E L O N - Concupiscence

Familier de Beau Wanzer au sein de Streetwalker, responsable d'un Future Fusion bien tapé sur Cititrax, l'Angelin Elon Katz affiche toute sa Concupiscence à l'heure de délaisser ses claviers viciés pour marteler une électronique plus minimale, superposant d'un même mouvement motifs rythmiques astreignants et volatilité des textures qui, dans leur tourment, ne sont pas sans rappeler les vrilles mentales émanant de Sheffield au début des années quatre-vingt dix. Celui qui n'hésite pas emmancher des détours darkwave sous l'alias Loom 11 et un 7" sur Desire Records, créé par le biais de cet EP révélé en juin 2015 sur la toile et récemment paru via le prolifique Mind Records, une Intelligent Techno Music qui ne sépare jamais le doux du rêche, s'amusant à brouiller dans son étreinte plaisir lascif et empressement libidineux, caresse sensible et pilonnage orgasmique. S'éprouvant au regard d'un artwork aux courbes univoques signé Orion Martin, les quatre morceaux qu'offre Concupiscence s'effeuillent ainsi, dans une trouble dichotomie oscillant entre désir obscurcissant (Oral Oscillator, Polyflesh), et assouvissement extatique, forcément plus rasséréné (Choked On Moan, The Quantity Control). En somme, une vraie tartine de stupre mental qui a le mérite de mettre quelques claques biens senties au derrière.

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Tracklisting

E L O N - Concupiscence (Mind Records, 15 février 2016)

01. Oral Oscillator
02. Choked On Moan
03. Polyflesh
04. The Quantity Control


Moro - San Benito

Moro est la toute nouvelle signature du collectif NON dont on vous parlera sans doute plus longuement. Pour faire un bref topo, NON c’est le regroupement de Chino Amobi, Angel Ho et Nkisi. Un collectif comme internet peut en créer, basé entre l’Afrique du Sud, Londres et maintenant l’Argentine. C’est une sorte de collectif/diaspora politique qui produit de la musique. On ne parlera pas pour NON d’une actualisation d’un certain afro-futurisme mais d’une sorte de mouvement politique et intellectuel qui produit de la musique, et de la musique très intéressante. Dans les plaisirs coupables de l’année il y avait l’album de Gaika largement relayé par le collectif. L’objectif de NON est de réussir à produire une articulation entre les structures visibles et invisibles de la société (on parle ici des structures de domination, raciales, sociales, historiques) pour créer y une brèche…  Mais arrêtons là pour NON dont on parlera ici ou ailleurs en détails.

San Benito donc. EP de Moro. Un Argentin qui pour accompagner la sortie d’Arrepientanse, « se repentir » en Espagnol, le single de l’EP nous explique que l’homme blanc argentin a peu à peu effacé les percussions du tango. Percussions prédominantes dans l’héritage des populations sud-américaine dans ce genre musical précis. Un EP qui tourne autour des percussions perdues du tango. Mais bien loin d’être une sorte de retour au source du tango, c’est un EP radicalement électronique. Ce qui est intéressant dans cet EP ( et  je crois maintenant qu’on peut dire qu’il se passe vraiment quelque chose de radical dans cette scène électronique qu’on essaie d’explorer depuis quelques années) c’est qu’encore une fois, c’est à partir d’une position politique que se crée quelque chose.

Voilà le constat et le matériel, les percussions perdues du tango. Un silence assourdissant qui s’est peu à peu fait jour dans ce qu’on se représente d’un canon de la musique Argentine. Moro y opère un déplacement. Il ne s’agit pas de retourner aux sources du tango pour produire un album de tango, mais de travailler à partir de cette matière qui a progressivement disparu. De travailler à partir de ce fantôme des percussions du tango. Travailler à partir d’un fantôme, d’un silence c’est ici la base d’un travail pour produire un album absolument électronique. Il ne s’agit pas de faire retour, ni d’imaginer ce que pourrait être un tango sans la colonisation mais de travailler à partir d’une matière que l’on doit entièrement penser, imaginer. Politiquement il ne s’agit donc pas ici d’un dépassement de l’Histoire, mais d’une interrogation, et de la mise au jour d’un matériau immatériel.  Pas de vision passéiste, pas de repli identitaire mais au contraire la prise en compte d’une Histoire douloureuse par la création, finalement d’une fiction, que seraient les percussions en Argentine sans l’arrivée de Pizarro.

S’il fallait encore appuyer le propos politique San Benito, traduire Saint Benoît, fait certes référence à Saint Benoît, mais surtout à la casaque jaune que devaient porter les condamnés de l’inquisition. Et on sait que l’Empire inca a été réduit à un quasi néant après l’arrivée des Espagnols. Musicalement on est dans une position relativement étrange. Cinq titres électroniques, portés sur la percussion, et notamment des percussions traditionnelles, en bois. Il y aussi tout un travail de collage, des captations ou des créations d’ambiance, gémissements, bruits de vagues, de bombardements ou d’avion. SAN BENITO STATUS...KILLED IN ACTION le dernier morceau de l’EP est à ce titre remarquable. Peut-être d’ailleurs qu’il faut voir dans son titre un travail mémoriel et programmatique.

C’est essentiellement un travail d’agencement, de rythmique, et surtout l’exploration d’une matière perdue. En cela, sans doute, San Benito est un EP marquant, et on attend avec une impatience non dissimulée les prochaines sorties de NON, et on garde un œil sur cet Argentin apparemment bigrement talentueux!

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Moro - San Benito

Tracklist

Moro - San Benito (NON, 22 janvier 2016)

01. Libres
02. Arrepientanse
03. Caretango/valentina
04. Salve Sua Vida
05. San Benito Status...Killed In Action


Lenparrot - Naufrage

Chacun en conviendra aisément : s’il y a bien une démarche que les esthètes de l’éminent label Atelier Ciseaux sont en passe de maîtriser, c’est bien cette capacité inégalée dans le paysage underground français à dénicher des petits bijoux pop en devenir. Le dernier en date s’appelle Lenparrot, aka le Nantais Romain Lallement, et semble, au fil des mois, s’épanouir complètement au sein du catalogue exemplaire des activistes d’AC.

Après un premier EP en mai 2015, Lenparrot est de retour le 5 février prochain avec Naufrage : une nouvelle collection de cinq morceaux tendres portés par un groove minimaliste et un savoir-faire simple mais puissant dans la confection de petites mélodies entraînantes. Toujours entouré de Maethelvin et Olivier Deniaud à la production, Lenparrot dévoile sur Naufrage des morceaux qui pourraient sonner comme un hymne officiel d’Atelier Ciseaux : une pop sans fioritures, légère et aérienne, portée par un sentiment diffus d’une nostalgie délectable, jamais trop envahissante.

Une lamentation au clair de lune qui trouve son pinacle dans le délicieux Dévot, où l’errance d’un cœur solitaire prend la forme d’une complainte touchante avant de disparaître dans l’accord ténu d’un clavier aux allures d’orgue fantomatique. Pas étonnant de retrouver sur Oath Part. II un Julien Gasc que l’on ne présente plus, tant la filiation musicale entre les deux musiciens semble évidente.

Nouvel ouvrage de qualité, Naufrage semble sortir tout droit du métier à tisser délicat d’un Lenparrot fidèle à lui-même. Maître tisserand, les fils de soie qui l’entourent volent autour de lui pour former de petites pièces de confection fragile mais captivante, prenant vie sous les doigts agiles du jeune musicien nantais. 

Naufrage est disponible le 5 février en digital et le 10 février en vinyle limité à 300 ex, rassemblant sur un même disque les deux EP de Lenparrot déjà parus chez AC.  Disque disponible en ligne sur www.atelierciseaux.com.

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Lenparrot - Dévot / Amedeo's Wife

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Lenparrot - Dévot

Tracklist

Lenparrot - Naufrage (10 février, Atelier Ciseaux)

1. The Hidden Track
2. Halo Highway
3. Amedeo's Wife
4. Dévot
5. Oath Part. II feat. Julien Gasc


Werktag / Chessex / Buess - s/t

Parfois il faut imaginer la musique comme une trame non immédiatement narrative, comme quelque chose qui est de l’ordre de l’abstraction. Une abstraction qui recouvre à la fois le caractère de l’expressivité plutôt que de la narrativité, et celui du figural plutôt que de la représentation. La figura latine, la « figure » est tout à la fois l’aspect visible/perceptible d'une chose, et son modèle abstrait par exemple le moule qui sert à fabriquer une sculpture, ou bien ici, l’ensemble d’instruments et de dispositifs techniques qui ont permis ces deux pistes. Le figural, c’est chez Lyotard cette idée que « ce qui dans l’image excède (ou contourne) le figuratif et le figuré, ce qui ne peut se voir ni commemimèsis (reproduction du réel) ni comme métaphore,mais participe d’une dynamique propre à l’image (à la figure dans l’image). » Le figural est donc ce qui excède la figuration même.

Dans Werktag, on est confronté à deux espaces très différents et pourtant absolument complémentaires, deux espaces où l’on reconnait tel ou tel instrument. On peut considérer les deux pistes de Werktag comme deux espaces vides. Deux espaces sensibles que l’on vient travailler et progressivement intensifier. Deux surfaces que l’on fait vibrer, résonner, que l’on remue. Le label suisse A Tree in a Field Records, en réunissant Antoine Chessex, saxophoniste vraiment incroyable, l’ensemble Werktag et Alex Buess compositeur tout aussi chouette, a fait le pari de quelque chose qui dans l’enregistrement dépasserait. Dépasser c’est à dire ici, rendre compte peut-être plutôt de l’ensemble des gestes des musiciens, que d’un morceau. Il faut considérer les deux espaces de Werktag comme deux matières. Et à la première écoute ce qui fascine d’abord, c’est cela, entendre les musiciens faire; gratter des matières, mettre le corps en jeu dans la production des sons. Il y a quelque chose qui dépasse le simple enregistrement instrumental.

Des corps sont mis en jeu pour créer des espaces, des matières sonores, c’est cela qui est brillant dans cette sortie. Donner à entendre cette réalisation là. On entend donc les différents protagonistes toucher, caresser, maltraiter des instruments et des surfaces pour produire des sons, le tout sur une base plutôt techno dans la première face de l’album. Techno parce qu’on entend régulièrement une basse qui se répète, comme le motif dépouillé et fondamental de ce « genre là ». Et sur une base plutôt instrumentale dans la seconde face, on y entend l’ensemble des instrumentistes.

Je crois qu’il faut voir Werktag comme une tentative de restitution de forces, d’intensités, comme un travail profond sur le figural du son, c’est à dire, encore une fois sur ce qui dépasse. Décrire les deux pistes serait réduire l’idée de ce disque. L’oreille y est de toute façon davantage fixée par un jeu sur les crescendo, decrescendo, sur les montées intenses et les décélérations brutales que sur telle ou telle partie instrumentale. Bien sûr on reconnaît ici du saxophone, ici du piano, mais ça n’a rien à voir par exemple avec le travail d’un groupe comme Pivixki qui lui tente, à travers un instrument classique, le piano, de faire entendre d’autres modalités rythmiques, toniques. Ici, le travail est celui d’un travail du sensible. Intensité, rythme et jeu de surface sont au cœur du procédé de Werktag.

Ce qu’il en ressort c’est une expérience sonore, une tentative à plusieurs mains, de créer à travers deux espaces très différents, une forme intense, et c’est plutôt vraiment réussi.

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Tracklisting

Werktag/Chessex/Buess - s/t (A Tree in a Field, 21 novembre 2015)

A1. Alex Buess - Shattered Grid
B1. Antoine Chessex - Furia


Verset Zero - Contritum Crusis

Dans son Epistolae Genesis en 2014, Verset Zero appliquait à son apostolat musical la trame alors plus liturgique qu’industrielle d’un chapitre caché de quelque obscur ouvrage religieux, sorte de message hermétique réservé aux dévots d’un catéchisme terrifiant et lovecraftien. De cette ébauche, il a conservé les titres latins et une atmosphère sombre et étouffante, lui ajoutant une surcouche indus et enchaînant les EP, Iram Dei et Lux Chaos sur RDL47, puis un album,Obscura Manuscript en 2015 chez SUBSIST, toujours entièrement dévoués à témoigner de l’existence d’un credo ésotérique. Ce nouveau paragraphe du chapitre, récemment révélé par Tripalium Records, conspire et alimente une cabale thématisée au point qu’elle en devient cinématographique, une cabale qu’auraient pu entamer Goblin dans leurs œuvres pour Dario Argento, et qui trouve encore écho aujourd’hui.

Avec un premier morceau qui s’entame et progresse comme une montée d’angoisse, le Toulousain distille une liqueur fuligineuse, s’appuyant sur des fondements dark metal et puisant dans l’iconographie religieuse pour asseoir un climat malsain et oppressant. Sans aucune violence, cette ambient sombre et chaude comme du sang sacrificiel dégorge et s’insinue sans noyer, laissant le dévot entre vie et mort, épuisé comme par une transe molle et sibylline. Verset Zero n’ouvre pas les cieux, ni les eaux, mais la terre. C’est une descente au-delà de la crypte, dans les abîmes lugubres des évangiles malins aux arcanes désacralisés. Pensé comme un album concept, Contritum Crusis dépeint une sorte d’adoubement ou de rite initiatique:  la fin de la route (Fine Viae) débouche sur l’amertume (Amaritudo) et son acidité vomissante et psychédélique avant d’ouvrir une nouvelle voie (Novum Semita) aux initiés survivants. A cælo usque ad centrum.

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Tracklist

Verset Zero - Contritum Crusis (Tripalium Records, 24 novembre 2015)

01. Fine Viae
02. Amaritudo
03. Novum Semita


Spectraal - À la 95ième division armée

Spectraal, c’est le genre de groupes qu’on ne connaît que par le bouche-à-oreilles, ou après les avoir vus en live à Metz, un malheureux 13 novembre, dans un bar minuscule à la déco beaucoup moins désagréable que le service. Dans ce premier EP autoproduit en juin dernier et passé totalement inaperçu, le duo messin qui n’aime ni les capitales dans les titres (de quoi rendre fou un grammar nazi), ni la promotion balance une noise sidérurgique entrecoupée d’extraits allemands dénués de sens, dissolue dans son contexte géographique et social aussi bien que dans son approche psych punk et les filtres nasillards de la voix fantomatique qui en jalonne le parcours musical répétitif et sec comme du sable mosellan.

Le minimalisme de la rythmique, des boucles lo-fi dégorgées par une simple boîte-à-rythme, inscrit dès les premières secondes n’importe quel morceau de spectraal dans un style dépouillé, brut voire cheap, tandis que les premiers accords en feed-back empêchent de voir le projet comme une psych appauvrie. Au contraire, les gros riffs fuzz, omniprésents et dévastateurs mais appuyés par un synth punk ponctuel, sont doublés de mélodies en sourdine, certaines jouées à la bielle, auxquelles on s’accroche comme à une bouée dans cette houle saturée et hypnotique.

On sent que cette première tentative, enregistrée à l’arrache, le DIY lo-fi prévalant sur toute approche stylistique consensuelle, classe le groupe dans une nouvelle déclinaison de la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est autour d’un thème — l’hommage à la 95e division d’infanterie américaine — ancré dans une France frontalière à l’identité façonnée par les guerres et la sidérurgie. Et quand on sait que le projet est mené par Nafi de Noir Boy George / Scorpion Violente et Sébastien Joly de The Feeling of Love, on mesure la justesse du propos autant que du climat sonore. Et on en parle pour eux, parce qu’eux n’en ont rien à foutre.

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Tracklisting

Spectraal - À la 95ième division armée (NOL, 9 juin 2015)

1. all girls must be destroyed
2. let it bleed
3. are you shimmering?
4. follow these boots


T/O - Eyes Above EP (FULL STREAM)

S'il ne faut pas dépecer par strates l'EP Eyes Above, tout fraîchement sorti via le label October Tone, de T/O, instigué par le seul Théo Cloux et joué en quatuor sur scène, les vapeurs lysergiques qui en émanent sont sans aucun doute imputables à sa gracile voix, exhalant des interstices de ce décorum à fortes consonances oniriques, distendu entre nappes de guitares shoegaze et éparses notes d'un clavier réfrigéré, à la manière d'une présence discrète mais lumineuse habitant ces structures froides et complexes. Et bien que la coloration d'une dream-pop balayée de saturations à la manière des My Bloody Valentine n'est perceptible que dans quelques bouts de morceaux, balayant notamment le presque instrumental Ccollectivee, le kaléidoscope de tonalités employées se résume aux deux morceaux White Eyes, Black Signs et U First, égrainant chacun à sa manière, un travail plus que remarquable sur les rythmiques. Extirpant de la masse informe de nouveautés qui n'en sont pas à laquelle l'auditeur se trouve quotidiennement confronté, les tempos fracturés assurent à la fois la légèreté de la saillie inaugurale White Eyes, Black Signs, en martyrisant comme il faut ses relents éthérés, tout en alourdissant avec justesse U First, conclu d'une basse revêche - sans conteste l'high light de ce maxi de T/O rendant les armes sur notre platine avec la brève Oh Well, See You Again. Inutile d'en dire plus, l'ensemble s'écoute ci-après en intégralité sachant que la release party du disque aura lieu le 28 novembre prochain à la Hall Des Chars de Strasbourg (Event FB).

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Tracklisting

T/O - Eyes Above EP (October Tone, 23 novembre 2015)

01. White Eyes, Black Signs
02. Ccollectivee
03. U First
04. Oh Well, See You Again


Rizzla - Iron Cages

Partons d’une définition, celle de la « cage d’acier », concept imaginé par Max Werber, père de la sociologie moderne dans L’Éthique protestante et l’Esprit du Capitalisme. Il désigne comme « cage d’acier » ou « iron cage » une sorte d’allégorie de la civilisation capitaliste industrielle moderne dans laquelle chacun se trouve dans un état d’enfermement de ses libertés individuelles au sein de structures impersonnelles gouvernées par le règne du calcul. Comprendre ici, peut-être, technocratie et bureaucratie. Partons de la situation de Rizzla, producteur américain qui signe depuis déjà quelques années des morceaux dans la galaxie Fade To Mind. On le retrouve régulièrement dans des shows Rinse FM et NTS, dans des sets au côté de Kingdom ou Total Freedom et aux manettes de remix parfois impressionnants (je pense à celui de Cakes da Killa notamment).

Iron Cages est donc la dernière sortie de Fade To Mind et c’est un évènement, puisque ça faisait maintenant presque un an que le label n’avait rien sorti en dehors de quelques remix de Kelela. Une fois cela posé, qu’est-ce qu’on peut faire de ce titre d’EP? À dire vrai, Rizzla fait partie de cette génération qui participe à l’émergence d’une scène néo-dancehall, une scène queer, qui mélange toujours la dubstep, le voguing, l’électronique, la techno, etc. Mais que vient faire Max Weber là dedans? Lui qu’on a longtemps considéré comme un sociologue de la bourgeoisie, là où Marx était un penseur du « prolétariat », lui à qui on a souvent reproché une sorte de pessimisme critique qui lui avait fait perdre son ambition révolutionnaire. Et pourquoi quasiment 80 ans après l’émergence de ce concept, un producteur de Brooklyn choisi d’en faire le titre de son EP?

D’abord, il faut noter le pluriel du titre, Iron Cages, et non iron cage, comme une démultiplication des cages et des pièges. Démultiplications des cages ça veut dire aussi une manière de déplier l’évolution du capitalisme. C’est intéressant d’observer au fond, dans le titre d’un EP une position « critique » au sens de position de recherche. Une production critique par le sonore. Comme un positionnement politique à travers des lieux et des espaces aussi différent qu’une salle de concert, un club ou un casque audio.

Rizzla déclare néanmoins que le titre ne fait pas seulement référence au concept de Max Weber, mais plus largement au travail de Ronald Takaki un des pionniers des études sur les mécanismes du racisme dans la société américaine, et également, de facto un des pionniers des ethnic studies. L’EP fonctionne donc à partir de ce bagage, à la fois celui de la scène Fade To Mind, qui tente à travers ce que l’on a longtemps considéré (et que l’on considère encore) comme des « sous-genres » musicaux, voire des genres musicaux honteux de faire émerger de nouvelles sonorités et une nouvelle manière d’appréhender la musique. Et à travers ce bagage théorique des « cages d’acier », puisqu’il faut le mettre au pluriel.

Rizzla - Iron Cages 2

Au sein même de l’EP, on retrouve ce positionnement de manière parfois très littéral autour de titre Fucking Facist par exemple ou de manière plus inattendue et peut-être plus conceptuelle: Black Jacobins (référence assez limpide néanmoins à la Révolution haïtienne). Cinq titres, où l’on retrouve les tropes de Fade to Mind, des voix R’n’B, des rythmiques dancehall et dubstep et un certain mélange des genres. Rizzla dit de son Ep qu’il est aussi ce moment où il s’est senti pris au piège, d’où la référence à ces « cages d’acier », au piège des néons et des clubs, de la fête perpétuelle, au piège de New York, et d’un désengagement progressif. Il dit aussi qu’il y revendique des influences dembow, soca, buddling ou hardstyle, autant de « sous-genres » dont on parlait tout-à-l’heure. Il faut peut-être voire dans la musique de Rizzla, au delà d’une prise de position politique très radicale, une manière d’envisager « l’euphorie » de la musique caribéenne mais avec tout ce qu’il y a de plus sombre dans la scène électronique. Une manière d’écrire l’histoire, à travers des sonorités.  Dans Iron Cages, c’est finalement aussi ce qui se déplie.

Si on doit résumer cet EP, qui ne fait finalement que cinq titres, en un positionnement, c’est celui d’un moment politique autant que musical, celui d’une saturation d’un mode de vie radicalement monotone malgré les lumières des néons, celui aussi d’un discours à tenir sur des politiques immédiates et quotidiennes. Tout cela est matérialisé, par l’usage durant les cinq titres de l’EP autant par les tropes Fade To Mind dont on parlait tout-à-l’heure, que par l’usage et l’ajout permanent de percussions caribéennes, de sifflets, et autres sonorités typiques de ces « sous-genres » qui deviennent ici matériau et prise de position. Il est assez rare au fond, de voir cinq titres poser autant de questions, cinq titres qui font d’une sortie d’EP un moment de « prise de parole », et de discours au sein d’une production qui en manque souvent cruellement. Cette manière d’affirmer une identité et un positionnement par la pratique sonore n’est pas tout à fait novatrice, pour autant ici elle s’inscrit dans une scène électronique de plus en plus large, et dans une nouvelle pratique des clubs qui a fini par faire perdre toute substance au caractère politique de ces fêtes là. Il ne faut sans doute jamais oublier que les clubs, que les salles de concert se sont aussi créés sur des questions de minorité. Disco, voguing, house music, jazz ou soul en sont des bons exemples.

Iron Cages à le mérite de s’inscrire dans ce contexte, sans oublier de produire cinq morceaux qui fonctionnent pour ce qu’ils sont. C’est définitivement hyper dansant, hyper catchy, extrêmement bien produit et pourtant très loin d’être creux ou vide de sens.

Audio

Vidéo

Tracklist

Rizzla - Irons Cages (Fade To Mind, 25 septembre 2015)

01. Iron Cages feat. Odile Myrtil
02. Fucking Fascist
03. Airlock
04. Twitch Queen
05. Black Jacobins


Chrononautz - Made in time

Décidément, décidément, One Eyed Jacks enchaîne les sorties impressionnantes. On vous parlait de Cotrim (lire) il y a quelques semaines avec son album Dança une sorte d’album conceptuel sur l’essence du dancefloor, cette fois il s’agit de parler de l’EP de Chrononautz, Made in Time.

Ici, pas d’album conceptuel, ni de tentative d’expérimenter un dancefloor réduit à son minimum. Peut-être peut-on parler d’une tentative d’étaler, ou de réinterpréter des motifs acid et dub, mais il s’agit surtout d’un EP, encore une fois « électronique » plus que techno, encore une fois assez brillant et en tout cas très chouette.

Cinq morceaux donc, qui sonnent un peu comme une intersection entre Minimal Wave et Rhythm and Sound. Quelques motifs dub, quelques motifs acid, des nappes de synthés, des percussions minimales et une masterpiece. Cybele, sans doute le morceau le plus marquant et peut-être le plus représentatif de la démarche de Chrononautz. Six minutes perchées, quelque part entre acid, dub et techno. Une introduction assez minimaliste, des motifs de synthés biscornus, des percussions très menues et un son assez brut.

Chrononautz

Il y a vraiment quelque chose qui se passe dans l’imperceptible, quelque chose qui se dégage de cette simplicité de réalisation. Il y a quelque chose de « léger », de minimal, quelque chose de l’ordre d’un minimalisme électronique, où chaque instrument, chaque son se trouve réduit à sa simple expérience, sans interférer avec les autres. Davantage un collage de lignes très simples, bass, medium, high, qu’un assemblage où les interférences font partie du jeu.

Après les deux Public Domain Fuck Over Series du groupe, c’est, on peut le dire, une évolution notable, mais toujours aussi intéressante dans la démarche. Une sorte « d’acid dancefloor live techno » pour reprendre les tags de leur bandcamp… Encore une fois, en tout cas, One Eyed Jacks s’affirme comme un des labels où il se passe des choses un peu bizarres en ce moment, et c’est plutôt un vrai compliment !

Audio

Tracklist

Chrononautz - Made in time (One Eyed Jacks, 19 octobre 2015)

01. Waveguide
02. Acid Empathy
03. Down Back
04. Cybele
05. Cold Curve


Why Be - Snipestreet

On vous a déjà parlé d’Halcyon Veil le tout nouveau label du producteur texan Rabit. Il faut dire que la première sortie était plutôt très marquante puisque il s’agissait de l’EP d’Angel Ho, dont décidément on pense toujours beaucoup beaucoup beaucoup de bien. Halcyon Veil revient donc avec une deuxième sortie, un deuxième EP celui de Why Be, membre du crew Dj Hvad, contributeur pour Janus, habitant plus ou moins au Danemark et originaire de Corée. On a aussi pu l’entendre collaborer avec Total Freedom. Ça brosse déjà un portrait plutôt intéressant du personnage…

Why Be

Quatre titres sur cet EP, intitulé Snipestreet, et toujours un croisement entre grime, vogue house et techno. Des cloches, des vocaux super bouclés, des kicks techno, un morceau d’anthologie Deeq, et un dernier assez épique. On est tantôt dans une BO digne de la science-fiction, tantôt dans un dancefloor à contre-temps, une ambiance où les corps se font bousculer dans l’idée qu’ils ont de leur propre danse. Il y a quelque chose dans cet EP qui se joue entre des ambiances, des petites fictions sonores et le dancefloor. Un truc qui accroche entre production de narration et corps dansant. En tout cas il y a cette accroche tout à fait suffisante pour qu’on se dise que, là aussi, il se passe quelque chose dans l’appréhension de la musique, un truc qui renouvelle et qui développe à la fois cette base techno, ces influences grime et cette manière de sampler typique de la vogue house.

Audio

Tracklisting

Why Be - Snipestreet (Halcyon Veil, 15 octobre 2015)

01. Heroin Hat
02. Whalin (Kyselina OST)
03. Deeq
04. Late (Laser Ha)


Kamixlo - Demonico

On vous parlait il y a quelques semaines de l’album d’Acre et Filter Dread, première sortie du sub-label de PAN, Codes. On vous parle aujourd’hui de la deuxième sortie du label de Visionist, Demonico de Kamixlo, EP qui fait écho à toute une nouvelle scène de la musique made in UK.

On le sait l’Angleterre et plus particulièrement Londres ont toujours été le lieu d’un melting pot et d’une avant garde des tentatives musicales. Kamixlo fait partie d’une nouvelle génération de ces producteurs anglais qui revendiquent autant un amour pour la dubstep ou le grime que pour le reggaeton, la cumbia ou le bachata. On avait déjà pu le voir produire des morceaux pour Blaze Kidd ou des collaborations avec Lexxi, autant de jeunes producteurs qui font partie de cette nouvelle scène anglaise très bouillonnante. On pourrait aussi citer Uli K et Endgame pour dresser un mini panorama de cette néo-scène UK qu’on a vu apparaitre grâce à des démos sur Soundcloud.

Kamixlo - Demonico

Demonico est clairement un EP à l’image de Brixton où habite Kamixlo. On y retrouve 10 000 influences, 10 000 genres musicaux qui vont donc du reggaeton à la vogue house, en passant par la scène grime, dubstep et même techno. Il avait uploadé sur sa page Soundcloud il y a quelque temps une sorte de tube, Paleta, qu’on retrouve sur l’EP aux côtés de quatre autres morceaux dont un remix de Visionist. Tout l’intérêt de l’EP vient sans doute du fait qu’on ne sache pas vraiment où on est en termes de genre et de musique. Dire qu’il s’agit d’un EP dubstep ou grime serait largement fabuler, comme dire qu’il s’agit d’un EP électronique ou techno, on est clairement ailleurs, au milieu de cette scène néo-UK qui avant de se cloisonner dans des genres pense le mélange comme processus de production. Une sorte d’exact mix entre une génération Tumblr/Instagram et une génération Soundcloud/Twitter qui a su regarder hors des continents connus.

Demonico s’ouvre par exemple sur un morceau que n’aurait pas complètement renié The Caretaker tout en s’aventurant progressivement sur des basses et des rythmiques dubstep. Paleta commence sur un sample manière vogue house ballroom hyper boosté par des basses très grasses et un vocal quasi orgasme porno, le tout avec une sorte d’esprit « latino ».

Ce qui finalement nous intéresse peut-être dans cette scène, qu’on peut aussi rapprocher de celle que produit Fade to Mind, N.A.A.F.I ou autres avatars bizarres, c’est cette création d’une musique hyper queer dans le plus large sens du terme. Des influences multiples, non standardisées, vraiment étranges, et vraiment ailleurs. Peut-être au fond, que s’il fallait faire acte de taxis, il faudrait commencer à imaginer une musique « queer électronique », non pas pour créer un genre ou une sous-catégorie, mais bel et ben pour multiplier les possibles et les singularités qui s’y croisent et s’y créent.

Audio

Tracklisting

Kamixlo - Demonico (Codes / PAN, 16 octobre 2015)

1. Otra Noche
2. Paleta
3. Splxcity
4. Lariat
5. Lariat (Visionist Remix)


Acre / Filter Dread - Interference

On avait oublié de vous parler d’une des dernières sorties de Pan, le label de Bill Kouligas. Elle réunit Acre et Filter Dread, pour encore une fois une sortie qui maltraite les genres, et qui redonne toute ses lettres de noblesse à l’idée d’une musique « électronique ». Électronique car ça n’est ni un album techno, ni un album dubstep, ni un album de bass music, mais un peu un mélange de tout ça. L’hybridation est une des caractéristiques de cette jeune scène qui tente de faire bouger les limites entre l’expérimentation, une certaine queerness de la musique, et la techno des origines. Acre est une des figures, déjà presque un peu marginale de cette scène là. On peut aussi penser aux sorties de Logos et Mumdance, qui de manière différente tente de déplier les possibilités de l’électronique à l’heure d’un cloisonnement de plus en plus présent. En France on a du mal avec cette idée de l’électronique. Quand tu veux programmer une soirée électronique, souvent on te répond, ok mais quel genre. Justement, ce qui est hyper intéressant, c’est qu’ici il n’y a pas de genre défini, ni d’identité particulière de cette « électronique », juste un album assez cool de six pistes qui ne se posent pas de questions d’étiquette.

Interference est la première sortie d’un sub-label Codes, une division a priori dubstep du label. On peut sans doute le voir aussi comme une réactivation de Lost Codes, le label grime expérimental de Visionist, qui avait signé une très belle sortie de Sd Laika, avant que celui-ci ne se retrouve sur TriAngle. Bref, on est un peu perdu au milieu de toute cette avalanche de porosité entre des genres a priori aussi différents que le dubstep, la techno, le grime ou bien même la vogue house. Pourtant on est exactement dans ce mouvement là avec Interference. C’est ce qui rend clairement intéressante cette sortie.

Acre nous avait quand même déjà habitués à sortir des titres d’inspiration dubstep hyper sombre, genre Burning Memories qui avait eu son petit succès en son temps. Dans Interference c’est un peu la même chose. Une ambiance plutôt sombre, des sonorités clairement dubstep, tout en proposant en même temps une sorte de techno glacée qui se danse à contre-pied. Sur certains morceaux on retrouve un truc très expé avec glitch et bruits de machine vraiment bizarre, sur d’autres ces rythmiques si symptomatiques de la bass music ou de la drum’n’bass.

Ça à l’air d’un beau foutoir décrit comme ça, mais en fait c’est plutôt cohérent, et encore une fois assez brillant. Je vous assure que c’est pas trop le genre de dubstep qu’on retrouve dans une soirée au milieu d’un champ en pleine campagne. C’est plutôt des trucs qu’on pourrait voir dans un auditorium. Quoi qu’il en soit, ce qui parait vraiment intéressant à remarquer c’est que ce mélange des genres, tend enfin à nous ouvrir l’esprit et à redonner une consistance tangible à cette idée de « musique électronique » au sens large du terme. C’est à dire à affirmer une musique qui ne se pose ni la question de ses origines, ni de sa réception. Oui on est bien au milieu d’un mélange entre grime expé, dub step, bass music, uk, musique synthétique, éventuellement footwork ralenti et techno. Bref, on écoute un album « électronique » et un très bon. Peut-être qu’il faut d’ailleurs voir ce titre Interference comme une sorte de programme de ce que l’on va écouter. En tout cas, si on peut continuer à dé-genrer la musique de cette manière là, personne ne s’en plaindra !

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Tracklisting

Acre / Filter Dread - Interference (Pan X Codes, 17 juillet 2015)

01. Drumz 34
02. Flash Speed
03. Trashed
04. Life
05. Unknown
06. Blood Artist


Emptyset - Signal

On sait qu’Emptyset a toujours été radicalement tourné vers des hybridations techno, mélangeant parfois à ses productions une bonne dose de noise, de bruitisme, de musique concrète ou encore de nappes électro-acoustiques. Dans Signal, c’est à cette hybridation électro-acoustique qu’on assiste. Il s’agit de deux longues plages traitant effectivement un même signal sonore. Le titre est donc un énoncé performatif. Pendant une quinzaine de minutes réparties sur deux morceaux, on assiste à la modulation d’un signal sonore. On se retrouve inévitablement face à une matière assez particulière, faite entièrement de modulation. Il faut sans doute y considérer le son comme un travail sur la vibration et la redondance d’un même motif.

Plus drone que techno, Signal fait d’abord plus penser au travail de Lionel Marchetti ou d’Éliane Radigue qu’à celui attendu par un producteur techno. On frise parfois une ambiance drone à la Stephen O’Malley. Il y a dans Signal quelque chose de l’ordre d’une distinction et d’une simplicité, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une ambiance froide ou au contraire chaude, ni qu’on soit à l’écoute en face d’une techno pour dancefloor. Signal est davantage un espace narratif, c’est un travail sur le son qui fait plus penser à une pièce sonore qu’à un EP techno. On est plus proche au fond du travail d’un John Duncan, qui en live tente de faire vibrer les espaces qu’il investi que d’une proposition électronique.

C’est en tout cas assez curieux pour se laisser séduire par une écoute attentive. Peut-être une écoute sur le mode acousmatique , c’est-à-dire, une écoute où l’auteur disparait. Pas de basse, ni de pied dans Signal, simplement la modulation d’un motif sonore qui se répète et dévie. Une sorte de pièce abstraite, où le travail se fait d’abord sur l’intensité avant de se faire sur une quelconque efficacité sonore. Il y a quelque chose qui a à voir avec la méticulosité et la précision dans cette abstraction proposée par Emptyset et c’est assez réussi.

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Tracklisting

Emptyset - Signal (Subtext Recordings, 11 septembre 2015)

01. Side 1
02. Side 2


Cotrim - Dança

Dança, Danç, Dan, Da, D. Si on devait définir l’EP de Cotrim, sorti chez One Eyed Jacks, le label portugais de Photonz, il faudrait y voir une sorte de personnage sonore et conceptuel. C’est d’abord un processus simple, une même bande, ou une même rythmique, ou une même mélodie qui s’étouffe et évolue progressivement. Passant de Dança, traduire « danse », à D, traduire D. Une fois dans un bar un peu écolo-bio j’avais vu un concert d’un type qui faisait se répéter un accord de synthétiseur sur son ordinateur buggué. Au fur et à mesure, les sons se dégradaient. L’ordinateur n’avait pas assez de mémoire pour traiter l’ensemble des informations sonores. Du coup, à la fin ça finissait par un silence un peu gênant entrecoupé de petits souffles de survie des notes répétées par le synthétiseur qui servait de base à la pièce.

Dança fonctionne un peu de la même manière, c’est une même base, radicale et rugueuse qui se simplifie et du coup ici, se densifie aussi. Le son devient plus clair, plus radical, plus simple, de morceau en morceau. Cotrim condense petit à petit les éléments basiques d’une rythmique de dancefloor. Les modulations que l’on retrouve dans Dança, le premier morceau de l’EP, n’existent plus dans D qui commence simplement par une sorte de larsen couplé d’un pied qui s’accélère progressivement. Esthétiquement ça ressemble à de la techno très acid, parfois à un truc gabber ralenti mais pas trop quand même. Si on devait résumer un peu le propos de l’EP on pourrait dire que c’est une condensation. L’expérimentation d’un principe de dégradation/variation qui n’est pas entropique mais qui au contraire est de l’ordre d’une puissance accrue, d’une intensification du sonore. Plus on avance, plus on est entouré d’une simplicité radicale. Un pied, un larsen, la danse. C’est peut-être un EP qui pose d’ailleurs cette question, que faut-il pour danser? Ou c’est quoi la danse? La réponse apportée en l’occurrence ne peut pas être plus simple, ce qu’il faut pour danser c’est un kick et quelques effets très limités. Simple, brut, et malin.

Audio

Tracklisting

Cotrim - Dança (One Eyed Jacks label, 9 juin 2015)

01.Dança
02.Danç
03.Dan
04.Da
05.D


DedekindCut - Thot eNhançer

Lee Bannon est un type vraiment hyperactif, on lui doit déjà quelques LPs et quelques EPs, les productions pour Pro Era et notamment celles pour Joey Bada$$. On avait pu le voir dans une boiler room assez remarquable, produire des morceaux plutôt ambient aquatique ou encore des morceaux jungle/footwork assez asphyxiant en terme de BPM. Et puis comme ça, d’un coup, il décide en plus de monter un side project vraiment cool avec un nom à coucher dehors qui fait référence aux mathématiques. Ça s’appelle Dedekindcut, traduire « la coupure de Dedekind », soit la théorisation mathématique de ce qu’il y a entre A et B dans un ensemble ordonné. Thot eNhaçer, l’EP en question, est produit par Ninja Tune qui décidément signe un retour assez remarquable après quelques années de creux…

Cinq morceaux entre 1 minutes 30 et 4 minutes, on l’on pourrait entendre à la fois des sonorités trap ralenties, des sonorités d’instru de hip hop, des sonorités breakcore, le tout donnant une tonalité, on dira « dark ambient » aux morceaux. Bon, en plus c’est vraiment super bien, signe s’il en fallait encore un que ce type a quasiment tous les talents. Y a presque un côté Russel Haswell accéléré sur certaines pistes, c’est dire si ça remue un peu l’intérieur quand même…
Peut-être qu’effectivement Dedekindcut fait la jonction, ou en tout cas rempli l’espace entre les différentes productions et casquette de Lee Bannon, et on ne va vraiment pas s’en plaindre.

Franchement, c’est exactement le genre d’EP qu’il faut écouter, ou passer quand l’after de l’after devient trop étrange. Et des fois, on peut le dire, ça sauve la vie.

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Tracklist

DedekindCut - Thot eNhançer (Ninja Tune, 2015)

1. Harbinger
2. Thot eNhancer
3. Further (with an open mouth)
4. Necq
5. True Lover$ knot