On y était - Crocodiles à Paris

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Photos © Alex Kacha

Crocodiles, Canal+, Saint-Denis, 22 février 2011

Le néon du Franprix éclaire froidement le trottoir sale. Des gens attendent un improbable bus pendant que les voitures se roulent sur les jantes en klaxonnant. Des gamins s'insultent dans une langue inconnue. Au-dessus de nos têtes, des immeubles s'élancent sans fin vers un ciel couleur macadam. La Porte de la Chapelle un mardi soir à 19h, c'est pas vraiment bucolique. Pour atteindre le studio 104, il faut encore passer sous le périph', marcher le long de trottoirs sales éclairés par la lumière glauque d'un unique néon. Et puis la Plaine-Saint-Denis, c'est pas Hollywood. De grands hangars vides, des voitures abandonnées et pas l'ombre d'un candidat de télé-réalité. Il fait nuit, il fait froid, et on est au bout du monde.
Pourtant, dans le hall du studio, qui accueille une partie des plateaux de Canal+, branchés et jeunes hipsters bien coiffés se pressent à l'accueil. Ce soir, les Crocodiles se sont échappés de leur Californie natale pour venir enregistrer quelques morceaux - huit - en live pour l'Album de la Semaine. Pour rendre justice au groupe, qui avait fait les frais du favoritisme de Benoît dans un récent Son de la semaine, j'ai décidé de faire aussi le voyage. Y'a pas de petits fours mais c'est gratuit.
crocodiles-3-c-alex-kachaForcément, un concert pour la télé, c'est un peu spécial. Avant que le groupe arrive, il faut d'abord applaudir pendant au moins deux heures d'affilée en hurlant devant une scène vide pour que les monteurs disposent de suffisamment de plans du public faussement hystérique. Le plateau est un monde merveilleux où l'on applaudit sagement quand on nous le demande sans se plaindre des projecteurs qui brûlent nos rétines et nos joues. Personne ne pipe, car les conditions sont idéales : nous ne sommes qu'une soixantaine et le son sera parfait.
Intérieur jour, foule en délire, tournez ! Sur scène, le duo de San Diego tourne à cinq et à toute vitesse. Les deux membres du groupe originel, Brandon Welchez et Charles Rowell, sont reconnaissables à leurs lunettes noires et à leur énergie saccadée - merci la cocaïne. Le chanteur, qui ressemble un peu à une sorte de version californienne d'un BB Brunes, use et abuse avec brio de la réverb', et sa voix s'ajoute naturellement aux nappes de Farfisa (je rêve de me réincarner en Farfisa, vous savez) envoyées par sa petite collègue. Le guitariste brode par-dessus des solos psychédéliques tandis que la batteuse et le bassiste avancent droit devant sans s'arrêter. Stereogum ne s'était pas trompé en décrivant le groupe comme « The Velvet Underground qui chanterait Jesus and Mary Chain ». Sans s'interrompre une seconde, le quintette enchaîne les meilleurs titres de son deuxième album, Sleep Forever, paru récemment sur Fat Possum Records, dont l'étonnant Mirrors qui, sur l'opus, faisait penser à Best Coast, mais s'avère beaucoup plus puissant en live.  Petit à petit, on oublie les caméras et on se sent décoller, nos corps se secouant dans la non-intimité des projecteurs. Stoned to death, notre Brandon danse comme Jim Morrison, pousse des cris qui résonnent dans un écho interminable et vise le public avec un flingue imaginaire. Bang, bang, nous sommes tous touchés par la musique. Au milieu des dizaines de groupes de néo-shoegaze chiants, Crocodiles a su se démarquer grâce à ses mélodies presque pop enrobées sans concession dans de multiples couches d'électricité vrombissante. L'harmonie de la voix est charmeuse et implacable, le set hyper carré et le jeu de scène du leader envoûtant. Pas de doute, les Crocodiles sont prêts à venir planter leurs dents sur les scènes du monde entier. D'ailleurs, dans un mois pile, ils joueront en première partie de White Lies à la Cigale. Ils vous en coûtera une trentaine d'euros, certes, mais le coin sera plus fréquentable.


Fujiya & Miyagi – Ventriloquizzing

fujiya-miyagi-ventriloquizingIl ne suffit pas d'enfoncer l'avant-bras dans l'anus de votre voisin et de parler comme Kenny pour être ventriloque. Selon David Best, leader discret du quatuor agitateur Fujiya & Miyagi, ces petites poupées sont le reflet effrayant du musèlement d'un peuple, pour qui d'autres se chargent d'être la voix.  C'est autour de cette métaphore flippante que l'entité électro-kraut nourrie aux sushis et au riz cantonais conceptualise un quatrième album épais, lourd et désabusé. Habitué à travailler dans un total confinement, le quatuor de Brighton s'offre pourtant les services  d'un Thom Monahan déjà coupable de la production des derniers Au Revoir Simone et Vetiver. Ventriloquizzing ne pouvait décidément pas être gai.

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Si le succès de Fujiya & Miyagi a toujours reposé sur les influences du groupe pour le rock-choucroute allemand, rares furent les réelles démonstrations du combo attestant du sujet. Revanche prise sur un Ventriloquizzing ouvrant majestueusement sur une dynamique post-jazzy à la Neu ! La voix du Maître Miyagi trainassant sur la montée de ligne de basse d'Ampersand, avant que les synthés n'explosent à leur tour, projetant l'auditeur au centre d'un big-bang sonore étourdissant. Le rétro est d'ailleurs à l'honneur de ce nouvel opus. On imagine parfaitement Best en Fred Astaire trainspotter, glissant et se balançant entre des gouttes de pluie colorées sur le très fougueux Pills. Joie retrouvée ? Pas vraiment. En atteste Sixteen Shades of Black and Blue, premier single collant aux fringues comme une vieille odeur de tabac. Premier track vraiment sombre et presque crade de l'album, qui laisse un goût d'acier dans la bouche. Le timbre monocorde de David Best s'accroche à un tempo tassé, répétitif... La voix du chanteur ne s'était plus montrée aussi convaincante depuis Photocopier, et retrouve ici son sens de l'oppression. YoYo fait également parti de ces titres étouffants, cadencés par l'entrelacement d'un orgue saturé et d'une basse sous influence, le titre rappelle par instant l'Atlas Air de Massive Attack. Et si le groupe de Brighton a beaucoup souffert de la comparaison musicale qui lui a été faite auprès de ses compatriotes bristoliens, celui-ci a pourtant tendance à ralentir dangereusement le tempo comme sur Ok, semblant tendre le bâton pour se faire battre. Rigoureusement lente, la mélodie roule, rebondie comme une balle toujours insaisissable. Si le morceau fait la part belle à un fantastique jeu de batterie, c'est une nouvelle fois la basse de Matt « Ampersand » Hainsby qui sera mise au centre de ce Ventriloquizzing. Car même dans la tourmente, Fujiya & Miyagi n'en perdent pas leur fascination pour le groove. Même lorsque le quatuor assène le très kraut Tinsel & Glitter, la formation a retenu la leçon du Future Days de Can et cède aux expérimentations sans perdre le sens de la rythmique qui le définit. Le tout tiré au carré, sans souffrir une seconde de la redondance du murmure de Mr Miyagi. Un arsenal de titres saccadés, passant de l'escalade à la chute libre, permettant à la pop de sortir des sentiers battus.
Alors si Dieu sait qu'on attendait ce nouvel opus, nous voilà comblés. Car derrière la machine à gigoter par moment quelque peu emphatique, Fujiya & Miyagi se réinventent, dévoilent un vrai sens de l'écriture et passent habilement le cap de l'adolescence. Les mauvaises langues n'ont plus qu'à fermer leur clapet à l'écoute de ce joyau noir. Nos quatre pantins se libèrent de leurs attaches et prouvent avec Ventriloquizzing que l'on peut aussi danser avec sa tête.

Audio

Fujiya & Miyagi – Ventriloquizzing

Vidéo

Tracklist

Fujiya & Miyagi – Ventriloquizzing (Yep Roc, 2011)

1. Ventriloquizzing
2. Sixteen Shades of Black and Blue
3. Cat Got Your Tongue
4. Taiwanese Boots
5. Yoyo
6. Pills
7. OK
8. Minestrone
9. Spilt Milk
10. Tinsel & Glitter
11. Universe


Ela Orleans

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Bien sûr je pourrais attendre, m'abstenir. On dit que patience est mère de l'âme. Mais qu'importe si Ela Orleans hantera très bientôt, de son empreinte magique et volubile, les faveurs de notre scopitone éraillé et de quelques caractères numériques scribouillés sur nos pages. Quelques jours, quelques semaines. Bien trop. Il faut le dire, l'écrire, le lire, l'écouter... La New-Yorkaise partage avec Dirty Beaches un split LP en forme de délicieuses prémisses. A paraître le mois prochain, Double Feature, co-réalisé par La Station Radar et Night People, sommera très vite, de sa nuit mordorée, le très attendu Mars is Heaven prévu pour mars 2011. Une belle entrée en matière pour l'auteure du mirifique Lost (2009) et dont on n'a pas fini de parler cette année. Notamment sur Clandestine Records.

Ici le lunaire I Know. Le morceau Lord Knows Best de Dirty Beaches est extrait de Badlands sortant le 29 mars sur Zoo Music.

Audio

Ela Orleans - I Know

Dirty Beaches - Lord Knows Best


NFL3 - Beautiful Is The Way To The World Beyond

beautiful-is-the-wayProhibition. Un nom martial, anguleux, à l'image d'une musique dense et revêche. Un son hardcore comme on en faisait au début des années quatre-vingt-dix, de l'effervescence indé rock américaine aux scories françaises, reléguant effrontément la langue de Molière aux gémonies des eighties et de la déferlante new wave. Une section guitare, basse, batterie rugueuse et contondante, cisaillée d'un chant guttural scandé et perforé par un saxophone charriant la liberté d'un post-punk new-yorkais trop rapidement exhumé (James Chance, DNA...). De Morphine à The Ex, de Fugazi à Blonde Redhead (celui d'avant In an Expression of the Inexpressible), Prohibition s'intégrait à merveille en digne représentant hexagonal de cette lignée indépendante, fils des Thugs et proche cousin de Sloy, Drive Blind ou encore Tantrum. Cinq albums, dont le dernier 14 Ups and Downs, paru en 1998, tel l'accomplissement d'une aventure de plus de dix ans et jalonnées de quatre cents concerts en Europe et aux États-Unis, dont le dernier, au Café de la Danse, en juin 1999. Un testament long comme trois bras donc pour les frères Laureau, Nicolas (guitare et chant) et Fabrice (basse), Ludovic Morillon (batterie) et Quentin Rollet (batterie), mais aussi du tangible et du solide avec la création en janvier 1995, à l'occasion de la sortie de leur troisième album, Cobweb-day, du label parisien Prohibited Records. Au sein d'un catalogue relativement fourni (trente-huit références) et cohérent, où la prise de risque artistique fonctionne à l'affectif, Heliogabale, Patton, Herman Düne, Purr ou Pregnant incarnent alors la passionnante vitalité d'un rock français des années quatre-vingt-dix, fier et militant, cultivé aussi bien à Paris qu'en province, des Bordelais de Vicious Circle, initiés par les activistes d'Abus Dangereux, à la structure Black & Noir, partagée entre Angers et Nantes. Peu après l'année 2000, les choses se compliquent quelque peu. Patton et Heliogabale sortent un disque pour ne plus en sortir avant longtemps (en 2004 et 2010 pour Heliogabale mais sur d'autres structures, en 2009 pour Patton avec Helenique Chevaleresque Recital) quand Purr (dont Thomas Mery est issu) et Pregnant se séparent juste avant la parution de leur second effort respectif. Il faut quelques nouvelles têtes bien senties, The Berg Sans Nipple, Soeza ou Mendelson, en plus de la persévérance des tauliers, pour maintenir à flots le label au delà d'une dixième bougie soufflée, début 2006, sur un air de renaissance par une série de concerts et une compilation rétro-prospective. Les tauliers ? Les frangins Laureau.

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Si Nicolas entame dès 2001, avec Real Seasons Make Reasons, son projet personnel Don Nino, lequel sera suivi de deux autres disques de haute volée, et que Fabrice embraye sur son projet F.lor, embrassant ainsi une carrière de producteur chevronné, les deux forment très vite une entité à l'acronyme cryptique mais à la musique volubile et curieuse, NLF3, née des cendres de Prohibition et d'une appétence toute particulière pour les jams sessions expérimentales, mariant rock, jazz et afrobeat. Dès 2000, Part I - Part II se fait brillamment l'écho d'un univers parant d'une électronique abstraite les réminiscences fugitives d'un krautrock cher à Can, jouant la carte d'un primitivisme illuminé et déstructuré. Rejoint en 2006 par Jean-Michel Pires à la batterie, le groupe ne fait d'ailleurs jamais rien comme les autres, du concassage de ses influences, aussi larges que variées, de Fela Kuti et Steve Reich à Syd Barrett ou Sonic Youth, en passant par l'électronique warpienne made in Sheffield d'Aphex Twin, à la création d'une bande-son pour un film inachevé du cinéaste russe Eisenstein, ¡Que viva Mexico!, bande-son jouée depuis 2004 jusqu'à aujourd'hui en public. De cette nouvelle décennie, trois disques iconoclastes, dont le sensuel et tourneboulant Ride On A Brand New Time, paru en 2009, en plus d'un maxi non moins fondamental, Echotropic (2008), complète une oeuvre sensible et évolutive, qui n'a de cesse d'être dans l'air du temps sans suivre pour autant le sens du vent. Ce n'est pas pour rien que leur nom est associé depuis quelques années déjà à Animal Collective ou Battles sans que l'on sente poindre une quelconque arrière-pensée commerciale, à défaut de supposer une commune approche de la composition. Une approche récemment parachevée d'une cinquième touche à la concision consentie d'une main gantée de velours. Il est même confondant de retrouver, ça et là, des bribes du Prohibition d'alors au sein de l'harmonieuse orfèvrerie que constituent les neufs morceaux de Beautiful Is The Way To The World Beyond disponible depuis octobre 2010 et bientôt édité en version vinyle. Bien plus condensé que ses prédécesseurs, le trio fomente sur celui-ci, avec une réussite certaine, l'immixtion, en plein cœur d'une instrumentation à la lisière d'un tribalisme figuré dans le vidéo-clip de Wild Chants, et délicatement balayé de quelques vocalises murmurées, d'un formalisme pop à l'efficacité redoutable et remarqué.

Audio

Tracklist

NFL3 - Beautiful Is The Way To The World Beyond (Prohibited records - oct. 2010)

1. Wild Chants
2. Beautiful Is The Way To The World Beyond
3. The Lost Racer
4. At Full Blast
5. Shadows My Friends
6. Shine Shine Shine
7. Straight Forward
8. Enneagon
9. Cerf Volant


Tomas More l'interview

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Jusqu'à présent on connaissait Tomas More pour ses activités de DA du label Fondation Records et ses talents de DJ au goût assumé : plus noir que noir. Cette esthétique sonore caractéristique - vicieuse, parfois abstraite, souvent hantée - a donné lieu à une sortie récente sur le label berlinois Resopal Schallware (Body Count EP).  Un point en quelques mots sur l'actualité de ce tout jeune producteur.

Tu ne peux pas y couper, première question, celle des présentations.

Je suis DJ et producteur français, parisien depuis plus d'un an, et je m'occupe de la DA et de la gestion du label de Danton Eeprom, Fondation Records, j'écris pour le blog Get The Curse et je viens de sortir mon premier maxi sur le label berlinois Resopal.

Ta façon de mélanger différentes sources musicales en un seul EP et/ou en un seul morceau voire en un seul mix donne des résultats souvent curieux, parfois même un peu monstrueux et pervertis. Est-ce que tu trouves que ces deux adjectifs collent bien à ton travail de producteur/de DJ ?

C'est toujours difficile de trouver des mots pour décrire la musique, surtout quand elle est faite instinctivement. Je ne fais pas "volontairement" une musique sombre ou étrange, ça me vient tout seul, je suis même surpris en me réécoutant parfois, je me dis : "C'est bizarre quand même la musique que tu fais...".

Ça vient de mes influences, des musiciens que j'ai côtoyés et que je côtoie dans ce milieu. Danton a par exemple eu une influence importante sur moi ; on a ce goût commun pour l'inclassable et les choses un peu poisseuses. Ouais voilà, "poisseux" donc.

Je trouve que tes morceaux ont un potentiel « format chanson » avec l'utilisation récurrente de ces vocals dépitchés. Tu te verrais travailler sur des tracks où le chant est un élément à part entière ? Sans forcément parler de pop...

Encore une fois c'est une chose qui relève de l'inconscient, je n'ai jamais volontairement fait de morceau au format "pop". Mais j'aime assez les tracks qui développent un type de récit, avec une certaine dramaturgie, même ultra minimaliste ou aride.

D'ailleurs, le morceau Body Count est un exemple des choses que j'aime faire dans un registre pas forcément pop mais non-dancefloor, on va dire. J'aime les maxis qui ont un morceau comme ça à la fin, un track étrange, indansable.

Et oui, je me verrais tout à fait faire un track où la voix est centrale. J'aime beaucoup utiliser des voix, ça rend cette musique plus personnelle, voire plus humaine, même quand elles sont déformées à l'extrême.

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Tu écris depuis peu de temps pour GTC et tu es aussi impliqué dans le label Fondation Records ; on risque de te présenter comme un membre supplémentaire de cette « école » techno à la française qui a la côte actuellement. Ça t'inspire quoi ?

Je ne sais pas trop ce qu'on entend par "école techno à la française", je ne suis pas sûr que ça ait un sens. Get The Curse essaie justement de ne pas faire dans le parisianisme ou le franco-français en parlant de producteurs et de DJ internationaux sans favoriser la scène française plus qu'une autre, en parlant de la musique qui nous plaît sans parti-pris.

Idem pour Fondation : Danton et moi avons essayé de ne pas nous placer dans un héritage français trop évident, mais de faire quelque chose un peu à la marge, sans nous fondre dans les codes préexisants d'une soi-disant manière française de faire de la musique et d'en sortir. Fondation est d'ailleurs un label créé à Londres dont l'existence et l'identité sont fortement liées à cette ville.

Mais il y a effectivement une scène techno émergente qui semble dessiner la relève des noms qui règnent sur le paysage électronique national depuis de nombreuses années. Mes compadre Clément Meyer ou Darabi (lire l'interview) en sont de bons exemples, je pense.

Toujours grâce à cette place de choix que tu occupes dans le monde de la techno, j'imagine que tu reçois un paquet de promos. Quel regard portes-tu sur l'année écoulée en termes de productions techno/électro ?

Question tarte à la crème. C'est difficile de juger des choses comme ça, mais je pense qu'un constat me reste de cette année : le nombre exponentiel et hallucinant de sorties quotidiennes sur Beatport et ses kilomètres de musique sans surprise, sans personnalité.

Tu as vécu pendant un petit moment à Londres, tu es désormais à Paris... Qu’as-tu retenu de cette observation comparative des mœurs de la nuit ?

Londres est très différent de Paris : les Anglais ont une vraie culture du clubbing avec ses bons et ses mauvais côtés. Ils sont plus fêtards et tolérants mais peuvent être plus bourrins aussi.
La dynamique que j'ai connue au moment où j'y vivais semble se poursuivre : les clubs mythiques sont en dangers ou ferment (fermeture de The End ou du T Bar, Fabric sur la sellette) et les soirées itinérantes ou éphémères grossissent au gré des hypes et utilisent à juste titre les espaces dingues dont la ville recèlent.

A Paris, la situation est plus stable, les piliers de la nuit ne changent pas (Rex, Social Club, Showcase). Les clubs "techno" sont peu nombreux mais les soirées alternatives commencent à se faire sentir ; les Die Nacht tentent par exemple de proposer autre chose que les clubs à physio où les verres sont hors de prix et l'ambiance adolescente. Il faut juste que les Parisiens se décident à sortir de Paris intra muros une bonne fois pour toute.

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Tu peux nous parler du mix que tu nous a fait ?

J'ai fait ce mix sur Ableton Live. Il y a du récent et du moins récent, c'est dansant et un peu tordu.

Je te laisse le mot de la fin pour nous parler de tes projets...

Je prépare actuellement une salve de nouveaux morceaux pour un nouveau maxi, vous en saurez plus rapidement.

Et oui, je joue Chez Moune avec mes acolytes Clément Meyer et Loac jeudi 6 janvier pour une soirée que nous organisons intitulée "Dancing With Codes". Et au Social Club le samedi 8 janvier.

Events

Clément Meyer, Tomas More, Loac
Jeudi 6 janvier de 23h30 à 5h
Chez Moune
54, rue Jean-Baptiste Pigalle
75009 Paris


Matthys

L’histoire d’Emmanuel Matthys est celle d’un rêveur, d’un jeune Basque se nappant d’une cape floutée, dévoilant des mélodies électroniques singulières embrumées, à la lisière de l’onirisme et du rétro-futurisme. A contrepied des turbines à tubes bidule, Matthys se joue des clichés, produisant une poésie dancefloor rêche, actuelle et sans tabous.

Audio


Rétrospective : 2010, dans le prisme d'Hartzine

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photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine

Hartzine, souhaitant préserver la démocratie qui règne en son sein, n'a pas cherché à faire émerger un consensus, préférant vous livrer non pas un, mais presque autant de tops que sa rédaction compte de critiques. Vous n'aurez donc qu'à choisir celui qui vous correspond le mieux.

Benoît, Thibault, Aki, Patrice, David, Calogero, Emeline, Virginie, Nicolas, Fabrice ?

Benoît

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Année en flux tendu, le temps me manque pour réfléchir à quelque oraison funèbre que ce soit et ainsi louer comme il se doit  la disparition de cette année musicale à part. Cependant justifier chacun des choix qui vont suivre et ainsi objectiver mon point de vue m'aurait valu quelques nuits sans sommeil et, par-dessus le marché, des critiques de circonstance. Je préfère donc, en belle couille molle que je suis, vous livrer sans autre forme d'explication la liste qui suit.

Top albums

01. Wild Nothing - Gemini (Captured tracks)
02. Motoroma - Alps (Self Release)
03. Ex-aequo : Baths - Cerulean (Anticon) & Teengirl Fantasy - Cheaters (True Panther)

Top morceaux

01. Porcelain Raft - Tip of your Tongue

02. Destroyer - Chinatown 

Un concert

Neonbirds , Paris, La Gare aux Gorilles @Hartzbreaker,  12 juin 2010

Une révélation

Ex-aequo : Coolrunnings & Cloud Nothings

Espoirs 2011

Death and Vanilla & Wise Blood & Wagner & Love Collection & The Babies, La Sera... et toujours Oberhofer

Album honni

Ex-aequo : Midlake - The Courage of Others (Bella Union)  & The Walkmen - Lisbon (Fat Possum)

Plaisir coupable

Ex-aequo :  Robyn - Body Talk Pt 3. (Konichiwa) & Freeway & Jake One - The Stimulus Packadge (Rhymesayers)

Thibault

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Quatre-vingt dix mots pour résumer une année si riche. Sévère. Le risque d'oublier du monde, de mettre en perspective l'instantané au détriment des tendances lourdes, en fonte. Qu'importe. Du fond de ma turne, l'actualité musicale, à l'image de son sujet, n'est plus ce qu'elle était, monolithe vitupéré d'un infini numérique, fractale constellé de bribes digitales. Et pourtant un saphir parcourant toujours plus de microsillons. Ose-t-on le lien de causalité ? Recomposition et survie bienheureuse des indépendants, je pense aux labels, aux disquaires, aux promoteurs d'évènements, c'est tout le mal qu'on leur souhaite. Positif. Profusion de concerts et de sorties digitales comme physiques, perte de la notion de frontières musicales, nationales. Le double négatif, cramoisi. Téléchargement barbare et sur-protection des majors sur le dos de tous. La guerre de l'argent, comme à chaque fois. Si la musique est son industrie anémique, au formatage compulsif, est un puissant révélateur de notre société consumériste où la valeur est indexée par le prix (sans prix, quelle valeur ?), elle s'avère cependant être un inépuisable motif d'espoir, entre confection artisanale et nouvelles approches artistiques. Pour conclure, quelques noms - sans exhaustivité - qui ont émaillés cette année 2010, la mienne et la votre, et qui vont en ce sens, le bon, chacun à sa manière : Clapping MusicAmdiscsAtelier CiseauxBeko DslLa Station RadarLe Son du MaquisLes Boutiques SonoresSchmooze ou the FMLY. Dès 2011, on met les bouchées doubles.

Top albums

01. Liars - Sisterworld (Mute)
02. Jeans Wilder - Nice Trash (Atelier Ciseaux)
03. Ex-aequo : The Radio Dept. - Clinging to a Scheme (Labrador) -   & Future Island - In Evening Air (Thrill Jockey)

Top morceaux

01. Blank Dogs - Another Language

02. Terror Bird - Shadows in the Hall

Un concert

01. Ex-aequo : WU LYF - Midi festival, 24 juillet 2010 & Pavement - Primavera Sound Festival, 28 mai 2010

Une révélation

Ghost Animal

Un espoir

Wild Eyes

Disque honni

Devo - Something for Everybody (Warner)

Plaisir coupable

Egyptian Hip Hop - Rad Pitt ( Self Release)

Aki Trash

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2010 aura été pour moi une année introspective... Si certes les révélations et découvertes auront été riches (Salem, Future Islands, Kill for Total peace), j'aurais passé plus de temps à dépoussiérer mes bacs qu'à réellement m'attarder à ce qui me passait entre les mains. Ainsi j'ai re-découvert les joies du Heavy metal avec Black Sabbath, Blue Öyster Cult, Blue Cheer... Inondé mes enceintes de vieux Basic Channel, Luke Slater, Speedy J, exhumant des trésors oubliés de la Techno maintenant réactualisé grâce à une scène plus active que jamais. J'ai pillé le Krautrock, pour en revenir à l'essence même... Ce n'est qu'avec se regard conscient sur le passé, que je ne pouvais apprécier au mieux ce que m'apportait le présent et ce que restait à m'offrir l'avenir.

Top album
01. Former Ghosts - New Love (Upset the Rhythm)
02. Tame Impala - Innerspeaker (Modular)
03. Xiu Xiu - Dear God, I hate Myself (Kill rock stars)

Top morceaux

01. Zola Jesus - I can't Stand 

02. Trentemøller - The mash and the Fury 

Un concert

Trentemoller - Bataclan, 18 octobre 2010.

Une révélation

Delta Funktionen

Un espoir

Fujiya Miyagi

Disque honni

Ex-aequo : Vampire Weekend - Contra (Beggars Banquet) & LCD Soundsystem - This is happening (DFA)

Plaisir Coupable

Die Antwoord - SOS (Cherry Tree)

Patrice Bonenfant

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blanc1Je déteste faire des classements depuis ma tendre enfance donc celui ci n'échappe pas à la règle. Ce classement reflète plus des chansons et des albums qui m'ont  marqué musicalement et qui m'ont accompagnés tout au long de l'année dans ma vie personnelle. Sentiment renforcé après avoir vu tous ses groupes en live. Je retourne à mon final cut.

Top albums

01. Beach House - Teen Dreams (Bella Union)
02. Tame Impala - Innerspeaker (Modular)
03. Delorean - Subiza (Mushroom Pillow)

Top morceaux

01. Gil Scott Heron - Me and The Devil 

02. Tame Impala - Make Up Your Mind 

Un concert

Health - Primavera Sound Festival, 29 mai 2010

Une révélation

The Local Natives

Un espoir

Yuck

Disque honni

Ex- aequo : Violens - Amoral (Static Recital) & JJ - n°3 (Secretly Canadian)

Plaisir Coupable

01. Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy (Def Jam)

David Fracheboud

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blanc1L'année 2010 avait commencé par un album inattendu, sauvé des eaux trente-cinq ans plus tard. Gone : the promises of yesterday récompensait une longue attente pour les fans de Gettho : Misfortune Wealth des mésestimés 24 Black Carat. Dans l'esprit excavation de vieux vinyls, je tombais raide pour le bouillonnant Gonjasufi, hypnotisé par sa présence quasi chamanique sur de vieux samples de musiques psychédéliques que je m'amuserai à identifier pendant des mois. Des écoutes inlassables de Daedelus et son sublime EP Righteous Fists of Harmony tout comme Florine le tout premier EP sortit fin 2009 de la mystérieuse Julianna Barwick et découverte via le site Free music archive de la radio WFMU quelques mois plus tard. Toujours sur ce site que je vous recommande (toutes les sessions sont en téléchargement libre), ce fût le coup de coeur immédiat pour Vialka, un duo turbo folk survitaminé qui nous vient d'Auvergne et dont je vous reparlerai très bientôt. Programme composé d'Arnaud Michniak et Damien Bétous, présentaient sur scène dans le cadre de l'incontournable festival Villette Sonique un album très attendu aussi par leurs fans, Agent Réel fût un coup de boule sur disque comme en live. Ty Segall et son rock garage m'ont convaincu avec un show d'une efficacité hors norme pour ce tout jeune compositeur, à suivre de très très près. Sufjan Stevens qu'on n'avait perdu de vue pour des raisons de santé revenait avec un EP, All Delighted People, puis l'album The Age of Adz qui fera date en redonnant tout son sens au concept album, un disque finalement hors compétition. On ne s'y attend jamais, surtout quand ça ressemble à un accident, ARLT ce duo m'a séduit par sa modestie, une musique qui continue au fil des écoutes à révéler ses trésors.

Top albums

01. ARLT - La Langue (Almost Musique)
02. Sufjan Stevens - The Age of ADZ (Asthmatic Kitty)
03. GonjasufiA Sufi and a Killer (Warp)

Top morceaux

01. Daedelus - Stampede me

02. Julianna Barwick - Sunlight, Heaven 

Un concert

Programme - Villette Sonique, 4 juin 2010

Une révélation

Vialka

Un espoir

Ty Segall

Album honni

Antony and the Johnsons - Swanlights (Secretly Canadian)

Plaisir Coupable

Foals - Total live Forever (Sub pop)

Calogero Marotta

halcyondigest

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Appliquons à la musique ce que Jean-Luc Nothias, journaliste que je ne connais absolument pas, a dit un jour au sujet des nuages : « Le nombre de raisons pour lesquelles les nuages sont beaux déborderait largement le cadre de cette page s'il fallait en dresser une liste complète. » Cette déclaration est complètement inutile, je le confesse, aussi restons-en là...De vous à moi, j'ai toujours été très mauvais dans l'art de dresser les listes. Ce n'est pas faute d'avoir commencé tôt : j'ai tenu moult cahiers auxquels je réservais un sort cruel de « contenant à bilans » artistiques ou non. Mes films, acteurs, chanteurs, amis, amoureuses, etc. y étaient listés mais uniquement de manière éphémère car, à mesure que la corbeille à papier se remplissait, cette sorte de « journal intime » se faisait de plus en plus mince. « Tu es un indécis ! », aimait‑on à me répéter à longueur de journée... Ainsi, mon bilan musical de 2010 n'échappera pas à la règle. Aussitôt publié, ne le considérez plus d'actualité. À bon entendeur...

Top albums

01. DeerhunterHalcyon Digest (4AD)
02. Sweet lightsSweet lights (Self Release)
03. Gil Scott-HeronI'm new here (Beggars)

Top morceaux

01. Coma cinema - Her sinking sun 

02. Braids - Lemonade

Un concert

The Local Natives - Lille, 5 novembre 2010

Une révélation

Beach Fossils

Un espoir

Braids

Album honni

Katerine - st (Barklay)

Plaisir Coupable

Janelle Monáe - Tightrope (Bad Boy)

Emeline Ancel-Pirouelle

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Faire le bilan, c'est toujours un peu douloureux. Sélectionner certains artistes, c'est forcément en éliminer d'autres, et ce selon des critères plus ou moins avouables. A l'heure du développement des Mediafire, Fileden et autres Megaupload, on n'a jamais eu aussi peu de place pour caser toutes les pépites dénichées au long d'une année plus riche que jamais. Mon disque dur explose, mon iPod déborde, mes enceintes vomissent, mes oreilles jubilent. Et ce rutilant podium ne pourra jamais accueillir tout le monde. Je fais des listes et je les défais. Les Black Keys terminent brillamment la course quatrièmes avec leur parfait Brothers sous le bras ? Hop, dehors, plus de place. Pas de pitié non plus pour les Almighty Defenders et leur génial essai sur le néo-gospel sous opiacés, puisqu'il paraît qu'il n'y a pas de catégorie "musique sacrée", bien que ce soit de saison. Adieu The FinkielkrautsUnder Great White Northern LightsHarlemThe Strange BoysReveille,The MorlocksHifiklubDan SartainThe Black Box Revelation et The Black Angels. Exit 99% des concerts où j'ai sué sang, eau et béatitude, ceux que j'ai manqués mais où j'aurais voulu être et, puisqu'on ne peut toujours pas voyager dans le temps et qu'il faut n'en garder qu'un, on choisira le plus touchant. Mais j'ai beau avoir accouché de ce bilan dans la douleur et l'hésitation la plus totale, je n'en garde pas moins un souvenir ému de toutes les brebis égarées sur le bas-côté de la route. Au bout du chemin, 2011 et un top placé davantage sous le signe du garage que sous celui du porte-vélo.

Top albums

01. Ty Segall - Melted (Goner)
02. Archie Bronson Outfit - Coconut (Warp)
03. Tame Impala - Innerspeaker (Modular)

Top morceaux

01. Wavves - Post Acid 

02. Summer Camp - Jake Ryan 

Un concert

01. Scout Niblett au Point Ephémère, le 7 juin 2010

Une révélation

Yussuf Jerusalem

Un espoir

Cielo Drive

Un disque honni

The Dead Weather - Sea of Cowards (Third Man Records)

Un plaisir coupable

Hole - Nobody's Daughter (Mercury)

Virginie Polanski

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2010... Hein quoi ? Déjà fini ? Demander son best of 2010 à une femme enceinte de 9 mois c'est se heurter à un petit problème. En dehors de sa grossesse (superbe, magnifique, + vingt kilos tout va bien), la femme enceinte primipare (de son premier lardon, je précise pour toi lecteur inculte) n'a pas beaucoup d'autres centres d'intérêts et comment l'en blâmer, je vous le demande. Considérons donc cette tentative de flash back sur une première moitié de 2010 comme une preuve de bonne volonté de la part de votre rédactrice en "période de transition". Et oui, j'écoute Benjamin Biolay et je vous emmerde. Désolée, les hormones.

Top albums

01. These New PuritansHidden (Domino)
02. Sufjan StevensThe Age of ADZ (Asthmatic Kitty)
03. Coma CinemaStoned Alone (Arcade Sound Ltd)

Top morceaux

01. Caribou - Odessa

02. Bot'Ox - Blue Steel

Un concert

Soap & Skin - Festival Les Femmes s'en Mêlent, 24 mars 2010.

Une révélation

That Ghost

Un espoir

Zola Jesus

Un disque honni

Arcade FireThe Suburbs (Merge)

Un plaisir coupable

Benjamin BiolayLa Superbe (Naive)

Nicolas Molina

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2010 aura été pour moi une année introspective. Hein quoi ? Déjà fini ? Demander son best of 2010, sauvé des eaux trente-cinq ans plus tard. La femme n'a pas beaucoup d'autres centres d'intérêts. Considérons donc cette tentative de flash back de musiques psychédéliques que je m'amuserai à identifier et je vous emmerde. Programme composé primipare, ce n'est qu'avec se regard conscient sur le passé que j'ai re-découvert les joies du heavy-metal et de Benjamin Biolay. Un top 2010 finalement hors compétition.

Top albums

01. Jimmy Edgar - XXX (!K7)
02. Ikons - Ikons (Service)
03. This is Head - 0001 (Enkelt)

Top morceaux

01. Tristesse Contemporaine - 51 ways to Leave Your lover 

02. Ikons - Slow Light

Un concert

01. Sunn o))) - confort moderne (poitiers), 01 octobre 2010.

Une révélation

Frank just Frank

Un espoir

Ex-aequo : Martial CanterelTristesse Contemporaine

Un disque honni

La chatte - Bastet (Tsunami addiction)

Un plaisir coupable

La réédition du double cheeseburger.


Jamie Harley l'interview & sélection vidéos 2010

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Si l'on vous souffle à l'oreille le nom de Jamie Harley, spontanément, pas sûr que celui-ci vous dise quelque chose. A moins d'être biographe avisé du co-fondateur de Factory Records, Tony Wilson, et de savoir que ce citoyen de la couronne, exilé en terres franciliennes depuis son plus jeune âge, fut son neveu le temps d'un second mariage. Remarque, suffisait-il d'avoir lu le récent portrait dressé par Jean-François Le Puil, à l'occasion d'un bilan de fin d'année par le mensuel Magic (lire), pour s'en étonner et comprendre quel type de figure tutélaire modela les horizons de notre homme. En revanche, si l'on couche sous vos yeux - bientôt ébahis - les noms de Memoryhouse (Heirloom, Lately (deuxième), Bonfire) d'How To Dress Well (Ready for the Word, Lover's Start...), de Memory Tapes (Bicycle), de Twin Shadow (Castles in the Snow) ou encore de Museum Of Bellas Artes (Watch the Glow), et que l'on vous dit que Jamie Harley en est l'unique promoteur visuel, votre mémoire, si joueuse, époussettera ipso facto les délicieuses réminiscences entourant l'ensemble de ses clips, construits, peu ou prou, selon une même ligne directrice, celle d'un found footage en pleine recrudescence. De l'avis de tous, Jamie Harley en est le maître incontesté. Rendue désormais possible et accessible à tous par la mise à disposition globalisée d'archives numériques, documentaires et cinématographiques, cette récupération de "pellicules impressionnées" à des fins différant de leur origine tient sa pratique et sa conceptualisation des situationnistes et de l'internationale lettriste cofondée par l'illustre Isidore Isou. Ce proche de Guy Debord a, entre autres, réalisé le fameux Traité de bave et d'éternité, réputé pour avoir provoqué un violent tumulte lors de sa projection au Festival de Cannes du fait d'une dissociation de sa bande-son et de sa bande-image. Revitalisant la technique, mais contrecarrant cet effet "discrépant", Jamie Harley retravaille la bande-image pour que celle-ci épouse dans ses moindres détails, tel un scopitone fantasmé, une bande-son déployée par les groupes pour lesquels il s'investit. L'image première est décontextualisée, détournée, mais aussi remontée et retraitée en fonction des divagations musicales. Parfois ralentie, dédoublée, saturée, inversée ou même superposée, l'image n'est plus alors comprise en tant qu'expérience filmique, son auteur-électeur se soustrayant à leur tournage, mais bien telle une quantité numérique à la plasticité infinie. Si un trouble halo aux volutes oniriques s'en empare, une liberté stylistique absolue s'en dégage : celle d'accentuer l'émotivité dont témoignent les individus-acteurs pris tels quels comme sujet. La joie, comme l'angoisse inondant un visage, paraissent éternels, quand les corps, confrontés aux vicissitudes de leur environnement, semblent s'engouffrer dans une lutte immuable. Dans Lover's Start, Brel n'est plus Brel, mais bien l'homme personnifiant la fuite éperdue dans l'infini céruléen des côtes du nord.

Dans la mesure où les vidéos de Jamie Harley se regardent tel un songe projeté dans l'éther de ses pensées, rien d'étonnant que ses (re)créations soient si prisées au sein d'une mouvance musicale effeuillant dans toute sa splendeur l'esthétique des émotions. Réalisant de la sorte une foultitude de clips, imageant des concerts, dont ceux de la récente tournée du duo Memoryhouse (lire), avec lesquels il est quasiment assimilé, et travaillant avec How To Dress Well sur l'entièreté d'un album, , mis en images, l'année 2010 qui s'achève prend des allures de consécration artistique pour un Jamie Harley par ailleurs engagé jusqu'au cou dans l'aventure Schmooze, dont il dirige, en sus de sa direction artistique, sa déclinaison blog consacrée au défrichage musical par l'image. Rencontre avec un passionné, stakhanoviste assumé du clip, nous offrant dans ce qui suit coups de cœur et autre sélection annuelle de haute volée. Quant à Lyonel Sasso, collaborateur épistolaire d'Hartzine, c'est dans le répertoire de celui-ci qu'il pioche, histoire de fomenter un florilège déroutant de grâce.

Interview de Jamie Harley


Peux tu te présenter en quelques mots ? D'où viens tu ?

Je suis originaire du nord de l'Angleterre, de la banlieue sud de Manchester, mais j'ai presque toujours vécu en France et je me sens d'ailleurs bien plus français qu'anglais !

Comment as-tu eu l'idée de fonder Schmooze Blog ? Pourquoi un tel nom d'ailleurs ?

A l'origine Schmooze est une agence de supervision musicale (pub, cinéma, mode) dont je fais la direction artistique. Si je me souviens bien, "Schmooze" vient du nom d'un bootleg de Beck à l'époque de One Foot in the Grave. J'avais envie de créer un blog pour promouvoir les artistes que j'aime, et aussi pour montrer des formes alternatives d'associations entre image et musique.

En créant Schmooze Blog, tu cherchais une fenêtre d'exposition pour tes vidéos ?

Pour ce qui est des vidéos, j'ai commencé à en faire quelques mois après la création du blog : on ne poste jamais de mp3, et la toute première vidéo n'était qu'un prétexte pour pouvoir poster l'un des premiers titres de Memoryhouse. Comme le groupe avait apprécié le résultat, j'en ai fait une autre, et j'ai ensuite commencé à recevoir des demandes pour en faire pour d'autres artistes. Et de fil en aiguille, j'ai fini la 37ème la semaine dernière !

J'ai assisté avec bonheur au concert de Memoryhouse (voir) au Point FMR où tes vidéos défilaient en toile de fond. Explique-moi tes relations avec le groupe et l'idée qui a présidé à la poursuite de ce projet. Comment choisis-tu les artistes avec qui tu décides de travailler ?

C'est agréable d'avoir la possibilité d'une collaboration un peu suivie avec un groupe. Que ce soit avec Memoryhouse ou How To Dress Well, la relation s'est installée de façon très naturelle. Sans doute parce que j'ai commencé à travailler avec eux dès leurs débuts. On va faire un concert avec How To Dress Well au MoMA fin février et le travail avec Memoryhouse se poursuivra au moment de la sortie du premier album. Je ne choisis les artistes avec lesquels je travaille qu'en fonction de mes coups de cœur, mais il faut aussi que j'ai le sentiment de pouvoir apporter quelque chose.

Dans une blogosphère sans fond, quels sont les amis de Schmooze Blog ?

C'est très dur de n'en citer que quelques uns, mais voici les premiers qui me viennent à l'esprit : Transparent, The Line Of Best FitGrrrizzl'y, Wow magazine, Yvynyl, No modest bear ou Yours Truly.

Avec Lisa Ehlin, vous êtes les deux seuls contributeurs récurrents de Schmooze Blog. Comment choisissez-vous les contributeurs occasionnels ? Quel est le futur proche de Schmooze Blog ?

Les rôles ne sont pas figés, mais en général je fais les sélections quotidiennes de nouveautés et Lisa s'occupe des invités à qui l'on demande de choisir et de commenter certaines de leurs vidéos préférées. On choisit bien sûr nos "guests" parce qu'on aime ce qu'ils font, mais aussi parce qu'on pense que leurs sélections seront intéressantes. Il va certainement y avoir de nouveaux contributeurs dans les semaines qui viennent, et davantage de rédactionnel.

Confectionnés à partir d'images d'archives, d'ancien films et programme TV recyclés, les clips véhiculés par Schmooze Blog sont-ils spontanément DIY ou est-ce un effet recherché ? Quels rapports vois-tu entre esthétique visuelle et musicale ?

Je trouve que les clips sont devenus très ennuyeux au cours de la décennie précédente. Les budgets ont tellement baissé qu'il est aujourd'hui quasi-impossible pour un réalisateur de ne faire que ça, et beacoup ne voient dans le clip qu'un tremplin pour faire autre chose. Les fan-videos et les vidéos faites à partir d'images d'archive ont ramené une sorte d'innocence, de fraîcheur et de spontanéité. Et je continue de croire au clip en tant qu'objet artistique à part entière, et pas seulement comme un outil de promotion pour vendre des disques.

Une sélection 2010 commentée, par Jamie Harley

Voici une sélection de quelques coups de cœur ayant marqué mon année 2010.

Greatest Hits - Ambulence :

Alice Cohen est l'une des mes réalisatrices préférées, son style se reconnaît instantanément et c'est une qualité rare.

Therapies Son - Golden Girl :

Un grand espoir pour 2011. Alex Jacob a 19 ans, vit à Los Angeles et enregistre sous le nom de Therapies Son des merveilles de pop baroque.

Hallucinists (Music by The Octopus Project) :

Des images qui restent en tête et qui s'accordent à la musique à la perfection. Une bonne vidéo, quoi.

Coma Cinema - Blissed :

Une autre association parfaite entre un musicien et un réalisateur (Coma Cinema et Tyler T Williams). Je vois beaucoup plus le clip comme une collaboration que comme un simple outil de promotion.

Gem Club - Spine :

J'adore cette association entre Gem Club et BrIanna Olson qui réalise toutes les vidéos du groupe. Il n'y a rien de fait pour le viral là-dedans, juste des moments de grâce.

Cloud Nothings - Hey Cool Kid :

Une vidéo de fan qui surclasse sans peine l'officielle, et le morceau m'a poursuivi toute l'année.

Outer Limits Recordings - $20 Dollar Bill :

Outer Limits Recordings, où comment être cool sans donner l'impression du moindre effort pour l'être.

Bonus

Ice Cream Shout - Tattooed Tears :

Love Lake - Curses :

Une sélection des clip de Jamie Harley, par Lyonel Sasso

Trente-sept vidéos en un peu moins d'un an. Il fallait l’œil expert et la prose volubile de Lyonel pour décrypter et sélectionner cinq vidéos aussi essentielles que ne le sont les morceaux dont elles sont bien plus qu'une simple illustration par l'image.

A Classic Education - Gone to Sea

Cette chanson d' A Classic Education est un bain de jouvence, une eau pure. Finalement la mer transporte toutes les histoires, toutes les mythologies. L’Océan ambassadeur de la vie, de la fertilité – de l’amour. Ce fragment d’innocence, Jamie Harley le retranscrit parfaitement ici. La vidéo suit parfaitement l’intensité rythmique de la composition. Harmonie des îles, mouvement incessant des vagues, visages radieux – tout y est. On navigue à perte de vue comme dans l’image finale. Une jolie illustration de l’innocence.

Memoryhouse - Bonfire

La musique est ample, évanescente. Elle se détache du réel. Seule la voix, profonde, de Denise Nouvion nous rapproche de quelque chose de tangible. Visuellement, il n’y a rien de plus difficile à retranscrire. Ici, on est dans une impression de la réalité. Les lueurs blondes d’une émotion. Une vidéo faite de vapeurs, de liquides et de chairs. Sublime, tout comme la chanson de Memoryhouse. Une douce valse pastorale magistralement orchestrée visuellement par Jamie Harley. Au passage, je soupçonne la culture cinématographique du monsieur immense …

How to Dress Well - Lover’s start

Violente rafale mélodique, la composition de How to Dress Well demandait une grande impression visuelle. On en a du sel sur le visage en regardant ce long plan séquence. Bleu comme la nostalgie et la tristesse. Final bleuté - c’est un parcours, le long d’une plage, d’un adieu. D’une liberté retrouvée. Brel finit par lâcher les oiseaux avant de se livrer à l’océan. Quelle puissance poétique, assurément ma vidéo préférée.

Lonely Galaxy - Time

Les vieilles vidéos d’enfance ont ce rapport à l’ineffable, à la nostalgie et l’étrange sensation du temps qui fuit. La montée mélodique offerte par Lonely Galaxy est l’équivalent de tous les souvenirs qui nous remontent à la gorge lorsque l’on goûte à ces madeleines visuelles. Cette vidéo est terriblement émouvante et est superbement mis en forme par Jamie Harley.

Memoryhouse - Lately (deuxième)

La chanson est sublime. Ce qui pourrait amplement suffire pour tout commentaire. D’ailleurs comment dépasser la puissance émotionnelle de pareille composition avec des mots ou des images ? Enfin, ce qui me plaît là, est finalement très personnel. Je repense aux romances et séquences évanescentes d’Histoires de Fantômes Chinois, film fantastique parfois sublime, parfois grotesque. Une ambiance à la fois sensuelle, mystique et kitsch. Cette musique est d’un charnel redoutable. Jamie Harley compose un visuel au diapason. Redoutablement ensorcelant.


On y était - Future Islands au Point Éphémère

Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Ce n'est pas la peine d'attendre la fin de l'année pour vous le confier entre deux autres confidences de même tonneau : de septembre à décembre, il fut plus que difficile de ne pas se laisser submerger par l'avalanche de concerts animant les nuits d'une capitale trop souvent décriée pour son inanité noctambule. Non que j'ose comparer Paris à Berlin ou Londres, mais déjà, il y avait à faire. Et les bandes se sont accumulées dans nos tiroirs sans que l'on puisse les esquiver des yeux sans un léger pincement d'orgueil. Donc, après avoir ressorti les digressions post-punk de Mike Sniper et de ses Blank Dogs (lire), on remet le couvert et l'on vous sert du bien réchauffé d'il y a plus de deux mois, garanti sans indigestion, avec deux vidéos extraites de la séminale prestation live de Future Islands. Et si dire que l'on avait goûté sans modération l'album In Evening Air des Américains (lire) dénote d'un sens de l'exagération bien placé, tant la voix de Samuel T. Herring - sorte de Tom Waits cocaïné - prend aux tripes et subjugue cette hybridation new-wave/post-punk, percluse de nappes synthétiques habitées d'une basse hookienne dantesque, retranscrire par les mots - de simples juxtapositions de signes inadéquats - la folie furieuse personnifiée ce 5 octobre là sur les planches d'un Point Éphémère souillé d'alcool et de sueur relève en revanche d'une fatuité n'ayant d'égale que la véracité d'un regard halluciné, celui de notre hôte d'un soir, habillé tout de blanc, s'ébrouant farouchement à la limite d'un chaos délétère. Entre magnétisme des mélodies et déchirements rauques, personne n'en est sorti indemne. La preuve par l'image.

Vidéos

Photos


Une sélection des clips de Jamie Harley


Trente-sept vidéos en un peu moins d'un an. Il fallait l’œil expert et la prose volubile de Lyonel pour décrypter et sélectionner cinq vidéos aussi essentielles que ne le sont les morceaux dont elles sont bien plus qu'une simple illustration par l'image.

A Classic Education - Gone to Sea

Cette chanson d' A Classic Education est un bain de jouvence, une eau pure. Finalement la mer transporte toutes les histoires, toutes les mythologies. L’Océan ambassadeur de la vie, de la fertilité – de l’amour. Ce fragment d’innocence, Jamie Harley le retranscrit parfaitement ici. La vidéo suit parfaitement l’intensité rythmique de la composition. Harmonie des îles, mouvement incessant des vagues, visages radieux – tout y est. On navigue à perte de vue comme dans l’image finale. Une jolie illustration de l’innocence.

Memoryhouse - Bonfire

La musique est ample, évanescente. Elle se détache du réel. Seule la voix, profonde, de Denise Nouvion nous rapproche de quelque chose de tangible. Visuellement, il n’y a rien de plus difficile à retranscrire. Ici, on est dans une impression de la réalité. Les lueurs blondes d’une émotion. Une vidéo faite de vapeurs, de liquides et de chairs. Sublime, tout comme la chanson de Memoryhouse. Une douce valse pastorale magistralement orchestrée visuellement par Jamie Harley. Au passage, je soupçonne la culture cinématographique du monsieur immense …

How to Dress Well - Lover’s Start

Violente rafale mélodique, la composition de How to Dress Well demandait une grande impression visuelle. On en a du sel sur le visage en regardant ce long plan séquence. Bleu comme la nostalgie et la tristesse. Final bleuté - c’est un parcours, le long d’une plage, d’un adieu. D’une liberté retrouvée. Brel finit par lâcher les oiseaux avant de se livrer à l’océan. Quelle puissance poétique, assurément ma vidéo préférée.

Lonely Galaxy - Time

Les vieilles vidéos d’enfance ont ce rapport à l’ineffable, à la nostalgie et l’étrange sensation du temps qui fuit. La montée mélodique offerte par Lonely Galaxy est l’équivalent de tous les souvenirs qui nous remontent à la gorge lorsque l’on goûte à ces madeleines visuelles. Cette vidéo est terriblement émouvante et est superbement mise en forme par Jamie Harley.

Memoryhouse - Lately (deuxième)

La chanson est sublime. Ce qui pourrait amplement suffire pour tout commentaire. D’ailleurs comment dépasser la puissance émotionnelle de pareille composition avec des mots ou des images ? Enfin, ce qui me plaît là, est finalement très personnel. Je repense aux romances et séquences évanescentes d’Histoires de Fantômes Chinois, film fantastique parfois sublime, parfois grotesque. Une ambiance à la fois sensuelle, mystique et kitsch. Cette musique est d’un charnel redoutable. Jamie Harley compose un visuel au diapason. Redoutablement ensorcelant.


Bilan de l'année 2010

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Une année 2010 résumée en deux morceaux par tête de pipe. A écouter ci-dessous et à télécharger par ici.

Histoire de joindre la lecture à l'écoute, retrouvez notre bilan 2010 par .

Tracklist

01. Trentemoeller - The Mash And The Fury
02. Tristesse Contemporaine - 51 Ways To Leave Your Lover
03. Porcelain Raft - Tip Of Your Tongue
04. Terror Bird - Shadow in the Hall
05. Ikons - Slow Light
06. Tame Impala - Make Up Your Mind
07. Braids - Lemonade
08. Blank Dogs - Another Language
09. Wavves - Post Acid 
10. Daedelus - Stampede Me (feat. Amir Yaghmai)
11. Caribou - Odessa
12. Destroyer - Chinatown
13. Summer Camp - Jake Ryan
14. Coma Cinema - Her Sinking Sun
15. Gil Scott-Heron - Me And The Devil
16. Beach House - Silver Soul
17. Zola Jesus - I Can't Stand
18. Julianna Barwick - Sunlight, Heaven


Procedure Club - The Salmon of Doubt / Tan Dollar - Change Your Mind

tan-dollar-change-your-mindprocedure-club-the-salmon-of-doubtQue voulez-vous, j'ai un rapport avec la musique éminemment personnel. Une fuite solitaire, ne goutant que peu l'écoute collective. J'aime marcher, dévaler les rues, des cavalcades noctambules aux dédales nimbés de soleil, de Mogwai à Coma Cinema. Ou encore Joy Division les jours de pluie, quand le froid pénètre jusqu'à l'os. Souvent, je contemple un film glissant sur mes écrans rétiniens, choisissant tel ou tel disque comme bande originale circonstanciée. Et chaque matin, l'exiguïté suffocante d'un métro aux allures de bétaillère moribonde. Chaque matin, sans parler de ces fins de journées où la vile besogne vide de sa moëlle l'ardeur humaine. Les yeux s'entrouvrent sur le monde pullulant, préférant sans égard l'indicible cotonneux à la réalité contondante. Ambiance de fête et fin d'année, qu'importe, j'ai le casque vissé aux oreilles. Une intime sélection dans laquelle s'immiscent à merveille les guitares réverbérées du duo Procedure Club, ou celles, plus ferrailleuses, des Américains de Tan Dollar. Deux groupes que l'on a tôt fait de retrouver sur le label digital Beko (lire) - abandonnant pour l'occasion sa particule DSL (pour Digital Single Label), The Salmon of Doubt des premiers comme Change Your Mind des seconds étant des LP - après nous avoir gratifiés chacun, tout au long de l'année, d'albums et de maxis indispensables. C'est ainsi qu'Andrea Belkaur et Adam Malec, balançant de leur Connecticut d'adoption, en juin dernier, le tumultueux Doomed Forever via l'irréprochable structure Slumberland Records (Black Tambourine, The Pains of Being Pure at Heart), manièrent l'art de la récidive dès octobre sur nos amis de Beko, devançant de peu les agités de Tan Dollar qui, après Your Body As a Temple paru l'année dernière sur Life's Blood, le split cassette en compagnie de Weed Diamond sur Bathetic Records (écouter) et deux EP à se procurer par , grimèrent leur nom dès novembre en tant que seconde référence Long Play dudit label brestois. Bien qu'ostensiblement différent, Procedure Club recouvrant d'un voile shoegaze une bedroom-pop sensuelle et confondante, quand Chris Thorne, Mike Skehan et Ilya Sandomirsky délayent une pop propulsive et éraillée, munis de leurs claviers et d'une batterie plus que minimale, il n'en fallait pas moins pour guider avec entrain mes pas chancelant, et ce, de jour comme de nuit. L'indie-pop à son firmament, entre saturations blêmes et voix ensorcelantes. Depuis, avec les effluves drone d'A Pulsating History de Maps and Diagrams, une troisième sortie est venue noircir la liste des albums diligentés par Beko, quand bien d'autres, tenues encore secrètes, sont prévues pour l'année 2011. En attendant de percer le mystère, rendez-vous par ici, histoire de garnir, sans contracter d'hypothèques, votre hotte à cadeaux. Un sapin qui ne sent pas le sapin, c'est ça l'esprit de Noël.

Audio

Procedure Club - Life on Earth
Tan Dollar - How Can It Be True?

Tracklist

Procedure Club - The Salmon of Doubt (Beko, LP01, 2010)

1. Seven Days Later
2. Life on Earth
3. Art of Ignoring
4. Between the Eyes
5. Witches
6. Ed
7. Index Finger
8. Andrea's Drunk Song
9. Walking (Feat. Adam)
10. Snowy (Feat. Sore Eros)
11. Indigineous
12. Dead Rocks

Tan Dollar - Change Your Mind (Beko, LP02, 2010)

1. Be Happy for Me
2. Always Holding Back
3. Uneven
4. Waiting
5. How Can It Be True?
6. Let You Go
7. Losing Affection
8. Get It


Ty Segall - Melted

ty-segall-meltedOn a souvent du mal à imaginer que beaucoup de gens fêtent Noël au soleil plutôt que sous la neige. Il existe pourtant des contrées charmantes où l'été dure toute l'année, où les horribles doudounes à capuche en peau de loutre n'ont jamais mis les manches et au sein desquelles les bons groupes semblent pulluler à la faveur d'un éternel printemps. Comme il est largement temps de faire notre liste au Père Noël, profitons de l'occasion pour lui demander que l'un de ceux-là se retrouve au pied du sapin d'Hartzine.

En bon Californien, Ty Segall a deux amours : le surf et la musique. En sus, il est blond, plutôt mignon et porte des chemises à carreaux. Un vrai cliché. Pourtant, sous ces airs de minet se cache un vrai génie du rock garage, probablement biberonné dès son plus jeune âge au meilleur des 60's. Extrêmement prolifique, le petit a déjà sorti une sacrée flopée d'albums sur autant de labels différents. L'avant-dernier en date, Melted, sorti en mai dernier sur Goner Records (Jay Reatard) et défendu en France par Born Bad, s'est rapidement hissé à la place tant convoitée de meilleur album de l'année. Mais qu'est-ce qui différencie Ty Segall de l'avalanche de groupes de pop-garage lo-fi subie cette année ? On pourrait commencer par citer son sens certain de la mélodie pop qui s'appuie sur des choeurs fragiles et cabossés (Sad Fuzz) - les Beatles à la sauce punk, en quelque sorte. Ensuite, il faudrait aborder son art pour les arrangements fouillés (Caesar), son goût pour les ambiances psychédéliques (Alone), et puis ses paroles poétiques et sucrées (Mike D's Coke). Le tout couronné par un je-ne-sais-quoi qui le place au-dessus des Harlem, Wavves et consorts. Un je-ne-sais-quoi insaisissable qui se cache dans les couches de disto, se sauve entre les lignes de chant torturé et s'échappe à la fin de chaque morceau dans une trombe d'électricité rageuse et sensible, à la poursuite d'un optimisme infaillible. Cerise sur le gâteau, Ty n'est pas du genre à se reposer sur ses lauriers : après une petite dizaine d'albums en 2009-2010 et pas moins de quatre side-projects, il en prépare probablement au moins autant pour 2011. Même à ce rythme, on n'est pas près de se lasser.

Audio

Ty Segall - Sad Fuzz

Vidéo

Tracklist

Ty Segall - Melted (Goner Records, 25 mai 2010)

1. Finger
2. Caesar
3. Girlfriend
4. Sad Fuzz
5. Melted
6. Mike D's Coke
7. Imaginary Person
8. My Sunshine
9. Bees
10. Mrs.
11. Alone


Charly's Last Chance Club & Prémisses 2011 par Beko DSL

beko2Est-ce encore la peine de présenter nos amis de Beko DSL ? D'une entrevue en avril dernier à la présentation de l'hallucinante compilation regroupant un nombre incalculable de groupes vivotant du côté de chez Amdiscs (lire) sur ledit label digital, on n'est pas loin d'avoir fait le tour de la question, d'autant qu'on avait évoqué les trois LP sortis en 2010 par la structure brestoise (Procedure Club, Tan Dollar et Maps & Diagrams). Dans le vocabulaire d'usage, la qualification "d'activistes de la cause indé" n'est pas volée, loin s'en faut. Mais s'il fallait encore une preuve, une marque indéfectible de leurs engagements et de leurs appétences pour les expérimentations sonores et visuelles de toutes sortes, de l'électro punk à la witch haus, en passant par l'ambiant drone, des collaborations avec le label texan Free Loving Anarchist ou celle à venir avec les Anglais de Clandestine Records, Reno nous l'insinue en deux mixtapes, commentées par ses soins, écoutables et téléchargeables ci-dessous. L'une, Charly's Last Chance Club, prenant la forme d'une rétrospective 2010, quand l'autre matérialise d'un œil furtif l'actualité du label en 2011. Le bilan, les prémisses, au moins, avec eux, on sait à quoi s'attendre.

Charly's Last Chance Club (download)

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1. Sandra Electronics - It Slipped Her Mind (Downward, 2010)
J'ai découvert ce label avec la sortie du Tropic of Cancer en 2009. Explorative droning 1970's electronic punk rooted experimental !

2. Ghoul Poon - Satanic Lunch
Morceau extrait de la compilation digitale Do The Fright Thing - Volume One où de nombreux groupes sont à découvrir.... Allez voir par également.

3. The KVB - Wahsinn (Fla, 2010)
Extrait de la K7 sortie sur Free Loving Anarchist. Un inédit sur notre beko_fla.

4. Claw Toe - Ingrown Eno (Mong Attack, 2010)
Sur le 7" éponyme.

5. Dania Shapes - Cemetery Feeling Limited (Naivsuper, 2008)
Aka Oneotrix Point Never sur le CD-R Soundsystem Pastoral...

6. Kreidler - Impressions d'Afrique (Unit 4's Oro Borum Bonga Baum Chant Remix) (Italic, 2010)
Extrait d'Impressions d'Afrique EP. Fan de la première heure, je suis passé totalement à coté de leur album Mosaik 2014 en 2009, un de mes favoris cette année. Je ne ferai cette erreur le 5 mars prochain avec TANK, leur nouvel opus à sortir.

7. Charlatan - Lost In Bubbles (Tranquility Tapes, 2010)
Drone expérimental par Brad Rose (The North Sea, Altar Eagle), découvert en achetant le split K7 Afterlife / Bedroom, autre projet de Michael de Liquid Days (beko 61).

8. Jeremy p Caulfield - Hush (Dump Unit/2010)
Extrait de 10 Year Tango EP, présenté comme de la tech house minimal... mais très proche de certaines productions witch haus (lire).

9. Gl∆ss †33†h - White Knives (Tag Yr It rmx)
Un de mes projets witch haus préférés ....avec d3thplaY et \\\^◊^/// (beko box3).

10. † SCOUT KLAS † - Sick Bird
Satie, The Italian Horror, white noise,YMO, Jean Rollin (RIP).... Ses influences résument bien le morceau.

11. Mater Suspiria Vision - Ritualz of the Crack Witches
Extrait de la compilation ISVOLT sur Robot Elephant Records. La plus belle découverte et rencontre de 2010 ! Qu'on se le dise (beko box1+box3) !

Bonus : prémisses 2011 (download)


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7" tracks - Allemagne + Suède + Allemagne + Hongrie + Australie + Canada + France (ghost tracklist).
Le dernier morceau au ralenti est une de nos fiertés à paraître le 3 janvier 2011.


Wise Blood

wiseblood
Chris Laufman, blanc bec de Pittsburgh à l'ego démesuré, nous envoyait cet été avec un EP malingre mais totalement elliptique danser sur les planches d'une witch haus en compagnie des fantômes du hip-hop et des oubliés de la pop. Il remet le couvert en cette fin d'année avec Loud Mouths, titre addictif et erratique que l'on espérait plus depuis la pause méritée d'Animal Collective, mélange surréaliste de beats accrocheurs et de sons improbables. Le jeune homme vient d'ailleurs de signer avec le label new-yorkais Devecote Records (Jonquil, The Futureheads...) histoire de nous dire qu'il faudra compter sur lui l'année prochaine. A suivre donc.

Audio

Wise Blood - Loud Mouths