Bye Bye Ocean l'interview des trois ans

Bye Bye Ocean est dans doute l'un des collectifs qui a permis à la nuit parisienne de s'émanciper et de s'hybrider toujours plus. Pour le troisième anniversaire de ce crew maintenant historique et toujours aussi dynamique, on a fait une petite interview avec eux.

Comment ça a commencé, cette aventure collective ?

Tout a commencé il y a trois ans. À l'époque, il y avait une grande différence entre les soirées qui étaient proposées et ce qu’on écoutait réellement avec Camille - Thomas nous a rejoint plus tard. C'était en 2014, l’éclectisme musical en club à Paris était plus réduit et l'on a eu envie de proposer quelque chose de différent.

Pourquoi Bye Bye Ocean et pourquoi cette musique ?

Le nom nous est venu comme ça, c’est un mélange d'idées. On s’est dit qu'il était bien figuratif et offrait une image intéressante, assez apocalyptique qui pouvait inspirer les artistes avec lesquels on voulait collaborer. Musicalement, on a toujours agi en fonction de nos goûts du moment et si l'on devait mettre un terme aujourd’hui sur ceux du moment, ça serait la musique club expérimentale, sans style proprement défini.

Il y a une constellation qui s'est créée au fil du temps avec Stock71 et Permalnk, ce sont les mêmes protagonistes dans tous les projets ?

Il y a des affinités mais les entités et projets sont tous bien distincts. Les protagonistes ne sont pas exactement les mêmes et les envies sont différentes. Tous ces projets fonctionnent de manière très personnelle, la base commune étant de ne pas se fixer de limite.

Est-ce qu'avec vos soirées et celles, disons des copains, je pense à I've Seen The Future par exemple, Paris a fini par devenir plus émancipé ? Plus monstrueux ?

Grave, c’est un mouvement collectif, les soirées sont de plus en plus variées, une nouvelle forme de fête à vu le jour depuis quelques années. Évidemment, gros respect pour les copains d’I've Seen The Future et leur programmation de malade, big up aux Parkingstones également, qui révolutionnent la nuit parisienne en mélangeant live, performance et gros son club. Il y a aussi les soirées de Betty et Teki qui jouent leur rôle dans le fait de ramener toujours plus d’artistes d’horizons différents. Il fait bon sortir à Paris ces temps-ci.

On aime assez parler de musique monstrueuse pour parler de la musique que vous défendez, ça vous quoi, cette idée de monstre ?

On parlerait peut-être plutôt d’hybridation, un mélange de style, une expérimentation. Ou alors peut être pas un monstre mais un alien.

Votre programmation est assez impressionnante, Lotic, Rabit, Angel Ho, M.E.S.H., nunu, Celestial Trax, etc., comment cela se passe de votre côté, ces programmations, ces envies ?

Ça marche au coup de cœur, c'est assez personnel finalement. C'est avant tout l'envie d'inviter des artistes peu connus qui sont très rarement invités en France alors qu’ils tournent davantage à l’étranger. Nos line-ups sont toujours des cadeaux qu’on se fait à nous-mêmes et nous pensons arriver à transmettre le plaisir que cela nous fait à notre public.

Qu'est-ce que ça fait, d'avoir trois ans et de les fêter avec M.E.S.H., qui est sans doute un des types les plus brillants de sa génération ?

C’est un peu fou, on ne savait pas où cela allait nous mener, on n'a jamais eu de prétentions particulières mais on est très fiers et très heureux de fêter ça avec la famille samedi. Beaucoup de rencontres incroyables. Ça va être particulièrement intense, avec le grand manitou M.E.S.H. qui a marqué sa première venue et qui nous soutient tout particulièrement depuis.

Vous envisagez des évolutions pour la Bye Bye Ocean, qui est maintenant devenue une institution des nuits à Paris ? C'est quoi, le futur de Bye Bye Ocean ? Toujours autant d'envie et de sueur?

On ne pense pas à changer de lieu, la Java fait partie des symboles de cette soirée. Toujours autant envie de sueur, oui, pour un petit bout de temps encore. Pourquoi pas quelques ouvertures, un peu de footwork ? Un peu de live ? Un peu plus d’accessoires et de déco pendant les soirées comme pour ce troisième anniversaire...

Merci Bye Bye Ocean, longue vie !


2001 Reims DIY HxC, Phil Kieffer l'interview

Je n'ai pas grandi dans une famille particulièrement mélomane et mes premières écoutes se limitaient à de la musique traditionnelle grecque et à la collection de disques de hippies de ma mère, n'ayant à l'époque que très peu d'intérêt pour la chanson française que mon père affectionnait. Si bien qu'au départ, ma culture musicale s'est essentiellement construite au gré des rencontres, des amis et de mes expériences de sorties.

Au lycée j'étais à fond dans le métal, Slayer, Pantera et cie, c'était ça ma sauce, pas que hein, mais surtout. Peu de temps après le Bac j'ai fait la connaissance d' Hervé dont les initiales, H. C. s’avéreront prophétiques.

Par son biais j'ai découvert une autre facette de la musique extrême (ou devrais-je dire de nouvelles facettes tant le genre est protéiforme et l'appellation fumeuse) mais aussi et surtout, une culture, une éthique, une façon de faire : le Punk/Hardcore DIY.

On était en 2001, la France n'était pas encore passée à l' Euro, les Twin Towers venaient de s'effondrer et moi j'étais en train de vivre ma petite révolution musico-sociale. Après ça, ma vie tournait autour des concerts dans les squats parisiens, le Squat du 13 (de le 13 pour les puristes), L'Alternation, Montrouge qui tâche, la cave chelou d'un immeuble d'habitation métro Poissonnière, la Miroiterie et j'en passe.

Contrairement à aujourd'hui, il existait une offre généreuse de lieux autogérés et véritablement underground qui sentaient bon cette envie de faire les choses sans compromis ni faux semblants. Du coup, avec la petite bande de potes on se faisait facilement trois, quatre parfois cinq concerts par semaine. Paris était très excitante pour le jeune coreux que j'étais mais ne suffisait pas à assouvir cette passion.

À un peu plus de 100km à l'est de la capitale, à Reims, un mec faisait jouer tous les groupes (y compris ceux qui n'avaient pas l'occasion de passer par Paris). Il avait la distro la plus pointue en la matière et tout ça dans la meilleure des ambiances. Ce mec, c'était Phil Burn Out. Résultat : on prenait la caisse de ceux qui avaient le permis et on se faisait l'aller-retour souvent une à deux fois par mois, parfois plus.

Je porte un regard particulièrement ému sur cette période de ma vie car même si je me suis très largement désintéressé de ce qui se fait dans la scène aujourd'hui, tout cela a grandement participé à ma construction personnelle. J'ai fait partie d'un groupe avec lequel j'ai eu la chance de découvrir les joies des tournées européennes dans un van pourri, j'ai réalisé quelques pochettes de disques, des affiches et des flyers et j'ai plus tard eu envie de monter un petit label, qui bien qu'absolument pas Punk HxC dans le style, fonctionne pas mal sur les mêmes principes.

Encore aujourd'hui les disques de Punk HxC représentent près de la moitié de ma collection et même si je ne les écoute plus autant qu'avant je pense que je ne m'en séparerai jamais car je prends toujours du plaisir à me faire des petites sessions nostalgie de temps à autre.

Mais c'est en juin dernier que la nostalgie m'a frappé de plein fouet. Je trompais l'ennui en zonant sur facebook lorsque j'ai vu apparaître dans mon feed une vidéo Youtube, intitulée " Dead For A Minute @Les Trinitaires - Metz 09/05/2015", et là je me suis dit "mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?"

DFAM était un groupe messin dont j'étais un fan absolu (d'ailleurs si tu aimes le HxC chaotique et que tu ne possèdes pas "Diégèse dans ta discographie tu as raté ta vie mais tu peux toujours te rattraper car il a été réédité ICI). En plus de la musique et des textes intelligents le groupe était une véritable machine de guerre en live, un truc d'une rare intensité. J'aimais tellement leur énergie qu'au final j'ai du les voir une bonne demi-douzaine de fois, à Paris forcément, dans d'autres bleds et aussi à Reims donc. Voir ce truc m'a fait l'effet d'une madeleine de Proust et j'ai tout de suite repensé à Phil qui pour moi représentait à l'époque une sorte d'activiste ultime : orga de concerts, distro, label, membre d'un groupe, le gars était impliqué dans chaque maillon de la chaîne tout en suivant une éthique forte avec des rapports humains simples.

J'ai donc écrit à Flo, chanteur des DFAM, aujourd'hui disquaire à la Face Cachée à Metz, avec qui j'avais gardé le contact pour choper le mail de Phil et en profiter pour lui poser quelques questions au passage.

Entretien avec Flo de DFAM

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Alors ce concert de Dead For A Minute ? ça devait être un moment sacrément émouvant, comment ça s'est mis en place ?

Florian Schall : Le concert était vraiment cool. Très particulier. Au début, les gens ne savaient pas trop quoi faire ni comment réagir puis ils ont été pris dans le truc et c'est devenu quelque chose de très physique. Moi j'attendais ça avec beaucoup d'impatience. J'ai toujours vécu DFAM comme un exutoire, et là ça faisait depuis longtemps que j'avais pas eu l'occasion de sortir toute la merde que j'avais accumulé depuis la fin du groupe. Je veux pas parler pour les autres mais j'imagine qu'ils ont dû le vivre de la même façon... L'idée est venue suite à la possibilité de rééditer Diégèse via mon label (Specific Recordings) et celui de Sam (Rick Hordz). Je m'occupais de presser le disque, il se chargeait d'imprimer les pochettes. Le timing était serré mais on pouvait faire coïncider la sortie avec le onzième anniversaire de la Face Cachée (le magasin que je co-gère avec mon copain Médéric). On s'est revu avec les loulous durant les fêtes de fin d'année 2014, on a bien mangé, bien picolé et puis on est tombé d'accord sur le fait qu'il fallait au moins jouer pour marquer le coup. Les répétitions ont été aussi chaotiques qu'à l'époque, la mise en place assez compliquée parfois, mais au final c'est ressorti de façon assez chouette, un peu comme à l'époque (bruyant, bordélique, brutal). Je te cache pas, hurler et tout lâcher dans un groupe du style me manque, j'aimerais vraiment retrouver des gens avec qui le faire...

Je parie que vous avez eu pas mal de propositions suite à ça mais j'imagine que c'était bel et bien un one shot, il n'y aura pas de tournée, de reformation, si ?

C'était un one-shot, effectivement. On aurait pu faire une bonne paire de dates dans la foulée mais c'était pas le but de la manoeuvre. On préfère continuer à créer de nouvelles choses, même si celles-ci n'intéressent clairement pas autant les gens que ce qu'on pouvait faire avec DFAM.

Phil était là ?

Malheureusement Phil n'était pas là. Y'avait plein de copains absents, mais aussi plein de visages familiers et plein de gens qui n'étaient pas là à l'époque et qui avaient entendu parler du groupe. C'était plutôt cool, t'avais pas l'impression d'être revenu en 2001, et puis si un peu quand même :-)

Peux-tu me raconter ta première rencontre avec Phil ? Quel impact a-t-il eu sur toi ? Tu as monté un label, tu es aujourd'hui disquaire, quel rôle a-t-il pu jouer là-dedans ?

Aussi loin que je me souvienne, j'ai rencontré Phil IRF (in real flesh) à un concert de KNUT et BLOCKHEADS dans les Vosges. Il avait apporté sa distro, on avait un peu échangé par mail avant et c'était assez fou de pouvoir discuter avec lui. J'achetais déjà beaucoup de vinyles à l'époque et il m'avait conseillé plein de trucs, des zines aussi... Phil, c'est mon mentor, mon sensei (au même titre que Médéric, mon associé au magasin). Il m'a donné l'envie de monter mon propre label, de m'occuper de ma propre distro, d'écrire, de créer et de vivre tout simplement en respectant une éthique bien particulière. DIY, indépendance, remise en question, recherche d'un absolu. You don't have to fuck people over to survive (titre d'un super bouquin de Seth Tobocman), qu'il disait parfois. Aujourd'hui, j'essaie de pratiquer le métier de disquaire en gardant les principes qu'il m'a inculqué et les réflexions qu'il a fait naître et grandir en moi. S'il n'avait pas été là pour moi, je pense que ma vie aurait effectivement été un peu différente.

Phil a sorti votre album "Diégèse" en 2002, tu te souviens de comment ça s'est fait ?

Je ne te garantis pas de l'exactitude de mes propos (c'est assez loin maintenant), mais si mes souvenirs sont bons Phil nous a fait jouer et vu plusieurs fois avant de nous proposer ce disque. Il avait un peu suivi notre évolution depuis la démo jusqu'au split avec Desiderata et je crois qu'il avait décelé ce potentiel de destruction qu'on a pu avoir avec Diégèse. Pour nous c'était une évidence de collaborer avec Phil (mais aussi avec les frangins Etasse, sans oublier le fait d'y participer moi-même avec mon label de l'époque) et aussi un sacré putain d'honneur, étant donné qu'on achetait tous les disques qu'il sortait, qu'on allait souvent voir les concerts qu'il organisait sur Reims... Il nous a également filé des conseils sur l'artwork et le mastering, sans forcément interférer avec nos choix. Juste souligner des trucs qu'on avait pas vu ou entendu, histoire de rendre le disque meilleur à tous points de vue. On est également parti en tournée avec son groupe, SUBMERGE, avec qui on a également sorti un split 7' par la suite. C'était d'ailleurs assez cool de pouvoir passer 3 semaines complètes avec toute la raïa.

En 2015 vous avez réédité le disque sur ton label, Specific Recordings, qu'est-ce qui vous a motivé ?

La motivation est venue du fait qu'on en avait beaucoup parlé au cours des dix dernières années sans forcément passer à l'acte. C'était un disque qu'on me demandait d'ailleurs régulièrement en concert ou au magasin. Ayant acquis une certaine confiance avec Specific Recordings, on s'est dit que c'était probablement le bon moment, que ça pourrait être une bonne occasion de caler un petit concert pour les 11 ans de la Face Cachée, de collaborer ensemble (avec Rick Hordz, le label de Sam) à la résurrection de ce chouette disque qui tient une place toute particulière dans nos coeurs. À la base, on voulait éditer une discographie en triple LP mais c'était beaucoup trop de boulot à abattre en si peu de temps. Du coup, on s'est vraiment concentré sur Diégèse (qui est aussi le disque que les gens connaissent le mieux).

Quels sont tes projets futurs en musique, avec le label et le shop ?

Niveau musique, je chante actuellement dans LOTH (black métal traditionnel) et on est en train d'étudier la question de sortir notre album. Je suis toujours guitariste dans le projet POINCARE (grand orchestre bien noisy) avec qui l'on donne des concerts de temps à autre. Sinon je prête ma voix à droite à gauche. Avec Specific, on a quelques sorties de prévues (SUIYOBI NO CAMPANELLA (coffee house japonaise) en décembre, le premier album des ADELIANS (trve soul de Seine Saint Denis) en coprod avec Q-Sound en février, le nouvel album de JAN MORGENSON (blues primitif mosellan) et le troisième album d'HATSUNE KAIDAN (anti-idol noise japonaise) dans les environs de Mai. On a envie de continuer à collaborer avec des groupes japonais tout en soutenant la scène locale et les copains qui font de la bonne soul en France. Ca reste très éclectique et sans directions particulières (ptet pour ça que les gens s'en foutent un peu, mais bon on fait pas des trucs pour plaire).

Avec le magasin, notre gros chantier est de travailler sur une structure de distribution véritablement alternative et indépendante (on bosse actuellement avec des distributeurs français, les marges sont horribles, tu vois le prix du disque neuf en ce moment, tu sais pas si tu dois pleurer de rire ou d'effroi, donc on souhaite y remédier en proposant un vrai deal équitable aux disquaires indépendants comme aux labels) tout en continuant à animer la vie culturelle messine via des concerts, des expos et des sorties de disques. C'est un peu le projet d'une vie.

Entretien avec Hiroshimike

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Avant de donner la parole au principal intéressé, je vais faire une dernière petite digression. La vie est souvent pleine de petites surprises et de hasards amusants, je l'ai constaté une nouvelle fois au boulot en me rendant compte que j'avais parmi mes collègues un pote perdu de vue depuis longtemps. Mike aka Hiroshimike faisait partie de la bande qui bougeait dans tous les concerts, on en a fait un paquet ensemble à l'époque si bien que quand j'ai eu envie de faire ce papier il fallait que je le mette à contribution.

Te souviens-tu de ta première rencontre avec Phil ? C'était où et quand ?

Mike : Alors si je ne dis pas de bêtises. Je crois que c'était lors d'un concert au squat du 13 (R.I.P). Début des années 2000. Le concert en question, Ekkaia ou Tragedy.

A l'époque, un mec comme Phil ça incarnait quoi pour toi ?

C'est bien simple, après ma rencontre avec Phil et la découverte de sa distro, il était ma référence absolue ! On pouvait parler de plus ou moins tous les styles de musique "extrême". Que ce soit Screamo/Emoviolence, Punk/HxC, Sludge/Doom, Powerviolence/Grind, tous les classiques UK, Japonais, US, etc... Un mec ultra calé et précis. Une passion débordante et sincère, comme rarement rencontrée.

Comme moi, tu es de la région parisienne et à l'époque, contrairement à aujourd'hui, il y avait une vraie offre locale en termes d'orgas mais surtout de lieux avec notamment de nombreux squats. Comme pas mal de passionnés, tu faisais malgré tout la route de Reims aussi souvent que possible. Selon toi, qu'avaient de particulier les concert organisés par Phil ?

Les concerts à Reims avaient une énergie complètement différente des concerts parisiens. Et puis Phil avait aussi une programmation un peu plus spécifique qu'a Paris. Bon nombre de groupes jouaient à Reims et pas forcement à Paris à l'époque.

La MJC Turenne était devenu culte pour nous ! Les concerts à même le sol, restent un souvenir magique ! Et bien évidemment, on va pas se mentir, la distro de Phil jouait un énorme rôle dans la motivation pour Reims.

Se dire qu'on allait voir des groupes mortels, dans de bonnes conditions et qu'en plus on allait repartir la caisse remplis de disques, bah on hésitait pas longtemps !

Quel pourcentage de ta collection de disques provient de la distro de Phil ? À tes yeux, en quoi la distro Burn Out était-elle spéciale ?

Une bonne partie de ma collection de disque, je la dois à Phil. Je dirais facile 40 à 50%. Une distro aussi pointue, mise à jour aussi régulièrement et tenue de façon aussi carrée (surtout pendant autant d'années !) tout en restant D.I.Y et No Profit, c'est tout juste unique en France !
Il faut aussi remettre les choses dans le contexte, à l'époque, il n'y avait pas autant de sites et de distro sur internet. Donc avoir tous ses disques à portée de main, pour des prix super honnêtes, c'était juste exceptionnel ! Tout ça, en plus, avec les super conseils du patron Phil.
Je crois que j'ai acheté des disques à Phil jusqu'au tout dernier jour de sa distro !

Tu as joué dans Skit Youth Army avec entre autres, Alex qui faisait le zine Black Lung à l'époque et vous aviez sorti un 7' sur Wee Wee Records. Tu as encore des contacts avec les anciens ?

Oui, je vois encore Alex régulièrement (encore le mois dernier à Lyon). Alex qui après Black Lung a fait le zine Ratcharge pendant des années. Il écrit aussi pour Maximum Rock n Roll. Je vois également Fab (le chanteur) de temps en temps.

Contrairement à moi, tu es encore impliqué dans la scène Punk HxC DIY. Quelles différences perçois-tu entre aujourd'hui et ce qu'il se passait il y a 15, 10 ans ? Et quels sont tes projets actuels ?

La vraie différence pour moi, comme déjà un peu évoqué dans une des questions précédentes, c'est surtout le contexte qui a complètement changé. Internet en particulier. Avant il fallait justement se donner du mal et avoir une passion intense pour découvrir les groupes, trouver les disques, se tenir informé des concerts, etc...
Alors que maintenant, n'importe quel gosse avec une connexion internet peut devenir spécialiste de n'importe quel style musicale !
Ce qui, bien sûr, a de très bon côtés, mais je trouve que la passion s'est beaucoup perdue dans tout ça.
Pour les projets, 2 des mes groupes ont arrêté leurs activités en 2015. Peur Panique (Powerviolence) et Krigskade (D-beat/Raw punk chanté en Danois). Les 2 groupes ont sorties quelques K7 et un 45 tours.

Les projets actuels, un groupe de Crust/Metal qu'on a débuté en septembre avec 2 potes et un "groupe" de Black Metal dans lequel je joue tous les instruments devrait sortir sa 1ère cassette d'ici peu de temps.

Entretien avec Phil Kieffer

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Maintenant que les intermédiaires ont fait les présentations, entretien avec monsieur Phil Kieffer, l'homme derrière Burn Out, Shogun Records, Submerge...

Quelle a été ta porte d'entrée dans la scène punk / hc diy ? jouer dans des groupes en tant que musicien ? en tant que simple spectateur ?

Phil Kieffer : Difficile de dire précisément ce qui a constitué la porte d’entrée. J’ai fait de la zik avant même de savoir qu’il y avait une scène DIY, puis j’ai fait de la radio associative à la Primitive où j’ai rencontré Buch, Mamas et Urbain avec lesquels on a monté Discorde. En même temps on fréquentait des salles comme l’Arapaho à Paris, le squat qui s’appelait le 105 (rue de Bagnolet, juste en face de l’actuelle Flèche d’Or), et bien sûr la MJC Claudel et le Tigre à Reims. Certaines fois, j’étais donc simple spectateur, d’autres fois j’étais impliqué comme fanzineux ou pigiste. On a mis un bout de temps avant de faire notre premier concert avec Discorde, on était exigeant sur ce qu’on voulait, et comme on ne pouvait pas répéter trop souvent… Je crois pas qu’on pensait en terme de « scène », c’était plutôt un réseau d’amiEs qui se construisaient au gré des rencontres et des affinités.

Comment t'es-tu retrouvé à être impliqué dans chaque maillon de la chaîne, groupe, label, orga de concerts, distro, etc. ? C'est quelque chose qui est arrivé progressivement ? Était-ce une volonté précise ou un peu le fait du hasard ? Avais-tu une expérience dans le milieu de la musique (diy ou non) auparavant ?

C’est arrivé progressivement, au gré des rencontres. Les groupes c’était pour le fun, c’est le pied de faire de la zik avec des potes. L’orga de concert s’est mise en place naturellement puisque personne ne pouvait nous faire jouer, à part Fabien Thévenot (Molaire Industries), qui a posé les bases de l’orga de concert Burn Out. Il a ensuite déménagé et j’ai pris le relai. Le label, même chose, on a fait pour nous parce que ça nous paraissait plus simple. Mais en même temps personne n’est venu nous faire signer un contrat en or. On peut pas dire qu’à la base on ait choisi le DIY, mais ça s’est imposé et au fur et à mesure pour devenir une évidence et même une valeur.
Personnellement j’avais eu une expérience assez désastreuse du milieu de la zik, ayant été pigiste et stagiaire dans un magazine et un distributeur connu. Je n’étais pas fait pour ce milieu, même si je m’y suis fait quelques amiEs.

Tu organisais la plupart de tes concerts du côté de Reims, dans la fameuse maison de quartier de Turenne, comment ça se passait avec les institutions / autorités locales ?

Ça a toujours été à la fois cool et difficile. Cool parce que la plupart des gens qui bossent dans le milieu socio-culturel sont plutôt sympas, mais des contraintes leur sont imposées et ils tentent de faire respecter. C’est pas toujours compatible avec l’esprit DIY, c’est même parfois à des kms de la réalité. Pourtant, je pense que les gens qui ont su faire preuve d’audace et d’initiative en nous aidant en gardent des souvenirs émus. J’ai en mémoire la tête ébahie de Yannick, le responsable de la culture à Turenne, au moment où Xav Blockheads a sorti une enclume pendant leur set. Dans un de leur morceau, Xav faisait une sorte de solo avec son enclume qu’il utilisait comme une cymbale sur un gros mosh. Il tapait dessus avec une masse avec un long manche, de toutes ses forces. C’était la folie ! je voyais bien que Yannick craignait pour le carrelage de la salle, mais en même temps il jubilait. Yannick, c’était le genre de gars qui prenait des risques pour nous, le genre de gars sans qui rien n’est possible. Il était présent aux concerts, il te cassait pas les noix avec des assurances, ni à savoir d’où venaient les groupes, ni s’ils avaient leurs papiers. On faisait une bonne équipe. Les « anciens » que je croise me disent que cet esprit a disparu, peut-être qu’il manque simplement le cadre pour se permettre des fantaisies.

Mais bon, on a tenté de faire passer le message au-dessus, on a même rencontré des conseillers municipaux dits « de gauche », des gens dont la culture est la spécialité, et j’ai halluciné sur le décalage entre leur vision des choses et notre réalité. Ils n’en revenaient pas qu’on puisse booker un concert avec 2 groupes étrangers pour moins de 500 euros. Il ne comprenait pas notre notion de musiciens amateurs. En gros, pour eux, si tu pars en tournée européenne, c’est que tu es professionnel. Quand je leurs ai dit que, par exemple, on avait déjà tourné 2 fois en Europe avec Submerge, ils étaient sur le cul. On leurs a un peu ouvert les yeux, mais je sentais que sur le fond, il y avait maldonne. À un certain niveau, les pouvoirs publics veulent de la sécurité, des locaux aux normes, des responsables, du sûr, du qui-ronronne, pas des indiens qui font la fête. Pour eux, la culture est une chose trop sérieuse pour être confiée à des amateurs.

Lorsque tu as commencé les orgas de concerts, il n'y avait pas les réseaux sociaux tels que nous les connaissons aujourd'hui. Il y avait bien des forums, des zines et des newsletters mais j'ai l'impression que le vrai truc c'était le bouche-à-oreille. Avec le recul comment tu vois la construction d'un tel groupe d'individus passionnés par une musique de niche et une certaine éthique ?

Je crois que la grande force du mouvement DIY, c’est qu’il est assez facile de s’y faire une place. Il suffit de dire « je m’y mets» pour en faire partie. Il y a plein de personnalités différentes, pas mal de relous même, mais finalement, ça se passe pas trop mal. Les gens échangent en fonction de leurs intérêts, un peu comme les labels échangeaient leurs skeuds dans le temps. Je t’organise un concert ici, tu organises un truc pour moi ensuite. Les gens qui ne rentrent pas dans l’échange sont vite grillés. Du coup, au fil des rencontres des amitiés se créent, c’est là qu’on commence à parler de scène à mon avis, quand entre deux villes il y a des échanges, il y a une scène dans chaque ville qui en profite, de un tu passes à trois ou quatre groupes qui ont la possibilité d’aller jouer ailleurs, et ainsi de suite le réseau se propage. C’est comme ça qu’on a lié des liens très forts avec les gens de Troyes, de Nancy, de Metz, de Dunkerque, de Mannhein, d’Anvers, etc. et que les Parisiens ont fini par venir en nombre voir des concerts à Reims. Ça, c’était mortel pour toute l’équipe de bénévoles, voir des gens venir de loin pour des concerts dans une petite salle, des gens passionnés, des connaisseurs, des collectionneurs et souvent très sympas en plus.

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Etant donné les groupes que tu programmais et le public auquel tu t'adressais, ça ne devait pas être facile d'arriver à mettre en place autant de concerts, j'imagine que ça devait impliquer pas mal de sacrifices, financiers et autres ?

C’est surtout pas mal de temps et d’énergie. Je pense que ça doit être propre au milieu associatif en général, qui est d’abord basé sur un certain volume d’activité bénévole. Personnellement, le jour où ça a commencé à me contraindre, j’ai arrêté. Chacun fait avec ce qu’il a comme temps et comme énergie à fournir, il se trouve que j’en avais pas mal.

Faire jouer autant de groupes c'est aussi pas mal d'aventures humaines. J'imagine qu'en plus de les faire jouer, tu devais aussi les héberger, y'a t-il des gens qui t'ont plus marqués que d'autres ?

Je pourrais faire une très, très longue liste des gens qui m’ont marqué. En fait, ça ressemblerait plus à un bouquin qu’à une itw. Il y a des gens qui méritent un chapitre. Et puis, ici j’aurais peur d’oublier un nom si je commençais à en citer.

Je peux simplement catégoriser les personnes. D’abord tous ceux et celles qui ont filé un coup de main aux concerts, ma compagne, mon frère, mes meilleurs amiEs, le crew local quoi. Ensuite tous les gens des groupes qui se sont déplacés jusqu’ici, en particulier ceux qui rendaient la monnaie de la pièce, et puis ceux qui nous ont mis des taloches pendant leur set, même devant 20 personnes.

On a aussi rencontré des gens géniaux qui organisaient des trucs dans leur coin, ceux qui soutenaient les distros (et donc les groupes) en achetant plein de trucs, ceux qui hébergeaient les fauves, parfois sans même avoir vu le concert.

A propos de l’hébergement à la maison, j’ai pas tant de souvenirs que ça d’after-partys délirantes. Il y en a eu de belles certes, mais souvent les groupes qu’on faisait jouer étaient en tournée, un peu crevés, et la fête tournait court après quelques bières à la maison. D’ailleurs, le fait qu’on faisait jouer des groupes en tournée était une sorte de marque de fabrique, et un gage de qualité en plus. Tu n’envoies pas le même set si tu viens de jouer 8 dates ou si tu répètes 1 fois par semaine. Ça a été le sujet de conversation numéro 1 à la distro pendant les concerts. C’était tellement évident pour tous les nouveaux groupes français à l’époque. En plus de l’expression, du message qui était souvent de qualité, il fallait bosser sur la forme, sur le « jouer ensemble » et pour ça, il n’y a pas 36 méthodes, il n’y en a qu’une : jouer régulièrement devant un public d’inconnus. C’était super cool de voir des groupes progresser au fil des concerts et des tournées. De voir des jeunes s’investir et « y croire ». Je veux pas dire croire en un hypothétique succès, mais simplement croire en eux, en leurs qualités. Ça c’est le truc le plus valorisant que j’ai pu faire. S’arrêter sur un parking de station-service désert en Espagne et délirer avec les Dead sur le bonheur d’être là…
Après, dans les gens qui m’ont marqué y’a aussi ceux dont j’attendais une performance exceptionnelle, ce genre de groupe qui a fait un ou deux disques qui m’ont retourné et dont j’espérais une merveille de concert. Quand tu arrives à aimer le disque, le concert et la personne elle-même, qu’en plus tu la rencontres dans l’intimité d’une maison, avec une bouteille ou deux, ça te laisse un pur souvenir.

J'ai un souvenir assez précis d'un événement qui m'a dévasté à l'époque. Parmi la multitude de groupes qui me rendaient fou, Pg.99 était l'un des plus importants, pour moi ils étaient une sorte de synthèse parfaite de tout ce que j'aimais dans la musique extrême. Quand ils sont venus en tournée tu leur as booké deux dates de suite et pour je ne sais quelle raison avec mes potes on avait décidé de venir le second soir, erreur fatale. Je me revois dans la caisse du poto, sur le départ, hyper chaud, quand celui-ci décide de checker un dernier truc sur sa boîte mail. Il est revenu tout blanc, la nouvelle était tombée, le groupe avait splitté dans la nuit.
Quelques temps plus tard Martin, le roadie allemand qui tournait avec tout le monde, m'a raconté que c'était l'une de ses pires expériences de tournée tellement les mecs étaient ingérables. Tu en gardes quel souvenir ? ça fait quoi 9 ricains qui déboulent chez toi et qui décident de splitter ?

Martin est un gars super, c’est lui qui avait booké la première tournée Yage / Robocop Kraus, et ils ont fait leur premier concert en France à Turenne. C’était mortel ! Je lui fais confiance quand il dit que c’était la pire ambiance. Pour être précis pg99 n’ont pas joué à Reims. Ils ont splitté quelques jours avant. On avait joué ensemble à Luzy au Todo Es fest. J’ai pas de souvenir grandiose d’eux, si ce n’est qu’ils ont voulu jouer deux bonnes heures et que, du coup, on s’est retrouvé à jouer à 4 ou 5 heures du matin. Je sais pas si c’était déjà tendu entre eux au festival.

Un autre groupe qui m'a beaucoup marqué est Catharsis. Le chanteur Brian était un personnage charismatique haut en couleurs, et surtout impliqué dans plein de trucs, les groupes, les labels, son fanzine Inside Front que tu distribuais et évidemment le collectif Crimethinc, quels genre de rapports entretenais-tu avec cette équipe anarcho punk d'Atlanta ?

Catharsis avait un discours radical c'est vrai. L'histoire est assez amusante puisqu'à la base c'était de bons vieux hardcoreux Straight Edge. D'ailleurs, les 1ers disques ne sont pas exceptionnels. Je crois me rappeler avoir lu une interview qui disait qu'un jour Brian est tombé sur un disque d'Amebix (à l'époque c'était pas si simple) et qu'il a pris une énorme claque. Puis il a enchaîné sur des trucs plus obscurs du Hardcore européen, en particulier des groupes yougoslaves comme U.B.R.(Uporniki Brez Razloga) qui avaient une dimension politique différente. Ça a radicalisé le groupe. En 1999 on a eu la chance de faire jouer Catharsis lors d'une longue tournée hivernale qu'ils ont fait dans des conditions très roots. Arrivés à Reims, le chauffage du camion est en panne, ils étaient gelés. Ils se sont jetés sur les radiateurs sans demander si l'endroit était squatté ou si l'électricité venait d'une centrale nucléaire. L'endroit était une MJC tout ce qu'il y a de subventionné. Brian avait une extinction de voix, ils ont quand même fait un concert de 20 minutes, ce qui était à la fois courageux de leur part et frustrant pour nous, d'autant que Brian ne pouvait presque pas parler et on n'a même pas pu discuter. Je pense qu'ils étaient aussi sincères que possible, et que tenir des positions aussi radicales vis-à-vis de la société exigeait d'être clair quant aux possibilités de "faire sans", aux limites du DIY : par exemple est-il possible de construire soi-même un véhicule pour tourner ? de tourner sans prendre de l'essence dans les stations des multinationales ? etc. Des trucs quand même assez peu probables. C'est le genre de paradoxe qui animait les discussions à l'époque.

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On parle d'une scène punk / HC mais c'est un terme un peu fourre-tout qui ne veut pas dire grand-chose musicalement. Entre crust, noise, screamo, power violence, grind, sludge, metalcore, doom, antifolk, trucs un peu post rock, expérimentaux et j'en passe les styles pouvaient varier sur un même événement. Finalement l'unité se faisait plus autour de la façon de faire que sur la nature même de la musique. Aujourd'hui certains groupes que tu as fait jouer devant 30 ou 40 personnes se retrouvent dans le circuit traditionnel des salles de concerts et des festivals, tu penses que c'est une évolution somme toute normale ou que le côté hyper bien organisé et passionné du réseau punk / HC de l'époque était aussi (voir surtout) un bon moyen pour eux de se montrer avant de bouger vers autre chose ?

Bien sûr que le circuit DIY est un bon moyen de progresser en tant que personne et en tant que musicien. Quand on faisait jouer certains groupes, je savais à l’avance généralement si on avait affaire à des puristes du DIY ou à des gens plus pragmatiques. Je n’étais pas seul à programmer, ou plutôt je ne programmais pas que pour ma gueule. Je faisais en fonction des autres bénévoles de l’asso. Après je sais pas si la scène Punk HC te permet de te « montrer », en fait je crois bien que non, parce qu’elle est finalement assez invisible aux yeux des média génériques. Mais là encore, tu as des passerelles.

Si tu regardes l’historique de création du Hellfest, c’est d’abord une asso de Rennes qui faisait du Hardcore et des mecs qui ont monté Stormcore à partir de pas grand-chose pour avoir au moins un groupe local à faire jouer. Ils étaient très pragmatiques dès le début. Ils ont inspiré pas mal de monde, des gens qui n’auraient sans doute pas été touchés par une ligne politique Anarcho-punk plus classique. Ils ont rallié des metal heads, des gens qui écoutaient de la noise, du NYHC, des trucs mélodiques Californiens, etc. Overcome a créé pas mal de connexions. Bien sûr ça c’est pas fait sans critique d’abord parce qu’un des message principaux du DIY c’est quand même l’anticapitalisme et que Overcome, direct, dealait avec des distributeurs professionnels.
Personnellement j’ai toujours essayé d’avoir du recul par rapport à ça, de ne pas trop juger les gens dans leurs activités tant qu’ils ne jugeaient pas les miennes. Après tout on est libre non ? donc pour en revenir au Hellfest, de ce que j’en sais, l’énergie primaire du truc vient du DIY. Je n’ai jamais mis les pieds sur le site du Hellfest, mais à ce qu’on m’en a raconté, ça n’a plus rien à voir avec un concert dans un rade. Tu peux toujours critiqué l’un ou l’autre, dire qu’il y en a un qui te plaît d’avantage. Tant mieux. Il en faut pour tout le monde. C’est déjà tellement mieux que dans les années 70 où il y avait rien de rien.

Les concerts représentaient une part importante de ton activité mais tu as très vite fondé ton label, Shogun Records. Tu t'es embarqué là-dedans tout seul ou vous étiez plusieurs à piloter le truc, avec peut-être différents degrés d'implication ?

Le label, au début, c’était pour sortir les disques des copains. À un moment il y avait peut-être une dizaine de labels indépendants sur Reims. Melmack (Bumblebees), Partycul System (Roselicoeur), Reims Punk n’ roll, Molaire, Tête De Mort, ESB, Electropuncture sont ceux que je distribuais et dont je me rappelle. Il y avait énormément de labels en France à l’époque. Presque chaque groupe avait son propre label pour sortir son CD ou son LP. Après, au fil des années, ma distro a grossi et on m’a branché sur des co-prods, et puis j’ai eu envie de faire un label plus international. J’avais l’opportunité de le faire, de faire des trucs avec des chouettes groupes, pourquoi se priver ?
Sur le label, j'étais un peu tout seul, même si en faisant des co-prods tu as l'impression d'être dans un collectif. J'aime beaucoup la liberté que te donne ton propre label, tu peux vraiment faire à ton idée, sortir les trucs qui te plaisent vraiment. Il y a moins de compromis que dans un groupe, quoique ça m'est arrivé de ne pas être d'accord avec un groupe sur une pochette ou un financement. C'est même arrivé que ça bloque la sortie du skeud, ou mon implication.

Shogun c'est une bonne soixantaine de sorties, en format vinyle pour la plupart, étalées sur une quinzaine d'années, c'est quoi le secret de cette longévité ?

Y'a aucun secret, faut juste aimer ce qu'on fait. Si j'avais plus de temps je continuerais la distro et le label, mais c'est plus possible d'y consacrer 20 ou 30 heures par semaine et si c'est pour faire un truc à moitié c'est pas la peine.

Pour durer il faut quand même que les skeuds se vendent ou s'échangent et ça prend pas mal de temps. Mais c'est vachement agréable la plupart des gars / filles avec qui je tradais étaient super cool. Puis ça donnait envie de se voir, de faire des projets ensemble, des tournées, des groupes, etc.

Tu assurais ta propre distribution via le mailorder et donc la distro. Tu faisais beaucoup d'échanges j'imagine, les activités de label et de distro étaient donc connectées. C'était pensé comme ça dès le départ ou ça s'est imposé comme une évidence ? Y'avait quoi en premier, le label ou la distro ?

Au début il n'y avait que le fanzine, puis je me suis dit que je pourrais y ajouter une petite liste de distro. J'étais assez réticent pour faire un label, sachant que ça peut vite être un gouffre à pognon. Une distro c'est plus facile de la garder petite et mignonne. C'était le but au début, distribuer des trucs introuvables comme Hydra Head aux copains alentours. Après j'avais quelques copains via le zine et je me suis aussi occupé de distribuer leurs skeuds, les Ananda, Knut, Rubbish Heap, les labels qui allaient avec, etc. Puis j'ai aussi mis dans la liste des trucs que mes copains / copines appréciaient, du grind, de l'émo, des trucs différents. Elodie m'aidait dans mes choix. On a utilisé la structure de la distro pour sortir les premiers trucs Shogun, qui étaient uniquement des groupes locaux ou des splits avec des groupes amis comme les Dead For A Minute ou Karras ou Superstatic Revolution. Je n'avais pas vraiment à l'idée de sortir des albums en vinyle au début, mais je pense qu'il y a un besoin de labels de taille moyenne pour aider des groupes qui n'ont pas de structure de distribution.

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Pour moi, le format vinyle est intimement lié à cette scène Punk/HC, les premiers vinyles que je me suis payés viennent des distros, et de la tienne en particulier. Tous les groupes underground sortaient sur ce format à une époque où le CD était encore roi. Aujourd'hui la tendance s'est inversée, le vinyle est presque redevenu la norme, si bien qu'aujourd'hui tout le monde presse du vinyle à foison et les rares usines sont débordées par les commandes. Tu as senti une évolution dans ton activité de label au niveau du pressage ? Tu penses que les plans étaient plus nombreux/ abordables/ fiables au début ou que les galères étaient simplement différentes ? Tu avais ton propre réseau de fabricants ?

Je me rappelle bien du début d'année 2002, quand en quelques mois le CD a commencé à moins se vendre dans ma distro. C'est arrivé assez brutalement. Les ventes de vinyle n'ont jamais vraiment pris le relai, même si les groupes se sont tous mis à réclamer une version LP de leur album. Aujourd'hui les quantités pressées restent minimes, parfois moins de 500 pour le monde entier, c'est peanuts. Ce qui a changé c'est donc les quantités et comment les boîtes de pressage arrivent à s'en sortir avec des 300 copies quand elles avaient l'habitude de commandes de 10000 ou 20000. Il y a une époque où les « gros » presseurs ne travaillaient qu'avec les « gros » indés. Niveau fiabilité, je sais pas trop, j'ai toujours connu des galères ça et là. C'est un business compliqué, le pressage. J'ai aussi galéré avec des imprimeurs, c'est aussi pour ça que je me suis tourné au maximum vers l'impression à la main faite par des punks pour des punks. Finalement à la fin je faisais presser chez un « gros » en France et imprimer à l'étranger.

Ta distro était tellement fournie que ça donnait presque le tournis et je crois que c' est la première fois que j'ai été exposé au délire "digger" en quelque sorte, des mecs qui cherchaient des trucs hyper pointus et plutôt rares. Je me souviens de ce type que je croisais quasi systématiquement à tes concerts, un mec plus vieux, la boule à zéro, avec des lunettes et un bras noir qui repartait systématiquement avec une palette de disques. Avec les potes c'était presque devenu une blague, on se demandait si le mec avait le temps d'écouter tout ça. Aujourd'hui on retrouve beaucoup de disques, que tu avais en distro, à des sommes astronomiques sur ebay ou discogs, ça t'inspire quoi le fait que des mecs n'aient aucun scrupule a se faire un paquet de pognon sur des disques de groupes diy anticapitalistes ?

Ça aussi c'est un sujet récurrent. Nombre de fois j'ai pu répondre aux critiques à propos des collectionneurs et des gros consommateurs de disques que c'étaient eux qui soutenaient les groupes financièrement, en achetant leurs disques. J'ai pu remarquer que des gens qui achetaient peu de disques focalisaient la plupart de leurs achats sur des "gros" groupes qui avaient déjà vendus plein de disques. Ou j'ai fait remarqué à un gars d'un groupe de Reims qui lui aussi critiquait la "folie consommatrice" que le fou en question était le seul à avoir acheter la démo CD de son groupe dans ma distro… Pour les groupes, il faut se poser la question du sens qu'il y a à sortir des disques. À qui on s'adresse ? Choisit-on son consommateur ? Et le consommateur finalement, il achète ce qui lui plaît selon ses moyens.

Concernant Dominique, que dire ? j'ai un grand respect pour lui. Il aurait pu se la péter 1000 fois plus. Il sortait le 1er album d'Eyehategod et de Dazzling Killmen sur son label Intellectual Convulsion quand certains d'entre nous n'étaient même pas nés. C'est un globe-trotter qui consacre sa vie à la musique, un de plus grands fan de Hardcore Jap que je connaisse, il possède la plupart des flexis de Confuse, Gai, etc. Bien sûr ce sont des disques qui valent un bras aujourd'hui. Le fait d'avoir été produits par des groupes anar ne les a pas protégés de l'économie du marché. Les très bons disques rares valent cher. Ça ne date pas d'hier, ni d'internet. A la fin des années 80, des disques comme le LP de Vile (Boston) valaient déjà plusieurs centaines de dollars. Idem pour les 1ers skeuds sur Dischord. Un ami m'a raconté avoir chopé 2 copies du Vile à sa sortie. Ça se faisait beaucoup à l'époque, d'une part pour amortir les frais d'envoi quand tu achetais direct au groupe, et ensuite ça fournissait ta liste d'échange, liste qui était un bon moyen de choper des trucs un peu rares. Donc l'ami en question met sa liste et son contact dans les petites annonces de Maximum Rocknroll. Quelques temps plus tard il est contacté par un mec en Corse qui demande sa liste et lui demande s'il est prêt à vendre certains disques. Le gars lui propose + de 1000 francs pour le Vile. A sa place que fais-tu ? 1000 francs, ça lui permet de racheter au moins 15 disques. Le calcul est vite fait. Qui doit avoir le plus de scrupules ? celui qui paye un disque aussi cher ou celui qui le vend ou personne des 2 ? C'est vrai que voir ces skeuds Punk atteindre ces prix est assez surprenant, mais en fin de compte le disque une fois sorti du monde DIY et arrivé chez le disquaire est un produit comme un autre, qu'on le veuille ou non.

Pour moi tu étais un papa de la scène, et les mecs impliqués comme toi n'étaient pas légion, en revanche je me souviens d'autres figures comme Christophe Stonehenge, Fab Molaire / Waiting For An Angel, l'allemand un peu dark qui était chanteur de Stack et qui avait aussi un label et une distro et j'en passe. J'imagine que vous deviez pas mal échanger, tu as encore des nouvelles, tu sais ce qu'ils sont devenus ?

Je revois Fabien de temps en temps, nous étions très proches quand il habitait sur Reims. Maintenant il vit dans un autre région. Il se consacre à sa maison d'édition (ndlr : Black Cat Bones Editions).

Christophe continue sa distro et son label. Quelle constance ! Il m'arrive de lui commander un disque, si jamais je cherche un truc et qu'il fait partie des vendeurs, je n'hésite pas. C'est l'intégrité incarnée.

Bernd et son acolyte Ralf (batteur de Stack) ont disparu de mon radar. Je ne suis pas très fan des réseaux sociaux.

Finalement j'ai perdu le contact de la plupart des gens, mais au hasard de la vie je rencontre des anciens, c'est l'occasion de papoter, de parler du "bon vieux temps".

Au début de l'interview tu dis que certaines personnes mériteraient des chapitres entiers, t'as déjà pensé à faire un bouquin ? surtout que tu dois avoir un sacré paquet de photos/flyers à l'appui, un sorte de "salad days" papier façon burn out ?

Il y aurait de quoi raconter, mais finalement ça concerne assez peu de monde et je ne pense pas avoir ni le talent pour écrire, ni la matière pour illustrer un bouquin façon Salad Days ou Touch & Go. Burn Out a peut-être influencé quelques personnes en France, mais ça reste très limité. Ce sont de vieilles histoires, souvent privées. Je me suis même décidé à supprimer les sites internet.

Aujourd'hui, le punk hardcore et la zik en général c'est définitivement derrière toi ou tu vas encore à des concerts et jouent dans des groupes avec des potes ? Comment remplis-tu tes journées ? As-tu l'impression de vivre une seconde vie après le hardcore diy ?

Avec Elodie on a le projet de faire un blog musical où on parlerait de nos coups de cœur du moment. On pourrait à l'occasion ressortir un vieux flyer ou une bonne photo. Peut-être même qu'on pourrait faire une petite expo dans un lieu DIY à Reims. Rien de sûr. A la limite je trouve que l'aventure Burn Out est encore trop récente pour en tirer des traces définitives.

Je baigne encore dans le Punk Hardcore, même si le temps passant je suis revenu à mes premières amours Post-punk New Wave. J'achète encore pas mal de disques, entre 5 et 10 par mois. J'écoute du mp3 pour choper du nouveau son. Mais bon, mes journées sont remplies par mon taf déjà. Et en dehors du taf je consacre mon temps à ma famille et mes amiEs. Je fais 5 ou 6 concerts dans l'année, j'évite les soirées à 8 groupes… malheureusement j'ai perdu de vue pas mal de copains de concert, surtout sur Paris. Et puis les copains qui squattaient la distro en ligne ont aussi disparu. Je me dis qu'on se recroisera à l'occasion, le monde est petit. De toute façon j'étais arrivé à un point où je commençais à me sentir usé, blasé. Alors oui, ma vie est assez différente aujourd'hui que je ne fais plus 20 ou 30 heures de distro par semaine. Il ne faut pas idéaliser le truc DIY, pour faire "un truc de dingue", une distro bien fournie avec pratiquement tout ce qui sort, c'est vraiment du taf. Et du pognon. Et du stress. Ça n'a rien de très romantique, même si sur le principe c'est assez séduisant.

Je suis content d'avoir fait ce que j'ai fait, d'avoir vécu des trucs assez incroyables, voire mythiques. Je peux même ressentir de la fierté d'avoir été l'instigateur parfois, ou bien simplement fier de certaines rencontres. Je suis également content d'avoir tourné la page sans trop me faire mal. Je suis flatté que tu veuilles entendre ce que j'ai à dire sur ces biens insignifiantes histoires qui paradoxalement ont l'air de t'avoir bien marqué. Peut-être que j'ai atteint mon but alors : montrer qu'une autre façon de penser la musique, hors des circuits commerciaux, est possible.

Vous pouvez lire l'avis éclairé de Phil sur son nouveau blog musical ici.

Mixtape

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01. Catharsis - Obsession
02. Hot Cross - Born On The Cusp
03. Dead For A Minute - Etre Officiel
04. Yage - Leben Leben
05. The Robocop Kraus - The Dead Serious
06. Unlogistic - Oil Slick
07. His Hero Is Gone - Like Weeds
08. Amanda Woodward - Ultramort
09. From Ashes Rise - Concrete And Steel
10. What Happens Next ? - Salmat Kaibigan
11. Orchid - I Am Nietzche
12. Iscariote - Soleil Trahi
13. Ananda - Journées Exsangues
14. Jasemine - Restriction
15. The Flying Worker ! - Dawn Of The Dead
16. Yaphet Kotto - Reserved For Speakers
17. Envy - Left Hand
18. Jellyroll Rockheads - Ganja Boy
19. Georges Bitch Jr - Fuck Education We Need More Jails
20. Blockheads - Haashaastaak
21. Submerge - Bury Ignorance
22. Pg. 99 - The Mangled Hand


Festival Serendip Lab 2015

Conglomérat des undergrounds, Serendip maintient toujours un haut niveau d’agitation, cette fois-ci avec France Chébran (Born Bad), une compilation de « boogie français » qui réunit des pépites croustillantes des early 80s, plus « funk potache » que « jeunes gens modernes ». Mais c’est surtout leur festival qu’on annonce ici et qui recouvrira les 4 coins de la ville du 17 octobre au 1er novembre avec une série de soirées dont la moitié des line-ups nous est tout à fait obscure. Si l’on devait relever une poignée de concerts, on parlerait du praticien électro nippon NHK Koyxen qui maltraite la dance music depuis un moment (le 27 octobre), ou de KK Null, artiste de l’extreme noise/indus également japonais (le 28) ou encore de l’héroïne oubliée de la synth-pop Henriette Coulovrat (1er novembre). Pour le reste, il faut s’y frotter au hasard, et on saluera aussi la diversité des lieux où se produit le Serendip cette année, des Terrasses Kreyol aux Caves Lechapelais jusqu’à Treize, ce lieux d’art indépendant de la rue Saint Moret transformée en mini-salle de concerts depuis un bon moment.

Frederic Malki l'interview

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L'année passée, David écrivait que Le festival Serendip.lab est à la scène DIY ce que l’Étrange Festival est au cinéma underground. Tu vois la chose ainsi ?

Pas vraiment, c'est super l'Étrange Festival mais je ne crois pas que ce soit vraiment la même intention. On ne cherche pas a être étrange ou en marge, mais on s'intéresse à des formes d'art souvent sous-évaluées, tout style et générations confondus, à l'appropriation de la technique par les artistes (au lieu par exemple d'une simple fascination comme souvent dans l'art numérique), on serait plus proche de feu le festival Octopus.

Qu'est ce qui t'a motivé à te lancer dans l'aventure en 2010 ?

Avec François Sarhan, un super compositeur de musique contemporaine, on voulait faire une structure éditoriale et évènementielle, pour qu'elles s'alimentent mutuellement. Donc on a commencé a réfléchir a un label, et au festival...

La connexion avec ton label du même nom est-elle toujours aussi forte que les années précédentes ?

Toujours, on sort encore cette année un petite compilation pour l'occasion avec des morceaux des artistes du festival. Cette année il y a Serge Valla de Cha Cha Guitri (qu'on avait réédité l'an dernier avec bornBad), les autres années il y avait Philippe Laurent, Hypnobeat solo puis duo, Atom Cristal, Art & Technique, qui sont des pionniers de la musique électronique, et qu'on a réédités donc la démarche de diffusion est similaire que ce soit en live avec les concert ou en disque...

Une édition du festival - l'avant-dernière il me semble - était centrée sur le DIY. Tu continues à thématiser les éditions ou tu préfères le faire par soirée ?

Chaque année il y a une soirée plus autour de pratiques audio vidéo, du cinéma expérimental ou cinéma bis (et on ne veut pas faire de clivage entre ces catégories) mais sinon à part pour certaines expos les années passées (instrument DIY par Claude Ribouillault par exemple) on ne thématise pas, on aime l'aléatoire, le mélange de styles, et toutes les éditions sont sur le DIY mais avec des artistes, techniques, ateliers différents. Pour les ateliers cela va du circuit bending, à la réalisation de sténopés DIY, sérigraphie, graver un vinyle avec une aiguille, et cette année le live coding... Que ce soit des maîtres de musiques mécaniques comme Pierre Bastien la première année et Pierre Charial l'an dernier (Pierre Berthet il y a deux ans), Dee Nasty, Philippe Laurent, ou Bruno Spoerri ont tous une approche différente et se servent encore une fois contrairement à l'art numérique et musiques hi tech, de la technique comme moyen et non en fin.

Le festival est aussi l'occasion de jeter les bases d'une cartographie underground de la musique à Paris. Comment choisis-tu l'ensemble des lieux squattés pour l'occasion et quelles relations entretiens-tu avec eux ?

C'est très compliqué en particulier à Paris de trouver des lieux convivial, où les consommations sont pas trop chères, etc. Donc parfois on préfère gérer nous-même et louer par exemple les caves Lechapelais. Cette année on fait l'ouverture chez Treize, rue Moret, et un lieu comme celui ci est assez rare, les gens là-bas sont réellement impliqués, contrairement à la plupart des autres salles. Je trouve en général que les rapports sont bien plus sains dans des salles "associatives" plutôt que des institutions, des lieux commerciaux ou des squats, après ce sont néanmoins des lieux dynamique culturellement et on veut aussi montrer cette effervescence souterraine. Malheureusement les rapports avec les squats (sauf la Gare XP où là aussi il y a un engagement réel et une vision) sont souvent pires qu'avec des salles classique, ils n'ont aucune éthique ou engagement et finalement ne pensent qu'à faire un bar pour récolter le plus d'argent égoïstement... Et ça me gêne vraiment quand leur bénéfice se fait sur le dos des artistes qui acceptent de ne pas être payés et chers et soutiennent notre activité et de l'organisation qui est bénévole. Disons en règle générale les squats c'est devenu des clubs undergrounds où les gars ont tous les bénéfices sans aucun inconvénient, ils ne gèrent rien, pensent surtout à l'argent et vont te faire des discours soi-disant engagés (vite fait) genre "nous on est un squat on est rebelles, égalitaires, etc."... Bref une grosse arnaque. Mais on ne s'en rend pas forcément compte de l'extérieur du fonctionnement interne de ces lieux et c'est vrai que c'est déjà plus décontracté et abordable qu'un club, donc plus sympa, mais ils ont compris qu'ils avaient une carte à jouer en créant des faux clubs berlinois undergrounds éphémères, ou en rackettant des artistes pour qu'ils aient un atelier. Donc c'est des expériences assez décevantes et des structures plus modestes et associatives sont finalement les plus honnêtes et efficaces.

Le festival repose sur le bénévolat. Est-ce facile de fédérer autour d'un tel projet, que ce soit vis-à-vis des artistes ou du staf ?

Les artistes que nous invitons sont comme nous des passionnés et donc comprennent très bien les enjeux, qu'ils aient 80 ou 20 ans.

Quelles sont les soirées immanquables à tes yeux ?

Toutes, mais j'ai hâte de voir en particulier Bruno Spoerri.

Programmation

Samedi 17 octobre - Treize - Vernissage, Atelier & Concerts - 14h-22h30 - Prix libre (Fb)

Stands : Rue des Gardes, Spielzeug Muzak, Da! Heard It, BRK, Vortex, Gestrococlub, Vaatican Records, Arrache-Toi Un Oeil, Darling Dada…
Exposition de Ludovic Boulard Le Fur
Atelier Live Coding avec Supercollider animé par Exoterrism.

DJ Vaatican Records (Angoulême / Gestrococlub / Electro Deviant DIY)
Exoterrism (Belgique / TTT / Live Coding Core)
Rature (Lyon / S.K. Records / Rap Experimental)
Omar Bongo alias C_C & Somaticae (Paris, Lyon / TTT, In Paradisum / Techno Tribale Indus)
6.R.M.E. (Rennes / TTT / Hip Hop Industriel)

Samedi 17 oct - Caves Lechapelais - Soirée d’Ouverture - 00h-06h - 7 euros (Fb)

DJ Die Soon (Japon / Small but Hard, TTT / Horror Hiphop)
DJ Lolo Tuerie (Tours / Radio Minus / Mix Bizarreries Discoïdes)
Headcleaner (Angleterre / Rephlex Records / Techno Acid Modulaire)
Ripit (Belgique / TTT, Telsa Tape, Ångström, Zhark / Noise Indus Modulaire)
Thirtytwobit. (France / Chip'n'damned / Chiptune Breakcore)
Vicnet (France / Da! Heard It, Mazout / TR606 vs TB303 vs SH101)

Dimanche 19 octobre - Treize - Exposition - 13h-19h - Prix libre

Exposition de Ludovic Boulard Lefur

Mercredi 21 oct - Le Cirque Electrique - Projection & Performances Audio-Vidéo - 20h-1h - 6 euros (Fb)

Botborg (Allemagne, Australie / Half Theory / Synesthésie Extrême)
Folla van Tes alias Serge Valla & Philippe Fontes (St Etienne / ex-Cha Cha Guitri / Modulations de fréquences audio-vidéos)
Projection d'Ogroff alias Mad Mutilator (1983 / NG Mount / Chef d’œuvre du cinéma bis, premier slasher français)

Samedi 24 oct - La Jarry - Concerts - 23h-6h - 7 euros (Fb)

Fourmi (Paris / Vagina Dentata / Space Exotica Synthpop)
Cachette à Branlette alias Unas (Brest / Poussière d'Epoque / Synth Wave)
Riposte (Paris / Vagina Dentata / Mix Cosmic to Techno)
Fah (Pays-Bas / 030303, Central Processing Unit, Occult Research / IDM Acid Lord)
Synapscape (Allemagne / Ant-zen / Rhythm Indus Kings)

Mardi 27 oct - Le Petit Bain - Rencontre & Concerts - 20h-01h - 9-12 euros (Fb)

Bruno Spoerri (Suisse / Finders Keepers / Maître Jazz, Improvisation & Électronique)
NHK Koyxen (Japon / Skam, PAN, Diagonal, Wordsound, Raster Noton / Techno Hip Hop Experimental)

Mercredi 28 oct - Le Cirque Electrique - Concerts - 20h-1h - 7 euros (Fb)

KK Null (Japon / Touch, Neurot Rec / Japanoise Sensei)
Zeni Geva (Japon / Neurot rec, Alternative Tentacles / Maîtres Hardcore Prog)
Froe Char (France - Italie / Spielzeug Muzak, Medical Records / Synth wave)

Samedi 31 oct - Terrasses Kreyol - Soirée de Cloture - 23h-6h - 7 euros (Fb)

DJ Julien Lebrun (Paris / Hot Casa Records / Mix Afro Disco)
Les Neiges Noires de Laponie (Bordeaux / Angstprod / Glitchcore)
MNLTH alias Photodementia (Royaume-Uni / Rephlex, Central Processing Unit, Wémé / Braindance,IDM)
Nit (Paris / Monster K7, Mazout / Funky Tropical Bleep)
Syndrome WPW (Suisse / Ego Twister / Synthpunk)
Wizæroid (Paris / Tête chercheuse, mix vinyles jubilatoire)


On y était : Solids à l'Espace B

Solids venait parcourir l’Europe sur l’intégralité du mois de septembre, dont un arrêt à Paris, à l’Espace B, histoire de défendre leur premier album, Blame Confusion: dix morceaux affichant sans pression ce qui est probablement le plus haut capital sympathie entendu depuis un certain temps. Ils sont deux, batterie et guitare, font pleine face au public, et déroulent avec aisance une piste toute lisse de riffs férocement étourdissants. C’est à la fois brut et saisissant, je veux dire que cela bouscule et rassure à la fois : le jeu ample et souple du batteur, détachant athlétiquement chaque membre de son auguste buste pour gravement violenter ses cymbales, les mélodies évasives du guitariste, le genre de suite de notes qui formalise et conditionne une véritable présence, celle d’un ami proche, ce type de tonalité qui fonctionne comme une pommade ou un parachute, des bras dans lesquels se reposer. C’est très plaisant. C’est-à-dire que ces airs, ces frissons, ces sensations, cela me fait penser à cet état proche de l’ivresse, là où l’on se laisse tendrement écouler dans un torrent d’échos, le sourire signant un visage, rentrer dans cette espèce de brume où la distorsion prend l’ensemble de l’espace, où seule surnage une paire d’accords auxquels on se raccroche, dans lesquels on se laisse langoureusement traîner. Cela possède quelque chose de profondément grisant. Ça me plaît. D’autant plus que les canadiens ne lésinent pas sur les moyens, vraiment. Deux forts amplis se tiennent droit devant nous, crachent une épaisse masse de décibels, bastonnent bien plus lourd que sur disque, et le batteur trace ces espèces d’autoroutes infinies qui plongent littéralement dans un tourbillon d’étourderie, on en sort comme profondément groggy, c’est putain de délicieux. Concert parfaitement réjouissant des canadiens, que l’on retrouvera deux jours plus tard au Levitation.

Vidéo


Les Siestes Électroniques l'interview

Siestes'13-11Ô Toulouse ! Une ville où la douceur de vivre n'a jamais vraiment fait débat dans l'Hexagone mais qui a longtemps engendré la suspicion quant à la qualité et la vivacité des cultures musicales émergentes en son sein. La faute à un attrait immodéré pour le ska-punk ou le power manouche - défense de rire on a reçu un email à ce sujet pas plus tard que lundi dernier - , au mauvais goût musical tenace entourant l'ovalie - faire un tour place Saint-Pierre entre le Pastisômaitre et le bar Basque pour s'en convaincre - ou à celle d'une frilosité municipale qui a longtemps préféré reconduire l'existant plutôt que de favoriser des lieux de création alternatifs ou dynamiques ? Sabi pas comme on dit là-bas. Je suis parti de la Ville Rose l'année de la mort de Nougaro, en 2004. Soit bien trop tôt pour apprécier les tangibles évolutions dans le domaine, de l'ouverture de nouvelles salles, la Dynamo ou le Connexion Live, au foisonnement de collectifs - le Boudoir Moderne, la Chatte à la Voisine... - et de labels tels nos amis de BLWBCK ou, dans un autre registre, de Falco Invernale Records, et ce, sans oublier évidemment le rendez-vous estival que propose Les Siestes Électroniques qui, dans le cadre bucolique du Jardin Compans-Caffarelli, organisent depuis 2002, sous une forme qui tend à connaître son archétype après quelques années de tâtonnements, un festival gratuit, curieux et aventureux, privilégiant l'expérience de l'écoute à l'effet de masse. Bicéphale depuis 2011 avec le déroulement au Musée du quai Branly à Paris d'une série de dimanches explorant par le biais d'artistes invités la richesse du fonds ethno-musicologique du musée (Event FB), la direction artistique du festival à pour cette quatorzième édition décidé de ne pas révéler la teneur de la programmation Toulousaine qui s’égrènera du 25 au 28 juin (Event FB). Alors plutôt que leur tirer les vers du nez au cours de l'entrevue à trois qui suit, avec Samuel Aubert (SAM), directeur artistique, et Hervé Loncan (H) et Jeanne-Sophie Fort (JS), on leur a soutiré une mixtape évoquant de près ou de loin la programmation.

Les Siestes Électroniques l'interview

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Tout d'abord, question évidente, que peux-tu nous révéler que nous ne sachions déjà puisque la programmation de cette année est tenue dans le plus grand secret ?

JS : Soyons honnêtes, c'est le secret le moins bien gardé du monde. Déjà, parce que nous avons autorisé nos artistes, les bookers et les partenaires à dévoiler ce qui les arrangeaient. Il est donc naturel que parmi tout ce beau monde, certains sèment quelques indices sur la toile. Nous-même avec nos mixtapes, nous dévoilons nos aspirations et inspirations de l'année, ça ne nous pose pas de problème de communiquer sur les artistes qui nous ont excités. Dans l'histoire, on ne cherche pas tant à absolument conserver secrète notre programmation, mais plutôt à adresser un message clair à nos publics : faites-nous confiance !

À l'heure où tous les festivals rivalisent d'annonces en annonces sur les "nouveaux noms" et autres "têtes d'affiches", pourquoi avoir choisi de ne rien dévoiler de la programmation ? Est-ce une façon de faire un pied de nez à cette course à l'échalote qui ne rime plus à rien ?

JS : Ce qui compte dans cette démarche, c'est l'intention, celle de ne pas utiliser des noms d'artistes pour racoler, et s'engager dans une relation plus saine, plus durable, plus forte, avec nos publics. Nous avons d'ailleurs été très agréablement surpris d'apprendre que certains festivaliers, notamment les plus assidus, ne veulent rien connaître en amont, jouer le jeu jusqu'au bout et vivre ce moment de surprise, bonne ou mauvaise, devant une scène. D'autres ont joué le jeu des devinettes. La bienveillance avec laquelle on a imaginé cette démarche a été comprise.

SAM : Avec cette démarche, largement plus symbolique qu'autre chose, on affiche faire un pas de côté. Et finalement on n'a pas totalement pris la mesure de ce que cela changeait, mais si on tient cela sur plusieurs années, ça devrait modifier pas mal de chose dans notre manière de penser l'événement, son contenu, dans notre façon de communiquer, d'interagir avec nos publics. On avait envie de changement, de secouer un peu le cocotier et ça marche !

Entre hédonisme et curiosité, quelle est la philosophie du festival et comment se matérialise-t-elle ?

JS : Cette réponse est très personnelle, mais je parie que mes collègues et les membres de notre association s'y retrouveront. Prenons n'importe quelle autre manifestation ou concert, on constate que certains éléments nous empêchent de profiter un maximum de l'expérience musicale. Combien de fois se dit-on qu'on est finalement mieux chez soi avec son super système son, un bon canap' et le chat qui ronronne à côté ? De ce constat, on retient pour concevoir le festival l'idée de confort et d'isolation. Mais il y a tout de même quelque chose de séduisant dans l'idée de se réunir en nombre pour vivre une expérience unique à un instant T.

Donc pour optimiser l'expérience "festival" selon notre goût, il a fallu en décortiquer la carcasse et en éliminer, ou contourner, les éléments perturbateurs. Pour être plus clair :

Truc chiant numéro 1 : la foule, être nombreux ne veut pas forcément dire être cerné d'une foule en délire, avinée et cherchant à tous prix à faire la fête.
Solution envisagée : maîtriser la jauge, rester à taille humaine comme on dit dans les festivals plus "socio-cul".

Truc chiant numéro 2 : avoir à choisir entre 4 super concerts au même moment, se bousculer et finir à 900 mètres de la scène à regarder un écran.
Solution envisagée : organiser les concerts les uns après les autres, pas plus de 4 d'affilée (au delà, on ne retient plus rien, l'attention n'y est plus). Proposer un programme complet humainement appréhendable. Que retient-on d'un festival où plus de 20 artistes sont programmés la même journée ? Pas grand chose, il y a toujours un tri à faire, un choix d'ailleurs pas forcément heureux.

Truc chiant numéro 3 : la boue, les transports, les merguez-frites, les campings...
Solution envisagée : s'installer en ville, dans un cadre de qualité que l'on ne vient pas saccager, choyer le contexte, les à-côtés, le service.

SAM : Truc chiant numéro 4 : finir malgré soi par aller voir des groupes dont on se fout éperdument juste par curiosité mal placée dans le but inavoué de pouvoir défoncer la dernière sensation du moment.
Solution envisagée : proposer des groupes que personne (ou si peu) ne connaît, comme ça on évite toute bulle spéculative, et des artistes dont on sait que les lives sont bons (c’est une chose de sortir un bel album, c’en est une autre d'avoir un live qui tient la route).

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Les Siestes Électroniques sont avant tout dédiées à la musique électronique. Comment définir le champ de celle-ci ? Jusqu'où ses frontières s'étendent-elles ?

JS : En fait Les Siestes sont nées avec la musique électronique, mais aujourd'hui le champ des musiques diffusées aux Siestes s'est élargi. Difficile donc d'en déterminer le contour exact, il n'y a pas de frontières a priori, juste l'appétence pour des créations musicales qui l'année en cours ont su retenir notre attention, nous séduire, attiser notre curiosité au point qu'il nous paraissait nécessaire de les partager. Dans notre programmation, on retrouvera de la musique électronique de puristes, mais aussi des formes musicales plus expérimentales, au sens bricolage du terme. Disons qu'on ne peut pas nier d'où nous venons, le bain des musiques électroniques de la fin des années 90, quelque part entre fin des raves, l'apogée de Warp et le phénomène de la French Touch, cela nous a durablement marqué et continuera de nous influencer, mais nous souhaitons représenter plus que cette histoire et ne pas devenir un festival de genre destiné à un unique public, très générationnel, très ciblé.

SAM : On veut continuer à se surprendre nous-mêmes, bousculer nos habitudes et donc être capable d'aller chercher de belles choses où qu'elles soient. Simplement notre point de départ et donc notre grille de lecture, dans une certaine mesure, c'est les musiques électroniques des 90s, après, on navigue au large, un peu à vue, en espérant trouver les Indes, comme Christophe Colomb :)

Où place-t-on l'expérimentation et la création improvisée dans la conception d'un festival ? Quel est le risque ?

SAM : Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question, désolé. L'expérimentation est somme toute une notion subjective. Selon l'éducation de ton oreille, certaine musique peuvent sonner "expérimentale" ou non. Les musiques dites expérimentales ont leur académisme aussi. Comment se prémunir contre cela ? Essayer autant que possible de changer de prisme musical, ne pas appartenir à une seule famille musicale. Plutôt que d'expérimentation, je parlerais donc plus volontiers de curiosité. Là où Les Siestes prennent un risque, c'est en tâchant de promouvoir cette curiosité chez ses spectateurs. Si la question tenait plus à l'aspect live de nos concerts et au champ des musiques improvisées, oui, une bonne partie de notre programmation relève de ce champ-là, mais pas au sens esthétique (musique improvisée = post-jazz). Je dirais qu'un bon DJ fait de la musique improvisée, par exemple. Pour plus de la moitié des concerts programmés cette année, je ne sais pas exactement à quoi m'attendre.

Les Siestes Électroniques n'est pas qu'un festival toulousain. C'est aussi, du 5 juillet au 2 août, des dimanches au Musée du Quai Branly. Entre Aïsha Devi, Zaltan et Stephen O’Malley, quelle est la tonalité de cette année ?

SAM : La tonalité de notre édition parisienne n'est pas vraiment donnée par les noms des artistes invités mais plutôt par les ressources au sein desquelles ceux-ci vont puiser dans les collections du musée Branly. Cette année, beaucoup s'intéresseront au sous-continent indien et plus généralement à l'Asie. La voix et le bourdon sont également deux thèmes porteurs de cette édition 2015. Par ailleurs, comme testé l'année dernière, il y aura quelques lives un peu plus "physiques" sur cette édition : Eric Chenaux, Jéricho, Frànçois and the Atlas Mountains. Notre édition parisienne reste très DJ set et laptop, mais nous avions envie de réinterprétations plus "incarnées".

Comment fait-on de nos jours pour organiser un festival gratuit ?

SAM : On a la chance d'avoir 14 ans d'âge, ce qui nous permet d'avoir eu accès aux subventions publiques à une époque où les lignes de crédit étaient plus faciles à débloquer. Elles diminuent, certes, forcément, mais il nous en reste quand même. Sans ça, on serait mal. Et puis après, il y a évidemment la force et la beauté du don de soi, le bénévolat. Pendant le festival, seuls les ingénieurs du son sont rémunérés, toutes les autres tâches sont effectuées par des gens qui nous donnent de leur temps, de leur énergie, de leur amour. Nous sommes une association, la dynamique de notre événement, sa faisabilité, doit beaucoup à ce statut, au fait que notre projet soit donc collectif. Si nous étions une société, je pense que cela marcherait bien moins. Enfin, on est débrouillards, on bricole, on fait avec le système D, on se creuse la tête, on invente pour faire beaucoup avec peu.

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Peux-tu nous parler d'Audimat ? Comment se porte cette revue et quelles relations entretient-elle avec le festival ?

H : Audimat est une revue éditée par le festival mais pensée par ses deux rédacteurs en chef, Étienne Menu (GQ, Vice) et Guillaume Heuguet (co-fondateur du label In Paradisum). L’idée est d’écrire sur la musique en s’affranchissant des contraintes d’actualité et des formats de la presse périodique. On traite de l’ensemble du spectre de la pop music, avec des contributeurs internationaux, spécialistes ou non. Le dernier numéro, par exemple, évoque le guitariste culte Robert Quine, des gamins mexicains qui revisitent leur héritage, les Supremes, le french boogie, les racines du schmaltz ou explore un continent perdu de la techno... Trois numéros ont déjà paru, sur un rythme annuel. La revue se porte plutôt bien, même si les chiffres sont évidemment modestes. Grâce à l’intérêt qu’elle suscite, Audimat va désormais sortir deux fois par an, le numéro 4 devrait donc voir le jour en septembre ou octobre. On réfléchit également à d’autres projets autour de l’édition.

SAM : Quant à la relation de la revue vis à vis du festival, je dirais qu'elle agit comme une muse. La revue nous donne à réfléchir, nous extirpe du temps court, des tops annuels, des stickers "best new music", d'une certaine fuite en avant. Elle agit comme un garde-fou. Elle nous immunise contre la prétention de croire que ce que l'on fait représente le meilleur à l'instant T. Elle nous donne le temps de penser alors que notre métier aurait plutôt tendance à pousser vers l’Entertainment.

Peux-tu nous présenter le mix fait pour Hartzine et quelles en sont les accointances avec la programmation toulousaine ?

H : Chaque morceau utilisé possède un lien plus ou moins direct avec nos programmations toulousaine et parisienne (huit tracks concernent Toulouse, trois pour Paris). Remixé ou remixeur, label boss ou label mate. Le morceau d’ouverture, par exemple, est un remix fraîchement sorti et réalisé par des artistes qui seront présents à Toulouse. Les plus assidus des lecteurs d’Hartzine devraient pouvoir l’identifier sans peine… On retrouve aussi une des dernières sorties Antinote, puisque le créateur du label, Zaltan, sera présent lors de notre édition parisienne. Le morceau de clôture, lui, est un clin d’œil au film « Baltimore, where you at? » que nous diffuserons au cinéma Utopia de Toulouse le 24 juin, veille de l’ouverture du festival. Pour le reste, blind test (ça va, c’est facile) !

Mixtape

01. Trésors feat. Holy Strays - Once A Believer (Saåad Remix) (Desire, 2015)
02. FF (aka French Fries) & NSD - 8 hours from Nation (ClekClekBoom, 2015)
03. Ghost Culture - Mouth (Shan & Gerd Janson 808 Culture Dub) (Phantasy, 2015)
04. Busy P - This Song (Club Bizarre Drama Remix) (unreleased, 2015)
05. Lorenzo Senni - PointillistiC (Boomkat Editions, 2014)
06. Planningtorock - Misxgyny Drxp Dead (Holly Herndon Remix) (Human Level, 2013)
07. DJ Nigga Fox - Lumi (Warp, 2015)
08. Geena - Box of Exotica (Antinote, 2015)
09. Aïsha Devi - Popular Science (Willie Burns Remix) (Danse Noire, 2013)
10. Sophie - Nothing More To Say (Huntleys & Palmers, 2012)
11. Rod Lee - Dance My Pain Away (Club Kings, 2005)


Wordshoot : Les quinze ans de Born Bad

Capture d’écran 2014-06-17 à 11.16.01On y était : les 15 ans de Born Bad (la boutique), 30 mai 2014, La Machine.

Born Bad, c'est notre fierté rock nationale. Un magasin de disques ouvert à l’aube de l’an 2000 à Paris par trois amis désireux de réhabiliter les mauvais élèves des cours d’histoire du rock’n’roll : garage, punk, hardcore, post-punk, et la petite soeur dépressive, cold waave. Puis un label créé sept ans plus tard par un ami de la boutique en colère après la frilosité de certaines radios et majors. JB Wizz redessine d’abord la carte de France des années cinquante à nos jours en compilant les oubliés de l’Hexagone et signe ensuite les futures grandes figures de notre pays. Résultat : Born Bad est devenu en France le prof principal d'une classe perturbatrice mais franchement attachante comme on a pu le constater lors d'un week-end sur la route avec le délégué Frustration (lire).

Pour fêter 15 ans de bons résultats de la boutique de disques, une sortie est organisée... à la Machine du Moulin Rouge. Après le concert Born Bad Goes Pop il y a quelques jours au Point Éphémère, on nous fait cette fois le coup de la soirée Born Bad Goes Electro ? On hésite à y aller avant même d'avoir vu le programme. Et au programme, pas de Cheveu ! Le Cheveu que tout le monde s’arrache en ce moment aurait pu assurer le sold out des semaines avant le festival. C’en est trop, on demande à voir l’organisateur. La veille, on rend donc visite à Mark dans sa boutique de la rue Saint-Sabin à Paris. "Il aurait pu y avoir Cheveu, ouais. Après, ils ont fait leur release party y’a pas longtemps et comme c’est les 15 ans de la boutique, je voulais pas qu’il y ait trop de groupes du label. J’aurais pu faire jouer beaucoup plus de groupes Born Bad mais je voulais faire un peu différent." Effectivement, sur les sept groupes présents, un seul est labellisé Born Bad : Frustration. Mais Mark, tu es aussi batteur de Frustration... "que j’ai programmé pas du tout parce que je joue dedans, mais parce que c’est une des meilleures ventes de la boutique. Donc c’est un peu normal qu’ils fassent partie des 15 ans." Le gérant-batteur-organisateur a longtemps planché sur sa copie : "J’ai voulu faire venir des groupes que j’aime et qui reflètent aussi l’identité de la boutique." Coupez ! On en est.

Born Bad

Intensité, transpiration, technique, engagement… Coup gagnant de Born Bad. 1 000 spectateurs sur le Central pour assister à la performance de Frustration. 1 000 personnes, c’est la capacité maximale du Central, la grande salle de la Machine. Mark aurait donc pu voir encore plus grand. Si on est allé l’interroger la veille, c’est qu’on se doutait aussi qu’on ne ferait que le croiser ce soir. C’est d’ailleurs le cas avec la plupart des groupes. Kid Congo veut voir Frustration, Frustration ne veut pas rater Kid Congo… Après avoir fait transpirer 400 personnes dans la Chaufferie et ce dès 22h, Pierre & Bastien veulent bien se prêter à une interview. Pas évident d’ouvrir la soirée, non ? "On pensait qu’il n'y aurait personne et que ça arriverait plus tard. On était agréablement surpris. Le public était enthousiaste et réactif. C’était pas mal, non ?" Si c’était pas mal ? Les mecs, vous êtes nos chouchous, vous le savez. Ce soir, on vous donne une image en récompense de la fin jouissive de Twist. Quand on finit par leur demander s’il y a des groupes qu’ils souhaitent voir en particulier, ils énoncent un peu tout le monde. D’ailleurs, ils sont en train de rater Dictaphone. On s’entend bien avec eux, on va pas faire nos Nelson Montfort, alors on coupe court et on fait comme tout le monde, on va voir les concerts. On embarque dans la grosse Machine et on survole les différentes villes et périodes qui ont fait et font le rock'n'roll. Born Bad tient son nom de compilations de morceaux des 50's et 60's qui ont influencé The Cramps. The Cramps n'est plus mais il reste leur guitariste Kid Congo, également membre fondateur du Gun Club. Mark s'est fait plaisir et nous fait honneur. Ce soir, l'emblème du rock garage est accompagné des Pink Monkey Birds. Autre gros gabarits : Shannon Shaw, membre de GravyTrain!!! et de Hunx and his Punx (elle est Hunx). Tout ce beau monde fait danser le public dans le plus pur esprit garage rock.

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On reprend notre voyage dans le temps pour se retrouver aspirés dans une faille spatio-temporelle : avec Mama Rosin, le blues du Mississippi croise la musique cajun de la Louisiane. On a comme une envie de bourbon. Alors qu’on baigne déjà dans des eaux marécageuses, on nous annonce un ouragan dans la salle d’à côté. On a beau avoir vu plus d’une fois Frustration en concert, on dénombre toujours autant de traumatisés à chacun de leurs passages. On monte sur scène et on commence à filmer pour pouvoir en témoigner plus tard. On n’en croit pas nos caméras : Frustration déverse son post-punk et crée une marée humaine. C’est l’hystérie. On ferme nos caméras et on les met à l’abri. Après le chaos, on s'attable avec le bassiste Patrice qu'on n’a pas vu depuis la tournée à Liège et Cologne. 1 000 fans, c'est impressionnant, non ? "Ouais. Eh, les gars, depuis la dernière fois qu'on s'est vus, on a joué à Moscou devant 30 personnes ! Le public connaissait les paroles par cœur ! C'était incroyable !" Humilité. On est heureux de te revoir, Pat. Il est 2h, il y a toujours autant de monde sur la piste du Central mais cette fois c'est le public la star. Il est mis à contribution à l'occasion d'un concours de danse rock orchestré par le DJ Jonathan Toubin. Depuis la scène, un jury composé de membres des différents groupes scrute les performeurs puis attribue le prix du meilleur danseur à un jeune homme qui repart avec 100Є. Qui repart, manière de parler. Car la soirée n'est pas terminée. Enfin, pour nous, elle l'est. C’est qui, les mauvais élèves ?


On y était : Komplikations vs Frustration à Liège

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On y était Komplikations VS Frustration à Liège, 24 janvier 2014, par Laurent Berthomieu

Le déclic se produit en mai 2013 pendant le festival punk Unpleasant Meeting à Paris. Alors que les guitares saturent toute la soirée dans la salle de concert de la Miroiterie, un trio monte sur scène avec des synthétiseurs. Le punk singulier des Komplikations suivi de la rencontre avec leur chanteur Alen nous sidèrent. Il faudra bien rendre à notre manière les coups encaissés ce soir. Nous quittons le squat avec une interview en tête. Le feu allumé par Komplikations se propage un mois plus tard à quelques pas de là. Dans une Maroquinerie occupée par le label français Born Bad Records, son groupe-phare Frustration nous met k.o.

À peine le temps de nous relever, David apprend que les deux formations se retrouvent sur une tournée en Belgique et en Allemagne. Il recrache sa pisse à 8€ et m'appelle : "Annule ce que t'avais pas prévu de faire, ça va être punk ! Et ramène Louis." Putain, putain, c'est vachement bien, on va voir nos frères européens !

Les deux groupes sont aussi enthousiastes que nous lorsqu'on leur demande de se prêter à une interview croisée pendant la tournée. Alen s’excite : "Who the fuck are Frustration?! We are better than them!" Le face-à-face promet. Car si le grand frère français Frustration fait sa crise de post-punk depuis 2002 maintenant et que le petit frère belge-allemand Komplikations a poussé son premier cri synth-punk en 2011 à peine, l’amitié entre les "frustrés" et Alen remonte à dix ans. L’homme aux bretelles de punk est le premier à les avoir fait jouer en Allemagne.

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Un vendredi de janvier 2014, nous voilà donc partis en offensive armés de caméras. Première approche timide avec les membres de Frustration autour d’un repas près de leur résidence Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Mark le batteur tient le magasin de disques Born Bad à Paris et nous approvisionne en vinyles. Même si on ne le connait pas personnellement, on est rassurés de voir ce visage connu : les "frustrés" ont la réputation d’être aussi pimentés que le couscous qu’on partage avec eux.

Sans trop savoir ce qui nous attend, on file ensuite leur camionnette dans laquelle l’un de nous s’est risqué. Nous faisons connaissance avec les bouchons de Liège et arrivons juste à temps à La Zone pour les balances. Si les Frustration trouvent logique de jouer en ouverture pour la release party de leurs amis, les Komplikations considèrent que le concert est complet grâce aux "frustrés". On les laisse à leur bataille de bornés et on rejoint la loge où il est difficile de trouver un siège quand le chanteur du groupe hollandais Antidote en prend trois. On est agréablement surpris de tomber sur Manu, ancien bassiste de Frustration. C’est la première fois qu’il voit ses amis en concert depuis qu’il a quitté la formation fin 2013. Nous partageons bières, whisky et anecdotes sur son ancien groupe.

Les Komplikations ont eu gain de cause. Ils jouent les premiers et enflamment La Zone. Ils sont chez eux en Belgique. Tout comme Elzo Durt, sérigraphe auteur de nombreuses pochettes de disques des labels Teenage Menopause et Born Bad, qui enchaîne avec un dj set punk complètement fou. The Kids, Périphérique Est, Pierre &Bastien… Le public est déjà dingue avant même que les Frustration entament Worries. S’ils jouent pour la première fois à Liège, leur concert s’apparente à un jubilé. Merci, mais pas au revoir, La Zone fermera tard cette nuit. Au bar, on sert dans des verres bleus ou verts. Les verts pour le public, les bleus pour ceux qui sont avec les musiciens. On nous tend des verres bleus, on entre lentement dans la famille. La Zone a mis un dortoir à disposition des groupes et de leurs amis, certains ne le rejoindront pas de la nuit.

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Au petit matin, c’est le chaos. Nicus de Frustration troque sa guitare pour des baguettes de chef d’orchestre et réveille ses droogies avec l’ouverture de Guillaume Tell. On quitte la scène de violence pour aller saluer un couple d’amis à Cologne. Chez nos hôtes, on recharge les batteries des caméras et les nôtres à l’aide d’un "Frühstück", un vrai petit-déjeuner à l’allemande.

On retrouve les deux groupes au Blue Shell à Cologne où on est accueillis par une dame à la poigne d’Angela Merkel. La patronne nous explique : à partir de 23h, le club reprend ses droits. On l’écoute sans broncher, le regard plus vide qu’approbateur. Finalement l’interview croisée se fait une heure avant les concerts. Un baby-foot trône dans l’arrière-salle du Blue Shell, parfait pour la confrontation. Fabrice et Mark de Frustration se placent face à Ben et Alen de Komplikations. Les autres membres des deux équipes s’échauffent en backstage ou au bar, prêts à entrer en jeu. Mais ce soir, le baby-foot sert seulement de support pour les bières. Si l’altercation promise il y a encore quelques semaines n’aura pas lieu, ce n’est pas que nos joueurs sont fatigués du match du vendredi, mais c’est bien parce que Frustration et Komplikations jouent non seulement dans la même ligue, mais surtout dans la même équipe. Nos "uncivilized" se renvoient la balle dans le respect mutuel le plus total.

Quant à nous trois, on est totalement intégrés. On ne nous propose plus à boire, on nous sert directement. Et allègrement puisque demain tout s’arrête et que dès lundi chacun retournera au travail, en formation ou à sa vie de famille. Il y aura très peu d’images du concert à Cologne. Alors que les notes de la guitare de Nicus annoncent On the Rise, dans le public Alen nous tend la bouteille de whisky avant de rejoindre ses amis sur scène. On se regarde tous les trois, on ferme les caméras : notre travail est terminé.

L'interview croisée

https://www.youtube.com/watch?v=iAIOuadiDW8

Live

https://www.youtube.com/watch?v=ybechVyxUnk
https://www.youtube.com/watch?v=AxOTxQus5Fw
https://www.youtube.com/watch?v=iGFoCYRcvDI

Cameras : Laurent Berthomieu, Louis Fabriès et David Fracheboud
Photos : Louis Fabriès
Montage : David Fracheboud


Paris - A Shifting Drifting World

Paris, pour un nom groupe parisien ça ne pouvait pas mieux coller. Derrière se cachent quatre hommes  :  Michael Theis, Arnaud Roulin ( faisant pari de la formation live de Bo'Tox), Maxime Delpierre (Jane Birkin & Joakim) et Nicolas Ker, leader de Poni Hoax. Ils signent là leur second EP, A Shifting Drifting World. La face A, éponyme, rappelle  la décadence froide de Fad Gadget. La B, quant à elle, nous emmène du côté de Depeche Mode, tirée en ses coins par les épingles à nourrice du punk. Mais on retiendra surtout de cette belle affaire le remix marathonien relevée par le goût psyché-trancey de deux autres Parisiens  exilés à Londres, Ivan Smagghe et Tim Paris (lire), regroupés pour l'occasion sous l'entité It's A Fine Line.

Audio


Regards croisés : Of Montreal Paris/Bruxelles

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Photos © Calogero Marotta pour Hartzine

Of Montreal, La Cigale, Paris, 7 octobre 2010, Le Botanique, Bruxelles, 15 octobre 2010

Ici Paris... Nous sommes le 7 octobre, et je n'ai pas encore passé l'entrée de la Cigale que j'entends déjà les hurlements de la foule. Juste le temps de glisser la tête par l'une des double-portes qui mènent à l'arène pour voir que c'est déjà la débâcle dans la fosse... Un parfum d'euphorie règne dans la salle et on peut dire que We Have Band remplit amplement son contrat, chauffant à blanc un public déjà transpirant. Mais doit-on réellement revenir sur le parcours du trio londonien auprès duquel le lectorat hartzinien aura pu se documenter allègrement... Notamment grâce à notre Vv nationale, fan hardcore (bon j'exagère peut-être un peu) qui aura suivi de très près la carrière de WHB et en aura fait partager sa joie communicative à ses collègues. Et je dois dire que bien qu'étant resté de marbre au raz-de-marée qui envahissait notre rédaction, je ne pouvais que succomber devant ce show extatique où chaque nouveau morceau me laissait glisser sur la piste de l'encanaillement...  Difficile de rester de glace devant l'avalanche de tubes que furent Honeytrap, Oh!, Centerfolds..., Divisive, You Came Out... Un enchaînement de tracks électriques faisant éclater la matière grise comme des bulles de savon au profit d'un divertissement des plus jouissifs...

Après une mise-en-bouche plutôt savoureuse, c'est une friandise bien extravagante qui nous est offerte. Of Montreal se dévoile comme un gros bonbon acidulé qui se croque, qui se mord, où selon la préférence de Kevin Barnes, qui se suce. Un peu de Skeletal Lamping, pas mal de Hissing Fauna et beaucoup de False Priest sont la recette de la nouvelle tournée des joyeux drilles menés par Messire Barnes. Pas d'exception à la règle, le crew de Géorgie nous gratifie d'un show grandiloquent et décadent, invoquant dès les premières secondes de Coquet Coquette l'apparition d'un homme-poisson. Des dizaines de personnages plus grandguignolesques les uns que les autres interviendront tout au long du concert, le temps de petit happenings, qui sont devenus depuis longtemps la marque de fabrique du groupe et donnant de l'épaisseur au spectacle cabaret-rock de cette bande de déglingos.

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Barnes monté sur ressort enchaîne avec lascivité les futurs classiques que seront Our Rioutous Defects, Enemy Gene ou encore Hydra Fancies, transformant le public en petites écolières prépubères souillant abondamment leurs sous-vêtements en dentelle... Oui, oui.... Les hommes, aussi. Mais c'est définitivement sur Like a Tourist et Famine Affair que le rejeton de Frank-N-Furter réfugié sur l'île de Casimir atteint l'apogée de son show. Avec pour seul arme sa voix, le leader déjanté du band éclipse ses équipiers le temps de deux extraordinaires comptines aussi mélodiques qu'énergiques. Cotillons, serpentins, slam gigantesque, monstres de foires... Le concert d'Of Montreal prend des allures de foutoir orgiaque. Cependant on s'étonnera que malgré leur répertoire inépuisable, c'est dans celui de Michael Jackson (six pieds sous terre) qu'ils iront puiser de quoi alimenter leur rappel. Un Thriller magnifié, un Wanna Be Startin' Something glorifié et un P.Y.T. sublimé... Un hommage finalement pas si inattendu et assez barré pour clôturer cette représentation parisienne en beauté.  Mais allons voir du côté de notre ami Calo si au pays de la moule-frites nos performers étaient aussi perchés.  Allô Bruxelles ? Ici Paris...

Quelle folie à Bruxelles ! Après une jolie prestation de Tape Tum, cousins belges de The High Llamas et de Grizzly Bear, on rassemble rapidement les instruments autour de la scène pour créer une vraie piste de danse, voire piste de cirque, et accueillir comme il se doit la folle équipée. Dans la salle, ça jumpe, ça crie et ça ondule à tout va. Il faut dire que Kevin Barnes et ses 9 (!) acolytes ont mis le paquet pour nous en mettre plein la vue ! Des costumes à la mise en scène, en passant par la technologie, rien n'a été laissé au hasard. Ainsi, pendant que Kevin enchaîne pas chassés et grands jetés à faire pâlir de jalousie Claude François dans sa tombe, un écran géant envoie des images en continu et deux amuseurs/chauffeurs de salle apparaissent et disparaissent au gré des chansons, affublés d'accoutrements tous plus cheap et plus moulants les uns que les autres, se battant, crachant du sang, se jettant dans la fosse, grognant, s'embrassant, défilant ou envoyant moults bouts de pain rassis dans le public. Si cela amuse au début, on finit par s'interroger sur l'utilité de ces « De Caunes et Garcia » d'outre‑Atlantique dont les manifestations, de plus en plus brouillon et intempestives finissent par donner la nausée. Ce bémol mis à part (et sans revenir sur la reprise discutable de Michael Jackson déjà mentionnée par Aki), le show vaut amplement le détour. Il semble que rien ne puisse arrêter Kevin et ses musiciens pour cette dernière européenne. À peine le temps de boire une lichée entre les morceaux que déjà ça repart. Les deux prestations d'Of Montreal sur le territoire francophone ne sont pas exactement identiques (voir les setlists ci-dessous). Surtout en ce qui concerne le rappel, puisque, à la différence de Paris, Bruxelles a la chance de vivre, outre le medley de Bambi, une version impeccable de Bunny Ain't No Kind of Rider ainsi que le chaotique The Past Is a Grotesque Animal, réel sommet orgasmique du concert, après lequel les lumières rallumées nous forceront indécemment à regagner nos pénates.

Photos

Setlists

Paris

1. Black Lion Massacre
2. Coquet Coquette
3. The Party’s Crashing Us
4. Our Riotous Defects
5. You Do Mutilate?
6. Gronladic Edit
7. Like a Tourist
8. Oslo In The Summertime
9. Famine Affair
10. St. Exquisite’s Confessions
11. Hydra Fancies
12. She’s a Rejecter
13. Casualty of You
14. Heimdalsgate like a Promethean Curse
15. Suffer For Fashion
16. For Our Elegant Caste
17. A Sentence of Sorts In Kongsvinger
18. Michael Jackson Medley

Bruxelles

1. Black Lion Massacre
2. Coquet Coquette
3. The Party’s Crashing Us
4. Our Riotous Defects
5. Sex Karma
6. Suffer For Fashion
7. Like a Tourist
8. Enemy Gene
9. Plastis Wafer
10. St. Exquisite's Confessions
11. You Do Mutilate?
12. She's a Rejecter
13. Casualty of You
14. Heimdalsgate Like a Promethean Curse
15. Softcore
16. A Sentence of Sorts in Kongsvinger
17. Bunny Ain't No Kind of Rider
18. Michael Jackson Medley
19. The Past Is a Grotesque Animal


On y était - Gonjasufi


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Gonjasufi vs Gaslamp Killer, Festival Colors, Paris, Nouveau Casino, le 12 juillet 2010

Que de réjouissances en perspective en cette soirée caniculaire de juillet ! Je vous parlais de cette incroyable bonhomme il y a de ça quelques mois, une découverte, une vraie, et franchement je n'aurais pas parié un kopeck qu'il débarquerait de son désert du Nevada jusqu'à nous pour un concert. Et bien, j'aurais dû. Si je me réjouis autant ce soir, c'est aussi que ma vie d'ascète enceinte manque quelque peu de psychédélisme mais avec le Sufi illuminé, je suis presque certaine de voyager un peu dans la stratosphère de la spiritualité. Haaaaa. Et bien non.
Mais pour ça, laissez moi re-contextualiser un peu cette soirée sabordée.
J'arrive assez tôt dans la salle, histoire de profiter des canapés de la mezzanine en attendant le phénomène à dreadlocks. Nous sommes lundi soir, vous savez cette journée où vous venez de rempiler pour une semaine avec toute la mauvaise volonté du monde, et comme à peu près tout le monde, je grogne. Surtout quand de bon matin, je m'aperçois que je ne rentre plus dans mon slim, mais c'est un autre problème. Nous sommes donc lundi et même si c'est l'été et que la capitale fourmille de touristes qui veulent se la donner sur les dancefloors, pourquoi, oui pourquoi est-ce que j'ai l'impression que le Nouveau Casino va décoller tellement le volume sonore atteint des sommets ? Pour un warm up qui plus est. Mais bon allez, c'est l'été hein.
Warm up donc, très viril et très long, suivi dans la foulée par le mix de David White, qui fait office de première partie. Une ambiance très hip hop s'installe et je me rends compte que 95% du public est masculin, sur quoi mon mec, dont je loue toujours la sensibilité, me soutient "que ben oui, c'est de la musique de mec". Ah bon ? Moi quand Gonjasufi me murmure "Let's do it babe, let's do it" sur Dust, je trouve que c'est plutôt vachement de la musique de fille. Mais ne lançons pas une polémique qui ne nous mènera à rien ici.
Nous patientons donc, dans la fournaise de la salle pleine à craquer, qui ressemble à une grosse cocotte où la température ne fait que grimper. Ça commence a s'agiter sur la scène, un gus au physique pas très éloigné du héros des pubs Free rejoins David White et commence un speech genre MC sur l'extrême rareté du personnage de Gonjasufi, et sur la chance que nous avons de le découvrir ce soir. Oh yeah, tout le monde est d'accord. Le fameux gus n'est autre que Gaslamp Killer, touche-à-tout super excité qui se poste derrière les platines pour balancer un mix très cut, avec la touche orientalisante qui a fait la marque de fabrique de Gonjasufi. Les basses sont tellement puissantes que j'ai l'impression de friser.

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Et il déboule comme un bulldozer sur scène. Le sourire jusqu'aux oreilles. Le Sufi commence par un rap, pas étonnant puisqu'il vient de ce milieu mais j'avoue que je me demande si c'est vraiment lui tant sa voix est méconnaissable dans ce flow très commun aux rappeurs. Je pousse un premier soupir. Mais tout va très très vite, Killer balance le son de She Gone et la salle se met immédiatement a chanter, ce qui est sympa au début. Le gaillard est visiblement super content d'être là, et de voir une salle remplie rien que pour lui. Mais quand il coupe le son à je ne sais combien de reprises pour entendre le public reprendre ses refrains, ça devient un peu emmerdant, on va pas non plus sortir les briquets... Les titres s'enchaînent sans une pause, sans une respiration et je commence à suffoquer. Certes l'album A Sufi And A Killer est bordélique, plein jusqu'à la coupe, pas toujours très audible mais on peut l'écouter tranquillement. Il y a des silences, des mots susurrés et beaucoup de douceur. Autant de qualités complètement absentes ce soir. Il aurait été fabuleux d'avoir un vrai groupe autour de ce type hors norme, il est bien sur impossible de reproduire tous les sons qui composent ses titres mais une guitare, une batterie auraient vraiment fait la différence. Car tout ce qui rend ce premier album si attachant est effacé sur scène. Le son balancé reste plat, écrasé, et je mets a chaque fois un petit temps à reconnaître des titres que j'écoute pourtant en boucle depuis des mois. Les Ancestors, Kowboyz And Indians sont bien là mais la magie est restée dans le désert. La plus-value du personnage c'est cette voix incroyablement grave, sombre et intemporelle mais on aura du mal à l'entendre ce soir et c'est vraiment un crève-cœur de l'admettre, ce show est un ratage. Sympathique mais raté.
La chaleur, les basses surpuissantes qui faisaient vibrer mes entrailles et le bazar sur scène m'ont d'abord repoussée jusqu'au canapé de la mezzanine. Où je n'étais pas la seule a essayer de reprendre mon souffle dans cette ambiance survoltée. J'ai encore reconnu Dust et Holiday, difficilement audibles, et puis je suis partie. Mon instinct de survie décidé a résister aux déflagrations toujours plus fortes de basses dans mon bassin. Soupir.

Vidéo


On y était - Autechre

Autechre, Paris, La Machine, le 20 mars 2010

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C'est à 22 heures précises que vos deux chroniqueurs, Aki et Thibault, toujours avides de plus de bruits et d'exigences élitistes, se pointent à la porte de La Machine, bravant la pluie et détournant les yeux des écrans projetant les minutes décisives d'un match France-Angleterre en dent de scie.

Elle s'en est allée La Loco, emportant dans ses wagons le gratin de beaufs arpentant Pigalle en perpétuelle quête de débauche et de castagne... Hummmm pas si sûr ! Et malgré la joie inextinguible d'apprécier enfin en live et en vivant l'un des duos qui fit la renommée de l'écurie Warp, les lourdeurs de la semaine commencent à se tasser méchamment au fond de nos chaussettes détrempées. Alors, avoir à se taper le pécore de province venu se pochetronner le cornet comme au Métropolis, comprenez qu'il y avait comme un manque d'amour dans nos cœurs. Surtout que stupéfaction, infarctus, incontinence... ce que nous pensions être un concert de deux heures se transforme, à la vue du line-up long comme un bras, en all-night long party... Autechre est annoncé à 01h45. Notre humeur se tend comme un fil de fer barbelé...

L'entrée dans les locaux de La Machine Molle ? Dans la lourdeur la plus totale... Et ne croyez pas que nous faisons référence à l'ouvrage de William Burroughs pour ses frasques opiacées ou sa superbe diablerie. Non, l'adjectif est ici hautement péjoratif, informant qui veut bien nous croire de passer son chemin et de boycotter cette discothèque banlieusarde implantée en plein Paname. Vestiaire obligatoire, fumoir riquiqui et intenable pour multiplex commercial de haut-standing, jeux de lumières digne d'un aérogare... Seul avantage le prix des boissons est raisonnable, enfin, si vous appréciez vous envoyer un dé à coudre ou vous farcir une canette de bière chaude à la paille. Qu'on arrête de nous bassiner avec la Machine et qu'on nous rende le Pulp !

L'âme en peine, les souliers raclant le sol, nous déambulons, perdus dans nos pensées, un verre à la main. Et ce ne sont pas les vagues mix electro-drum'n'bass pseudo-warpiens qui risquent d'allumer une quelconque étincelle dans nos esprits corrodés. Par moment, Thibault balance quelques baffes à un Aki, lové en position fœtale sur le sofa, pour s'assurer que ce dernier est bien vivant, quand un brusque attroupement extirpe vos deux hartziners d'une semi-léthargie méditative. Un début de couinement plus loin, Rob Hall commence un set... dur à décrire. Crissement et enchevêtrement bruitiste mesurés à 8.7 sur l'échelle de Richter. Le public s'affole, affublant l'homonyme de l'alpiniste néo-zélandais de divers encouragements sonores. Même si nous esquissons quelques sourires, c'est plus par moquerie, avouons-le, que par approbation. Aucun de nous deux n'étant réellement fan d'électro expérimental noise à la Merzbow, nous éprouvons toutes les peines du monde pour rentrer dans l'univers d'un musicien semblant jouer sur un nerf et tirer dessus à vau-l'eau afin d'obtenir mille souffrances différentes. Nos tympans, eux, signalent qu'il est grand temps de choper un verre et d'aller respirer le grand air frais du cagibi-cendrier.

Réveillés par ledit trouble-fête et ses hurlements de machines, nous partons dans de folles discussions à l'étage, au bar à bulles - seule véritable innovation de La Machine - n'écoutant plus que vaguement les mélopées bruitistes s'extirpant d'enceintes omniprésentes. Et ce... jusqu'à ce que les ténèbres rampent et s'insinuent sous nos pieds. A peine le temps de se retourner, qu'une aube crépusculaire ronge la scène en irradiant le spectateur de son soleil noir. Comme un seul homme, nous dévalons les dédales d'escaliers pour nous approcher et tenter d'en voir plus... Peine perdue : Autechre - ou Ao-tek-er - ne laisse aucune place à l'interprétation visuelle de son set, laissant le public échafauder ses propres cauchemars sur des rafales sonores alliant à la magie de Roland TR-606 et MC-202 de puissantes boites à rythmes Machinedrum. Peu après cette tellurique introduction, les deux musiciens nyctalopes - bien qu'un seul apparaisse distinctement au centre de la scène - égrainent un condominium de nappes cristallines qu'ils dénaturent par la suite en le cisaillant de toute part, avant de le faire littéralement exploser dans une pluie de pierres précieuses frappant violemment le plancher. Rupture / break / assaut : on retrouve le style inimitable du duo de Sheffield que l'on considère trop souvent comme un sous-Aphex Twin. Preuve en est, ce soir Autechre ne souffre d'aucune comparaison, raclant le cortex cérébral d'un public abandonné aux froissements métallurgiques et polaires d'un live trouvant sa source entre le savant Draft 7.30 et le dernier né Oversteps.

A peine le show fini, nous nous extirpons d'une salle on ne peut plus blindée... Le jeu en valait-il la chandelle ? Pfff ... Demandez à tous les petits nippons qui plantent leurs tentes trois jours dans le froid avant la sortie d'un nouveau Final Fantasy. Vous verrez ce qu'ils vous rétorqueront.

Audio


On y était - Broken Bells

Broken Bells, Paris, Lundi 1er mars 2010 au Nouveau Casino

Tout le projet Broken Bells, fruit de la collaboration entre James Mercer, chanteur de The Shins et Brian Burton, aka Danger Mouse, est basé sur l'effet d'annonce. En effet ce n'est qu'en décembre 2009 que nous apprenions la naissance de cette rencontre iconoclaste soit trois mois seulement avant la sortie de leur premier album et, ce n'est que fin février 2010, que nous est annoncé 10 jours plus tard la tenue d'un concert à Paris, première date de leur mini tournée européenne. Mais que vaut cette collaboration au final ?

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En attendant de pouvoir contempler le chat et la souris, en première partie, nous avons Joker's Daughter, le projet folk de Brian Burton avec la jeune jeune chanteuse anglaise multi-instrumentiste Helena Costas. Ils ont commencé à collaborer ensemble en 2003. Mais avec les diverses collaborations de Danger Mouse (Gorillaz, Danger Doom..),  le fruit de leur session d'enregistrement n'a jamais pu aboutir sur un album fini. Jusqu'à l'année dernière où finalement The Last Laugh sort sur Domino Records. Arrivé tout juste pour la dernière chanson, force est de constater que sur scène Helena et ses compères se sont juste trompés de fête, l'épiphanie et les couronnes de galette des rois le 1er mars, c'est has-been ! Ajouté au chapeau du fou du roi d'Helena, on ne va peut être pas commencer à parler musique maintenant...

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Broken Bells ou la rencontre de deux grands hommes. Brian et James font connaissance en se croisant sur divers festivals avec leurs groupes du moment, Gnarls Barkley pour l'un et The Shins pour l'autre. Même si certains membres d'Hartzine n'aiment pas forcément tout ce qu'a pu produire Danger Mouse, force est de constater qu'avec l'âge Mister Burton se bonifie et ses collaborations sont de plus en plus intéressantes aussi bien musicalement qu'artistiquement parlant (on se souvient alors de l'admirable travail fait autour du projet Dark Side Of Your Soul avec le regretté Sparklehorse).
Il aura fallu tout de même un an pour que Broken Bells sorte leur premier album et ce 1er mars est un peu particulier pour ce "super groupe". C'est tout juste leur 2ème concert et il se tient seulement une semaine avant la sortie officielle de leur album. Un vrai test grandeur nature en somme. Mais cet événement n'était apparemment pas assez vendeur ou annoncé trop tardivement pour pouvoir remplir le Nouveau Casino. On pouvait ainsi encore acheter ses places au guichet. Seuls les nombreux curieux et aussi tout le gratin habituel de la hype  médiatique parisienne sont présents dans la salle.  En déposant mon matériel au vestiaire, une gentille dame de chez Magic essaie de placer sa une de magazine (avec Broken Bells) au comptoir du vestiaire, il n'y a pas de petit profit comme on dit. On arrive devant la scène et on découvre la setlist. On commence déjà à côté de moi à réviser le refrain du single vitaminée The High Road qui ouvrira le concert. Sur l'album, Brian et James jouent de tous les instruments et assurent à eux seuls la composition des morceaux. Sur scène, ils sont accompagnés par quatre autres musiciens.
L'instant de vérité a sonné. Les deux compères arrivent sur scène ovationnés par la foule se faisant pressante aux premiers rangs. James à la guitare et au chant et Brian à la batterie, la grande route peut commencer ! Des petits problèmes de son pour leur première chanson n'empêchent pas d'admirer la voix du sosie officiel de Kevin Spacey. En plus du traditionnel éclairage de la salle, on a droit à un véritable spectacle visuel avec des projections vidéo qui jouent habilement avec les visages et ombres des artistes présents sur scène. Ces projections sont toutes inspirées de la pochette du disque : graphique, épurée et colorée. Jouant les morceaux dans le même ordre que celui de l'album, on a finalement plus l'impression d'assister à une écoute privilégiée de ce dernier qu'à un véritable concert. Heureusement le spectable prend une toute autre ampleur lorsque Brian décide se mettre au piano à côté de James. Au premier plan, on a les deux compères face à face se donnant la réplique à grands coups de montées vocales pour l'un et de notes de clavier pour l'autre, énorme ! Après 10 bonnes chansons bien mouillées et passés par de grands moments d'émotion (Citizen ou October) , le duo Danger-Mercer  repart en coulisses devant l'admiration et les acclamations du public. Pour faire durer un peu plus le plaisir, ils reviennent sur scène non pas pour jouer des inédits (il paraît que pas mal de titres sont déjà en boîte pour un second opus) mais pour nous offrir une séance de reprises et pas des moindres : Don't Let It Bring You Downde Neil Young et Crimson & Clover de Tommy James and the Shondells. Du pur bonheur !

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Merci à Fabrice de chez Phunk

On y était - Les Nuits de l'Alligator

alligatorvisuelprovinceneutreLes Nuits de l'Alligator, Paris, samedi 27 février à la Maroquinerie

Programme alléchant et ultra-buzzé ce samedi à la Maro. La sauce a monté toute la semaine grâce à l'un de nos célèbres concurrents, résultat : plus une place, les prix au black relevant du grotesque pour cette petite soirée aux accents bluesy. La raison d'une telle excitation ? Clues. Leur premier album modestement intitulé Clues (2009) est passé à peu près inaperçu au moment de sa sortie. Leurs lives ont largement rattrapé cette injustice, bouche à oreille aidant, nous y voilà ! Mais avant de découvrir ce bijou canadien, nous allons avoir droit à un début de soirée épique...

She Keeps Bees ouvre la danse, la rage au bord des lèvres. Combo minimaliste hyper réussi : Jessica Larrabee et son batteur Andy Laplant nous plaquent au sol avec un rock des marécages, râpeux à souhait. La voix de cette chanteuse n'est pas sans rappeler Cat Power, Patti Smith et même parfois Janis Joplin. Elle s'avère d'autant plus impressionnante que les titres s'enchaînent sans baisse de régime. Cette grande brune à l'allure Girl Next Door, qui s'enrage contre sa guitare, jure d'impatience comme prise au dépourvu, nous livre un live simple, brut et beau. Rien à dire, son armée d'abeilles a produit un nouveau genre de miel, bien relevé en bouche.
Arrive un type à la casquette de capitaine. Turner Cody ? Mmm non. James Levy fait son apparition, guitare en bandoulière, seul et triste (parce qu'il n'était pas annoncé au programme ?). Quatre titres beaux, tristes et prévisibles plus tard, non sans humour, le chanteur nous demande si nous voulons un titre fun. "What ? You're here to party ?" C'était une blague bien sûr. Et pan ! Un dernier hymne à la déprime pour une danse macabre sur la tombe d'un petit garçon, décidément, le bayou n'est pas loin...

2010-02-27-0059La scène s'installe dans un joyeux bazar d'instruments, une, deux, trois batteries. La salle respire, pleine comme un oeuf, il est temps de se mettre a table. Deux barbus font leur apparition. Sourires en coin, chapeaux et vieux costumes étriqués, ces deux-là étaient faits pour s'entendre. Le rouquin (un peu pété) Turner Cody et le brun taciturne Ya Ya (Herman Dune) improvisent une sorte de parade nuptiale de zicos sur la scène de la Maro. Le featuring se concentre essentiellement sur les morceaux bien blues de Cody, qui a invité qui ? Peu importe, le numéro fonctionne à merveille. Les deux barbus hirsutes se surpassent dans cette battle qui n'en a pas l'air, Ya Ya les yeux rivés sur les doigts magiques de Turner Cody. Les deux grands oiseaux déplumés enchaînent les pas de danse improvisés, on s'amuse avec eux. Cody, en entertainer borderline, assure le show avec des textes d'anthologie entre chaque morceau. "I never understood the point of wearing powdered wiggs" Tout le monde se regarde, essayant de se remémorer les cours d'anglais antédiluviens... Neman le batteur finit par interrompre le soliloque de Cody "No one understand what you're sayin' man" Fou rire, et riffs bien envoyés. C'est un vrai bon moment, on se croirait presque au saloon un soir d'été sur les bords du Mississipi. Pause, mes jambes commencent à avoir du mal à me tenir.

2010-02-27-0081Arrive un nouveau barbu, la ray-ban est noire, la toque est vissée sur le crâne malgré une chaleur torride. Un clavier trafiqué. Clues ? Mmm, non. Un deuxième inconnu à la dégaine Berlin 1920 fait son entrée, sort une flûte de sa mallette. Les lumières s'éteignent. Le duo à l'allure théâtrale va nous plonger pendant cinq minutes dans une ambiance moyen-orientale des plus inattendues, encore une surprise au programme. Le raybanisé toqué envoie de gros sons tripant avec son clavier, et pousse une mélopée en ce que l'on suppose être de l'arabe, son acolyte étrange sosie de Christopher Walken souffle dans sa flûte mystique venue toute droit du souk cairote. Et c'est terminé en moins de temps qu'il en a fallu pour installer et désinstaller leur matériel. C'était Jerusalem In My Heart. Pause. Sifflage de bière. Aspirage de nicotine. Les derniers invités surprise ont laissé le mystère de leur intervention flotter dans l'air saturé de la salle.

2010-02-27-0103Enfin notre patience est récompensée par l'arrivée des cinq Canadiens de Clues. Deux batteurs, dont le fondateur du groupe Brendan Reed (présent dans la formation originelle d'Arcade Fire avant Funeral), deux claviers Ben Borden et Nick Scribner entourant Alden Penner (déjà à l'oeuvre chez Unicorns). Pas le temps de faire les présentations, le groupe envoie Haarp, et l'on comprend immédiatement les influences multiples qui foisonnent dans l'esprit de ces types. Rien à voir avec Arcade Fire à qui on les compare souvent. Et pourtant, on décèle une emphase théâtrale dans l'intense présence de Penner, qui n'est pas sans rappeler ces "autres" canadiens. Ce dernier, étrangement vêtu de marron de la tête au pied, le crâne rasé de près, ne se départira pas une seconde de son sérieux. Comme si sa vie (peut-être) tragique y était contée. Arrive le single Perfect Fit. Etrange morceau. Tout commence au piano, la voix de Penner monte, accélération. Pause. Envolée vocale. Batterie rapide. Accélération. Envolée. Et brutal changement de rythme pour un final aux antipodes de l'intro. Je n'aime pas résumer un live, ou un groupe, mais Clues semble quand même accroché a ce leitmotiv bien installé. Et le volume est tellement fort, que je vois mes compères de show froncer les sourcils à chaque fois qu'une montée va exploser dans nos oreilles... C'est sur, Clues sait souffler le chaud et le froid comme personne. Le contraste entre la voix de Penner et le martèlement des deux batteries cloue le public. La rage des Pixies, la douceur mélancolique proche de Radiohead période Ok Computer, et la déglingue de Pavement aux entournures. Tout nous renvoie à ces groupes qui ont inventé leur propre langage musical. Sauf peut-être Muse, et oui je sais, ça fait bizarre de citer un groupe de rock FM qui remplit le stade de France mais on ne peut ignorer une ressemblance parfois confondante dans les fameuses envolées vocales du chanteur à tendance schizo. Après un rappel à la limite du couvre-feu, Reed le batteur viendra timidement au micro, entonner You Have My Eyes Now, émouvant final à un concert secouant. Il nous laissera impatient de revoir Clues avec un nouvel album à nous mettre sous la dent.

Bonus

She Keeps Bees - Gimmie
Tuner Cody - Iren
Clues - Perfect Fit


On y était - The XX & These New Puritans

The XX et These New Puritans, festival Super! Mon Amour, Jeudi 18 février 2010,Paris, La Cigale

Point d'orgue du festival Super! Mon Amour, ce 18 février a des airs de Saint Valentin retardé. Hé oui ce dernier était un peu le cadeau rêvé si vous aviez quelque peu négligé votre moitié le 14 février...
A 19h, déjà une longue queue aborde l'entrée de la Cigale, le temps de faire le tri sélectif de flyers, on peut enfin entrer dans la salle. Le tout Paris est au rendez-vous. Toutes les places du balcon sont réservées, on se fait une petite place près de la scène pour pouvoir apprécier à sa juste valeur The place to be in paris ce jeudi.

These New Puritans

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Désolé les amis. Car avant de côtoyer les cieux, il faudra survivre à l'expérience expérimentale d'outre-tombe de These New Puritans. La scène s'assombrie et l'intro de We Want War arrive imposante et les premiers murmures de Jack Barnett se font entendre... Au revoir les bons sentiments et bienvenue dans un monde où les hommes sont devenus des machines au service du bruit... Aucune interaction avec le public n'est possible... Une chute libre sans fin. Un show déshumanisé, essentiellement consacré à la présentation de leur second album Hidden, mais qui ne laisse personne indifférent. Soit on adhère soit on subit... On subit surtout... Peut-être qu'au-delà de leur trip dark-médiéval, sur scène les TNP ont l'air plutôt de jeunes anglais dépressifs. On se sent pris au piège... Les jeux de lumière laisse peu de place pour prendre des photos ou même filmer (n'est ce pas Arte ahah).  Bref, ils n'ont pas fini d'agacer et ce n'est pas avec leur prestation de ce soir que les avis vont changer.  Ce concert laisse le même constat amer aux nombreuses personnes avec qui je discutais de leur prestation "je ne comprends vraiment pas leur deuxième album...". En résumé, beaucoup de bruit pour pas grand chose. Aux dernières nouvelles Saint-Malo recherche toujours activement le chanteur Jack Barnett qui s'est visiblement perdu en Bretagne annulant ainsi la prestation du groupe à La Route Du Rock deux jours après leur prestation à Paris...

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The XX

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Un grand rideau blanc cache la scène, quelques notes surgissent, un grand X apparaît alors. Oui Paris appelle au secours les 3 minots de Wandsworth, tel Gotham City appelant Batman, pour pouvoir épurer leur âme ce soir-là pervertie par les incantations de These New Puritans. Le temps passe pour The XX mais leur succès ne fait que s'amplifier. Tout va vite, si vite, peut être trop vite pour eux. De leur showcase au Motel à leur prestation de ce soir, il s'est à peine écoulé 8 mois. 8 mois d'encensement mondial après la sortie de leur premier album et Paris, ce soir, ne déroge pas à la règle. On est sous le charme. Leur show est à l'image de leur musique: épuré, minimaliste, puissant et fragile à la fois. Fort est de constater que Romy et Jamie chantent tellement bien que leurs voix vous touchent au plus profond de votre âme et qu'on reste suspendu à leurs lèvres. Sur certains passages, mon cœur balance entre prendre des photos ou juste apprécier le concert et tendre ma main à ma douce, dur dilemme. Leur prestation est hypnotique et le public parisien est ravi de cette soirée et souhaite se faire entendre...Jamie, Romy & Oliver se retirent donc sous les applaudissements après en laissant tourner leur remix de You Got The Love de Florence & The Machine. Si vous voulez les voir en concert, leur prochaine date parisienne est prévue le 14 juin prochain à l'Olympia... Mais c'est déjà complet!

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Merci à Esther de chez Beggars

Audio

Florence & The Machine - You Got The Love (The XX Remix)

Video


On y était - Little Dragon

l_33ea90f846b32fd7f217c9ae9de7c043Little Dragon, Le Point Ephémère, Paris, Le 23 février 2010

Je dois avouer que je ne savais pas très bien ce que je faisais là. L’écoute de l’album Machine Dreams sorti l’été dernier ne m’avait pas convaincu. Que vaut réellement Little Dragon ? Pour partager 2 titres sur le prochain album de Gorillaz, ils doivent bien avoir un secret et leur concert de ce soir devait m’aider dans ma recherche. Yukimi, Hakan, Fredrik et Erik, ces 4 là se sont rencontrés sur les bancs du lycée à Göteborg il y a une quinzaine d’année. Ils ont touché au reggea africain et au rnb à leurs débuts. Il en reste des traces et ça a certainement dû plaire à Damon Albarn. Leur musique oscille entre un trip-hop à la Martina Topley Bird et une pop très électronique dont Bjork version « début » n’aurait pas à rougir. Dans les 2 cas, yukimi et ses accolytes se jouent des frontières. Ici, une mélodie japonaise en fond sonore. Là, une rythmique africaine pour donner le ton. Machine Dreams propose une musique « sensible et magnétique, avec la volonté de faire des chansons calibrées pour les dancefloor ». Voilà comment le groupe parle de son second opus. Démonstration sur scène ce soir. Yukimi Nagano est une pile. Elle occupe la scène et bien plus encore… Elle passe au milieu de la foule, essaie d’emmener tout le monde dans ses pas de danse… raté. Le public reste stoïque et très franchement, les suédois méritaient mieux. Même l’excellent afrobeat du rappel n’y fera rien. Il y a des soirs comme ça où l’on rate un rendez vous faute d’entrain… Little Dragon a tout tenté mais pas tout perdu, je repars convaincu. Le troisième album est en préparation. D’ici là, l’effet Gorillaz aura joué. J’ai dans l’idée que l’attitude du public aura changé…