Fléau

Fléau, c'est le grand office qu'on s'inflige volontiers - avec ou sans voûtes néogothiques -, un poids synthétique avant toute chose. Mathieu Mégemont fait de la musique d'ambiance, de cathédrale si tu veux, un truc qui s'appréhende verticalement, à l'image des illuminations augustes, de celles qui concentrent toute la lueur sur un détail. Ici, les machines bâtissent, cavalcadent peu, ogive après ogive, élevant le nerf électronique toujours plus haut et tenant la tension jusqu'à la clef de voûte. Voilà à peu de choses près la charpente massive et obscure du dernier album de Fléau, le très synthcoreux II, sorti au printemps dernier chez les copains d'Anywave et d'Atelier Ciseaux. Petit entretien et mixtape aux bons soins de Fléau, avec du très bon dedans.

D’où viens-tu ?

Du XXe siècle, de la fin des utopies, des Pyrénées et des Landes, des églises brûlées en Norvège, des hangars hardtech sous ecstasy, du shit du bled et plus généralement d’une famille dysfonctionnelle. Ou alors, pour citer J.J. Burnel : "je suis descendant de Charlemagne, de Bonaparte et d’Adolf Hitler".

Où vas-tu ?

Dans le mur que je me suis bâti, brique après brique.

Pourquoi la musique ?

Pour communiquer avec le monde sensible, sans doute. Projeter l’univers invisible que j’ai dans la tête.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

Je fais aussi du cinéma. Je refuse de choisir.

Une épiphanie personnelle ?

La montée de Daphnis et Chloé de Ravel qui sortait d’un auto-radio dans la nuit du pays basque alors que je regardais les étoiles, allongé nu dans le coffre d’une Opel Corsa pourrie avec la fille que j’aimais à l’époque.

Une révélation artistique ?

Probablement Suspiria de Dario Argento, enfant. Puis Carpenter, ado. Puis Pialat, adulte. Musicalement, Guns n’ Roses et Pink Floyd en CM2, Burzum en quatrième et la discographie des Beatles à dix-huit ans. Littérairement, les naturalistes français et anglais du XIXe siècle et les inventeurs du roman noir, Dashiell Hammett et Raymond Chandler.

Le revers de la médaille ?

À l’art ? C’est quand même beaucoup de travail et pas mal de souffrance. Mais si on se démerde bien, ça économise un psy et je l’ai choisi, je ne vais pas me plaindre.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Je me pose souvent la question. Je n’ai pas de réponse.

Un rituel de scène ?

Prendre de la drogue. De qualité, idéalement.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

J’aimerais beaucoup jouer du synthé avec ROB pour une B.O. de film. Et avoir Benoît Debie comme chef-opérateur sur un film aussi.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

Si je pouvais réaliser plusieurs longs-métrages, je serais déjà extrêmement satisfait. Après, pour Fléau, faire un live dans une cathédrale avec plein de potes aux synthés et moi à l’orgue. Über-mégalo.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Ne change rien. Casse-toi la gueule, relève-toi. Ad lib

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Satisfait d’avoir accompli ce que j’avais déjà en tête enfant. Sans m’être compromis si possible.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

De plein de manières différentes, je ne sais pas encore la prochaine mais j’ai des idées.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

Pas de plaisir coupable, j’assume intégralement mes mauvais goûts et ils doivent être nombreux. Trésors cachés musicaux : la B.O. ultra-rare de Chi l’ha vista morire d’Ennio Morricone, Tosankokaiku de Shogun Kunitoki, les deux premiers albums de Polyrock, un groupe de post-punk new-yorkais produit par Philip Glass et The Fever of War de Vilkacis, un one-man-band de Black-Metal de New-York, hyper raw et brillant.

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Fléau - II (Anywave/Atelier Ciseaux, 29 mars 2018)

01. I
02. II
03. III
04. IV
05. V


Bad News From Cosmos - Dear Sarah / Vacuum Times (PREMIERE)

L'underground odessite a un nouvel allié en cet ambassadeur de marque que constitue le duo Bad News From Cosmos qui, contrairement à l'adage, apporte plutôt la bonne nouvelle venue d'un studio à l'air confiné qu'on imagine implanté six pieds sous terre, les connexions électriques un peu aléatoires : la sortie très prochaine de Minn Sjó, troisième album à paraître le 29 novembre sous la houlette d'Anywave, label à l'oreille affutée et visionnaire. Enregistré en quelques jours seulement, il se veut plus du côté de l'improvisation que de l'expérimentation, prenant le contre-pied de leurs précédents disques, armé d'une instinctivité qui fait ici montre d'un sensibilité exacerbée, ça calme son monde et fait un bien fou. Les lignes sont subtiles, aériennes pour ne pas écrire cosmiques, la voix éthérée d'Iryna Bodnar se prête au jeu d'une narration émotive et délicate quand les ambiances musicales d'Andrii Hrachov décodent une hétérogénéité féconde, toujours empreintes d'une matière gracieuse mais surtout vibrante. Démonstration avec ce premier extrait, Dear Sarah / Vacuum Times, titre d'ouverture avec plus d'un atout charme dans ses filets mélodiques.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Bad News From Cosmos - Minn Sjó (Anywave, 29 novembre 2016)

01. Dear Sarah / Vacuum Times
02. Losers
03. Kosmadomamama
04. One Hundred Twenty Stars
05. Tsunami
06. Someday
07. Awesome
08. Hollow Twilight
09. Human Ways
10. Dark Wing
11. Remember / Not To Wake Up


Sphyxion - Sphyxion (PREMIERE)

« Un intervalle, c'est comme une distance, mais dans un espace-temps. C'est-à-dire l'espace plus le temps », synthétisait l’auteur d’anticipation Arthur C. Clarke. Dans cette assertion, ce qui est vrai pour une partition où les notes et leurs intervalles sont traduits à l’oreille par l’instrument, l’est aussi en astrophysique où la notion d’espace ne peut être envisagée qu’en rapport avec celle du temps, où l’éloignement finit par ne plus être traduit par la distance mais par le délai entre l’émission et la réception. La temporalité est un filtre supplémentaire à la perception que partagent astronomie et musique, et qui depuis l’apparition des techniques acousmatiques et des procédés électroniques permet à un auditoire de s’extraire de l’apesanteur par son seul sens de l’ouïe.

C’est dans cette sphère d’extra-sensorialité qu’évolue le duo Sphyxion, dont les compositions, qu’on dirait reposer sur la mélodie des planètes, font écho à leurs expérimentations dessinées. À ce drone astral qui sert d’arrière-plan à des réverbérations étirées à l’infini répondent des boucles déformées par la courbure de l’espace et des accords schulzéens envoyés par delà notre système vers un univers à l’expansion encore mal mesurée, destinés à se perdre entre deux amas de matière noire et que seule l’empreinte humaine de la rythmique et de quelques bruits de laser évite de confondre avec un field recording intersidéral. Si la musique est un message, envoyons celui-ci au-delà de la stratosphère.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Sphyxion - Sphyxion (Anywave, 3 mai 2015)

01. Sphyxion1
02. Sphyxion2
03. Sphyxion3
04. Sphyxion4
05. Sphyxion5
06. Sphyxion6
07. Sphyxion7
08. Sphyxion8
09. Sphyxion9
10. Sphyxion10
11. Sphyxion11


Mixtape : Tropical Horses

Après quelques maxis auto-produits, dont un EP en étroite collaboration avec Princesse (lire), le Rennais Max-Antoine Le Corre vient d'harnacher son projet solitaire Tropical Horses pour gagner de nouvelles contrées, délaissant la surf-pop aux salmigondis lo-fi de ces premiers ébats pour d'oblongues chrysalides psychédéliques, où de troubles mélodies émaciées se perdent dans un dédale narcotique, torsadé de fulgurances lysergiques. Avec le LP Mirador, sorti le 23 février dernier, le label Montagne Sacrée, bien aidé par celui bien en place Anywave, parie ici sur le bon canasson et n'accouche pas d'une souris, sinon d'une pop opiacée, incertaine, rétrocédant d'un même mouvement amphétamine no wave et morphine synthétique, un peu comme si Alan Vega avait un peu trop squatté à la table de Bobby Gillespie. Histoire de rentrer dans la nasse des influences ayant présidées à un tel disque, on a soutiré une mixtape au Rennais qui, c'est a noter, jouera le 22 mars à l'Olympic Café (Event FB) avec les canadiens de Blanka dont on a parlé... hier (lire).

Mixtape

01. Winter Drones - Watch Your Eyes
02. Anthony Braxton - Composition 23A
03. Throbbing Gristle - Auschwitz
04. Electrelane - The Boat
05. Jerusalem In My Heart - Ah Ya Mal El Sham
06. Swans - Just A Little Boy (For Chester Burnett)
07. Tindersticks - Friday Night
08. Food Pyramid - Southside Blacktop Beat
09. Keita Sano - Bouzouk
10. Jan Jelinek - Planeten in Halbtrauer
11. Troy Von Balthazar - The Tigers

Audio

Tracklisting

Tropical Horses - Mirador (Anywave / Montagne Sacrée, 23 février 2016)

01. Satanic Prayers
02. Your Love Is A Devil
03. Dead Gaze Exorcism
04. Here Comes Your Ghost
05. Hologram
06. River Of Sadism
07. Wild Night
08. Impenetrable Darkness
09. Depressed Is Only The Beginning


h ø r d - Speak (PREMIERE)

Le Bordelais Sébastien Carl a dégainé le 15 octobre dernier la seconde missive de son projet h ø r d qu'il conduit par ce biais tout droit au firmament d'une synth-wave chantée en anglais mais typiquement hexagonale, préférant, à la banquise mélodique sur laquelle elle se répand, la mélancolie blême qui s'intime des vocalises. Paru via une belle triplette de labels, soit Anywave, Oldirtydancin' et Stellar Kinematics, ce maxi sobrement baptisé Ep #2, délaye le temps de deux morceaux, par ailleurs remixés par Hante, Black Bug, Volcan et A V G V S T qui s'est également chargé du mastering, une indescriptible sensation de perte de repères, d'embrumement des sens dans un dédale fait d'angles droit et de séparation et congédié ici de quelques synthétiseurs aux notes galopantes. Et si l'instrumentale Let them burn semble dessiner un contrepoint presque rasséréné à l'introductive Speak, la mise en images auto-produite par Sébastien Carl de cette-dernière accentue d'autant plus cette mise en abîme de l'absente, de celle dont on ne distingue déjà plus le visage. Dans la détresse.

Devant initialement figurer aux côtés des Italiens de Schonwald demain à l'International (Event FB), h ø r d sera finalement remplacé par Minuit Machine. Ce n'est que partie remise.

Video (PREMIERE)

Tracklisting

h ø r d - Ep #2 (Anywave, Oldirtydancin' & Stellar Kinematics, 15 octobre 2015)

01. Speak
02. Let them burn
03. Speak (Hante remix)
04. Let them burn (Black Bug remix)
05. Speak (A V G V S T remix)
06. Let them burn (Volcan remix)

HORD2


Heather Celeste - Quartz

Heather CelestePeu de temps après la sortie en décembre dernier du morceau long de vingt minutes Austere sur Evawyna (lire), le net-label parisien, division digitale et anagramme d’Anywave, réédite le précédent album d'Heather Celeste, Along The Axes initialement paru en septembre 2014. Entièrement remastérisé, celui-ci ne s'affranchit pas pour autant d'un DIY intégral indéfectible à la musique de la résidente de Los Angeles qui, par cette entremise, se déploie drapé d'un inquiétant voile vespéral, cousu de beats et de basses à la frontière d'une techno-noise sévèrement opiacée. Si le morceau-titre Along The Axes est ci-après en écoute, la mise en images cheap et auto-produite de la conclusive Quartz, mettant en scène Heather Celeste Hansen elle-même dans son studio-labo, est à découvrir ci-après.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=hLp3HD3MgTw

Audio

Tracklisting

Heather Celeste - Along The Axes (Evawyna, 19 février 2015)

01. Gemini Twins
02. Inside The Earth
03. Interiors
04. Muse V
05. Reincarnation
06. Shadows
07. Along The Axes
08. Diamonds
09. Gem
10. Hot Mirror
11. Renewal
12. Quartz


People of Nothing - Haircut the Grass (PREMIERE)

People of NothingAuteur en fin d'année 2013 du EP A Break to Cry (lire), le parisien Florian Chombart est en passe de concrétiser sa promesse de long format sous le patronyme People of Nothing via les labels Anywave et Manic Depression Records. A paraitre le 26 mai prochain, le LP éponyme conjugue sous les hospices partagés entre New-York et Manchester, A Place To Burry Srangers et Joy Division, cette propension à jongler entre cold-wave et shoegaze, tout en gardant une écriture heurtée très personnelle. Entamée depuis plus de deux ans à New-York par Gregory de Maria, la mise en images d'Haircut the Grass, en est un témoignage sensible, drapant la mélancolie inhérente du morceau dans une fable à la fois ultra-esthétisée et pour le moins symbolique.

Vidéo (PREMIERE)

https://www.youtube.com/watch?v=J0nCT1abcgU

Tracklisting

People of Nothing - People of Nothing (Anywave / Manic Depression Records, 26 mai 2014)

A1. Hold
A2. Haircut The Grass
A3. My Stain
A4. A Break to Cry
B1. Hoax Nöse
B2. Unforgettable
B3. Love Action
B4. Hour Days

Concerts

12/6 Paris @ Le Klub (+ The Gaa Gaas)
14/6 Rennes @ le BeFore (+ Avgvst)
19/6 Paris @ Le Buzz (+ Déficit Budgétaire, Tropical Horses & Montebourg dj set)
20/6 Bruxeles @ Rock Center (+ Avgvst)


Johnny Boy - Modern Idol (EP)

11981_staVous rappelez-vous cette scène délicieuse de Mean Streets tournée dans une salle de billard où Johnny Boy campé par Robert de Niro pète les plombs ? La spontanéité, la folie, l'énergie et le kitsch de l'acteur américain crevaient l'écran... Vous retrouverez toutes ces qualités dans le Modern Idol des dandys français qui ont emprunté le nom du héros du film de Scorsese. Johnny Boy est un duo qui débute en 2005 à Tours. Pendant la deuxième moitié de la décennie écoulée, ils ont traversé la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Angleterre, la Suisse et la Russie et ont défendu leur projet sur scène avec brio. Après Dialectik Noise, sorti en 2008, Modern Idol EP, qui est en réalité la première face d'un album du même nom qui verra le jour le 5 octobre en vinyle et en digital, Johnny Boy nous propose ici 4 titres tout à fait réussis. Les influences du duo tant musicales (Buzzcocks, Alan Vega) que cinématographiques (Godard, Mean Streets, Jarmusch) donnent un cocktail frais et détonant. Imaginez The Clash faire joujou avec des synthés ou d'autres machines ; cela donne tout simplement une pop électro énergique séduisante sans être dénuée d'humour à l'instar du clip du titre éponyme.

Audio

Johnny Boy - Modern Idol

Vidéo

Tracklist

Johnny Boy - Modern Idol EP (2010, Anywave Records)
1. Modern Idol
2. 32 Hours
3. Suicide
4. Glow