Sheik Anorak l'interview

Sheik Anorak sort là son troisième album. Keep Your Hands Low, précédent disque du Lyonnais, reposait telle l’écume d’une vague comme une progression vers des contrées moins enlevées, plus réfléchies, là où l’écriture s’affirmait très personnelle, plus approfondie, mieux travaillée. Let’s Just Bullshit Our Way Through, son nouvel album, semble lui s’associer à l’étape d’après – le creux de la vague. Nullement dans la vision négative que cette expression peut comporter, mais plutôt dans l’aspect contemplatif que cette image peut susciter : le calme entre deux bourrasques, les tréfonds de la méditation, l’impression de reposer dans une stase hors du temps, suspendu comme dans une phase de mélancolie.

Car cet album s’avère être assez tendre. Sheik Anorak laisse tomber le voile de la distorsion pour découvrir un ensemble de morceaux parfaitement captivants. L’évolution est assez nette, impressionnante car se défiant de toute volonté de rouler sa bosse sur un chemin établi. C’est ce qui rassure aussi, dans cet album, la sensation que Franck Gaffer ne se moquera jamais de nous, mais qu’il chemine sur sa propre voie, recherchant on ne sait quel infini à travers mille et un projets, souhaitant possiblement atteindre les cimes d’une mélodie à la fois si simple, si sobre, et pourtant profondément poignante. Cette recherche de l’épure est fascinante, elle ne sert qu’encore mieux son propos, sculpté dans ses moindres finesses, au point de n’en retirer que l’essentiel, que ce qui compte vraiment. On dirait un album à écouter le dimanche, cette espèce d’espace-temps coupé de l’ordinaire, chaleureux comme reposé, parfois abattu, toujours conscient : c’est gracieux comme une longue perspective, une large vue plongeante sur une masse un peu grouillante. C’est parfaitement tranquille, à la fois souple et agile, un courant d’air réconfortant, qui ne force jamais sa présence, presque modeste, à la fois juste, pertinent et souverain.

Notamment sur Call it Off, véritable sommet, où se déploie avec une simplicité et une justesse sans égales la vérité même : Sheik Anorak, sur trois minutes et trente-six secondes, ne hurle pas, ne crie pas, ne rugit pas : il transperce l’âme d’une pleine aura d’évidence, là où tout se dévoile d’une lumière nue, opale, resplendissante, règnant en réelle maîtresse sur les choses. Avec un regard lointain, qui fixe l’horizon, ce genre de sensation qui noue l’estomac et fait prendre conscience d’un moment clé. Une grandeur parmi d’autres dans l'enchaînement pertinent de moments de bravoure que regroupe cet album.

Upp Med Armarna, lui, dernier morceau du disque, est une porte de sortie pleine d’à-propos. Les guitares chacune s’élancent et se croisent pour dessiner un courant, presque marin, justement, une espèce de tourbillon s’apparentant à la formation d’une grande vague, puissante, haute, majestueuse et définitive ; jusqu’à ce que tout s’arrête d’un coup brutal, porte groggy, et laisse échouer le déferlement de ce raz-de-marée sur Or, ouragan infini d’une vingtaine de minutes, EP récemment sorti par le lyonnais, et s’opposant diablement à ce magnifique album qu’est Let’s Bullshit Our Way Through.

Audio

Sheik Anorak l'interview

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Sheik Anorak est Franck Gaffer. Suractif depuis plus d’une dizaine d’années, le Lyonnais, nouvellement Suédois, n’a cessé de retourner les sens à coups d’albums allant s’établir aux quatre coins des styles, en solo ou en groupe: on ne compte plus les projets dans lesquels il a pu officier, passant volontiers de la mélodie la plus pure au parfait assassinat sonore. Sheik Anorak est le projet solo du bonhomme, dans lequel celui-ci, à la toute base, se permettait des riffs qui ne collaient pas par ailleurs : aujourd’hui diablement plus expérimenté, Gaffer, sur son dernier album, Let’s Just Bullshit Our Way Through, passe le niveau supérieur et polit avec minutie une superbe suite de morceaux aux vertus plus que raffinées. Par déduction, nous avons donc pris la décision de l’interviewer, de lui donner la chance de construire une petite sélection, et par là même de lâcher quelques mots sur ce disque.

Que signifie le titre de l’album ? Il est assez marquant. On dirait presque une espèce de constatation un peu résignée.

Alors c’est pas vraiment résigné… Ça vient d’une discussion avec Sara, une des danseuses contemporaine avec qui je bosse. On parlait de difficultés de la performance en générale et en plaisantant, elle m’a dit cette phrase géniale : « Well, we’ll just gonna bullshit our way through, as usual ». J’ai adoré le « concept », au point de le garder en titre de disque…

L’album est très minimal, en tout cas beaucoup plus que tes anciennes productions. C’est-à-dire que l’ensemble de ton œuvre s’est progressivement dirigée vers une ambiance de plus en plus sobre et tranquille. Est-ce quelque chose que tu as volontairement décidé ? Tu en avais marre des décibels ? Qu’as-tu voulu concrètement « tenter » avec cet album ?

Je n’ai rien tenté avec ce disque, c’est juste une évolution qui me semble tout à fait naturelle… Selon moi, hein. Même si la direction a été plus ou moins réfléchie, c’est un état d’esprit général qui a mené à cet album. Un mélange d’influences musicales, de moments et de décisions fortuites. Mais le fait de faire un disque plus calme, plutôt que le contraire vient aussi du fait que j’ai ma dose de bruit et de décibels avec mes autres projets, du coup j’ai toute la liberté de faire de la pop avec mon solo et d’explorer des terrains que je ne touche pas avec mes autres projets.

Keep Your Hands Low différait nettement de Day 01 par le fait qu’il était beaucoup pus cohérent, marquant une progression naturelle. Let’s Just… est lui aussi une progression, plus calme, plus posée, travaillant plus encore sur le côté boucles et minimaliste de ta musique. Est-ce que tu vois les choses comme ça ?

Tout à fait, l’évolution s’est faite exactement comme ça. Day 01 était un recueil de morceaux créés en live mais pas du tout fait pour être sur (un même) disque, en tous cas pas tous. Keep Your Hands Low a été composé entre live et studio, donc plus cohérent avec aussi l’ajout de la voix. Et enfin Let’s Just… qui  a été pensé comme un album avant d’être joué en concert. Le matériel utilisé pour ce disque est aussi en cause. J’ai réduit le son aux boucles et patterns rythmiques pour essayer de ne garder que le minimum et voir si ça tenait… Je suis assez satisfait du résultat. Et c’est super agréable à jouer en plus.

Chacune des tes tournées est différente, et suit en parallèle cette progression : tu joues de plus en plus rarement d’anciens morceaux sur scène. Je m’attendais à entendre un ou deux morceaux de Keep Your Hands Down lors de ta dernière date à Paris (au Shakirail, le 7 février dernier) mais ça n’a pas été le cas. Est-ce que c’est quelque chose que tu fais consciemment ? Ne pas faire du sur-place ?

Parfaitement, je ne joue jamais les morceaux des anciens disques en fait. Je jouais les morceaux de Day 01 jusqu’à la sortie de Keep your Hands Low. Là, je ne jouais que les morceaux de ce disque et ensuite même chose avec Let's Just… Et en plus je n’ai plus de disto ni de cymbales, je ne peux même plus les jouer ! Ça règle le problème.

Il n’y a pas que la setlist qui évolue drastiquement entre chaque tournée : c’est également le cas pour ton matos. Ton concert au Shakirail l’a assez bien illustré dans la mesure où tu n’avais qu’une caisse claire et un tom basse, avec un clavier et une kyrielle de pédales. Je te demande de t’expliquer.

Haha ! Oui l’évolution du « son » passe par le matériel aussi. J’ai voulu épurer le tout en enlevant les cymbales pour commencer, ce qui m’oblige à complexifier les patterns de batteries pour ne pas tomber dans le bateau ou le « trop évident ». D’un autre coté je voulais enrichir le son en général et ne pas me cantonner aux seules sonorités de la guitare. J’ai donc décidé de passer le cap de l’ordinateur sur scène avec l’apport de samples, de nappes et de basses synthétiques… Le tout piloté par différents contrôleurs (clavier, pads, footswitchs…). J’ai eu toutes sortes de réactions suite à ça, du genre : « l’ordi sur scène c’est nul… », « c’était mieux avant, plus noise, pourquoi t’as plus de cymbales ? »… Mais bon, si j’écoutais toutes les conneries qu’on me raconte je me retrouverais à faire du « math-rock dansant » pour leur faire plaisir… Pas trop mon truc.

Sur certains morceaux que tu joues live, on a parfois l’impression que c’est la partie de batterie qui mène le morceau plus que la mélodie (notamment From A to Z, par exemple). Plus globalement, il y a un vrai travail sur la rythmique, qui ne sert pas juste d’arrière-plan ou de toile de fond mais participe pleinement à l’évolution du morceau : rythme et mélodie s’enrichissent et se répondent l’un à l’autre, comme deux entités mises au même niveau. Ça te parle ou je raconte n’importe quoi ?

Non c’est tout à fait ça. Le rythme a une place super importante du fait de la batterie épurée et pour être tout à fait honnête, en parlant du morceau From A to Z, l’idée de départ EST le pattern de batterie justement… Bien vu ! C’est un peu le changement très paradoxal pour moi avec ce disque, simplifier la batterie pour qu’elle puisse prendre une place plus importante et ne pas être juste un instrument d’accompagnement.

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Un peu avant Let’s Just…, tu as sorti un LP une face sur Poutrage Records, avec un morceau d’une vingtaine de minutes appelé Or. Est-ce que tu pourrais nous en parler ? Il diffère radicalement de l’album dans son format. C’est un morceau que tu voulais enregistrer depuis longtemps ? Tu le joues encore ? Dans quel contexte ?

Je joue ce morceau depuis super longtemps… Au moins cinq ans je dirais. Mais je ne l’avais pas encore enregistré, doutant de son efficacité sur disque. Sauf qu’en cinq ans le morceau a évolué et la vision que j’en avais aussi. Et lorsque les gars de Poutrage m’ont proposé de le sortir en LP ça m’a paru tout à fait concevable… J’en ai profité pour faire une version CD sur Gaffer Records juste avant une tournée en Scandinavie. Ce morceau est en fait un hommage tout à fait assumé au disque Ov, de Orthrelm, d’où le titre… Pour l’instant je ne le joue plus en concert mais je sens que ça va vite me reprendre.

Tu as combien de projets actifs ? Je compte Sheik Anorak, Berget, -1, Bless/Curse, Immortel, Neige Morte, Totale Eclipse, Grand Royal… J’ai bon ? Lorsque je t’avais interviewé la dernière fois, tu me disais réduire un peu le quota de groupes dans lesquels tu joues… Tu n’as pas tenu parole, gredin ! Quels sont tes projets en cours avec ces groupes ? Et surtout : est-ce sérieux ce projet de tournée à Cuba avec Neige Morte ?

Alors tous ces projets existent, oui mais tous ne sont pas actifs… On va dire. Par exemple, on considère qu’Immortel existe toujours même si ça fait plus d’un an qu’on n'a rien fait. C’est juste que Raph (Defour, qui joue aussi dans Chevignon, Cougar Discipline et Amour Fou) et moi n’arrivons pas du tout à nous capter… Bless/Curse est mon nouveau solo techno minimale, pas d’échéances avec ce projet, je prends mon temps, je cherche… Grand Royale est en standby, faute de temps, on est tous très occupés. Reste donc Totale Eclipse, trio avec Seb Radix (Seb and the Rhâa Dicks) et Nico Poisson (Ned, Sathönay…) et son premier LP 92. On cherche des dates, on joue, pas mal de choses prévues mais toujours à notre rythme. Neige Morte reprend grave du service malgré le départ de Xavier… On est toujours trois avec l’arrivée de Stef à la basse. Et je devrais me coller aux grognements. Et le projet de dates à Cuba est tout à fait sérieux. Ça sera fin août et il y aura même une quinzaine de dates en Russie avant ça. Il y a aussi le duo avec Damien Grange, -1 (lire « moins un ») qui tourne toujours, on part faire 7/8 dates en Espagne et Portugal mi-avril. Tu as oublié LOUP, qui reprendra les répètes et concerts en octobre, quand Clément (Edouard de Lunatic Toys, Polymorphie…) sera plus dispo. Et enfin Berget qui est le groupe que j’ai intégré en Suède depuis mon emménagement à Göteborg. C’est un sextet de slow pop pour simplifier (la musique peut rappeler PJ Harvey ou Cat Power par exemple…) dans le lequel je fais de la batterie. Tous les autres membres sont des filles qui vivent à Göteborg, toutes suédoises. Un premier EP New Days a été enregistré avant que je n’intègre le groupe… Un très bon disque.

Et pour finir un trio un peu atypique avec Agnès (de la Féline, à la voix et à la guitare), et Paul (qui joue sous le nom de Mondkopf et pleins d’autres trucs) aux machines… Je fais de la batterie dans ce trio et ça s’appelle Swerve. Un EP sera bientôt dispo et on va tourner à la rentrée.

Et en plus de tout ça je continue à jouer en impro avec pas mal de musiciens à travers le monde. Le trio avec Colin Webster et Steve Noble peut devenir un vrai projet et je vais aussi vite trouver des musiciens pour faire du free en Suède, quand même…

Tu as, d'après ce que j'ai compris, accompagné une compagnie de danseurs tout au long d'une petite tournée. Qu'est-ce que tu jouais lors de ces performances ? Comment est-ce que tu as vécu l'expérience ? Est-ce que ça a pu influencer ta façon d'écrire également sur le nouvel album ?

Alors pour être plus précis j'ai bossé avec la compagnie de danse Kubilai Khan Investigations sur leur création 2015 qui s'appelle Bien sûr les choses tournent mal. C'est une pièce pour quatre danseurs et quatre musiciens dont le thème est l'effondrement de la civilisation occidentale, suite aux dérèglements climatiques.

La pièce tourne toujours, il y a pas mal de dates prévues. Je continue de bosser avec cette équipe - qui sont tous devenus des amis d'ailleurs - autant sur cette pièce que sur d'autres projets. Pour ce qui est de l'expérience en elle-même, c'était vraiment très enrichissant. La façon de travailler/créer est vraiment différente de ce que j'avais connu jusqu'ici et le fait que tou(te)s ces danseu(rs)(ses) soient aussi doué(e)s en fait un mélange super agréable. Je veux dire que je prends autant de plaisir à jouer cette pièce qu'à la regarder depuis ma batterie.

La musique à été créée avec les trois autres musiciens, en relation avec le matériel chorégraphique à certains moments et dans d'autres cas c'était l'inverse... Beaucoup d'interactions.

La pièce en elle-même mais surtout l'ambiance de travail et les rapports avec l'équipe ont énormément influencé ce nouveau disque. Au point que certains morceaux sont nés pendant ces temps de travail avec Kubilai, comme From A to Z et S.Barigool, tous les deux composés pendant les pauses déjeuner au cours des différentes résidences de Bien sûr les choses tournent mal. Il y a même un morceau que je joue dans mon set live qui est la bande son de la pièce : Pattern 0 que j'ai co-écrit avec une des danseuses, la belge Esse Vanderbruggen. On va commencer à bosser sur une deuxième pièce ensemble et je vais sûrement travailler sur Siyin, le solo de Sara Tan - une autre des danseuses. C'est pas fini, quoi...

Sheik-Anorak_Lets-Just-Bullshit-Our-Way-Through_CD

Tu as récemment déménagé en Suède, à Göteborg. La vie est-elle bonne là-bas ? Tu commences un peu à t’immiscer dans la scène ? T’es perçu comme le Français de service ? Raconte donc.

La vie là-haut me convient totalement. La ville est plus qu’agréable et correspond carrément à mes attentes. Les personnes que j’ai rencontrées là-bas sont formidables. J’ai déjà le sentiment de faire partie d’une famille. Il y a ce mélange d’urbanisation et de nature qui me convient, un temps pas forcément clément qui ne pousse pas du tout au farniente et au laisser-aller. Et aussi un certain isolement… Je pense que la couleur qui émane du dernier disque est en partie due à ça. Et pour répondre à ta dernière question oui je suis perçu comme le Français de service, au point que c’est même mon surnom là-haut « Fransk » qui veut dire Français en suédois… Ils n’ont eu qu’à changer une lettre de mon prénom.

Je dois juste me refaire un réseau mais ça devrait aller… J’apprécie le fait de recommencer à zéro. J’adore Lyon et ça sera toujours chez moi, mais j’ai le sentiment d’en avoir plus ou moins fait le tour et je devais quitter ce confort qui ne pousse plus à la créativité et au renouvellement.

Au vu de tout ce que tu as pu produire, tous les disques que tu as sortis, les concerts que tu as pu donner, en solo ou en groupe, dans tes différents projets, cela m’a amené à me poser la question suivante : qu’est-ce que tu recherches ? Est-ce que tu essayes d’atteindre un objectif ultime à travers toutes ces sorties ? Que tu vois ça comme un parcours sur le long terme ? Ou prends-tu les expériences une par une, comme elles viennent ?

Je n’ai pas de plan d’ensemble, non. Je cherche, tout simplement. Je dois bien avouer que ce processus de recherche permanent et infini me plait beaucoup. Et quelque part je souhaite ne jamais aboutir... Je me suis toujours demandé ce que ressentaient les musiciens ou artistes qui atteignent une sorte de notoriété, ou leur but trop vite, trop tôt… Ça doit être horrible. Qu’est-ce que tu fais une fois tes objectifs atteints ? Tu stagnes ? Tu régresses ? Je ne les envie pas du tout… J’aime cet état d’inachevé, toujours en construction, en évolution. C’est mon parcours sur le long-terme oui.

J’adore cette façon de vivre, même si financièrement c’est très tendu… Je me sens privilégié et je ne m’en plaindrai jamais.

Et Gaffer, ça bouge ? Qu’est-ce que tu vas sortir, prochainement ? Est-ce que le Gaffer Fest version suédoise va lancer sa première édition ?

Je réfléchissais à une version suédoise du Gaffer Fest oui. Mais je voudrais faire ça bien, donc pas de précipitation, on verra. Sinon coté label, en plus du CD de Sheik Anorak il y a le LP de Yes Deer, trio scandinave de free jazz/free rock très énervé et ultra-talentueux selon moi. Des petits jeunes à suivre, vraiment ! Il y a aussi le LP de l’excellente pianiste Magda Mayas, deux pièces solo (piano et clavecin) avec un artwork magnifique. Il est déjà dispo. Et en prévision il y a Mank Down, du hip-hop en provenance de Stuttgart, bien spé (dans le genre Anticon) et super bien foutu… Après l’été, un LP d’un duo norvégien batterie/voix qui s’appelle Not On The Guest List. Avec Ole Mojfell aux fûts et l’étonnante Natalie Sandtorv à la voix.

Qu’est-ce que tu as de prévu pour les mois qui viennent ?

J’ai prévu de passer pas mal de temps chez moi à Göteborg, à me balader en forêt, voir mes amis et aussi peaufiner certains projets. Mais j’ai aussi pas mal de dates. Je repars avec Sheik Anorak du 26 mars au 9 avril (France, Belgique, Allemagne, Autriche et Tchéquie), ensuite il y a l’Espagne et le Portugal avec -1. Je continue toujours de bosser avec la compagnie de danse Kubilai Khan Investigations (des gens super) et je continue les trajets entre Lyon et la Suède vu que je ne souhaite arrêter aucun groupe… Beaucoup de route quoi. Je viens aussi d’intégrer le roster d’AFX Booking, lié à Jarring Effects ce qui devrait signifier encore plus de concerts ! Je suis ravi.

Un truc que j’aimerais bien te demander : est-ce que tu pourrais m’établir une playlist des 10 morceaux indie-pop qui t’emballent le plus ? que tu trouves vraiment géniaux ? J’ai toujours été curieux de savoir ça, puis je sais que tu es musicalement très ouvert alors même qu’on pourrait penser que, du fait de ton background assez noise, tu écoutes principalement de la musique free/bruitiste. Le contraste serait amusant. Dis-moi si ça te chauffe ! Le but serait de poster la playlist en écoute sur le site.

Avec plaisir ! Alors, sans ordre particulier, voilà ce que cela donnerait :

01. Warpaint - Drive
02. Foals - Black Gold
03. Zulu Winter - We should be Swimming
04. Little Jinder - Nåt E Väldigt Fel
05. Volcano Choir - Almanac
06. The Shins - Split Needles
07. Royal Bands - Poison Control
08. Notwist - Kong
09. Vanessa Carlton -Blue Pool
10. Hooray For Earth - True Loves
11. Father Joghn Misty - Hollywood Forever Cemetery Sin

Vidéo

Tracklisting

Sheik Anorak - Let’s Bullshit Our Way Through (Gaffer Records,6 février 2016)

01. Speaking Voice
02. From A to Z
03. S. Barigool
04. So Long
05. Liar
06. Call it Off
07. Upp Med Armarna


Franck Vigroux l'interview

Franck Vigroux est un type que l’on croise souvent. Pourtant il est ce qu’on appelle un « électroacousticien ». On peut le croiser au théâtre dans des productions avec la compagnie des endimanchés, dans des biennales d’art numérique comme NEMO, aux journées du patrimoine de Carcassonne, dans des festivals de musiques expérimentales, sur des labels de musique techno, sur des labels de musique expé, au côté de Mika Vainio, Ben Miller ou encore du pianiste Reinhold Friedl. Il fait parti de ces musiciens qui produisent et se produisent beaucoup en multipliant les pratiques, et les projets collaboratifs. Il est des fois seul avec sa guitare, des fois devant des machines, des fois au milieu d’installation vidéo. Bref il expérimente au sens très large du terme, décloisonnant le monde parfois un peu fermé des musiques improvisées ou expérimentales.

Lire la chronique de Centaure par ici et celle de Peau Froide/Léger Soleil par .

Franck Vigroux l'interview

21.04.2010 Rodolphe LoubatiËre et Franck Vigroux ‡ l'Ecurie,Geneve,Suisse, Cave 12 by Juan-Carlos Hernandez
21.04.2010 Rodolphe LoubatiËre et Franck Vigroux ‡ l'Ecurie,Geneve,Suisse, Cave 12 by Juan-Carlos Hernandez

Est-ce que tu pourrais un peu présenter ton parcours?

Je joue de plusieurs instruments. J’ai commencé à jouer de la guitare et j’en joue encore. Ça a été mon instrument principal très longtemps. J’ai commencé par jouer du blues et j’ai essayé de jouer à peu près toutes les musiques qu’on pouvait jouer avec une guitare électrique. Ça veut dire que j’ai traversé plein d’esthétiques avec cet instrument. Et ça m’a amené vers des esthétiques où l’électronique était plus présente. J’ai commencé à creuser mes propres dispositifs, au départ avec des magnétophones, des platines, etc. Toute sorte d’instruments électroniques, par lesquels j’ai commencé à la fois à faire du collage, de l’électroacoustique et puis petit à petit dans l’électroacoustique j’ai commencé à rajouter des beats et du rythme et puis aujourd’hui je fais aussi bien des choses très abstraites que très improvisées ou très écrites.

Oui, c’est une différence qu’on peut observer entre par exemple l’album Ciment que tu as sorti je crois en 2014 et Centaure qui est l’album qui a suivi? Où il y a quand même une différence de ton. Ciment est intégralement à la guitare électrique. Ciment est aussi le titre d’un texte d’Heiner Müller, ça m’intéresserait que tu en parles.

En l’occurence j’étais en train de lire ce texte, et je travaillais sur un spectacle avec des textes d’Heiner Müller. Un spectacle qui s’appelle Racloir que j’ai monté en 2014 avec un metteur en scène et musicien que j’aime beaucoup qui s’appelle Alexis Forestier de la compagnie des endimanchés, qui a traversé aussi l’histoire du Punk et qui a un profil a priori très différent du mien.Mais ce qui relie tout ça, comme le disait aussi Mika Vanio, c’est une sorte de minimalisme et je pense que ça c’est assez intéressant dans toutes ces musiques là. On arrive quand même à dégager une émotion avec peu de matériaux et je trouve ça assez formidable quand c’est réussi. Alors que j’ai été aussi dans des musiques très bavardes. Et j’ai quand même commencé à jouer de la guitare blues qui n’est pas quelque chose de très virtuose et qui est très primaire avec un accord et c’est tout Et après je suis allé vers des choses très différentes, j’ai par exemple travaillé avec Ars Nova (un ensemble de musique contemporain).

Tu dis minimal, mais quand on pense à Centaure, il y a quand même une sorte densité et de consistance du son…

Ce que je veux dire par là c’est que c’est minimal harominquement et rythmiquement , il n’y a pas une succession de mesures composées, il n’y a pas de polyrithmie complexe, il n’y a pas d’accords complexes. On reste sur quelque chose de très minimal. Dans le blues que j’aime, et dans lequel j’ai appris , qui est plutôt du « delta blues », il n’y a rien de virtuose. Dans ces esthétiques c’est le son qui prédomine ou qui est au moins à égalité avec l’instrument qui est joué et c’est un paramètre qui prévaut dans la musique électroacoustique. D’abord on part du son et après on compose. Dans les formes plus classiques on part d’abord de l’harmonie, ce sont des musiques qu’on peut écrire sans instrument, sur une partition.

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C’est une démarche assez plastique?

Je ne crois pas qu’il faille utiliser ce parallèle là, je ne suis pas un plasticien, je ne fais pas d’arts sonores.

Mais il y a quand même quelque chose qui est proche du travail d’un sculpteur?

Oui peut-être, bien sûr même. Je suis d’accord avec ça.

Comment fonctionne ce travail sur cette matière sonore, tu bidouilles des machines et tu travailles avec ça?

Ben voilà, non mais je pense comme tous les musiciens dans cette mouvance là. Avec cette particularité que je travaille beaucoup seul. Je passe beaucoup de temps dans la recherche. Ça ne veut pas dire qu’un pianiste de concert ne passe pas du temps dans la recherche de son interprétation, il n’y a pas de distinction. D’ailleurs j’aime beaucoup ce temps de recherche où comme tous les électroacousticiens, ou toute la planète techno ou électronique, on met les mains dans des synthétiseurs, avec des micros on fait des bruits et puis on essaie de les re-séquencer. Et après on fait comme Guillaume de Machaut il y a 1000 ans et on met un son à côté d’un autre.

Tu dis que tu travailles beaucoup seul, mais tu as aussi de nombreux projets en collaboration.

Non ce que je voulais dire, c’est que la différence avec un musicien qui travaille pour un orchestre ou qui va jouer dans un groupe, c’est qu’il va être très dépendant de l’interprétation ou de l’apport des autres. Je passe maintenant beaucoup plus de temps à travailler sur des compositions où je suis le seul interprète. Cependant la plupart de mes projets sont avec plein de gens et j’ai aussi plein d’autres formules. Là en ce moment les deux avec qui j’ai des albums qui sortent c’est avec Mika Vanio et Reinhold Friedl qui est un pianiste allemand qui a un ensemble unique au monde dans une mouvance plus musique contemporaine mais pas du tout académique. Et donc là on a un deuxième disque qui va sortir sur monotype, que j’aime vraiment beaucoup et qui est extrêmement radical, mais c’est encore différent.

Donc c’est quand tu collabores qu’arrive l’idée du disque?

Oui par exemple c’est à Poitiers que Mika Vanio (au lieu multiple) m’a proposé de faire un disque, il m’a dit tiens on devrait enregistrer cette musique. Et puis finalement on a pas enregistré cette musique mais on a fait un processus studio et on a gardé un morceau live dans l’album.

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Est-ce que tu as été contacté par des clubs après la sortie de Centaure? Qui est peut-être plus immédiatement référencé « techno ».

De clubs non. J’ai peur un peu que les gens s’ennuient, je ne ferai pas danser tout le monde. Après je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas y jouer. Je joue dans des lieux extrêmement différents devant des publics très différents. Et le public reçoit toujours les choses. Il m’est arrivé de jouer dans des endroits où j’avais des craintes. Et toujours ça se passe bien. Je crois qu’il ne faut pas parler à la place des gens. Dire mon public c’est absolument à bannir. Mais en effet il ne faut pas s’attendre à ce que je fasse danser les gens pendant une heure.

Mais j’ai une chanteuse pop anglaise qui m’a demandé de faire un remix et qui m’a dit tu fais ce que tu veux. Quelqu’un qui a une grosse audience. Ça va aussi avec ta question pour savoir si il y a une tendance qui oriente vers des choses plus proches de ce que je fais.

Je disais ça parce que j’ai le sentiment qu’il y a une scène électronique qui émerge qui est peut-être plus proche de l’expérimentation , de l’électroacoustique, je pense à des gens comme Lotic, et Centaure est intéressant pour ça, parce que quelque chose qui joue là.

Oui, je le vois bien, les labels qui ont produit ces disques, Centaure et Peau Froide/Léger soleil viennent de la techno mais après je connais moins, ça n’a jamais été trop mon truc. Mais je trouve effectivement que ce mouvement ou que cette tendance est vachement intéressante. Je suis allé écouter Mondkopf et tout ça aussi, et je trouve ça vachement intéressant, qu’ils s’intéressent aussi beaucoup à une scène « expérimentale », enfin que le mainstream a classé dans l’expérimental, et tout d’un coup y a des gens qui disent pourquoi on ouvre pas un peu les oeillères ! Tant mieux !

Pour revenir peut-être sur le son, il y a quelque chose dans tes productions d’une grande densité sonore, une sorte d’intensité sensible qui affecte le corps.

Je m’intéresse à la physicalité, mais aussi à toute la largeur du spectre, je fais aussi des choses avec de la polyphonie, avec beaucoup d’accords qui bougent et qui sont très saturés. J’aime beaucoup ce côté là, une sorte de grand tableau spectrale comme ça. La physicalité ça peut être une onde sonore avec des gros subs, et je pense apporter grand chose de plus. Mais je travaille peut-être plus sur la forme.

Mais c’est vrai que par exemple moi les BPM je connais pas. C’est une boutade, mais par exemple dans Centaure y a un morceau en 6/8 et un morceau en 7/4, quand tu écoutes en fait tu vas voir que c’est pas du 4/4. J’ai beaucoup joué dans des groupes de jazz contemporain où notre soucis c’était de jouer que des mesures composées ou des choses comme ça. Non j’aime bien les choses qui groove vraiment. Et je trouve que c’est intéressant aussi d’essayer de proposer des morceaux avec des rythmiques impaires des choses comme ça, mais ça me parait des évidences.

Ce qui change c’est peut-être le côté performatif que tu peux avoir dans les concerts?

Moi c’est totalement performatif, tout est super live. J’utilise un séquenceur aussi, mais c’est à l’ancienne, Pan Sonic fait ça aussi, c’est pas press play du tout, tout est sous les doigts. Ça c’est aussi ma pratique de l’instrument qui me donne envie de faire comme ça. C’est peut-être ce qui fait que des fois ça donne un résultat très abrupte avec une part d’improvisation dedans. Mais on faisait déjà comme ça il y a 25 ans. Mais il y a un gros retour de ça. Maintenant tout le monde à des modulaires, y a des synthétiseurs modulaires partout. C’est déjà la fin du modulaire. C’est déjà la fin du retour de l’analogique. Mais au fond on s’en fiche, il suffit qu’on ait de la bonne musique, qu’elle soit fait sur analogique ou sur ordinateur on s’en fiche non?

Mais comme il y a un retour du modulaire, c’est vrai qu’il n’y a pas d’enregistrement possible, ça redonne un peu de hasard et de vie dans les sets. En plus du grain meilleur que des plug ins. C’est peut-être aussi pour ça qu’il y a un nouveau regard sur les types qui étaient plutôt dans les machines.

Dates

25/03 Solo - Montpellier- festival Tropisme
31/03 Tempest- Metz- Théâtre Universitaire -TBC
05/04 avec Laurent Gaudé Marvejols TMT
15/05 Tempest - Villigen Schlessingen (DE)
03/05 duo avec Laurent Gaudé Créteil - MAC festival Extension
05/05 Centaure- Bozar - Bruxelles (B)

Vidéo


Consumer Electronics, interview et concours

Consumer Electronics (+ Circuit Breaker) le 27 février aux Instants Chavirés

De quoi le monde pourrait-il bien avoir besoin aujourd’hui, si ce n’est d’un brûlot power electronics sur lequel un quarantenaire déblatère toute sa haine du réel dans un impayable accent cockney ? De rien d’autre, évidemment, et le créneau est donc occupé par Russel Haswell, keupon haut-gradé de l’indie-électro, Philip Best, ranger tout terrain de l’industrielle ancienne école (Whitehouse, Ramleh), et leur jeune camarade Sarah Froelich. Ils sont l’incarnation contemporaine d’un projet que Best traîne depuis son adolescence, Consumer Electronics, et proposent la catharsis la plus saine et efficace du moment, du genre à faire passer Death Grips pour un groupe playlisté sur le Mouv’. Leurs deux derniers albums sont des mises en scène ultraviolentes qui dégomment un beau panorama des problématiques de notre temps, mais s’utilisent à des fins positives comme nous y exhorte Best dans cette interview. Leurs prestations live sont, au bas mot, inquisitrices et c’est donc pour le bonheur des grands et des petits que les Instants Chavirés les ont invités pour nous y faire goûter le samedi 27 février à 20h30 (event FB). Forcément, on vous fait gagner trois invites pour l’occasion en envoyant les meilleures pages de votre journal intime à hartzine.concours@gmail.com ou en remplissant le formulaire à la fin de l'interview. À noter, pour les vrais durs, que Best sera en conférence à 16h le même jour au même endroit, histoire, probablement, d’échanger quelques recettes de cuisine (sur invitation de Matthieu Saladin pour son cycle de conférences « Les usages du son dans la pratique artistique » en partenariat avec l’Université Paris 8).

Audio

Consumer Electronics - Nothing Natural

Interview Consumer Electronics

La vie politique et sociale est rarement traitée dans la musique indépendante aujourd’hui. Selon vous pourquoi ? Et comment est-elle approchée chez CE ?
Politics and social life are rarely covered in indie-music nowadays. Why so, according to you? How’s your approach of these themes within CE?
Je ne suis pas trop la musique indépendante, et il est vrai qu’à quelques exceptions près (Crass, Sleaford Mods), j’ai tendance à ne pas aimer le contenu politique en musique. Mais je me suis dit qu’il était temps de changer ça, et que certaines choses avaient besoin d’être dites, et rapidement. L’astuce c’est de traiter de sujets complexes et difficiles sans tomber dans des réflexions superficielles, ou le slogan facile.I don't really keep up with indie-music at all, and it's true to say that with some notable exceptions (Crass, Sleaford Mods) I tend to actively dislike political content in music, but I felt the time had come to say 'enough is enough', there's some things which need to be fucking said. And said right now. The trick is dealing with complex, difficult subjects and avoiding sloganeering or shallow thinking.

CE contient beaucoup de brutalité et de vérité - mais y a-t-il une rémission ?
CE is a lot about brutality and spitting the truth, but is there any remission?CE contient plein de choses. Je pense qu’on y trouve beaucoup de compassion, d’empathie, d’honnêteté et d’amour que quoique ce soit d’autre. Et c’était le cas de Whitehouse, d’un certaine manière.CE is about a lot of things. I actually think it's way more about compassion, empathy, honesty and love than anything else. Whitehouse too, for what it's worth.Vous avez déjà qualifié les aspects les plus dérangeants de votre travail comme « parfaitement acceptables ». Comment utilisez-vous la violence, les abus sexuels et toute autre confrontation qu’il contient ?
I’ve read you qualify the most disturbing parts of your work as « perfectly acceptable ». How do you use all the violence, sexual abuse and general confrontation it contains?
Je ne sais plus trop dans quel contexte j’avais dit ça, mais, pour être clair, je crois que tous les artistes doivent se sentir libres d’explorer toutes les directions vers lesquelles leur travail les mène. J’aime travailler dans des zones de grande résonance émotionnelle, et j’essaye de le faire de la manière la plus responsable et sensée possible. La confrontation pour la confrontation ne m’intéresse pas.I'm not sure of the quote or the context of what you mention, but to be clear, I believe that artists should be free to explore any avenues their work takes them. I like to work in areas of great emotional resonance, I try to do so in a responsible and thoughtful manner. Confrontation, per se, doesn't interest me.
La théâtralité de CE est immense, d’une dimension quasi-shakespearienne. C’est un aspect important du projet ? Tu as déjà performé ou joué dans un autre contexte ?
The theatricality of CE is tremendous, there’s an almost shakespearian dimension to it. Is it an important aspect of the project? Are you, yourself, related to theater/performing in other ways?
Merci de le mentionner, et non je n’ai pas de formation théâtrale, ni musicale. Rien n’est planifié, c’est juste une réponse émotionnelle honnête à la musique, au cadre et au public. J’adore plus que tout jouer en live. Si je suis de sortie et que je vois une scène quelque part tout en sachant que je ne vais pas jouer dessus dans la soirée, j’ai juste envie de rentrer chez moi et de pleurer.Thanks for mentioning that. I have no theatrical or musical training. Nothing is really planned. It's just an honest emotional response to the music, the venue and the audience. I love playing live more than anything. If I'm out and about and I see a stage somewhere and I know I'm not going to be on it later in the evening I just want to go home and cry!

Rencontrez-vous pas mal d’adversité en live généralement ?
How much adversity do you meet with during your live shows generally?Non, pas du tout, les gens sont juste là pour s’amuser, apprécier la musique, voir des potes, certains dansent même. Nos concerts sont des « endroits safe ». La confrontation ou l’agression ne nous intéressent pas, il s’agit juste d’écouter de la musique électronique expérimentale jouée sauvagement, et tout plein de mots biens choisis. J’ai envie que les gens sortent avec le sourire au visage.None whatsoever. People are just out having fun, enjoying the music, hanging out with friends. Some dancing! Our gigs our genuinely 'safe spaces'. We're not interested in confrontation or aggression. It's all about hearing experimental electronic music, some wild playing and plenty of well-chosen words. You should leave the venue with a smile on your face.Tu as souvent été déçu par la scène power electronics, pourquoi donc ?
You’ve often expressed some disappointment with the power electronics scene. Why so?
J’admire toute musique singulière venant du cœur, quel que soit le genre. Je ne me suis pas mis à jour depuis une éternité sur la scène power electronics, donc je ne suis plus en position de commenter. Mais s’il y a un carnage de guerre sur la pochette, ou si c’est dédié à un tueur en série, je n’ai pas envie d’en entendre parler. J’apprécie ce que sortent des labels comme Posh Isolation, Ascetic House, Diagonal, Harbinger Sound, forcément. Il y a aussi Skullflower dont j’achète tous les disques. Il y a aussi cette K7 de Gabi Losoncy sur Alien Passengers, la meilleure chose qui soit sortie l’année dernière, quelqu’un devrait la sortir en vinyle.I admire all music that is singular and from the heart, regardless of genre. I haven't really kept up with power electronics scene for many, many years, so I'm not really in a position to comment with any authority. But if there's a war atrocity on the front cover or it's dedicated to a serial killer I don't want to know. I enjoy releases on labels like Posh Isolation, Ascetic House, Diagonal, Harbinger Sound of course. Matthew Bower is one of my oldest friends so I buy everything that Skullflower release. Gabi Losoncy's tape on Alien Passengers is amazing too. The best thing I've heard this year. Someone should put it on vinyl!

Comment se passe cette collaboration avec Russell Haswell?
How did you team with Russell Haswell and how do you build your tracks basically?
Ça fait 20 ans que je le connais, un grand ami et un artiste que je respecte intensément. Je cherchais un producteur avec lequel collaborer et j’ai été ravi quand il a accepté d’enregistrer pour nous. Russ commence par un beat, j’ajoute des claviers et de la voix, et on part de là. On a acquis un approche bien plus organique en jouant ensemble et en échangeant des idées, en expérimentant et en raffinant. C’est beaucoup mieux maintenant, j’ai l’impression que tout est possible, on pourrait faire n’importe quel genre de musique.
I've known Russell for twenty years. A great friend and an artist I have enormous respect for. I was looking for a producer and a collaborator and was delighted when he agreed to record with us. Initially Russ would lay down a beat, I'd add the synths and vocals and we'd take it from there. Now we have a much more organic approach, playing together and trading ideas. Experimenting and refining. A true partnership between all three of us. It's much better now. I feel that anything is possible. We could make any kind of music. Nothing is off limits.

 

Formulaire

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Ian Crause l'interview

Si vous préparez une thèse sur la géopolitique britannique sous le gouvernement nauséabond de David Cameron, un recueil sur l’âge d’or des années Rough Trade ou une encyclopédie sur le Rock de manière générale, alors envoyez de ce pas une demande d’ajout d’amis à Ian Crause sur Facebook. Ian Crause est un génie et je ne suis pas le seul à le dire. À commencer par le principal intéressé, dans un post sur le dit réseau social, après une nuit trop arrosée au whisky, en réaction à un article paru dans le Guardian. Aveu dont il s’est excusé penaud le lendemain.

"Je me suis fait un ou deux whiskys mais je me disais à quel point ça me foutait les nerfs d’avoir du génie pour la musique et la composition et d’être quasi complètement ignoré."

« I have had a whiskey or two but I was just thinking how it really does get on my fucking nerves to have a genius for music and songwriting and be almost completely ignored. »

Le lendemain donc :

"Eh bien c’était une nuit triomphante à boire du whisky et poster publiquement de la merde. Bien joué."

"Well, that was a successful night drinking whiskey and publicly typing random shit. Well done me."

Partager « l’intimité » de musiciens adulés représente pour moi le seul intérêt de Facebook voire d’Internet (excepté le porno pour Internet, confession pour confession). Ian Crause était le leader du groupe culte Disco Inferno, considéré par beaucoup comme étant les pionniers du Post-Rock (va savoir pourquoi).

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La musique de Disco Inferno est en effet complexe et directe en même temps, mais surtout organique grâce à la savante utilisation de samplers, créant un espace multidimensionnel entre textures et mélodie pop. Formé dans l’Essex en 1986, le nom de Disco Inferno naît d’une blague de Paul Wilmott, le bassiste, en référence au morceau de funk des Tramps, nom qui malheureusement les aura de nombreuses fois desservi auprès de programmateurs. DI débute comme quatuor en faisant des morceaux de post punk influencés par Joy Division, le groupe préféré de Ian .

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Ian à leur sujet : "Imagine aller dans une MJC au fin fond du Cheshire pour voir un groupe local et te rendre compte que tu regardes l’une des choses les plus incroyables en musique."

"Imagine going to a youth club in the arse end of Cheshire to watch a local band and finding yourself watching one of the greatest things ever in music. Incredible."

Puis finalement DI continue en trio suite au départ de Daniel Gish pour le groupe Bark Psychosis (très influencé par le Talk Talk de Laughing Stock et Spirit Of Eden). Ils continueront toute leur carrière à trois et publieront leur premier album Open Doors, Closed Windows en 1991.

Ce n’est réellement qu’à partir de 1992 que Disco Inferno change son fusil d’épaule, et commence à intégrer des couches de sons diverses dans leurs morceaux. Notamment Summer’s last sound. Ou The Last Dance plus influencé par Public Enemy et Young Gods.

Considéré comme leur chef d’œuvre DI GO POP paraît en 1994 et confirme la direction expérimentale explorée lors des précédents singles, notamment à travers des titres comme New Clothes For A New World, Even The Sea Sides Against Us ou le sublime morceau qui clôture, et probablement le meilleur morceau de l’histoire de la musique à mes yeux, Footprints In Snow.

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En dépit de très bonnes critiques outre manche principalement (notamment John Peel), le groupe se sépare faute de succès avant même la parution de leur dernier album Technicolor en 1996.

Le label Tugboat (Rough Trade) sortira en 1999 The Mixing It Session, six morceaux instrumentaux, puis One Little Indian compilera les EP en 2011.

En 2000 et 2001 Ian Crause en solo prendra une tournure beaucoup plus pop et moins aventureuse avec deux EP. Le premier sur Tugboat, Elemental et le deuxième Head Over Heels chez les Espagnols d’Acuarela Discos, avec Robin Guthrie au mix s’il vous plaît, sans retrouver pourtant la formule alchimique de la grande époque.

Ian Crause, cause à effet ou pas, quitte l’Angleterre pour la Bolivie.

Après une décennie des plus discrètes il revient en 2013 avec l’excellent The Vertical Axis paru sur son Bandcamp en toute simplicité, chef d’œuvre qui renoue avec les envolées épiques des grandes heures de Disco Inferno, la modernité en plus.

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Un EP d’une rare intensité, et deux chansons hallucinantes en Espagnol plus tard, on retrouve Ian Crause en 2016 pour une nouvelle parution dont on révèle, en exclusivité, le titre Global.

Ian Crause l'interview

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Entretien avec la légende ou De l’histoire de l’abstraction d’une forme organique et de sa fusion.

Comment se passe la vie en Bolivie ? Quand y as-tu déménagé et était-ce pour des raisons politiques ?
How is life in Bolivia ? when did you move there and was it for political reason ?

Non c’est parce que j’ai rencontré une Bolivienne à Londres, j’ai alors décidé de partir vivre en Amérique du Sud. Je travaillais de plus en plus dur en m’appauvrissant de plus en plus et j’ai réalisé que ça n’allait pas changer, j’ai donc décidé de m’en aller. Je suis heureux de l’avoir fait.

No, it was because I met a Bolivian in London and decided to get out and go to live in South America. I was working harder and harder and getting poorer and poorer and I realised the way it was going, so I decided to get out. I am glad I did.

Quelle est ta relation à la musique maintenant ?
What is your relation to music now ?

Je mets désormais la musique au premier plan. Quand j’étais plus jeune j’étais plus impressionné par ce que faisaient mes contemporains mais je ressens rarement ça maintenant parce que je veux écouter des choses qui n’ont jamais été faites et peu de personnes semblent penser être en mesure de le faire ou même de le vouloir. J’ai passé beaucoup de temps à étudier pour comprendre exactement ce que je pensais vouloir faire, donc j’ai tendance à ne plus être époustouflé quand j’entends de nouveaux enregistrements. J’ai décidé de faire un genre de musique en mouvement, du genre de celles que je rêvais d’entendre plus jeune, dans laquelle une myriade d’éléments sont tous orchestrés pour créer l’équivalent d’une image en mouvement c’est ce que j’appelle le "filmsound". Je produis aussi des artistes en ce moment et j’aime beaucoup ça. C’est aussi beaucoup plus simple qu’avec mes projets parce que la plupart n’ont que 20 ou 30 pistes là où j’en ai 200 voir 300.La plupart des musiques modernes sont en rapport avec la densité et le volume. Pas la mienne. La mienne est une question de détails.

My relation to music now is that I make it first and foremost. When I was younger I was more amazed by things contemporaries were doing but I rarely feel that, now because I want to hear things which have never been done before and few people seem to think they either can or want to do this. I spent a long time studying to understand exactly what I thought needed to do so I tend not to be blown away too easily when I hear new recordings. I decided to make a kind of moving picture music, the kind I had dreamed of hearing when I was younger, where a myriad of elements are all orchestrated to create the equivalent of a moving picture, which was why I called it filmsound. I also sometimes produce artists now and enjoy that hugely. It is often easier than making my own recordings because most people tend to record between 20 and 40 tracks in a song whereas my own recordings usually have between 200 and 300 tracks, hence the soft sound as the space and dynamic range tends to get filled up. Most modern music is about sparseness and loudness. Mine is not. It is about detail.

Que repésente pour toi Disco Inferno désormais ?
What DI means to you now ?

C’était un groupe que j’avais formé à l’école avec une bande de potes qui faisaient un nouveau genre de musique à guitares et qui ont vendu très peu de disques. J’espère récupérer un peu d’argent pour toutes ces années de travail acharnées que j’ai passé à faire ces albums, considérant le peu qu’on s’est fait et comment j’ai lutté financièrement depuis, mais je ne me fais trop d’idées.

It was a band I formed at school with a couple of friends who made a new kind of guitar music and who sold very few records. I hope to get a bit of money back from it for all the years of hard work I put into making those records given how little we made and how I have struggled financially since but I am not too hopeful that will happen.

Justement je regardais il y a quelques semaines sur Discogs les LP de Disco Inferno et j’ai vu que DI GO POP était en vente pour 598 $ en Espagne, que penses-tu de ce culte autour de DI ?
I was checking few weeks ago on discogs DI LP’s and I saw that DI GO POP was for sell at 598 $ in Spain how do you feel about this cult around DI ?

Difficile à dire, j’imagine que j’en suis content parce que sinon l’alternative serait d’avoir été ignoré. L’autre alternative possible, celle d’avoir eu un succès commercial n’est jamais arrivé, donc...

Difficult to say. I guess I am glad of it because the alternative would be to have been ignored. The other possible alternative which would have been to have been commercially successful never happened.

Disco+Inferno

Je ne me souviens plus où j’ai lu ça mais quelque chose s’est mal passé avec One Little Indian non ? Et est-ce que c’est l’une des raisons pour laquelle tu n’es plus sur un label? Parce que je suis suis sûr que tu dois recevoir de nombreuses propositions.
I don’t remember where I’ve read this but something went wrong with One Little Indian right ? and is that one of the reason you’re not on a label anymore? Cos I’m probably sure that you have loads of label propositions ?

Les gros labels je ne les intéresse pas. Je suis perçu comme un marginal de plusieurs façons et la musique que je fais ne figure sur aucun agenda, pareil quand on était Disco Inferno. La seule différence d’alors c’était qu’on avait un manager, Geoff Travis, qui était un vrai fan. Maintenant, il n’y a plus de patron de gros label qui soit fan de moi. J’ai demandé à beaucoup de labels de renom et le peu qui ont répondu (OLI n’a même pas daigné répondre) ont dit non merci. J’ai fait The Vertical Axis pour un petit label électronique mais on m’a dit que ça sonnait trop chaotique on m’a alors demandé de remixer les morceaux pour que ça sonne plus commercial, ce que j’ai fait en mettant en avant les voix et en détachant les éléments musicaux. Quand ils l’ont entendu ils ont dit que ça sonnait trop plat et que ça ne correspondait pas à leur « éthique » un truc du genre, donc ça a échoué. Concernant The Song Of Phatheon, je n’ai eu qu’une seule réelle chronique et l’auteur semblait assez dérouté par ce qu’il entendait, ce qui m’a juste fait soupirer. Travailler avec un label vaudrait vraiment le coup s’il s’occupait de monter une tournée et de s’investir de manière générale et les seuls à avoir ces moyens rechignent à investir sur un artiste comme moi dont la musique doit être expliquée au plus grand nombre pour qu’elle soit cohérente. Et quand un chroniqueur ne capte même pas le concept d’image en mouvement dans le temps, alors ça devient une putain de cause perdue.

Larger labels have no interest in me. I am seen as too much of a misfit in various ways and the music I am making not on anyone's agenda, just as we were in Disco Inferno. The only difference then was we had one label boss, Geoff Travis, who was a fan. Now there are no large label bosses who are fans of mine. I asked loads of well known labels and the few who responded - OLI never even responded to my request - said no thanks. I did make the Vertical Axis for a small electronic label but I was told it sounded too chaotic and asked to remix the songs to make them more commercial sounding, which I did, bringing out the vocals and the musical glue between the elements. When they heard it they then said it sounded too straight sounding and didnt fit in with their 'ethos' or something so that fell through. With The Song of Phaethon it only really got one main review and the writer was totally nonplussed about what he was hearing, which just made me sigh. It is only really worth my working with a label who could put me on tour and invest in me and the few who now have those sorts of resources are loath to spend it on a wild card like me whose music has to be explained in order for it to make sense to most people. And when the reviewers cant even understand the idea of a moving picture through time then I guess it really is a fucking lost cause.

Je ne sais pas si ça te parle mais je suis prof de français et je montrais à mes élèves Une Femme est une Femme de Godard et le traitement du son et de l’image et leurs libertés me rappellent la musique de DI et la tienne plus généralement, une masse géante et organique.
I don’t know if it makes sense to you, but I’m a french teacher and I was showing Une Femme est une Femme by Godard to my students and the treatments of sounds and images and the freedom of it make me really think of DI and your music in general, a giant organic thing.

Je ne peux pas parler de Godard parce que je n’ai pas vu un seul de ses films mais pour ce qui est de l’organique, oui. L’idée est d’essayer de mélanger un tout organique aussi fréquemment et largement que possible, ce qui est devenu plus possible ces dernières années avec l’utilisation de l’ordinateur. Ces imitations sont la cause à effet de ce que nous voyons et de ce qui nous entoure au quotidien.

I can't speak about Godard as I have never seen any of his films but as for organic, yes. The idea is to try to make the mix an organic whole as much and as often as possible so the elements interact with each other in as many ways as possible, which has only become possible in recent years due to the huge power of music computers. This mimics the cause and effect we see around us in life and in our surroundings.

Plus qu’organique, il y a toujours un équilibre parfait entre l’espace et le temps dans tes chansons, ce qui crée un sentiment d’absolue liberté, une vraie expérience, mais en même temps on a le sentiment que ces chansons pourraient être des morceaux de pop mainstream.
More than organic there is always a perfect balance between time and space in your songs that creates an absolute freedom, a real experience but as listener we feel that these songs could be « mainstream ,poppy » songs

En fait l’objectif c’est que l’enregistrement se place au centre de quatre éléments, deux du côté sonique et deux du côté lyrique: strophe, poésie, musique, son. J’essaie d’équilibrer pour que la musicalité et la poésie des mots, leurs images et leurs structures fusionnent avec l’orchestration de la musique de base et aussi avec les autres sons pour que tout commence à fusionner ensemble.
Certains éléments suivent le rythme, d’autres suivent leurs propres dramaturgies liées soit aux paroles ou un autre élément. Ils peuvent durer une seconde ou plusieurs minutes selon leurs natures internes. C’est une base, une approche prémoderne de l’Art d’une chose fluide et picturale transmise par des théories pseudo scientifiques. La forme alors se matérialise et c’est la forme du monde extérieur, elle se déplace et change et contient des objets solides, des situations et des abstractions.

Well, the whole point is for the recordings to sit at the centre of 4 elements, 2 on the sonic side, 2 on the lyrical side: Verse; poetry; music; sound. I try to poise it so the musicality and poetry in the words and their images and structures fuses with the musicality of the traditionally orchestrated music and also the other sounds, so the whole thing starts to fuse together. Some elements follow rhythms, others play out their own internal dramas, tied to either the lyric or another element. They can last a second or several minutes depending on their natural character. It is a basic, pre modern approach to art as something pictorial and fluid, unbound by pseudo scientific theories. The form then materialises and it is the form of the world around us, it shifts and changes and contains solid objects and situations as well as abstractions.

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Comment contrôles-tu cet équilibre ? Tu commences par une mélodie, une structure ou tu penses d’abord à une texture ?
How do you control this balance ? do you start with a melody ,a structure or you think of texture first ?

À la maison je commence d’abord par une idée. Le sujet. J’ai souvent tendance à vouloir faire la satire des choses pour mieux les critiquer. Puis je commence à imaginer des images et des scènes dans des environnements que j’aimerais, dont j’aurais besoin de créer pour les réaliser ensuite je me lance sur les paroles et leurs détails ce qui peut prendre pas mal de temps. Je teste des riffs qui sont la glue musicale de l’enregistrement et passe aux voix qui sont généralement l’instrument principal, sa tonalité. Ensuite j’essaie de fusionner le tout pour que ça sonne cohérent. Si tu séparais les éléments pistes par pistes tu verrais l’incohérence entre elles. C’est comme une énorme mosaïque.

I home in on the idea of the song, first. What is it about. I tend to be attracted to satirising things, which is the best way to criticise them. I then start to imagine the images and environmental scenes I'd like or need to create to realise them as I begin to write the lyric and home in on the detail of it which can often take a long time. I also sketch out some riffs which are then used as the musical glue of the recordings and give the main vocal, which is now usually the lead instrument, its tune. Then I spend a lot of time and effort fusing it all together so it sounds coherent. If you were to break the elements apart, track by track, you’d find there is a pretty disconcerting level of incoherence in the individual parts. It's like a huge mosaic.

Tu parlais de la capacité de l’ordinateur à créer un espace organique, est-ce que tu écris principalement sur ordi maintenant ?
What’s your writing process ? you were talking about computers helping to create an organic space, do you write mainly on computer now ?

Je travaille exclusivement sur ordinateur, en enregistrant souvent, en mixant, et en éditant aussi librement que possible. De cette façon je peux entendre le tout prendre forme pendant que je travaille. Ça ressemble plus à peindre sur une grande toile qu’à mixer et monter, c’est la raison pour laquelle un studio conventionnel continue à obliger les musiciens à bosser.

I work exclusively on computer, often recording, mixing and editing freely as I go. So I can hear how the whole thing is taking shape as I am working. It felt more akin to painting on a large canvas than tracking and mixing, which is how conventional studio wisdom still tells musicians they should work.

Quel est le meilleur lieu et endroit pour écouter ta musique ?
Where do you feel is the best time and space to listen to your music ?

Je ne pourrai pas te dire. Mon objectif est de faire une image en mouvement qui t’englobe, aussi tridimensionnelle que possible, qui t’intègre dans le morceau.

I couldn’t even begin to tell you that. My aim is to make an all encompassing moving image, as 3 dimensional as possible, which draws you inside the songs.

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Je te considère plus comme un parolier que comme un chanteur est-ce que ça te va ?
I consider you more as a story teller than a singer is that alright with you ?

Ça me va. Mes chansons tendent à être téléologiques, elles commencent donc par une proposition, un début et finissent par une conclusion. Le sens est la priorité. Je ne fais pas dans le shamanisme.

Fine. My songs tend to be teleological so they often start with a proposition or a beginning and finish with a conclusion. Meaning is all. I don't do shamanic states.

Est-ce que tu écoutes toujours Public Enemy et Young Gods ? et est-ce que tu as de nouveaux groupes qui t’influencent ?
Do you still listen to Public Enemy and Young Gods ? Do you have new bands that influences you ?

J’écoute toujours ces groupes en effet qui me bouleversent toujours autant qu’avant. Je pense qu’il y a juste deux trucs qui m’ont touché de la même façon ces dernières années : Glass Swords de Rustie et des trucs de Fennesz mais y a d’autres groupes pop que j’adore. Je pense à MGMT par exemple ils sont vraiment brillants et on un réel talent de composition et de production. Leur premier album est un vrai classique je trouve.

I do actually still listen to both of those and those same recordings which blew me away still sound phenomenal to my ears. I think only one or two things Ive heard in recent years sounded new to me in the same way: Glass Swords by Rustie and some of Fennesz' stuff, like River of Sand but there are other pop groups I love. I think MGMT for instance are utterly brilliant and have a real mastery over song writing and recording. Their first album is a hands down modern classic, I think.

La littérature et la politique t’ont influencé pour l’écriture de A Vertical Axis et pour ton nouveau morceau Global, y a-t-il d’autres sources artistiques qui t’influencent lors de l’écriture ?
Literature and politics influenced you for A vertical Axis and your new song Global is there any other artistic or sources that influences you during the writing process ?

Pas beaucoup. Vers la fin des années 90, je savais que je voulais faire de la musique visuelle et certains évènements m’ont écarté de la musique pendant quelque temps, il fallait aussi que j'aie des images en tête pour les retranscrire. Alors je me suis assis et j’ai lu pendant à peu près 9 ans. Un de mes intérêts à part les livres est le cubisme analytique qui me passionne énormément pour sa fusion picturale et son abstraction radicale.

Not much. I knew I wanted to make pictorial music by the end of the 90s but events took me away from making music and I also knew in order to make pictures of things I had to know what it was I wanted to make pictures of. So I sat and read for what turned out to be about 9 years. One of the few sources of interest outside of books came from analytical cubism, which excited me greatly due to its fusion of the pictorial and the radically abstract.

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Concernant ton nouveau morceau Global pourrais-tu nous en dire plus ?
Concerning your new song Global can you tell us more about it, it’s meaning and all ?

C’est très simple, ça lance juste des séries d’images en avant sur les états et les nations, leurs peuples réagissant au bouleversement de la globalisation. C’est mon dernier morceau. Je l’ai enregistré beaucoup plus rapidement que mes précédents morceaux et c’est juste une chanson de pop.

It's very simple and just throws a series of images forward of the nation states and the people in them reacting in the turmoil of a globalised world. This is the latest thing I did. I did it much quicker than my other stuff and it's just a pop song.

Audio (PREMIERE)

Disco Inferno & Ian Crause mixtape by Full Moon Fuck

01. Emigre : Disco Inferno - Open Doors • Closed Windows 1991
02. Freethought : Disco Inferno - Open Doors • Closed Windows 1991
03. Summer’s Last Sound : Disco Inferno - Summer’s Last Sound EP 1992
04. The Atheist’s Burden : Disco Inferno – Second Language EP 1994
05. Even the Sea Sides Against Us : Disco Inferno – D.I. Go Pop 1994
06. In Sharky Water : Disco Inferno - D.I. Go Pop 1994
07. When The Story Breaks : Disco Inferno – Technicolour 1996
08. It’s a Kid’s World : Disco Inferno - Technicolour 1996
09. Suns May Rise : IAN CRAUSE – The Vertical Axis 2013
10. More Earthly Concerns : IAN CRAUSE – The Vertical Axis 2013
11. Phaeton’s Call : IAN CRAUSE - The Vertical Axis 2013
12. Global - Ian Crause


2001 Reims DIY HxC, Phil Kieffer l'interview

Je n'ai pas grandi dans une famille particulièrement mélomane et mes premières écoutes se limitaient à de la musique traditionnelle grecque et à la collection de disques de hippies de ma mère, n'ayant à l'époque que très peu d'intérêt pour la chanson française que mon père affectionnait. Si bien qu'au départ, ma culture musicale s'est essentiellement construite au gré des rencontres, des amis et de mes expériences de sorties.

Au lycée j'étais à fond dans le métal, Slayer, Pantera et cie, c'était ça ma sauce, pas que hein, mais surtout. Peu de temps après le Bac j'ai fait la connaissance d' Hervé dont les initiales, H. C. s’avéreront prophétiques.

Par son biais j'ai découvert une autre facette de la musique extrême (ou devrais-je dire de nouvelles facettes tant le genre est protéiforme et l'appellation fumeuse) mais aussi et surtout, une culture, une éthique, une façon de faire : le Punk/Hardcore DIY.

On était en 2001, la France n'était pas encore passée à l' Euro, les Twin Towers venaient de s'effondrer et moi j'étais en train de vivre ma petite révolution musico-sociale. Après ça, ma vie tournait autour des concerts dans les squats parisiens, le Squat du 13 (de le 13 pour les puristes), L'Alternation, Montrouge qui tâche, la cave chelou d'un immeuble d'habitation métro Poissonnière, la Miroiterie et j'en passe.

Contrairement à aujourd'hui, il existait une offre généreuse de lieux autogérés et véritablement underground qui sentaient bon cette envie de faire les choses sans compromis ni faux semblants. Du coup, avec la petite bande de potes on se faisait facilement trois, quatre parfois cinq concerts par semaine. Paris était très excitante pour le jeune coreux que j'étais mais ne suffisait pas à assouvir cette passion.

À un peu plus de 100km à l'est de la capitale, à Reims, un mec faisait jouer tous les groupes (y compris ceux qui n'avaient pas l'occasion de passer par Paris). Il avait la distro la plus pointue en la matière et tout ça dans la meilleure des ambiances. Ce mec, c'était Phil Burn Out. Résultat : on prenait la caisse de ceux qui avaient le permis et on se faisait l'aller-retour souvent une à deux fois par mois, parfois plus.

Je porte un regard particulièrement ému sur cette période de ma vie car même si je me suis très largement désintéressé de ce qui se fait dans la scène aujourd'hui, tout cela a grandement participé à ma construction personnelle. J'ai fait partie d'un groupe avec lequel j'ai eu la chance de découvrir les joies des tournées européennes dans un van pourri, j'ai réalisé quelques pochettes de disques, des affiches et des flyers et j'ai plus tard eu envie de monter un petit label, qui bien qu'absolument pas Punk HxC dans le style, fonctionne pas mal sur les mêmes principes.

Encore aujourd'hui les disques de Punk HxC représentent près de la moitié de ma collection et même si je ne les écoute plus autant qu'avant je pense que je ne m'en séparerai jamais car je prends toujours du plaisir à me faire des petites sessions nostalgie de temps à autre.

Mais c'est en juin dernier que la nostalgie m'a frappé de plein fouet. Je trompais l'ennui en zonant sur facebook lorsque j'ai vu apparaître dans mon feed une vidéo Youtube, intitulée " Dead For A Minute @Les Trinitaires - Metz 09/05/2015", et là je me suis dit "mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?"

DFAM était un groupe messin dont j'étais un fan absolu (d'ailleurs si tu aimes le HxC chaotique et que tu ne possèdes pas "Diégèse dans ta discographie tu as raté ta vie mais tu peux toujours te rattraper car il a été réédité ICI). En plus de la musique et des textes intelligents le groupe était une véritable machine de guerre en live, un truc d'une rare intensité. J'aimais tellement leur énergie qu'au final j'ai du les voir une bonne demi-douzaine de fois, à Paris forcément, dans d'autres bleds et aussi à Reims donc. Voir ce truc m'a fait l'effet d'une madeleine de Proust et j'ai tout de suite repensé à Phil qui pour moi représentait à l'époque une sorte d'activiste ultime : orga de concerts, distro, label, membre d'un groupe, le gars était impliqué dans chaque maillon de la chaîne tout en suivant une éthique forte avec des rapports humains simples.

J'ai donc écrit à Flo, chanteur des DFAM, aujourd'hui disquaire à la Face Cachée à Metz, avec qui j'avais gardé le contact pour choper le mail de Phil et en profiter pour lui poser quelques questions au passage.

Entretien avec Flo de DFAM

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Alors ce concert de Dead For A Minute ? ça devait être un moment sacrément émouvant, comment ça s'est mis en place ?

Florian Schall : Le concert était vraiment cool. Très particulier. Au début, les gens ne savaient pas trop quoi faire ni comment réagir puis ils ont été pris dans le truc et c'est devenu quelque chose de très physique. Moi j'attendais ça avec beaucoup d'impatience. J'ai toujours vécu DFAM comme un exutoire, et là ça faisait depuis longtemps que j'avais pas eu l'occasion de sortir toute la merde que j'avais accumulé depuis la fin du groupe. Je veux pas parler pour les autres mais j'imagine qu'ils ont dû le vivre de la même façon... L'idée est venue suite à la possibilité de rééditer Diégèse via mon label (Specific Recordings) et celui de Sam (Rick Hordz). Je m'occupais de presser le disque, il se chargeait d'imprimer les pochettes. Le timing était serré mais on pouvait faire coïncider la sortie avec le onzième anniversaire de la Face Cachée (le magasin que je co-gère avec mon copain Médéric). On s'est revu avec les loulous durant les fêtes de fin d'année 2014, on a bien mangé, bien picolé et puis on est tombé d'accord sur le fait qu'il fallait au moins jouer pour marquer le coup. Les répétitions ont été aussi chaotiques qu'à l'époque, la mise en place assez compliquée parfois, mais au final c'est ressorti de façon assez chouette, un peu comme à l'époque (bruyant, bordélique, brutal). Je te cache pas, hurler et tout lâcher dans un groupe du style me manque, j'aimerais vraiment retrouver des gens avec qui le faire...

Je parie que vous avez eu pas mal de propositions suite à ça mais j'imagine que c'était bel et bien un one shot, il n'y aura pas de tournée, de reformation, si ?

C'était un one-shot, effectivement. On aurait pu faire une bonne paire de dates dans la foulée mais c'était pas le but de la manoeuvre. On préfère continuer à créer de nouvelles choses, même si celles-ci n'intéressent clairement pas autant les gens que ce qu'on pouvait faire avec DFAM.

Phil était là ?

Malheureusement Phil n'était pas là. Y'avait plein de copains absents, mais aussi plein de visages familiers et plein de gens qui n'étaient pas là à l'époque et qui avaient entendu parler du groupe. C'était plutôt cool, t'avais pas l'impression d'être revenu en 2001, et puis si un peu quand même :-)

Peux-tu me raconter ta première rencontre avec Phil ? Quel impact a-t-il eu sur toi ? Tu as monté un label, tu es aujourd'hui disquaire, quel rôle a-t-il pu jouer là-dedans ?

Aussi loin que je me souvienne, j'ai rencontré Phil IRF (in real flesh) à un concert de KNUT et BLOCKHEADS dans les Vosges. Il avait apporté sa distro, on avait un peu échangé par mail avant et c'était assez fou de pouvoir discuter avec lui. J'achetais déjà beaucoup de vinyles à l'époque et il m'avait conseillé plein de trucs, des zines aussi... Phil, c'est mon mentor, mon sensei (au même titre que Médéric, mon associé au magasin). Il m'a donné l'envie de monter mon propre label, de m'occuper de ma propre distro, d'écrire, de créer et de vivre tout simplement en respectant une éthique bien particulière. DIY, indépendance, remise en question, recherche d'un absolu. You don't have to fuck people over to survive (titre d'un super bouquin de Seth Tobocman), qu'il disait parfois. Aujourd'hui, j'essaie de pratiquer le métier de disquaire en gardant les principes qu'il m'a inculqué et les réflexions qu'il a fait naître et grandir en moi. S'il n'avait pas été là pour moi, je pense que ma vie aurait effectivement été un peu différente.

Phil a sorti votre album "Diégèse" en 2002, tu te souviens de comment ça s'est fait ?

Je ne te garantis pas de l'exactitude de mes propos (c'est assez loin maintenant), mais si mes souvenirs sont bons Phil nous a fait jouer et vu plusieurs fois avant de nous proposer ce disque. Il avait un peu suivi notre évolution depuis la démo jusqu'au split avec Desiderata et je crois qu'il avait décelé ce potentiel de destruction qu'on a pu avoir avec Diégèse. Pour nous c'était une évidence de collaborer avec Phil (mais aussi avec les frangins Etasse, sans oublier le fait d'y participer moi-même avec mon label de l'époque) et aussi un sacré putain d'honneur, étant donné qu'on achetait tous les disques qu'il sortait, qu'on allait souvent voir les concerts qu'il organisait sur Reims... Il nous a également filé des conseils sur l'artwork et le mastering, sans forcément interférer avec nos choix. Juste souligner des trucs qu'on avait pas vu ou entendu, histoire de rendre le disque meilleur à tous points de vue. On est également parti en tournée avec son groupe, SUBMERGE, avec qui on a également sorti un split 7' par la suite. C'était d'ailleurs assez cool de pouvoir passer 3 semaines complètes avec toute la raïa.

En 2015 vous avez réédité le disque sur ton label, Specific Recordings, qu'est-ce qui vous a motivé ?

La motivation est venue du fait qu'on en avait beaucoup parlé au cours des dix dernières années sans forcément passer à l'acte. C'était un disque qu'on me demandait d'ailleurs régulièrement en concert ou au magasin. Ayant acquis une certaine confiance avec Specific Recordings, on s'est dit que c'était probablement le bon moment, que ça pourrait être une bonne occasion de caler un petit concert pour les 11 ans de la Face Cachée, de collaborer ensemble (avec Rick Hordz, le label de Sam) à la résurrection de ce chouette disque qui tient une place toute particulière dans nos coeurs. À la base, on voulait éditer une discographie en triple LP mais c'était beaucoup trop de boulot à abattre en si peu de temps. Du coup, on s'est vraiment concentré sur Diégèse (qui est aussi le disque que les gens connaissent le mieux).

Quels sont tes projets futurs en musique, avec le label et le shop ?

Niveau musique, je chante actuellement dans LOTH (black métal traditionnel) et on est en train d'étudier la question de sortir notre album. Je suis toujours guitariste dans le projet POINCARE (grand orchestre bien noisy) avec qui l'on donne des concerts de temps à autre. Sinon je prête ma voix à droite à gauche. Avec Specific, on a quelques sorties de prévues (SUIYOBI NO CAMPANELLA (coffee house japonaise) en décembre, le premier album des ADELIANS (trve soul de Seine Saint Denis) en coprod avec Q-Sound en février, le nouvel album de JAN MORGENSON (blues primitif mosellan) et le troisième album d'HATSUNE KAIDAN (anti-idol noise japonaise) dans les environs de Mai. On a envie de continuer à collaborer avec des groupes japonais tout en soutenant la scène locale et les copains qui font de la bonne soul en France. Ca reste très éclectique et sans directions particulières (ptet pour ça que les gens s'en foutent un peu, mais bon on fait pas des trucs pour plaire).

Avec le magasin, notre gros chantier est de travailler sur une structure de distribution véritablement alternative et indépendante (on bosse actuellement avec des distributeurs français, les marges sont horribles, tu vois le prix du disque neuf en ce moment, tu sais pas si tu dois pleurer de rire ou d'effroi, donc on souhaite y remédier en proposant un vrai deal équitable aux disquaires indépendants comme aux labels) tout en continuant à animer la vie culturelle messine via des concerts, des expos et des sorties de disques. C'est un peu le projet d'une vie.

Entretien avec Hiroshimike

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Avant de donner la parole au principal intéressé, je vais faire une dernière petite digression. La vie est souvent pleine de petites surprises et de hasards amusants, je l'ai constaté une nouvelle fois au boulot en me rendant compte que j'avais parmi mes collègues un pote perdu de vue depuis longtemps. Mike aka Hiroshimike faisait partie de la bande qui bougeait dans tous les concerts, on en a fait un paquet ensemble à l'époque si bien que quand j'ai eu envie de faire ce papier il fallait que je le mette à contribution.

Te souviens-tu de ta première rencontre avec Phil ? C'était où et quand ?

Mike : Alors si je ne dis pas de bêtises. Je crois que c'était lors d'un concert au squat du 13 (R.I.P). Début des années 2000. Le concert en question, Ekkaia ou Tragedy.

A l'époque, un mec comme Phil ça incarnait quoi pour toi ?

C'est bien simple, après ma rencontre avec Phil et la découverte de sa distro, il était ma référence absolue ! On pouvait parler de plus ou moins tous les styles de musique "extrême". Que ce soit Screamo/Emoviolence, Punk/HxC, Sludge/Doom, Powerviolence/Grind, tous les classiques UK, Japonais, US, etc... Un mec ultra calé et précis. Une passion débordante et sincère, comme rarement rencontrée.

Comme moi, tu es de la région parisienne et à l'époque, contrairement à aujourd'hui, il y avait une vraie offre locale en termes d'orgas mais surtout de lieux avec notamment de nombreux squats. Comme pas mal de passionnés, tu faisais malgré tout la route de Reims aussi souvent que possible. Selon toi, qu'avaient de particulier les concert organisés par Phil ?

Les concerts à Reims avaient une énergie complètement différente des concerts parisiens. Et puis Phil avait aussi une programmation un peu plus spécifique qu'a Paris. Bon nombre de groupes jouaient à Reims et pas forcement à Paris à l'époque.

La MJC Turenne était devenu culte pour nous ! Les concerts à même le sol, restent un souvenir magique ! Et bien évidemment, on va pas se mentir, la distro de Phil jouait un énorme rôle dans la motivation pour Reims.

Se dire qu'on allait voir des groupes mortels, dans de bonnes conditions et qu'en plus on allait repartir la caisse remplis de disques, bah on hésitait pas longtemps !

Quel pourcentage de ta collection de disques provient de la distro de Phil ? À tes yeux, en quoi la distro Burn Out était-elle spéciale ?

Une bonne partie de ma collection de disque, je la dois à Phil. Je dirais facile 40 à 50%. Une distro aussi pointue, mise à jour aussi régulièrement et tenue de façon aussi carrée (surtout pendant autant d'années !) tout en restant D.I.Y et No Profit, c'est tout juste unique en France !
Il faut aussi remettre les choses dans le contexte, à l'époque, il n'y avait pas autant de sites et de distro sur internet. Donc avoir tous ses disques à portée de main, pour des prix super honnêtes, c'était juste exceptionnel ! Tout ça, en plus, avec les super conseils du patron Phil.
Je crois que j'ai acheté des disques à Phil jusqu'au tout dernier jour de sa distro !

Tu as joué dans Skit Youth Army avec entre autres, Alex qui faisait le zine Black Lung à l'époque et vous aviez sorti un 7' sur Wee Wee Records. Tu as encore des contacts avec les anciens ?

Oui, je vois encore Alex régulièrement (encore le mois dernier à Lyon). Alex qui après Black Lung a fait le zine Ratcharge pendant des années. Il écrit aussi pour Maximum Rock n Roll. Je vois également Fab (le chanteur) de temps en temps.

Contrairement à moi, tu es encore impliqué dans la scène Punk HxC DIY. Quelles différences perçois-tu entre aujourd'hui et ce qu'il se passait il y a 15, 10 ans ? Et quels sont tes projets actuels ?

La vraie différence pour moi, comme déjà un peu évoqué dans une des questions précédentes, c'est surtout le contexte qui a complètement changé. Internet en particulier. Avant il fallait justement se donner du mal et avoir une passion intense pour découvrir les groupes, trouver les disques, se tenir informé des concerts, etc...
Alors que maintenant, n'importe quel gosse avec une connexion internet peut devenir spécialiste de n'importe quel style musicale !
Ce qui, bien sûr, a de très bon côtés, mais je trouve que la passion s'est beaucoup perdue dans tout ça.
Pour les projets, 2 des mes groupes ont arrêté leurs activités en 2015. Peur Panique (Powerviolence) et Krigskade (D-beat/Raw punk chanté en Danois). Les 2 groupes ont sorties quelques K7 et un 45 tours.

Les projets actuels, un groupe de Crust/Metal qu'on a débuté en septembre avec 2 potes et un "groupe" de Black Metal dans lequel je joue tous les instruments devrait sortir sa 1ère cassette d'ici peu de temps.

Entretien avec Phil Kieffer

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Maintenant que les intermédiaires ont fait les présentations, entretien avec monsieur Phil Kieffer, l'homme derrière Burn Out, Shogun Records, Submerge...

Quelle a été ta porte d'entrée dans la scène punk / hc diy ? jouer dans des groupes en tant que musicien ? en tant que simple spectateur ?

Phil Kieffer : Difficile de dire précisément ce qui a constitué la porte d’entrée. J’ai fait de la zik avant même de savoir qu’il y avait une scène DIY, puis j’ai fait de la radio associative à la Primitive où j’ai rencontré Buch, Mamas et Urbain avec lesquels on a monté Discorde. En même temps on fréquentait des salles comme l’Arapaho à Paris, le squat qui s’appelait le 105 (rue de Bagnolet, juste en face de l’actuelle Flèche d’Or), et bien sûr la MJC Claudel et le Tigre à Reims. Certaines fois, j’étais donc simple spectateur, d’autres fois j’étais impliqué comme fanzineux ou pigiste. On a mis un bout de temps avant de faire notre premier concert avec Discorde, on était exigeant sur ce qu’on voulait, et comme on ne pouvait pas répéter trop souvent… Je crois pas qu’on pensait en terme de « scène », c’était plutôt un réseau d’amiEs qui se construisaient au gré des rencontres et des affinités.

Comment t'es-tu retrouvé à être impliqué dans chaque maillon de la chaîne, groupe, label, orga de concerts, distro, etc. ? C'est quelque chose qui est arrivé progressivement ? Était-ce une volonté précise ou un peu le fait du hasard ? Avais-tu une expérience dans le milieu de la musique (diy ou non) auparavant ?

C’est arrivé progressivement, au gré des rencontres. Les groupes c’était pour le fun, c’est le pied de faire de la zik avec des potes. L’orga de concert s’est mise en place naturellement puisque personne ne pouvait nous faire jouer, à part Fabien Thévenot (Molaire Industries), qui a posé les bases de l’orga de concert Burn Out. Il a ensuite déménagé et j’ai pris le relai. Le label, même chose, on a fait pour nous parce que ça nous paraissait plus simple. Mais en même temps personne n’est venu nous faire signer un contrat en or. On peut pas dire qu’à la base on ait choisi le DIY, mais ça s’est imposé et au fur et à mesure pour devenir une évidence et même une valeur.
Personnellement j’avais eu une expérience assez désastreuse du milieu de la zik, ayant été pigiste et stagiaire dans un magazine et un distributeur connu. Je n’étais pas fait pour ce milieu, même si je m’y suis fait quelques amiEs.

Tu organisais la plupart de tes concerts du côté de Reims, dans la fameuse maison de quartier de Turenne, comment ça se passait avec les institutions / autorités locales ?

Ça a toujours été à la fois cool et difficile. Cool parce que la plupart des gens qui bossent dans le milieu socio-culturel sont plutôt sympas, mais des contraintes leur sont imposées et ils tentent de faire respecter. C’est pas toujours compatible avec l’esprit DIY, c’est même parfois à des kms de la réalité. Pourtant, je pense que les gens qui ont su faire preuve d’audace et d’initiative en nous aidant en gardent des souvenirs émus. J’ai en mémoire la tête ébahie de Yannick, le responsable de la culture à Turenne, au moment où Xav Blockheads a sorti une enclume pendant leur set. Dans un de leur morceau, Xav faisait une sorte de solo avec son enclume qu’il utilisait comme une cymbale sur un gros mosh. Il tapait dessus avec une masse avec un long manche, de toutes ses forces. C’était la folie ! je voyais bien que Yannick craignait pour le carrelage de la salle, mais en même temps il jubilait. Yannick, c’était le genre de gars qui prenait des risques pour nous, le genre de gars sans qui rien n’est possible. Il était présent aux concerts, il te cassait pas les noix avec des assurances, ni à savoir d’où venaient les groupes, ni s’ils avaient leurs papiers. On faisait une bonne équipe. Les « anciens » que je croise me disent que cet esprit a disparu, peut-être qu’il manque simplement le cadre pour se permettre des fantaisies.

Mais bon, on a tenté de faire passer le message au-dessus, on a même rencontré des conseillers municipaux dits « de gauche », des gens dont la culture est la spécialité, et j’ai halluciné sur le décalage entre leur vision des choses et notre réalité. Ils n’en revenaient pas qu’on puisse booker un concert avec 2 groupes étrangers pour moins de 500 euros. Il ne comprenait pas notre notion de musiciens amateurs. En gros, pour eux, si tu pars en tournée européenne, c’est que tu es professionnel. Quand je leurs ai dit que, par exemple, on avait déjà tourné 2 fois en Europe avec Submerge, ils étaient sur le cul. On leurs a un peu ouvert les yeux, mais je sentais que sur le fond, il y avait maldonne. À un certain niveau, les pouvoirs publics veulent de la sécurité, des locaux aux normes, des responsables, du sûr, du qui-ronronne, pas des indiens qui font la fête. Pour eux, la culture est une chose trop sérieuse pour être confiée à des amateurs.

Lorsque tu as commencé les orgas de concerts, il n'y avait pas les réseaux sociaux tels que nous les connaissons aujourd'hui. Il y avait bien des forums, des zines et des newsletters mais j'ai l'impression que le vrai truc c'était le bouche-à-oreille. Avec le recul comment tu vois la construction d'un tel groupe d'individus passionnés par une musique de niche et une certaine éthique ?

Je crois que la grande force du mouvement DIY, c’est qu’il est assez facile de s’y faire une place. Il suffit de dire « je m’y mets» pour en faire partie. Il y a plein de personnalités différentes, pas mal de relous même, mais finalement, ça se passe pas trop mal. Les gens échangent en fonction de leurs intérêts, un peu comme les labels échangeaient leurs skeuds dans le temps. Je t’organise un concert ici, tu organises un truc pour moi ensuite. Les gens qui ne rentrent pas dans l’échange sont vite grillés. Du coup, au fil des rencontres des amitiés se créent, c’est là qu’on commence à parler de scène à mon avis, quand entre deux villes il y a des échanges, il y a une scène dans chaque ville qui en profite, de un tu passes à trois ou quatre groupes qui ont la possibilité d’aller jouer ailleurs, et ainsi de suite le réseau se propage. C’est comme ça qu’on a lié des liens très forts avec les gens de Troyes, de Nancy, de Metz, de Dunkerque, de Mannhein, d’Anvers, etc. et que les Parisiens ont fini par venir en nombre voir des concerts à Reims. Ça, c’était mortel pour toute l’équipe de bénévoles, voir des gens venir de loin pour des concerts dans une petite salle, des gens passionnés, des connaisseurs, des collectionneurs et souvent très sympas en plus.

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Etant donné les groupes que tu programmais et le public auquel tu t'adressais, ça ne devait pas être facile d'arriver à mettre en place autant de concerts, j'imagine que ça devait impliquer pas mal de sacrifices, financiers et autres ?

C’est surtout pas mal de temps et d’énergie. Je pense que ça doit être propre au milieu associatif en général, qui est d’abord basé sur un certain volume d’activité bénévole. Personnellement, le jour où ça a commencé à me contraindre, j’ai arrêté. Chacun fait avec ce qu’il a comme temps et comme énergie à fournir, il se trouve que j’en avais pas mal.

Faire jouer autant de groupes c'est aussi pas mal d'aventures humaines. J'imagine qu'en plus de les faire jouer, tu devais aussi les héberger, y'a t-il des gens qui t'ont plus marqués que d'autres ?

Je pourrais faire une très, très longue liste des gens qui m’ont marqué. En fait, ça ressemblerait plus à un bouquin qu’à une itw. Il y a des gens qui méritent un chapitre. Et puis, ici j’aurais peur d’oublier un nom si je commençais à en citer.

Je peux simplement catégoriser les personnes. D’abord tous ceux et celles qui ont filé un coup de main aux concerts, ma compagne, mon frère, mes meilleurs amiEs, le crew local quoi. Ensuite tous les gens des groupes qui se sont déplacés jusqu’ici, en particulier ceux qui rendaient la monnaie de la pièce, et puis ceux qui nous ont mis des taloches pendant leur set, même devant 20 personnes.

On a aussi rencontré des gens géniaux qui organisaient des trucs dans leur coin, ceux qui soutenaient les distros (et donc les groupes) en achetant plein de trucs, ceux qui hébergeaient les fauves, parfois sans même avoir vu le concert.

A propos de l’hébergement à la maison, j’ai pas tant de souvenirs que ça d’after-partys délirantes. Il y en a eu de belles certes, mais souvent les groupes qu’on faisait jouer étaient en tournée, un peu crevés, et la fête tournait court après quelques bières à la maison. D’ailleurs, le fait qu’on faisait jouer des groupes en tournée était une sorte de marque de fabrique, et un gage de qualité en plus. Tu n’envoies pas le même set si tu viens de jouer 8 dates ou si tu répètes 1 fois par semaine. Ça a été le sujet de conversation numéro 1 à la distro pendant les concerts. C’était tellement évident pour tous les nouveaux groupes français à l’époque. En plus de l’expression, du message qui était souvent de qualité, il fallait bosser sur la forme, sur le « jouer ensemble » et pour ça, il n’y a pas 36 méthodes, il n’y en a qu’une : jouer régulièrement devant un public d’inconnus. C’était super cool de voir des groupes progresser au fil des concerts et des tournées. De voir des jeunes s’investir et « y croire ». Je veux pas dire croire en un hypothétique succès, mais simplement croire en eux, en leurs qualités. Ça c’est le truc le plus valorisant que j’ai pu faire. S’arrêter sur un parking de station-service désert en Espagne et délirer avec les Dead sur le bonheur d’être là…
Après, dans les gens qui m’ont marqué y’a aussi ceux dont j’attendais une performance exceptionnelle, ce genre de groupe qui a fait un ou deux disques qui m’ont retourné et dont j’espérais une merveille de concert. Quand tu arrives à aimer le disque, le concert et la personne elle-même, qu’en plus tu la rencontres dans l’intimité d’une maison, avec une bouteille ou deux, ça te laisse un pur souvenir.

J'ai un souvenir assez précis d'un événement qui m'a dévasté à l'époque. Parmi la multitude de groupes qui me rendaient fou, Pg.99 était l'un des plus importants, pour moi ils étaient une sorte de synthèse parfaite de tout ce que j'aimais dans la musique extrême. Quand ils sont venus en tournée tu leur as booké deux dates de suite et pour je ne sais quelle raison avec mes potes on avait décidé de venir le second soir, erreur fatale. Je me revois dans la caisse du poto, sur le départ, hyper chaud, quand celui-ci décide de checker un dernier truc sur sa boîte mail. Il est revenu tout blanc, la nouvelle était tombée, le groupe avait splitté dans la nuit.
Quelques temps plus tard Martin, le roadie allemand qui tournait avec tout le monde, m'a raconté que c'était l'une de ses pires expériences de tournée tellement les mecs étaient ingérables. Tu en gardes quel souvenir ? ça fait quoi 9 ricains qui déboulent chez toi et qui décident de splitter ?

Martin est un gars super, c’est lui qui avait booké la première tournée Yage / Robocop Kraus, et ils ont fait leur premier concert en France à Turenne. C’était mortel ! Je lui fais confiance quand il dit que c’était la pire ambiance. Pour être précis pg99 n’ont pas joué à Reims. Ils ont splitté quelques jours avant. On avait joué ensemble à Luzy au Todo Es fest. J’ai pas de souvenir grandiose d’eux, si ce n’est qu’ils ont voulu jouer deux bonnes heures et que, du coup, on s’est retrouvé à jouer à 4 ou 5 heures du matin. Je sais pas si c’était déjà tendu entre eux au festival.

Un autre groupe qui m'a beaucoup marqué est Catharsis. Le chanteur Brian était un personnage charismatique haut en couleurs, et surtout impliqué dans plein de trucs, les groupes, les labels, son fanzine Inside Front que tu distribuais et évidemment le collectif Crimethinc, quels genre de rapports entretenais-tu avec cette équipe anarcho punk d'Atlanta ?

Catharsis avait un discours radical c'est vrai. L'histoire est assez amusante puisqu'à la base c'était de bons vieux hardcoreux Straight Edge. D'ailleurs, les 1ers disques ne sont pas exceptionnels. Je crois me rappeler avoir lu une interview qui disait qu'un jour Brian est tombé sur un disque d'Amebix (à l'époque c'était pas si simple) et qu'il a pris une énorme claque. Puis il a enchaîné sur des trucs plus obscurs du Hardcore européen, en particulier des groupes yougoslaves comme U.B.R.(Uporniki Brez Razloga) qui avaient une dimension politique différente. Ça a radicalisé le groupe. En 1999 on a eu la chance de faire jouer Catharsis lors d'une longue tournée hivernale qu'ils ont fait dans des conditions très roots. Arrivés à Reims, le chauffage du camion est en panne, ils étaient gelés. Ils se sont jetés sur les radiateurs sans demander si l'endroit était squatté ou si l'électricité venait d'une centrale nucléaire. L'endroit était une MJC tout ce qu'il y a de subventionné. Brian avait une extinction de voix, ils ont quand même fait un concert de 20 minutes, ce qui était à la fois courageux de leur part et frustrant pour nous, d'autant que Brian ne pouvait presque pas parler et on n'a même pas pu discuter. Je pense qu'ils étaient aussi sincères que possible, et que tenir des positions aussi radicales vis-à-vis de la société exigeait d'être clair quant aux possibilités de "faire sans", aux limites du DIY : par exemple est-il possible de construire soi-même un véhicule pour tourner ? de tourner sans prendre de l'essence dans les stations des multinationales ? etc. Des trucs quand même assez peu probables. C'est le genre de paradoxe qui animait les discussions à l'époque.

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On parle d'une scène punk / HC mais c'est un terme un peu fourre-tout qui ne veut pas dire grand-chose musicalement. Entre crust, noise, screamo, power violence, grind, sludge, metalcore, doom, antifolk, trucs un peu post rock, expérimentaux et j'en passe les styles pouvaient varier sur un même événement. Finalement l'unité se faisait plus autour de la façon de faire que sur la nature même de la musique. Aujourd'hui certains groupes que tu as fait jouer devant 30 ou 40 personnes se retrouvent dans le circuit traditionnel des salles de concerts et des festivals, tu penses que c'est une évolution somme toute normale ou que le côté hyper bien organisé et passionné du réseau punk / HC de l'époque était aussi (voir surtout) un bon moyen pour eux de se montrer avant de bouger vers autre chose ?

Bien sûr que le circuit DIY est un bon moyen de progresser en tant que personne et en tant que musicien. Quand on faisait jouer certains groupes, je savais à l’avance généralement si on avait affaire à des puristes du DIY ou à des gens plus pragmatiques. Je n’étais pas seul à programmer, ou plutôt je ne programmais pas que pour ma gueule. Je faisais en fonction des autres bénévoles de l’asso. Après je sais pas si la scène Punk HC te permet de te « montrer », en fait je crois bien que non, parce qu’elle est finalement assez invisible aux yeux des média génériques. Mais là encore, tu as des passerelles.

Si tu regardes l’historique de création du Hellfest, c’est d’abord une asso de Rennes qui faisait du Hardcore et des mecs qui ont monté Stormcore à partir de pas grand-chose pour avoir au moins un groupe local à faire jouer. Ils étaient très pragmatiques dès le début. Ils ont inspiré pas mal de monde, des gens qui n’auraient sans doute pas été touchés par une ligne politique Anarcho-punk plus classique. Ils ont rallié des metal heads, des gens qui écoutaient de la noise, du NYHC, des trucs mélodiques Californiens, etc. Overcome a créé pas mal de connexions. Bien sûr ça c’est pas fait sans critique d’abord parce qu’un des message principaux du DIY c’est quand même l’anticapitalisme et que Overcome, direct, dealait avec des distributeurs professionnels.
Personnellement j’ai toujours essayé d’avoir du recul par rapport à ça, de ne pas trop juger les gens dans leurs activités tant qu’ils ne jugeaient pas les miennes. Après tout on est libre non ? donc pour en revenir au Hellfest, de ce que j’en sais, l’énergie primaire du truc vient du DIY. Je n’ai jamais mis les pieds sur le site du Hellfest, mais à ce qu’on m’en a raconté, ça n’a plus rien à voir avec un concert dans un rade. Tu peux toujours critiqué l’un ou l’autre, dire qu’il y en a un qui te plaît d’avantage. Tant mieux. Il en faut pour tout le monde. C’est déjà tellement mieux que dans les années 70 où il y avait rien de rien.

Les concerts représentaient une part importante de ton activité mais tu as très vite fondé ton label, Shogun Records. Tu t'es embarqué là-dedans tout seul ou vous étiez plusieurs à piloter le truc, avec peut-être différents degrés d'implication ?

Le label, au début, c’était pour sortir les disques des copains. À un moment il y avait peut-être une dizaine de labels indépendants sur Reims. Melmack (Bumblebees), Partycul System (Roselicoeur), Reims Punk n’ roll, Molaire, Tête De Mort, ESB, Electropuncture sont ceux que je distribuais et dont je me rappelle. Il y avait énormément de labels en France à l’époque. Presque chaque groupe avait son propre label pour sortir son CD ou son LP. Après, au fil des années, ma distro a grossi et on m’a branché sur des co-prods, et puis j’ai eu envie de faire un label plus international. J’avais l’opportunité de le faire, de faire des trucs avec des chouettes groupes, pourquoi se priver ?
Sur le label, j'étais un peu tout seul, même si en faisant des co-prods tu as l'impression d'être dans un collectif. J'aime beaucoup la liberté que te donne ton propre label, tu peux vraiment faire à ton idée, sortir les trucs qui te plaisent vraiment. Il y a moins de compromis que dans un groupe, quoique ça m'est arrivé de ne pas être d'accord avec un groupe sur une pochette ou un financement. C'est même arrivé que ça bloque la sortie du skeud, ou mon implication.

Shogun c'est une bonne soixantaine de sorties, en format vinyle pour la plupart, étalées sur une quinzaine d'années, c'est quoi le secret de cette longévité ?

Y'a aucun secret, faut juste aimer ce qu'on fait. Si j'avais plus de temps je continuerais la distro et le label, mais c'est plus possible d'y consacrer 20 ou 30 heures par semaine et si c'est pour faire un truc à moitié c'est pas la peine.

Pour durer il faut quand même que les skeuds se vendent ou s'échangent et ça prend pas mal de temps. Mais c'est vachement agréable la plupart des gars / filles avec qui je tradais étaient super cool. Puis ça donnait envie de se voir, de faire des projets ensemble, des tournées, des groupes, etc.

Tu assurais ta propre distribution via le mailorder et donc la distro. Tu faisais beaucoup d'échanges j'imagine, les activités de label et de distro étaient donc connectées. C'était pensé comme ça dès le départ ou ça s'est imposé comme une évidence ? Y'avait quoi en premier, le label ou la distro ?

Au début il n'y avait que le fanzine, puis je me suis dit que je pourrais y ajouter une petite liste de distro. J'étais assez réticent pour faire un label, sachant que ça peut vite être un gouffre à pognon. Une distro c'est plus facile de la garder petite et mignonne. C'était le but au début, distribuer des trucs introuvables comme Hydra Head aux copains alentours. Après j'avais quelques copains via le zine et je me suis aussi occupé de distribuer leurs skeuds, les Ananda, Knut, Rubbish Heap, les labels qui allaient avec, etc. Puis j'ai aussi mis dans la liste des trucs que mes copains / copines appréciaient, du grind, de l'émo, des trucs différents. Elodie m'aidait dans mes choix. On a utilisé la structure de la distro pour sortir les premiers trucs Shogun, qui étaient uniquement des groupes locaux ou des splits avec des groupes amis comme les Dead For A Minute ou Karras ou Superstatic Revolution. Je n'avais pas vraiment à l'idée de sortir des albums en vinyle au début, mais je pense qu'il y a un besoin de labels de taille moyenne pour aider des groupes qui n'ont pas de structure de distribution.

Grossecaillasse

Pour moi, le format vinyle est intimement lié à cette scène Punk/HC, les premiers vinyles que je me suis payés viennent des distros, et de la tienne en particulier. Tous les groupes underground sortaient sur ce format à une époque où le CD était encore roi. Aujourd'hui la tendance s'est inversée, le vinyle est presque redevenu la norme, si bien qu'aujourd'hui tout le monde presse du vinyle à foison et les rares usines sont débordées par les commandes. Tu as senti une évolution dans ton activité de label au niveau du pressage ? Tu penses que les plans étaient plus nombreux/ abordables/ fiables au début ou que les galères étaient simplement différentes ? Tu avais ton propre réseau de fabricants ?

Je me rappelle bien du début d'année 2002, quand en quelques mois le CD a commencé à moins se vendre dans ma distro. C'est arrivé assez brutalement. Les ventes de vinyle n'ont jamais vraiment pris le relai, même si les groupes se sont tous mis à réclamer une version LP de leur album. Aujourd'hui les quantités pressées restent minimes, parfois moins de 500 pour le monde entier, c'est peanuts. Ce qui a changé c'est donc les quantités et comment les boîtes de pressage arrivent à s'en sortir avec des 300 copies quand elles avaient l'habitude de commandes de 10000 ou 20000. Il y a une époque où les « gros » presseurs ne travaillaient qu'avec les « gros » indés. Niveau fiabilité, je sais pas trop, j'ai toujours connu des galères ça et là. C'est un business compliqué, le pressage. J'ai aussi galéré avec des imprimeurs, c'est aussi pour ça que je me suis tourné au maximum vers l'impression à la main faite par des punks pour des punks. Finalement à la fin je faisais presser chez un « gros » en France et imprimer à l'étranger.

Ta distro était tellement fournie que ça donnait presque le tournis et je crois que c' est la première fois que j'ai été exposé au délire "digger" en quelque sorte, des mecs qui cherchaient des trucs hyper pointus et plutôt rares. Je me souviens de ce type que je croisais quasi systématiquement à tes concerts, un mec plus vieux, la boule à zéro, avec des lunettes et un bras noir qui repartait systématiquement avec une palette de disques. Avec les potes c'était presque devenu une blague, on se demandait si le mec avait le temps d'écouter tout ça. Aujourd'hui on retrouve beaucoup de disques, que tu avais en distro, à des sommes astronomiques sur ebay ou discogs, ça t'inspire quoi le fait que des mecs n'aient aucun scrupule a se faire un paquet de pognon sur des disques de groupes diy anticapitalistes ?

Ça aussi c'est un sujet récurrent. Nombre de fois j'ai pu répondre aux critiques à propos des collectionneurs et des gros consommateurs de disques que c'étaient eux qui soutenaient les groupes financièrement, en achetant leurs disques. J'ai pu remarquer que des gens qui achetaient peu de disques focalisaient la plupart de leurs achats sur des "gros" groupes qui avaient déjà vendus plein de disques. Ou j'ai fait remarqué à un gars d'un groupe de Reims qui lui aussi critiquait la "folie consommatrice" que le fou en question était le seul à avoir acheter la démo CD de son groupe dans ma distro… Pour les groupes, il faut se poser la question du sens qu'il y a à sortir des disques. À qui on s'adresse ? Choisit-on son consommateur ? Et le consommateur finalement, il achète ce qui lui plaît selon ses moyens.

Concernant Dominique, que dire ? j'ai un grand respect pour lui. Il aurait pu se la péter 1000 fois plus. Il sortait le 1er album d'Eyehategod et de Dazzling Killmen sur son label Intellectual Convulsion quand certains d'entre nous n'étaient même pas nés. C'est un globe-trotter qui consacre sa vie à la musique, un de plus grands fan de Hardcore Jap que je connaisse, il possède la plupart des flexis de Confuse, Gai, etc. Bien sûr ce sont des disques qui valent un bras aujourd'hui. Le fait d'avoir été produits par des groupes anar ne les a pas protégés de l'économie du marché. Les très bons disques rares valent cher. Ça ne date pas d'hier, ni d'internet. A la fin des années 80, des disques comme le LP de Vile (Boston) valaient déjà plusieurs centaines de dollars. Idem pour les 1ers skeuds sur Dischord. Un ami m'a raconté avoir chopé 2 copies du Vile à sa sortie. Ça se faisait beaucoup à l'époque, d'une part pour amortir les frais d'envoi quand tu achetais direct au groupe, et ensuite ça fournissait ta liste d'échange, liste qui était un bon moyen de choper des trucs un peu rares. Donc l'ami en question met sa liste et son contact dans les petites annonces de Maximum Rocknroll. Quelques temps plus tard il est contacté par un mec en Corse qui demande sa liste et lui demande s'il est prêt à vendre certains disques. Le gars lui propose + de 1000 francs pour le Vile. A sa place que fais-tu ? 1000 francs, ça lui permet de racheter au moins 15 disques. Le calcul est vite fait. Qui doit avoir le plus de scrupules ? celui qui paye un disque aussi cher ou celui qui le vend ou personne des 2 ? C'est vrai que voir ces skeuds Punk atteindre ces prix est assez surprenant, mais en fin de compte le disque une fois sorti du monde DIY et arrivé chez le disquaire est un produit comme un autre, qu'on le veuille ou non.

Pour moi tu étais un papa de la scène, et les mecs impliqués comme toi n'étaient pas légion, en revanche je me souviens d'autres figures comme Christophe Stonehenge, Fab Molaire / Waiting For An Angel, l'allemand un peu dark qui était chanteur de Stack et qui avait aussi un label et une distro et j'en passe. J'imagine que vous deviez pas mal échanger, tu as encore des nouvelles, tu sais ce qu'ils sont devenus ?

Je revois Fabien de temps en temps, nous étions très proches quand il habitait sur Reims. Maintenant il vit dans un autre région. Il se consacre à sa maison d'édition (ndlr : Black Cat Bones Editions).

Christophe continue sa distro et son label. Quelle constance ! Il m'arrive de lui commander un disque, si jamais je cherche un truc et qu'il fait partie des vendeurs, je n'hésite pas. C'est l'intégrité incarnée.

Bernd et son acolyte Ralf (batteur de Stack) ont disparu de mon radar. Je ne suis pas très fan des réseaux sociaux.

Finalement j'ai perdu le contact de la plupart des gens, mais au hasard de la vie je rencontre des anciens, c'est l'occasion de papoter, de parler du "bon vieux temps".

Au début de l'interview tu dis que certaines personnes mériteraient des chapitres entiers, t'as déjà pensé à faire un bouquin ? surtout que tu dois avoir un sacré paquet de photos/flyers à l'appui, un sorte de "salad days" papier façon burn out ?

Il y aurait de quoi raconter, mais finalement ça concerne assez peu de monde et je ne pense pas avoir ni le talent pour écrire, ni la matière pour illustrer un bouquin façon Salad Days ou Touch & Go. Burn Out a peut-être influencé quelques personnes en France, mais ça reste très limité. Ce sont de vieilles histoires, souvent privées. Je me suis même décidé à supprimer les sites internet.

Aujourd'hui, le punk hardcore et la zik en général c'est définitivement derrière toi ou tu vas encore à des concerts et jouent dans des groupes avec des potes ? Comment remplis-tu tes journées ? As-tu l'impression de vivre une seconde vie après le hardcore diy ?

Avec Elodie on a le projet de faire un blog musical où on parlerait de nos coups de cœur du moment. On pourrait à l'occasion ressortir un vieux flyer ou une bonne photo. Peut-être même qu'on pourrait faire une petite expo dans un lieu DIY à Reims. Rien de sûr. A la limite je trouve que l'aventure Burn Out est encore trop récente pour en tirer des traces définitives.

Je baigne encore dans le Punk Hardcore, même si le temps passant je suis revenu à mes premières amours Post-punk New Wave. J'achète encore pas mal de disques, entre 5 et 10 par mois. J'écoute du mp3 pour choper du nouveau son. Mais bon, mes journées sont remplies par mon taf déjà. Et en dehors du taf je consacre mon temps à ma famille et mes amiEs. Je fais 5 ou 6 concerts dans l'année, j'évite les soirées à 8 groupes… malheureusement j'ai perdu de vue pas mal de copains de concert, surtout sur Paris. Et puis les copains qui squattaient la distro en ligne ont aussi disparu. Je me dis qu'on se recroisera à l'occasion, le monde est petit. De toute façon j'étais arrivé à un point où je commençais à me sentir usé, blasé. Alors oui, ma vie est assez différente aujourd'hui que je ne fais plus 20 ou 30 heures de distro par semaine. Il ne faut pas idéaliser le truc DIY, pour faire "un truc de dingue", une distro bien fournie avec pratiquement tout ce qui sort, c'est vraiment du taf. Et du pognon. Et du stress. Ça n'a rien de très romantique, même si sur le principe c'est assez séduisant.

Je suis content d'avoir fait ce que j'ai fait, d'avoir vécu des trucs assez incroyables, voire mythiques. Je peux même ressentir de la fierté d'avoir été l'instigateur parfois, ou bien simplement fier de certaines rencontres. Je suis également content d'avoir tourné la page sans trop me faire mal. Je suis flatté que tu veuilles entendre ce que j'ai à dire sur ces biens insignifiantes histoires qui paradoxalement ont l'air de t'avoir bien marqué. Peut-être que j'ai atteint mon but alors : montrer qu'une autre façon de penser la musique, hors des circuits commerciaux, est possible.

Vous pouvez lire l'avis éclairé de Phil sur son nouveau blog musical ici.

Mixtape

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01. Catharsis - Obsession
02. Hot Cross - Born On The Cusp
03. Dead For A Minute - Etre Officiel
04. Yage - Leben Leben
05. The Robocop Kraus - The Dead Serious
06. Unlogistic - Oil Slick
07. His Hero Is Gone - Like Weeds
08. Amanda Woodward - Ultramort
09. From Ashes Rise - Concrete And Steel
10. What Happens Next ? - Salmat Kaibigan
11. Orchid - I Am Nietzche
12. Iscariote - Soleil Trahi
13. Ananda - Journées Exsangues
14. Jasemine - Restriction
15. The Flying Worker ! - Dawn Of The Dead
16. Yaphet Kotto - Reserved For Speakers
17. Envy - Left Hand
18. Jellyroll Rockheads - Ganja Boy
19. Georges Bitch Jr - Fuck Education We Need More Jails
20. Blockheads - Haashaastaak
21. Submerge - Bury Ignorance
22. Pg. 99 - The Mangled Hand


Andrew Douglas Rothbard l'interview

Andrew Douglas Rothbard est un musicien californien actif depuis 1995 au sein de différentes formations, dans des rôles variés. Il a joué de la basse et du synthé au sein de The VSS, groupe indie noise de San Francisco, puis splite et forme avec trois de ses membres Slaves qui deviendra début 2001 Pleasure Forever, formation indie un peu pompeuse signée sur Sub Pop et dont il était le frontman. Las des nombreuses tournées (en compagnie de The Damned ou Les Savvy Fav notamment) et d’un style dans lequel il ne se retrouve plus vraiment, il sort en 2006 chez les californiens de Smooch Record un premier album solo : Abandoned Meander.

Un premier effort, d’une grande densité oscillant entre psyché folk et électronique qui s’inscrit dans une série de cinq albums basés sur la loi des cinq. Plus précisément sur thèse, antithèse, synthèse, parenthèse et paralysie, comme défini dans la trilogie Illuminatus de Robert Anton Wilson et Robert Shea. Je n’ai pas lu ce livre, qui se dit humoristique sur la paranoïa américaine face aux conspirations, mais on peut aisément saisir l’esprit operation mindfuck que décrit Wilson à travers la musique d’Andrew.

Les deux albums suivant montrent une évolution musicale qui se détache de plus en plus d’une psyché folk et tend vers une abstraction électronique quasi baroque que l’on retrouve sur Exodusarabesque et Frequenseqer sorti en K7 chez Tapes from The Gates. Véritable maelstrom organique et complexe sa musique très inspirée par les psychotropes altère volontiers nos communications neuronales.

Après une première sortie digitale le 2 novembre 2015, le mindfucker Andrew Douglas Rothbard sort un fabuleux et tout aussi stupéfiant quatrième album Cantosynaxis (basé sur la parenthèse donc) via Tapes From The Gates courant janvier. Entretien et mixtape.

Andrew Douglas Rothbard l'interview

Andrew Douglas
Pourrais-tu nous en dire plus sur toi car j’ai le sentiment que ça devient de plus en plus difficile de te trouver sur le net ?
Could you tell us a little about yourself as I feel that it’s getting more and more difficult to find you on the Internet ?

J‘ai joué dans plusieurs groupes pendant des années et puis au bout d’un moment j’ai fini par jouer solo. J’ai passé tellement de temps à faire des concerts, que toutes ces heures je voulais les retrouver et les passer en studio. À partir d’un moment j’ai arrêté les live, j’ai écouté beaucoup d’albums psychés des années soixante, et j’ai fait un LP. Beaucoup de vieux albums que j’aime étaient plutôt brut avec des effets imperceptibles. Créant une vibe mais pas un univers. Pas suffisamment sophistiqués pour créer réellement un univers. J’ai essayé de reproduire certains de ces effets avec du matériel moderne. Grosse erreur. Puis j’ai enregistré mon premier album Abandoned Meander et quelques personnes l’ont trouvé plutôt cool. J’ai donc continué comme ça en faisant de longs breaks entre chaque sorties. Le temps que j’ai passé entre chaque album je l’ai consacré à des recherches psychédéliques. Et me voilà neuf ans plus tard toujours sur la même voie. Je n’ai pas d’agent et je suis le studio et le label. Je n’utilise pas les médias sociaux et j’arrive à peine à encoder mon site web. http://www.andrewdouglasrothbard.com/etc.html

C’est un projet musical qui utilise internet pour distribuer sa musique pas un projet internet qui crée du contenu pour le web. A part ça j’ai découvert que j’étais paumé et inconnu et que ça m’allait parfaitement.

I played in various bands for years, and ended up just going solo at some point. Most of my time spent performing was so that I could trade in those hours for studio time. At a certain point, I stopped playing live, listened to a lot of studio psych albums from the 1960's, and made an LP. A lot of the old albums I liked were pretty crude, with transparent effects. Creating a vibe, but not a world. Not sophisticated enough to actually create a whole world. I tried to replicate some of those sounds with modern equipment. Big mistake. I released my first album Abandoned Meander and a couple of people thought it was pretty cool. I just kept going from there with massive breaks in between. Most the time in between was spent doing other kinds of psychedelic research. Here I am 9 years later still on that same path. I don't have a publicist, and I am the studio and the label. I don't use social media, and can barely code my website. This is a music project that uses the Internet to distribute the music, not an Internet project that creates content for the web. Other than that, I have discovered that I am lost and unknown and that's very acid and absolutely appropriate.

Est-ce que tu vis toujours en Californie et comment se passe ta vie là-bas ?
Do you still live in California and How is life there ?

J’ai déménagé à San Francisco en 1995. J’ai de la chance d’avoir déménagé ici à l’époque et aujourd’hui je trouve assez idiot de ne pas expulser ce lieu de mon système. C’est au-delà du j’aime ou J’aime pas pour moi. Ça a été un périmètre créatif avec des années d’idées superposées que je retrouve à chaque coin de mon quartier. Historiquement, j’avais besoin d’être capable de recréer mentalement mes trips, mes défaites et mes quelques réussites au quotidien pour pouvoir continuer ce projet. La région de la baie n’est qu’une partie de la Californie et la Californie n’est qu’une partie de l’Amérique. je pourrais vivre n’importe où maintenant parce que j’ai vingt ans de musique de valeur faite en Californie à terminer. A ce stade chaque morceau est pour moi un coin de rue de plus.

I moved to San Francisco in 1995. I am lucky to moved here when I did, and rather foolish for not getting the place out of my system by now. It's beyond like or dislike for me. It's been a creative compass with years of ideas superimposed onto every corner of the immediate area. Historically, I needed to be able to mentally recreate drug trips, defeats, and a few actual successes on a daily bases to keep this project going. The bay area is only one version of California, and California is only one version of America. I could live anywhere at this point because I have 20 years worth of music made in California that needs to be finished. Every song is just another street corner to me at this point.

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Ta musique devient de plus en plus électronique et il y a de moins en moins de guitares et de voix, y a t-il une raison particulière ? Cantosynaxis est un peu comme si Richard D James rencontrait Kevin Shields et Bach.
Your music is getting more and more electronic and there is less guitars and vocals,is there a reason ? Cantosynaxis is (sorry) a bit like Richard D James meets Kevin Shields meets Bach.

Je ne suis pas aussi austère que RDJ ou MBV.

Je suis un peu du genre une parodie profonde. C’est ce qui m’a amené du prog à l’acid gaze et au kraut rock. Je suis plus à fond dans Steve Howe en fait. My bloody Relayer ou les trucs du genre. Je ne peux me poser en tant que policier du bon gout quand il s’agit de solo de guitars. Je me suis mis plus à la musique électronique parce que ça devenait un peu bizarre de faire de la musique traditionnelle en solo. La musique électronique est plus basée sur ta relation entre les machines et les logiciels ce qui est plus cohérent que de créer 24 pistes où je joue tout solo. Les machines ont une personalitées de base et semblent ajouter une deuxième âme au projet. Ça a résolu un problème existentiel à à peu près tous les niveaux. Je suis sûr que je n’aurais pas été conscient de ces problèmes si je n’avais pas joué dans des groupes pendant des années. Je pense que mes albums sont devenus plus de la programmation qu’être assis à droite à gauche avec ma guitare à chanter comme je le faisais. C’est un changement qui s’est fait sur du long terme parce qu’avant je travaillais mon chant tous les jours. Quand j’ai commencé à intégrer des machines dans mes compos j’ai senti que je disparaissais dans le mix, et j’ai adoré cette sensation. C’est plus intéressant pour moi d’insérer des données et connecter des modules que de jouer autour d’un feu de camp. En fait c’est une réflexion totale sur mon environnement.

I really am not as austere as RDJ or MBV. I am kind of deep pastiche. This is what brought me back to prog from acid gaze and kraut rock. I'm more into Steve Howe really. My Bloody Relayer or something. I just can't be a taste crime cop when it comes to things like guitar solos. I got deeper into electronic music because it was kind of strange doing more traditional arrangements as a solo person. Electronic music is more about your relationship to hardware or software, which made more sense then just creating 24 tracks of myself playing everything. Machines have base personalities, and seem to add a second mind to the project. This solved an existential dilemma for me on pretty much every level. I'm sure I would have been unaware of this dilemma if I hadn't played on bands for so many years. I think my albums have become more about programming than me sitting around with a guitar and singing like I used to. It was a change that happened over a long period of time, because in the beginning I would work on vocals everyday. When I introduced the machines into the process, I felt like I disappeared in the mix, and I really liked that feeling. Like it's more interesting for me to input data and connect modules than to sit around the campfire. It's a total reflection of my environment.

Concernant la théorie des cinq, Cantosynaxis représente la Parenthèse n’est-ce pas ? Est-ce que tu pourrais nous en dire plus sur cette théorie et comment l’interpréter dans ta musique ?
Concerning the law of five, Cantosynaxis is Parenthesis right ? Could you tell us more about this whole theory and how to interpret it in your music ?

Toute cette théorie a été créé par Robert Anton Wilson et Robert Shea dans les années soixante-dix. Ça vient de leur livre, une trilogie, qui s’appelle Illuminatus.

J’ai récemment relu ces livres et je ne conseillerai à personne de le faire. J’étais juste obsedé par un certain passage du troisième volume et je pensais que c’était suffisamment obscure pour baser une série d’album conceptuel dessus. A l’époque où j’ai sorti Abandoned Meander, la scène musicale en Californie était au sommet du néo-hippisme et c’était assez étrange de voir à quel point les gens prenaient ça au sérieux. Je pense que c’est pour ça que j’ai voulu aller au bout du truc. C’est pareil pour le mythe des années soixante. Biensûr que ce n’était pas magique sauf si tu te crois que ça l’était.

Je pense que l’aspect instrumental sans voix des deux précédents albums correspondent aux cycles tel que je les interprète. La Parenthèse est le cycle de la bureaucratie et je pense que le fait que la moitié des titres de Cantosynaxis soit de la même durée que la moitié de ceux de Frequenseqer révèle sous certains aspects le fait d’être figé sur place. Maintenant que je vais entrer dans le cycle de la Paralysie, je n’ai pas d’autres choix que d’emprunter le chemin qui ramème à la Thèse. Ce qui signifie qu’il va falloir remplir le cercueil avec un peu de tout pour ce long voyage qui mène à la réincarnation.

This whole theory was created by Robert Anton Wilson and Robert Shea in the 1970s. It came from the Illuminatus Trilogy books. I recently read those books again, and I would not suggest anyone read them. I was just obsessed with one certain appendix of the third volume, and thought it was obscure enough to base a series of concept albums on. The music scene around the time I released Abandoned Meander in California was at the peak of neo hippy, and it was kind of strange to see how many people took it seriously. I think that's why I am following through with it. The whole myth of the 60's is like that too. Of course it wasn't magic, unless you believe it was. I think the more instrumental non vocal aspects of the last two albums fit the stages as I interpret them. Parenthesis is the stage of bureaucracy, and I think the fact that Cantosynaxis is as long as Frequenseqer with half the tracks reflects a certain sense of being frozen in place. Now as I enter in the Paralysis stage, I have no choice but to consider it a gate way back to a Thesis. This means we need to pack the coffin with a little bit of everything on the long journey to reincarnation.

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Que penses-tu de la description de Tapes From The Gates à propos des artistes qui de part leurs oeuvres créent une nouvelle mythologie ? Te concernant je trouve que ça marche plutôt bien.
What do you feel about the description from Tapes Of The Gates about artists creating a new mythology ? cos I feel that it works pretty well for you.

Si tu traînes avec moi pendant une semaine, tu réaliseras qu’il vaut mieux se représenter les personnes de façon abstraite. J’aurais probablement dû mourir dans ma vingtaine pour rejoindre un quelconque cercle mythologique. Mon truc principal désormais c’est comment naviguer dans un monde qui quantifie tous les aspects d’une vie numérique en paramètres Internet et embrouille tout processus de vie réelle. Malheureusement pour la plupart des gens la perception de la réalité est forgée par des programmes qui quantifient leurs propres algorithmes. Avant cette ère, c’était plus facile d’être dans le mystique, plus facile de laisser une marque sur une petite tribu et laisser le mythe exploser hors de proportion. La plupart de mes héros ont été délimités par des sites web médiocres et niés par une génération actuelle qui s’est transformée en produit qu’ils se revendent. Ce procédé à fait de milliardaires de non-artistes, sauf si on considère un artiste une personne qui crée des apps.

If you hung out with me for a week, you would realize people are better in the abstract. I probably needed to die in my 20s to join that any sort of mythological circle. My whole thing now is how to navigate a world that quantizes every aspect of digital life through Internet metrics, and confuses that process with actual living. Unfortunately, most people's current perception of reality is being shaped by programs that quantity their own algorithms. It was easy to have mystique before this era. Easy to leave a small mark on a small tribe, and have the myth blow out of proportion. Most of my hero's have been delimited by tacky websites, and negated by a current generation that have turned themselves into a product they have sold back to their selves. This process has made billionaires out of non artists. Unless you consider someone who makes an app an artist.

Concernant les labels, tu es sorti sur plusieurs comme Peaking Mandala, Easterelics, Smooch, Tapes From The Gates, qu’est-ce qui te fais en changer et quelle est ta relation avec ces labels ?
About labels, you’ve been on different like Peaking Mandala , easterelics ( Is that your studio ?), Smooch, Tapes from The Gates, what makes you change and what’s your relationship to these labels ?

À la base j’ai essayé que Sub Pop sorte Abandoned Meander, puis ils m’ont dit de jeter tous mes albums de Freak Folk. Bon conseil. Peaking Mandala était un label que j’ai monté qui a,à ce jour, sorti qu’une seule sortie physique. Ça me semblait parfait juste un seul album alors je l’ai laissé comme ça. Quand j’ai commencé à sortir plus d’albums numériquement j’ai ressenti le besoin d’utiliser un nouveau nom. Easterelics est le nom de mon studio, j’ai donc fini par l’utiliser comme nom de label dernièrement. J’ai aussi sorti un unique morceau sous le nom d’Easterelics, histoire d’embrouiller encore plus les choses. Je ne suis pas sûr de savoir vraiment quoi penser d’un label numérique. Smooch c’était mon ami Andrew, il a plié tout son label et a disparu au Texas. Tapes From The Gates c’est mon ami Chris. Tapes From The Gates est le meilleur label avec lequel j’ai bossé pour l’instant en tant qu’artiste solo. Chris a parlé de les sortir en vinyles et j’espère qu’Il le fera. J’ai tellement de morceau en attente que je ne sais pas si un label pourrait en gérer la sortie. J’adorerais avoir une relation forte avec un vrai label mais en ce moment l’industrie a implosé.

Originally I tried to get Sub Pop to release Abandoned Meander, and they told me to throw away my freak folk albums. Good advice. Peaking Mandala was a label I started that produced one actual physical product. It seemed perfect with just one product so I let it go at that. When I started to release more music digitally, I felt like I needed a new name for the releases. Easterelics is the name of my studio, so I sort of ended up using that recently as a 'label' name. I also released a one-off studio sampler under the name Easterelics, confusing matters more. I'm not sure how to interpret the idea of a digital label really. Smooch was my friend Andrew, and he folded his entire label and disappeared to Texas. Tapes From the Gates is my friend Chris. Tapes From the Gates is the best label I have worked with so far as a solo musician. He has been talking about getting into vinyl, and I hope he does. I have so many tracks in the cue at this point, that I don't really know if any label could handle releasing all the material. I would love to have a strong relationship with a real record label, but the industry has kind of imploded at this point.

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Lors d’une interview à l’époque d’Abandoned Meander, tu as dit que tu n’écoutais aucune musique contemporaine, est-ce que c’est toujours le cas et si non qu’est-ce que tu écoutes et est-ce que ça t’influences ?
In an interview back during Abandoned Meander, you said that you don’t listen to contemporary music is that is still the case and if not what are you listening to and does it influence you ?

Comme je l’ai dit avant, je me suis plongé dans le musique des années soixante et soixante-dix quand je créais Abandoned Meander. Je voulais vraiment essayer de retranscrire au mieux ces sons vintages. Pendant des années le simple fait d’écouter de la musique et d’habiter à San Francisco a été pour moi une étrange voie. Il y a toujours jusqu’à ce jour une propagande du Summer Of Love dans le Haight-Ashbury. Je me suis finalement permis d’écouter certaines de mes musiques préférées des années 80-90 durant l’enregistrement d’Exodusarabesque ( son deuxième album). J’écoutais principalement beaucoup de classiques de Creation et Warp. Je crois que tout ça est devenu vintage maintenant donc je n’écoute toujours pas vraiment de musique contemporaine. C’est le genre de trucs qui me font perdre du temps de sommeil la nuit tu sais ! En ce moment je réécoute la première vague de musique psychédélique et progressive pour contre balancer toute la technologie que j’utilise. Je me suis rendu compte au bout d’un moment que beaucoup de la musique électronique que je faisais sonnait comme Brainticket https://www.youtube.com/watch?v=iNw6jDKLx5E en 1982 ou un truc du genre, donc faut que je fasse avec.

Like I mentioned before, I ended up immersing myself in music from the 1960's and 70's when creating Abandoned Meander. I really wanted to try and get those vintage sounds dialed in right. The combination of only listening to that music and living in San Francisco created a strange portal for me for many years. There is still a lot of Summer of Love propaganda in the Haight to this day. I finally allowed my self to start listening to some of my favorite music of the 1980s and 90's during the making of Exodusarabesque. Mainly I just was listening to a lot of Creation and Warp classics. I guess that stuff is sort of vintage now, so I can safely still not be contemporary. This is the kind of thing I lose sleep about at night you know! Right now I am back to listening to that first wave of psychedelic and progressive because it counterbalances a lot of the technology I am using. I realized after a while that a lot of the electronic music I make sounds like Brainticket in 1982 or something, so I just have to live with that.

Tu as dit aussi dans une autre interview (pour progarchives) que ta musique était “unprogressive”, vraiment ?
You also said in another interview (for progarchive) that you music is « unprogressive », really ?

C’était une pique à Progarchives pour avoir filé à Exodusarabesque une chronique de merde et me demander ensuite une interview. Je pense qu’ils ont plusieurs chroniqueurs, ce qui est un peu une mauvaise idée. Un gars m’aimait bien,et un autre a détesté l’album et ensemble ils m’ont emmené dans leur abîme. En fait j’utilisais pas mal ce site pour apprendre des trucs sur des groups obscures, et je me suis rendu compte que ces prog rockers c’était une scène plutôt rude. Ils ont vraiment des critères très pointus pour accepter ce qui est progressif ou non. Ils sont probablement juste amère de créer de la musique qui est à peu près détesté par tout le monde. Je me définirais comme proto-prog. Je vais toujours chercher de la musique psyché de San Francisco entre 65 et 70 comme une sorte de baromètre qui me permettrait l’entrée à quelque chose comme Canterbury ou vers le prog symphonique italien. Grateful Dead sont totalement proto-prog.

This was a dig on Prog Archives for giving Exodusarabesque a shit review, and then asking me for an interview. I think they have several different moderators, which is kind of a bad idea. One guy liked me, and another hated the album and together they were pulling me into their abyss. I actually use that site a lot to learn about completely obscure bands, and I realized that it's a tough scene with those prog rockers. They really have a tough criteria for what they will accept as progressive. Probably just bitter about creating music that is pretty much hated by the entire world! I would call myself proto prog. I always gut check San Francisco psychedelic 1965-70 as some sort of barometer for what I am doing as an entry point into something like Canterbury or Italian Symphonic Prog. Grateful Dead are total proto prog.

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À l’écoute de ta musique on sent direct que tu es un grand musicien et producteur, comment est-ce que tu écris et est-ce que tu as un instrument avec lequel tu débutes l’écritures ?
Something great about your music is that we can really tell that you’re a great musician and a producer, what’s your writing process and do you have an instrument you start writing with ?

Mon procédé semble être faire des allers retours entre ce que je veux vraiment faire ou pas faire. Et à la dernière minute possible, je me crée une date limite et je fonce jusqu’à la ligne d’arrivée. Je ne me sens jamais confiant de ce que je fais et j’ai toujours envie d’arrêter tous les jours. Un des trucs qui m’a vraiment aidé ces dernières années c’est d’utiliser des synthétiseurs modulables et des séquenceurs pour produire un dialogue créatif entre moi et une sorte de vecteur musical alterné.Ça aide d’arrêter complètement le procédé de penser, ce qui m’est nécessaire pour trouver la musique. Ça m’indique que je ne parviens pas à produire ça que de moi même mais plutôt que ça provient d’un autre lieu. Je ne peux pas arrêter le processus et il n’y a pas d’échappatoire.Ça ne provient pas de cette personne qui déambule et flotte sur cette terre tous les jours. Ça provient d’un subconcient navigateur qui a traversé de grands tronçons pour trouver des lieux silencieux dans lesquels cette information peut être exorcisé. Ça implique l’abandon total de son égo pour se rendre en ces lieux. Seul un idiot s’attribuerait le mérite pour quelque chose comme ça après avoir voyagé dans cette avion.

My process seems to be going through a lot of back and forth as to whether or not I really want to do this. Then at the last possible minute, I create an impossible deadline and race to the finish line. I never feel great about what I am doing and want to quit every day. One of the things that has totally helped me in the last several years is using modular synthesizers and sequencers to generate a creative dialog between me and some kind of alternate musical vector. It helps to stop the thought process completely, which is necessary for me to find the music. This sort of indicates that I am not actually coming up with this on my own, but rather it's being channeled from some other place. I can't stop the process, and it's impossible to walk away. It's not really coming from the living waking person that is floating around this earth every day. It is coming from a subconcious navigator who gone to great lengths to find silent places where this information can be exorcised. That involves total surrender of one's ego self to get to that place. Only a fool would take credit for something like that after traveling to that plane.

Le prochain album est supposé être le dernier de la pentalogie, est-ce que tu travailles dessus en ce moment, as-tu une idée de comment il sonnera et est-ce que ce sera la fin d’Andrew Douglas Rothbard en tant que projet solo ?
The Next album is supposed to be the last in the theory of five, are you working on it right now, do you know how it will sound like and will it be the end of Andrew Douglas Rothbard as a solo project ?

J’ai eu de nombreuses envie d’arrêter et de faire de la musique de façon anonyme ce qui est probablement pas nécessaire. J’ai des fans qui viennent de nulle part tout le temps et me motive exactement au moment où je suis convaincu d’abandonner. En plus de la musique, j’ai tourné des films de 8 et 16 mm pendant des années et je suis sur le point de finir ce que j’appelle “Sound Film Series". Ce sont des images celluloids transformées en morceaux qui ne figurent pas sur un album, mais avec des éléments plus cinématiques bien au-delà d’un clip video. Travailler sur des films m’a causé une dépression profonde il y a des années en fait. J’ai perdu ma capacité à trouver le silence et ma tête était rempli d’images, ce qui courcircuitait mes trips. J’imagine qu’aucun homme ne peut avoir deux maîtres.

I have been having a lot of thoughts of quitting and releasing music anonymously, which is probably unnecessary. I have fans that come out of nowhere all the time and push me along at the exact moment I have made up my mind to stop. In addition to music, I have been shooting 8 and 16mm film for years, and am close to finishing what I call the 'Sound Film Series'. Just celluloid images cut to tracks that never made it onto albums, but with more cinematic elements that go beyond just being music videos. Working with film actually caused me to have a complete nervous breakdown a few years ago. I lost my ability to find silence, and my head was filled with pictures and it just short circuited my trip. No man can have two masters I suppose.

Quel est ton role au côté de Michandi Shalimar http://michandishalimar.com/ et est-ce que tu as plus de collaborations en projet ?
What is your role in Michandi Shalimar ? and do you have more collabs coming ?

Michandi est ma principale collaboration avec ma femme. Ça a commencé sous le nom de Godseye, nom sous lequel nous avons joué pendant un certain temps. Nous créons lentement un nouvel album dans une maison hanté dans l’est d’Oakland. On fait un peu notre phase Freddy Les Griffes De La Nuit avec ce nouvel album, ce sera assez dépouillé et très home studio. À part ça la plupart de mes collaborations ont échouées misérablement. C’est assez dur de bosser avec moi.

Michandi is my main collaboration with my wife. It started out being called Godseye and we were performing under that name for a while. We are slowly creating a new album in a haunted house in East Oakland. We're having a kind of Exile on Main Street moment with the new album, and it's going to be kind of stripped down and very home studio. Other than that, a lot of my planned collabs have failed pretty miserably. I am hard to work with.

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Je suis assez impressionné par tes instruments et principalement ton matos analogique. ( liste de son matos : Coronado XII, Villager XII, EJ-200, Epi Dot, Strat, Supro Arlington Res-O, Wulri Console Piano, SH-101, MC-4, MC-202, TB-303, TR-606, TR-707, JSQ-60, Juno 60, STO, Dixie II, Maths, Optomix, Polivoks VCG/VCF/VCA, Ripples, Disting, Dark Energy CEM3340, EHX Black Finger, 414 MkII, AKG C414, SM-57, Twin Reverb, Sunn 200s, GA73 Pre, 2340-A, 80-8, Echoplex, OC71, OC72, OC75, OC81D, SFT337, Vox, Boards, Words and Ektachrome100-D ) Est-ce que tu utilises un ordinateur ? Qu’est-ce que ça représente pour toi l’analogique a une époque où tous ces logiciels et ces applications démocratisent l’accès à la musique mais aussi le désacralise ?
I’m also really impressed about your gear and specially your analog gear,no computers during the process right ? what analog means to you when all these apps and softwares exist and democratize the access to sound writing but also desecrate it.

J’ai commencé en utilisant un Roland Juno 6 branché dans un ampli de basse à un niveau de décibel assez élevé. J’essayais de recréer le son des conditions de live en studio en faisant des prises micro de basse et en passant le signal dans une ou deux bandes. C’est l’époque bénite où t’étais en mesure de trouver du matos de chez Roland bon marché et où je pouvais remplacer facilement mon Juno pour les tournées. Je pense que j’en ai changé trois fois. Ces dernières années j’utilise un vieux Roland MC pour synchroniser ou contrôler mon Juno avec la 303 ou le SH 101 plus la TR directement dans 1/2 bandes sur 8 pistes. J’ai plus de contrôle sur le son avec comme ça. J’ai commencé à synchroniser de nouveaux eurorack de modules analogique dans le mix pour arriver à des titres comme Mystic Overreach ou Prognoz Relikt. En ce moment j’utilise un Roland MC 4 pour contrôler 4 modules pour lancer avec la CV1, et les fonctions VCA et VCF sont modifiées avec la CV2. Puis je peux synchroniser en din la 303 ou la 202 pour avoir plus de contrôle sur les modules. J’ai une 303 quicksilver qui n’est pas aussi cool que le mod DevilFish mais j’adore le nouveau CPU. J’adore utiliser la 303 comme micro compositeur j’utilise le cv et le gate en sortie pour de nouveaux modules comme Math ou Clouds. C’est comme vivre un rêve de cette façon. Mon objectif maintenant c’est de céer de la polyphonie en utilisant des données lancées pour plusieurs oscillateurs en meme temps et séquencer des accords. Je suis sûr qu’il y a un moyen plus facile d’y parvenir mais en y arrivant de la mauvaise manière ça créera probablement un nouveau son. Quand je n’avais pas une thune, j’appréciais vraiment mes logiciels crackés d’Ableton et Reason mais les synthés sont vraiment creux. J’adore aussi utiliser des échantillons donc parfois l’ordinateur est plus facile à utiliser. Je suis en fait super enthousiaste à l’idée de me choper des eurorack digitaux avec des capacities de façonner plus complexe. J’ai vraiment l’impression que c’est la prochaine ère pour les modulaires . J’étais un hardcore de l’analo jusqu’à ce que j’utilise des instruments modifiables puis j’ai realisé qu’il y avait de la place pour les deux. Enfin l’analo c’est plutôt mortel. Matrix/Runout sur Cantosynaxis c’est juste des synthés Roland synchronisés en Din et des TR enregistrées en une prise sur 1/4 de bande sans overdub. C’est probablement mon morceau préféré sur l’album. Ceci dit j’utilise aussi des ordinateurs sur tous mes albums. Je préfère utiliser du Hardware, des micros et des amplis mais je ne suis pas un puriste pour autant.

I started out using a Roland Juno 6 in a live environment through a bass amp at fairly high decibel levels. I would attempt to recreate the exact sound from stage in the studio trying to mic up the bass cabinet and running the signal to 1" or 2" tape. It was the golden era of being able to find cheap Roland gear, and I was able to easily replace my Juno for tours. I think I went through about 3 of them. For the last several years I started using old Roland MC's to sync or control my Juno with the 303 or SH 101, plus TR's straight to 1/2" tape using about 8 channels. I have a lot more control over the sound using this method. I started syncing newer euro rack analogue modules in this mix, and came up with tracks like Mystic Overreach or Prognoz Relikt. Right now I use a Roland MC 4 to control 4 modules for pitch with CV1, and VCA or VCF functions are modified with the CV2. Then I can Din Sync the 303, or a 202 for more control over more modules. I had my 303 quicksilvered, which is not as cool as the devil fish mod, but I love the new CPU. I love using the 303 as sort of a micro composer, using the cv and gate out to newer modules like Maths or Clouds. That's kind of living the dream right there. My goal now is to create polyphony using just pitch data for several oscillators at once, and start sequencing chords. I am sure there is an easier way to accomplish this, but it will probably create a whole new sound for me in the process by doing it the wrong way. When I had no money, I really appreciated my Reason and Abelton software cracks, but the synth sounds are kind of thin. I also love to use samples, so sometimes the computer is easier to work with. I am actually really interested in getting into some digital euro rack stuff with more complex wave shaping capabilities. I think that's the next wave for modular really. I was hard core analog until I started using Mutable Instruments, and realized there's room for both. Analog is pretty great though. Matrix/Runout on Cantosynaxis is just din synced Roland synths and TRs recorded in one take to 1/4" tape with no overdubs. It is probably one of my favorite tracks on the album. That being said, I use computers on all the albums as well. I prefer to use hardware and amps and mics, but I am not a purist at all.

Cantosynaxis est sorti le 2 Novembre digitalement sur itunes et ton bandcamp et sortira trés prochainement en cassette chez Tapes from the gates, mauvaise synchro ou tu ne pouvais juste pas attendre ?
Cantosynaxis was released the 2nd of November on itunes and your bandcamp and will be soon on tape from Tapes from the gates, bad synchro or you just couldn’t wait ?

Je voulais que l’album sorte le jour des morts.C’était une decision impulsive après quatre ans ou plus de hiatus. Le fait qu’il y ait une sortie cassette qui se fasse après tout ce rituel digital rajoute un petit plus. Je savais que si je choisissais ce jour pour libérer ces morceaux, les Dieux seraient avec moi et me donneraient leurs bénédictions pour le passage au cinquième album. Je peux désormais laisser une trainée convenable de poussière shamanique alors que je sors me chercher des tacos.

I wanted the album to be released on Day of the Dead. It was an impulsive decision after a four plus year hiatus. The fact that there will now be a cassette of the particular digital ritual being performed adds a nice little ripple after the fact. I knew that if I chose that day to unleash those songs, the Gods would be with me and grant me safe passage to album number five. Now I can leave a proper shaman dust trail while I go out and grab some tacos.

Andrew Douglas Rothbard Mixtape

01. Vangelis - Spiral [Excerpt]
02. Peanut Butter Conspiracy - Crystal Tear [ADR Remix]
03. Picchio Dal Pozzo - Merta
04. T.O.N.T.O.S Expanding Head Band - Ferryboat
05. Schicke-Führs-Fröhling - Wizzard
06. ADR - Tense of Presence Tips On Perpetual Precipice
07. Mothers of Invention - King Kong Parts I and II
08. Barretta & Bordeaux - La Drogue
09. Billy Nichols - Life Is Short [ADR Remix]
10. Flower Pot - Wantin' Ain't Gettin' [ADR Remix]
11. ADR - Szczuczyn
12. Heldon - Borelo Pt. 8 Deterrioration
13. Manuel Göttsching - Glorious Fight
14. Moebius & Beerbohm - Narkose
15. GD - Beautiful Jam (Port Chester, New York 2-18-71)
16. Ceyleib People - Tanyet [ADR Remix]
17. Brainticket - Voyage Part 1 [Excerpt]
18. ADR - Prognoz Relikt Minus Wurli Console 65
19. Marks & Lebzelter - Essence Of It's Own


Saudaá Group l'interview

Interview réalisée avec la bienveillante complicité de Vince VanCuny.

Saudaá Group alias Alexis Paul est l’entité artistique qui porte Street Organ Ritornellos, une aventure poétique à l'orgue automatique s’étalant sur une dizaine de mois, à travers une dizaine de pays. Nous avions pu constater toute l’essence lumineuse de l’orgue de barbarie lors du concert d’Alexis, en première partie de Charlemagne Palestine et Lubomyr Melnyk, à la Maroquinerie, mi-octobre dernier : une aveuglante trentaine de minutes qui ouvrait béante la porte d’entrée vers une étourdissante piste solaire. Saudaá Group s’envolera pour Casablanca fin janvier, première étape d’un parcours décrit dans l’entretien suivant, réalisé en fin d’année dernière.

Quel est la différence entre le Saudaá Group et Street Organ Ritornellos ?

Street Organ Ritornellos est le nom d’un projet particulier que je vais mener en 2016. C’est une sorte de tournée de résidence à la rencontre de répertoires traditionnels et locaux dans une dizaine de pays, Street Organ Ritornellos est le nom du projet et Saudaá Group l’entité artistique qui porte ce projet.

Tu as senti du coup que tu voulais spécifiquement nommer ce projet ?

Pas vraiment en fait parce que dès le début c’était le nom du projet et pas nécessairement autre chose. J’avais plutôt pensé à faire une adaptation de Belle Arché Lou ou de ma musique pour orgue mécanique et c’est après, en commençant à travailler avec l’orgue, que je me suis rendu compte que c’était pas forcément pertinent d’adapter des choses qui existait déjà à l’orgue, c’était plus intéressant de faire de la création, dans le cadre d’un projet solo. C’est plutôt le chemin que j’ai pris maintenant. Il y a d’abord eu l’idée Street Organ Ritornellos puis le projet Saudaá Group.

Et Saudaá Group ça vient d’où le nom ?

Alors Saudaá Group en fait, c’est la translitération d’un mot arabe qui veut dire « noir » et c’est une racine probable de la Saudade portugaise. C’est une mélancolie anticipée, pas la mélancolie comme on la décrit en Français, c’est une mélancolie heureuse en quelque sorte. Pendant la conquête arabe et ses nombreux mouvements entre l’Europe et l’Afrique du Nord, les soldats portugais exilés au Maroc avaient le mal du pays, ce qui expliquerait ce glissement linguistique. J’ai choisi ce mot-là parce que la mélancolie a toujours été hyper présente dans ma musique que ce soit dans Belle Arché Lou ou dans mes autres projets, ça a toujours été une valeur centrale dans la musique que je fais et vu que ce projet englobe un peu tout mon parcours musical, je trouvais ça plutôt pertinent de choisir ce terme.

Et le « Group » c’est pour…

Le “Group”, c’est pour deux raisons particulières : déjà parce que je joue avec un instrument mécanique, un instrument qui a une vie propre, c’est comme si tu avais une deuxième personne, et la deuxième, c’est que c’est aussi un projet qui est amené à évoluer et à intégrer d’autres personnes, des formules différentes, des duos, des trios donc c’est un peu comme un projet solo mais collectif.

Où est-ce que tu en es de ton projet de tournée ? J’ai vu que tu as déjà prévu de traverser certaines villes.

Au niveau routing, tout est prévu, j’ai toutes les résidences, il ne m’en reste qu’une à confirmer, j’ai plus ou moins les dates fixes, je sais où je vais, je commence à prendre contact avec les musiciens avec qui je vais travailler donc tout ça c’est organisé, ensuite, le seul truc qu’il me manque un peu, c’est le financement, c’est encore un peu fragile à ce niveau.

Tu disais dans un de tes mails que tu n’avais pas eu certaines bourses ?

Voilà, j’ai raté deux bourses, ça m’a un peu mis mal.

Tu sais pourquoi tu les a ratées ? Ce qui fait que tu les as ratées ?

Ouais. Je pense que j’ai fait des dossiers comme un type qui ne veut pas démocratiser ce qu’il fait quoi… Enfin, si tu veux, quand il s’agit de faire un dossier pour un projet culturel en position d’un porteur de projet, je vais avoir aucun problème à démocratiser ça, pour mettre les mots qui vont bien, pour mettre les phrases qu’il faut, par contre quand je suis dans la position de mon projet artistique, je refuse catégoriquement - et je pense que c’est même inconscient - de dévier de mon côté un peu poétique, du coup, même dans mon dossier, ça me coûte d’adapter le discours, je pense que c’est ça qui m’a desservi, j’ai pas été assez concret en fait.

Quand tu fais un dossier pour demander des bourses l’objectif c’est de démocratiser le projet ? Qu’est-ce qu’ils veulent derrière tout ça ?

Ils veulent comprendre ton projet de manière claire et précise, que tout soit défini, programmé, anticipé, et moi j’ai laissé une part trop grande d’artistique en fait, j’ai fait mon dossier comme si j’avais réalisé un morceau quoi.

J’ai lu le fascicule sur ton site et ça me paraissait relativement clair pourtant…

Oui mais ça n’a pas suffit. Une des bourses, c’était Hors-les-murs de l’Institut Français, qui finance des résidences à l’étranger, donc c’était parfait pour moi, c’est juste qu’au moment où j’ai fait mon dossier mon projet n’était pas assez défini, j’avais plus ou moins l’itinéraire mais je ne savais pas précisément ce que j’allais faire dans chaque pays, du coup j’ai pris trois pays un peu au hasard dans le parcours que j’allais faire et ce qu’ils m’ont reproché c’est de pas avoir été précis sur le choix des pays, et pourquoi j’ai choisi ces pays plus que d’autres. Maintenant, je serai beaucoup plus en mesure de l’expliquer, mais à l’époque, je n’ai pas assez insisté sur ce point-là, et pour eux c’est hyper important. Ca va m’obliger à continuer à faire des dossiers pendant que je serai en route.

Est-ce que tu pourrais expliquer justement comment tu as sélectionné les pays que tu vas visiter ?

Je peux te donner trois exemples. Je les ai choisis avant tout de manière spontanée en fait, juste des pays qui m’attiraient personnellement. Après, j’ai couplé ça avec des intérêts qui sont liés à la culture musicale des pays. Par exemple, pour l’Arménie, je suis un grand admirateur du doudouk – cette flûte en abricotier qui emporte avec elle toute l’âme du peuple arménien. Je voulais vraiment travailler avec des doudoukistes arméniens. Le Maroc, autre exemple, j’aime bien la sensation de transe relative aux musiques berbères des régions montagneuses. J’ai lu un livre formidable sur le culte des grottes au Maroc et j’ai prévu de faire une captation avec des percussionnistes dans l’une de ces grottes. L’Uruguay, là, c’est pas forcément lié à la musique, c’est plus lié au pays que j’avais envie de traverser. Au début, je pensais aller au Brésil, mais je n’ai pas eu de retours concrets, alors qu’en Uruguay, j’ai eu des retours hyper intéressants. C’est moins lié à la culture musicale mais plus au fait que j’ai envie de traverser ce pays quoi.

Tu joues à chaque fois dans le même type de structure, genre des résidences d’artistes ?

En fait, je reste un mois dans chaque pays, dans des lieux de résidence - un peu comme ici - où je paye un peu pour y être, j’arrive la première semaine, je fais un travail d’immersion, de rencontre, de captation sonore, dans la rue, dans la nature, pour collecter un peu de matière. La deuxième semaine, je compose d’après ce que j’ai enregistré, j’harmonise une pièce par rapport à ça. Troisième semaine, je répète avec des musiciens locaux. Quatrième semaine, je restitue ce sur quoi j’ai travaillé à la fois par des concerts de rue - dans la tradition de l’orgue - mais aussi dans la résidence. Ça, c’est le cadre, après ça va forcément changer d’un pays à l’autre.

Ça fait combien de pays en tout ? Tu vas composer un nouveau morceau par pays visité ?

Dix pays. Après, je ne ferai pas forcément un nouveau morceau par pays, je peux faire une adaptation, tu vois, une version différente par exemple, je fais le trajet Uruguay/Argentine, ça vaut peut-être pas le coup que je fasse un morceau différent pour les deux vu que c’est deux pays qui sont proches culturellement, ça vaut peut-être le coup de justement faire une variation.

Dix pays, un mois par pays, partir dix mois, de début janvier…

Début février en fait, j’ai retardé de deux semaines pour aller chez mes parents pour économiser un peu mon loyer ici, et j’ai supprimé une étape au Portugal, pour économiser également, parce que j’avais besoin de rétrécir un peu le truc.

Supprimé récemment ? Genre il y a combien de temps ?

Entre une et deux semaines. J’ai enlevé la Norvège et le Portugal. Je suis obligé, il faut faire des choix. Je me dis peut-être qu’il me faudrait un an de plus avant de partir mais je me dis aussi que t’as toujours une bonne raison de repousser. Je suis dans l’énergie, c’est le moment de le faire, et certes, je pars franchement à 15% de ce que j’avais imaginé, mais je pars de toutes façons, c’était obligé, tu vois. J’aurais adoré partir dans des conditions encore plus cadrés, plus d’aides, plus de soutien, avec plus d’argent, mais voilà, c’est comme dans tout ce que tu fais, il y a 15% de ce que t’avais prévu qui se passe. Les dix pays dans l’ordre : le Maroc, l’Uruguay, l’Argentine, Chili, Mongolie, Estonie, Islande, Géorgie, Arménie, Liban et Grèce.

Comment est-ce que ça va se passer au niveau des collaborations ? Comment est-ce que tu comptes rencontrer les musiciens ?

Rencontrer les musiciens, j’ai déjà commencé. En fait, j’envoie des mails aux gens qui m’accueillent dans leur pays et je leur demande de diffuser l’annonce dans leurs réseaux. J’annonce comme quoi je cherche des musiciens, comme ça, je fais un premier contact par mail… Je compte vraiment faire des compositions pour moi, seul. C’est dans l’interprétation et l’exécution que j’intègrerai les locaux parce que j’ai l’impression – c’est peut-être une erreur – qu’un mois, c’est relativement court pour réussir à composer avec quelqu’un, et ça peut être compliqué au niveau des natures, au niveau des tempéraments, de se lancer, dans un cadre si court, dans une œuvre avec quelqu’un que tu connais très peu. Je me dis que c’est plus pertinent de l’intégrer une fois que la composition est faite, tout en lui laissant le choix de composer ses parties.

Donc l’idée c’est de ramener des gens vers toi plutôt que toi t’intégrer dans des collectifs.

Complètement. Peut-être que je vais rencontrer quelqu’un qui va me faire halluciner, je vais trouver ça trop bien, je vais lui dire : « Vas-y, moi je joue pour toi ». Je vais inverser le truc.

Est-ce que les morceaux que tu auras crées, tu les rassembleras sur un support ? Pour en faire un album ?

Je ne pense pas parce que ce serait le truc trop évident. En terme de témoignage, peut-être qu’effectivement je sortirai un disque, mais ce sera pas forcément un disque réalisé avec les enregistrements que j’aurais fait. Peut-être que je vais sélectionner quatre morceaux que j’aurais fait, et je vais faire un EP, je vais les réenregistrer… Je ne sais pas encore précisément.

Tu comptes en faire quelque chose mais tu sais pas encore quoi.

C’est ça. Sinon c’est clair que je vais filmer, je vais inviter des cinéastes locaux dans chaque pays à venir chroniquer ce que je fais sous forme de petits épisodes pour chaque pays… L’idée est quand même de récolter de la matière visuelle et sonore, après, je pense que pendant mon voyage, les choses vont se faire naturellement, mais je pense aussi à des restitutions plus « littéraires ». J’aimerais bien par exemple travailler sur un traité de magie. Prendre le truc basique du traité de magie noire et le dévier sur un traité de magie poétique par exemple, je ne sais pas, un truc comme ça, essayer de trouver quelque chose de plus littéraire et moins évident.

Et ton orgue, comment il marche ?

Il y a la lecture acoustique traditionnelle, puis le côté MIDI. En gros, t’as 42 flûtes qui correspondent à 42 notes : les plus petites, c’est les plus aigus, les plus grosses, c’est les plus graves. C’est chromatique, c'est-à-dire que tu as toutes les dièses et les bémols, toutes les notes de la gamme du DO2 au FA5. Chaque flûte en bois est reliée à un tuyau, qui est relié à une soufflerie, qui est reliée à une interface de lecture mécanique. A chaque fois que tu presses le carton avec le rouleau et que tu tournes la manivelle, tu actionnes à la fois les soufflets qui sont en dessous et tu entraînes le carton. Le carton est perforé : à chaque fois que t’as une note qui passe, ça fait un trou, ça fait un appel d’air et ça envoie le son dans la flûte. T’as pas besoin d’électronique, tout se fait avec la manivelle : tu définis à la fois le tempo et tu actionnes la soufflerie. Avec le MIDI, c’est plus ou moins la même chose, à ce détail près que le pilote est immatériel : c’est le logiciel qui commande l’orgue à travers une interface et définit le tempo. Par contre, tu ne peux faire l’économie de la manivelle qui produit dans tous les cas l’air nécessaire au fonctionnement de l’instrument. Au début, j’avais peur, j’osais même pas le toucher, je savais même pas comment m’y prendre, ça a mis au moins six mois à me sentir bien avec la machine, j’avais peur de péter le moindre petit truc.

Donc la manivelle répond à la force ? Est-ce que si tu veux jouer vite mais piano, tu peux le faire ?

Non. Tu ne peux pas le faire. L’orgue n’a pas de dynamique, c’est ce qui le rend exceptionnel mais aussi difficile à faire sonner. En carton, si tu vas vite, tu accélères le tempo mais pas la nuance, si tu vas lentement, même chose à l’inverse. En MIDI, aucune action sur le tempo, tu peux créer en revanche une légère variation d’air entrainant une variation du volume en tournant plus vite. Mais c’est très léger.

Il y a quelque chose de réellement fascinant lorsque l’on te voit jouer cet instrument, c’est que lorsque l’on ne sait pas comment ça marche, on ne sait pas comment sont produit les sons, on te voit juste tourner la manivelle, ça donne un aspect mystérieux, onirique, à ta musique, ça appelle véritablement au rêve. D’autant plus que c’est du vieux matos avec un dispositif moderne dessus, ça le met à jour, ça le sort du placard, il y a un mélange entre traditionnel et moderne…

Après, il faut resituer et remettre l’instrument dans un certain contexte, l’orgue que j’ai n’est pas unique au monde, cette technologie-là existe depuis plusieurs années déjà.

T’as joué deux morceaux à la Maroquinerie, c’est deux morceaux que tu avais prévu spécialement pour ce concert ?

Il y en avait un, le premier, que j’avais déjà fait pour d’autres concerts, et le deuxième, je venais juste de le finir en fait. Globalement, pour moi, ça s’est hyper bien passé, j’étais un peu stressé juste avant de jouer quand même, c’était mon quatrième concert et c’était la première fois que je jouais dans une vraie salle. Avant, j’ai joué une fois ici, dans l’allée (ndr : l’interview est réalisé à la villa Belleville, lieu de résidence d’Alexis), j’ai joué une fois à Dijon dans une galerie d’art, et j’ai joué à un festival en Normandie au mois d’août, mais c’était en extérieur, dans une prairie.

T’as eu un retour super cool à la fin de ton concert tout de même.

Ouais ! Mais en général, quand je joue, j’ai des bons retours, je suis assez surpris, il y a toujours au moins quatre ou cinq personnes qui viennent me voir en me disant : « c’était hyper bien ».

C’était un peu l’affiche parfaite pour toi aussi en terme de public… Je veux dire les amateurs de Lubomyr Melnyk ou Charlemagne Palestine sont les plus à même d’apprécier ce que tu fais non ?

Je pense que c’était pas mal dans la mesure où le public de Lubomyr Melnyk est peut-être plus apte à aimer ce que je fais que le public de Charlemagne Palestine. Je pense que dans les amateurs de musique contemporaine, concrète, expérimentale, il y a beaucoup de gars assez extrêmes et je ne suis pas sûr que le côté « orgue de barbarie » soit assez barré ou sauvage pour eux.

Est-ce que t’as écouté d’autres enregistrements avec cet instrument ?

Les mecs qui font de la création avec l’orgue, en général, c’est pas top. J’aime pas trop, c’est un peu mauvais goût, je sais pas, c’est soit des trucs chanson un peu kitsch soit cabaret. En fait, la création moderne avec cet instrument tombe souvent dans le piège du cliché de l’instrument-roi, vu que c’est hyper impressionnant visuellement c’est comme si tu ramenais absolument tous les éléments de la musique sur l’orgue. Ce que j’essaye de faire, c’est aussi de l’effacer en fait, de le mettre en avant mais aussi de l’écarter. C’est-à-dire qu’il devienne une partie d’un ensemble, qu’on ne porte pas toute l’attention sur lui. C’est pour ça que je rajoute des instruments, que j’essaye de faire des morceaux avec d’autres sources. L’idée est vraiment d’utiliser l’instrument pour ses textures.

Audio

Saudaá Group - Blue Saudaá

Saudaá Group - Dark Saudaá


Kangding Ray l'interview

Il fait partie de nos têtes de liste pour 2015… Une chronique promise mais reportée, reportée par manque de temps (Je l’avoue mon temps !)… Cependant il était difficile de ne pas succomber à la stupéfaction de violence et de douleur issue du harsh-noise mêlée à une dose poussée d'expérimentation IDM ainsi qu’un grain de techno dancefloor ! Du coup on a souhaité s’entretenir directement avec l’une des recrue les plus prometteuse de l’écurie Raster-Noton… Interview yeux dans les yeux avec David Letellier… Right now !

Kangding Ray l'interview

Peux-tu nous en décrire ton parcours? Comment t'es-tu retrouvé sur raster-noton, label pour le moins élitiste et les prémices de Stabil?

J'ai étudié l'architecture à Rennes et à Berlin. Puis j'ai rencontré Carsten Nicolai (Alva Noto) en 2002 dans l'agence d'architecture où je travaillais à Berlin, il était artiste associé sur un concours dont je m'occupais. Plus tard, il m'a proposé de travailler avec lui pour la création de nouvelles œuvres. J'ai collaboré plusieurs années avec lui, on a fait énormément de projets différents ensemble, principalement des sculptures et des installations sonores, un peu partout dans le monde, mais il n'était pas du tout question de musique au début, il a fallu un ou deux ans avant que lui et Olaf Bender n'écoutent une démo de mes productions et me proposent de faire un album. J'ai ensuite travaillé 3 ans sur le disque avant qu'il ne sorte sur raster-noton en 2006.

Avant de partir pour Berlin en 2001, j'étais guitariste dans des groupes de rock, j'avais un sampler que j’utilisais un peu dans le groupe, mais je me suis vraiment mis à produire des morceaux quand je suis arrivé là-bas. C'est donc l'architecture, l'art, mais aussi Berlin et les rencontres que j'y ai faites, qui m'ont amenés à la musique électronique.

Malgré ta discographie, il semble que ce soit ta sortie sur Stroboscopic Artefacts qui t'ait mis en lumière... Penses-tu que la techno "généraliste" apporte aux auteurs plus "discret”?

Tu parles de la Monad ? Ou peut-être de Tempered Inmid ? Je ne sais pas vraiment, pour moi c’est un tout, je sors en effet sur Stroboscopic Artefacts des productions plus directes et plus techno, car le contexte s’y prête, mais elles ont aussi influencé en retour mon travail sur raster-noton. Je navigue sur cette limite entre musique expérimentale et musique de club, et je m'épanouis dans cette zone.

Cory Arcane était un succès annoncé avant même sa sortie... Entre pré-écoutes et teaser sur YouTube... Y avait-il une vraie opération marketing derrière ce LP ou une attente réel des médias à ton avis?

Il faut d’abord relativiser ce que tu entends par opération marketing, car on est très loin de Taylor Swift, mais c’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’investissement de la part du label pour cet album. Sans le vouloir, je suis devenu au fil des années l’un des artistes le plus actif sur raster-noton, notamment dans le milieu club, mes sorties deviennent donc des moments importants pour le label, et Olaf Bender m’a dit dès qu’il a écouté les premières démos : “Fais-en un album très vite, c’est énorme, je veux le sortir avant la fin de l’année”, j’ai donc été poussé dans le processus par une belle énergie de la part de toute l’équipe.

Cory Arcane est un album léché, jusqu'à sa pochette ultra stylisée... Que voulais-tu prouver à travers ce disque?

Je ne cherche pas à prouver quoi que ce soit, et je n’ai pas non plus de pression de quiconque pour obtenir un succès commercial, ce qui est plutôt un position privilégiée, mais autant faire les choses bien malgré tout, non ? Sortir un disque, avec tout ce que cela implique d’énergie et de temps d'attention disponible, est une belle opportunité pour faire passer des idées, qu’elles soient esthétiques, critiques ou politiques.

Tu fais partie de ces artistes qui vont piocher dans l'IDM, l'indus... Quelle est ta définition de la musique électronique aujourd’hui?

Le concept de "musique électronique" avait du sens au temps des pionniers et des premiers disques à base des sons de synthétiseurs, mais n’est plus vraiment d’actualité aujourd’hui je trouve, comme de réduire le rock à “de la musique faite avec des guitares“.

Depuis que la technologie s’est immiscée dans chaque recoin de nos vies, il est devenu assez peu judicieux de faire des distinction entre les musiques selon le type de techniques mises en œuvre pour la produire. De nos jours, presque l’intégralité de la production actuelle de pop, hip-hop et R’n'B est faite avec des machines électroniques, et une bonne partie du rock aussi, au grand dam des puristes probablement, mais c’est ainsi. Peut-on pour autant les classer comme “musiques électroniques” ? Probablement pas. Je pense que la techno ou les musiques de club en général ont encore besoin de développer plus loin un discours face au monde, une attitude, une culture en somme, pour ne plus qu’on les réduise au fait qu’elles soient créées avec des machines électroniques.

Je suis resté bloqué sur These Are My Rivers. Quelle relation as-tu avec tes morceaux? Y a en a-t-il dont tu es plus fier? D'autres que tu aurais préféré enlever? Comment matures-tu un album?

Je n’ai pas vraiment de “hits”, mais j’ai certains morceaux plus populaires que les autres, ou avec plus de vues sur YouTube, si c’est une façon d’évaluer, Amber Decay en est un exemple.

Mais je ne sors jamais quelque-chose dont je ne suis pas entièrement satisfait, il y a bien sur des choses que j’aurai aimé mieux faire, mais quand je laisse un morceau sortir de mon studio, c’est que j’en suis suffisamment satisfait pour continuer à l’assumer dans le futur.

Il y a comme un concept invisible derrière Cory Arcane, quel était ton état d'esprit en produisant le disque? Avais-tu une idée bien définie dès le début?

Comme d’habitude, le concept de départ était relativement abstrait, comme une intuition composée de textures, de matières et de couleurs, puis au fur et à mesure, cette intuition s’est concrétisée en sons, qui sont ensuite devenu des morceaux, puis assemblés en album.

Quel est le dernier album non électro que tu as écouté, qu'en as-tu pensé?

C’est encore une fois assez difficile de définir ou s’arrête l’électronique, peut-être que le disque le moins imprégné de machines que j’écoute en ce moment c’est le Black Messiah de D’Angelo, un très grand album.

Y a-t-il des artistes avec lequel tu souhaiterais collaborer... Des morceaux que tu aimerais remixer?

Kendrick Lamar probablement, ou Drake peut-être...

Avec Cory Arcane, tu es devenu l'un des artistes les plus prisés de la sphère techno, que peut-on te souhaiter pour la suite?

De continuer tranquillement mon chemin, comme je l’ai toujours fait.

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Tracklisting

Kangding Ray - Cory Arcane (raster-noton, 30 octobre 2015)

01. Acto
02. Dark Barker
03. Brume
04. These Are My Rivers
05. Safran
06. Burning Bridges
07. Bleu Oscillant
08. When We Were Queens
09. On Sleepless Roads


Marcel Dettmann l'interview

Est-il encore besoin de présenter Marcel Dettmann, Wisigoth teuton qui aura réussi, aux côtés de son comparse Ben Klock, à renouveler une techno qui partait en berne à fin des nineties ? Le géant allemand, légende du Berghain, le club select et underground Berlinois, a su en quelques années redonner ses lettres de noblesses à une techno rêche et vindicative mais pourtant accessible. Aujourd’hui héros d’une nouvelle génération techno, nous nous sommes entretenus avec le célèbre DJ/producteur sur sa vision de la scène hexagonale et plus particulièrement sur sa participation au Weather Winter (lire).

Marcel Dettmann l'interview

Grâce à ta résidence régulière au Berghain et ton implication dans le label maison Ostgut Ton, tu es devenu, en quelques années, l’un des nouveaux héros de la scène techno. Comment vis-tu cette célébrité ? Est-ce que tu ressens de la pression ?
Thanks to your residency at Berghain and your involvement in its Ostgut Ton label, you have become, in a few years, one of the new techno scene’s heroes. how do you live this celebrity ? Is it a pressure?

Je fais de la musique électronique depuis 20 ans, j’ai grandi avec tout ce qu’elle est et ce qu’elle implique. Du coup, je me considère simplement comme une partie de ces institutions avec lesquelles je travaille, c’est la vie quotidienne pour moi. Mais évidemment, il y a de la pression qui découle de tout ça. Les gens m’observent, beaucoup de gens me connaissent ou me reconnaissent; en tant que musicien tu peux avoir le plaisir de vivre la vie que tu a choisie, mais tu es constamment jugé, noté par les gens, les médias, tes amis et tes collègues. Ça reste néanmoins la vie que j’ai choisie et je pense que c’était un choix judicieux.

As I'm doing electronic music for more than 20 years, I was grown with all it's aspects. I'd consider myself being just a regular part of the the institutions I'm connected with, so this is everyday's life to me. But yes, there is some pressure on me. I'm under people's observation, a lot of people know me or recognise me; as a musician you have the pleasure to mostly live a self-determined life, but you are always rated by other people, by the media, by your friends and colleagues. But that's the life I decided to live, and I think it was a good decision.

Tu as commencé à jouer en live vers 1994 je crois. Tu te souviens de tes premiers lives ? Tu peux nous dire où et quand c’était ?
You started playing around 1994 I believe. Do you remember any of your first gigs ? Where was it ? How was it ?

L’un de mes premiers pas dans la musique électronique, je l’ai fait à l’occasion de cette soirée dans un club punk alternatif, où les gens jouaient plutôt du rock, habituellement. C’était au début des années 90, dans ma ville natale. Mais mon premier véritable live c’était au milieu des années 90, à Dresden, à deux heures au Sud de Berlin. Le club en question avait un espace chillout lounge, les murs étaient décorés avec de la laine phosphorescente que tu peux encore voir dans certains festivals trance ou goa aujourd’hui. Un lieu typique de la techno est-allemande des années 90. Tout était très sombre, une lumière stroboscopique, une machine à fumée, un mauvais soundsystem, des boissons pas chères…

As one of the first steps into electronic music I remember this party at some alternativ punk club, where usually rock music was played, back in the early 90s in my hometown outside of Berlin. The first regular booking was in the mid 90s, I played in Dresden, two hours southwards Berlin. The club had a chillout lounge, the walls were decorated with this phosphorescent wool you still see at some goa and trance festivals, it was a typical 90s east german techno venue. A lot of darkness, a strobe, a fog machine, bad soundsystem, cheap drinks.

Tu as joué dans les plus grands lieux et les plus gros festivals, qu’est-ce qui te plaît dans un évènement comme le Weather Festival ?
You played the biggest venues in the world and the biggest festivals , what do you like in Weather Festival ?

Le Weather Festival, c’est l’un de ces évènements où l’on sent fortement les racines de la techno, de la house et de la musique électronique. Comme j’ai de bons contacts avec les gars qui gèrent la Concrete, et qui sont derrière le Weather, venir jouer ici c’est toujours un moment particulier que j’attends avec impatience.

Weather Festival is one of those events where techno house Electronic music roots at the focus And as I have a good contact to the Concrete guys who are running Weather Festival it's always a special date to look forward to.

Tu viens souvent en France, surtout à Paris où tu as une fanbase très fidèle. Qu’est-ce que tu aimes ici?
You come regularly to France , particularly to Paris where you have a very loyal audience. What please when you come to France ? Do you have a story that you 've scored ?

Ça fait du bien de voir qu’il y a une large variété de gens ouverts d’esprit intéressés par la musique électronique en France. Sur le dancefloor, tu vois des salariés, des mannequins, des gens normaux, des hipsters, un véritable mélange. Pour moi la France est l’un des meilleurs endroits pour jouer. J’adore jouer à Paris, j’ai aussi eu de superbes concerts à Lyon, Nantes ou Lille et certains de mes amis comme Anthony Parasole ou Answer Code Request jouent souvent ici. Et puis même au-delà de la musique, j’adore la France, tout simplement.

It's good to see that a wide range of people are open minded for electronic music in France. On the dancefloor you see workers, models, regular people, hipster, a really nice mixture; for me France is one of the first addresses to play music. I loved playing in Paris, I had some great gigs in Lyon, Nantes or Lille, also friends of mine like Anthony Parasole or Answer Code Request are often playing here. And at least I just like France, even beside electronic music.

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Photos © Flavien Prioreau

En France, le monde de la musique a été très affecté par les événements du 13 novembre au Bataclan. Qu’est-ce que tu as ressenti quand tu as appris ce qu’il s’était passé ? Est-ce que ça t’a fait changé ta vision sur tes performances lives, tes voyages ?
The music in France was affected by the events of November 13 at the Bataclan . How did you feel when you heard of the events ? Has it changed your way of viewing your performances, your travels ?

Tu ne dois pas laisser la peur diriger ta vie, mettre de côté le fun ou t’empêcher de prendre du bon temps avec de la musique et des amis ! Mais tous ces évènements m’ont profondément affecté, je me mets parfois à y penser, même pendant que je joue. Les contrôles aux frontières ont un peu changé depuis, les policiers te regardent de manière un peu plus suspecte. Mais ça n’est pas grand chose en regard du profond désarroi causé par les événements du 13 novembre.

You mustn't let fear rule your life or spoil fun on having a good time with music and friends! But on the other hand all those things had a deep impact on me, and you start thinking about, and sometimes this happens while I play music. Travelling changed the way that border controls are more strict now, officers looking more suspicious at you. But nothing compared to the sorrow that happened at November 13.

Il y a quelques années, je t’ai vu chez Synchrophone (disquaire électro / techno à Paris), quelques heures avant ton show au Rex Club. Tu apprécies d’aller fouiller quelques bacs avant de jouer ?
A few years ago I saw you at the Synchrophone store, few hours before your gig at the Rex Club, are you used to go antiquing before a set ?

Avant de jouer, si j’ai le temps, je vais acheter des disques quoiqu’il arrive, peu importe que je sois à Amsterdam, Berlin, Londres, New-York, Paris, Milan ou Tokyo. À Paris, pour moi Synchrophone a toujours été l’une de mes adresses de référence.

If there's time, I go record shopping by any accounts, no matter where I am in Amsterdam, Berlin, London, New York, Paris, Milano or Tokyo. But for Paris Synchrophone has always been one of the first addresses.

Comment tu prépares tes lives ? Est-ce que tu laisses un peu de place à l’improvisation ou tout est soigneusement préparé ?
How do you prepare your sets? Do you leave room for improvisation or is your performance relentlessly graph ?

Je me prépare quelques schémas, je rassembles des morceaux, des edits, des remix, bien plus de matière que ce dont je vais avoir besoin pour la soirée. Et puis je me décide ensuite en live, pendant que je joue. Tout dépend du ressenti une fois dans le club, comment le public réagit mais aussi mon état d’esprit de la soirée. Je n’ai pas vraiment de playlist, ce serait trop ennuyeux. J’aime expérimenter et jouer avec les attentes des gens, parfois. J’essaie de me placer quelque part entre créativité et préparation.

I'm preparing myself some kind of frame, I'm collecting tracks, edits, remixes, wya more than I need for the whole night. I'm deciding on site what I'm playing, it always depends on how the club feels, how the crowd is reacting and it also depends on the mood I'm in. I dont' have a regular playlist, that would be boring. I like to experiment with people's expectations sometimes, for doing that I try to set myself somewhere between creativity and preparation.

Tu peux nous donner un avant-goût de ton set au Weather ? A quoi le public doit s’attendre ?
Can you give us a taste of your set for the Weather ? What the public should expect ?

Je ne sais pas encore ! Comme je l’ai dit juste avant, je me décide sur place, au dernier moment. Mais j’ai vraiment hâte de jouer là-bas, donc ouvrez vos oreilles !

I don't know! As I said before I'm deciding on site. But I'm looking forward to play there. So keep your ears open.

Tu as eu la chance de monter sur scène avec les plus grands artistes de la scène techno internationale. Qu’est-ce que tu ressens quand l’un de tes héros joue un de tes morceaux ?
You had the chance to share the stage with the greatest artists of the techno scene , what do you feel as a producer when one of your heroes play one of your songs ?

C’est évidemment génial quand des gens que je considère comme très bons musiciens jouent mes morceaux ou me demandent un remix. C’est toujours un plaisir particulier d’entendre mes morceaux en club, parce que je ne joue pas ma propre musique très souvent moi-même.

For sure, it's always a pleasure if people I consider as being good musicians are playing my music or requesting a remix. And it's always a great thing to hear my music in a club, because I'm not playing my own music often.

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UVB 76 l'interview

UVB 76 est un jeune duo français qui rassemble les compétences de Tioma Tchoulanov - étudiant en master musicologie à Paris 8 - et Gaëtan Bizien - graphic designer et artiste vidéo. À la tête du collectif parisien Dot Data, les deux artistes tentent de proposer un univers atypique par l’utilisation de vidéos, photos et field recordings : découpés, ré-arrangés, et modulés à travers de multiples logiciels de CAO. En club (La Machine du Moulin Rouge, Astropolis, la 75021) ou en concerts plus expérimentaux (Centre Pompidou, Transient Festival), la formation pluridisciplinaire tente régulièrement d’inscrire la vidéo au sein de ses différentes prestations. Nous avons donc décidé de partir à leur rencontre quelques semaines après leur passage au Transient festival. Propos recueillis par Amir Bacar.

UVB 76 l'interview

Vous étiez invités à jouer pour le Transient festival, quel bilan en tirez-vous ?

Une belle expérience. Outre le fait de voir des artistes qui nous inspirent, références pour certains ou pionniers pour d’autres, le festival propose un croisement entre arts numériques et musiques électroniques inhabituel pour la scène parisienne. On est heureux d’avoir participé à cette deuxième édition et d’avoir pu proposer notre performance aux côtés d’artistes impliqués dans la même sphère artistique (mention spéciale à UNN, Maotik et Trdlx). Même si les initiatives sont présentes sur Paris (Biennale Némo, Gaïté Lyrique, etc.), les ponts entre musiques électroniques et arts visuels sont trop peu mis en avant. On remercie l’équipe de Sinchromatic Prod de nous avoir impliqués dans ce projet mais aussi de nous offrir un évènement ou Robert Henke côtoie Luke Vibert, belle prise de risque.

Vous êtes à la fois DJ, vidéaste, graphiste, pouvez-vous nous présenter votre duo ? Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

G — Il y a quatre ans, on a emménagé sur Paris pour suivre des études dans nos domaines respectifs, design graphique pour moi et son/cinéma pour Tioma. L’idée d’une formation s’est imposée naturellement. On se voyait assez régulièrement, Tioma composait, on a commencé à ajouter des images, faire des collages vidéo et musicaux. Tout ça est devenu plus sérieux puis on a fondé un collectif de création A/V (Dot Data) avec Sébastien Palluel (Soul Archive) en parallèle de nos premières dates en club.

T — On joue chacun un rôle complémentaire. Gaëtan s’occupe de l’aspect graphique du groupe et de notre collectif, tandis que je gère le montage et la composition sonore. On répartit les tâches par domaines de prédilection (image, son, logiciels). Chacun apporte ses connaissances techniques et ses idées. Et on cherche des solutions.
On a rapidement voulu insuffler cette idée d’intermédialité, en club comme en performance.

G — Actuellement, je suis motion designer freelance et Tioma suit un Master Musique CAO à Paris VIII, on navigue de dates en dates depuis deux ans et nos futurs projets sont encore à définir. Nous travaillons sur un nouveau live club ainsi qu’une formation avec Soul Archive pour un nouveau concert A/V.

T — L’acquisition de nouvelles machines pour le son et la vidéo nous permettra d’explorer de nouveaux formats. On travaille cette année sur une pièce A/V à 360° en 8.1 pour le projet Cinechamber. Pour le reste, le Transient Festival nous a donné de nouvelles idées. On tâche d’organiser tout ça.

Il y a peu votre premier EP vinyle est sorti sur le label Midi Deux Entertainement, comment s’est déroulée la réalisation de cet EP ?

Enter 513 est le fruit de longs mois d’enregistrements et de réflexion. On a commencé l’été 2014 à faire des fields recordings pour composer la banque de donnés qui nous servirait par la suite. 
Pendant quelques semaines, on a enregistré toutes sortes de mécanismes robotiques et métalliques ; des accidents sonores, percussions, impacts et transports en commun. La majorité dans des zones industrielles de la banlieue parisiennes ou en campagne. L’EP a été conçu uniquement sur ordinateur via Ableton. Malgré le son noise et agressif qui peut ressortir de nos productions nous n’avons pas encore intégré de machines analogiques.
On aime ce côté raw propre à la scène industrielle mais on tente de se créer une patte sans se limiter aux sonorités d’une machine, propre à un genre. Le résultat prime sur les moyens employés. L’aspect cinématographique de la musique est au coeur de notre démarche. Et sans logiciel, il est complexe de décomposer un morceau comme on le voudrait. Chaque track est l’aboutissement d’une idée. Certains morceaux sont directement inspirés et composés suite à un flash cinématographique, la vision d’une scène, d’une ambiance. D’autres, résultent de sessions live et concerts passés. Le défi avec ce vinyle reposait sur la conciliation entre l’univers rave et techno propre au label et nos influences premières, plus sombres. Il fallait un résultat brutal et travaillé, dédié à une écoute à domicile mais dansable en club. On aura essayé !

Enter 513 EP

Nous avons d’ailleurs pu assister à une très belle release party le 23 octobre dernier à la Machine du Moulin Rouge, comment s’est-elle passée pour vous ? Quel lien avez-vous avec les Rennais de Midi Deux ?

Très bien, c’était l’occasion pour nous de jouer notre Live Set A/V pour la première fois à Paris. Malheureusement on a eu des problèmes d’écran, toutes les salles ne sont pas équipées pour ce format. Mis à part ça, le public était au rendez-vous (amis, connaissances, curieux) malgré de nombreuses soirées intéressantes (Objekt à la Concrete, Regis au Gibus...). Midi Deux se fait progressivement une réputation sur Paris et Théo [Théo Muller, NDR] prend grand soin de la programmation de la Chaufferie. Pour nous c’est à la fois des mentors et des amis qui ont su nous guider. Des conseils et une confiance qui nous ont permis d’apprendre, de l’intérieur, à mettre en place des projets et faire nos premiers pas. Ça fait maintenant 3 ans qu’on est passés sur scène grâce à eux et c’est intéressant de voir l’évolution de chacun au sein (et en dehors) de cette grande famille qu’est Midi Deux. Faire autant confiance à ses poulains malgré les dictats musicaux propre à la scène club est une vraie preuve de leur personnalité.

Vous êtes également à la tête du collectif Dot Data, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce projet ?

Dot Data est un collectif et une plateforme artistique qui nous permet de créer des projets et œuvres sonores et visuelles en tant qu’artistes indépendants. Mais aussi de diffuser les travaux de jeunes compositeurs français et internationaux. Dot Data est à la fois label A/V, série de podcasts, structure d’organisation... Elle nous permet de labéliser notre travail et nos expérimentations sans contrainte et de manière auto-financée. Sortir de la musique physiquement était le premier moteur du collectif. Nous avons donc créé notre sous-label, OKVLT, sorte de champ d’exploration sonore dédié aux musiques rituelles, à l’ambient et à l’idée d’occulte dans la musique électronique. Un sous-label DIY tape-only (et peut-être vinyle un jour) accompagné de créations papiers imprimées en risographie (cf. Riso Presto). Nous avons réalisé une première V/A, tape only, il y a de ça 3 ans et ce mois-ci la deuxième cassette est sortie. Le LP Felix Culpa de Sebastian Melmoth, formation londonienne mélangeant dark-jazz, ambient, non-sense poetry... Du rock déviant et barré. En janvier sortira Hermetica, album rhytmic noise sauce voodoo de l’ami AIR LQD. Pote de Maoupa Mazzocchetti, ces deux-là s’évertuent à bouger la scène bruxelloise à coup de machines, on est très heureux de sortir son premier album.

UVB 76-2

Photos © Antoine Henault

Que peut-on vous souhaiter pour cette fin d’année ?

On vient de trouver un booker (ou plutôt, il nous a trouvé), chez Kongfuzi. On est fiers de faire partie de leur roster et on espère que ça lancera une série de dates variées. On travaille sur une nouvelle version de Transmission (notre performance A/V) qui sera présentée le 16 Janvier à la Manufacture 111 (Paris). On bosse sur un nouvel EP, un nouveau live « club » et on démarche des festivals d’arts numériques.

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Drame l'interview

Évidemment, on pourrait s'économiser une contextualisation trop forcenée du nouveau projet de Rubin Steiner, Drame, eu égard à notre quotidien endeuillé. On pourrait, et l'on devrait, car le kraut-disco que le Tourangeau sert, via un premier disque éponyme paru le 2 novembre dernier sur Platinum Records, n'est en rien une soupe froide à la grimace sinon un parfait antidote à la morosité ambiante. Avec une immédiateté qui saute à la gueule et une décontraction qui zigouille dans l’œuf toute prétention, Drame, parfois rejoint par Quentin Rollet de Prohibition au saxophone, joue à fond la corde du plaisir, de l'émotion et du voyage par le biais de longues digressions à la cosmicité savamment encadrée, entre restrictions et répétitions, à quelques encablures donc des très recommandables Beak, Nisennenmondai ou encore Cave de Cooper Crain. Et comme Frédéric Landier, tel que le stipule son état civil, a de la bouteille après presque plus de vingt ans dans le circuit, et des opinions bien tranchées, on s'est frottés les mimines à l'idée de lui poser quelques questions. En prime, celui qui n'aura finalement pas l'honneur d'ouvrir vendredi 27 novembre l'édition 2015 du BBmix Festival (lire), suite à des pépins physiques de l'un des musiciens de Drame, nous a concocté une mixtape à écouter en fin d'article - une sélection idéale, aux dires de l'intéressé, pour faire du placo chez soi.

Rubin Steiner l'interview

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Photo © Simon Nehme

Tout d'abord parlons de toi. Si tu devais te présenter spontanément à quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds à Tours de sa vie, quelles grandes étapes dans ton sinueux parcours musical retiendrais-tu ?

Des grandes étapes de mon sinueux parcours musical... dans le milieu des années 90, j'étais étudiant, barman, je faisais un fanzine, une émission de radio, un micro-label, j'organisais des concerts dans des bars, et je jouais de la guitare dans un groupe. Je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie, alors je faisais des trucs, et j'aimais bien la musique. La musique bizarre. Toujours à la recherche de la musique que je n'avais jamais entendue avant. Toujours envie de me faire surprendre (ce qui est toujours le cas). Les disquaires Wave, Bimbo Tower, Metamkine et les soirées Büro m'ont aussi beaucoup marqués à ce moment là - mais c'était à Paris, dont pas tout près de Tours. Sinon, on m'a offert mon premier ordinateur en 1998 et j'ai tout de suite fait de la musique avec. Ensuite il y a eu beaucoup d'heureux concours de circonstance et j'ai eu de la chance. Les gens ont bien aimé mes disques que j'ai pourtant toujours fait en bricolant : j'ai toujours eu un peu de mal avec la technique et le show business en général. Les choses sont arrivées comme ça, naturellement. Je ne sais pas si il y a des grandes étapes, en tout cas musicalement, je suis toujours un amateur (dans tous les sens du terme).

En 2006 tu refuses un prix aux Victoires de la musique et en 2013 tu enregistres l'album de The Dictaphone. Ton appréhension radicale de l'univers musical n'a-t-elle donc jamais changé ?

Je n'ai pas refusé un prix aux Victoires de la Musique non, j'ai simplement refusé d'y aller. Cette nomination était une mascarade de BMG, qui distribuait mes disques à cette époque là. Ils ont sorti de leur chapeau cette nomination une semaine avant la cérémonie, alors qu'on était sur le point de leur intenter un procès parce qu'ils ne branlaient rien et nous prenaient en otage. Le procès a eu lieu, et on a perdu, bien évidemment. Cette cérémonie et le principe même de cette immense farce fait partie des choses dont j'aimerais me foutre mais qui me rendent malade malgré tout. Les Victoires de la Musique, Taratata et toutes ces manifestations de "professionnels de la musique" me volent le droit de ne pas prendre la musique au sérieux. Ils tuent toute candeur, toute spontanéité. Ce grand cirque du business édite en permanence des documents cadre pour imposer leur vision de la musique, une manière de faire dans leurs clous, qui ne sort jamais de "leur" route - de leurs intérêts. Et vu que les singularités underground n'ont pas ce besoin "intéressé" d'imposer leur esthétique, à force ils sont mis à l'écart, et surtout sont stigmatisés et montrés comme des bêtes de foire à la radicalité rendue juste amusante, sinon anecdotique, par les marchands de musique. Cette culture médiatico-institutionnelle façonnée par le business a même réussi à rendre péjoratif la notion d'underground. Cette culture là, soit disant "grand public", se prend cyniquement bien trop au sérieux. C'est triste, c'est lamentable. C'est ça le formatage des cerveaux. Le business a volé au gens la possibilité de se promener dans les méandres des musiques différentes en leur imposant une infime partie de la création formatée pour soit-disant plaire à tous, et dans le même temps en dénigrant puissamment toute forme de singularité, de différence. C'est pour cela d'ailleurs que tu me parles de radicalité à mon propos, alors que ma musique, au fond, n'a jamais été radicale. Je n'ai pas utilisé le mode d'emploi de Pascal Nègre et Nagui, c'est tout. Je joue juste, comme une immense majorité d'autres musiciens, avec mes propres règles. Mais le business a réussi à faire croire aux gens que sortir des clous était radical, dangereux, difficile, élitiste. C'est triste.

En plus d'être musicien, tu es par ailleurs programmateur depuis six/sept ans du Temps Machine de Tours. Quelle est ta recette pour ne pas blasé par ce milieu, cet entre-soi de plus en plus restreint ?

Justement j'ai arrêté en juin dernier, avant d'être blasé par ce milieu. Et effectivement, il faut faire preuve de bien peu d'estime de soi pour ne pas être blasé. Le libre arbitre et l'intégrité imposent un combat quotidien dans ce milieu. On a vite fait de se laisser embobiner et de mettre de l'eau dans son vin sans s'en rendre contre. Il y en a que ça n’empêche pas de dormir. Moi j'ai préféré arrêter avant de sombrer dans la dépression. Ce jeu cynique avec l'argent public qui fini par être une subvention déguisée au business de la musique de gène pas tant de monde que ça tu sais. C'est invraisemblable. Quand la politique et le business s'occupent de culture, les engagements pour l'aide à l'underground (j'utilise exprès ce mot) - qui au passage représente facilement 80% de la création -  sont vite relégués à une fonction de paillasson, voire une amusante lubie d'adolescents idéalistes. Pour les comptables condescendants qui tiennent les rennes du milieu des musiques actuelles, l'engagement pour la défense de la marge ne sera jamais qu'un combat entre un bébé chat et une horde de lions affamés. La perversion d'un système à son paroxysme. Les SMAC sont les cimetières du rock (même si une poignée de programmateurs se battent encore, mais ils sont de moins en moins nombreux, et je les admire autant que je les aime).

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Photo © Thibaud Dupin

Tu as été animateur radio, musicien, et donc programmateur. Tu n'as jamais pensé à monter un label ? Si oui, quels sont ceux qui auraient guidé ton inspiration - mis à part Platinum qui a sorti l'ensemble de tes disques ?

Si si, on avait monté un label au début des années 2000, qui existe toujours sur le papier d'ailleurs. Il s'appelle Travaux Publics, et le point de départ était de tout faire à l'inverse de ce que faisaient les maisons de disques. Pas d'envoi promo, pas de communication, des compilations appelées les "chantiers" sur lesquelles ont demandait à des musiciens de faire des morceaux sur des thèmes très précis, qu'on écoutait ensuite à l'aveugle pour la sélection (on a ainsi refusé des morceaux de pas mal de musiciens très connus du coup). Sur les disques ensuite, les noms des musiciens n'étaient pas associés aux titres des morceaux, on ne pouvait pas savoir qui avait fait quoi. Je crois que le site internet existe toujours : http://travaux-publics.org

Tu as brassé presque autant de styles que tu n'as sorti de disques, seul ou accompagné. Quel a été la genèse de Drame ? Pourquoi réinvestir le kraut ?

On n'a pas eu l'impression d'investir le kraut, je te jure que c'est vrai. D'ailleurs, sur chacun de mes albums, il y a au moins un ou deux titres d'influence kraut si tu fais bien gaffe. Rien de bien nouveau donc. Sauf que là c'est pas du Rubin Steiner. Ce groupe, Drame, c'était au départ une récréation. On avait tous des boulots qui nous empêchaient d'avoir le temps de faire de la musique, et on a bloqué quelques jours il y a deux ans pour faire de longues impros à partir desquelles on a extrait des segments qu'on a ensuite rejoués et enregistrés, parce qu'on avait envie de garder une trace de ça. Et puis on a tous plus ou moins arrêté nos boulots, et on s'est dit que ces morceaux pourraient tout à fait faire un vrai disque. Avec le recul, on est vraiment fiers du résultat qui au départ n'était qu'un échappatoire de quelque chose. Une volonté de jouer longtemps des motifs simple, jusqu'à la transe. J'ai encore des heures d'enregistrement à dérusher, et il y a pas mal de "morceaux" de plus de 30 mn qui sont assez épiques, dans le genre. Le krautrock ne veut pas dire grand chose au fond, à part quelques tics comme les longs titres motoriques de NEU! ou Can, qui ne représentent qu'une infime partie de cette scène. En tout cas oui, on est un peu là dedans c'est sûr. Mais c'est l'idée de sortir des schémas classique de la pop et du rock qui nous mène. Inventer notre propre grammaire, notre propre forme, ne pas se soucier de la construction d'un morceau, laisser les choses venir. Un truc normal quoi, au fond.

Tu as toujours eu une approche assez distincte entre tes lives et tes disques. Qu'en est-il avec Drame ? N'est-ce pas plutôt une relation inversée ?

Tout à fait. Habituellement, je fais la musique tout seul et ensuite on la réadapte en live en groupe. Pour Drame, c'est effectivement le contraire, c'est parti d'impros en live. Je n'ai donc pas composé la musique, mais nous l'avons composé tous ensemble, en direct, et en live. C'est donc pas du tout un nouvel album de Rubin Steiner, même si les membres de Drame sont exactement les même que ceux des concerts de Rubin Steiner de ces dernières années.

Drame exprime-t-il un détachement à la chose 100% électronique ? Tu t'es senti proche des milieux techno dans ton parcours ? Avec quel regard observes-tu "le retour", si cela en est-un, de la techno en France ?

Comment dire... non, aucun détachement à la chose 100% électronique, vu que moi même je n'ai jamais fait de la musique 100% électronique. J'ai toujours rêvé de faire de la techno (j'ai les machines pour en faire, et j'en fait même en cachette), mais ce n'est définitivement pas mon background. J'en écoute beaucoup, et depuis toujours, mais à la maison. Rarement je suis allé écouter de la techno en club. Je ne suis jamais allé à une rave, ou alors juste une fois ou deux pour voir. C'est pas mon truc en fait. Mon écoute de la techno est trop musicale pour me laisser aller à la danse bête et méchante. Je n'arrive pas à faire deux choses en même temps. Je danse énormément dans ma tête en réalité. Et sinon, jouer de la basse avec un batteur est mon unique expérience intime de la danse.

Drame

Tu collabores avec Quentin Rollet, membre de Prohibition qui s'est récemment reformé. Observes-tu une certaine nostalgie de cette époque du rock français au point de prendre le risque de la reformation ?

Je ne pense pas qu'il soit question de nostalgie non. On est de cette génération de quarantenaire encore en forme (malgré les hernies discales et les ménisques en carton) qui n'envisage pas la retraite à court terme. La reformation de Prohibition est un truc de plaisir pur. Les gars n'ont jamais arrêté, ils ont juste eu envie de refaire de la musique ensemble. La nostalgie, c'est pas mon truc. Mais je suis souvent le premier à dire que c'était mieux avant malgré tout. On n'est pas à une contradiction près. Et puis ça évite de prendre les choses trop au sérieux aussi. Tout ça ne reste "que" de la musique, faut se détendre avec ça. Ce qui est rigolo, c'est des gars comme les Pneu, par exemple, n'avaient jamais entendu parler de Prohibition avant de les voir à Teriaki fin août. L'histoire du rock n'est pas au programme de l'école du rock qui n'existe pas, ce qui prouve bien que la nostalgie n'a pas sa place dans la création.

Avec Drame vous participez au BBMIX le 27 novembre prochain. Quelle est ton opinion s'agissant de ce Festival ? Fais-tu une différence entre cette catégorie de manifestation, ancrée dans une certaine filiation, et les autres... plus préoccupées par les chiffres ? Regrettes-tu en tant que programmateur cette industrie événementielle "du Festival" ?

Vaste sujet et cas particulier. BBMIX est un festival à part, organisé par des gens dont l'expérience n'est plus à prouver, et dont l'humilité m'interdit d'en dire plus. Vu de l'extérieur, c'est peut être un festival comme un autre, et pourtant... sans l'engagement et la passion de quelques-unes des personnes qui organisent BBMIX, partie visible de l'iceberg, une grande part de l'underground actuel n'aurait pas la résonance qu'elle a aujourd'hui. Les gens de BBMIX font partie de la catégorie que j'appelle "les pirates". Une catégorie de gens qui maintiennent éveillés, une poche de résistance qui ne met certes que des grains de sable dans les rouages de l'industrie, mais ces grains de sable empêchent la machine de nous écraser par surprise. Ces gens nous permettent de rester à l'affût, et de nous aider à ne pas nous laisser endormir par nos doutes. Ces gens permettent de maintenir à flot l'arche de Noé des publics par encore trépanés par l'industrie du divertissement et qui ont besoin de nourriture de l'esprit qui leur convienne.

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?

Alors déjà, c'est une mixtape que j'ai faite pour vous, mais aussi pour moi, pour avoir de la musique à écouter pendant que je faisait du placo chez moi. De la musique que j'aime et que j'avais envie d'écouter à ce moment là. Il y a du néo rock psyché, de l'électronique improvisée, du jazz, du groove qui sort des sentiers battus. J'ai découvert Krakatau à noël sur WFMU, des australiens (ou néo-zélandais) que j'imagine chevelus comme Jakob Skott, un gars du nord de l'Europe dont j'ai acheté tous les disques (et ceux de son label, El Paraiso Records, faramineux laboratoire à découvrir d'un renouveau du space rock psyché). Le disque de Jimi Tenor & Tenors of Kalma, album de free jazz atomique, s'enchaine parfaitement avec Upperground Orchestra, alliance magistrale d'un groupe de free jazz avec la TR808 et le modulaire de Rabih Beaini. Ensuite, le point commun entre Shocking Pinks, Sun Ra et Wolfgang Dauner, bah... pour moi ça a du sens. Pareil que pour Guy Warren Of Ghana et Cavern Of Anti-Matter (à vos Google). J'ai aussi mis le remix que j'ai fait pour Polygorn, excellentissime groupe du sud ouest (oui oui, des Basques) que je vous conseille fortement d'aller voir en concert. Comme un mélange entre Electric Electric et Golden Teachers, vraiment super classe. Quant à Alien Ensemble, c'est un très beau disque de jazz dont personne n'a parlé l'année dernière, même si il y a des gars de Notwist dedans.

Mixtape

01. Krakatau - Riddells Creek
02. Jakob Skott - Pleiades
03. Upperground Orchestra - Falling Up
04. Jimi Tenor & Tenors of Kalma - Can We Yes ! (with Kalle Kalima & Joonas Riippa)
05. Shocking Pinks - Us Against The City
06. Drame - Amibes
07. Sun Ra - The Order of the Pharaonic Jesters
08. Guy Warren of Ghana With Red Garland - The High Life
09. Wolfgang Dauner - Kabul
10. Polygorn - Peter Monkey Rubin Steiner Remix
11. Cavern Of Anti-Matter - You're an Art Soul
12. Alien Ensemble - Modest Farewell

Audio

Tracklisting

Drame - S/T (Platinum Records, 2 novembre 2015)

01. Yoko
02. Avantage aventure
03. Bugaboo
04. Genuflexion
05. Amibes
06. Serpentine
07. Canicule
08. Drame


Princess Century l'interview

Multi-instrumentaliste et compositrice, Maya Postepski est d’abord connue pour ses talents de batteuse et son implication dans les accents dark wave d’Austra, projet qu’elle a fondé en 2009 avec Katie Stelmanis et Dorian Wolf. C’est elle aussi qui, entre 2010 et 2012, a rendu les premières prods de TR/ST si addictives, comme Bulbform ou Sulk, avant que Robert Alfons ne finisse par s’engluer dans une eurodance de fête foraine. Talentueuse mais effacée, Maya s’est composée un style caractéristique qui fédère ses différentes contributions autant que son public, et qu’on retrouve dans une approche synthétisée des influences qu’elle puise dans son activité de DJ, ce qui nous vaut l’impressionnante mixtape de plus d’une heure qui complète cette interview - avec du Makina Girgir, Hype Williams, LFO, Chris & Cosey et David Lynch dedans. Normal, donc, que dans son projet solo Princess Century, elle revisite avec un plaisir évident ce qui a façonné son imposant fond musical, triturant ici un peu de synth pop ou de cold wave, flirtant là avec l’EBM ou le disco. Après son premier album Lossless en 2013 et un EP, Lossy en début d’année, tous deux aussi discrets que leur auteure, la récente sortie de son LP Progress, dont on vous invite à découvrir deux extraits ci-après, est l’occasion de poser quelques questions à la Canadienne et de comprendre un peu mieux le processus créatif d’une nerd atypique.

Maya Postepski l’interview

BWmaya

Comment et quand Princess Century a débuté? Qu’est-ce qui t’a donné envie de lancer ton propre projet par opposition à ton activité dans des groupes?
How and when did Princess Century start? What made you consider launching your own project instead of being part of bands?

Tout a commencé sous la forme d’une activité secrète dans ma chambre alors que je vivais encore chez ma mère. J’apprenais à utiliser des stations audionumériques comme Logic et je passais des heures à bidouiller en enregistrant mes idées. J’apprenais aussi une quantité phénoménale de nouvelles connaissances tout en travaillant avec Katie (Stelmanis, ndr) sur Austra, on utilisait ProTools à cette époque (c’est dingue d’y repenser!) et j’étais complètement intimidée mais fascinée à l’idée de faire de la musique sur un ordinateur. Je ne savais absolument pas ce que je faisais, mais j’étais pour ainsi dire poussée à poursuivre le travail pour comprendre comment produire de la musique avec un ordinateur. Avec mon éducation classique, la notion même d’utiliser un ordinateur, dans les faits un objet inanimé, pour générer du son m’était tout aussi hallucinante que passionnante. Aujourd’hui encore, je suis exaltée quand je produis des sons sur un ordinateur. J’adore les synthétiseurs analogiques, mais quand on fait de la musique avec un ordinateur, on passe par des moments infinis et surprenants. C’est un peu comme faire de la musique à l’envers.

C’est important de comprendre que Princess Century n’est pas un projet anti-groupe. J’ai vraiment adoré travailler avec Katie et Robert (Alfons, de TR/ST, ndr) sur nos projets respectifs et je pense que j’ai appris des choses incroyables en intégrant des groupes, non seulement en termes de musique mais aussi sur moi, sur ma vie. Princess Century est un genre de reliquat, les chutes si tu préfères… ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont plus bonnes ! Parle à n’importe quel boucher, il te dira que les abats sont les meilleures parties. Tu vois ce que je veux dire… J’essaie juste de dire que Princess Century n’interfère en rien dans ce que je fais pour Austra ou autre. J’aime collaborer et j’aime aussi travailler seule. C’est une simple question d’approche.

It started out as a secret activity in my bedroom while I was still living at my mom's house. I was learning how to use DAW's like Logic and I would spend hours messing around with recording my ideas. I was also learning a tremendous amount of new knowledge while working with Katie on the Austra stuff, we were using ProTools at the time (crazy to think about that!) and I was just completely intimidated yet fascinated by the idea of making music on a computer. I had no idea what the hell I was doing, but I was somehow compelled to continue working on understanding how to make music with a computer. Because I'm classically trained the notion of using a computer, a practically inanimate object to make sound, it was completely mind-blowing and exciting. It still excited me today when I make sounds on a computer. I love analogue synthesizers but there are limitless and surprising moments when you use a computer to make music. It's like making music backwards somehow.

It's important to note that Princess Century is not an anti-band project. I have really enjoyed working with Katie and Robert on our respective projects and I think I've learned incredible things through being in bands, not just in terms of music but also about myself, my life. Princess Century is kind of like the leftovers, the scraps if you will... not to say that they are bad! I mean talk to any butcher and they will tell you that the scraps are the most delicious parts. You know what I mean...I'm just trying to say that Princess Century has no interference with the stuff I do with with Austra or anyone else. I love collaborating and I love working alone as well. It's just a vibe thing.

Le lien entre tous tes projets — Princess Century, Austra, TR/ST — est tissé d’arpèges réverbérés, de sirènes en boucle, de bruits informatiques et de puissants coassements étirés. Comment ta participation aux projets susmentionnés a façonné ton style?
The link between all your projects — Princess Century, Austra, TR/ST — is about reverbed arpeggios, looped sirens, vintage computer blips and loud stretched croaks. How did being part of the above-mentioned projects shape your style?

Je suis contente que tu entendes un lien entre chacun des projets, parce que je travaille très dur à façonner les sons que j’aime écouter. J’ai une liste de référence remplie de sets préparés que j’ai minutieusement confectionnés toutes ces années. J’aime aussi mes synthétiseurs et je suis accro à eBay. J’ai depuis peu déménagé à Bruxelles, donc mes synthés sommeillent dans la cave de ma mère, mais je trouverai un moyen de me débrouiller sans. L’album Trust (TR/ST, 2012, ndr) a bien été conçu uniquement avec des instruments Logic…

I'm happy that you hear a link between each of these projects, because I work very hard on shaping the sounds that I like to hear. I have a go-to list of pre-sets that I've carefully crafted over the years.  I also love my synthesizers and am an eBay addict. I recently moved to Brussels so now my synths are sleeping in my moms basement, but I'll find a way to make it happen without them. The whole Trust album was made using Logic instruments so...

On dirait qu’il existe une connexion, au moins sémantique, entre ton premier album Lossless en 2013 et Lossy, ton EP sorti plus tôt cette année. Un truc en rapport avec la compression ou les techniques informatiques, peut-être? Est-ce que Progress entre dans cette case?
It looks like there’s a connexion, at least a semantic one, between your debut album
Lossless in 2013 and Lossy, your EP earlier this year. Something about compression or computational techniques maybe? DoesProgress relate to this?

Oui, je pensais que ce serait une manière élégante de créer un lien entre un nouveau public et mes anciennes productions, les amener à une sorte de connexion. C’est aussi un titre un peu nerd, je pense qu’il sonne bien. Progress est une autre évolution, c’est sans doute pour ça que je l’ai appelé Progress… C’est comme si j’avais atteint un autre niveau dans mes travaux. À ce moment-là, je lisais un bouquin intitulé A Short History of Progress par Ronald Wright, excellent et source d’inspiration.

Yea I thought it would be an elegant way to tie in new listeners to the older material I released, get them to make some kind of connection. It's also a nerdy title which I think sounds good. Progress was another evolution, and that's why it's called Progress I suppose... It's like I moved onto some other level with my work, and I was also reading a book at the time called A Short History of Progress by Ronald Wright which was excellent and inspiring.

princesscentury

Quand et pourquoi t’es venue l’idée de ce nouvel album? Combien de temps cela t’a pris pour en avoir une idée suffisamment précise et te mettre à écrire?
When and why did the idea of this new album come? How long did it take to make the idea accurate enough to start writing?

Cet album s’est présenté très naturellement, alors que je passais quelques jours seule dans mon appartement. Mon coloc de l’époque travaillait toute la journée, alors je me levais, prenais mon café, mon thé, je faisais des trucs habituels, puis je travaillais sur quelques concepts. Je n’avais pas de projets grandioses ou de planning, je jouais comme ça venait, et je pense que c’est pour ça que l’album couvre une telle superficie en termes de genres. Je partais tantôt sur une ambiance disco, tantôt dans une nostalgie mélancolique. Une fois les démos créées, je les ai emmenées en studio: on n’y a pas fait grand chose à part enregistrer en live un peu de repiquage batterie pour rendre les sections de percussions plus vibrantes. J’adore mélanger vraies batteries et boîtes à rythme pour créer plus d’émotion. J’ai aussi filtré quelques trucs grâce à des séquenceurs analogiques et des systèmes modulaires, mais il n’y a eu aucun composition en studio. C’était surtout du mixage.

The album was some that happened very naturally over the course of a few random days when I was home alone at my apartment. My room mate at the time worked all day so I would get up, have my coffee, my tea, a little routine, and then get working on some ideas. I didn't have any grandiose plans or a schedule, I just played whatever I felt, which I think is why the album covers so much territory in terms of genres. Sometimes I was in a disco mood, other times in a melancholy nostalgia. The demos were done and I took them to the studio where we didn't do much except record some live drum kit overdubs that make the percussion sections come alive, I love mixing live drums with drum machines to make things move more. I also filtered some stuff through analog sequencers and modular systems, but there wasn't any composing in the studio. Mostly it was mixing.

On dirait que tu touches à des styles entre kraut, ambient, disco et synth pop. Quelles sont tes influences et comment en fusionnes-tu les différentes ambiances?
It sounds like you focus on styles between kraut, ambient, disco and synth pop. What are your influences and how did you mix the different moods with each other?

J’ai évidemment beaucoup d’influences, et comme je suis aussi DJ, je n’arrête pas de courir après de nouvelles musiques pour mon inspiration. J’adore passer des heures à chercher de nouveaux albums et je suis toujours surprise de tomber sur des trucs bizarres et géniaux, ça me retourne le cerveau, c’est une obsession. Je ne puise pas mon inspiration dans un genre ou auprès d’une personne en particulier, ça évolue sans cesse et je ne peux pas répondre à cette question, mais il y a des références récurrentes dans mes playlists, comme Yoko Ono, Gina X, Legowlet, Giorgio Moroder et Donna Summer, Sade, Area Forty One, etc.

I have a lot of influences of course, and because I'm also a DJ I am constantly seeking out new music that inspires me. I love spending hours looking for new albums and I'm always so surprised when I find something weird and unique, it blows my mind and I get obsessed with it. I don't have one specific genre or person that inspires me, and it changes constantly so I can't really answer the question but there's definitely consistent players in my playlists such as LFO, Yoko Ono, Gina X, Legowelt, Giorgio Moroder and Donna Summer, Sade, Area Forty One etc.

Tu commences à promouvoir Progress en Europe, quels seront tes dates clés et combien de temps durera cette tournée?
You’re starting to promote Progress in Europe, what will be your main venues and how long will you be touring?

Je ne suis pas vraiment en tournée, je cherche plutôt des dates au hasard. J’habite maintenant à Bruxelles, je me contente de dire aux gens ici que je suis dans les parages et je visite des amis un peu partout en Europe. On verra bien ce qui se passe!

I'm not so much Touring as much as I am looking for random gigs. I live in Brussels now so I'm just telling people in town that I'm here and I'm reaching out to friends around Europe- we'll see what happens!

Et que prévois-tu ensuite?
And then what’s next for you?

Faire des litres de soupes pendant l’hiver et des tonnes de nouveaux sons.

Cooking lots of soups over the winter and making tons of new music.

Tu peux nous expliquer ta sélection pour la mixtape?
Can you explain your choices for the mixtape?

Je laisse voguer mon esprit. J’y vais au feeling.

Freeflow in my mind. I just felt it.

Mixtape

Vidéos

Tracklisting

Princess Century - Progress (Paper Bag Records, 16 octobre 2015)

01. Bros vs UFOs
02. Sunscream
03. Tokyo Hands
04. Sheughnessy
05. Sunrise 101/Last Disco
06. Rosé
07. Domestic
08. Fata Morgana
09. Metro


Pascal Bouaziz l’interview

Avec ses improvisations claquées sur des compos percus/cuivres dépouillées, Bruit Noir, le nouveau projet de Pascal Bouaziz (textes et chant) et Jean-Michel Pirès (instru) de Mendelson déboulonne la société en décortiquant ses contradictions et suffisances. Routinier depuis la fin des années 90 d’un cynisme conscient et sombre, le leader de Mendelson au trait d’esprit parfois déroutant distribue ses baffes paternalistes et tout le monde en prend pour son grade. En dix titres, le duo s’éparpille dans les thèmes, éructant pêle-mêle sur le travail à la chaîne, les magazines people, Lou Reed, les compagnies low cost, la province ou encore l’administration française. Misanthrope, le type? C’est évidemment parce qu’il ne l’est pas que Pascal s’entête à nous tancer, contemporains empanurgés, lui risquant à tout bout de champ l’erreur d’interprétation ou le jugement de valeur, et nous la leçon de morale. Entretien laconique avec un râleur caustique.

Pascal Bouaziz l’interview

bruitnoir2

I/III, ton premier album avec le projet Bruit Noir, commence par un deuil, le tien. En revanche, il se conclut par “Adieu, je suis vivant”. Tu peux nous expliquer ce que traduit ce cycle et pourquoi il est inversé?

Le cycle n’est pas inversé, on est bien obligé de mourir avant de renaître.

Il y a dans ces dix titres une nostalgie noire, qui colle à la peau, aussi bien traduite par une lecture antichronologique (de la mort à la vie) que dans les thèmes abordés: l’amour, le travail, la jeunesse. C’était mieux avant? Dans ta vie, dans le monde?

Mais c’est totalement l’inverse ! En ce qui me concerne, c’est beaucoup mieux maintenant. Avant je mourais, maintenant je suis vivant ! Bon, ça c’est en ce qui me concerne. En ce qui concerne le monde, c’est évidemment l’inverse. Si tu me lances là-dessus… Le monde court à sa perte et glisse sévèrement et de plus en plus rapidement vers le pire au son des glorieuses louanges adressés au Progrès Éternel des choses. Je ne vois aucun progrès notable depuis que je suis né, en tout cas même en ce qui concerne les soi-disant inattaquables progrès de la médecine : épidémie de cancer et d’Alzheimer, toujours pas de vaccin contre le sida, etc. On fait simplement vivre malades (et débiles) les gens plus longtemps : Je n’y vois pas une grande amélioration de la qualité intrinsèque de la vie des gens. De toutes façons, il faut vraiment avoir beaucoup d’œillères pour refuser de constater qu’évidemment c’était mieux avant. Ne serait-ce qu’en regardant, écoutant ou respirant dans un bête paysage urbain…

Le personnage de Pascal Bouaziz dans Bruit Noir n’est pas si différent de celui de Mendelson. Il traîne un phrasé désabusé, conscient, dur avec la société, avec son entourage et avec lui-même. T’es pareil au boulot?

Il faudrait s’adresser à mes collègues pour cette question. Malgré tout, peut-être que ce n’est pas très clair, mais j’essaye d’avoir une démarche artistique quand même. Et donc de m’efforcer d’être différent, meilleur (ou pire) en tant que chanteur ou auteur qu’en tant qu’être humain, travailleur, collègue, voisin, ami etc. S’il n’y avait pas cet effort de construction, d’écriture, je ne vois pas en quoi je serais plus légitime qu’un autre à prendre la parole.

Comment s’est monté le projet avec Jean-Michel? A-t-il été facile à mettre en place entre vous deux? Était-il prévu à deux d’ailleurs?

Tout a été très facile. Suite à un concert de Mimo The Maker (son projet solo à lui en marge de Headphone), où il m’avait invité à poser un texte, on s’est dit que ce serait une bonne idée de faire un truc à deux. Ça a été tellement facile que c’en était presque gênant : Jean-Michel m’envoyait des musiques, si ça me plaisait et m’inspirait, je posais un texte dessus, que je lui renvoyais. Si ça lui plaisait, ça faisait un titre. Ça n’a jamais été aussi simple de ma vie.

Votre approche reste noise, mais très minimaliste et laisse la quasi totalité de l’espace au texte. Ça rappelle le slam comme on le pratiquait à New York ou Chicago dans les années 80. Lequel dirige, le texte ou la musique?

Là, la musique a totalement dirigé l’inspiration. Elle était première et c’est de son écoute répétée que sont venus les textes en mode improvisé. Je ne sais pas à quelle scène slam tu fais référence : je connais ça très très peu de toute façon le slam, que ce soit français ou autre. Même si le dernier album de Gil Scott Heron I'm New Here a été une référence musicale très importante pour Jean-Michel.

Est-ce à mettre en rapport avec ton recueil Passages, prochainement publié? Tu peux nous en dire plus sur ce rapport au texte, au message?

Passages est un recueil de Haikus ou poèmes très courts à sortir en avril chez Le Mot Et Le Reste. J’espère que la différence d’écriture entre ces poèmes et les textes pour bruit Noir sera suffisamment flagrante. En tout cas ils ne viennent pas du tout du même côté du cerveau.

Niveau prod, comment avez-vous arrangé cette ambiance sombre et bruitiste? Qui bidouille quoi?

Jean-Michel a tout fait. J’ai juste enregistré les voix et mixé l’album.

Combien de temps ont pris la conception et l’enregistrement de l’album? Dans quelles conditions?

À peine un mois je crois pour les musiques, quelques semaines pour l’inspiration des textes. Quelques séances de mixage à Canal93, la salle de Bobigny, ou Mendelson a été en résidence pendant deux ans.

Jean-Michel et toi avez tous deux fréquenté les couloirs de Prohibited Records (lire). Comment se traduit pour toi la réformation de Prohibition? Tu les as vus jouer?

J’ai vu jouer Prohibition à la grande époque un certain nombre de fois oui. Je les ai accompagnés en tournée même fin 90. Jean-Michel joue avec les frères Laureau dans NLF3. J’ai beaucoup travaillé avec Quentin Rollet. Nicolas et Fabrice ont sorti le troisième album de Mendelson. Je suis heureux pour les gens qui continuent à aimer et à pouvoir faire de la bonne musique depuis longtemps et j’espère que ce sera pour longtemps encore.

Pourquoi sortir I/III sur Ici d’Ailleurs comme le dernier Mendelson, et pas sur Prohibited ou Lithium dont tu es proche aussi?

Lithium n’a pas sorti d’album depuis 2004 je crois. Et Nicolas Laureau a recentré Prohibited Records depuis quelques années sur tous les différents projets qu’ils portent avec son frère (Flor, Don Nino, NLF3 etc.). La rencontre avec Ici d’ailleurs est un compagnonnage distant de longue date qui s’est concrétisé miraculeusement autour du succès de Personne Ne Le Fera Pour Nous, album qu’on avait sorti avec Mendelson d’abord à compte d’auteur et qu’on distribuait nous-mêmes en VPC. Une fois qu’on a trouvé un partenaire de travail comme Stéphane Grégoire du label Ici D’ailleurs, faudrait être un peu bizarre pour délibérément aller voir ailleurs.

Niveau actu, Mendelson fait rééditer ses deux premiers albums, sortis alors chez Lithium, et en enregistre un autre, des reprises. Se profile aussi la tournée promo de Bruit Noir, et j’ai entendu parler d’un projet solo? Ça va être une année 2016 bien chargée pour toi non?

J’espère. Il arrive un âge où l’on a plus trop de temps à perdre.

Audio

Tracklist

Bruit Noir - I/III (Ici D'Ailleurs, 13 novembre 2015)

01. Requiem
02. Joe Dassin
03. L'Usine
04. Joy Division
05. Je regarde les nuages
06. La province
07. Manifestation
08. Low cost
09. Sécurité sociale
10. Adieu


Paper Dollhouse l'interview

Astrud Steehouder, désormais rejointe par l’artiste multi-media Nina Bosnic, conduit la barque de Paper Dollhouse au confluent de multiples esthétiques, entre épure minimaliste et électronique lascive à la patine techno-industrielle. Un second LP du duo est paru le 2 mars dernier sur Night School Records (lire), trois ans après l’inaugural A Box Painted Black sorti en 2012 sur Bird Records. Prenant le parti d’accentuer la linéarité synthétique de ses compositions et optant pour une langueur atmosphérique plutôt qu’une quelconque mélodie, les deux Anglaises signent avec Aeonflower une peinture à la fois intime et émotionnelle d’un univers parcourant erratiquement les sinueuses frontières du rêve. Les Londoniennes de Paper Dollhouse ayant répondu à nos questions et envoyé une mixtape juste avant de chopper l'Eurostar, elles seront en concert ce soir à la Mécanique Ondulatoire aux côtés des New-Yorkais d'Uniform (lire). On s'y retrouvera forcément.

Paper Dollhouse l'interview

Paper Dollhouse 1
Comment est né le concept de Paper Dollhouse et comment avez-vous trouvé le nom?
How did the whole concept of Paper Dollhouse come about and how did you come up with the name?

Paper Dollhouse vient au départ du film Paperhouse; il a une connotation industrielle et pastel caractéristique qui collait aux sons que je sortais à l’époque. C’est aussi un clin d’œil aux maisons de poupées et aux mondes miniatures. Le lien de fragilité prend tout son sens dans l’approche lo-fi que je pratiquais alors dans ma cuisine et enregistrais sur mon ordinateur. C’est plutôt transparent. Beaucoup de ces sons n’ont pas été publiés parce qu’ils ressemblaient à des démos, mais je pense que je pourrais les sortir prochainement. Nina et moi avons commencé à travailler ensemble après cette première période de trucs purement solo mais le nom se prête encore à des univers imaginaires dans lesquels on est libres de créer nos sons, ambiance et vision en rapport avec cette idée.

Paper Dollhouse originally came from the film Paperhouse; it has a really distinct industrial and pastel tone that worked with the sounds I was coming up with at the time. It’s also a nod to dollhouses and miniature worlds. The link of fragility made sense with the lo-fi recordings I was making in the kitchen and recording into my computer at the time. Kind of diaphanous. Loads are still unreleased as they sounded like demos but I think they might be released as they are soon. Nina and I started working together after this initial period of purely solo stuff but the name still lends itself to imaginary worlds where we’re free to create sounds, light and vision in accordance with the idea.

Comment décrirais-tu Paper Dollhouse, et quelles sont vos plus grandes influences dans ce projet?
How would you describe Paper Dollhouse, and who are your biggest influences in this project?

Elles changent plus ou moins avec le temps. Des trucs minimaux et de la folk glacée, des guitares chaudes et métalliques, ce son Rowland S Howard typique. J’écoute dans l’ensemble beaucoup de musique électronique, je suis une grande fan d’Aphex Twin même si ça ne se sent pas forcément. Le catalogue de Finders Keepers, des trucs punk, jungle, rave, les filles de Bird Records.

They sort of change over time. Icy folk and minimal stuff, searing, metallic guitars, that Rowland S Howard sound. I listen to a lot of electronic music as a whole, I’m a huge Aphex Twin fan though that may not come across. The back catalogue of Finders Keepers, punk stuff, jungle, rave, the girls of Bird records.

Quels genres de sentiments introduis-tu dans tes chansons?
What kind of feelings do you put in yours songs?

C’est plutôt une question d’humeur que des sentiments ou pensées en particulier. Je n’ai pas écrit beaucoup de paroles ces derniers temps. Parfois, elles viennent d’un trait, je les écris sur le dos d’une enveloppe puis je les perds. Au stylo à bille noir en général, même si j’ai aujourd’hui un style à plume. Ceci étant, on peut créer beaucoup d’ambiances par la musique sans dire un mot. Mais les paroles me manquent, je vais y revenir.

It’s pretty mood-based rather than specific feelings or thoughts. I haven’t written many lyrics recently. Sometimes they come out complete and I’ll get them out on the back of an envelope then lose them. Black biro usually, though I got a fountain pen today. That said you can create a lot of mood through wordless music obviously. I miss lyrics though, gonna get back into it.

Pourquoi avoir choisi Night School? Vous vous sentez proches d’eux? Quelle est votre histoire avec Michael?
Why have you chose Night School? Do you feel close to them? What's the story between you and Michael?

Je pense qu’il s’agit d’une reconnaissance autant pour Bird / Finders Keepers que pour Night School, qui nous ont permis de sortir un split. Bird a produit une cassette rose d’Aeonflower pendant que Night School se chargeait du vinyle. Je trouve les deux superbes. C’est génial d’être impliquées auprès des deux labels, je suis une grande fan de leurs catalogues et tous deux tracent leur route avec une grande conviction. J’ai acheté l’album de Space Lady chez Night School, ce qui a amorcé la communication même si je connaissais le label et les groupes dans lesquels Michael s’était précédemment impliqué. C’est vraiment un type investi qui travaille sans relâche pour offrir aux artistes de Night School une excellente plateforme pour ce qu’ils font. Il travaille pour Monorail et joue aussi pour Apostille. Comme je l’ai dit, il travaille dur. Bird / Find Keepers ont pléthore d’enregistrements magiques, d’artworks, de projets et de gens aujourd’hui encore chers à mon cœur.

I think it’s a testament to both Bird / Finders Keepers and Night School that we were able to do a split format release. Bird released a pink cassette of Aeonflower while Night School picked up the vinyl. Each looks beautiful in my opinion. It’s wicked to be involved with both labels as I am a huge fan of their catalogues and both are walking their own paths with complete conviction. I bought the Space Lady record from Night School which began communication though I knew of the label and bands Michael had been involved in before. He’s a really committed guy who works relentlessly hard on giving the artists on Night School a really good platform for what they’re doing. He works at Monorail an performs in Apostille as well. Like I say, he works hard. Bird / Finders Keepers is a magic plethora of records, artwork, projects and people who are always close to my heart.

Paper Dollhouse 3

Tu as un side-project? Tu t’impliques dans d’autres groupes ou projets artistiques?
Have you side-project? Are you involved in other band or other artistic project ?

Pas pour le moment, même si j’ai aussi très envie de jouer de la guitare et de la batterie bruyantes dans un groupe au son plus dense. J’y travaille. Paper Dollhouse est très ouvert dans le sens où les sorties passées et présentes vont probablement résonner différemment, c’est un son évolutif dans lequel j’espère injecter ma nouvelle boîte à rythme lumineuse (TR8), un nouveau synthé et davantage de vraie batterie à un moment donné. De la weird pop et de l’electro à petite dose, du field recording et plus de poésie.

Not at the moment though I really want to play loud guitar and drums in a heavier band as well, working on it. Paper Dollhouse is pretty open in the sense that the releases past and present are probably going to sound quite different, an evolving sound where I hope to inject my new, light-up drum machine (TR8), a new synth and more real drums at some stage. Weird pop and electro in small doses, field recordings and more poetry.

De quels groupes contemporains te sens-tu proche?
Which actual bands do you feel close to?

Les groupes que je connais, probablement. Il y a peu, on a joué avec le label Folklore Tapes, et je suis une bonne amie de Maghapi et Emma Tricca, une artiste folk de Bird Records qui habite de l’autre côté de ma rue, à Londres. Dernièrement, j’ai fait quelques trucs avec DB1 sur Hidden Hawaii, excitée à l’idée d’en voir l’évolution, et un peu de scoring pour un documentaire. On fait des trucs avec le collectif Old Apparatus, dont un récent concert où on a installé des tonnes de néons, de ballons à l’hélium et une lumière noire. C’était dingue.

The bands that I know probably. We recently played a show with the Folklore Tapes label, I’m good friends with Magpahi and Emma Tricca, a folk artist on Bird records who lives across the road from me in London. I’ve been doing some things with DB1 on Hidden Hawaii lately, excited to see how that turns out, plus some scoring for a documentary. We do stuff with the Old Apparatus collective including a recent show where we set up loads of neon, helium balloons and a black light. It was wicked.

Quelle est la suite? Partez-vous bientôt en tournée avec Paper Dollhouse?
What’s next for you & are you going on tour with Paper Dollhouse soon?

Continuer à jouer avec mon nouveau matos, monter un nouveau studio pour Nina, écrire de nouvelles prods.

Work on playing around with new gear, setting up a music studio for Nina, writing new stuff.

Vidéo

Mixtape

01. DIAT - Schadenfreude
02. Animals & Men - Don't Misbehave In The New Age
03. Suburban Lawns - Janitor
04. Come On - Mona Lisa
05. Suburban Homes - Conformity in the UK
06. Photodementia - Gyrectomy
07. der Zyklus - Elektronisches Zeitechno
08. Emeralds - Geode
09. Sammy Osmo - Verlaten Dierentuin Wassenaar
10. T.R.A.S.E. - Sketch-3
11. Ausmuteants - Hate This Town
12. The Chills - Pink Frost
13. Galwad Y Mynydd - Niwl Y Mor

Tracklisting

Paper Dollhouse - Aeonflower (Night School Records, 2 mars 2015)

01. Oracle
02. Stand
03. Helios
04. Psyche
05. Your Heart
06. Diane
07. Silence
08. In The Sun
09. Black Flowers
10. Siren


Cachette A Branlette l'interview

Texto reçu mercredi soir : "Salut c'est Florian de Cachette A Branlette. Les paysans ont coupé les fils qui relient ma ferme au monde extérieur." Embêtant, surtout pour lui, mais pas de quoi compromettre l'interview qui suit et la mixtape aussi barrée que géniale qui va avec. On rembobine dans la précipitation, Cachette A Branlette est le projet analo-tropicalo-disco de Florian Steiner - également maître à bord d'Unas. Seconde sortie du label Rennais Poussière d'Époque, son premier LP éponyme, constitué sur la base d'une cassette autoproduite en 2014, est sorti le 13 octobre dernier. En concert demain à La Jarry à Vincennes dans le cadre du Festival Serendip (lire) on en a profité pour lui poser quelques questions.

Cachette à Branlette l'interview

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Formellement, tu as tellement d'alias et de projets parallèles qu'il est difficile de cerner les directions données à ta musique. C'est voulu ? La dispersion pour toi est-elle vecteur de créativité ?

Ce n'est pas vraiment un choix mais plutôt mon caractère dispersé à vouloir tout faire, du coup ça me permet de différencier un peu les différentes directions et de mettre des pancartes sur tous les sentiers du labyrinthe. Je ne pense pas à l'aspect partage/promotionnel lors de la composition, c'est plutôt une pratique nécessaire, égoïste, qui donne de la satisfaction. Il est bon de se perdre.

Du noise au grindcore, en passant par l'indus et l'expé, comment en es-tu venu à Cachette à Branlette ?

Cela doit être lié à l'évolution de la musique que j'écoute, j'ai tendance à vouloir reproduire les choses qui m'interpellent, les refabriquer, les réinventer, tout mélanger, les énergies et les émotions. Cachette à Branlette à la base c'était mon fourre-tout de compositions sans limites d'ambiance. Le nom est né lors de mon inscription à un blog nommé "dimanche minuit" où il fallait balancer un nouveau morceau par semaine avant le moment M imposé par le titre du blog. Je l'ai réutilisé par la suite sur un autre blog musical "Le Marathon de la Semaine" et pour titrer des morceaux ou autre galettes en format web sorties sur Los Emes del Oso ou mon bandcamp.

Les propositions de concerts sont arrivés après la sortie d'une cassette auto-produite "Disco & Tropical Wave", où je m'amusais à produire une sorte de musique électronique dérivée de ce que je m'imagine être la disco et le soukous. Cela a un peu défini le type de son que je produis maintenant en live et je ne m'empêcherai pas de le faire évoluer vers tout autre chose dans le futur.

C'est aussi l'occasion de faire une pause avec Unas, je ne trouve plus rien de bon à reproduire la performance et j'aimerais le faire muter dans quelque chose de différent mais toujours basé sur l'énergie et la transe.

Depuis une petite dizaine d'années, on semble redécouvrir les vertus des synthés analogiques et pratiquer le pastiche facile des années quatre-vingt. Qu'est ce qui te motive dans ce projet 100% analo-disco ?

C'est tellement bon de tourner des gros boutons sur des machines qui font des beaux bruits. Et puis comme j'ai tendance à me disperser, il est bon pour moi de mettre l'informatique de côté en création musicale. J'ai perdu beaucoup de données et dans le gros stock qu'il me reste, la plupart sont illisibles car je ne suis plus dans la même config logicielle qu'à l'époque. Entre dispersion, pertes, manque de limites et de durée de vie, la frustration et les possibilités infinies m'ont poussé sur le chemin du tout en dure.

Le nom du projet semble mettre une certaine distance par l'humour. Appliques-tu cette même distanciation vis-à-vis de ta musique et du public ?

Je ne suis pas certain de bien cerner la question, en tout cas ça à l'air d'en faire rire certains, c'est pas très vendeur mais peu importe, et puis ça peut lancer des discutions sur les pratiques introverties, la masturbation et autres sujets charnels auxquels je participe volontiers.

Tu viens de Brest. Cela a t il une influence quelconque sur ta musique ? Est-ce un endroit idéal en terme de scène et de collectifs ou tu fonctionnes plus par le biais d'internet et de connexions faites lors de tes concerts ?

J'habite dans le Finistère depuis quelques temps mais il me reste à y découvrir beaucoup de choses. Je suis né et j'ai grandi dans le Jura Suisse avant de passer quelques années en Alsace. J'ai l'impression qu'il y a pas mal de potentiel autour de Brest même s'il n'y a pas autant de concerts de musique tordue que dans les coins les plus réputés pour ce genre d'activité. Pour la connexion, oui, ça vient plutôt quand tu fais la bringue, les concerts ou via les copains, la famille de la musique déviante.

Tu peux nous parler de Poussière D'Époque, label sur lequel tu sors le premier LP de Cachette à Branlette ? Niveau label, avec quelles autres structures tu aimes enticher ?

Je ne connaissais pas le label avant d'avoir une proposition de disque mais je connaissais un peu les loulous via leur magasin de disques à Rennes, Blindspot.

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S'agissant du LP justement, tu peux nous raconter son histoire ? Le choix a été difficile entre les différents morceaux ? Et peut être le signifiant de cette magnifique pochette ?

C'est en fait une transposition sur vinyle de la cassette "Disco & Tropcial Wave" auto-produite en 2014. Après un dépôt chez Blindspot la proposition est apparue et il a fallu bien entendu faire quelque choix pour tailler dans les 1h30 de la pièce originale. Pour la pochette, c'est une carte blanche à Macula Nigra et je crois bien qu'il est tombé très juste !

Tu joues assez régulièrement sur scène via nombre de tes alias, que ce soit pour le Sonic Protest ou très bientôt au festival Serendip. Quel approche as-tu de la scène et du contenu de tes live ?

C'est la confrontation directe entre le coeur du sanctuaire et le reste du monde, c'est bon pour l'évolution et pour sentir le goût et voir la couleur du jus qui sort du fruit quand tu l'as bien pressé. C'est une sorte de libération d'un truc contenu quelque part.

Justement, tu peux nous dire quelques mots sur le Serendip auquel tu participes cette année ?

Le grand mystère! La programmation me plait bien avec quelques projets inconnus et je me serais bien fais tout le festoche si l'emploi du temps me le permettait. J'ai hâte de découvrir tout ça sur place, les gens et les concerts.

En quelques mots, tu peux présenter ta mixtape ?

Je pensais faire un historique musical de ce qui m'emmène ici mais je me suis très rapidement perdu dans la bibliothèque sonore, la dispersion encore...

Audio

Mixtape

01. RANDOM SWISS FOLK 03
02. DIAMANDA GALAS - FAUST EROS TOD A3
03. PROSTETHIC CUNT - VOMIT-STUFFED RECTUM
04. INTESTINAL DISGORGE - INTESTINAL COLLAPSE AND MELTING
05. GORGOROTH - BLODOFFER
06. WHITEHOUSE - RAPEMASTER
07. LAIBACH - NOVA AKROPOLA
08. AMEN BREAK
09. SERGE VORONOFF BANDE - QUATORZE
10. CLUB MORAL - NAZIS OF THE NIGHT
11. DAVID KRISTIAN - LA DERNIERE VOIX
12. KAA ANTILOPE - RISE UP HELICTOPTER
14. CROMAGNON - RITUAL FEST OF THE LIBIDO
15. THE MAKERS OF THE DEAD TRAVEL FAST - TWISTING TOXIC FORMS
16. UNKNOWN 05
17. GOBLIN - LAVIA DELLA DROGA
18. ENREGISTREMENT RADIO EN SUISSE
19. MEIKO KAJI - ZENKYOKU SHU - YADOKARI