vOPhoniQ - Album (PREMIERE)

Album - Artwork by Anonyme (1)Dans la foulée de son hommage à Tensing Norgay et de son sensible soliloque Pistes co-produit avec Opaque Transparent et égrainé le 22 avril dernier sur la toile (lire), l'électronicien parisien vOPhoniQ révèle Album, première référence digitale de son jeune label Planespotting Records. Ode immersive, aussi introspective que lysergique, et patchwork céleste, conçu à partir d'une matière sonore piochée dans un large spectre comprenant à la fois les beatmakers techno que sont Function, Autechre, James Holden, DSCRD, Raime, ou Nathan Fake et les exégètes de la Kosmiche que sont Neu! ou Harmonia, Album s'écoute d'une traite et s'intime comme une trame auditive à un voyage intérieur à la patine mélancolique, jalonné d'évasives réminiscences - seule la guitare de Michael Rother marquant une brèche mémorielle - et subjugué d’arrangements déconcertants de limpidité. Si l'esthète est à l'affiche du festival Signal mi-juillet à Glazart (lire), on ne se privera pas, dans un futur proche, de lui poser quelques questions.

Audio (PREMIERE)

VoPhoniq


FKA Twigs - EP2

Ça suinte lentement, ça pénètre lentement. Le R'n'B introspectif de FKA Twigs est visqueux. Il a quelque chose d'organique mais aussi de mécanique : c'est une technologie monstrueuse. Les rouages électroniques introduisent un mouvement hypnotique, construisent une intimité sonore bizarre, comme une impression de fragilité de la matière.

Depuis la fin de l'été déjà, le clip Water me avait passionné les amateurs de sensations déviantes. La sortie de cet EP2, parce qu'elle annonçait de nouvelles difficultés, ne pouvait passer totalement inaperçue. De fait, ce mini-album imprègne l'esprit et l'obsède même par intervalles. Aucun titre ne déçoit car tous s'enchevêtrent dans un monde commun à la rencontre du trip-hop et de la grâce tragique de la chanteuse Aaliyah.

La musique de la chanteuse anglaise, d'origine espagnole et jamaïcaine, est difficilement dissociable de l'univers visuel qui l'entoure. Dans les différents clips qu'elle co-réalise souvent, la mise en scène de son corps étroit est omniprésente : ce corps est toujours passif, réifié, transformé, inachevé... Le visage de la chanteuse mute tranquillement dans les plans fixes de Water me. Son buste moite se retrouve étreint dans une scène aussi dérangeante que sensuelle pour le clip de Papi Pacify. Elle disparait totalement dans How's that pour déconstruire une silhouette en images de synthèse.
Cet habillage esthétique n'est pas un cache-misère arty. Il densifie une musique déjà infiniment dense. La voix douloureuse de FKA Twigs évoque à elle-seule des images tortueuses et des mouvements accidentés.

Vidéos

Tracklist

FKA Twigs - EP2 (Young Turks, 2013)

1. How's that
2. Papi Pacify
3. Water me
4. Ultraviolet


WHY? - Golden Tickets

On est toujours réjoui à l'annonce d'une nouvelle sortie des magiciens de WHY?. Et à vrai dire, à ce jour, jamais déçu, tant chaque livraison apparaît comme le nouveau témoignage de l'excellence d'un groupe aux contours musicaux aussi flous que passionnants. Car Yoni Wolf et sa petite troupe ont explosé depuis longtemps les frontières du hip-hop pour conquérir des contrées pop à la topographie complexe, mais toujours accessible, immédiate, et terriblement addictive. Après avoir justement décidé d'un retour à une ligne plus rap sur Mumps, etc. et délaissant quelque peu le lyrisme mutant des précédents opus, WHY? rejoue avec des textures plus pop au détour de ce concept EP de sept titres plus à considérer, donc, comme un mini-album. Le postulat de départ ? Écrire une collection de chansons personnalisées, sur autant de fans de WHY? ayant remporté l'un de ces fameux Golden Tickets mis en jeu par le groupe. Yoni et Josiah Wolf ont donc enquêté sur chacun de leurs gagnants, essentiellement en scrutant minutieusement leurs comptes Twitter et Facebook. Investigations à la suite desquelles Yoni a accouché des textes et structures au piano de ces titres, avant de les confier à son frère pour une mise en son plus étoffée. Concept-album dans son mode de réalisation même, donc. Le résultat est plutôt réjouissant, et présente largement assez d'arguments pour intéresser un public bien plus large que les sept héros concernés par ces chansons. En effet, on retrouve avec plaisir ce talent incroyable de Yoni Wolf pour sublimer l'ordinaire, romançant l'existence de ces sept personnes désormais devenues personnages sous sa plume acérée. Car passé le cap de l'humour et de la tendresse caractérisant souvent les textes de WHY?, le propos reste souvent méchamment grinçant. Pas sûr que tous les gagnants soient si heureux d'avoir été sujet d'une de ces vignettes. Au-delà des textes, WHY? reste ici à peu près fidèle à son sacerdoce consistant à reconfigurer les structures pop habituelles pour pondre des chansons mutantes. Toutefois, on ne pourra cacher cette fois-ci une pointe de déception à ce sujet. Mais le problème d'un groupe du calibre de WHY?, c'est malheureusement qu'on lui en demande toujours plus à chaque occasion, enfants gâtés que nous sommes. Ainsi donc, si Golden Tickets est loin d'être leur livraison la plus expérimentale, on apprécie cependant toujours autant cet alliage si particulier entre flow nasillard unique et rythmes complexes, habillés avec goût de claviers inspirés, cordes discrètes et tintinnabulements en tous genres. Si l'on restera réservé à l'écoute de Dropjaw et sa structure dub ou de la jolie mais ennuyeuse GM Hearts AB, nul doute que les tubesques Banana Mae, Hunter Van Brocklin ou Murmurer, fidèles aux canons habituels, raviront les fans du groupe. Ainsi, si l'on ne qualifiera pas Golden Tickets de pièce maîtresse dans la discographie des Américains, elle constituera cependant a minima une belle mise en bouche avant l'arrivée d'un véritable nouveau LP qu'on espère imminente.

Audio

Vidéo

http://vimeo.com/72660262

Tracklist

WHY? - Golden Tickets (Joyful Noise, 2013)

1. Hunter Van Brocklin
2. Banana Mae
3. Fogg
4. GM Hearts AB
5. Murmurer
6. Dropjaw
7. Peta Godfrey


Summer Camp - Summer Camp

Il est peu de dire que le premier album des Londoniens de Summer Camp, Welcome to Condale, nous avait enchantés (lire). Déclaration d'amour à l'endroit du meilleur des eighties, le duo avait su magistralement désamorcer toute critique sur l'aspect rétrograde de la chose par une honnêteté, une fraîcheur et une spontanéité désarmantes. Et surtout par un sens inné de la pop song synthétique parfaite, à grands coups de gimmicks entêtants, de beats accrocheurs et de refrains super glu. On était donc curieux et un peu anxieux à l'idée de découvrir ce nouvel effort du duo. Et autant le dire tout de suite, c'est plutôt une réussite, qui donnera donc lieu au même type de réactions que pour l'album précédent, c'est-à-dire sans demi-mesure : que ceux qui ont eu envie de vomir la première fois à l'écoute de l'über-pop de Summer Camp passent leur chemin sous peine d'être à nouveau nauséeux. Pas de révolution ici. Certes, succès oblige, Jeremy Warmsley et Elizabeth Sankey ont confié la production à un crack des studios, Stephen Street - The Smiths, Blur, entre autres - dans l'unique but, selon eux, d'avoir une meilleure qualité de son. On les croit, sauf que la production était déjà excellente sur Welcome to Condale. Heureusement, Street a été assez intelligent pour ne pas tout alourdir, se contentant de faire rutiler les petits bolides du groupe, tout en mettant cependant plus en avant la voix de Sankey. Ce qui n'est pas forcément toujours la meilleure des idées, comme sur l'inutile ballade Fighters ou l'éreintante I Got You. On ne va pas vous mentir, des ratages, il y en a. Ainsi, on préférera oublier I Got You, donc, et sa mélodie elle aussi touchée par cette peste asiatisante dont le patient zéro semble avoir été Phoenix il y a quelques semaines. On reste aussi circonspect à l'écoute de la conclusive Pink Summer, ou à celle d'Everything Has Changed, avec ses chœurs et son refrain tout droit sortis d' un album des Pussycat Dolls, paroles à part. Pour le reste, tout roule, à commencer par l’irrésistible single Fresh et sa guitare funky, la martiale Crazy et son beat ravageur, ou encore Two Chords,  menée au galop par des synthés qu'on jurerait offerts gracieusement par un James Murphy des bons jours.

Sur ce disque, Summer Camp reste globalement une machine à tubes fleurant bon l'amour de la pop song sucrée et de la danse, réussissant une nouvelle fois à redorer le blason des eighties en les rafraichissant habilement, là ou d'autres espoirs, tel Dominant Legs, ont relativement échoué (lire). Transpire également de ce LP l'amour de l'adolescence et de ses questionnements aussi futiles qu'essentiels, bande-son idéale, à l'instar de leur premier album, d'un film de John Hugues, référence assumée du duo. En cette rentrée, on est donc déjà prêt à repartir en colo avec eux, le poing levé.

Audio

Tracklist


Summer Camp - Summer Camp (Moshi Moshi, 2013)

1. The End
2. Fresh
3. Crazy
4. Keep Falling
5. Two Chords
6. Fighters
7. I Got You
8. Everything Has Changed
9. Phone Call
10. Night Drive
11. Pink Summer

 


Moodoïd l'interview

998198_496149357134425_1256482046_nTout le monde connaît Melody’s Echo Chamber (lire), mais peu de gens connaissent le son agréablement psychédélique de Pablo Padovani, jeune artiste français et fils du célèbre jazzman Jean-Marc Padovani. Très probablement fatigué de ne jouer que de la guitare au sein de la formation de Melody Prochet et affecté par un syndrome d’imaginaire surréaliste hyper développé,  le jeune homme s'est donné un pseudonyme étrange Moodoïd et s'est mis à réaliser ses propres chansons en regardant la campagne helvète.

Pour mieux comprendre son univers particulier, il faut tout en premier lieu s'attarder sur son premier vidéoclip, Je suis la Montagne, titre prélude de son premier Ep sorti début septembre.  Réalisée par un jeune réalisateur français, Jérôme Walter Gueguen, elle condense à la perfection le son psychédélique et les errances de Pablo à travers la montagne - du psych'alpin en somme. À tout ça s’ajoute les délires culinaires de Pablo, très proche des extravagances artistiques de certaines œuvres de Dalí. Mais c’est Gueguen lui-même qui nous donne la meilleure clé de lecture du clip : J'ai voulu représenter la montagne par deux couleurs : le bleu et le marron, et ça sans jamais montrer la vraie montagne. La montagne est en plastique, elle ne peut être qu’imagination, comme un souvenir d'enfance. Puis Pablo m'a demandé du doré. Alors j’ai imaginé les rayons de soleil sur un lac de haute montagne. C’est la fin du clip, le moment où la montagne est si haute qu’elle touche le soleil. Pour les costumes et les motifs, j’ai tout de suite pensé au Tyrol, mais le Tyrol est une région dont on se moque beaucoup en France. Depuis que je suis tout petit, j’entends des blagues sur le Tyrol. Dans mon travail je me dirige souvent sur ce qui m’intéresse le moins par préjugé. [...] C’est ma démarche : détruire les préjugés, les miens en premier, pour détruire ceux du public ensuite. J’ai donc découvert les costumes du Tyrol et les masques de carnaval et  je les ai trouvés absolument magnifiques.

Le terme Moodoïd sonne comme un étrange mélange entre un mot anglais et un langage exotique. D'où vient ce nom et que signifie-t-il ?

En français nous avons le suffixe « -oïd ». Celui-ci m’inspire la bizarrerie. On l'utilise pour désigner plein de choses étranges comme des maladies ou des choses mystérieuses de l’espace : les astéroïdes par exemple. Et j’aime beaucoup le mot anglais « mood » car il n’y en a pas vraiment d’équivalent en français et il a maintenant des tendances universelles. Du coup, si on fait une traduction française de Moodoïd, ce serait une « émotion étrange » pour moi.

Quand et comment as-tu décidé de donner vie à Moodoïd ? S’agit-il d’un projet que tu avais déjà en tête depuis un moment ?

Je suis parti vivre quelques mois de ma vie en Suisse dans une région entourée de lacs et de montagnes. J’ai passé beaucoup de temps seul là-bas. J’ai commencé à avoir un rapport à la musique que je n’avais jamais eu auparavant. Lorsque j’étais traversé par une émotion, je prenais mon instrument pour évacuer (que ce soit joyeux ou triste). De là sont apparues toutes mes chansons pour Moodoïd. Je suis ensuite rentré à Paris et j’ai créé la formation live. Je tenais à ne jouer cette musique qu’avec des filles car je trouve que cela change vraiment la sensibilité de la musique, et la mienne aussi. Après pas mal de concerts dans les clubs parisiens, on a fini par rencontrer Third Side Records/Entreprise, avec qui nous sortons notre premier EP 4 titres le 2 septembre.

MOODOID

On ne connait pas beaucoup la musique de Moodoïd puisqu'au moment où nous faisons cette interview, l'album n'est pas encore sorti. Néanmoins, on peut déjà écouter quelques morceaux sur internet, qui sont presque toujours chantés en français. Les autres titres de l'album seront-ils aussi en français ? Pourquoi ce choix ?

Dans Moodoïd je chante en français et en anglais, mais sur l’EP qui va sortir, les quatre morceaux sont en français. D’abord parce que le label Entreprise est consacré aux artistes qui chantent en français mais aussi tout simplement parce que je suis beaucoup plus à l’aise pour écrire et chanter le français - je dois avouer que je suis assez mauvais en anglais. Il est beaucoup plus naturel pour moi de chanter dans ma langue et je trouve que le français se prête particulièrement bien à la musique psychédélique. Nous avons un très bel héritage surréaliste avec beaucoup de poètes français et il n’y a que trop peu de musiciens qui ont essayé de mêler ces deux univers.

Je suis la Montagne est le premier titre extrait de l’album, dont le clip illuminé et psych’alpin a été réalisé par Jérôme Walter Gueguen. Pourquoi cette inspiration géographique ? Est-ce que ça relève d'une envie de parvenir à une vraie connaissance de soi-même par le biais de la nature ?

Je suis la Montagne est une chanson que j’ai écrite en plein milieu des Alpes. Après un magnifique moment de bien-être, j’ai pris ma guitare et j’ai chanté cette chanson automatiquement en regardant le paysage. En effet, à ce moment-là, j’étais très touché par la nature et j’ai écrit pratiquement une chanson pour chaque éléments de la nature : lac, montagne, forêt…
Pour le clip, je savais juste que je voulais que ce soit la montagne qui chante. J’ai fait appel à mon ami Jérôme Walter Gueguen car c’est un homme qui a un imaginaire surréaliste surdéveloppé et avec qui il est très facile de s’entendre car nous avons beaucoup de goûts en commun. Il sait trouver le moyen de mener une idée à bien avec le peu de moyens que nous avons. Étant moi-même réalisateur, nous aimons aussi beaucoup collaborer...

Dans la vidéo, on a l’impression d’entrer à l’intérieur d’un univers onirique et imaginaire, d’une beauté « terrifiante et comestible », où se trouvent des objets « qui ont l'apparence de tableaux ». Tu te retrouves dans ces expressions utilisées respectivement par Dalí et Magritte pour décrire leur art ?

Oh oui oui oui. Je suis un grand fan de la peinture surréaliste ! Mais aussi de la nourriture. J’adore la forme et la couleur des desserts. Je pense qu’on ne peut pas faire mieux qu’un clip culinaire. La cuisine parle mieux de musique que n’importe quoi d’autre.

Pendant tes performances live, tu es toujours recouvert de paillettes dorées. Pourquoi cette obsession?

Depuis que j’ai 14 ans je me costume sur scène. J’ai toujours été un amoureux du glam. Avec Moodoïd, depuis le pratiquement le premier concert, nous portons du maquillage à paillettes. Je trouve qu’il est plus facile pour moi et pour le spectateur aussi de se plonger dans un univers face à un groupe qui en est imprégné visuellement.  Un concert est un spectacle ; j’ai envie d’utiliser tous les éléments qui peuvent attirer les spectateurs à l'intérieur.

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Quels sont tes « maîtres » en matière de musique ?

Je suis un très grand fan de musiciens comme Robert Wyatt, Frank Zappa, Neil Young, David Bowie ou Donald Fagen par exemple. Plus récemment, les artistes qui m’ont touché sont Connan Mockasin et Dirty Projectors.

Et tu écoutes quoi, en ce moment ?

Julee Cruise, Selda, Aquaserge, Steely Dan et plein plein plein d’autres.

Si tu étais un critique musical et que tu devais décrire la musique de Moodoïd et le son de votre premier album - que personne n'a encore écouté en entier -, tu dirais quoi, en quelques mots ?

Je dirais « épique », « rêveur », « oriental », « surréaliste ».

Dernière question : si Moodoïd était un truc à manger, il serait quoi ?

Des cuisses de grenouilles à l’ananas, et en dessert un baba à l’absinthe.

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The Electric Soft Parade - Idiots

Ils ne sont pas pléthore, ces artistes ayant fait une longue et brillante carrière après un premier album considéré comme étant leur chef-d'œuvre. Le coup d'essai, coup de maître fait souvent bien mal à ses créateurs, parlez-en aux Stone Roses et autres La’s groupes plombés sur la base d’un sacro-saint premier essai en forme de Graal. Dans la même lignée, sans y avoir l'air (et toujours dans l'indifférence quasi totale dix ans plus tard, c'est bien là le drame), deux frangins de Brighton ont pondu à l’aube de ce nouveau millénaire avec Holes In The Wall ni plus ni moins un des albums pop les plus essentiels de ces quinze dernières années. Cette improbable œuvre kaléidoscopique, glam, sexy et jouissive au possible nous remémorant les plus belles heures des Boo Radleys, avait su en effet conjuguer passé, présent et futur avec une aisance si déconcertante qu'elle parvenait à elle seule à condenser près de 40 années de musique britannique. Alors forcément...même si The American Adventure second, essai courageux laissait entrevoir par intermittences un talent et une inspiration toujours vivaces, les deux tentatives suivantes, à force de courir sempiternellement après la formule magique, ne laissèrent guère place qu’à l’anecdotique, voire l’indifférence.

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Qu'attendre donc d'un nouveau disque d'Electric Soft Parade en 2013 qui plus est en plein cœur de l'été, saison plus propice à la légèreté et la découverte qu'à la recherche de justifications d'une possible réconciliation ? A l'écoute du malicieusement nommé Idiots, on saisit très rapidement que le parti pris des deux frangins est délibérément de ne pas se focaliser sur une recherche de l’excellence à tout prix mais bien de mettre en avant une volonté de plaisir immédiat au travers de compositions criantes d’honnêteté et de simplicité au sens le plus noble du terme. Il leur aura donc fallu 10 ans afin de digérer ce monumental premier disque, 10 ans pour accepter qu'il était vain d'expérimenter continuellement afin de réitérer pareille merveille. The Electric Soft Parade affiche ainsi le paradoxe d’un groupe qui, en vieillissant, a décidé de simplifier sa musique mais sans pour autant jouer à l’économie. Cette fraîcheur, c’est tout d’abord de l’autre côté de l’Atlantique que le groupe est allé la puiser. En effet, à l’écoute de l’inaugural The Sun Never Sets AroundHere et surtout de l’imparable single Summertime In My Heart, c’est tout cet esprit Power Pop ensoleillé qui sommeillait depuis les derniers essais de Fountains Of Wayne qui réapparait soudain, addictif et luxuriant. Si la lumière jaillit de nouveau dès les premières notes du très lyrique Brother, You Must WalkYour Path Alone que n’aurait pas renié Josh Rouse, elle ne s’atténue nullement au son d’Idiots, comptine ultra attachante avec ses airs d’inédit de Teenage Fanclub. Et même si The Corner Of Highdown and Montefiore et sa tentative de renouer avec les longs morceaux atmosphériques ayant fait la particularité du duo nous emmène dans des contrées moins fréquentables à la limite du sirupeux, Mr. Mitchell  renverse derechef la tendance nous remémorant les heures les plus glorieuses d’un Stephen Duffy, période Lilac Time, au summum de son inspiration. La pop nordique est également à l'honneur avec le délicieusement sucré One Of Those Days et l'introduction de cette frêle voix féminine avant que l'improbable Lily tout en finesse et pourtant si près de l'explosion nous offre quatre minutes du meilleur Weezer à la sauce anglaise. Dernière sensation de ce très réussi exercice de style, Never Again convie à la table des hôtes Paul Mccartney, Elliott Smith et Ron Sexsmith pour une attachante ballade en forme de pied de nez au sur-vitaminé Start Again, premier morceau de Holes In The Wall, une manière d'affirmer haut et fort que la page est définitivement tournée et que l'avenir d'Electric Soft Parade peut légitimement s'envisager sous les meilleurs auspices.

Assurément le disque de la rédemption, Idiots est la preuve ultime que le talent des frères White revêt encore un caractère aussi riche que la musique qu'ils parviennent à générer. Toujours empreint de cette recherche de la mélodie pop parfaite, l'ensemble composé par ce nouvel essai, malgré l'immense variété dont il fait preuve n'en demeure pas moins d'une logique et d'une cohérence sans faille. Nous leur pardonnerons aisément leurs quelques excès de gourmandise principalement dus à une volonté de trop bien faire tant le plaisir de se délecter de ces morceaux faussement naïfs et de ces mélodies d'une efficacité redoutable finit par emporter tout sur son passage. Tantôt acoustique, tantôt rock, souvent pop, Idiots affiche ainsi fièrement son statut de véritable « White Album », très joli fleuron d'une scène musicale britannique empreinte de classicisme qui, Dieu merci, a encore de bien jolies choses à nous raconter.

 

Vidéo

Tracklist

THE ELECTRIC SOFT PARADE - IDIOTS (HELIUM RECORDS / 2013)
1. The Sun Never Sets Around Here
2. Summertime In My Heart
3. Brother, You Must Walk Your Path Alone
4. Idiots
5. The Corner Of Highdown And Montefiore
6. Mr. Mitchell
7. One Of Those Days
8. Lily
9.Welcome To The Weirdness
10. Never Again


Ben Frost

benfrost2009sideLe festival barcelonais Sonar fut pris d’un véritable coup de froid lorsque que l’australien, islandais d’adoption, Ben Frost fit souffler un vent glacial à l’intérieur de la cathédral catalane devant des centaines de spectateurs soufflés par la bête. L’architecte sonore nous revient avec un album au caractère tout aussi effrayant, à la limite du drone et de l’electro-experimental. Frost parachute l’auditeur dans des contrées désertiques et en proie au danger des éléments naturels comme sur Killshot, Carpathians. Synthèse crépusculaire de fascination et d’horreur pure, le musicien allie ronflement de machines, distorsions industrielles et mélodies électronica sensorielles. Les loups rôdent, tantôt inquiétants Híbakúsja, parfois hargneux Trough The Rough Of Your Mouth mais près à chaque instant à vous sauter à la gorge.

Audio

Ben Frost - The Carpathians

Ben Frost - Killshot


DIETER SCHOON - Lablaza

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Je ne sais pas si l’on devrait écrire quoique ce soit sur Lablaza tant notre cœur balance entre le souhait de livrer au monde le nom de son talentueux concepteur et la volonté  de faire de cette découverte l’apanage de quelques uns. Soyons cependant honnêtes ! Nous ne sommes pas les seuls sur le coup et d’autres, au vu de la floraison de chroniques entrevues ici et là, n’ont pas eu autant d’états d’âmes à laisser transpirer leur enthousiasme derrières quelques lignes sans ambages. Alors tant qu’à être un mouton soyons un bon mouton et participons nous aussi à cette volonté collective de faire de Dieter Schööm autre chose qu’un parfait inconnu. Le premier album du suédois, au-delà d’être une simple découverte sympathique, fait déjà figure de disque chevet. Une pop bricolée à l’électronique - que l’on pourrait classer entre l’oeuvre sous-estimée de Ms John Soda et les élucubrations d’Owen Ashworth - qui navigue aussi bien sans chavirer sur des eaux calmes et folktroniques que sur celles plus mouvementées et Uptempo. Bref, un disque en forme de  grand écart qui a su tout autant faire danser les noctambules du Södermalm stockholmois que ravir les chasseurs d’aurores boréales du Lappland. Et maintenant, parisiens, corréziens, même combat !

 

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DIETER SCHOON - Warm Hearts

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