On y sera : Festival SOY 2018

Cela fait plusieurs années maintenant que le festival SOY, de plus en plus à l'étroit dans sa zone d'influence, continue sa mue pour faire désormais figure de rendez-vous à dimension nationale. Il faut dire que sa programmation annuelle, le plus souvent aussi aventureuse qu'impeccable, réuni suffisamment de réjouissances pour faire se déplacer un public venant d'horizons sinon lointains, au moins extra-régionaux. Et pour cette - déjà - seizième édition, SOY remet le couvert avec un appétit féroce et toujours autant de goût.

On en veut pour preuve les présences de quelques chouchous d'Hartzine, à commencer par Klaus Von Barrel alias The KVB (lire), grand habitué de nos pages depuis quelques années - au cours desquelles il n'aura cessé de nous ravir avec sa recette unique de coldwave et shoegaze à la fois romantique et dangereusement anxiogène. On y croisera également une autre vieille connaissance, le duo SAAAD qui, avec sa drone à la fois hypnotique et surpuissante au groove mystérieusement irrésistible, nous séduit autant qu'elle nous interroge depuis déjà une demie décennie (lire).

Réjouissons-nous également de la venue d'Escape-Ism, alias Ian Svenonius, responsable quasiment coup sur coup, sous son dernier alias, de deux disques parfaitement réjouissants, Introduction To Escape-Ism (lire) en novembre 2017 et The Lost Record (lire) en septembre dernier : un rock à la fois minimal et hautement corrosif, coincé entre spleen et colère et délivré avec une classe folle, à grands coups de caresses et de coup de boules bien chevelus. On n'oubliera pas non plus d'aller applaudir les jeunes pousses d'En Attendant Ana, qui ont réussi avec brio à réveiller notre côté twee en 2018 grâce à une garage pop à la fois nerveuse et gracieuse, aérienne et tellurique... bref, faisant une habile synthèse entre la soie C86 et l'asphalte de l'A86 (lire).

Ajoutez à cela les chansons belles à pleurer de Rodrigo Amarante(lire), ou encore, parmi d'autres réjouissances, un concert du Canadien Andy Shauf et sa pop cousue main, et vous comprendrez vite que les raisons de se radiner à Nantes ne manquent pas. La programmation complète est à découvrir ici-même. Pour acheter vos places pendant qu'il en reste encore, c'est par ici que ça se passe. Pour toutes les autres infos dont vous pourriez avoir besoin, c'est sur le site du festival, juste .

Et comme on est partageurs et particulièrement dévoués à notre lectorat, en association avec le festival, on fait gagner 2x2 places  pour la soirée du 3 novembre à la Maison de Quartier Doulon (Rodrigo Amarante, The KVB, Kate NV, Halo Maud). Pour faire partie des élus, c’est simple comme un coup de trique : il vous suffit de nous envoyer un petit mot d’amour moite en indiquant vos nom et prénom, à l’adresse hartzine.concours@gmail.com. Les gagnants seront tirés au sort et prévenus par mail.

Audio

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Festival SOY 2018
Du mercredi 31 octobre au 04 novembre
Nantes


Escape-Ism - The Lost Record

Dix mois de gestation à peine et revoilà le dandy gentiment destroy Ian Svenonius, armé jusqu’au bout du cheveu hirsute de son nouvel album ni perdu ni à perdre : The Lost Record. Chez Merge encore une fois, et le pinceau encore une fois trempé dans un rock’n’roll fiévreux et halluciné. Oh, comme ça promet.

Introduction To Escape-ism (lire) n’avait donc pas fini de faire la révolution. Ian Svenonius, à apprécier ici sous son patronyme Escape-ism, est de tous les fronts. Il ne lâche rien, le bougre, remettant le couvert, y allant franchement de plus belle, avec une nouvelle équipée sauvage de douze titres, tous plus percutants les uns que les autres. N’y vois rien de personnel (Nothing Personal) mais tu sais dès le début du disque que tu vas prendre une sacrée branlée.

Conviant l'idée d'une mythologie un peu galvaudée qu’est le fantasme de la gloire perdue, et ici du disque perdu, Ian Svenonius ajoute le soupçon de drama qui fait de sa musique un jeu si spécial, le fard d’une ambiance prenante. Les claviers déguisent les textes corrosifs, hantés sur (I’m Gonna) Bite the Hand That Feeds. Le spleen et la colère tâchent à l’encre indélébile son écriture, cependant vite recouverts d’un vernis instrumental mordant.

Clavier, guitare, boîte à rythmes, l’environnement est minimal. Et les couinements sont à faire se tordre de jalousie n’importe quel fan des Cramps et des Gories. Le groove et les lignes tout en sensualité de The Feeling’s Mutual également. L’album est dans la parfaite continuité de son dernier coup de guitare comme en atteste Rome Wasn’t Burnt In A Day, retravail du même nom. Il est véhément et tendu. Quand la pochette, bien que dénuée de tout élément extraterrestre zarbi, cligne de l’œil dans la direction du génial Daniel Johnston.

Arrivé à You Darken My Night et l’escalade affolante le constat est plutôt clair : okay, Escape-ism tape encore dans le mille. Avec une classe folle. Que ce soit sur les sonorités cheap à la DEVO de Bodysnatcher ou l’électricité glam de What Sign (Was Frankenstein?), Ian Svenonius s’empare pleinement de son art et donne à vénérer.

Audio

Tracklist

Escape-Ism - The Lost Record (Merge Records, 07 septembre 2018)

01. The Lost Record
02. Nothing Personal
03. I'm A Lover (at Close Range)
04. (I'm Gonna) Bite the Hand That Feeds
05. Bodysnatcher
06. The Feeling's Mutual
07. I Don't Know Where Those Words Have Been
08. Exorcist Stairs
09. You Darken My Night
10. Alphabet's Gotta Be Changed
11. Rome Wasn't Burnt In A Day
12. What Sign (Was Frankenstein)


Escape-Ism - Introduction To Escape-Ism

Escape-Ism, inconnu au bataillon ? Cherche plutôt à Ian Svenonius, une entrée synonyme de Chain & The Gang, de David Candy, des Make-Up, de Nation Of Ulysses, de Weird War, de XYZ, et tu comprendras alors pourquoi parler de premier album fait doucement rigoler. Le grand dadais de D.C. est du coin. Il connaît même plutôt bien la chanson, auteur d’un paquet de brûlots bien engagés comme il faut, du genre à briser les chaînes pour se libérer du gang.

Une fois de plus, il n’y a qu’à lire le nouveau patronyme qu’il s’est dégoté et le nom du disque pour comprendre qu’Ian Svenonius n’est pas près de lâcher le morceau ; Introduction To Escape-Ism sera libertaire ou ne sera pas. C’est donc délesté de tout superflu, avec pour seuls alliés boîte à rythmes, cassette et guitare, qu’il s’est mis en tête de composer son nouveau pamphlet. Un truc qui a de la gueule, plein d’une énergie vintage envoyée le souffle court, et qui te requinque volontiers. Ce pourrait être la traduction musicale d’un Alan Vega plus jeune qui aurait foutu des beignes à Prince. Comme ça, juste pour le plaisir. Avant que ses potes des Black Lips (Zumi et Cole Alexander), gavés aux Gories, maravent à leur tour avec les titres The Stars Get In The Way et Lonely At The Top comme si c’était Lora Logic qui la ramène sous l’œil averti de Kim Fowley. Ou des frères Asheton sur Rome Wasn’t Burnt In A Day, hein ?

Pour parfaire le reluisant tableau, I Don’t Remember You explose le compteur émotionnel, ballade chantée ou mouchée en réalité augmentée, sublime et moche d’un amour-propre un peu piétiné. Iron Curtain est un lieu de perdition qui donne envie de tout abandonner sur place pour se jeter à corps perdu dans cette diatribe sensuelle, soulignée de lignes de guitare enivrantes. Il y a aussi They Took The Waves qui balance des hanches avec une classe folle, et le reste… C’est dire si Merge, adepte des recettes dépouillées à l’insolence punk depuis le bon flair de Sneaks, a eu raison de poser ses pattes sur ce damn good Introduction To Escape-Ism qui hurle à pleins poumons son pouvoir de rébellion. Putain, on voudrait mille satires électriques comme celle-ci.

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Tracklist

Escape-Ism - Introduction To Escape-Ism (Merge, 10 novembre 2017)

01. Walking In The Dark
02. Lonely At The Top
03. Rome Wasn’t Burnt In A Day
04. Iron Curtain
05. Almost No One (Can Have Me Love)
06. They Took The Waves
07. The Stars Get In The Way
08. I Don’t Remember You
09. Crime Wave Rock