On y était : Kap Bambino

Kap Bambino 18/06/09 à la Maroquinerie : Les têtes brûlées

Note : à classer directement dans le top 10 des (petits) concerts mémorables, je pense qu’aucune des personnes présentes ce soir-là ne me contredira. Dès les premières minutes, nous avons tous compris que la fureur de cette chanteuse, à la petite carrure mais à la tonicité retorse, allait tout dévaster sur son passage.

Kap Bambino c’est donc ELLE : Caroline Martial, cheveux courts décolorés, yeux bleus cernés de noir bientôt dégoulinant sur les joues, une voix nerveuse et saturée et une présence indiscutable sur scène. Et c’est LUI, Orion Bouvier derrière ses machines, triturant, torturant, distordant un son puissant et dévastateur. Le duo se rencontre à une fête en 2001 et créée le label indé Wwilco (axé électro barré), puis sort son premier maxi sous le nom de Kap Bambino en 2002. Cela fait donc 7 ans que les deux compères expérimentent une sorte de happy hardcore mélodique (avec un premier album Zero life, night vision en 2006 et aujourd’hui Black List) et qu’ils se livrent à de nombreux lives chaotiques qui leur a acquis une réputation pas volée et un public toujours plus enthousiaste à être bousculé par un déferlement brutal et jouissif de sons métal/électro, nous ramenant parfois quinze ans en arrière au premier album de Prodigy, ou encore à DAF.

Car il y a vraiment quelque chose de l’ambiance des free parties du début des 90’s chez Kap Bambino, la fièvre, l’excitation, mais la véritable valeur ajoutée de ce groupe : c’est ELLE. Le groupe bordelais nous fait la démonstration implacable de la puissance punk de ce qu’on qualifie de French Touch 2.0 (coïncidence ou pas le look barbu à la Justice d’Orion?!). Caroline, bête de scène, réussie à incarner toute la rage qu’elle a en elle, rage qu’elle transforme en jouissance furibarde, et qui souligne parfaitement ce qui manque à tous ces groupes de Dj’s. De l’humain, avec des sentiments et des émotions qui éclaboussent. J’avoue que je suis restée médusée quand je l’ai vue sauter dans la foule au bout de dix minutes de concert, un ralenti à plusieurs vitesses comme dans le clip très noir et très inquiétant de Red Signs. Quelle stupéfaction et quel bonheur de voir cette fille faire corps avec un public à genoux! Descendre dans la fosse brûlante, hurler dans son micro et taper un pogo avec la foule déchaînée, si c’est pas de l’amour!

Pour ne rien vous cacher, j’avais prévu d’écrire un papier sous forme de battle entre ce concert-ci, qui m’a bien retourné vous l’avez compris, et le live de Cristal Castle qui se déroulait le lendemain au Show Case. Les deux groupes ayant un certain nombre de points communs musicaux, il me paraissait intéressant de les confronter dans un combat imaginaire. Or celui-ci ne peut même pas avoir lieu. Malheureusement pour eux, les anglais de Crystal Castle se sont retrouvé dans une soirée de marque (que je ne citerai pas) dans un lieu à l’allure de grosse boîte de province au volume tellement OVER que c’en était inécoutable même avec des boules quiès. J’ai même eu la douloureuse expérience d’écouter Courtship Dating, mon titre préféré par ailleurs, complètement massacré par cette saleté de vocoder qui me donne la nausée (il serait peut-être temps de remédier à cette pandémie d’effets de voix toujours plus rédhibitoire).

Bref, Kap Bambino l’emporte par KO, laissant une traînée de souffre et de stupre dans nos petits cœurs dévastés par la prestation fantastiquement hardcore de Caroline. Ils écument à peu près tous les festivals de l’été, je ne saurais trop vous conseiller de vous y précipiter. Avec un casque et des protèges tibia si vous avez.

Virginie Polanski

Photos

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