Mary Lattimore & Jeff Zeigler - Music Inspired by Philippe Garrel’s Le Révélateur

La force du langage tient parfois à son absence, à sa distanciation d'avec l’ouvrage sonore pour  dérouiller les mécanismes du discours induit, de l’image-mot. Tourné en 1968 entre bouleversements sociaux et éveil du mouvement cinématographique Zanzibar, Le Révélateur de Philippe Garrel est une enfilade de séquences interminables et totalement muettes où la rythmique n’est marquée que par l’itinérance et la répétition. Ce silence n’est pas un oubli, il appuie le sentiment d’isolement et de désespoir qui parcourt de bout en bout ce récit d’une famille dans la tourmente, perdue dans des paysages allemands au symbolisme onirique, pourchassée dans les jeux de lumière sous et surexposée de Michel Fournier. Long, morne, écrasant, le silence est le quatrième acteur du psychodrame, témoin muet et omniprésent des meurtrissures d’un couple sclérosé par sa parentalité. Du moins il l'était.

© Sarah Cooper
© Sarah Cooper

Presque 50 ans plus tard et avec l’accord du réalisateur, Mary Lattimore et Jeff Zeigler — tous deux connus pour avoir collaboré entre autres avec Kurt Vile  — décident de rompre cette insonorité contemplative et absorbante comme une inversion de la gravité, pour développer une nouvelle mesure du rythme qui, si elle brûle une partie de la noirceur originale de l’œuvre expérimentale de Garrel, en accentue aussi l’expressivité, en particulier dans ses paraboles oniriques. Le dialogue gênant avec le silence n’existe plus, il est remplacé par les discrètes envolées de harpe de Lattimore frappant la trajectoire des touches pianotées par Zeigler. Éparpillées dans l’espace et offrant à la fois une couleur au noir et blanc initial et une profondeur aux travellings lugubres, les gammes atmosphériques arrondies d’accords ponctuels au Melodica habillent le film d’une orchestration aussi poétique que la narration, étroitement associée à l’action, mais qui peut se lire aussi indépendamment tant la qualité cinématographique est inhérente au projet.

Teaser

Mary Lattimore & Jeff Zeigler - Music Inspired by Philippe Garrel’s Le Révélateur (Thrill Jockey, 22 juillet 2016)


Drug Train - All My Friends (PREMIERE)

Ce n'est pas si évident que cela pour tout le monde, mais l'été est bel et bien là, prompt on l'espère à apporter son lot de doucereux détachements à l'ombre de nos doigts de pieds en éventail. Une période propice aussi pour le mélomane pour renâcler l'ensemble des disques accumulés compulsivement le reste de l'année, histoire d'en extirper ce substrat magique qui rompra la monotonie crue dédiée à la bande FM. Et s'il s'agit de préparer un petit paquetage de survie en milieu hostile pour lézarder l'âme en fleur durant la période estivale qui s'ouvre, il apparaît plus que primordial de s’octroyer la dernière livraison de Drug Train. Les Canadiens inoculent, avec le single All My Friends extrait du LP Petite Nature à paraître physiquement à l'automne sur le Brestois Beko Disques, tout ce que le quidam est en droit d'attendre de tendresse vertigineuse et de mélancolie ouatée. La voix délicate de la montréalaise, à la confluence de standards twee pop et des ondines propres à Memoryhouse, arrache l'adhésion dès la première écoute, la mise en images signée Julie Rainville médusant quant à elle le regard par sa fixité.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Drug Train - All My Friends EP (Beko disque, 2016)

01. All my Friends
02. All my Friends (Acquaintances mix)


House Of Wolves - Love Is A War

Au détour de deux albums aussi indispensables qu'atypiques dans le paysage musical actuel, Rey Villalobos, officiant sous l'appellation d'House Of Wolves, a su rendre ses lettres de noblesse au Folk empreint d'une extrême délicatesse et reprendre les choses là ou Elliott Smith les avaient si tristement laissées à l'orée de ce millénaire. Si son premier essai, Fold In The Wind, avait posé les bases de ce retour aux sources (lire ici), Daughter Of The Sea (lire ici), l'année dernière, avait dépassé nos plus folles espérances plongeant toute âme prête à se perdre dans ces compositions d'une  bouleversante authenticité et d'une rare pureté dans un état de douce béatitude.

L'annonce d'un nouvel album du Californien dont la sortie est prévue le 16 septembre prochain sur le label français Discolexique doit donc d'ores et déjà être considéré comme un événement majeur de cette année musicale, espérant que cette parution n'aura d'intimiste que la beauté des pépites qu'assurément elle contiendra. Pour vaincre cette attente déjà trop longue, Rey Villalobos nous gratifie d'une nouvelle composition, Love Is A War, hommage à son grand père ayant combattu durant la seconde guerre mondiale, qui apparaitra en bonus track sur l'édition vinyle de ce prochain essai à paraître. Une orchestration un peu plus poussée ne délaissant cependant nullement la fragilité et l'intensité émanant des compositions de ce songwriter hors-pair laisse présager de bien belles découvertes à venir. Pas encore les vacances, déjà vivement la rentrée !

Vidéo

House Of Wolves - Love Is A War
Vidéo par Tyler T. Williams


Liberation - S/T (FULL STREAM PREMIERE)

"C'est bien simple, en Australie, ce mec est une légende". Le mot d'Alex Poveda, moitié d'All Night Wrong et tête pensante et agissante du label Svn Sns Records, en dit long, lui qui partagera l'affiche le 23 juin prochain dans l'antre de l'Espace B (Event FB) avec la gracile Carla Dal Forno (lire) et donc David West chantre d'un nouveau projet solitaire : Liberation. Une légende qui emmagasine les projets solitaires mais qui a également co-fondé le monument Rat Columns, l'incontournable trio post-punk Rank/Xerox, en plus de ses participations aux géniaux Lace Curtain, Burning Sensation, Total Control ou Whalehammer. Tu parles d'un CV. A mille lieu de rabâcher ses partitions, David West utilise Liberation au pied de la lettre de ce nouveau patronyme discographique, avec la ferme volonté d'en extirper la puissance cathartique vis à vis de sa propre inspiration. L'homme s'est donc débarrassé le temps d'un album de ses guitares, ne s'entourant que de machines pour bâtir sa nouvelle cathédrale à la nef résolument pop et au choeur intensément romantique. Un véritable puit de lumière inonde en clair-obscur les délicates formes que prend ce premier album éponyme qui verra le jour le 11 juin prochain via le Night School Records de Michael Kasparis (lire). Essentiellement écrit et composé à Melbourne dans sa maison, le disque, à écouter ci-après en intégralité, se déguste avec le même émerveillement que si l'on avait découvert un Frank Tovey délaissant son Fad Gadget non pour de la country fadasse mais pour cette sorte de musique dansante pour adultes mélancoliques. Chef d'oeuvre.

Audio (FULL STREAM PREMIERE)

Vidéo

Tournée

June 3rd - Dublin, Tenterhooks (IRE) +
June 4th - Aberdeen, The Tunnels (UK) +
June 7th - London, Bethnal Green Working Men's Club (UK)
June 8th - Glasgow, Stereo (UK) +
June 9th - Manchester, Gullivers (UK) +
June 11th - DIYSpace For London, (UK) ^
June 12th - Hope and Ruin, Brighton (UK) ^
June 13th - Undertone, Cardiff (UK) ^
June 17th - Aarhus, Denmark (DK) *
June 21st - De Gym, Groningen (NL) *
June 23rd - Espace B, Paris (FR) *
June 25th - West Germany, Berlin (DE) *

* with Carla Dal Forno (Blackest Ever Black)
+ with Apostille (Night School)
^ with CC Dust (Perennial, Night School)

Tracklisting

Liberation - S/T (Night-School Records, 11 juin 2016)

01. You Do The Rest
02. Looking For A Lover
03. Move Me
04. Forget
05. Distant Song
06. Demonstrate
07. Whatever You Want
08. Cold And Blue
09. Leaves Falling
10. Flight Number

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Jesse Osborne-Lanthier & Grischa Lichtenberger - CSLM

Conversations Sur Lettres Mortes est un projet né en 2014, alors que les festivals d’arts numériques canadiens MUTEK et Elektra investissent le musée d’art contemporain de Montréal. Jesse Osborne-Lanthier — qu’on connaît pour son projet Noir (lire) et son association avec Bernardino Femminielli (lire) — et Grischa Lichtenberger — artiste et musicien électronique berlinois référencé chez raster-noton — se rejoignent alors autour d’une performance qui vient d’être traduite au format EP, à paraître le 9 juin prochain sur Cosmo Rhythmatic.

Dans CSLM, Osborne-Lanthier et Lichtenberger évitent la facilité du glitch trainant et filtré pour isoler jusqu’au minimalisme des micro secondes de signaux émis par des écrans cathodiques et des magnétoscopes. En arrière-plan résonnent à l’occasion quelques aigus évanescents qui atteignent rarement la stridence, à peine assez pour égratigner le tympan et assumer le parti pris bruitiste récurrent à ce genre de travaux depuis Throbbing Gristle. Aspirée par un fondement éminemment techno travaillé avec une minutie d’horloger suisse, la rugosité indus se tâte dans la matière, les bourdonnements ronflants, les craquements électriques, les frottements magnétiques.

Les six titres, complétés de remixes par rien moins que Low Jack, Gábor Lázár et Rabit, se présentent synthétiquement comme une succession méticuleuse et diverse d’extraits subliminaux, dans un rapport très imagé à la transmission inconsciente de l’information, rendue possible par la rapidité du médium et notre rapport fétichiste à l’objet télévisuel, placé des décennies durant au cœur du foyer contemporain.

Trailer

Tracklist

Jesse Osborne-Lanthier & Grischa Lichtenberger - CSLM (9 juin, Cosmo Rhythmatic)
A1 CRT Creeper
A2 House / Magma
A3 Comcast
A4 Good Morning America
A5 4% (Maurice)
A6 Primetime
B1 CRT Creeper (Low Jack Remix)
B2 Good Morning America (Gábor Lázár Remix)
B3 4% (Rabit Remix)


Psychic Ills - Inner Journey Out (PREMIERE)

C’est d’une logique implacable. Psychic Ills, auteurs depuis toujours d’un rock distendu au possible, format paysage et filtre spécial grands espaces américains activé, aura fait patienter trois longues années avant de sortir le successeur de One Track Mind (lire). Il n’y a pas à dire, chez les New-Yorkais de la précieuse écurie Sacred Bones, on prend le temps. Inner Journey Out sort le 03 juin et le titre ne laisse planer aucun doute sur l’orientation de cette nouvelle livraison : l’exaltation au long cours dans toute sa splendeur, perchée haut évidemment. Le voyage intérieur de l’anti-excité du bulbe Tres Warren et d’Elizabeth Hart, bassiste attitrée, commence avec un joli casting : Hope Sandoval en action sur le single I Don’t Mind, d’humeur americana, Brent Cordero, le clavier de tournée sorti du bus pour enregistrer avec eux en studio, le batteur d’Endless Boogie, Harry Druzd, et Derek James de The Entrance Band. Entre autres. Un petit monde qui fleure bon la poussière, entouré d’un halo faiblard à l’environnement vaporeux avec, en toile de fond, cette chaleur éditrice de mirages au potentiel lysergique certain. La vie sur la route, envol plané à une vitesse de croisière pépère, les fenêtres baissées, les boots à l’air libre.
Psychic Ills sera en concert le 18 juin à Paris dans le cadre du Paris International Festival Of Psychedelic Music et le 12 août à La Route du Rock, à Saint-Malo.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Psychic Ills - Inner Journey Out (Sacred Bones, 03 juin 2016)

01. Back to You
02. Another Change
03. I Don't Mind (feat. Hope Sandoval)
04. Mixed Up Mind
05. All Alone
06. New Mantra
07. Coca-Cola Blues
08. Baby
09. Music in My Head
10. No Worry
11. Hazel Green
12. Confusion (I'm Alright)
13. Ra Wah Wah
14. Fade Me Out


Murcof / Wagner - EP.01

L’interprétation est un exercice périlleux. En traduisant une œuvre avec son doigté, sa personnalité, et jusqu’à son pouls, l’artiste s’implique au niveau de son être. Il doit donner une lecture suffisamment respectueuse du contexte original tout en y imprimant son individualité, son émotion, voire sa sacralité dans le cas de cette Gnossienne 3 de Satie, délicate accession à la connaissance de soi par celle du divin, et retranscrite ici par deux artistes signés sur InFiné, Fernando Corona dit Murcof, et Vanessa Wagner. Le premier est un artiste électronique mexicain aux expérimentations ambient empreintes de classique moderne tandis que la seconde est une pianiste orfèvre reconnue pour ses interprétations de Debussy.

Le tandem, qui a déjà joué Satie en live, a choisi, pour la sortie de son premier EP sur le susnommé label, de ne pas mêler les approches et de délivrer, tour à tour, une appréciation personnelle de cette Gnossienne. Et ce bel exemple d’interprétation double, qui met aussi à l’honneur une œuvre du multi instrumentaliste David Moore, montre la variabilité du schéma d’un morceau quand il est exprimé par une technique acoustique ou synthétique, soumis à une lecture fine ou bien expérimentale, joué en direct ou sur support. Pour ce dernier point, on renverra les intéressé(e)s aux prestations live du duo, qui officiera notamment le 20 juin prochain en l’église Saint-Eustache de Paris dans le cadre du Festival 36h.

Audio

Murcof / Wagner - EP.01

Tracklist

Murcof + Wagner - EP.01 (29 avril 2016, InFiné)
1. David Moore – What Arms Are These For You! (Wagner version)
2. David Moore – What Arms Are These For You! (Murcof version)
3. Erik Satie – Gnossienne 3 (Wagner version)
4. Erik Satie – Gnossienne 3 (Murcof version)


Geneva Jacuzzi - Technophelia

Lors d'une récente interview (lire), Troy Wadsworth de Medical Records frétillait d'impatience à l'idée de sortir le cinquième album de Geneva Jacuzzi, brisant par là même cinq années de silence discographique, enregistré par le producteur Chris Coady - qui à son tableau de chasse bien fourni aussi bien des groupes comme Massive Attack, Foals, Blonde Redhead ou Cold Cave - et "historique" pour le label. Dire si la parution de Technophelia en février dernier était scrutée avec attention. Et c'est peu de dire que Geneva Garvin de son vrai nom, adepte de toutes les exubérances, provocations et de performances à l'expressionnisme rappelant Klaus Nomi, n'a pas failli à la tâche dégoisant un album d'une densité impressionnante, drivé sur le fil par une bardée de synthétiseurs et boîtes à rythme, et décochant aussi bien de perfides joyaux, tel le morceau-titre Technophelia ou le kraftwerkien I'm A TV, que d'équivoques babillages new-wave biens salaces comme on les aime, Cannibal Babies et Macho Island en tête. On aura donc tôt fait de s'en convaincre : il est plus que recommandé de se radiner le 25 mai prochain au Supersonic (Event FB) puisque l'angeline y jouera gratuitement, bien accompagnée de Froe Char - échappée d'Illustration Sonore (lire) - et bientôt auteure d'un premier long format sur... Medical Records.

Audio

Concours

On fait gagner 10 places coupe-file. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert.

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Tracklisting

Geneva Jacuzzi - Technophelia (Medical Records, 5 février 2016)

01. Technophelia (Intro)
02. Technophelia
03. Casket
04. God Maker
05. One Colored Rooms
06. Ark Of The Zombies
07. Biogasms In Babyland
08. Cannibal Babies
09. Squid Hunter
10. I'm A TV
11. Aerosol Can
12. Macho Island
13. Swanface

FLYER


The Horrorist - Here Comes The Whip EP

Sous le képi de The Horrorist, le producteur New-Yorkais Oliver Chesler n'avait plus rien sorti depuis 2013 et son album Fire Funmania via son propre label Things To Come Records. Capable de saillies techno-indus et EBM, voir hard-core ou gabber via ses autres patronymes DJ Cybersnuff, DJ Skinhead ou Narcanosis, celui qui entamera une vingtième année de ferraillage discographique - avec un premier maxi en 1996, One Night In N.Y.C. - vient de livrer un nouvel EP via le toujours pertinent label Teenage Menopause regroupant un nouvel edit à la martialité contondante, Here Comes The Whip, où Chesler grommelle et vitupère à s'en tordre les boyaux, et une face b dark-folk plus ancienne, The Darkness That Was Meant To Be, déjà présente sur Fire Funmania et rappelant sans fard les volutes troubles de certaines balades propres à Death in June. L'occasion de se radiner à Petit Bain ce soir puisqu'il sera sur scène, bien entouré de Peine Perdue et Xeno & Oaklander (Event FB). On fait gagner quelques places ci-après.

Audio

Concours

On fait gagner deux places pour le concert de ce soir à Petit Bain de The Horrorist, Peine Perdue et Xeno & Oaklander. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus à 19h.

[contact-form-7 id="21274" title="Concours post"]

Tracklisting

The Horrorist - Here Comes The Whip EP (Teenage Menopause Rds, 16 mai 2016)

1. Here Comes The Whip
2. The Darkness That Was Meant To Be


Le Villejuif Underground - Since Everything Changes (PREMIERE)

La plupart du temps, on peut faire de la vie une suite de décisions simples. Manichéennes même, binaires. Oui ou non, blanc ou noir, 1 ou 0. « Est-ce que j’ai faim? », « est-ce que je décroche si ma mère appelle? », « est-ce que je devrais monter un groupe qui sonne comme le Velvet? » Parce que voilà, dans l’absolu on peut faire ce qu’on veut, du moment qu’on l’assume. Et on peut aller jusqu’à appeler son groupe Le Villejuif Underground et choper le phrasé de Lou Reed sans sombrer dans le pastiche ridicule.

Et quand on est comme Nathan Roche un expatrié australien installé on ne sait pourquoi à Villejuif et qu’on s’ennuie de la demi-douzaine de formations et des trois projets solos qu’on a déjà derrière soi, on finit forcément par faire un truc garage solide qui s’écoute avec le sourire, une bonne bière et un brin de nostalgie. On dirait d’ailleurs que c’est à ça qu’aspire Le Villejuif Underground: sous couvert d’éviter la prise au sérieux, déballer de son étui plastique poussiéreux une indie espiègle, blasée et urbaine marquée par l’attitude, les marrades en bande et les cols pelle à tarte. Confirmation clope au bec et pouces dans les passants des jeans avec Since Everything Changes en exclu ci-dessous.

Audio

Tracklist

Le Villejuif Underground - s/t (13 juin 2016, SDZ)
01. Visions for Shannon
02. The Daintree is Gone
03. C.C.C
04. Since everything changes
05. Cold Dark Place In Your Art
06. Portrait of A Serial Killer
07. On the Seine
08. Chefchouen Blues
09. Sake of the Sake
10. Absinthe Minded Woman


Sahara - EP (FULL STREAM PREMIERE)

À dire vrai, ce disque nous tombe dessus sans crier gare. Il ne va pas révolutionner la musique, il ne vas pas marquer une rupture fondamentale dans notre conception de la pop, il ne balaiera pas d'un revers de manche l'immense cohorte de groupes proposant peu ou prou la même équation mélodique, à savoir une collision assumée entre les bravades mélancoliques de The Durutti Column et la distanciation crachoteuse des rengaines chère au post-punk joy-divisionesque, mais il s'instigue dès la première écoute comme la bande-son la plus idéale qui soit pour un été qu'on espère immédiat. Dépassant la froideur caverneuse de leurs précédentes formations - Little Girls qu'on aimait beaucoup (lire), Mausoleum ou Dopes - le trio, composé du chanteur-guitariste Andrew Wilson, du guitariste Joseph Elaschuk et du bassiste Kayla Devito, inscrit en lettres capitales Sahara, avec une fraîcheur obsédante, en plein cœur d'un océan de dunes où troubles de la vision se conjuguent avec paysages surréalistes. Contemplant de ces cimes sableuses un infini cramé de soleil, le groupe délaye autant d'évidences oniriques que de morceaux présents au tracklisting d'un EP à paraître ce 28 avril via le label de Josh Voynovich - Artificial Sounds responsable des précédents Tiers (lire) et Dream Affair (lire) - , culminant avec Mirage et No Water, mise en images par le groupe, au zénith de ce que l'on nommera pour l'occasion une desert-pop aux refrains plus qu'entêtants.

Audio (PREMIERE)

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Sahara - EP (Artificial Sounds, 28 avril 2016)

01. Mirage
02. Jeep
03. No Water
04. Strange Bouquet
05. Sirens


thisquietarmy - The New Testament (FULL STREAM PREMIERE)

Il y a quelque chose du cultisme espagnol dans le discours musical de thisquietarmy, une rhétorique stylisée qui enrichit de son opulence érudite des fondements ambient et drone autrement atones et inorganiques, où la matière resterait simplement brute et puissante, taillée au silex pour durer, tenir la corde, tenir l’accord. Eric Quach est au contraire un artisan de la mirette : il sort de terre la glaise la plus sombre et collante pour la dégrossir, la sculpter, l’équarrir jusqu’à ciseler sur quelques minutes une œuvre affinée qui garde la substance et la densité du matériau de départ.

Si dans ce baroque abyssal et sans dorure le symbolisme est tenace jusque dans les titres liturgiques, il ne se laisse deviner que dans les contreformes, dans les espaces vides laissés par le façonnage du Canadien mais comblés par le fantôme d’une carrière décennale, dans la brièveté de compositions qu’on s’attendrait à voir durer dix minutes et plus mais où le choix de la concision — on pourrait dire de l’élision — est le fruit d’un besogneur de matière pour qui la création passe par la sublimation, le changement d’état. L’œuvre se lit comme le résultat d’un travail lapidaire et presque transcendantal tant est étroit le rapport au rite — encore un héritage du baroque — et qu’affleure le sentiment d’une quête personnelle vers l’épiphanie musicale.

Audio

Tracklist

thisquietarmy - The New Testament (discolexique, 5 mai 2016)

01. Dogma
02. Covenant
03. Sacrifice
04. Rapture

Tournée

TQA EU SPRING 2016 - 041416


Lettre de Chine : Wu Zhuoling

La malédiction des scènes musicales locales en Chine est que pour transformer l’essai après un premier album autoproduit ou une tournée remarquée à travers le pays, les jeunes musiciens sont souvent contraints, comme dans un roman d’éducation, de monter à la capitale, où se concentrent les principaux labels et les plus grandes salles de concert. Cette fuite centripète des talents a tendance à vider les villes de provinces des forces vives d’une urbanité qui peine déjà trop souvent à faire émerger une vie culturelle authentique.

Dans cette tension permanente entre le centre et la périphérie, il y a fort heureusement des personnalités qui contribuent à faire vivre la musique au niveau local ; certaines mêmes choisissent délibérément de faire le chemin en sens inverse. Wu Zhuoling, après quatre années à la fac d’anglais où elle s’initie à la guitare, part à Pékin au début des années 2000 où elle crée Wednesday’s Trip (星期三的旅行), groupe d’inspiration trip-hop, même si Zhuoling récuse cette étiquette qui masque des influences beaucoup plus diverses. Le groupe signe sur Modern Sky, le principal label rock chinois, pour un premier album Secret Mission, considéré comme le premier album de dream-pop chinois.

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De retour à Chengdu, sa ville natale, après une période de deux ans passés à Lhassa, Zhuoling reforme en 2011 Wednesday’s Trip, avec de nouveaux musiciens et un pli résolument électronique. Deux produits très aboutis consacrent cette mue : l'EP Five elements en 2012, conjuguant moments méditatifs et passages dancefloor, et l’excellent Machine Town en 2015. Wu Zhuoling poursuit également des projets personnels, en solo ou en collaboration, comme avec le Néerlandais Youecho avec qui elle signe My dearest sea. Seule sur scène, avec guitare et pistes de mixage, elle renoue avec ses influences folk ou s’ingénie à plonger son public dans cette ambiance planante, portée par cette voix murmurée enchanteresse qui nous fait passer de l’autre côté du miroir.

Wu Zhuoling n’est pas seulement une artiste très féconde. Dans cette petite communauté de musiciens basés à Chengdu, elle sait jouer collectif et travaille auprès des jeunes groupes, notamment du côté de la production. Elle a notamment produit le premier album du groupe féminin The Hormones et s’occupe actuellement du mixage sur l’album du rappeur sichuanais Kafree. Le principal projet musical dans lequel Wu Zhuoling est impliquée en ce moment est la création de la musique pour une pièce de théâtre devant être mise en scène à la fin de l’année, ayant pour thème la culture des minorités ethniques du Sud-Ouest de la Chine, projet pour lequel elle doit se rendre dans les zones montagneuses du Sud-Ouest de la Chine pour en enregistrer les traditions musicales.

De Chengdu, Antoine.

English version

Often stifled by the ‘cultural pull’ of the country’s capital, local artists in China are frequently forced to leave their regions for the largest, most developed cities. Pursuing the easy access to major labels and events of these metropolises, many of these local artists lose much of the influence of their original locales, undermining the authentic cultural influence of China’s smaller regions.

Despite this ‘artistic conflict’ between the centre and periphery, certain personalities seek to break the mold, creating live, authentic music at a local level – even in the centralised urban centres. Previously an English language student, Chengdu musician Wu Zhuoling went to Beijing after learning the guitar, founding the trip-hop inspired band ‘Wednesday’s Trip’ in the early 2000s. Following the groups success, they signed a deal with ‘Modern Sky’ – a significant Chinese label, releasing their rist album, ‘Secret Mission’, considered to be China’s first dream-pop album.

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Zhuoling has since reformed ‘Wednesday’s Trip’ following a period of two years in Lhasa. With new musicians and a new electronic bent, the band now focuses on combining meditative passages and sounds, manifesting in the release of ‘Five Elements (EP) in 2012 and ‘Machine Town’ in 2015. Despite this, she continues pursuing her personal projects, including solos and collaboration, one collaborator being Dutch designer and composer Youecho, signing ‘My Dearest Sea’ (http://youecho.nl/my-dearest-sea/). Alone on stage with her guitar - mixing tracks, Zhuoling returns to her folk influences, immersing her audience in a transcendental atmosphere – her whispered voice transporting her fans to another realm.

A prolific artist in her own right, Zhuoling now cooperates with local Chengdu musicians and artists, including production and collaboration. A now popular Chengdu feminine band, ‘The Hormones’ has the bulk of their first album produced by her, while she is now mixing the album of a young local rapper, Kafree. The main musical project Zhuoling is involved lately concerns the creation of music for a theatre play about nationalities of southwest China, a projet for which Zhuoling will soon reach those mountainous areas to collect samples local musical tradition.

Chengdu, Antoine.

Audio


V.A. - Some Like It Rough (PREMIERE)

S’inscrivant dans la lignée des Digital Mutant Series du label Parisien Tripalium, dont on a longuement causé il y a peu (lire), la compilation Some Like It Rough enregistre, dans la droite lignée de la précédente Some Like It Raw sorti il y a quasiment un an jour pour jour, un peu moins d'une quinzaine de signatures hexagonales de choix au registre d'une techno industrielle à l’éventail large, oscillant dans la profusion des tonalités entre ambient spectrale et violente saillie noise. Entre quelques têtes connues - entre Coldgeist ouvrant avec dextérité les débats (lire), UVB 76 prolongeant ce que l'on sait d'eux (lire), Ambre égal avec bonheur à lui-même (lire), Verset Zero toujours aussi implacable quand il s'agit de matérialiser la damnation par le bruit (lire), Somaticae habitué des joutes infernales sur In Paradisium (lire) ou Jaquarius, compagnon de route de Tripalium - et surtout beaucoup de nouveaux projets, difficile de ne retenir que quelques pistes dans cet ensemble composite, illustrant à merveille la variété du propos et le perpétuel renouvellement d'un genre loin d'être monolithique. Si l'on devait n'en retenir qu'un ce serait le cryptique Polymères Mysticète, à écouter ci-après, enfanté dans les tréfonds des laboratoires de recherche Demented (lire) - Stego n'étant autre que l’alliance d'Heartbeat, co-fondateur du label s'apprêtant à sortir l'incroyable anthologie Pink Flamingos de l'ami In Aeternam Vale, et Pierre Triscos du collectif DSCRD. La sortie est annoncée le 28 avril prochain soit le même jour de la release party - ça tombe bien ! - qui aura lieu à Paris au Stendhal avec HeartBeat, UVB 76, Coldgeist et Ambre (Event FB).

Audio (PREMIERE)

Concours

La release party de la compilation aura lieu le 28 avril au Stendhal de 20h à 01h avec HeartBeat, UVB 76, Coldgeist et Ambre (Event FB). On fait gagner deux places. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille de la soirée.

[contact-form-7 id="21274" title="Concours post"]

Tracklisting

V.A. - Some Like It Rough (Tripalium, 28 avril 2016)

01. Coldgeist - Elusive Attraction 05:13
02. Isidore - Gamburtsev
03. Stego - Polymères Mysticète
04. Gakona - Vinaigrette
05. K21 - Brainhole
06. UVB 76 - Cargo
07. Ambre - Naïa
08. Di Cristo - Dangerous
09. Verset Zero - Fascinationis
10. Fulgent - Normative Movement
11. Jaquarius - Malphas
12. Yan Kaylen - A.E. IO
13. Morphoex - Usines
14. Somaticae - BST ER1


Raymond D. Barre - Grosse Moto (PREMIERE)

Comme promis, le label de Charles Veilletet, Nocta Numerica records, accélère en 2016. Après dynArec et Cold Colors l'année passée, et le maxi de Voiron en février dernier (lire), le label parisien écoulera dès le 2 mai prochain l'excellente livraison acid, certifiée 100% analogique et ultra-mélodique distillée par un jeune producteur francilien officiant sous le patronyme de Raymond D. Barre. Loin des bâillements politiques et des manuels d'économie chers à notre ancien ministre rigoriste de l'économie, et empaqueté sur un EP quatre titres baptisé Shodar, soit la première référence discographique pour celui qui usait auparavant de l'alias Fourmi, la came couchée sur microsillons, par sa fluidité et sa tonalité ghetto rappelant les meilleurs Area Forty_One - et plus globalement pas mal de productions sur Delsin - , pénètre instantanément la boîte crânienne pour ne plus la quitter. Preuve par l'exemple avec Grosse Moto, à découvrir ci-après en exclusivité, en attendant une première compilation qu'annonce Nocta Numerica pour juin avec au tracklisting Glass Figure, Master Flashhh, Too Smooth Christ, Voiron, Eliott Litrowski et Le Matin (!).

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Raymond D. Barre - Shodar EP (Nocta Numerica, 02 mai 2016)

A1. Shodar
A2. Grosse Moto
B1. Ant Swarm
B2. Jubilator

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