Unknown Mortal Orchestra – II

Printemps 2010, une chanson apparaît sur une page bandcamp sans aucune information concernant son auteur, excitant alors la curiosité des internautes. Qui se cache donc derrière le fantastique titre Funny Friends ? Finalement débusqué, Ruban Nielson, un Néo-Zélandais exilé à Portland, dévoila le nom de son projet : Unknown Mortal Orchestra. Depuis cette mystérieusement apparition, le groupe cultive ce sens de l’énigmatique et des labyrinthes hallucinogènes. Un premier album éponyme a défini ce son groovy délicieusement saturé à la croisière entre vintage et rétrofuturisme où s’entrechoquent rock psychédélique et soul voluptueuse. Une merveilleuse formule que l’on retrouve presque inchangée sur II, deuxième album du trio.

Les premières notes trahissent pourtant l’écoute du Magical Mystery Tour et surtout l’abandon du son crade et lo-fi des productions précédentes. Les compositions sont ralenties, adoucies et surtout emplies de mélancoliques. Elles nous racontent le voyage de Ruban Nielson à travers les méandres de son esprit. Une expédition unique au milieu des rêves qui ne l’ont pas laissé indemne. De From the Sun (“Isolation can put a gun in your hand”) à So Good at Being in Trouble (“Now that you’re gone, it’s been a lonely, lonely time”), en passant par la sublime Swim and Sleep (“I wish I could swim and sleep like a shark does. I'd fall to the bottom, and I'll hide 'till the end of time"), les thématiques de la solitude et du désespoir sont omniprésentes dans les paroles du Néo-Zélandais.

Mais à trop naviguer sans boussole au milieu de cet océan d’expérimentation, Ruban Nielson se perd parfois dans ses dédales psychédéliques. Ainsi, malgré une certaine sensualité, Monki s’embourbe rapidement dans des boucles sans rythme et sans saveur là où So Good at Being in Trouble et ses riffs magiques excellent justement avec un procédé similaire.

Malgré ces quelques égarements, on accompagne avec plaisir Unknown Mortal Orchestra dans ce voyage initiatique au groove hypnotique, porté par trois premiers morceaux exceptionnels.

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Tracklist

Unknown Mortal Orchestra - II (Jagjaguwar, février 2013)

1. From the Sun
2. Swim and Sleep (Like a Shark)
3. So Good at Being in Trouble
4. One at a Time
5. The Opposite of Afternoon
6. No Feed for a Leader
7. Monki
8. Dawn
9. Faded in the Morning
10. Secret Xtians


Moonface - Organ Music Not Vibraphone Like I’d Hope

En voilà un titre qui a le mérite d’interloquer, un peu dans le genre : « Bon, j’avais envie que ça sonne comme de la merde mais finalement c’est pas si mal… ». Pari osé du tâcheron Spencer Krug qui a la manie de sauter d’un projet à l’autre (Wolf Parade, Sunset Rubdown, Swan Lake…) sans réellement se soucier du résultat final. Se référer aux très décevants Expo 86, Dragonslayer ou encore Paul’s Tomb: A triomph pour en avoir la confirmation. Pourtant, en délaissant sa guitare pour un bon vieux clavier Bontempi, le musicien semble retrouver l’inspiration qui manquait aux derniers opus de ses diverses formations. D’ailleurs, c’est cloisonné chez lui que notre homme pond son premier essai solo. Une galette qui joue à fond la carte pop, loin des prétentions expé habituelles de Krug, préférant se nourrir d’un habillage parfois kitchissime qu’il met au profit de caracoles aussi lunaires que viscérales. Return To The Violence Of The Ocean Floor pose d’ailleurs tout de suite l’ambiance. Assis sur une rythmique synthétique aussi vintage que subtilement obsédante, Spencer pose sa voix de crooner lycanthrope, rivalisant sans peine avec un Bryan Ferry qui hululerait sur fond de music-box ensorcelée. Tout au long de cet album aussi compact que merveilleusement digeste, le tempo s’accélère, collant des frissons dans la nuque de l’auditeur à l’écoute du virevoltant Shit-Hawk In The Snow. Collision d’un amas de boucles furieuses et illuminées sur lesquelles Moonface déverse toute sa folie. Ce petit bijou home-made de Spencer Krug pourrait bien devenir la pierre angulaire de sa discographie tant le multi-instrumentiste y brille d’une sincérité retrouvée et s’affranchit avec ingéniosité des carcans d’un indie-rock fainéant pour embrasser les méandres d’une pop lo-fi aussi poisseuse qu’hypnotique.

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http://www.youtube.com/watch?v=VQbpsO5ceIs

Tracklist

Moonface – Organ Music Not Vibraphone Like I’d hope (Jagjaguwar, 2011)

1. A Return To The Violence Of The Ocean Floor
2. Whale Song (Song Instead Of A Kiss)
3. Fast Peter
4. Shit Hawk In The Snow
5. Loose Heart = Loose Plan


Black Mountain - Wilderness Heart

pochette-black-mountainSi en ce moment le monde entier n'a qu'Arcade Fire à la bouche, il est d'autres Canadiens dont on attendait des nouvelles. Studieuse, la bande de Stephen McBean revient nous hanter à point pour la rentrée avec son troisième album, Wilderness Heart. Alors que la fin du mois d'août se profile désespérément à l'horizon et que le moindre regard par la fenêtre est déjà aussi déprimant que la perspective d'une fête de la Toussaint à Vesoul, le moment est bien choisi pour étrenner ses cahiers encore vides, d'ouvrir une trousse qui fleure bon le plastique et d'affûter sa plume pour se pencher sur la copie de Black Mountain. Le groupe a-t-il, comme il l'avait promis avec son deuxième opus, réussi à déceler In The Future la musique de la nouvelle décennie qui s'annonce ?
Les deux premiers essais avaient été si prometteurs qu'on était loin de se douter que le groupe prendrait le redouté virage FM, même si le titre de The Hair Song aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Avec Wilderness Heart, Black Mountain dit adieu aux envolées psychédéliques de No Hits et au brillantes parties de sax' et bouche les trous béants laissés par ses coups de génies passés à grands coups de pièce montée et de crème chantilly. L'album est en effet parsemé de fautes de goûts, de l'intro de Old Fangs, qui sonne comme un Eye Of The Tiger sournois, au solo de Let Spirits Ride, digne du pire du hair metal des années quatre-vingt. Enseveli sous toute cette choucroute, on en vient même à être choqué par l'alliance grossière des voix masculine et féminine qui a perdu toute la subtilité d'antan. Stephen McBean et Amber Webber semblent avoir passé un accord pour ne pas trop se fatiguer à réfléchir pendant l'enregistrement : "Je chante ma phrase, tu chantes la tienne, on chante le refrain ensemble, et basta." Le résultat est tout sauf élégant, car ces deux-là n'ont pas la chance, comme d'autres de leurs collègues attendus à la rentrée, d'avoir des voix assez différentes l'une de l'autre pour prétendre à détrôner Nancy Sinatra et Lee Hazlewood. Leurs organes sont trop quelconques pour se contenter d'arrangements si simplistes, et pas assez semblables pour se fondre l'un dans l'autre. Ils sauvent néanmoins la mise sur Old Fangs qui, malgré son clavier horriblement épique, reste, avec sa mélodie intelligente, l'un des seuls morceaux de l'album méritant qu'on lui lance une bouée, tout comme Rollercoaster, dernier reliquat de bon goût flottant au milieu des épaves chevelues à paillettes.
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Finalement, la grande question reste de savoir si Wilderness Heart n'est qu'une simple erreur de parcours ou une tentative pour Black Mountain de sortir du placard et d'annoncer au grand jour son amour immodéré pour les guitares kitsch. Pour le savoir, rendez-vous le 4 octobre à la Maroquinerie : si Stephen porte une combinaison violette à manches chauve-souris, nous en aurons le coeur net.

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Black Mountain - Rollercoaster

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Tracklist

Black Mountain - Wilderness Heart (Jagjaguwar, 2010)

1. The Hair Song
2. Old Fangs
3. Radiant Hearts
4. Rollercoaster
5. Let Spirits Ride
6. Buried By The Blue
7. The Way To Gone
8. Wilderness Heart
9. The Space Of Your Mind
10. Sadie
11. Black Mountain


Women - Public Strain

women-public-strain-cover-artLo-fi, tel est plus que jamais le credo des Canadiens de Women avec ce second opus intitulé Public Strain. Deux ans après un (premier) album homonyme qui avait reçu un excellent accueil critique des deux côtés de l'Atlantique, le quatuor de Calgary repasse les plats. Flanqué d'une couverture sous forme de sublime instantané d'un paysage urbain enneigé, ce nouveau onze titres, tout comme son prédécesseur, sort chez Jagjaguwar et est produit par leur compagnon de label Chad VanGaalen, dont on se souviendra du récent projet Black Mold. La recette, elle aussi, reste identique : un savant mélange d'expérimentations sonores à tendance bruitiste et d'écriture pop-rock au final assez classique. Ajoutez à cela une production très crue, impliquant sans doute moult recours  à de bons vieux enregistreurs à cassettes, qui ravira les amateurs du genre et vous obtenez un album agréable à l'écoute à défaut d'être réellement surprenant. Car c'est bien là que se situe le principal problème des boys de l'Alberta : certes la voix de Patrick Flegel suinte la maturité tranquille, bien sûr des morceaux comme China Steps et Eyesore (le premier single) s'avèrent rapidement familiers, certes le groupe devient très séduisant dès qu'il s'avère capable de monter un peu le ton, tout cela n'empêche pas cet album d'épuiser certains poncifs du genre. L'intro Bells rappelle trop de « morceaux » rapidement oubliés (et c'est mieux ainsi), certaines constructions sonores lorgnent du côté de Deerhunter et le spectre des bons vieux groupes shoegaze britanniques (Spiritualized, Chapterhouse) qui auraient ingéré un mauvais cocktail de valium/xanax n'est jamais très loin. Il serait néanmoins des plus malhonnêtes de jeter cet album dans la corbeille « clones sans espoir ni avenir ». En effet, le potentiel de Women est indiscutable. Pris dans son ensemble, Public Strain s'avère rapidement capable de poser une ambiance sombre et urbaine. L'album, tout comme les références qu'il contient, semble grâce à son excellente production se balader dans le temps sans jamais se fixer dans une époque précise. Au final, un assez bon disque qui ravira les fans de la première heure à défaut de conquérir les éternels sceptiques et les dénicheurs de nouvelles sensations fortes.

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Women - China Step

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Tracklist

01. Can't You See
02. Heat Distraction
03. Narrow With The Hall
04. Penal Colony
05. Bells
06. China Steps
07. Untogether
08. Drag Open
09. Locust Valley
10. Venice Lockjaw
11. Eyesore