The Black Belles - The Black Belles

Jack White a trouvé ses Spice Girls. Après Meg White, Karen Elson et Alison Mosshart, le démiurge de Nashville avait envie de jouer avec de nouvelles marionnettes. Il les a dégotées sous la forme de ces quatre jolies sorcières littéralement ramassées dans les rues de sa ville. Et si, à l'écoute de l'album, on se doute bien que ces adorables créatures n'en ont pas composé une seule note tant absolument tout semble être sorti de l'esprit de leur Dr Frankenstein - le son, la construction, la production, l'esthétique, et jusqu'au phrasé -, cette collection de 11 morceaux garage tendance Elvira n'en reste pas moins aussi agréable à déguster qu'une soupe de potiron.

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Tracklist

The Black Belles - The Black Belles (Third Man Records, 2011)

1. Leave You With A Letter
2. In A Cage
3. Wishing Well
4. Honky Tonk Horror
5. The Wrong Door
6. Breathing Down My Neck
7. The Tease
8. Howl At The Moon
9. Pushing Up Daisies
10. Not Tonight
11. Hey Velda


Jon Wayne - Texas Funeral

coverMettez quatre musiciens de studio qui s'ennuient comme des rats morts dans une bouteille de schnapps. Secouez. Branchez. Enregistrez.
Ce doit être à peu près l'histoire de Jon Wayne, groupe mythique de punk à vache originaire de la Cité des Anges dont Third Man Records a réédité il y a quelques mois Texas Funeral, le non moins légendaire premier album de 1985 épuisé depuis moult. Je ne pourrai pas vous dire grand chose de son histoire, la page Wikipédia de la formation se résumant à deux lignes laconiques. Et puis je ne suis pas une encyclopédie et je n'étais même pas née à l'époque. Allez courir l'Internet mondial ou les bibliothèques si le cœur vous en dit ; personnellement, je me fous de savoir qui sont vraiment Jon Wayne, Jimbo, Earnest Beauvine, Billy Bob et Timmy Turlock. Je préfère les imaginer en train d'enregistrer Apple Schnapps, titubant sous le coup de l'alcool.

- Est-ce qu'il y a un ou deux micros, Jimbo ?
- On n'a plus rien à boire, bordel, qu'est-ce qu'on en a à foutre de ton micro !
- C'est pas l'ingénieur du son qui vient de se barrer en courant là ?
- Merde.

Oui, Texas Funeral est bien un album de branleurs de saloon enregistré par des piliers de bar lassés de jouer pour les autres de la musique qu'ils n'aiment même pas. C'est un disque entier, désinvolte, à peine mélodique, presque jamais chanté. Une récréation poussiéreuse. Du foutage de gueule. Un truc génial. Une bouse de vache. Une pépite d'or.

Jon Wayne est plus sobre que Scout Niblett et John Lee Hooker réunis. Quoique je ne suis pas certaine que "sobre" soit le terme le plus adapté à ces dégénérés. Pourtant, malgré les relents de whisky bon marché, leurs quinze titres sont dépouillés de tout artifice, de toute odeur désagréable, de tout effluve nauséabond. C'est qu'ils tiennent bien l'alcool, les bougres. Assez pour délivrer un cowpunk découpé au lasso dans ce que la country a fait de meilleur, en tout cas. Jon Wayne chante comme un Johnny Cash grivois, et le résultat ressemble à une version paillarde du Man in Black.

Texas Studio, le dernier titre, conclut avec classe - si l'on peut dire, ehem - cette élucubration caverneuse : complètement imbibé - et je ne doute pas du fait qu'il l'était réellement à ce moment-là -, Jon Wayne tente une conversation hallucinée avec ses camarades alors qu'il n'arrive même plus à articuler. Grâce aux effets spéciaux dernière génération, l'auditeur est plongé au fond son esprit comateux, à deux doigts du sommeil, ou de la mort.

Mais certaines auditrices ne voient pas encore assez flou pour ignorer cette sublime réédition limitée en vinyle rose et noir, vendue uniquement au Third Man Pop-Up Store à Austin entre le 17 et le 20 mars 2010 et que toutes les vraies groupies se devraient de traquer sur ebay. Mais moi d'abord.

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Jon Wayne - Texas Funeral

Tracklist

Jon Wayne - Texas Funeral (Hybrid Records, 1985 / Third Man Records, 2010)

1. But I've Got Texas
2. Texas Funeral
3. Mr. Egyptian
4. Texas Cyclone
5. Texas Jailcell
6. Workin' Man's Blues
7. Shades
8. Texas Wine
9. Is That Justice?
10. Texas Polka
11. You And The Kitten
12. Apple Schnapps
13. Truckin'
14. One Hundred And Fifty-One Owl Caricatures
15. Texas Studio


The Dead Weather - Sea Of Cowards

pochette-sea-of-cowardsIl y a un an à peine, la nouvelle bande réunie autour du prolifique Jack White donnait son premier concert dans les locaux de Third Man Records, à Nashville. C'était en mars 2009. Les réactions ont d'abord été prudentes : side-project de trop, The Dead Weather incarnait l'énième menace qui retardait une fois de plus le retour des White Stripes. Mais il a suffit d'un seul concert à la Cigale trois mois plus tard pour que les médisants - du moins les médisants parisiens - revoient leur avis. Sur scène, c'était une évidence : Alison Mosshart et Jack White avaient été créés pour jouer ensemble. Cette ressemblance physique, ces voix qui s'entremêlaient jusqu'à l'unisson... Quelque chose de divin. Il y avait entre eux une alchimie tellement parfaite qu'elle nous dépassait, nous, pauvres humains, ridicules microbes désespérément pendus aux lèvres de la chanteuse des Kills. Mais ce couple de l'enfer aurait fini par s'étouffer ou s'entretuer s'il ne s'était adjoint les services de deux loyaux comparses qui traînent avec Jack depuis ses débuts à Détroit. Jack Lawrence et Dean Fertita apportaient juste ce qu'il fallait d'oxygène, d'équilibre et de solidité sans lesquels ce tandem infernal aurait sombré dans l'antichambre du génie, là où les talents s'étouffent et s'annulent. Le premier, post-ado imberbe à lunettes et joueur de banjo émérite d'un naturel plutôt discret, s'est trouvé transcendé par ce nouveau projet qui a poussé son sombre jeu de basse dans ses retranchements les plus puissants. L'autre, enfin, le seul vilain petit canard à n'avoir pas les cheveux noirs, est venu napper l'ensemble de la substance mélodique qui lui manquait. Quelque chose de divin, définitivement, une rencontre comme seul le hasard sait les arranger. Un groupe suprême, dont le mystère était encore épaissi par un artwork dépouillé, presque gothique. The Dead Weather était né pour incarner l'élégance rock, l'ultime classe.

"One day I'm happy and healthy, next I ain't doing so well."

Quelques mois, trois concerts et des centaines d'écoutes plus tard, The Dead Weather trouvait toujours grâce à mes yeux. Enfin presque... Avec le temps et le recul, je me suis presque lassée de leur premier album, Horehound. Difficile à expliquer quand, pourtant, ceux qui l'avaient conçu remplissaient absolument toutes les conditions qui me font dire d'un groupe qu'il est parfait. Rien à faire, je n'arrivais pas à imaginer The Dead Weather comme une entité qui tiendrait le coup des années, ni comme davantage qu'un projet éphémère porté par un artiste qui a peur de s'ennuyer. J'ai eu tort, car depuis l'annonce de leur association, les quatre fantastiques n'ont cessé de tourner aux quatre coins du monde. Et il est de notoriété commune que le fait de partager un tour bus constitue l'épreuve ultime d'admissibilité au sein de la sainte dynastie des groupes de rock, des vrais, de ceux qui sont capables de braver ensemble les odeurs de chaussettes sales, les pizzas froides et les aires d'autoroute. Et même si je ressentais moins le besoin d'écouter Horehound, je devais bien me résoudre à l'idée que Jack s'était rarement autant surpassé que sur Cut Like A Buffalo, qu'aucun couple ne serait jamais aussi sulfureusement sexy que celui de Treat Me Like Your Mother, qu'Alison avait rarement été aussi désirable que sur 60 Feet Tall, et que les White Stripes étaient probablement bel et bien morts.

"Yeah, all the neighbors get pissed when I come home, I make 'em nervous."

De toute façon, l'hystérie ne m'a jamais quittée. Jack White a l'art et la manière d'entretenir la névrose de ses fans. Depuis mars 2009, il ne s'est pas passé une semaine sans que Third Man Records ne distille une information exclusive, une vidéo, une image, l'annonce d'un événement ou la sortie d'une édition limitée. Il n'a pas cessé un seul instant de souffler sur les braises de ma passion. Jusqu'à ce mois de mars 2010 où un nouveau single a été mis en ligne. Les trépignements d'impatience ont rapidement laissé place à la déception : Die By The Drop ressemblait un peu trop à un laissé-pour-compte de Horehound qu'on nous aurait refilé pour nous faire patienter. J'ai eu peur que le deuxième album, annoncé pour le 10 mai, ressemble une nouvelle fois à un heureux jam réalisé par quatre virtuoses réunis par l'opération du Saint-Esprit. Si les Dead Weather voulaient exister comme un vrai groupe, il fallait qu'ils fassent leurs preuves maintenant. J'ai laissé le temps faire son oeuvre, me doutant bien que les membres du Vault - le club secret des fans de Third Man Records - auraient droit à un deuxième avant-goût. Au mois d'avril, nous avons en effet eu le privilège d'écouter Gasoline, un morceau au titre évocateur qui ravivait les souvenirs poussiéreux et l'odeur de souffre du clip de Treat Me Like Your Mother. Deux minutes et quarante-quatre secondes de blues-rock violent et crasseux. La bête s'était enfin réveillée.

"I don't want a sweetheart, I want some machine."

Vint enfin le 1er mai, où j'allais pouvoir rendre mon verdict : Third Man Records annonçait que le nouvel album serait disponible en streaming pendant vingt-quatre heures. Ce soir-là, calée devant mon écran, j'ai regardé le vinyle tourner pendant plusieurs heures (oui, Jack White n'est pas homme à se contenter d'un simple mp3 ou d'une diffusion sur YouTube). Et j'ai regretté d'avoir douté. Je me suis pris en pleine face les onze déflagrations de Sea Of Cowards, manifeste blues-garage expérimental éminemment plus mélodique que Horehound. L'opus, incroyablement lourd et orageux, traîne derrière lui des histoires tragiques qu'on ne dit qu'à demi-mot, des amours dramatiques qu'on préfère asperger d'essence, des prières inavouables. Infiniment plus fouillé et mieux produit que le précédent, l'album, dont les transitions sont maîtrisées à merveille, sonne si vintage qu'il en est vraiment moderne. Les Dead Weather vivent dans un monde où tout est excessif, un espace au sein duquel Alison, Jack, L.J. et Dean se lâchent comme si personne ne les regardait. Ce groupe semble être un catalyseur qui révèle les plus grandes qualités de chacun, grâce auquel ses membres repoussent leurs limites musicales et humaines.
Jack White, qui chante moins souvent que sur Horehound, semble avoir trouvé sa juste place : son aura n'écrase plus ses acolytes mais les transcende. Il est désormais The Invisible Man, la partition, l'homme de l'ombre, mais plus le leader. Difficile en effet de garder le devant de la scène face à une Alison plus déchaînée que jamais, qui enchaîne The Difference Between Us - qui a un curieux air de Smells Like Teen Spirit - et I'm Mad, sommets de l'album, avec une furie qui glace le sang. On peine à reconnaître la chanteuse des Kills derrière cette bête à l'apogée de son art. Le fauve qui tournait en rond dans sa cage est désormais retourné à l'état sauvage. Borderline du début à la fin, elle nous assène sans interruption ses feulements agressifs. Elle en fait sûrement trop, imite souvent le chevrotement de la voix de Jack White, mais ne sonne jamais faux. Celle qui, cachée derrière sa tignasse, ouvre à peine la bouche dans la vraie vie, transpire ici le stupre et la luxure. Difficile de s'attacher à décrire chacun des titres en détail quand on s'est pris une telle claque. On remarque néanmoins l'harmonie des instruments, la richesse de leurs stratifications, bien plus réussies que sur le premier album, et surtout ce clavier qui baigne l'oeuvre d'une musicalité inédite dans ce groupe et qui permet aux morceaux de s'enchaîner parfaitement jusqu'au dernier et tragique titre, Old Mary, une sorte de requiem dédié à une Marie-Madeleine encore plus pécheresse que dans la version originale.

"Carry this burden now until the moment of your last breath."

Beaucoup plus expérimental et complexe que bien des projets de Jack White, Sea Of Cowards a le mérite de prouver que The Dead Weather n'est pas une lubie sans lendemain. Au contraire, cet album apparaît comme l'une des productions les plus abouties de la tête pensante de Third Man Records, qui n'en est pourtant pas à son coup d'essai. Et s'il a toujours l'air aussi sûr de lui, on ne peut pas nier que Jack s'est mis en danger en se mettant en retrait au sein du groupe et en laissant une Alison fiévreuse et hors de contrôle mener la barque vers des récifs dangereux. Mais la belle sait tourner la barre au dernier moment et maîtriser son excès. Jamais un faux pas quand elle nous emmène, douée d'intentions perverses, au bord de l'abîme, et qu'elle s'amuse à nous y faire presque sombrer. She's mad, et son ricanement diabolique me hantera encore longtemps.

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The Dead Weather - I'm Mad

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Tracklist

The Dead Weather - Sea Of Cowards (Third Man Records, 2010)

1. Blue Blood Blues
2. Hustle And Cuss
3. The Difference Between Us
4. I'm Mad
5. Die By The Drop
6. I Can't Hear You
7. Gasoline
8. No Horse
9. Looking At The Invisible Man
10. Jawbreaker
11. Old Mary