On y était : RIAM 2015

Même après 12 ans d’existence, les propositions du RIAM demeurent risquées dans une ville comme Marseille : réunir un plateau électro d’initiés un soir de Fiesta des Suds (gros événement populaire où les marseillais s’amassent à coup d’invites), c’est s’assurer une fréquentation moindre. Peu importe, puisque les quelques acharnés qui sont venus au Cabaret Aléatoire le 17 octobre auront joui dans un cadre exclusif de sons bien aiguisés, et rares dans les parages. Comme ceux de Ketev, dont l’electronica presque sentimentale fait l’effet d’un déjeuner sur l’herbe en ce début de soirée. Le Berlinois livre un set de breakbeats légers, avec des nappes colorées au pastel, un registre un peu désuet aujourd’hui mais qu’il traite avec caractère, et pose bien parmi les productions leftfield du label Opal Tapes qui l’a fait émerger. C’est un peu du Border Community lo-fi, et c’est guère représentatif de cet artiste de formation classique qui donne désormais dans le drone acoustique sur Subtext, mais c’est une introduction en douceur. Un vif contraste avec Gabor Lazar, qui s’est fait lâcher par son laptop peu avant le concert, et choisit de diffuser, depuis la console, des inédits de l'indispensable inventaire de maltraitance qu’il a commis avec Mark Fell cette année, The Neurobiology Of Moral Decision Making. La scène est donc vide, nous sommes plongés dans le noir, des gens errent devant la scène, photographient parfois l’absence du jeune hongrois sur scène, leurs flashs étant le seul élément visuel qui interviendra pendant ce petit happening improvisé d’une heure. Les chutes de studio qui nous sont dévoilées sont de nouvelles déclinaisons assez similaires du revigorant headfuck digital entamé par Gabor depuis quelques années. C’est un travail à la serpe sur une forme simple, autour d’une poignée de sons aux pixels apparents, qui déclenche une trance viscérale, presque nettoyante. On regrettera uniquement que les limitations réglementaires en France n’aient pas laissé à ces objets multiformes la puissance physique qu’ils méritent. En comparaison, Zamilska disposait de toute la force de frappe nécessaire pour son live-coup de boule. Bien plus nuancée sur disque, la Polonaise adopte sur scène une attitude indus qui détonne, et rend un mélange d’IDM et d’EBM pas toujours du meilleur goût. Low Jack redresse la barre avec un DJ set qui résume bien l’esprit de l’électro-indie du moment : un éclectisme joueur, un jonglage peu orthodoxe au mix, et des ramifications entre hiphop ghetto et avant-garde électronique (on retrouvera donc Gabor Lazar en chemin).

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Le dimanche soir est pluvieux, mais un public fidèle fait le trajet jusqu’à la Salle Seita au fin fond de la Friche Belle de Mai pour la performance de Lorenzo Senni, qui a beaucoup polarisé le clubbing expérimental depuis deux ans. Il y expose sa synthèse entre haute et sous-culture de l’électronique, cette fois sous une forme très épurée et discrètement théâtralisé. Sur 40 minutes, des samples issus de la hard trance sont agencés dans le vide et créent une dramaturgie faite d’anticipation et de frustration, comme une compilation Thunderdome jouée par saccades et dont la fureur est constamment retenue. C’est fort comme du tuning dans un dispositif d’art contemporain, et ça met en exergue la beauté hyper-expressive de toute cette famille de sons enfin revisitée après des décennies de mépris. Le petit bonus qui donne corps à l’ensemble est le support visuel rudement efficace choisi par ce Milanais et ami personnel du metteur en scène Romeo Castellucci (les deux venant de Sienne) : immobile sur sa chaise, les jambes croisées, un faisceau lumineux derrière lui, et quelques bourrasques de fumigènes dont le son s’intègre parfaitement à celui des rutilantes turbines qui défilent dans les haut-parleurs.

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Le 24 octobre, on bascule dans une ambiance de ghetto-club suintant aux Demoiselles du Cinq, dont la petite jauge se remplit enfin très vite. Les locaux d’Ideal Corpus incarnent avec ferveur les subcultures des internets, des plus régressives aux plus barrées, et leur live les rassemble dans un formule pop-saccharine qui passe bien. Le duo garçon/fille au look street-manga passe tout en revue, footwork sentimental, chanson gabber et hiphop fruityloops, et ouvre le terrain pour l’enfant des banlieues lisboates, Nigga Fox. Fort du succès rampant du label Principe qui a fait connaître ces productions bricolées par des enfants du ghetto, l’afro-portugais condense toute la pertinence et la vitalité de ce courant dans son set. Tout y est simple et essentiel, et on voit prendre forme une nouvelle dance music rapide aux beats décalés, équilibrée entre clubbing européen et vibrations africaines. L’occasion d’une belle liesse avant de clore cette édition panoramique du Riam 2015, ce vendredi 30 octobre dans la Tour Panorama de la Friche.

 


On y était : Saudaa Group, Lubomyr Melnyk & Charlemagne Palestine à la Maroquinerie

On y était : Gonzaï Night w/Saudaa Group, Lubomyr Melnyk & Charlemagne Palestine le 17 octobre à la Maroquinerie

Saudaa Group est le projet solo d’Alexis Paul. Un orgue de barbarie se dresse sur scène : cet instrument impressionne vivement, semble sortir de l’imaginaire. Alexis ne cesse d’actionner une manivelle pour opérer une boucle sur cette machine et en extirper une suite de rêves un peu oubliés, une chaîne d’agréables et troubles souvenirs comme lentement effacés par le grain des années. Cela sonne comme un coin chaud, quelque chose qui chahuterait l’ombre, l’onde hésitante et vacillante d’une bougie. Le début est tendre, comme une façon de sourire déçu, enroulant sa pensée à travers d’infinis parchemins de réflexion. Puis cela s’inquiète, s’assombrit, s’approfondit pour réagir par cet accès brut à la rythmique : on trouve toujours en toile de fond cet appel, cette espèce de vertigineuse pente sonore, bourdonnement constant irradiant de beauté, resplendissant par sa propre évidence. Il est attrayant de le voir manipuler cet instrument : l’orgue conserve une part de mystère, cache sa réelle nature, dissimule sa véritable responsabilité à travers les strates de sons libérées, renforçant le côté presque onirique de la prestation, s’ajoutant au mystère voilant ses compositions et permettant notamment à ces vingt-cinq minutes de lentement sombrer dans un épais brouillard des sens, fameusement applaudi par la salle.

Lubomyr Melnyk joue droit. Reste sereinement stoïque face au continuel déferlement de notes qui se cognent avec la plus doucereuse des logiques. Rivers & Streams, c’est le nom de son dernier album. Lubomyr Melnyk révère les courants et les rivières, cela ne fait aucun doute : l’eau, matière première à toute vie, imprègne sans égards ses longues compositions. Cette descente de sons, infinie, ce flot continu de ritournelles qui s’entrecroisent et s’accumulent pour construire, petit à petit, un éternel repaire de résonance : cela atteint cet état difficile où les sonorités rebondissent les unes sur les autres, où celles-ci se transforment discrètement en une espèce d’onde fuyante et bourdonnante, où l’unité même de la pièce ne s’achève que lorsque toute cette armada de mélodies s’élève en un point central, donnant sens à toute chose. Il est captivant de voir son buste se figer lorsque sa paire de bras s’activent de manière régulière, parcourant le piano tel une pendule dorée minutieusement réglée sur les brillantes et majestueuses pulsations de son instrument ; d’autant plus que le bougre se permet d’abaisser les paupières durant chacun de ses morceaux, profondément immergé à travers ces tumultueuses et magnifiques cavalcades. Splendide concert donné par l’ukrainien.

Charlemagne Palestine

On se trouve maintenant en présence de Charlemagne Palestine. L’homme investit la scène. Il se présente avec moults attributs que l’on pourrait qualifier de « bigarré », arborant un costume aux mille couleurs et disposant son escouade de peluches autour du piano, comme pour mieux en absorber les colossales vibrations qui en sortiront quelques minutes plus tard. Le bonhomme se faufile posément entre ses instruments, nous fait apprécier le tintement régulier d’une paire de verres à pied pour finalement nous servir le plus gros de son œuvre. Car, par la suite, il ne sera question que de piano. Charlemagne Palestine racle les cordes de son piano. Il en extrait ce que l’on appelle la « substantifique moelle » : il exige et force cet instrument à élargir ses limites en projetant les notes les unes contre les autres, provoquant collisions qui, misent bout à bout, ordonnancent une gigantesque montagne de sonorités agiles et vivaces comme le bruissement d’un millier de feuilles d’arbre. A la manière de Melnyk, on retrouve ici cette insidieuse volonté de s’égarer dans les vastes brumes sonores déployées ; seulement, la méthode de Palestine est plus radicale, s’articule précisément sur les frottements alternés et incessants d’une étincelante poignée de cordes. Les sons s’arrangeant les uns aux autres ne cessent de s’entremêler comme un groupuscule grouillant de corps vivants, chacun possédant sa propre identité et se brassant les uns aux autres dans une danse frénétique ouvrant avec force le champ d’une infinie collection de possibles. Les mélodies croisent le fer et s’écartèlent à tel point qu’une sourde voie se creuse à travers cet inarrêtable amas de notes, resplendissantes au début comme étouffantes vers la fin, immense et menaçant nuage noir qui mit un terme à une vertigineuse demi-heure. Trente minutes qui n’auront pas suffi à un public demandeur : Charlemagne Palestine ayant été, à ce qui se disait, hautement troublé par la performance de Lubomyr Melnyk, il décida d’abréger sèchement sa performance.  Il n’en reste pas moins que celui-ci aura parfaitement géré son affaire en parsemant l’assemblée des fréquences les plus inédites que peut produire son instrument de prédilection.

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Photoshoot : Acid Baby Jesus au Point Ephémère

L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère à Paris le 15 octobre dernier pour le concert garage des athéniens d'Acid Baby Jesus.

Photoshoot


On y était : Positive Education à Saint-Etienne

Positive Education, St Étienne, du 7 au 10 octobre

Déjà 3 ans que les larcins de Positive Education commettent des actes de tapage nocturne plus notables les uns que les autres. Si ils ont réussi à faire déplacer dans leur fief stéphanois de grands manitous de la techno à l’image de Jeff Mills et de Paula Temple, c’est lorsqu’ils reçoivent des musiciens s’affairant à triturer la noise et l’expérimental que leurs cœurs battent à l’unisson. Poussé par l’envie de prouver que St Étienne en a sous le coude, le collectif Positive Education créé l’édition immaculée de son festival techno aux larges penchants new wave et post punk et y lie une programmation difficilement égalable tant elle dégouline de saveurs analogiques, valorisant artistes Stéphanois et grands gourous internationaux.

C’est un torrent impétueux qui s’abat sur la ville de St Étienne le weekend du 7 au 10 octobre, remplaçant les cris des supporters de l’AS St Étienne par des flots techno et post punk vivifiants. La ville nous capture et nous pousse dans ses recoins les mieux gardés entres souterrains bétonnés, bars intimistes et lieux empreints d’histoire.

La sauterie commence pour nous le jeudi soir. Les yeux aussi brillants que la brume n’est insistante, l’on se rend à la Tanière ce soir là, habités par le secret espoir de s’enquiller quelques litrons de jus de houblon avec Helena Hauff. On se retrouve happés d’entrée de jeu, admirant l’aplomb des deux malfaiteurs en place ; Judaah, digger émérite du collectif Brother From Different Mother et DJ 7, activiste de l’underground lyonnais chez Groovedge, qui nous font comprendre dès la première décharge techno qu’on ne s’est pas trompés de festival. Notre état d’euphorie laissera place à quelques crises d’épilepsie face à l’univers visuel ultra psyché du groupe local Maha. Occulté dans un coin de la pièce, le synthé s’éveille pour délivrer un son à la fois déchirant et triomphant, limé et déconstruit par les cris du chanteur qui nous balade entre chaos et sentiment d’accomplissement. Habités par ces sentiments confus et un peu ramollis, nous avons pu compter sur l’arrivée d’Helena Hauff pour nous remettre dans le droit chemin. Si la discrète et pourtant très charismatique hambourgeoise était attendue comme le messie ce soir là, on en comprend vite les raisons : techno subtilement tapageuse, références new wave en règle et poussées rock anarchiques font de son set un des meilleurs que l’on ait entendu. La flèche allemande se promène de Tribantura à Pierre Normal aux titres de l'excellent opus Discreet Desires avec une facilité déconcertante. Sur un malheureux mais inévitable arrêt de ce prodigieux spectacle en plein milieu du rappel, nous voyons la fin de notre première soirée se dessiner.

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All photos © Malo Lacroix

Dès le lendemain, le potentiel enfoui de la ville en terme de lieux alternatifs apparaît très clairement. Fièrement dressée dans les rues sombres de St Étienne, la Coopérative est un de ces lieux qui nous font sentir privilégiés dès le pas de la porte franchi. Anciens entrepôts Emmaüs servant désormais de studios d’enregistrement, les souterrains en enfilade de la Coop invitent à la débauche post punk et techno. Underground au sens littéral, le choix de ces couloirs bétonnés prend tout son sens lorsque la techno industrielle d’Hélione et de Rough Copy en b2b nous traine jusqu’à elle. Celui qu’on a hâte de voir, c’est Das Ding, pionnier de Rotterdam, aussi détendu que sa musique n’est exaltante qui a élu domicile dans la salle post punk. Das Ding c’est avant tout l’histoire singulière de Danny Bosten, ce bidouilleur qui va pondre dans les années 80 le chef d’œuvre Highly Sophisticated Technological Achievement avec les moyens de l’époque, en écouler une dizaine de cassettes et le voir se retrouver après 30 ans d’anonymat sur le pointu label Minimal Wave. Le Rotterdamois nous livre un set techno minimal parfaitement équilibré où les beats mythiques de la TR-808 fusionnent avec des nappes analogiques jamais vieillissantes. Son set est une ode à la machine sous toutes ses formes et aux possibilités infinies qui ont découlé de l’invention de l’analogique.

C’est ensuite HxB, fondateur du label Hexibeats, qui va faire faiblir les murs des garages de la Coop à coups de techno tantôt chaloupés, tantôt brutaux. De l’autre côté du couloir, Container prouve aux mélomanes surexcités toute la subtilité que peut avoir la techno à travers la noise ou l’expérimental et son don de provoquer des émotions aussi différentes que délectables. C’est le même type de leçon que fait passer le stéphanois à l’énergie débordante Woodwireavec un set où techno et UK garage s’acoquinent avec brio. L’avant-dernière soirée du festival se finit dans une hystérie générale que ne va pas avoir de mal à capter PEEV, catalysant toute l’énergie du lieu et des festivaliers béats à l’aide de sonorités électro supra efficaces, s’apparentant à de la jungle ou de la drum au fur et à mesure de l’avancement du set. C’est sur cette tornade que le vendredi soir s’achève, ne nous donnant qu’une envie à nous tous : continuer la soirée en se laissant guider par les très accueillants Stéphanois.

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Le lendemain, persuadés d’avoir déjà mis les pieds dans le lieu le plus atypique de la ville, nous nous dirigeons vers le Musée de la Mine. Trois pas et toutes nos certitudes s’écroulent. Un mastodonte de fer géant se dresse face à nous et nous invite à nous engouffrer derrière lui. On se retrouve alors dans un lieu à la limite du réel où le temps s’est arrêté. Après les minutes passées à s’émerveiller devant les vieilles machines d’extraction et la salle des compresseurs que l’on devine derrière les carreaux, il est temps pour nous de nous aventurer dans l’antre de cet impressionnant bâtiment. C’est alors que le moindre son devient immédiatement organique, que chaque crissement est enveloppé par l’ambiance du lieu. La salle des pendus dans laquelle a lieu la dernière soirée de Positive Education a le don de faire se décupler les émotions.

Vêtements de mineurs d’époque dessinant des silhouettes pendues au dessus de nos têtes, rideaux de chaînes flottant dans l’air, lignée de douches laissées là comme si les travailleurs étaient encore présents. On se croit dans une chapelle abandonnée, un lieu où l’on sent une présence, où les sons déstructurés n’auraient pu trouver meilleur refuge. Niveau programmation, la déception de ne pas compter à l’appel de cette soirée Powell et Ekman comme il était prévu s’efface lorsque l’on apprend que Cut Hands et Jan Melnick les remplaceront au pied levé.

Moyö, du label franco-japonais Mind Records, maison de l’excellent Bataille Solaire, a l’honneur d’être le premier à faire revivre les murs de la salle des pendus, il fait se côtoyer basses ténébreuses et voix robotiques au milieu d’une deep techno qui colle au lieu. C’est Broken English Club armé de sa techno grinçante industrielle qui nous propulsera définitivement dans un monde parallèle. On peut alors entendre les machines en ferraille autour de nous se frotter lascivement les unes contre les autres alors que la fumée provenant du sol nous entoure peu à peu. Les sons perçants et tranchants sont relevés par des scintillements analogiques provoquant chez le public un sentiment de flottement ô combien apprécié. Flottement ébranlé de temps à autre pour se délecter des sons de la flûte enchantée de Broken English Club, braillant entre deux percussions. La lourde tâche de passer après le prodige londonien est attribuée au berlinois NGLY, signé chez L.I.E.S, qui nous charme dès la première note avec ses loops infinies et son électro hypnotique ultra cadencée. Au tour de Cut Hands de nous désarmer. Les lumières provenant de la scène s’entrechoquent contre les énormes murs de béton de la salle tandis que les rythmes très soutenus de la noise résonnent englobant sonorités africaines, d’Amérique du Sud ou encore l’improbable samba sur des airs de trance. Alors qu’on commence presque à imaginer les silhouettes suspendues des mineurs en train de se déhancher, Jan Melnick, preux équipier de la Fête Triste apparaît pour débuter le set qui clôturera ce tourbillon sonore du mois d’octobre, rejoint par son compère Moyö. C’est ainsi, dans un vent de techno brute, de house et d’amour fraternel que le festival touche à sa fin, nous faisant nous rendre compte de l’expérience complètement singulière que nous venons de vivre. Quelques jours syndicaux seront nécessaires pour arriver à se détacher de ce monde utopiste. Dans lequel on replongera la tête la première l’année prochaine.


On y était : Lou Barlow au Point Ephèmère

Lou Barlow au Point Éphémère, le 4 octobre 2015

Brace the Wave est le dernier album de Lou Barlow. Six années après le lumineux Goodnight Unknown, l’enfant du rock revenait apaiser les consciences de moult adulescents ce soir d’octobre par l’habile truchement d’une guitare, d’un ukulélé et d’un synthé mollasse. Plus d'une heure et demie de morceaux qui donnaient tous, les uns à la suite des autres, la virile impression de posément s'écouler à travers les sinueuses et graciles courbes de la mélancolie. Ils se ressembleraient presque tous, ces titres, portant pour chacun la même trace d'évidente peine et de fragile espoir, laissant un par un la même vague image d'un ami rassurant. Car, bien évidemment, Lou Barlow, tout le monde le connaît.

Clairement. Lou Barlow, tout le monde le connaît. Dinosaur Jr., Sebadoh, Folk Implosion: tout ces groupes souillons comme salaces sauçant du larsen à tout va. Personne n’omet cela, personne n’ignore sa brillante carrière. Absolument personne. Et pourtant. Quelque chose cloche. Dans l’apparence. Quelque chose ne va pas. Observez un instant, la réponse est claire. Cet enfant est un maléfice hygiénique. Il est impossible de se présenter de la sorte. Faire le rock n’excuse pas tout. Une chemise, certes. Cela vous rend élégant. Attire l’œil, le regard. Vous jouez la séduction. Clairement. Deux chemises : mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? L’une sur l’autre ? Comment voulez-vous ? Comment considérer cette folie ? Putain de merde, mais cela veut dire qu’il transpire doublement ? Ce n’est pas envisageable. Je ne peux pas envisager ce genre de réalité. Je ne veux pas. On n’enfile pas une chemise sur une autre chemise. Diable. C’est élémentaire.

Lou Barlow

Ce n’est pas tout. L’animal est fort poilu. Cela recouvre son visage. Comment voulez-vous percevoir une quelconque émotion, l’apparence d’une saine constitution sous cette brouillonne muraille de poils qui recouvre son museau... ? C’est pourtant simple : à travers une élégante collection de morceaux touchant sans peine la grâce de ceux qui ont vécu. Lou Barlow est touchant. Il est tendre, doux comme un agneau, laisse pendre quelques histoires, entre chaque morceau, quelques histoires drôles. Seul, il gratte son ukulélé, valorise chaque émotion sur sa guitare, se laisser aller au synthé. Il n’y a rien à redire : il faut mettre en avant le fait équivoque qu’il joue la musique idéale pour une fin de semaine, un dimanche soir d’honorable paresseux. On espère se ressourcer, goûter des chansons qui n’ont pas d’âge, qui semblent s’adresser comme parler à tout le monde. La majorité de son dernier album est jouée, plus, bien évidemment, une paire de titres de ces anciens projets, de Dinosaur Jr. comme de Sebadoh. Fameuse performance de l’américain, toujours aussi prompt lorsqu’il s’agit de sérénader tranquille une assemblée à tête reposée.

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On y était : Public Image Limited au Trianon

Public Image Limited, Trianon, le 6 octobre 2015, par Jano

Aller voir PIL en 2015, c'est essentiellement aller voir Johnny Rotten. Car en 2015 Public Image a-t-il un sens au-delà de l'icône punk absolue? Déjà en 1992, date de la première dissolution du "groupe", suite au quelconque This What is not, la marque Public Image Limited a depuis longtemps été vidée de son aura vénéneuse. Au line up original, auteur de 3 premiers albums expérimentaux et prégnants, a ainsi succédé une seconde partie de discographie sans queue ni tête sur laquelle Rotten, désormais seul véritable maître à bord, essaye de mettre sur pied tant bien que mal (mais plutôt mal) une sorte de post punk FM (cette hérésie!), le tout en continuant à se croire plus malin que tout le monde... Peut être depuis The Great Rock'n'roll Swindle, l'ex frontman des Sex Pistols avait-il compris que quelques postures pleines de défiance et un sens de la répartie façon slogans punk suffisaient parfois à faire passer les foirades les plus indignes pour du génie dilettante. Cultivant son image de fouteur de merde ultime, notre pourri devient selon la formule consacrée la personnalité que l'on adore détester (ou l'inverse), un paradoxe ambulant du paysage rock, ratant globalement ses disques mais devenu un client médiatique incontournable aux sorties régulièrement jubilatoires.

C'est cette figure d'un Rotten cartoonesque et toxique que l'on espère retrouver en ce début octobre sur la scène d'un Trianon à peu près plein, histoire de faire oublier les temps faibles d'un répertoire qui risque d'alterner entre la noirceur hypnotique de l'indépassable Metal Box et les compositions parfois indigestes de la suite. Mais c'est l'assez convaincant dernier album What The World needs now qui est à l'honneur avec en ouverture le single mordant Double Trouble, enchaîné comme sur l'opus avec un Know Now lui aussi frontal. Et quand déjà suit le crowd pleaser This is not a Love Song, sur lequel Rotten s'adonne à un exubérant numéro de Catasfiore punk à base de R qui raclent et de dernières syllabes en trémolos (ses 2 effets signatures), on se dit que pour un temps on oubliera les considérations de setlist, pourvu que l'on ait l'ivresse live. Les grooves menaçants du PIL première période se font malgré tout longuement attendre et quand la fosse du Trianon entre finalement en ébullition sur le dancefloor anxiogène de Death Disco c'est pour derrière retomber aussitôt dans les ringardises 80's de Warrior et The Body. Bref du Rotten 200% pur jus de tête à claque, s’entêtant à maintenir sous perfusion live un répertoire qui avec un géniteur moins illustre aurait disparu des consciences depuis un moment. Pour bien nous faire sentir la mesure du gâchis on a même droit en première clôture à une version extended particulièrement possédée de Religion avec des basses à décrocher les balcons. Le rappel est tout un symbole avec le séminal Public Image passant telle une comète, mais traînant derrière lui, comme un boulet, le stadium rock démago de Rise. Johnny Rotten pour le meilleur et pour le pire...

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On y était : Unknown Precept au Garage MU

Soirée UNKNOWN PRECEPT, Garage Mu, 25 septembre 2015

Le Garage Mu n’ayant pas l’autorisation d’après minuit, le timing de ce showcase parisien d’Unknown Precept est plus que serré, au point qu’on n'aura pas senti la soirée passer. C’était un bloc cohérent, nerveux, de quatre lives dessinant l’esthétique d’un petit label qui utilise l’électronique d’une manière crasseuse et excitante comme on l’aime. À l’image de Nick Klein qui ouvre les hostilités en faisant grésiller ses pads juste comme il faut pour un moment de technoise/bondage saturé et bien agencé. Sur la fin de son set, il travaille sur une boucle rythmique tronquée qui donne l’impression d’un stop/play permanent et crée une tension différente qu’on aurait voulu voir se développer.

Mais ici il n’y a pas une minute à perdre, et Maoupa Mazzocchetti enchaîne avec le show le plus fun et enthousiasmant du lot. Plus pop et smart que dans ses prods, il endosse en live un rôle d’entertainer minimal wave, se montre très à l’aise au micro, et fait sortir un émoustillant funk froid de ses machines, le genre de performance rafraîchissante dans le contexte austère de l’électro de garage.

On baisse un peu en régime avec Miguel Alvarino, dont le set plus propre, un peu hésitant, dénotait avec le souffre et la poussière auxquels on s’était accoutumés, et aurait peut-être fait plus d’effet en ouverture. Pour terminer en beauté, Profligate redresse sèchement la barre et saccage tout avec une séance de workout hardtek-ebm autoritaire, assez éloigné de ses productions. C’est méchant, sale, régressif, drôle, et c’est tout ce qu’on est en droit d’attendre de l’électro-indus indie du moment. Unknown Precept à tout ce qu’il faut en magasin à ce titre-là.

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Photoshoot : Juan Wauters & Caandides au Point Éphémère

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L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère à Paris le 2 octobre dernier avec les lives de Caandides (Cracki Records) et de Juan Wauters (Captured Tracks).

"L'autisme romantique, c'est le futur"

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CAANDIDES


Photoshoot : Rock En Seine 2015

Bienvenue dans le DisneylandTM du Rock, ou de ce qu’il en reste. Dans le rôle de Mickey ou autres Pluto, vous trouverez des gens peints en fluo, des mecs en costume de Tigrou et des filles tout droit sorties des pages revival 70s du dernier catalogue H&M. Votre patience sera mise à l’épreuve à chaque instant : pour commander une bière, pour faire pipi, pour commander une bière, pour faire pipi, pour commander…

Faire une critique constructive de ce que j’ai vu pendant ces trois jours sera compliqué, tous les groupes que j’ai entendus sauf un sonnant selon la formule suivante : SP = V + B2 + f(x)
où SP : son perçu ; V : voix ; B : batterie ;
f(x) : gloubibloulgadetouslesautresinstrumentsprésentssurscène

Jour 1

J’ai entendu le premier tiers du concert de Jacco Gardner en attendant que le photographe devant moi dans la file pour récupérer les pass finisse de réciter l’intégralité de sa généalogie Linkedin et se décide si oui ou non, ou enfin peut-être, mais finalement je ne sais pas, il souhaitait prendre des photos de The Offspring. J’ai utilisé toute la panoplie de soupirs et d’expressions faciales traduisant l’exaspération de mon répertoire, et croyez-moi, je suis plutôt douée en la matière, mais rien n’y a fait. Enfin arrivée devant la scène je dois avouer que la musique de Jacco Gardner a quelque peu souffert de la formule énoncée plus haut. Ses mélodies survivent à ce traitement mais y perdent tout de même en finesse. Ce qui est un peu embêtant quand on joue dans le registre de l’orfèvrerie pop.

Franz Ferdinand & Sparks. Voir ce groupe m’a fait l’effet de regarder des gamins piaillant complètement surexcités à la vue d’une balançoire ou un truc quelconquement chiant dans un parc. Une sensation de vide intérieur face à une exaltation primitive et sincère. Le sentiment de mourir un petit peu plus chaque jour. En d’autres termes, l’intérêt que je porte à ce groupe est inversement proportionnel à ma stupéfaction face à l’emballement du public. Je me suis sentie vieille et décrépite alors que je regardais un groupe vieux et décrépit mais plein d’entrain.

Venons-en à la galéjade de cette édition. The Offspring, c’est le groupe crétin par excellence. Aucune subtilité, aucun talent, un chanteur dont l’apparence et la voix rendraient épileptique n’importe qui, et pourtant, ça marche. Ça marche suffisamment pour avoir vendu un peu plus de 30 millions d’albums au cours de leur (trop) longue carrière. Alors oui, le nombre de ventes est loin d’être un gage de qualité mais disons pour être plus précis qu’ils sont arrivés à vendre leurs disques à des gens qui se targuent aussi d’écouter Arvo Pärt tout en lisant Eschyle dans le texte (je le sais de source sûre). Donc certes, derrière un certain dédain affiché, impossible de refréner complètement un sentiment de jubilation dès la détection des premières notes de Come Out And Play. Après, je ne sais pas, une interview programmée m’a empêchée de me trahir en tant que fan refoulée d’un groupe certes catastrophique, mais capable de transporter un être humain vingt ans en arrière avec trois accords de guitare.

Retour d’interview et début du concert de Kasabian. On sent tout de suite les groupes qui ont l’habitude de jouer devant des publics de stade et encore plus ceux qui aiment ça. De mémoire (Benicassim 2005), je ne me souvenais pas que Serge Pizzorno aimait à ce point se tortiller sur scène en costume moulant, par contre Tom Meighan a toujours été un showman. Dans un sens, c’est le groupe parfait pour ce genre de manifestation, les morceaux sont efficaces et dans leur genre, ils assurent. D’un autre côté, il n’y a pas de surprises… mais c’est pas tellement ça qu’on attendait.

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Jour 2

Sans jouer au chauvinisme de bas étage (c’est pas mon genre) c’est vrai qu’Etienne Daho c’était bien. Surtout la reprise de Gainsbourg…

Interpol, contrairement à Kasabian, n’est pas fait pour jouer dans ces conditions. Excepté le guitariste, le groupe ne fait pas trop d’efforts pour dissimuler son manque d’enthousiasme. Disons-le sans ambages, le son est massacré. Ce n’est pas tant lié au groupe qu’à une incompatibilité avec le lieu. C’est vraiment dommage.

Je n’ai jamais trop compris l’engouement pour The Libertines. Les chansons sont correctes mais le groupe ne m’a jamais bouleversée pas par son inventivité. Chacun de leurs morceaux serait comme un film où on sait à l’avance ce qui va se passer dans la scène suivante. Confortable mais ennuyeux, un genre de Law & Order musical. Par contre, Carl Barat et Pete Doherty ont un message à faire passer : ils s’aiment. Oui… bon… ok… ces deux là ont joué le drame du couple qui s’aime, se déchire, se rabiboche, divorce avant de se marier, etc teeellement de fois (selon mon estimation) que ça fait bien longtemps que ça n’intéresse plus personne.

Jour 3

Dernier jour et on était tous un peu foufous à la perspective de voir Tame Impala qui a été propulsé comme chacun sait de groupe rock puis pop psyché plus que sympathique qui remplit sobrement un Olympia à un mega monstre qui se paie un Zénith en janvier prochain. Comprendre que maintenant Kevin Parker dit des trucs comme « Paris! Put your hands in the air! » sur scène et que tout le monde a l’air de trouver ça normal. Ne me demandez pas pourquoi, mon cerveau n’a toujours pas réussi à analyser ce phénomène mais leur dernier album Currents me fait irrémédiablement penser au dernier album de Katerine Magnum. Ce n’est pas forcément un problème mais c’est tout de même assez invraisemblable. En attendant, je fais mes adieux au Tame Impala de 2010 et son incroyable concert à la Maroquinerie. L’impression globale que m’a laissée leur performance à Rock en Seine est celle d’un groupe qui ne s’est pas encore totalement familiarisé avec ce nouveau statut. Il y a une sorte de maladresse touchante à voir Kevin Parker encore un peu gêné dans sa façon de s’adresser à ce public nouvellement acquis.

On s’en doutait un peu mais les Chemical Brothers sont ceux qui s’en sortent le mieux en termes de rendu sonore. Le show est surpuissant. Pourtant pendant un moment, je me suis dis qu’ils étaient finalement restés assez sobres dans la mise en scène (sobres à l’échelle de Jean-Michel Jarre entendons nous bien) mais ça c’était avant de voir débarquer sur scène deux putains de robots géants animés avec des yeux jetant des lasers. J’ai pris ça comme une touchante attention personnelle. Je préfère donc être honnête, mon avis est complètement biaisé. Ce concert était génial.


On y était : Levitation France 2015

Succédant à l'Austin Psych Fest, Le festival angevin « Levitation France » consacrait également sa programmation à l'exploration de musiques dites psychédéliques ou tout simplement joyeusement bordéliques, avec un line up plutôt cohérent, à l'occasion de cette 3e édition, permettant au spectateur de rencontrer quelques figures tutélaires pionnières ou les nouveaux chantres de ce renouveau néo-psyché dans le but d'en apprécier ses formes variées. Pendant deux jours, une vingtaine de groupes se sont ainsi produits dans la salle du Chabada et sa scène en plein air. Nous voguions d'un espace à l'autre, le plus aisément du monde, et assistions à la quasi-totalité des concerts car les temps de passage ne se chevauchaient que peu et concourraient à la création d'un cadre propice à la flânerie et à la joyeuse errance.

Au-delà de la spécificité du genre, le phénomène de Lévitation étant l'état de suspension d'un corps ou état de transe auquel le spectateur serait convié à l'écoute de ces musiques hypnotiques. Qu'est ce qui aujourd'hui serait proprement psychédélique, et quel en serait le groupe le plus emblématique? Les voies sont diverses , les exemples prolifèrent et la recherche s'avère fastidieuse mais à l'échelle de cette programmation nous pouvions peut être mettre en exergue quelques tendances: constructions rythmiques peu complexes et hypnagogiques basées sur la répétition (The Lumerians / KXP / Super), envolées instrumentales inspirées et solos lyriques dans une veine prog (Dungen), mélodies éthérées planantes (Death and Vanilla, Melody Echo Chamber, Tess Parks & Anton Newcombe), musiques noires messianiques et orgiaques (Indian Jewelry, KXP), expérimentations diverses notamment au moyen d’instruments atypiques (la theremin chez Octopus Project), effets de distorsions et sons saturés (Destruction Unit, Wand), sentiment d'étrangeté et son atmosphérique (Wire), musique de transe (Blanck Mass). Certains groupes n'entraient pourtant dans aucune des catégories et ne faisaient pas de leur bizarrerie vertu mais nous impactaient autrement (Melvins, King Khan & BBQ).

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C'était aussi le cas de Solids, le jeune duo canadien qui profitait d'une petite tournée européenne, à l'occasion de la sortie de leur LP Blame Confusion (Fat Possum Records), pour officier en tout début de soirée sur la scène en plein air du Chabadabada. Le jeu était nerveux mais tout plein de ce charmant entrain, signe d'une jeunesse sainement épanouie dans le bruit et la saturation. J'ai alors été victime de la première hallucination sonore due très probablement à l'ingestion d'une tranche de mortadelle surgrasse et avariée, assimilant ainsi le titre Off White de Solids à l'intro frénétique de Bruise Pruistine du premier album de Placebo (pas spécifiquement pour le côté Emo même si dans les deux cas, ils s'en donnent à coeur joie!). Quel possible aparté serait-il possible de faire après cette honteuse révélation si ce n'est considérer que Placebo aurait sans doute perduré dans la catégorie " rock indé " (hé hé) si les naseaux de Brian Molko n'avaient pas été aussi inusités. Remplacez les par ceux de Ian Vanek chanteur épique lo-fi de Japanther, trempez les dans l'huile et dans le sirop d'érable et nous nous rapprochons bien heureusement de leur rythmique pop punk décomplexée au son de guitare début 90's et de leur chant possédé. Sur scène, face à nous, se dressait une banderole guerrière déployée représentant un os humain noué, objet détourné dont l'aspect « solids » de la matière avait été rendu mou (type de détournement très art contemporain) et cet emblème était finalement à l'image de cette musique aux effets antithétiques : bruyante violente / hypersensible.

Le cheminement se prolongeait ensuite à l'intérieur du Chabada badaboum pour découvrir le groupe finlandais KXP qui offrait une performance ritualisée reposant essentiellement sur des effets scéniques calibrés et des accoutrements profilés : capes longues et sombres, capuches de druides obombrant les visages des 2 batteurs, dont la surenchère rythmique n'était d'aucune utilité dans ce cas précis mais contribuait une fois de plus à intensifier l'impact visuel. Force est de constater la récurrence de projets électro jouant sur des attitudes visuelles outrancières, avides d'occultisme et d'imagerie sectariste souvent à essence rétro futuriste. L'étrangeté se cantonne bien souvent aux seuls attributs vestimentaires et effets visuels divers (projections, logos et blasons, visages masqués…). La musique est constituée de longues plages électroniques hypnotiques basées sur la répétition plongeant le spectateur dans une immersion catatonique, privilégiant l'effet de transe à l'écoute active. Les groupes KXP et Lumerians rendaient bien compte de cette faction électro chamanique.

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Une autre formation spé reprenant cette posture retenait tout particulièrement mon attention. Le groupe texan Indian Jewelry se présentait comme un bon groupe de play back non synchronisé d'obédience arty, à l’attitude scénique et aux accoutrements bigarrés. Leur incohérence était protéiforme tant sur le plan auditif que visuel et c'est finalement dans ces illogismes que résidait leur intérêt. Quant à la musique : Était-elle synthétique ou analogique ? Toute cette MASCARADE baignant dans un flou artistique indéterminé, entre électro indus minimale ambiant drone et réverbérations psychédéliques, tendait vers un art informel. La performance scénique à l’artificialité second degré refrénait malheureusement mes envies d’élévation vers de nouveaux paradis narcoleptiques édulcorés présents à l’écoute de leur dernier LP vieillissant Peel It (2012 sur Reverberation Appreciation Society). Ouf ouf ouf s'esclafferait Barzy du bébête show. Ils étaient drôles ces hippies obscurantistes texans, un peu dans la lignée des somnanbules d’Excepter.

Un autre groupe texan présent à Lévitation, répondant au doux nom surréaliste d'Octopus Project, évoluait aux confins de l’électro indolente des Indian Jewelry et distillait une happy-pop instrumentale survitaminée, voire illuminée à l'image du titre Music is happiness (sur One Ten Hundred Thousand Million). Contrairement à la plupart des autres prestations, les sonorités étaient claires, les modulations constantes et les enchaînements d'une précision millimétrée (musiciens munis de métronomes à oreille) pour une parfaite combinaison instrumentale mi digitale mi électronique. Autre distinction importante : la tonalité était différente, délaissant la mélancolie et les ambiances ténébreuses pour faire place à la jubilation, voire même à la béatification (Dan Deacon n'est pas loin). Cette prestation avait, entre autres qualités, celle de nous extraire de notre langueur et de la répétitivité (mot clé qui figurera comme un marqueur de métadonnées) même si finalement l’extrême précision avait tendance à perturber la pleine immersion.

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Vous l’aurez ainsi compris, Austin s'invitait cette année à Angers, rendant hommage à ce jumelage particulier entre les deux villes. Tant sur le plan de la programmation, culinaire, ou des animations, l'esprit texan était vivant. Austin a son « Levitation» depuis maintenant 8 ans et voyait se reformer cette année les « 13th Floor Elevators », chantres exemplaires pourtant outsiders de la musique psychédélique avec un roky ranimé artificiellement. A Angers, nous pouvions nous targuer d'une autre résurrection, celle d'Anton Newcombe, pionnier du renouveau de la scène néo psyché profitant d'un formidable bain de jouvence dû à sa collaboration avec Tess Parks. Tess chante comme Hope Sandoval de Mazzy Star et le fantomatique Anton ne sait rien fait d'autre que du Brian Jonestown Massacre. C'est donc un succédané d’ersatz… un erzats de succédané d'avatar de simili substitut palliatif de titres interchangeables, folkeux et langoureux basés sur la répétition et la déclinaison d'un même titre inlassablement.

Redite et répétition également pour Arish Ahmad Khan aka King Khan et Mark Sultan mais bien salutaire pour ceux qui préfèrent le rock'n'roll primaire grand guignolesque aux introspections psychédéliques. L'aspect performatif triomphait une fois de plus incitant à la danse tous les vaillants gorets surexcités dont je faisais fièrement partie. « To hell with psychedelic music and long life to rock n roll » scandaient-ils comme s'ils avaient infiltré un réseau ennemi pour mieux le dissoudre de l'intérieur, distillant par tous les orifices leur garage tonitruant. Hilarant! Dans cette guerre des gangs autoproclamée, triomphaient les californiens de Wand en ripostant allègrement avec leur psych rock oxymorique, aux envolées lyriques lumineuses mais aux riffs ultra puissants. Les titres en live étaient adroitement retravaillés conférant davantage de densité à des morceaux à priori imparfaits. Dans sa conquête de l’ubiquité, Wand excelle en toute liberté, à en croire ses constants emprunts mais ô combien opportuns. J'étais complètement passée à côté de leur prestation à l’occasion de la dernière édition du festival This is not a love song à Nîmes et ne peux désormais que déplorer cette grossière erreur d’appréciation qui me fait perdre à jamais toute crédibilité !

Autre son à l'ambivalence digne d'une figure de style, celui de Destruction Unit dont les parties jouées étaient si antinomiques qu'on avait l'impression d'assister à la réunion de deux styles musicaux radicalement différents, entre punk et space rock. Le duo rythmique incarné par le batteur Andrew Flores, accoutré tel un joueur de poker, et l'excellent bassiste Rusty Rousseau, était rapide, efficace et sans ostentation. Les autres membres en comparaison balançaient des gros FUZZS outranciers à tout va pendant toute la durée du set et se donnaient en spectacle à l'instar du guitariste hermaphrodite Nick Nappa au comportement scénique digne d’un chimpanzé en prédation. Le set s'est terminé en un florilège expérimentations bruitistes donnant l'impression d'assister à un pastiche de la scène d'introduction de 2001 l'odyssée de l'espace (ou même sa parodie dans Zoolander) dans lequel chacun des guitaristes découvrait son instrument pour la toute première fois, inspectant l'objet sous toutes ses facettes, le manipulant dans tous les sens avec stupéfaction et fascination. Aucune surenchère visuelle palliative pour les Melvins qui, tout en restant d’une placidité absolue, en dépit d’un style vestimentaire complètement incongru (traditionnelle tunique médiévale pour Buzz Osbourne et coiffe de fakir pour Jared Warren), nous envoyaient valdinguer le plus violemment du monde par le truchement d’un son surpuissant renchéri par le jeu à l’unisson des frappeurs Coady Willis et Dale Crover pour un effet de pesanteur et de répétitivité absolu. Cette prestation allait finalement de pair avec la programmation à l’exception que nous ne lévitions pas mais nous engluions dans les marécages de la déraison. La plus belle des morts assurément !

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Autre douce agonie… celle des membres de Wire, présents à Lévitation pour n’interpréter que l’intégralité des titres de leur 13e album « Wire » sur leur propre label Pinkflag. C’est tout à leur honneur car il ne s’agit pas d’un concert de reformation commandité pour plaire à une poignée de nostalgiques grabataires désireux d’écouter l’intégralité de leur album culte. Certes ! Tout de même… J’étais, quant à moi, autrement nostalgique à l’écoute de ce son doucereux et atmosphérique, de cette voix soyeuse et monotone. Leur musique était nimbée de mélancolie, même les titres les plus énergiques semblaient avoir été contaminés par cette sirupeuse neurasthénie et manquaient de relief. Le temps passant leur énergie se tarit immanquablement même s’ils restent malgré tout pertinents. La plus belle des sensations de ce festival aura sans aucun doute été celle suscitée par la lumineuse performance des suédois de Dungen. La perspective de leur venue à Angers a même été le catalyseur de ma participation au Lévitation. Grand bien m'en a pris car…..ça dé-chi-rait : A la fois pour le niveau de technicité au service d'une esthétique pop-psyché particulièrement recherchée et d'une rare élégance, que pour le côté épique et pastoral renforcé par ce chant en langue suédoise et ces longs solos de guitare, piano ou même …. de flûte traversière. Mmmm alléchant n'est-ce pas ? En effet! J'aime les gentils Dungen d'amour pur et l'emploi du « Je », dans ce cas précis, se justifie d'autant plus. Des explosions de joie éructaient de nos corps d'hippies convertis et nous dansions tels des faons sur les truculentes mélopées scandinaves accompagnées du doux clairon de la flute de pan. Après avoir joué plusieurs titres du très bon Allas Sak ( sorti en 2015 sur Mexican summer ) les tubes ( Ouais c’est bien les tubes !) Panda et Du e for fin for mig de l'album Ta det Lugnt (2004) ont clôt ce merveilleux moment de poésie bucolique.

La suite était ensuite logique avec Melody Echo’s Chamber. Selon la formule des 6 degrés de séparation, évoquant la possibilité que toute personne peut être reliée à n'importe quelle autre, au travers d'une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons: Melody Prochet, ex de Kevin Parker (fan de Dungen) qui lui a produit son album, était accompagnée du guitariste et bassiste Benjamin Glibert, aussi membre d’Aquaserge à l’instar de Julien Barbagallo désormais membre de Tame Impala. Belle consanguinité musicale en effet. La voix fluette de Melody, arrangée et édulcorée sur l’album, disparaissait complètement au profit de l’excellente instrumentation. Le sujet principal du tableau figurait à l’arrière-plan dans une composition aux arrangements raffinés et déliés. Impressionnants sur Crystallized, Pablo Padovani au clavier (Moodoid), Benjamin Glibert, Jérôme Pichon à la guitare et Stéphane Bellity étaient les véritable héros de cette belle odyssée sonore psychédélique et les parfaits représentants de ce Lévitation France.

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On y était : Solids à l'Espace B

Solids venait parcourir l’Europe sur l’intégralité du mois de septembre, dont un arrêt à Paris, à l’Espace B, histoire de défendre leur premier album, Blame Confusion: dix morceaux affichant sans pression ce qui est probablement le plus haut capital sympathie entendu depuis un certain temps. Ils sont deux, batterie et guitare, font pleine face au public, et déroulent avec aisance une piste toute lisse de riffs férocement étourdissants. C’est à la fois brut et saisissant, je veux dire que cela bouscule et rassure à la fois : le jeu ample et souple du batteur, détachant athlétiquement chaque membre de son auguste buste pour gravement violenter ses cymbales, les mélodies évasives du guitariste, le genre de suite de notes qui formalise et conditionne une véritable présence, celle d’un ami proche, ce type de tonalité qui fonctionne comme une pommade ou un parachute, des bras dans lesquels se reposer. C’est très plaisant. C’est-à-dire que ces airs, ces frissons, ces sensations, cela me fait penser à cet état proche de l’ivresse, là où l’on se laisse tendrement écouler dans un torrent d’échos, le sourire signant un visage, rentrer dans cette espèce de brume où la distorsion prend l’ensemble de l’espace, où seule surnage une paire d’accords auxquels on se raccroche, dans lesquels on se laisse langoureusement traîner. Cela possède quelque chose de profondément grisant. Ça me plaît. D’autant plus que les canadiens ne lésinent pas sur les moyens, vraiment. Deux forts amplis se tiennent droit devant nous, crachent une épaisse masse de décibels, bastonnent bien plus lourd que sur disque, et le batteur trace ces espèces d’autoroutes infinies qui plongent littéralement dans un tourbillon d’étourderie, on en sort comme profondément groggy, c’est putain de délicieux. Concert parfaitement réjouissant des canadiens, que l’on retrouvera deux jours plus tard au Levitation.

Vidéo


Hz V5 Is Coming à Petit Bain

Couverture

Photos © Patrice Bonenfant

L’objectif d’Hartzine était à l'Apérobarge du Petit Bain à Paris le 1er septembre avec les lives de Tsantza et du tout nouveau projet Green Peak, le tout saupoudré du set très poivré DJ SPT V5 is coming soon!

Photos


On y était : Baleapop #6

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Photos & vidéo © David Fracheboud

On y était : Baleapop #6, du 5 au 9 août 2015 à Saint-Jean-de-Luz.

Après l'excellente ambiance de l'année dernière on avait hâte de remettre ça du côté de Saint-Jean-de-Luz et comme l'an passé, le parc Duconténia, cadre très agréable en centre-ville, sera le cœur de cette sixième édition du Baleapop. J'arrive le jeudi, à temps pour choper le live de High Wolf. J'avais déjà vu le breton un certain nombre de fois et je crois que je préférais son approche plus ambiante des débuts. Là, l'ensemble est plus attendu, les beats africains et les motifs ethniques synthétiques répétitifs ne prennent pas malgré leur caractère dansant/transe. Le problème vient peut-être du dispositif du gars : une gratte et un sampler. Tous les sons rythmiques et les nappes provenant de la même source (le sampler donc), les éléments ne sont pas ou du moins trop peu spatialisés les uns par rapport aux autres, sans réelle dynamique, ce qui rend l'ensemble finalement assez plat, dommage, d'autant plus que le mec brille pas mal en ce moment avec son autre projet Black Zone Myth Chant.

Si l'une des qualités du festival est de faire de la place aux groupes locaux, une prog en comprenant trop peut risquer de paraître faiblarde et c'est malheureusement le cas ce soir mais bon, restons vacances. On se tape ensuite un groupe brésilien, Fumaça Preta, le genre de musique qu'un gars aviné en train de faire griller du churrasco écouterait en matant des meufs mal roulées danser avec des plumes dans le cul. Big up pour l'utilisation du spandex en revanche.

C'est ensuite au tour d'Odeï, exception qui confirme la règle par rapport à ma tchatche sur les groupes locaux. On a affaire à un vrai live avec de bons musiciens qui savent bien faire le job. Des projections vidéo de motifs géométriques à l'esthétique 90ies décorent la scène, les montées harmoniques sont parfois un poil pompier mais l'ensemble reste bien classe. Le vibraphone introduit une touche intéressante et il y a dans la musique d'Odeï ce mélange marrant difficile à expliquer propre au collectif Moï Moï, entre modernité et tradition made in Euskadi. Paranoid London clôture la soirée avec leur acid bien racée et ils arriveront à chauffer le public en se contentant du minimum syndical, loin du niveau de leur performance au dernier Sonar.

antinote

Le lendemain direction la plage pour le showcase Antinote. Le label parisien a aligné un trident offensif de haute volée cet après-midi avec Zaltan, Geena et D.K. pour un B2B2B avec une belle animation collective. Si les artistes jusqu'à présent sortis sur le label sont tous de qualité, ce trio présente l'avantage d'être hyper cohérent dans les choix musicaux, un bon bloc équipe si tu préfères. Entre French Boogie, House mongole matinée de flamenco et autres chelouseries entre passéisme et modernité décalée, on passe une super journée. Mention spéciale à ce track balancé tel une boule puante dans une salle de classe par le gars Zaltan, d'après les maigres informations en ma possession il s'agirait de Rien d'un certain Jean-Claude (Quentin, balance moi le track steuplé, je galère avec les internets).

Retour au parc pour la soirée et on démarre par une petite balade afin de checker la sélection artistique du festival. Parmi les différentes œuvres proposées nous retiendrons surtout l'installation de Polar Inertia qui reproduit la sensation d'être piégé dans un épais blizzard polaire tout en proposant une expérience immersive et ludique.

Du côté de la petite scène Flavien Berger fait sonner les premières notes de sa pop gracile et plutôt classe. Le tout est distillé avec maîtrise même si l'on sent bien la culture Burgalat du bonhomme, le côté tendancieux en moins. Je ne passe pas un mauvais moment mais c'est quand même assez précieux comme délire et les petits discours pétés entre les morceaux étaient de trop. Le pays basque décidera ensuite de nous gratifier d'un aspect pas si inconnu de son climat mais qui pour le coup tombe super mal : la pluie. La putain de pluie même tellement on va bien se faire saucer. Résultat : on essaye de résister en s'abritant comme on peut pour capter des bribes de Camera et Jessica 93 avant de vite déclarer forfait même si le reste de la prog du soir me branchait pas mal.

parapluie

Le samedi se passera également sous la pluie, Baleapluie.

La charmante équipe du festival va essayer de palier au problème en trouvant une solution pour abriter le public mais le taux d'humidité et la grisaille flinguent un peu l'ambiance habituellement si hédoniste de Baleapop. Ceci étant dit, fait assez remarquable pour être noté, la grosse équipe de bénévoles garde le sourire malgré les circonstances et l'accueil reste au top. Finalement c'est eux les vraies stars de cette édition.

On capte le DJ set peu inspiré, pour ne pas dire pauvre, de La Decadanse puis c'est au tour de Lena Willikens d'envoyer un bon set bien deep qui pour le coup passe très bien sous la pluie. La meuf a dû refaire ses EQ ou ses sons sur clefs USB sont de meilleure qualité, je ne sais pas, mais tout de suite ça sonne mieux, deutsche qualität. Sonorités post indus, rythmiques tribales, festivaliers pieds nus dans la boue avec des parapluies de branchages, c'est cool. Superpitcher enchaîne et sans son binôme, la moitié allemande des Pachenga Boys va nous faire chier du coup direction la petite grotte dans laquelle l'équipe de La Fête Triste passe des disques. La sélection est pointue et bien mortelle, je kiffe mais putain la pluie... Baleatriste. Cette année la formule du festival a un peu changé, il faut toujours composer avec la municipalité donc de nouvelles choses ont dû être tentées, comme ce samedi soir sous forme de parcours dans différents lieux/bars de la ville à la place de la soirée club. On découvre le bel intérieur du bar éphémère Chez Renauld et on boit des coups avec les potos mais le merdier tourne vite au parcours du combattant entre espaces bondés et bourrasques de flotte.

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La programmation du lendemain est peut-être celle qui me motivait le plus mais des obligations m'emmènent loin de Saint-Jean-de-Luz, je suis vert mais que veux-tu ? Entre temps pourri et planning perso mal branlé c'est parfois la poisse. Mais je me console comme je peux, l'année prochaine Baleapop sera toujours là et le 7 c'est mon chiffre porte-bonheur.

Vidéo


Route Du Rock #25: Bilan et Interview antidatée de François Floret & Alban Coutoux

Ride - Route Du Rock 2015

Quelques semaines avant que l'évènement malouin ne débute, on avait posé quelques questions à François Floret, Directeur du festival, et Alban Coutoux, programmateur, en goguette à Paris. Maintenant que le rideau est tombé sur cette 25e édition, il est temps de vérifier mathématiquement et de manière incroyablement objective si La Route Du Rock a tenu ses promesses.

De la soirée inaugurale et The Notwist

Alban Coutoux: "Pour être totalement transparents, The Notwist avaient déjà deux dates de prévues en Allemagne ce week-end là, et donc ça n'était possible de les faire jouer au festival que le jeudi, à La Nouvelle Vague. Comme ce projet Neon Golden nous excitait, on s'est dit qu'on voulait absolument le faire, et que ça serait donc en salle et pas au Fort. Mais au final, avec en plus Sun Kil Moon, ça fait une très belle affiche pour une soirée inaugurale."

Tu m'étonnes, que l'affiche était belle! On vous l'a déjà dit, avec sa prestation stupéfiante de puissance et de sens mélodique, les allemands auront sans doute livré la meilleures prestation de cette Route Du Rock, transformant la Nouvelle Vague en véritable étuve et savonnant bien la planche à ses petits camarades de l'affiche 2015. Alors oui, The Notwist auraient certainement retourné le fort, mais on ne regrette pas une seconde cette programmation en salle, prompte à amplifier les dégâts causés par les déflagrations soniques du groupe (lire notre report du jour 1).

Promesse tenue à 100%.

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Électronique, Organique et Progression.

Alban Coutoux: "On est très attachés à la dimension live de la musique électronique. On est pas un festival purement électro comme Astropolis ou les Nuits Sonores, la dimension live concert est vraiment importante chez nous, avec des groupes comme Ratatat... Sur l'équilibre entre organique et électronique, on a pas de quotas. Si le groupe qui nous excite le plus est électro, on ira sur l'électro, et inversement. Mais c'est vrai que depuis quelques années on aime bien finir les soirées par des groupes électroniques "

François Floret: « Tout dépend de l'arborescence de la soirée: il doit y avoir de la progression.On ne réfléchit pas seulement sur l'intérêt intrinsèque d'un artiste, mais aussi sur comment on va construire une soirée avec lui, avec une logique qui nous ressemble, une progression, et un point d'orgue en fin de soirée qui puisse faire danser 10 000 personnes. On a un public de connaisseurs, de gens exigeants, mais qui ont aussi envie de s'amuser et danser en fin de soirée, si le groupe correspond à l'ADN du festival. On va pas inviter un DJ lambda juste pour  finir par de l'électro, il faut que ce DJ ou ce groupe corresponde à l'identité du festival."

Sur ce coup, on est bien obligés de revenir sur la prestation de Ratatat: il ne suffit pas de faire péter les lasers sur scène, projeter des images animalières pseudo arties et pousser les amplis des guitares sur de l'électro bien peignée pour soulever la foule (lire notre report du jour 2). Et si l'on parle de progression, on parie que The Soft Moon, le samedi soir, aurait fait bien plus de dégâts que l'inoffensif Daniel Avery à une heure tardive. En effet, parfois, tout est une question de timing.

Promesse tenue à 50%.

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De Björk et son attraction

Alban Coutoux: "Björk est une artiste qui reste pour nous pertinente dans son projet artistique. (...) Évidemment, que Björk, c'est aujourd'hui artistiquement valable pour le festival. Sur le côté bankable, c'est une artiste tellement rare en Bretagne (de mémoire, elle n'y a fait qu'une seule date, aux Transmusicales en 1993) qu'il est difficile de savoir combien pèse Björk en public, en Bretagne, en 2015. C'est un pari. Après, elle n'est pas totalement inconnue, y'a un intérêt assez fort pour elle, les locations marchent bien, on est pas inquiets"

François Floret: "Logiquement, on devrait faire une soirée complète avec Björk, on a une petite jauge, il faut le rappeler: on arrête de vendre des billets à 12000/13000 personnes. C'est beaucoup et peu en même temps. Est-ce que Björk peut attirer 12000 personnes au Fort? Moi je pense que oui. Je suis pas inquiet non plus".

Il fallait peut-être s'inquiéter, finalement. Le chapon de Rekjavik aura au final réussi à réunir 11000 personnes le soir de sa non-venue, annoncée dix jours avant la fête,sans pouvoir chiffrer, donc, combien de personnes supplémentaires se seraient déplacées si la diva n'avait pas eu "un trop plein d'émotions". Une belle performance, donc, qui aura en plus permis à tout un contingent de personnes venues uniquement pour elle de s'en prendre plein la tronche avec le parfait Only Real, le toujours aussi charismatique Luis Vasquez et le concert surpuissant de Spectres, très belle révélation du festival.

Promesse tenue à 90%

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Parlons Topographie des lieux: la scène des Remparts

Alban Coutoux: "Cette année, la scène des remparts bouge dans le fond du fort qui sera totalement consacré aux concerts, l'ancien emplacement devenant une zone de repos et de restauration. Les deux scènes se feront donc face, et celle des remparts sera plus grande, une vraie scène, qui ne relève plus du bricolage."

François Floret: " Il devrait y avoir moins de problèmes cette année: l'intérêt, aussi, c'est que désormais les deux régies seront dos à dos, et les techniciens, en cas de galère, pourront switcher rapidement. En terme de fonctionnalité cette année, ça sera plus facile avec un pôle régie et des spectateurs qui n'auront qu'à tourner la tête pour changer de scène. C'est je pense une vraie amélioration, avec effectivement une plus jolie scène des Remparts. On est conscients qu'il y a eu des galères l'année dernière, c'est moi qui voulait garder ce flux et amener les gens à bouger un peu plus dans cet espace, mais il y avait un goulot d'étranglement plus que gênant, limite dangereux en cas de mouvement de foule...On essaye d'améliorer les choses pour le public, si ça ne marche pas on avisera mais je pense que ça devrait marcher."

Et ça a marché: disons-le tout net, la nouvelle configuration des lieux est idéale et améliore d'autant l'expérience du public. Et puis surtout, il y aura eu cette année une vraie seconde scène, enfin digne des artistes s'y produisant: on y aura ainsi vécu de très beaux moments, qu'il s'agisse de la prestation détendue du slip de Only Real, de celle des espagnoles de Hinds et leur garage pop toute fraîche, ou du dantesque concert de Spectres (lire notre report du jour 3). Le souvenir des superbes et méritants Real Estate, bien seuls avec leurs soucis de son l'année dernière, semble loin.

Promesse tenue à 100%

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De la fosse à purin

François Floret: "Ça fait quelques années qu'on réclame qu'il se passe quelque chose, quasiment depuis qu'on a mis un pied sur ce site (...) On a eu un accord financier en 2012 avec Saint-Malo Agglomération avec un co-financement du département de l'Ille-et-Vilaine et de la mairie de Saint-Père, avec une collaboration de notre association sur la partie technique et logistique, pour une enveloppe de 700 000 euros dédiée en priorité à La Route Du Rock, puisque c'était la volonté de la structure intercommunale de Saint-Malo.Ça a mis du temps, mais en avril il y a eu un drainage du sol de la partie concerts, et il n'y aura plus de boue devant les live." 

Bon, là-dessus, on ne va pas faire la fine bouche: la différence est bien là, et même si le boulot n'a pas été fait à 100% (une grosse moitié de la surface du fort semble avoir profité des améliorations), on n'aura pas pataugé dans une fosse à purin cette année, et on se sera même permis de rechausser les baskets rapidement malgré une pluie bien dégueulasse toute la journée du vendredi. Une vraie révolution pour qui a déjà vécu une Route Du Rock humide.

Promesse tenue à 75%.

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De l'accueil du public

François Floret: "On a la volonté très forte d'améliorer l'accueil du public (...) On sait qu'on merde un peu à ce niveau depuis des années, faute de moyens, de place."

On aura pissé dans un urinoir pendant tout le festival, et on se sera lavé les mains presque jusqu'à la fin.

Promesse tenue à 90%

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De Maxime Lecerf

François Floret: "On a le meilleur  Responsable Presse, Web et Promotion de France"

Jusqu'à ce que le festival le laisse voguer librement vers de nouvelles aventures. C'était donc la dernière édition durant laquelle on a profité de l'une des chevilles ouvrières de l'évènement malouin.

Promesse tenue à 50%

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Des Dinosaures

Alban Coutoux: "Depuis quelques années, on a des figures mythiques de la musique qu'on écoute, comme Portishead, Nick Cave ou Björk cette année. Mais au delà du côté mythique, ce sont des artistes qui pour nous demeurent pertinents artistiquement, on ne fait pas une tête d'affiche pour faire un dinosaure du rock. La question peut se poser pour Ride: c'est un groupe qui a été important à une certaine époque, on a déjà fait jouer My Bloody Valentine et Slowdive, et là la boucle est bouclée, on aura eu la Sainte Trinité Shoegaze."

François Floret: " My Bloody Valentine, c'était pas leur meilleur concert, chez nous... C'était vachement mieux deux ans plus tard aux Eurocks, c'était plus maîtrisé, plus mélodique, moins porté sur le bruit blanc, moins violent. Chez nous, c'était du dur.

Tout comme Slowdive avant eux, Ride aura tenu toutes ses promesses. Les gars n'ont pas perdu la main, et semblent sûr d'eux comme jamais. C'est puissant et mélodique, parfaitement maitrisé, noisy à souhaits. On en viendrait presque à regretter un certain manque de sauvagerie devant tant d'harmonie. Mais le pari est réussi haut la main.

Promesse tenue à 80%.

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BILAN FINAL: Promesses tenues à 80%

Très bon bilan pour cette 25ème Route Du Rock, qui au-delà des améliorations logistiques indéniables, aura été un très bon cru d'un point de vue artistique. Grâce à ces 80% de promesses tenues, la Route Du Rock gagne de facto le droit de revoir nos tronches en 2016.

Pour un report artistique plus constructif, rendez-vous sur nos résumés des Jour 1, Jour 2 et Jour 3.


On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 3

La Route Du Rock 2015

On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 3

Les organismes se fatiguent peu à peu, mais c'est avec abnégation et le soleil en pleine poire qu'on revient le samedi au Fort Saint-Père, qui plus est tôt, pour ne pas rater l'ouverture de la soirée assurée par ce gredin d'Only Real: une entrée en matière idéale, tant la musique du londonien semble parfaite pour adoucir les gueules de bois les plus sévères mais aussi réveiller les palais les plus assoiffés: même s'il s'en défend, Niall Galvin s'inscrit dans une tradition slacker du haut du panier qui fait toujours plaisir, et tape juste avec sa pop bancale et son chant half spoken. On pense à Demarco, Malkmus et The Streets à l'heure de l'apéro, et c'est plutôt bon signe. Puis c'est au tour du duo Kiasmos d'ambiancer le fort, sur le créneau horaire apéricube par excellence: le duo l'a bien compris et balance sans cérémonie son IDM bien smooth, à consommer avec une paille. Ça s'écoute de loin, ça n'agresse pas l'esgourde, c'est anecdotique. Par la suite, les filles de Hinds, elles, auront à cœur de convaincre le public qu'elles ne sont pas seulement là pour promener leurs quatre jolis minois sur scène. C'est plutôt réussi, tant la garage pop juvénile des espagnoles se révèle être un agréable coup de fouet musical, plein d'envie et de plaisir. Burger Records a sans doute eu le nez fin sur ce coup.

Il était temps par la suite de passer aux choses sérieuses avec The Soft Moon, gros morceau de la soirée. Devant un public étonnamment sage, Luis Vasquez balancera lui aussi sans précaution aucune sa sauce coldwave, entamant pied au plancher un set presque parfait. Au travers du récent Deeper, Vasquez a dépassé les frontières qu'il s'était lui-même fixé précédemment, laissant une plus grande place à son chant et allant gratter du côté de l'indus, du lofi, de la pop. Le résultat n'en est que plus riche, et le romantisme synthétique et lugubre de Vasquez impressionne par sa puissance et son pouvoir évocateur.  Avec la volonté affichée de ne pas faire de prisonniers, le combo nous sera  apparu hier soir définitivement implacable, au travers d'un concert rare. L'autre moment rare, on l'aura vécu juste après grâce à Spectres, qui aura brillamment réussi  à reprendre le flambeau tendu par The Soft Moon: là aussi ça joue vite, ça joue -très- fort, et c'est sacrément abrasif. Guitares saturées, fûts éventrés, la bande de Bristol aura séché tout le monde sur place avec ses cabrioles soniques surfant sur la frontière séparant shoegaze et noise. Impec. On en dira pas forcément autant de Foals, qui en remplaçant au pied levé le chapon de Reykjavik s'est visiblement senti investi d'une mission sacrée. Il va sans dire, donc, que le groupe d'Oxford donne tout ce qu'il a pour faire le show, pour créer l'évènement. La conséquence directe en sera un manque de sobriété, de spontanéité, qui donnera un léger parfum de toc au set des anglais. Non pas que tout cela soit foncièrement mauvais: Foals a de belles cartouches à décocher, et ne s'en prive pas, pour le plaisir de la foule. Mais en trainant bien trop en longueur, les anglais auront fait tout de même apparaitre progressivement quelques effluves d'ennui bien inutiles et évitables. Tout de même satisfaits de la qualité globale de la soirée, on se sera même décidés à rester pour Daniel Avery, le pape de la Fabric, dont on sera restés malheureusement imperméables à la sauce: le gars a du chemin à faire avant de pouvoir faire une once d'ombre à Andrew Weatherall. Dont acte. A demain pour un programme sacrément chargé, et des paupières de plus en plus lourdes, façon 16/9.