Usé - Chien d’la casse

C’est sur des grognements que s’ouvre le premier long d’Usé à paraître à la fin du mois sur Born Bad. Des grognements canins, peut-être éructés par le mâtin qui a donné son titre à l’album, gardien parmi d’autres d’un monceau de ferraille, reliquat de notre consommation en attente de destruction. La thématique est fataliste et contextuelle à une période où on se sent tous le chien de quelqu’un, où le bourgeois jappe quand la rue aboie, où les molosses matraquent, où les élites se cherchent la gorge et où le nationalisme bave sa rage. Il n’y a plus aucune pudeur dans cette vie de chien martyrisée par la menace du conflit comme l’est l’album par son rythme martial et lourd qui ne fera défaut que le temps d’un Sous mes draps triste dans lequel Nicolas Belvalette (Headwar, Les Morts vont bien, Roberto Succo) s’enferme dans sa chambre comme il l’est déjà derrière les grilles de la casse ou dans les vapeurs éthyliques.

Il étouffe Nico, alors il fait de la musique qui sonne comme un gros bordel puissant, féroce et sincère, une catharsis rageuse à son angoisse qui trouvera forcément son public un an avant les élections les plus merdiques de la Ve République. Aux synthés mordants répondent des riffs hypnagogiques et des clusters stressants, c’est un défouloir aux accents punks dont la cadence, marquée par la violence des cymbales, halète comme un cabot aux abois. On peine à reprendre son souffle, ou bien à l’invitation de Nico on « respire à contretemps », en décalage, pour ne pas suffoquer sous les assauts olfactifs des discours puants et des récupérations nauséabondes. Et l’apothéotique et muet d’appuyer la névrose en tissant son entrelacs de séquences oppressantes avant de céder la place au conclusif C’est si lisse qui lui ouvre sur une sonnerie d’alarme. Du bruit, de l’urgence; pour réveiller, secouer, « tabasser un peu ». Sortez vos rictus et relevez les babines, Usé vient d’écrire l’anti hymne d’une société qui court après sa queue.

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Tracklist

Usé - Chien d’la Casse (Born Bad Records, 29 avril 2016)

01. Nuke-moi encore
02. Respire
03. Sous mes draps
04. Plusieurs collisions par minute
05. Amphétamine
06. ∞
07. C’est si lisse


Forever Pavot l'interview

Forever Pavot 1

La bonne surprise discographique venue de Born Bad Records fin 2014, et de ces jours-ci en ce qui concerne la scène, s'appelle Forever Pavot. C'est le projet studio du seul Émile Sornin, qui remet au goût du jour, avec grand talent, le son des grandes bandes originales de films des 60's et 70's... d'Ennio Morriconne à François de Roubaix. Cela donne un album étonnant (Rhapsode), largement salué par ici, dont la richesse des compositions et des harmonies se révèle toujours un peu plus au fil des écoutes. Nous avons rencontré le garçon, qui en plus d'être doué est franchement affable et fort sympathique, lors de son passage en ouverture des Transmusicales de Rennes. Il poursuit depuis sa tournée de l'hexagone, avec un live convaincant malgré la difficulté de l'exercice pour un tel projet. Il sera en concert au Point FMR le 11 mars avec Calypso en première partie (Event FB).

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Forever Pavot l'interview

Forever Pavot 2
Tu as fait l'ouverture du festival hier soir Qu'as tu pensé du concert d'hier soir ?

C'était très agréable. On est très content : l'accueil était vraiment super. J'ai découvert la salle de l'Ubu dans laquelle je n'avais jamais joué (le pilône mythique !). Le son était plutôt pas mal je crois en plus. Non... comme sur des roulettes.

Est-ce que le passage par la scène est naturel pour toi, ce qui n'est pas forcément le cas pour les différents compositeurs de musiques de films auquel tu es affilié ?

Non, pas vraiment. Je suis plutôt un mec de studio à la base : j'aime bien m'enfermer seul et enregistrer mes conneries. Les concerts, au début, je ne vais pas dire que ça ne me plaisait pas, mais ce n'était pas vraiment mon truc. Après, au fur et à mesure, tu deviens de plus en plus à l'aise et tu commences à vraiment t'amuser. Tu trouves des moyens pour adapter le projet, qui à la base est un vrai projet studio avec un esthétisme sonore qui est très difficile à reproduire en live. Tu refais certains arrangements, tu revois certaines parties avec les musiciens.

Je trouve que cela fonctionne bien en live, on a l'impression que la richesse des compositions et des harmonies est pleinement reproduite. Ce n'est pas souvent le cas pour ce type d'album très arrangé et très produit...

Merci... c'est gentil. Ça me fait plaisir. Il y a énormément de couches, surtout au niveau des claviers, des orgues, des clavecins, des clavinets... Je n'ai pas quinze mains et je suis le seul à faire les claviers sur scène. Donc, par moment, par exemple, le clavecin est remplacé par la guitare. On a la chance d'avoir Arnaud avec nous qui passe facilement des guitares à la flûte ou aux percussions. Cela nous permet vraiment de réarranger certains morceaux, notamment ce que je joue au mellotron sur l'album. Par exemple sur un morceau comme Ivresse de pacotille où il y a du vibraphone, on le reproduit à la flûte ou à la guitare. On change les instruments mais ce sont les mêmes harmonies. Mais il y a quand même beaucoup de choses qui sont sur l'album et qu'on ne fait pas en concert. Des chansons que j'ai faites seul aux synthétiseurs sur le disque notamment et qui sont trop difficiles à reproduire sur scène.

Cela fait un moment que tu tournes. Sens-tu le groupe parfaitement au point sur scène ? Peux-tu nous présenter les membres de ton groupe ? Leur parcours ?

Oui, on tourne depuis deux ans environ, pour une cinquantaine de dates au total. Je crois qu'on a trouvé une formule qui fonctionne bien. Après, on n'est pas des gens qui répétons deux fois par semaines. Je me suis justement entouré de musiciens assez doués pour ne pas en avoir besoin. Chacun bosse de son côté, propose des choses et on se retrouve ensuite. Et puis on progresse avec les lives. Pour le groupe, c'est sympa d'en parler : ils me reprochent souvent de ne pas le faire (rires). Cédric Labank à la batterie, Arnaud Sèche à la flûte traversière, aux percussions et à la guitare, Antoine Rault à la guitare, parfois Olivier Cardinal à la guitare, à la basse il y a Benoît Hasboun et parfois Maxime Daoud. Avec Antoine, on se connaît de la Rochelle à la base. Lui a joué dans Asyl, puis plus récemment dans Lescop. Les autres, c'est marrant, ce sont en fait des gens pour qui j'ai fait des clips (Emile est réalisateur dans le civil). Benoît chantait dans un groupe qui s'appelait Sheraff pour qui j'ai fait un clip il y a cinq ou six ans. Arnaud et Cedric avaient un groupe de grindcore, une sorte de métal hyper rapide, avec un univers très second degré, pour qui j'ai aussi fait un clip. Je jouais aussi de la basse dans un autre groupe avec Maxime Daoud... le tout devant de très bons amis rencontrés ces dix dernières années à Paris.

Ton album est sorti il y a quelques semaines : quels sont les premiers retours ? On a le sentiment qu'il va faire date !

Oui (assez surpris), c'est vrai que c'est chouette... On a presque toutes les radios, toute la presse. Je ne m'en rend pas vraiment compte parce que je ne suis pas trop branché presse et radio justement. Je n'ai pas du tout de recul donc c'est assez difficile d'être vraiment au clair sur les choses. Là c'est la promo mais est-ce que dans trois mois on ne m'aura pas oublié - ça, on verra bien. Là j'étais chez un disquaire de Rennes qui vient d'ouvrir. Il me disait que mon projet touche plein de gens différents : des gens qui écoutent du hip-hop, d'autres qui écoutent plus du jazz ou encore des musiques de film... C'est vrai que c'est agréable de toucher autant de monde. Je me souviens d'une discussion avec JB de Born Bad Records où il me disait (avec une magnifique imitation du monsieur) : "De toute façon, ça va marcher, ça, tu vas voir... Les gens ils imaginent Belmondo et vont acheter ton disque... Ça fait musique surf, Pulp Fiction, et les gens ils aiment ça, ça parle à tout le monde". Il me comparait aux Cavaliers. C'est vrai que c'est le premier projet que je fais que mes grands-parents, ma tante, mes cousins... que tout le monde peut écouter et auquel tout le monde peut accrocher.

Comment t'es-tu retrouvé chez Born Bad Records ?

J'ai sorti un premier 45 tours à 50 exemplaires et on le donnait aux copains dans des petits sacs avec des chocolats et tout... En fait on a un ami commun avec JB, disquaire à la Rochelle... et c'est comme ça qu'il a pu écouter et, en grand fan de De Roubaix, il a a priori apprécié. Au départ, je lui ai envoyé une quinzaine de trucs, mais il y avait beaucoup de merdes dedans... Il s'est rendu compte que le projet était tout jeune, du coup on a continué à discuter sur deux ans, et l'an dernier on a commencé à reparler plus sérieusement et il trouvait que c'était le bon moment pour sortir ce qu'on avait enregistré.

Ta musique peut être cataloguée " psyché", pour autant tu ne colles pas vraiment au cliché des groupes actuels qui singent le Velvet, 13th Floor Elevator,  Syd Barrett ou encore les Beatles pour des trucs plus pop... Que penses-tu de ce revival où il y a parfois du bon mais le plus souvent du moyen ? Tu écoutes certains groupes récents ? Des choses comme Tame Impala peut-être ?

Ce qui me fait plaisir, dans les chroniques que j'ai lues, c'est que les gens me détachent quand même de ça... Le psyché, c'est le gros truc à la mode, mais en vrai je ne sais pas trop ce que c'est... Qui sait ce que c'est d'ailleurs ? C'est une époque, c'est même pas un style de musique... entre 13th Floor Elevator et Soft Machine, il y a un énorme ravin. Sur les groupes récents, j'ai bien aime le premier album de Tame Impala, mais j'ai beaucoup moins accroché sur le deuxième. Je suis quand même assez impressionné par le boulot de Kevin Parker qui est aussi une espèce de geek à jouer tout tout seul. Dans les autres formations, je ne vois pas grand chose si ce n'est d'autres groupes du label que j'adore : Aquaserge, de qui je suis complètement fan, et aussi Dorian Pimpernel.

On te rapproche justement assez facilement d'Aquaserge, chez qui tu as enregistré tout ou partie de ton album à Toulouse. Est-ce que vous avez maturé vos concepts ensemble ? Vous avez collaboré ?

J'ai habité pendant six mois dans leur maison. Là-bas, j ai enregistré quatre ou cinq chansons, et d'autres trucs que je n'ai d'ailleurs pas gardés pour l'album. En fait, je compose chez moi, j'enregistre quelques trucs avec les moyens du bord, et puis tout ce que je ne peux pas enregistrer dans mon petit appartement de Parisien de con, la batterie, les amplis, je les enregistre ailleurs. Pour cet album, je les ai enregistrés à la Mami (l'Electric Mami Studio est le studio d'Aquaserge)... C'est d'ailleurs les morceaux qui sonnent le mieux. On n'a pas vraiment collaboré. Benjamin (Gilbert d'Aquaserge) était dans le coin. Il a participé au mixage. Il a joué une guitare sur un morceau et des lignes de basse à pleurer sur Les Cigognes nénuphars. Je faisais écouter aussi pas mal mes morceaux à Julien (Gasc, toujours d'Aquaserge), qui lui enregistrait aussi son album pour Born Bad au même moment à la Mami. Pour autant, le son que j'ai n'a rien à voir avec le son d'Aquaserge. La première fois que j'ai vu Aquaserge en live, ça a été pour moi un vrai déclic. C'était vraiment ce que je voulais faire, et je suis toujours complètement fan de ces mecs.

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Est-ce que les productions de Burgalat, et certaines références de Tricatel, font aussi partie de tes influences ?

Je ne connais pas énormément en fait. Le peu que je connais, j'aime beaucoup. Je crois que je lui avais envoyé mes morceaux... Je n'avais pas eu de retour, d'ailleurs. C'est vrai qu'Aquaserge a été backing band de tournée pour lui, et donc il les a forcément inspirés, et eux aussi d'ailleurs. L'influence inconsciente de Burgalat sur ma musique est donc passée par Aquaserge... C'est le côté easy listening 60's-70's, avec les basses vachement en avant, la culture française, Gainsbourg, etc. Ce truc-là que tu retrouves dans des groupes anglais comme Broadcast.

Sinon on pense à Robert Wyatt ou avant à Soft Machine ? Les Beach Boys ? Les  Zombies ? Et Gainsbourg l'éternel j'imagine ? Peux-tu nous parler de ton rapport avec ces illustres aînés ?

Gainsbourg évidemment. C'est marrant, tu vois, la sunshine pop, je n'y suis venu que récemment, notamment par le biais d'Aquaserge, encore. Je m'intéressais déjà au rock progressif, à Robert Waytt. Les voix de Julien renvoient beaucoup à cela. Je me suis rendu compte que dans tout ça, les harmonies vocales, les arrangements viennent pour beaucoup de la sunshine pop. Des groupes comme Left Banke, The Free Design, les Beach Boys évidemment, Billy Nicholls. C'est des trucs que j'ai beaucoup écoutés ces trois dernières années, au moment de l'écriture de l'album, mais aussi et surtout avant. Tu as d'ailleurs pu remarquer que j'ai une lubie pour le clavecin, qui est aussi très présent dans cette période-là.

Fais-tu partie de ces musiciens fétichistes des instruments vintage, notamment des claviers des 60's-70's ? Est-ce partie intégrante de ta musique de renvoyer aux sonorités du passé, de l'âge d'or de la pop music comme on dit ?

Oui, évidemment. C'est une vraie maladie. J'ai plein de synthés, plein d'orgues, de claviers, mais je ne collectionne pas, en revanche. C'est-à-dire que je n'achète pas un instrument juste pour l'esthétisme... Mais je comprends ça. Moi, je recherche surtout les sons, c'est vraiment la matière sonore qui m'intéresse.

J'imagine que ton approche de la musique n'est pas live ? Es-tu un maniaque du studio ou as-tu vocation à le devenir ? As-tu pour objectif de développer le tien encore plus pour pouvoir expérimenter toujours plus ? Est-ce qu'intégrer des cordes dans tes prochaines productions est un souhait pour toi ?

Oui, bien sûr, comme tous les gens qui ont des home studios, qui sont malades d'instruments et tout ça... Tu accumules, tu accumules, et au fur et à mesure tu as de plus en plus de choses.
Ce n'est pas vraiment un objectif pour autant. Ce que j'aime avant tout, c'est composer. Après, si je dois aller dans un studio pour faire des choses, travailler avec des producteurs, des arrangeurs, ce serait avec plaisir. Oui, ça me plairait bien. Mettre des cordes sur mes prochaines compositions serait génial, mais je ne sais pas écrire la musique. On ne dirait pas comme ça, mais je suis un vrai cancre en musique. Je joue à l'oreille.
Je suis complètement autodidacte.

Une question rarement posée d'ailleurs : quelle est ta formation puis ton parcours musical ?

J'ai commencé par la batterie quand j'étais ado. Ensuite, j'ai joué dans pleins de groupes des styles de musique différents. J'ai toujours aimé toucher un peu à tout. J'ai toujours aimé composer dans ces groupes, donc je grattouillais, je faisais un peu de basse. Et sinon, les claviers, j'ai commencé gamin sur le piano familial chez mes parents. Je m'y suis vraiment mis il y a cinq ans quand j'ai commencé avec mon précédent groupe, Arun Tazieff. Ce que je dis souvent à mes potes qui commencent à avoir des enfants qu'ils veulent mettre à la musique : faites leur faire de la batterie. Moi, j'ai appris énormément. Même si tu n'as pas le solfège, si tu t'enfermes un peu et que tu es un peu un geek, tu apprends assez rapidement, et cela t'aide ensuite pour les autres instruments. Pendant un temps, j'étais à fond dans le hip-hop, le scratch et tout ça... et bien j'ai appris hyper vite, parce que c'est de la rythmique avant tout.

Et la musique pop, un peu plus classique, ça t'es venu sur le tard ?

Non, j'ai toujours aimé la pop. J'ai toujours écouté énormément de choses, très différentes.

Comment en es-tu arrivé à Forever Pavot ?

Du coup, c'est un peu la digestion de tout ça. Pendant toutes ces années où j'ai joué en groupe, au fur et à mesure de ma progression, je souffrais un peu du fait de pas pouvoir tout contrôler. C'est vrai que quand j ai une idée en tête, j'aime bien aller au bout. Prendre le temps. Pour l'instant, j'ai l'impression que je ne peux le faire que tout seul. Après, cela ne veut pas dire que je ne peux pas jouer en groupe pour autant. Tu vois quand je suis avec des mecs comme Benjamin Glibert d'Aquaserge, qui maîtrise à fond son instrument et qui connait très bien cette musique, il met une basse sur un de mes morceaux, et c'est juste parfait. J'ai rien à dire.

Pour toi, Forever Pavot, c'est le concept d'un album ou c'est pour du long terme ?

Ouais, c'est vraiment du long terme. C'est mon projet, c'est pour cela que je l'ai fait. Mais ce que je dis souvent, c'est que je ne m'enferme pas du tout dans un style. Si je veux faire un album de chanson française dans deux ans, et un album de reggae dans trois, eh bien je le ferai et personne ne m'emmerdera.

Du coup, au niveau de tes influences, on parle évidemment des John Barry, Ennio Morricone, Jean-Claude Vannier ou François De Roubaix pour les musiques de films, des Beatles, des Zombies, ou de Stereolab et de Broadcast pour des productions pop plus récentes, mais j'ai aussi l'impression que tu puises ton inspiration dans les musiques du monde, orientales notamment. Je me trompe ?

Bien vu. Il y a le truc qui était pas mal à la mode à un moment, le psyché turc. Beaucoup de truc avaient été ressortis. Je m'y suis pas mal intéressé. Je suis allé en Turquie plusieurs fois. Je mixais là-bas avec un bon copain. En fait, j'aime bien la musique que je ne comprends pas. Le jazz, le rock progressif ces trucs-là où j'ai envie de comprendre ce qui se passe, d'analyser les boucles, les structures... tout cela me fascine. C'est vraiment un truc intuitif avec la musique orientale. C'est pas nos codes. Les harmonies, tu as l'impression que c'est faux, mais c'est fantastique en fait. C'est pour cela que j'aime beaucoup la musique folklorique arabe, du Moyen-Orient.

Ta musique est cinématographique, on l'a dit. Dans quel cinéma vas-tu chercher ? Ne nous dis pas que tu passes ton temps à regarder des Giallo italiens ?

C'est marrant. Comme tu as pu le voir aussi, j'ai aussi une lubie pour les compositeurs italiens. Mais les Giallo, je n'y connais strictement rien. J'aime l'époque, l'esthétisme des films, mais je suis avant tout fan des BO. J'en suis à les collectionner. Mais je ne suis pas inspiré plus que ça par l'image, en tout cas je crois. J'ai en revanche eu la chance d'avoir une mère qui est une grande cinéphile. J'ai aussi dû intégrer beaucoup des musiques des nombreux films que j'ai pu voir grâce a elle. Il n'y pas eu de films ou de courant qui a particulièrement influencé mon album, à part les Italiens, comme je te le disais. Parce que le clavecin, ça me rend dingue, et que Morricone, c'est vraiment fabuleux. Ce mec-là a composé des centaines de BO toutes aussi fantastiques les unes que les autres. Tu te demandes comment c'est possible ! Bon, il avait ses petites mains, Bruno Nicolai et compagnie, mais quand même...

Est-ce que tu es toi même sollicité aujourd'hui par la cinéma, pour tes morceaux ou pour des compositions originales ?

Bon, je connais déjà un peu ce monde-là, même si c'est de loin quand même, parce que mon métier à la base c'est réalisateur pour le clip et la pub. Après, oui, je suis déjà un peu sollicité. Ça va se faire. J'ai des pistes, mais rien de complètement concret pour l'instant. J'ai déjà des projets avec des copains, pour des courts métrages, des trucs comme ça. De la composition, pas de l'utilisation des morceaux de l'album. Et puis des réalisateurs m'ont dit être très intéressés pour bosser avec moi dans le futur. J'ai très envie de faire de la commande pour des longs métrages. J'espère que ça se concrétisera.

Tu as réalisé des clips pour les autres (Disclosure, Alt-J, Dizzee Rascal notamment), et là tu viens de livrer ton premier clip pour ton compte où tu mets en scène une sorte d'avatar en papier mâché. Qu'est-ce que tu as voulu exprimer ?

C'est un petit truc. J'ai juste voulu un côté un peu esthétique, sans vouloir vraiment exprimer quelque chose... Je ne peux pas trop te le dire en fait parce que je vais avoir des problèmes... (Là on a eu les explications, mais on garde ça pour nous... Hartzine est une tombe, désolé !) Je me suis filmé avec un masque parce que je trouvais ça assez drôle d'avoir un masque de peau de soi-même, d'autant que je joue de tous les instruments sur l'album, et à côté d'avoir le type en régie sans masque, qui est moi.

De quelle suite rêves-tu pour Forever Pavot ?

Pour l'instant je fais la promo de l'album et j'en profite aussi un peu. Ça prend pas mal de temps. Je n'ai pas vraiment d'objectifs pour la suite pour le moment. J'essaye de gérer mon taff et les tournées actuellement, et c'est pas évident. Je ne vis pas du tout de la musique, mais plutôt de mon métier de réalisateur free lance. Mais après tout ça me va bien. J'ai beaucoup de chance de faire ces deux choses, qui sont avant tout des hobbies avant d'être du travail. Après, j'ai des projets de collaboration. Ça va être des splits avec Julien Gasc, Dorian Pimpernel et Calypso. Un truc du genre Forever Gasc, Forever Pimpernel, Dorian Gasc... Tu vois, on se mélange tous et on fait un coffret de trois ou quatre 45 tours. On a commencé à en parler avec JB. Ça sortira peut être chez Born Bad, ou ailleurs. Rien n'est déterminé aujourd'hui.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=PeN-CITERwk


Wordshoot : Les quinze ans de Born Bad

Capture d’écran 2014-06-17 à 11.16.01On y était : les 15 ans de Born Bad (la boutique), 30 mai 2014, La Machine.

Born Bad, c'est notre fierté rock nationale. Un magasin de disques ouvert à l’aube de l’an 2000 à Paris par trois amis désireux de réhabiliter les mauvais élèves des cours d’histoire du rock’n’roll : garage, punk, hardcore, post-punk, et la petite soeur dépressive, cold waave. Puis un label créé sept ans plus tard par un ami de la boutique en colère après la frilosité de certaines radios et majors. JB Wizz redessine d’abord la carte de France des années cinquante à nos jours en compilant les oubliés de l’Hexagone et signe ensuite les futures grandes figures de notre pays. Résultat : Born Bad est devenu en France le prof principal d'une classe perturbatrice mais franchement attachante comme on a pu le constater lors d'un week-end sur la route avec le délégué Frustration (lire).

Pour fêter 15 ans de bons résultats de la boutique de disques, une sortie est organisée... à la Machine du Moulin Rouge. Après le concert Born Bad Goes Pop il y a quelques jours au Point Éphémère, on nous fait cette fois le coup de la soirée Born Bad Goes Electro ? On hésite à y aller avant même d'avoir vu le programme. Et au programme, pas de Cheveu ! Le Cheveu que tout le monde s’arrache en ce moment aurait pu assurer le sold out des semaines avant le festival. C’en est trop, on demande à voir l’organisateur. La veille, on rend donc visite à Mark dans sa boutique de la rue Saint-Sabin à Paris. "Il aurait pu y avoir Cheveu, ouais. Après, ils ont fait leur release party y’a pas longtemps et comme c’est les 15 ans de la boutique, je voulais pas qu’il y ait trop de groupes du label. J’aurais pu faire jouer beaucoup plus de groupes Born Bad mais je voulais faire un peu différent." Effectivement, sur les sept groupes présents, un seul est labellisé Born Bad : Frustration. Mais Mark, tu es aussi batteur de Frustration... "que j’ai programmé pas du tout parce que je joue dedans, mais parce que c’est une des meilleures ventes de la boutique. Donc c’est un peu normal qu’ils fassent partie des 15 ans." Le gérant-batteur-organisateur a longtemps planché sur sa copie : "J’ai voulu faire venir des groupes que j’aime et qui reflètent aussi l’identité de la boutique." Coupez ! On en est.

Born Bad

Intensité, transpiration, technique, engagement… Coup gagnant de Born Bad. 1 000 spectateurs sur le Central pour assister à la performance de Frustration. 1 000 personnes, c’est la capacité maximale du Central, la grande salle de la Machine. Mark aurait donc pu voir encore plus grand. Si on est allé l’interroger la veille, c’est qu’on se doutait aussi qu’on ne ferait que le croiser ce soir. C’est d’ailleurs le cas avec la plupart des groupes. Kid Congo veut voir Frustration, Frustration ne veut pas rater Kid Congo… Après avoir fait transpirer 400 personnes dans la Chaufferie et ce dès 22h, Pierre & Bastien veulent bien se prêter à une interview. Pas évident d’ouvrir la soirée, non ? "On pensait qu’il n'y aurait personne et que ça arriverait plus tard. On était agréablement surpris. Le public était enthousiaste et réactif. C’était pas mal, non ?" Si c’était pas mal ? Les mecs, vous êtes nos chouchous, vous le savez. Ce soir, on vous donne une image en récompense de la fin jouissive de Twist. Quand on finit par leur demander s’il y a des groupes qu’ils souhaitent voir en particulier, ils énoncent un peu tout le monde. D’ailleurs, ils sont en train de rater Dictaphone. On s’entend bien avec eux, on va pas faire nos Nelson Montfort, alors on coupe court et on fait comme tout le monde, on va voir les concerts. On embarque dans la grosse Machine et on survole les différentes villes et périodes qui ont fait et font le rock'n'roll. Born Bad tient son nom de compilations de morceaux des 50's et 60's qui ont influencé The Cramps. The Cramps n'est plus mais il reste leur guitariste Kid Congo, également membre fondateur du Gun Club. Mark s'est fait plaisir et nous fait honneur. Ce soir, l'emblème du rock garage est accompagné des Pink Monkey Birds. Autre gros gabarits : Shannon Shaw, membre de GravyTrain!!! et de Hunx and his Punx (elle est Hunx). Tout ce beau monde fait danser le public dans le plus pur esprit garage rock.

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On reprend notre voyage dans le temps pour se retrouver aspirés dans une faille spatio-temporelle : avec Mama Rosin, le blues du Mississippi croise la musique cajun de la Louisiane. On a comme une envie de bourbon. Alors qu’on baigne déjà dans des eaux marécageuses, on nous annonce un ouragan dans la salle d’à côté. On a beau avoir vu plus d’une fois Frustration en concert, on dénombre toujours autant de traumatisés à chacun de leurs passages. On monte sur scène et on commence à filmer pour pouvoir en témoigner plus tard. On n’en croit pas nos caméras : Frustration déverse son post-punk et crée une marée humaine. C’est l’hystérie. On ferme nos caméras et on les met à l’abri. Après le chaos, on s'attable avec le bassiste Patrice qu'on n’a pas vu depuis la tournée à Liège et Cologne. 1 000 fans, c'est impressionnant, non ? "Ouais. Eh, les gars, depuis la dernière fois qu'on s'est vus, on a joué à Moscou devant 30 personnes ! Le public connaissait les paroles par cœur ! C'était incroyable !" Humilité. On est heureux de te revoir, Pat. Il est 2h, il y a toujours autant de monde sur la piste du Central mais cette fois c'est le public la star. Il est mis à contribution à l'occasion d'un concours de danse rock orchestré par le DJ Jonathan Toubin. Depuis la scène, un jury composé de membres des différents groupes scrute les performeurs puis attribue le prix du meilleur danseur à un jeune homme qui repart avec 100Є. Qui repart, manière de parler. Car la soirée n'est pas terminée. Enfin, pour nous, elle l'est. C’est qui, les mauvais élèves ?


Cheveu - Monsieur Perrier (PREMIERE)

Cheveu - BumCertains consensus méritent leur peau dure. Celui envoyant B U M, l'ultime album de Cheveu paru en février 2014 sur Born Bad Records, en tête des multitudes de classements de fin d'année n'est en rien usurpé, le trio emmené par Etienne Nicolas, David Lemoîne et Olivier Demeaux ayant, en plus de frapper un grand coup de latte discographique, rythmé l'année par d'innombrables concerts à l'intensité jamais décriée - et dont la liste s'allonge entre juin et août - tout en occupant les rétines impatientes par une déclinaison inédite de leur album en vidéo-clips - dont Johnny Hurry Up en constitue le dernier exemple en date. Exprimant le lien entre leur musique et leur passion pour le grand écran - dont ils nous ont fait part il y a peu (lire), entre références cinématographiques et bandes originales - , c'est au tour de Monsieur Perrier de trouver son écrin visuel sous la direction de Fred Tribolet. Le résultat, une mise en image expérimentale, obsédante et presque flippante, à l'égal du morceau.

Vidéo (PREMIERE)

https://www.youtube.com/watch?v=OxaZnEV1YJc

Tournée

13/06 - Lille, le Grand Sud
14/06 - Le Mans, Excelsior
18/06 - VILLA MEDICIS, Rome (it) -
12/07 - Chauffer dans la Noirceur, Montmartin/Mer
17/07 - DOUR FESTIVAL (Bel)
19/07 - Metz, Parvis Centre Pompidou
27/07 - Festival Rock En Stock, Etaples
02/08 - Binic Festival
08/08 - Festival Vizions, Morlaix
16/08 - ROUTE DU ROCK, Saint Malo
23/08 - ROCK EN SEINE, Paris

Tracklisting

Cheveu - B U M (Born Bad Records, 4 février 2014)

01. Pirate Bay
02. Slap and Shot
03. Polonia
04. Juan in a Million
05. Stadium
06. Albinos
07. Madame Pompidou
08. Monsieur Perrier
09. Blood and Gore
10. Johnny Hurry up


On y était : Komplikations vs Frustration à Liège

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On y était Komplikations VS Frustration à Liège, 24 janvier 2014, par Laurent Berthomieu

Le déclic se produit en mai 2013 pendant le festival punk Unpleasant Meeting à Paris. Alors que les guitares saturent toute la soirée dans la salle de concert de la Miroiterie, un trio monte sur scène avec des synthétiseurs. Le punk singulier des Komplikations suivi de la rencontre avec leur chanteur Alen nous sidèrent. Il faudra bien rendre à notre manière les coups encaissés ce soir. Nous quittons le squat avec une interview en tête. Le feu allumé par Komplikations se propage un mois plus tard à quelques pas de là. Dans une Maroquinerie occupée par le label français Born Bad Records, son groupe-phare Frustration nous met k.o.

À peine le temps de nous relever, David apprend que les deux formations se retrouvent sur une tournée en Belgique et en Allemagne. Il recrache sa pisse à 8€ et m'appelle : "Annule ce que t'avais pas prévu de faire, ça va être punk ! Et ramène Louis." Putain, putain, c'est vachement bien, on va voir nos frères européens !

Les deux groupes sont aussi enthousiastes que nous lorsqu'on leur demande de se prêter à une interview croisée pendant la tournée. Alen s’excite : "Who the fuck are Frustration?! We are better than them!" Le face-à-face promet. Car si le grand frère français Frustration fait sa crise de post-punk depuis 2002 maintenant et que le petit frère belge-allemand Komplikations a poussé son premier cri synth-punk en 2011 à peine, l’amitié entre les "frustrés" et Alen remonte à dix ans. L’homme aux bretelles de punk est le premier à les avoir fait jouer en Allemagne.

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Un vendredi de janvier 2014, nous voilà donc partis en offensive armés de caméras. Première approche timide avec les membres de Frustration autour d’un repas près de leur résidence Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Mark le batteur tient le magasin de disques Born Bad à Paris et nous approvisionne en vinyles. Même si on ne le connait pas personnellement, on est rassurés de voir ce visage connu : les "frustrés" ont la réputation d’être aussi pimentés que le couscous qu’on partage avec eux.

Sans trop savoir ce qui nous attend, on file ensuite leur camionnette dans laquelle l’un de nous s’est risqué. Nous faisons connaissance avec les bouchons de Liège et arrivons juste à temps à La Zone pour les balances. Si les Frustration trouvent logique de jouer en ouverture pour la release party de leurs amis, les Komplikations considèrent que le concert est complet grâce aux "frustrés". On les laisse à leur bataille de bornés et on rejoint la loge où il est difficile de trouver un siège quand le chanteur du groupe hollandais Antidote en prend trois. On est agréablement surpris de tomber sur Manu, ancien bassiste de Frustration. C’est la première fois qu’il voit ses amis en concert depuis qu’il a quitté la formation fin 2013. Nous partageons bières, whisky et anecdotes sur son ancien groupe.

Les Komplikations ont eu gain de cause. Ils jouent les premiers et enflamment La Zone. Ils sont chez eux en Belgique. Tout comme Elzo Durt, sérigraphe auteur de nombreuses pochettes de disques des labels Teenage Menopause et Born Bad, qui enchaîne avec un dj set punk complètement fou. The Kids, Périphérique Est, Pierre &Bastien… Le public est déjà dingue avant même que les Frustration entament Worries. S’ils jouent pour la première fois à Liège, leur concert s’apparente à un jubilé. Merci, mais pas au revoir, La Zone fermera tard cette nuit. Au bar, on sert dans des verres bleus ou verts. Les verts pour le public, les bleus pour ceux qui sont avec les musiciens. On nous tend des verres bleus, on entre lentement dans la famille. La Zone a mis un dortoir à disposition des groupes et de leurs amis, certains ne le rejoindront pas de la nuit.

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Au petit matin, c’est le chaos. Nicus de Frustration troque sa guitare pour des baguettes de chef d’orchestre et réveille ses droogies avec l’ouverture de Guillaume Tell. On quitte la scène de violence pour aller saluer un couple d’amis à Cologne. Chez nos hôtes, on recharge les batteries des caméras et les nôtres à l’aide d’un "Frühstück", un vrai petit-déjeuner à l’allemande.

On retrouve les deux groupes au Blue Shell à Cologne où on est accueillis par une dame à la poigne d’Angela Merkel. La patronne nous explique : à partir de 23h, le club reprend ses droits. On l’écoute sans broncher, le regard plus vide qu’approbateur. Finalement l’interview croisée se fait une heure avant les concerts. Un baby-foot trône dans l’arrière-salle du Blue Shell, parfait pour la confrontation. Fabrice et Mark de Frustration se placent face à Ben et Alen de Komplikations. Les autres membres des deux équipes s’échauffent en backstage ou au bar, prêts à entrer en jeu. Mais ce soir, le baby-foot sert seulement de support pour les bières. Si l’altercation promise il y a encore quelques semaines n’aura pas lieu, ce n’est pas que nos joueurs sont fatigués du match du vendredi, mais c’est bien parce que Frustration et Komplikations jouent non seulement dans la même ligue, mais surtout dans la même équipe. Nos "uncivilized" se renvoient la balle dans le respect mutuel le plus total.

Quant à nous trois, on est totalement intégrés. On ne nous propose plus à boire, on nous sert directement. Et allègrement puisque demain tout s’arrête et que dès lundi chacun retournera au travail, en formation ou à sa vie de famille. Il y aura très peu d’images du concert à Cologne. Alors que les notes de la guitare de Nicus annoncent On the Rise, dans le public Alen nous tend la bouteille de whisky avant de rejoindre ses amis sur scène. On se regarde tous les trois, on ferme les caméras : notre travail est terminé.

L'interview croisée

https://www.youtube.com/watch?v=iAIOuadiDW8

Live

https://www.youtube.com/watch?v=ybechVyxUnk
https://www.youtube.com/watch?v=AxOTxQus5Fw
https://www.youtube.com/watch?v=iGFoCYRcvDI

Cameras : Laurent Berthomieu, Louis Fabriès et David Fracheboud
Photos : Louis Fabriès
Montage : David Fracheboud


Cheveu l'interview

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Trois ans que l’on attendait fébrilement, les joues encore rouges, une suite à l’énorme claque que nous avait mis 1000, le détonnant précédent album de Cheveu. Et puis enfin la délivrance avec la sortie de Bum en début du mois. Fidèle à ses habitudes, le trio n’aime pas faire ce qu’on attend de lui, et nous fait une nouvelle fois perdre le peu de repères qui nous restaient. Exit le son sale et lo-fi, bourré de réverb : le titre d’ouverture, Pirate Bay, est une chanson légère, aux guitares claires et à la sonorité presque propre (sacrilège). Malgré tout, cette production plus poussée ne fait pas pour autant abandonner au groupe son côté foutraque, ce sens du chaos si caractéristique, à l’image de la montée chevaleresque de l’incroyable single Polonia ou du tube en puissance Albinos. Cheveu, définitivement un groupe à écouter en boucle.

Alors, quoi de neuf depuis trois ans et la sortie de 1000 ?

Olivier : On a pas mal tourné pendant une année, en faisant plus de 120 concerts en Europe, aux États-Unis et beaucoup en France. Étienne : Au bout d'un an, on avait plus du tout de morceaux en stock, donc est reparti de zéro, avec quand même deux albums derrière. Le rythme intensif de tournée a pas mal influencé l'écriture des morceaux. C'est plus mid-tempo, plus aéré, plus lent qu'avant.

David : Ça respire plus. On rentre de tournée, on se pose dans un studio confortable. Ajouté à l'envie de passer à autre chose.

Olivier : Oui c'est moins du montage et des découpages qu'avant. On est allé en studio pour la première fois et on a enregistré les morceaux en condition live, vraiment du début à la fin. Ce qui est un gros changement par rapport à avant.

David : C'est ce qui donne un côté très tenu, très bloc. Les morceaux sont plus liés alors qu'avant on avait tendance à les sortir en 45 tours avant, de faire bout par bout. Là c'est la grosse livraison.

Le passage en studio était vraiment une grosse nouveauté ?

Étienne : Complètement. On avait eu une expérience qui n'avait pas été hyper concluante. Là on a rencontré des mecs d'un studio qui s'appelle OneTwoPassit à Montreuil avec qui on continue de travailler et ça s'est hyper bien passé.

Olivier : Du coup on a beaucoup échangé avec eux pour préparer le mixage final, qu'on a fait en studio sur une vieille console Neve comme Rage Against The Machine ou Nirvana, tous ces trucs-là. On a dépassé le côté numérique à l'arrache avec un son plus studio, plus classique.

Étienne : C'est marrant parce qu'on bossait avec des mecs qui sont des gros fans de hip-hop et de funk fin 70, début 80, presque minimaliste et ils nous ont vraiment influencés sur le travail des boîtes à rythme.

Olivier : C'était vraiment des gros tarés du kick et de la snare.

Étienne : Ça nous a emmenés sur un truc dix fois plus précis.

David : Et dix fois plus vaste aussi. Il y a des morceaux épiques sur lesquels t'as l'impression d'avoir un horizon hyper large.

Olivier : Avant c'était des projets à 10 pistes et là sur Polonia, il y en avait quelque chose comme 220.

Cheveu

Oui, ça sonne beaucoup plus produit que les albums précédents.

Étienne : Ça aussi c'est grâce au label qui nous a bien soutenus, a lâché le pognon pour produire le disque. Ce qui est une chance.

David : C'est marrant parce qu'on fait notre chemin côte à côte avec le label. On avait lancé notre premier disque en même temps que lui et on grossit ensemble. En plus il est seul JB (fondateur de Born Bad Records, ndlr). Même si là il construit une guitoune dans son jardin où il va probablement mettre ses stagiaires. L'industrie Born Bad est en route ! Le prochain disque sera vraiment industriel, c'est le dernier stade restant ! (rires)

Vous gardez malgré tout toujours ce côté DIY qui vous colle à la peau.

Olivier : Ça tient beaucoup à l'écriture qui est la même depuis le début. C'est pas quelqu'un qui va écrire un morceau de son côté. On écrit toujours tous les trois ensembles. Ce qu'on voulait montrer avec ce disque c'est que l'on pouvait s'affranchir du lo-fi et garder notre identité de par cette agglomération de choses. Même si nous quand on le fait on a l'impression de faire des trucs très simples.

David : Ça fait des disques pour les gourmands ! Il y a un côté construction étrange, il y en a vraiment dans tous les sens. Pour le coup c'est un de nos premiers disques qu'on peut écouter de bout en bout sans avoir une sensation d'avoir quelque chose de trop riche. Je trouve qu’il s'écoute bien dans la voiture. Étienne : Même deux fois à la suite !

Olivier : Faut dire que la prod dégueulasse des albums précédents fatiguait bien les oreilles. Du coup sur Bum, il y a peut être un aspect un peu froid au premier abord. Un peu sec. On a fait le choix de ne pas tomber dans la séduction immédiate que procure la chaleur d'une réverb, pour tourner un peu la page du son garage.

David : C'est une habitude, consciente ou pas, de prendre le contre-pied. Il y a des modes de mix comme il y a des modes de style. Sans vouloir se la péter, c'est un disque hors mode.

Olivier : Ça tient beaucoup au boulot qu'on a fait avec les mecs du studio. On a fait un compromis entre ce qu'on aime dans les trucs sales et leur précision et leur rigueur de fasciste, de nazi de technicien. (rires)

Étienne : On s'est fait avoir ! (rires)

Olivier : Du coup il y a un aspect moins bourrin qui ennuie certains qui nous aimaient avant.

David : C'est clair que le saut d'un album à l'autre est assez chaud. J'espère qu'on va pas se rater en termes de réception parce qu'il y a plein de gens qui ne suivent pas. En même temps, on en chope d'autres au passage.

Étienne : En live ça reste toujours aussi intense en tout cas. Mais on n’est pas des bourrins !

David : On est des mecs hyper raffinés ! (rires)

Olivier : On a mis des violons, des chœurs. Bientôt on fera du jazz symphonique au Japon. On aime bien faire tous les trucs du groupe de rock comme dans Spinal Tap.

La perte du son lo-fi, ça vient exclusivement du passage en studio ou c'est vraiment un choix délibéré ?

David : On en est un peu sorti.

Étienne : Le truc lo-fi c'est aussi souvent une question de moyens. Mais il y avait aussi une esthétique qu'on revendiquait auparavant.

David : Ça nous faisait marrer de ne plus être là-dedans et de voir si on arrivait à tenir l'identité du groupe au-delà du son.

Olivier : En fait il y avait aussi un truc dans notre production lo-fi qui marchait bien entre notre ancienne boîte à rythme et la guitare. Avec juste quelques pistes et beaucoup d’aigus dégueulasses, tout se mélangeait super bien avec juste un peu de compression sur le tout. Là on s'est retrouvé avec plein d'étages. Et en sortant de studio, la première fois qu'on a eu les démos, on s'est dit : « Ah c'est froid, il se passe rien ». On était un peu tétanisé. Et il a fallu taffer encore six mois pour reconstruire, pour que ce soit vivant et pêchu. On a peur du vide en général. En concert c'est la même chose, on a tous tendance à vouloir jouer en même temps et remplir le plus possible. Et là sur le disque, pour une fois il a fallu réfléchir pour équilibrer les morceaux et le chant.

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Justement en parlant du chant, il y a beaucoup moins d'effets dessus. C'est un désir de le mettre plus en avant, plus de confiance dans la voix ?

David : Je pense qu'une des conséquences heureuses du travail technique c'est que t'entends tout bien, le chant y compris. Il y a également le fait que ça chante en français, donc on y prête un peu plus attention. C'est plus net et du coup le sens des paroles saute un peu plus à la gueule, c'est cool. On voulait vraiment faire du 100% français et au final on n'y arrive pas tout fait mais presque. On rompt un peu notre affiliation avec les Ricains dans une espèce d'underground garage qu'on partageait avec eux. Là on est plus dans un truc très européen voire français. Pour le coup, ça s'affranchit bien du reste, c'est plus dur de nous situer.

Sinon,  j'ai vu que vous aviez réalisé une BO pour un film.

Étienne : Ça nous est tombé dessus pendant qu'on faisait le disque. C'est le réalisateur des Apaches, Thierry de Peretti, qui aimait un de nos titres, C'est ça l'amour, qui était sorti sur un 45 tours en face B de Like a Dear in the Headlights, en 2009. Au début il voulait le mettre dans le film et finalement non. Ça a commencé comme ça.

David : On a beaucoup bossé pour ce truc. Au début on pensait qu'il allait faire un film fleuve dans lequel on allait avoir des heures de musique.

Étienne : On avait fait un thème qu'on avait décliné à la James Bond. (rires) Au final on a un truc super ramassé de neuf minutes de musique.

David : Mais on a pu aller à Cannes pendant le festival, jouer dans un club échangiste !

Olivier : Et c'était hyper intéressant comme boulot. On a suivi le film avec le réalisateur du début jusqu'à la fin. On a assisté à l'apparition des bruitages, comme les claquements de portes. C'est hallucinant les dessous du truc. À un moment il y a des images d’une forêt corse et limite le mec il te met des cris de singes par dessus.

Étienne : D'ailleurs ce qu'on ne savait pas, c'est que les mecs qui s'occupent du son des films tiennent vraiment à avoir leur partie création sonore. Et toi si tu fous de la musique, ça les fait chier. C'est un peu la guéguerre ! « Ouais c'est pas mal ton morceau, mais je préfère mes bruits de singe. » (rires)

Et vous avez créé la musique devant les images du film que vous regardiez en même temps ? 

David : On n’a pas fait l'exercice en direct à la Ascenseur pour l'Échafaud, même si ça aurait été marrant.

Étienne : En fait il y a eu plein de montages différents. Au début le film durait deux heures et il a fait un montage radical de 1h20. Du coup toutes les parties propices à une musique un peu aérienne, paysagée ont dégagé. Enfoiré ! (rires)

Olivier : Mais ce qui est cool, c'est qu'il y a un morceau en entier, qui est sur Bum d'ailleurs. C'était une première version de Madame Pompidou qui marche pas mal et se retrouve dans une scène importante du film.

On retrouve d'ailleurs beaucoup de références cinématographiques dans vos chansons.

David : Dans les textes, ça arrive souvent qu'on pique, sans prévenir d'ailleurs, des bouts de dialogues ou de machins comme ça. On avait pris Happiness de Todd Solondz avant, là y'a Buffet froid dans Polonia, une traduction un peu libre d'un monologue de Gummo d'Harmony Korine sur Albinos et plein d'autres références un peu moins évidentes à retrouver. On te laisse chercher ! (rires)

Olivier : Il y a aussi autre chose, ça va faire un peu prétentieux mais on n'a pas beaucoup écouté de musique quand on a fait le disque.

Étienne : On était en autarcie musicale.

Olivier : Au final, on a plus maté de films qu'écouté des disques, ça nous a sûrement influencés inconsciemment.

David : Justement par rapport au chant, vu que c'est piqué à des dialogues, ça arrive que je reprenne les intonations qui sont dans les films et ça fait un truc qui n'est pas une référence de chant. Ce n'est pas vraiment du théâtre non plus, ça résonne bizarrement avec la musique et ça donne une ambiance un peu chelou qui est marrante.

Et faire une BO c'était une envie de longue date ?

Étienne : Carrément ! On a vraiment envie de remettre ça.

David (se rapprochant du micro) : Réal, si tu nous écoutes... ahem !

Étienne : On veut faire une grosse prod quoi ! (rires)

David : Un truc avec pas mal de moyens.

Pourquoi pas Star Wars 7 ?

David : Cheveu dans l'hyper espace !

Olivier : On va avoir un clip SF à fond d'ailleurs, pour Polonia, qu'on a tourné dans une soucoupe volante, véritable bien sûr. Il va y avoir plein d'animations 3D, ça va être chouette ! Ça devrait sortir en avril. On a plein de clips en préparation. On va avoir un dessin animé pour Pirate Bay, avec des images tropicales un peu naïves, influencées par Topor ou Moebius.

David : On a de quoi tenir jusqu'à l'été là, avec presque un clip par morceau On s'est fait aidé par Olga, une pote à nous qui a une petite boîte de prod de films d'artiste qui s'appelle Red Shoes. Elle nous a produits de manière beaucoup moins DIY que ce qu'on avait l'habitude de faire. On a déjà fait cinq clips mais il y en a un qui a sauté parce qu'après l'avoir tourné avec de gros moyens, on s'est dit que ce n'était pas à la hauteur de ce qu’on voulait. On en est rendu à un haut niveau complètement inédit pour nous !  C'est ce qui est principalement cool sur cet album c'est qu'on a été super bien entouré. À la fois par la prod de Born Bad, par les ingés sons, par Olga qui nous fait des clips...

Olivier : C’est bon, on n’est pas aux Victoires de la musique hein ! (rires)

Audio

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=PSvVM6XAP6o


Cheveu - Polonia

Cheveu - BumOn a bien failli ne plus avoir un poil sur le caillou à attendre, indéfiniment, Bum, le nouvel album de Cheveu, faisant suite au détonnant 1000 (lire) paru en 2011. Polonia, premier extrait dévoilé aujourd'hui d'un album qui sortira le 4 février prochain sur Born Bad Records, fait office de placebo de choix à notre impatience pinailleuse, tissant sur la longueur une bande-son bien pétée, à la fois baroque et biscornue, pour noctambules et cinéphiles - David Lemoine reprenant ici quelques lignes du Buffet Froid de Bertrand Blier. Un morceau que l'on aurait bien vu figurer dans une BO de Kusturica et qu'il n'est pas inutile de se fader plusieurs fois de suite, en boucle. Histoire de se rendre compte du travail d’orfèvre s'agissant de la production, fignolée à Tel Aviv en compagnie de Maya Dunietz aux arrangements et de Xavier Klaine à l'orgue - moitié du duo Winter Family, et de se dire qu'après l'excellente compilation Mobilisation Générale Protest and Spirit Jazz from France, le label ayant pignon sur rue, à Bastille, se pose là, dans les starting-blocks, pour 2014.

Une release party de BUM est d'ores et déjà annoncé à la Maroquinerie le 6 févier prochain.

Audio


Frustration - Uncivilized

Deuxième album seulement pour les Parisiens de Frustration malgré dix années d'existence, ça donne une idée de l'état d'esprit du groupe : Frustration n'est pas un gagne-pain, et surtout pas une obligation. D’où peut-être cette urgence et cette intensité se dégageant de leurs morceaux, qui les préservent de toute critique visant à les faire passer pour de simples revivalists, restés coincés et vautrés en 1984 sur un matelas de disques de The Fall et Joy Division. C'est en effet de post-punk dont on parle ici, à grands renforts de guitares estampillées Manchester, de synthés antiques et de batterie martiale. Seulement, à la différence de wagons entiers de groupes en toc se contentant de verser dans l'hommage, le quintette français, lui, a digéré depuis longtemps ses influences, et n'en est plus au stade de se demander si sa musique sera bien accueillie par les thuriféraires de la sainte-chapelle mancunienne. Non, Frustration serait plutôt dans l'idée de continuer simplement le boulot, et décoche avec Uncivilized 12 titres comme autant de coups de pelle dans la gueule, mais infligés avec une classe indéniable. Car contrairement à ce qu'annonce le titre de l'album, civilisés, les membres de Frustration le sont. Ils donnent simplement raison à Freud qui expliquait que l'état civilisé, à l'origine de nombreuses frustrations, pouvait souvent conduire à de sérieux accès de violence. Sur cet album, les cinq Parisiens se font leur propre thérapie, à base de chansons directes et tranchantes, mais pas barbares pour autant : il y a indéniablement du travail, et un sacré niveau d'exigence. La production, assurée par les gredins de Blackmail, n'y est sans doute pas étrangère. Mais l'essentiel, ce sont bien ces chansons à l'efficacité redoutable, qui tantôt nous donnent envie de conquérir la piste de danse - les tubes It's Gonna Be The Same ou I Can't Forget You, la synthétique et implacable Dying City - tantôt nous poussent à casser du mobilier urbain, voire domestique, et en plus avec Premeditation. Sur One of Them, on envisagera même de se faire une petite balade nocturne dans un entrepôt désaffecté de Düsseldorf, alors même que l'introductive Worries nous avait déjà quand même bien mis les chocottes, le chant sombre et habité de Fabrice Gilbert aidant. Avec Uncivilized, le groupe risque bien de faire de sacrés dégâts et de s'affranchir de toute concurrence dans l’hexagone, voire au-delà. Espérons donc seulement que leur popularité grandissante ne les affranchisse pas non plus de leurs instincts destructeurs.

Audio

Tracklist

Frustration - Unicivilized (Born Bad Records, 2013)

1. Worries
2. Assassination
3. Around
4. It's Gonna Be the Same
5. Uncivilized
6. Angle Grinder
7. Believe Me or Not
8. Dying City
9. We Miss You
10. Premeditation
11. I Can't Forget You
12. One of Them?


Cheveu – 1000

A l'affirmation  Punk is not dead, l'album éponyme du trio parisien Cheveu ne pouvait que convaincre par son ambiance foutraque et son caractère rentre-dedans. Un petit bijou de rock'n'roll hirsute, barré et schlinguant la binouze éventée. Un projet fou sonnant comme la rencontre entre Mike Patton et les Garçons Bouchers, ne pouvant qu'impressionner. Une expérience du troisième type qui donnera le la à une chorale d'artistes franchouillards prêts à en découdre, même si l'on trouve parfois à boire et à manger (et Dieu sait que chez Born Bad, on donne plutôt dans la boisson). C'est donc après une attente de presque quatre ans que nos Parigots remettent le couvert pour une suite sobrement intitulée 1000... Oui mais mille quoi ? Cacahuètes ? Carottes ? Bananes ? A vrai dire, on s'en tamponne, puisque la véritable question est : peut-on réitérer un album mille fois ou réitérer mille albums une fois ? Merde c'est pas ça...

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Je ne voudrais pas décevoir les fans hardcore du groupe capillaire, mais ce second opus s'entame de façon très lisse sur un Quattro Stagioni qui empeste presque la pop... Attendez, ne partez pas... Fort d'un stage à Tel Aviv chez les commandos du son, Cheveu se fend la raie d'arrangements symphoniques du plus bel effet. Cela reste néanmoins perturbant pour un groupe dont l'image reposait sur un mélange d'hystérie et d'accords déglingués, je vous l'accorde. Mais les choses se dégradent pour notre plaisir le plus sadique sur un Charlie Sheen très grungy dans l'âme. Retour aux affaires ? Sir, yes sir ! Si le répertoire de 1000 ressemble à un puzzle éparpillé, il n'en reflète pas moins les cerveaux schizophrènes de ses auteurs une fois reconstitué. Véritable melting-pot musical (extrême) kickant les clichés comme on pisse sur une fourmilière. Le phrasé hip-hop sur Sensual Drug Abuse, il fallait oser ; le tort aurait été finalement de ne pas essayer. En résulte un track glacial et spasmolytique qui n'est pas sans évoquer un certain El-P. Rien que ça. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Nos freaks violentent Vanilla Ice avec paillardise le temps d'un Ice Ice Baby aussi mélodique qu'un générique de jeu GameBoy. Le trio fait table rase sur le passé à grand coup de napalm et instaure sa dictature à renfort de brûlots furieux et frénétiques (The Return Game, La fin au début). Ces ex-bordel-ais ne cherchent aucunement à brouiller les pistes mais poussent à l'extrême leur humour noir quitte à transgresser le garage et le pousser dans le caveau. Un petit côté Suicide peut-être...  Cheveu s'est démerdé pour créer un nouvel OVNI (cette galette s'utilise aussi comme frisbee) référence suintant la sueur, la bonne démerde et les poils de couilles à l'instar du véridique Impossible Is not French, illustration parfaite de l'expression « envoyer du bois ».

Donc si l'immédiateté fait défaut à ce nouvel effort, celui-ci se rattrape sans peine dans sa diversité et sa densité. La production mieux gaulée rehausse les partitions électroniques et polit légèrement le son de nos loufdingos sans en perdre l'aspect brut de décoffrage. Reste que Cheveu est un groupe de scène et que chaque concert est un pur moment de délire. On est donc impatient d'entendre ces nouvelles compositions en live et en glaviots. En attendant, achetez cet album... Parce qu'il le vaut bien.

Audio

Cheveu - Sensual Drug Abuse by HARTZINE

Vidéo

Tracklist

Cheveu - 1000 (Born Bad, 2011)

1. Quattro Stagioni
2. Charlie Sheen
3. No Birds
4. Impossible Is Not French
5. Sensual Drug Abuse
6. Ice Ice Baby
7. Push Push In the Bush Bush
8. Like A Deer In the Headlights
9. The Return Game
10. La Fin au début
11. My First Song
12. Bonne Nuit Chéri