition?

Oui beaucoup mais je préfère les garder dans ma tête pour le moment.

Et enfin, la question idiote et habituelle, qu’écoutes-tu en ce moment ?

Soap&Skin, Frida Hyvönen, Fever Ray.