On y était - Soldout

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SOLDOUT, Paris, Nouveau Casino, le 10 Avril 2010

C’était ambiance branchi-branchouille ce week-end dans les salles parisiennes. Entre Chloé qui présentait la veille son One In Other en live au Point FMR, Anoraak et Tresors qui venaient faire chauffer la piste de la Flèche d’Or, le ré-acoquinement des membres de Raggasonic au Bataclan et la présence de l’inégalable Seth Troxler au Régine’s… Difficile de savoir où donner de la tête. Pourtant, à mille lieues de ces mini-évènements, j’avais pris rendez-vous au Nouveau Caz’ pour m’assurer du potentiel scénique du duo initié par les deux Belges, Charlotte Maison et David Baboulis.

Une chose est certaine, Soldout n’affichait pas complet ! Et les charmants énergumènes que sont Gachettes of the Mastiff de chauffer le dancefloor comme il se doit. Je ne sais d’ailleurs pas si c’est le look de la jeune chanteuse/musicienne ou la programmation électro-rock décadente, mais le public présent me donna l’impression de m’être égaré dans un épisode de The L World. Cela dit nos Gachettes ne passèrent pas inaperçues, motivant une meute certes réduite, mais pas mollassonne pour autant, leur électro tout terrain fait remuer la tête sans casser les oreilles. Un brin D.I.Y, borderline sous contrôle, Caïman Kawaii et GAtO détournent les sonorités claviériques synthétiques les plus salopées pour s’en réapproprier l’originalité, et faire leur tambouille. Un charmant couple mixte qui rappellera par moment Kap Bambino ou Crystal Castles… Rien que ça !

Et quand vient l’heure pour Soldout de faire son entrée sur les planches, c’est une vague d’hystérie qui accueille l’explosif duo qui s’entoure exclusivement de vieux synthés vintage et rappelle l’éloquence de Suicide. Charlotte Maison, que l’on avait découverte avec un look plutôt naïf et bon enfant sur le plutôt noisy Stop Talking, arbore maintenant plus l’allure d’un pendant féminin d’Alan Vega. Même les sonorités plus proprettes de Cuts sont torturées par les deux trublions belges, ajoutant une touche punk à un show prenant des accents démesurés pour la petite salle du Nouveau Casino. Le jeu de lumière absolument fabuleux s’adaptant parfaitement à leur univers électro-crade mais sexy. Le groupe disparaît dans un nuage de fumée pour mieux réapparaître derrière des lasers balayant une salle en transe. Des visuels assassins collent aux kicks brutaux et écorchés balancés sans mise en garde par un David Baboulis en très grande forme. La jeune chanteuse quant à elle, n’en finit plus de captiver l’audience de sa voix hypnotisante et lascive. Et un I don’t want to have sex with you n’empêchera pas les corps de se mêler, car comme elle le dit elle-même : I can’t wait. Electro-rock sans guitare et exécuté exclusivement à l’aide de machines, Soldout envoie sévère, et décolle les pieds du sol qu’on le veuille où non. Et vous ? Qu’avez-vous fait samedi soir ?


On y était - High Places & Field Music

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High Places, Field Music, Paris, le Point FMR, le 20 avril 2010

Ça y est. On a presque retrouvé la configuration d'été du Point FMR. Inutile de dire que c'est avec un plaisir non dissimulé que je gagne les rives du Quai Valmy, le soleil daignant enfin lécher de son empreinte tiède mes bras dénudés. N'y voyez aucune récurrence de propos abstruse, mais comment passer sous silence les effluves estivales du Midi que la programmation de ce soir évoque à mes oreilles ? Alors qu'importe les moqueries, refréner l'impatience n'est pas ce qu'il y a de plus sain mentalement, surtout lorsque l'excellence du festival - qui se déroulera les 23, 24 et 25 juillet 2010 - commence à être déflorée un peu partout sur la toile (The Stranges Boys, Lonelady, Lee Ranaldo). Le duo High Places avait en effet égrainé ses "mélopées tribales" quand bien même les cigales s'en donnaient à cœur joie. Et même si je n'avais pas totalement souscrit à leur verve hypnotique d'alors, l'occasion était trop belle pour ne pas se laisser happer pour de bon dans la chaleur moite de leurs élucubrations mélodiques. D'autant que les Anglais de Field Music - que les Belle & Sebastian ont personnellement adoubé en les invitant à leur second Bowlie Weekender qui aura lieu dans le cadre des All Tomorrow's Parties en décembre 2010 - partageaient l'affiche de ce Club Folamour #5.

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Vivoter un verre à la main en taillant le bout de gras, ça me connaît. Je loupe donc l'entrée sur scène de Mary Pearson et Rob Barber. Cependant rien de grave, je m'immisce dans la salle clairsemée dès la moitié du premier morceau. Mary vient de Brooklyn et ça se voit rien que par ses sapes. Passe donc le look proto-hippie, la belle nous fait face tandis que son conjoint joue de biais, la regardant elle et pas nous. Une table où se trouve disposée une batterie électronique, un clavier et différentes consoles digitales les sépare, les deux oiseaux ayant chacun une guitare qu'ils portent haut. En deux ans, ce n'est clairement plus le même groupe, eux que l'on présentait jadis, du fait de leur tribalisme enfantin, tels les dignes rejetons peinturlurés d'Animal Collective. Cette évolution n'est pas pour me déplaire tant je commence à en avoir ma claque des frappadingues sus-mentionnés. D'emblée l'oreille est écorchée par une balance que l'on jure faite avec des boules quiès, les beats programmés étouffant littéralement le chant et les parties de guitare du couple. L'entrée dans le set est donc difficile mais le duo, muni de son deuxième album High Places vs Mankind paru sur Thrill Jockey (Tortoise, The Sea and Cake), est largement en capacité d'inverser la tendance, ce qu'il fait somptueusement dès On Giving Up et ses méandres rythmiques. Dès lors, la voix profonde de Mary se révèle à sa juste valeur, drapée d'échos où dans son entière nudité, tout comme le jeu de guitare épileptique de Rob. On croirait d'ailleurs entendre sur Constant Winter ces guitares fractales que les Anglais de Gang of Four déclinaient sur leur chef-d'œuvre Entertainment! Mais ici l'électricité est catalysée par une multitude d'effets dans un tourbillon atmosphérique qui laisse pantois. Les nappes synthétiques s'entremêlent avec grâce en s'enroulant délicatement autour d'une batterie à l'écrin de velours (She's a Wild Horse). Oscillant entre une dream-pop crépusculaire (Canada) et la candeur de quelques fulgurances aux textures aqueuses (On a Hill in a Bed on a Road in a House), le duo répand avec emphase son halo rougeoyant et crépitant, perdu quelque part dans les limbes, entre désir et abandon. Revenir à la vie devient un exercice douloureux. Pourtant il le faut bien, l'air semble plus respirable dehors.

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Par excès d'honnêteté, j'avoue avoir écouté pour la première fois Field Music sur le chemin du Point FMR. Ce soir, la découverte était donc presque totale, si ce ne sont les deux, trois articles lus ici et là. En tout état de cause, pas besoin de s'enquérir de dispendieuse littérature pour s'apercevoir du lien de parenté entre les deux membres fondateurs du groupe. David et Peter Brewis ont ce même air inquiétant que la rigueur très protestante de leur allure ne peut que décupler. Il y a cette marque de folie imprégnant le regard, cette tension palpable dans chacun de leur geste, cette religiosité dans l'approche d'instruments qu'ils se partagent (batterie, guitare, orgue). On comprend mieux pourquoi les deux musiciens complétant le groupe se tiennent subrepticement à l'écart. Mais le fouet ce ne sera pas pour ce soir tant le groupe joue bien, avec cette ferveur millimétrée tant de fois remise à l'ouvrage. Venus présenter leur œuvre titanesque, Measure, sortie sur Memphis Industries le 15 février dernier, comptant pas moins de vingt morceaux pour deux disques, les frangins espèrent vaincre le signe indien et enfin accéder aux devants d'une scène médiatique qui pour le moment et malgré de vaines tentatives se dérobe à leur talent. Et c'est vrai qu'ils ont essayé, aussi bien avec Field Music (2005), Tones of Town (2007)  que par le biais de projets parallèles comme The Week That Was pour Peter, School of Language pour David. Qu'ils viennent de Sunderland n'a donc en soi rien d'étonnant, même les joueurs de l'équipe de foot locale se font appeler les black cats. C'est dire. En tout état de cause, ce soir, difficile de ne pas être emballé par un début de concert lumineux, tutoyant d'entrée, de sa grammaire rock soignée, les cimes d'un psychédélisme seventies jamais mort de ce côté-là de la Manche. C'est tout un pan de l'histoire du rock qui est épousseté et ce avec une virtuosité magistrale, tant leurs digressions titillant les abysses du rock progressif sont suffisamment contrôlées pour ne pas y sombrer corps et âmes. Puis, peu à peu, sous l'enchaînement vertigineux des morceaux, et devant un tel étal de chansons jouant avec cette dangereuse étiquette de déjà vu, on se surprend à penser au vide sidéral de son réfrigérateur, à ce putain de courrier que l'on doit envoyer à l'assurance... ce qui, à ce stade, constitue le point de non-retour. A trop vouloir en faire, on se perd et peu importe la manière, l'ennui fait tâche d'huile. Dommage, car à première vue, ces thuriféraires d'un retour vers le passé ont de quoi passionner. Reste à dégrossir l'ensemble et à repasser les plats. Une fois encore je me dévoile : je n'ai pas attendu la fin du concert pour aller m'encanailler ailleurs.


On y était - Suzanne The Man & Villeneuve

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Suzanne the Man, Villeneuve, Jonjo Feather, Paris, la Flèche d'Or, le 01 avril 2010

Un premier avril comme un autre, un soir de Flèche d'Or. Comme annoncé dans ces pages au cours d'une interview fleuve, Benoît de Villeneuve nous y a donné rendez-vous dans le cadre parfait d'une soirée organisée par Les Boutiques Sonores. L'esthète-producteur vient présenter son dernier-né, Dry Marks of Memory, entouré de musiciens réunis exceptionnellement pour l'occasion. Notre petite troupe d'Hartziners se rejoint un brin à la bourre, 19h30, le temps de mettre en boîte l'interview du duo folk Suzanne the Man, puis d'assister dans un silence de cathédrale à la prestation altière et intimiste de Sonia Cordier (violoncelle) et Suzanne Thoma (chant et guitare). On retrouve cette dernière sur une poignée de morceaux de Benoît de Villeneuve, remplaçant avec virtuosité les voix que l'on croise sur Dry Marks of Memory. Décochant ses merveilles avec une célérité qui n'a d'égale que sa minutie, d'un Words of Yesturday de haute volée à un époustouflant Death Race, Villeneuve rend tangible à nos oreilles sa fabrique d'onirisme pop-électro, laissant en suspens - l'espace de quelques instants de grâce symphonique - nos préoccupations surinées d'un quotidien obnubilant. Il reviendra a Jonjo Feather, du haut de ses vingt-et-un ans et de son album Is Or Ok, dont la sortie est prévue le 10 mai prochain, de conclure la soirée sur une touche pop romantique mâtinée de guitares crasses. Reçu trois sur trois, ci-dessous la preuve par l'image.

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Photos

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On y était - The Rodeo au Café de la Danse

Oh! Tiger Mountain + The Rodeo, Café de la Danse, Paris, 30 mars 2010

Après avoir écrit deux chroniques énamourées ici et - on est groupie ou on ne l'est pas -, j'attendais depuis plusieurs mois avec une impatience sereine le concert de The Rodeo au Café de la Danse. Sereine, parce que je n'ai pas imaginé un instant que la performance de Dorothée Hannequin pourrait me décevoir. J'aurais pu tomber de haut, certes, mais je dois dire que cette fois-ci, mon intuition féminine a parfaitement fonctionné.

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Avant le terminus tant attendu sur les terres du sud des Etats-Unis que The Rodeo sait si bien évoquer, le Café de la Danse déjà bien rempli a le droit à une escale à Marseille, ville dont est originaire Mathieu alias Oh! Tiger Moutain. Je dois avouer que je ne savais rien de cet étrange énergumène avant son entrée sur scène, mis à part le fait que son nom avait déjà été évoqué à plusieurs reprises quelque part sur la plaine dévastée de l'Internet. Je ne m'y étais pas attardée, et j'ai eu tort. Ma première impression, si elle n'est pas musicale, joue néanmoins un rôle important dans l'image que j'ai désormais de cet artiste : le tigre a un humour charmant. Après son premier morceau, il nous explique de sa voix pincée que ses chansons parlent "de l'amour réciproque et des ordinateurs", et n'arrêtera pas par la suite d'évoquer le célèbre "plus petit sandwich du monde". Musicalement, son folk est aussi épuré que ses interventions sont fantasques. Il rappelle souvent Tom Waits et Nick Drake, mais prend aussi parfois un accent bluesy plus digne des rives du Mississippi que des plages méditerranéennes. Vérification faite, c'est pourtant davantage dans la vieille Albion que l'animal, spécialiste de la poésie anglo-saxonne, a fait ses armes. Groarrr.

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Plus les minutes passent, plus la salle se remplit. Assis, debout, par terre, il y a du monde dans tous les coins. Soudain, la lumière s'éteint et les premières notes d'On The Radio résonnent, transformant instantanément les fans bavards en auditeurs attentifs. Parfaite dans sa robe à franges de cow-girl parisienne, Dorothée, entourée de Jean à la batterie et de François au violon et au clavier, réchauffe en un tour de main l'assemblée de cette voix ronde que l'on a déjà louée. Difficile d'ailleurs d'en dire plus que dans mes précédentes chroniques : j'ai déjà usé de beaucoup de superlatifs à l'égard de cette musique qui allie élégamment folk urbaine et américana poussiéreuse. Sur scène, le mélange - parfaitement interprété - fonctionne également : alternant morceaux enlevés (Little Soldier, Cha Cha Cha) et titres plus retenus (My Ode To You, I'm Gonna Leave You), Dorothée semble savourer l'ensemble de sa prestation avec le même plaisir non dissimulé. Le sourire aux lèvres, un regard attentionné pour chacun... elle n'oublie aucun des éléments qui composent une soirée parfaite. Rejointe le temps de quelques chansons par un guitariste et deux choristes vêtues de somptueuses combinaisons léopard, la belle continue de distiller son bonheur dans la salle - et bien au-delà. Vous pensez peut-être que j'exagère et que le tableau que je dépeins est un peu trop parfait. Croyez-moi, j'ai tenté pendant une bonne partie du concert de lui trouver un défaut, mais mon entreprise a été sans succès. Même quand elle se frotte à l'exercice périlleux de la reprise, The Rodeo fait carton plein : d'abord avec le feutré If I Had A Hammer, qui confirme que Claude François est un gros beauf, puis avec Wade In The Water, un negro spiritual qui ne perd ici rien de son poids, et enfin avec la citation du Beautiful People de Marylin Manson à la fin de Cha Cha Cha. Décidément, Dorothée n'a peur de rien - et elle aurait tort de s'en priver. J'avais pourtant déjà pris soin de m'arrêter sur son bon goût en matière de reprises, et je ne pensais pas pouvoir trouver d'autres mots pour le répéter encore. Mais quand, quelques jours après le concert, je lis que s'il y a bien un artiste avec lequel elle aimerait faire un duo, c'est Jack White - mon héros -, je dois bien me résoudre à en parler. Mais à part la demander en mariage, là, je ne vois plus.

A la fin de son set, acclamée par le public, elle revient pour un joyeux Love Is Not On The Corner à l'issue duquel un Café de la Danse aux anges lui souhaite d'une seule voix un joyeux anniversaire. Car en plus d'être parfaite, Dorothée fête ses trente ans le jour de l'unique date parisienne de sa tournée. Appelez ça le destin, le karma ou rien du tout, ce n'est plus mon problème. Car ce soir, c'était un peu aussi mon anniversaire, et je suis restée un peu ivre du cadeau de The Rodeo.

Photos

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Setlist

1. On The Radio
2. People Know
3. Your Love Is Huge
4. I'll Catch The Following Train
5. If I Had A Hammer
6. Modern Life
7. Little Soldier
8. Wade In The Water
9. HRW
10. My Ode To You
11. Uncle Sam
12. I'm Gonna Leave You
13. Hand Shadows
14. Cha Cha Cha
15. Love Is Not On The Corner


LFSM #5 : Tender Forever + Duchess Says + Men

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Tender Forever, Duchess Says, Men, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, l'Alhambra, 02 avril 2010.

Je vais vous la faire courte, dézinguer ne faisant pas partie de mes activités favorites. On était quatre sur le pont pour le Festival Les Femmes s'en Mêlent. Lorsqu'il s'agit de tirer à la courte paille qui s'occupe de quoi, le plus souvent, ça sent le sapin pour moi. Aki et Virginie se partagent Jessie Evans, Lone Lady et Soap & Skin. Émeline chope John & Jehn. Pour ma pomme, la soirée de clôture : chouette, y'a les délurées de Chiks on Speed ! Euh... non annulée et remplacée par Duchess Says. Un brin condescendant, Aki me glisse texto : t'inquiète, à la Villette Sonique, j'avais bien kiffé leur mode karaté-noise-nawak... Autant le dire de suite, j'y allais un peu à reculons. Cause, conséquence : je suis dans l'incapacité de vous parler de Dance Yourself To Death, présenté sur le site dudit festival comme un groupe queer capable de faire danser jusqu'à ma grand-mère. Merde, j'aurais bien aimé voir ça. A l'écoute furtive de quelques morceaux, je doute sérieusement de ce ton péremptoire, pensant plus à un effet d'appel qu'à une sincérité sans faille des programmateurs. La guimauve c'est pas non plus de l'ecstasy en barre : en gros, raboulez-vous à 20h et pas 21h. L'exiguïté de l'accès à la salle explique sans doute cela (seul 20 m3 pour une buvette, un stand et des festivaliers en transit), celle-ci étant au contraire à la taille de l'événement : du monde, mais rien d'irrespirable. Je me pointe à 21h et très vite je m'immisce dans une foule largement drapée ce cette diversité genrée que reflète l'étendard gay. Quoi de plus revigorant à Paris, où les deux hémisphères de la fameuse nuit (hétéro & gay) co-existent sans jamais véritablement se mélanger.

Le temps de boire une bière chaude sans mousse, les meilleures quoi, que le concert de Tender Forever débute. Difficile d'être méchant avec Mélanie Valera, jeune frenchie exilée aux US. Sa frimousse mutine, sa gouaille survoltée et son humour rendent le personnage attendrissant. Mais, car il y a un gros MAIS, c'est exactement pour les mêmes raisons qu'il s'avère impossible d'entrer dans son univers musical, entre pop bigarrée et électro foutraque. Si sa voix reste scochante, de longs intermèdes, où Mélanie débite des "anecdotes sans queue ni tête" (dixit le site du festival), retire toute intensité à sa prestation quand une irrésistible volonté d'amuser la galerie met en pièce chaque moment tutoyant, du bout des lèvres, la virtuosité. Très vite, j'ai l'impression d'avoir à faire à un succédané de Yacht, que je ne porte pas franchement dans mon coeur, tant par cet écran occupant la moitié de la scène et partie prenante du show (où défilent entre autres des photos de Beyoncé) que par cette fatalité à programmer tout ou partie de sa musique. Doublant même sa voix, elle frise le playback tout en dansant comiquement, histoire de détourner l'attention de l'essentiel : l'abyssale pauvreté de ses compositions. C'est bien beau de faire joujou avec une batterie virtuelle (en mode Wii), passe encore une reprise de Justin Timberlake au ukulélé, mais rien, vraiment rien, n'est impérissable dans ce fatras de sons invertébrés. Dire que la demoiselle fait partie de l'écurie K records ne peut qu'aggraver mon inquiétude quant à la santé mentale de Calvin Jonhson. Bah oui, faut pas déconner.

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Clope, clope, je me dis que les choses sérieuses vont enfin commencer, la clôture d'un festival ne peut se passer des fastes d'inoubliables instants de grâce. A vrai dire, je me bidonne encore d'une telle naïveté... Chiks on Speed cancelled, place à Duchess Says. Ouch ! Le constat est ce qu'il est : je n'ai jamais assisté à un concert aussi minable. Pour résumer la supercherie en quelques palabres : un backing groupe guitare/clavier/batterie pas franchement dégueulasse, mais assurant sans originalité un rock crasse complètement étouffé par la personnalité d'Annie-Claude Deschênes. Sur-jouant son accent québécois (que du bonheur Aki !), l'ébouriffée chanteuse à la voix proprement insupportable, exhibe sa culotte rouge tout en braillant encore et encore, perçant les tympans de n'importe quel quidam pas complètement cuit. Réclamant avec une constance édifiante, et au grand dam de tous, que l'ingé son augmente le volume de son micro, Annie-Claude se démène histoire de prolonger l'illusion : elle saute dans le public, asperge d'Heineken le public, chante dans le public, fait boire de la vodka au public (si si, au goulot), fait sa gym dans le public, se promène dans un chariot poussé par le public... bref le public, le public... à croire que les membres de son groupe l'emmerdent profondément ! Vu la mine déconfite des trois pauvres mecs tentant de suivre les élucubrations de leur greluche de chanteuse, on comprend mieux le divorce : la supporter une heure relève d'une mission hautement impossible, alors au quotidien, bonjour l'angoisse. Dans ce gloubiboulga électro-rock, difficile de sauver un morceau d'un ensemble piteusement redondant... Karaté-noise-nawak disait Aki. Nawak surtout ! Reste qu'Annie-Claude Deschênes à une utilité inespérée : prévenir de la nocivité des substances illicites. A diffuser dans tous les collèges de France et de Navarre donc.

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La lumière peut-elle venir des New-Yorkais de Men ? La carte de visite de JD Samson le laisse en tout cas penser : échappée du trio électro-punk fondamental des années 90, Le Tigre, la riot grrrrl s'est depuis fait la main sur les platines, montant, avec Michael O'Neill et Ginger Brooks Takahashi, Men, groupe au style queer inimitable. Mes espoirs sont vite déçus tant la mise en scène délirante du groupe ne cache qu'imparfaitement l'absence de profondeur d'une musique oscillant mollement entre clubbing et électro-pop acidulée. Le groupe a le mérite, au moins, de nous faire bien marrer... Une chanson sur une fourchette ? Qu'à cela ne tienne, JD Samson s'empare d'une gigantesque fourchette rouge qu'elle fait ondoyer dans le vide... Un morceau sur les "hommes qui font des bébés" ? D'immenses pancartes floquées d'un drôlatique slogan "fuck your friend" surgissent de derrière les fagots... J'avoue ne pas très bien comprendre pourquoi la frêle chanteuse s'administre un casque en forme de maison le temps d'une balade dance, mais l'hilarité reste la clé d'une prestation où seul Simultaneously et sa pop vaporeuse m'indiquent que j'assiste bien à un concert. MEN devait, selon le programme, "être prêt à nous faire transpirer de la tête, des pieds et tout ce qu'il y a entre les deux". Moi, Men m'a fait juste suer.

Conclusion : les femmes peuvent s'en mêler avec brio en se montrant tout aussi capables que les hommes pour escroquer un public venu pourtant en masse.

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LFSM #4 : Motoroma + Margaret Dollrod

Motoroma, Margaret Dollrod, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, la Boule Noire, le 31 mars 2010

l_768c90c461f946309b5eda237fdb05fbBon pour commencer, je souhaiterais dès à présent m'excuser auprès de la gent féminine. Je tiens à préciser que je ne suis ni misogyne, ni membre du Klu Klux Klan, ni auvergnat, voilà comme ça c'est dit...  Cependant, m'envoyer, moi, à la représentation des Femmes S'en Mêlent du 31 mars à la Boule Noire, ça sent l'erreur de casting. Beaucoup tenteront de vous faire croire que c'est de mon propre chef que je me suis rendu à cette soirée, et ils auront effectivement raison. Comme disait la chanson : « Quand on est con, on est con ! ».

Et c'est avec un léger brin d'émotion que je m'enfonce dans les tréfonds de la Boule Noire, salle dans laquelle je n'ai étrangement plus mis les pieds depuis ma post-adolescence. Je ne suis pourtant pas si vieux, mais plus si jeune. Mais qu'importe, je suis prêt à me jeter dans la fosse aux panthères. Tigresses heavy et punkettes à motifs zébrés, c'est moi que voilà. Soudain en défonçant les portes à battants à coups de kick, je découvre une salle à moitié vide... Mains dans les poches, je sifflote, et m'approche discrètement...

Mon retard (j'ai un mot du médecin) m'a malheureusement exempté de la prestation attendue de Fury Furyzz, quatre petites nanas qui envoient du pâté, mais ne sentent pas la rillette. Désolé pour le jeu de mots pas très finaud, mais leurs morceaux ne m'inspirent ni de fins mets ni... Pas grand-chose en fait. Pour moi l'attraction principale était essentiellement Motorama dont je m'étais laissé vanter les mérites. Deux rockeuses punk, partiellement fêlées, un pied dans le garage et l'autre dans le rockabilly... Rock de Billy, vous êtes sûr ? En tout cas ça déménage. C'est assourdissant, si bien que ça en devient fatiguant. Assez sympa le look lolita à cravate, couettes et tout le toutim... Mais dans le genre original, Motoroma repassera. Pareil pour leurs morceaux, qui ressemblent à un enchevêtrement de brouhaha sans queue ni tête, qui sans savoir pourquoi me rappelle le jeu des The 5,6,7,8's, le talent en moins et les acouphènes en plus.  Le duo fonctionne pourtant pas mal, et Ira Crash se démène avec ses baguettes comme une furie un jour de soldes. Mais la répétitivité des mélodies et l'énervant roulement d'yeux de Black Guitarra finissent par me taper sur le système. La salle pousse des petits couinements, je vois deux fans au loin, puis les lumières se rallument. Entracte ! Il était plus que bienvenu.

Mais a priori, le clou du show était la prestation de Margaret Doll Rod, qui roule en solo depuis la mise sous silence de son groupe, Demolition Doll Rods. Fans de playmates 60's, de Russ Meyer, de Barbarella, de porn-queen sur le retour, de Dallas, ce show était fait pour vous. Grand relâchement sur scène, notre très chère Margaret apparaît sur les planches en petite culotte et cache-poitrine transparent, le mojo gonflé à bloc, ronronnant comme une chatte en chaleur. Et tout ça sans retouche sur Totoshop, dans ta gueule Madonna ! Moi qui évidemment pensait me retrouver perdu au milieu d'un public lesbien sous œstrogène, je me retrouve finalement coincé parmi quelques excités de la braguette qui naviguent entre l'hypocrite : « Très intéressant comme musique, ça me fait penser aux Cramps mélangés à l'énergie des Slits... » ou le sincère : « elle est bonne, elle est bonne... ».  Quoiqu'il en soit, la musicienne a certes du carburant à refourguer. Elle gère à elle seule le spectacle, coordonnant grosse caisse du pied, guitare qu'elle griffe comme un fauve, et chant alterné du hurlement au miaulement. Margaret attise le public comme on souffle sur les braises, le racolant en glorifiant ses textes louant le sexe et la débauche, tout en minaudant le spectateur de poses suggestives. Je me sens aussi mal à l'aise qu'assis seul dans une cabine de peep-show. Ne me demandez pas comment je sais l'effet que ça fait, j'ai beaucoup vécu. Plus les minutes passent et plus je pense à mon canapé, les derniers épisodes de la saison 3 de Mad Men qui m'attendent, notre Desperate Housewife à nous, le sexe faible...  La gent masculine quoi... Je n'ai rien contre les ronronnements lascifs de lionne en furie, mais j'ai déjà écouté L7 dans ma jeunesse, donc bon, il est temps de s'éclipser à l'anglaise. Très peu convaincu par les concerts de ce soir, je me laisse plutôt bercer par le Lucy Lucifer de Scout Niblett sur le chemin du retour.  Pour moi, ce soir-là, à la Boule Noire, les femmes s'emmêlent...


LFSM #3 : Jesca Hoop + Trash Kit + John & Jehn

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Photos©Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Jesca Hoop + Trash Kit + John & Jehn, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, La Maroquinerie, 29 mars 2010

Pour cette septième soirée parisienne du festival Les Femmes S'en Mêlent, l'équipe féminine d'Hartzine au grand complet - qui se compte sur les doigts d'un manchot estropié - s'est retrouvée à la Maroquinerie pour le concert très attendu de John & Jehn. Pendant que Vv trépignait d'impatience en se posant mille questions auxquelles vous trouverez les réponses un peu plus bas, Emeline s'est penchée sur la mise en bouche.

Jesca Hoop + Trash Kit

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Habitant à l'autre bout du monde - Boulogne-Beach, enfin Boulogne-Bitch, en l'occurrence -, j'arrive en retard et en sueur à la Maroquinerie. C'est qu'il y en a, des côtes, dans le coin. Pas le temps de me rafraîchir le gosier, je fonce dans la salle. Premier constat : le lieu est occupé à 87,34% par des photographes (si, si, j'ai compté) dont environ 3,8% semblent de très mauvaise humeur ; pour l'ambiance, on repassera. Intriguée par les mélodies sucrées qui viennent de la scène, je me fais tant bien que mal une place sur le côté, face à deux choristes mi-nerd, mi-midinettes, comme en attestent leurs Ray-Ban oldschool et leurs tenues pailletées. A leur droite, un guitariste assis discrètement sur une chaise et à l'autre bout de la scène, un batteur également en retrait. L'attraction principale de cette première partie se trouve au centre - tiens, comme c'est étonnant - en la personne de Jesca Hoop, jeune auteur-compositrice californienne dont le deuxième album est sur le point de conquérir la France, et remplaçante au pied levé des Dag för Dag qui ont dû annuler leur tournée à la dernière minute. La première chose que je remarque, ce sont ses chaussures et sa chute de reins à faire pâlir d'envie... euh... moi, présentement. Pour ne rien gâcher, sa jupe taille haute galb... ah, on n'est pas dans un magazine féminin ici ? Bon, et la musique alors dans tout ça ? La jeune femme, dont le travail est soutenu par Tom Waits, délivre un folk simple mais subtilement mis en valeur sur scène par les deux choristes sus-citées dont les minauderies vocales donnent à l'ensemble une agréable sonorité sixties et acidulée. Quand ces dernières quittent la scène afin que Jesca profite seule de son final, ses morceaux perdent d'ailleurs un peu de leur charme. Jesca, oops.

Pendant que Vv se dévoue pour aller me chercher une bière - il faut bien que je me remette de toutes ces côtes et de la frustration de n'avoir pas pu me jeter sur Jesca pour lui arracher ses chaussures avec les dents -, j'essaye de conserver ma place au premier rang, mais la dispute qui éclate entre certains photographes me convainc de la céder. Je garde quand même un oeil sur eux au cas où une bagarre à coups d'objectifs à trois mille euros dans la face éclaterait - ça pourrait lancer ma carrière de journaliste sportive, qui sait. Malheureusement pour moi, le calme semble revenir. Une autre fois peut-être ?
Pendant que la colère grondait dans la fosse, les trois filles de Trash Kit ont mine de rien eu le temps de s'installer de l'autre côté. Je découvre leurs costumes avec amusement : Ros Murray, ex-bassiste d'Electrelane, a l'air d'avoir quinze ans dans son costume d'Halloween tandis que Rachel-la-guitariste traîne son short de catcheur et ses chaussettes sur le sol poussiéreux et que Rachel-la-batteuse semble avoir pioché n'importe quoi dans son dressing avant de partir pour Paris. Et leur musique s'avère aussi colorée que leur accoutrement : mélange primaire de punk et de power-pop puérile, leurs morceaux fracassants réjouissent l'assemblée en aussi peu de temps qu'il en faut pour l'écrire. C'est le cas de le dire : les chansons durent parfois à peine plus de trente secondes, mais elles sont si énergiques qu'il n'en faut pas plus pour retourner la salle. Ça danse à ma gauche, ça remue les cheveux à ma droite, et j'ai moi-même une irrépressible envie de sauter partout en hurlant. Mais ça, Rachel-la-guitariste ne manque pas de le faire. Rachel-la-batteuse, qui l'accompagne au chant, frappe tout ce qu'elle peut sur ses fûts, mais toujours avec dignité : pas de mimiques constipées indiquant que "oh là là, regardez comme c'est difficile, ce que je joue", mais au contraire un air amical qui lui donne d'ailleurs un curieux air d'Ellen Page, ce qui a le mérite de la rendre immédiatement sympathique à nos yeux. Le prototype de la copine un peu folle, quoi. Ros reste d'ailleurs très près d'elle pendant tout le set, comme si elle avait besoin d'un soutien bienveillant pour être rassurée. De la même façon, elle ne s'adresse jamais directement au public, mais transmet ses remarques à Rachel-la-guitariste afin que celle-ci les répète dans le micro : "Ce concert est dédié aux queers !" C'est qu'elles ont des balls, ces filles-là.

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John & Jehn

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Ah qu'il est difficile de faire le report, et donc la critique d'un groupe dont vous connaissez l'album de bout en bout pour l'avoir fait tourner sur votre platine ad nauseam ! Time Of The Devil, qui a contrario de ce qu'il proclame, m'a apporté lumière et énergie positive en cette fin d'hiver interminable, m'est apporté sur un plateau ce soir par ses deux instigateurs lovers. Je suis presque nerveuse. Comment vont-ils parvenir à jouer cet album qui hésite mille fois entre influences gainsbouriennes et eigthies flamboyantes ? Comment équilibrer les différents plans, la voix très présente, les claviers dominants ? Cette question, John & Jehn ont dû se la poser en long et en large avant l'un de leur premier live sur ce nouvel album. Et pour l'instant, si l'équilibre des forces n'est pas encore résolu, le duo semble parti pour s'envoler très haut.
Après deux premières parties dont Emeline n'a pas raté une goutte, abonnée aux premiers rangs des photographes, le duo sexy se mêle aux roadies pour installer le matos, nous laissant entrevoir une impatience dopée à l'adrénaline. Les fans de la première heure sont présents, hypnotisés par la présence magnétique de Jehn, le regard intense braqué sur la console. Cette fille-là n'a pas fini de nous en faire voir. Arrive une blondinette pailletée de la tête aux pieds que nombre d'entre nous reconnaissent : Maud-Elisa alias Le Prince Miiaou empoigne ce soir la guitare pour accompagner J & J, auxquels s'ajoute un batteur goguenard, remplaçant les boîtes à rythme que les Franco-Londoniens utilisaient à leurs débuts.

Shades et Vampire inaugurent le set. Pas mes préférées je dois dire. Le public qui (malheureusement pour lui) ne connaît pas ces nouveaux titres reste statique, les deux lovers pourtant bien décidés à nous faire vibrer. Avec une production aussi léchée sur l'album, il était évident que le son allait en prendre un coup. Et si J & J ont décidé d'un parti pris, c'est bien celui de sonner rock jusqu'à la distorsion. Ce choix prend tout son sens avec Ghost qui atteint enfin le public apathique par la puissante interprétation de Jehn et une énergie brute à donner la chair de poule. Bien différente de la version studio, et à bien des égards plus réussie. Le charme semble se prolonger, et je commence sérieusement à prendre mon pied, oubliant presque ma mission de la soirée pour me perdre un peu dans l'univers de B.O. du duo sexy... Suit le single Time For The Devil, comme l'annonce un John à la voix grave et profonde, finissant de connecter le groupe et la salle pour un moment électrique à souhait. Make Your Mum Be Proud, extrait de leur premier album, se termine avec une Jehn épique, lançant son "Proud !" à la foule emballée qui finira par le scander en cœur, comme le slogan d'une campagne largement plébiscitée. Ce que je trouve particulièrement intrigant et qui me tiendra en haleine comme bon nombre de fans ce soir, c'est cette alchimie discrète mais prégnante entre les deux (excellents) musiciens. Ils n'auront pas un geste évident l'un envers l'autre, mais les regards et la sourde tension entre eux alimentent l'énergie presque sexuelle de ce live. Et leurs "accompagnateurs" de ce soir se mêlent sans accroc à cette sauce bien dosée. Dommage que la balance leur ait joué des tours ce soir. Sur Oh My Love, la voix de Jehn reste à peine audible alors qu'elle devrait occuper tout le premier plan avec les claviers sixties, eux non plus pas assez poussés. Ces détails pourtant prégnants pour n'importe quelle prestation en live s'oublient presque face à l'évidence de leur talent. Après un rappel pour la forme, le groupe finira en beauté avec Shy, petite merveille eighties à mourir, qui réussira le miracle de faire remuer le public de la Maroque, conquis une nouvelle fois par les amants terribles de London Town.

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On y était - Aufgang

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Photos © Patrice pour hartzine

Aufgang , La Machine du Moulin Rouge, le 25 Mars 2010

Retour sur le plancher des vaches pour le trio baroque mais expérimentaliste Aufgang, il en va de même pour moi, accompagné cette fois-ci de Patrice, à la Machine du Moulin Rouge. Je ne vais pas réitérer ma campagne de glaviotage sur ce club qui prend de plus en plus des allures de Bataclan. J'aimerais d'ailleurs beaucoup rencontrer  le nouveau tôlier de cette salle, car malgré tous les reproches que je peux brandir vindicativement sur ce lieu sans âme, force est de constater, au vu de la programmation, que des efforts considérables ont été fait pour recadrer l'ex-Loco dans un contexte hype de la nuit parisienne.

Mais ne nous attardons pas. Et si je reste un peu frustré de n'avoir pu assister à la prestation de Grand Pianoramax, pour cause d'entretien avec le combo cosmopolite Aufgang, excusez du peu, c'est avant tout pour la présence  ce soir là du poète-MC Mike Ladd plutôt que le grand machin-chose en question. Peu savent que ce manieur de mots, jouant avec son flow comme on dessine des avions en papier, fut prof de lettres à Cambridge. C'est sur ces derniers verbes que je déboule dans la chaufferie, après avoir dévalé une bonne quarantaine de marches en roulé-boulé. Appelez-moi Colt Sivers, même pas mal. La voix de l'homme imposant s'éteint sur quelques notes de Léo Tardin, le public applaudit. Mother Fuck... J'ai tout raté.

Mais qu'importe le spectacle attendu est dans la grande salle, sur la grande scène et donné par de très grands artistes quoi qu'on en pense. Si Rami Khalifé, Francesco Tristano et Aymeric Westrich ne révolutionnent pas la musique après de précédents essais remarquablement menés par Jeff Mills ou Carl Craig et Moritz Von Oswald,  le trio s'applique à gravir un échelon supplémentaire dans l'hybridation de la musique baroque et de la culture dancefloor. Le spectateur se demandant où sont les sièges en voyant au loin les deux pianos à queue se prendra rapidement les pieds dans l'escalator, sans espoir de redescente.

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C'est d'ailleurs dans cette optique gravitationnelle qu'est construit le set d'Aufgang commençant dans un registre moins ludique et plus Barock, les notes se font légères et virevoltent, soufflant sur mon visage comme un vent frais alors que la rythmique batterie/boîte à rythme affole pourtant déjà mes baskets. Décollage sur Channel 7, avant un lâchage sur Sonar. Impossible de ne pas s'abandonner devant cette attraction fiévreuse sur laquelle Rami et Francesco semblent prendre un malin plaisir à jouer au ping-pong, tapant frénétiquement chaque note qu'ils se renvoient au rebond. Aymeric quant à lui donne la mesure, et avec quelle cadence. Ce feu d'artifice explose dans un bouquet final euphorique qui me retourne l'estomac et me fait chavirer. L'auditoire est au septième ciel, et moi avec lui.

Les trois musiciens ne font plus dans la demi-mesure et assurent le show. Rami les mains plongées dans son instrument, gratte ses cordes, les chatouille, les énerve...  Aufgang est explosif, Aymeric explosant ses fûts, déchainé comme un diable, tandis que ses deux comparses s'agitent sur leurs pianos comme plongés dans un état second, dansant et transpirant. Le très housy Good generation m'aide légèrement à redescendre, les harmoniques plus claires se mariant parfaitement aux samples lumineux, rappelant le soleil de Barcelone et les odeurs s'échappant du marché de la Boqueria. Si je vous dis que le show m'a envoûté, vous me croyez maintenant ?

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On y était - SayCet

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Saycet, Paris, Café de la Danse, le 23 mars 2010

D'un claquement de doigts, il est peu fréquent de se défaire d'une chape de plomb, sans cesse lestée d'innombrables soucis quotidiens. Mis à part s'adonner à de puissants psychotropes, inutile de dire que la doucereuse amnésie est loin d'inonder ma boîte crânienne aux tempes tapageuses. Les affres d'une vie diurne mal assumée s'amusent d'inénarrables frasques noctambules pour anémier cette noble envie de profiter des premières douceurs printanières. L'œil torve, l'humeur cyclothymique et quelques précieux cachetons paracétamolés goulûment avalés, je retrouve Émeline et son fidèle appareil photo à quelques pas du Café de la Danse. L'onirique trio SayCet vient présenter, un jour après sa sortie, Through the Window, album intensément émotionnel et longuement maturé, m'ayant déjà inspiré une logorrhée émerveillée éperdument retranscrite ici. De chape de plomb, il ne restera rien. Ou si peu.

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J'ouvre une parenthèse, histoire de vous enquérir de la seconde partie, DAUU, qui ne sera qu'évoquée partiellement dans ce qui suit. Pourquoi ? Je préfère rester poli... tout en me permettant de susurrer au creux de vos oreilles averties une mise en garde sévère et sans appel. Pas narcoleptique pour un sou, je n'ai jamais éprouvé une telle sensation de fatigue à l'écoute d'un groupe bien décidé à matérialiser l'ennui et sa morne redondance au contact paresseux de ses instruments (contrebasse, clarinette, violoncelle et accordéon). Paraît-il que la petite bande belge traînassait avec Ezekiel pour de capiteuses incontinences dub-électro... A d'autres ! La descente de trip est dure à encaisser... Il est tout bonnement inutile et insupportable de se faire mal de la sorte. La boîte à pandore s'ouvre pour ne plus se refermer, mon fiel ne connaît plus de limite : deux, trois crasses encore à balancer et, promis, je passe à l'essentiel ! Ce quatuor sans frite donc se nomme DAUU pour Die Anarchistische Abendunterhaltung. Mystère je vous dis, mystère... Un petit coup de réverso plus loin et hop, on trouve le sens caché de toute cette mascarade : "la soirée anarchiste". Autrement dit : n'importe quoi. Autrement dit, dès la fin du premier morceau - de oh... miracle ! quinze putain de minutes - où une note de violoncelle croise mollement la route de deux de contrebasse, et ce tandis que l'accordéoniste s'endort littéralement sur son instrument, je me casse. Voilà, purement et simplement. Je n'ai pas de mouflet, ma vie me tend encore les bras, alors pourquoi une telle invitation à se balancer sous le premier bus qui passe ? Un seul regret taraude ma gouaille compulsive : n'avoir pu apprécier à sa juste valeur l'état d'un public ayant enduré l'ensemble de ce monstre soporifique... Fin de la parenthèse.

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L'essentiel : l'iridescent trio SayCet. Petit détour contextualisant : quelques jours auparavant, les Anglais d'Autechre nimbaient la désormais Machine du Moulin Rouge de leur intense soleil noir, baignant la foule, lors d'un set halluciné, d'une obscurité la plus totale. Enseignement tactique, pour le duo d'électroniciens, il s'agit de présenter leurs déchirures électroniques pour ce qu'elles sont, à savoir une tumultueuse odyssée sonique, intérieure et extatique, dénuée d'artifices visuels. Un point de vue inconditionnellement recevable de par la qualité d'un show unique en son genre. Pour les Parisiens de SayCet, la logique déployée est de toute autre nature. L'utilisation de la vidéo s'avère consubstantielle à la dimension spectrale de leur électronica mélodique. Phoene Somsavath, excentrée au fond à gauche de la scène, fait face à son laptop et à son micro installés de biais par rapport au public. Pierre Lefeuvre, au centre, les yeux rivés à son écran, caresse des mains ses consoles et autres bidouilles digitales. Zita Cochet, à sa droite, tourne presque le dos au gradin du Café de la Danse, fixant son ordinateur, absorbée qu'elle est par le déclenchement en temps réel de projections sur trois surfaces aux formes originales (un écran, une lanterne et une pendule). Concentrés, ces trois-là ne donnent pas dans la prestation live conjuguant relents âcres de sueur et décibels. Sorte d'antithèse au bon vieux rock'n'roll, leurs silhouettes immobiles se distinguent à peine dans l'obscurité, quand le spectateur est invité à s'immerger dans un océan contemplatif où la rétine caresse et embrasse, par le mouvement d'images glissant d'une structure à l'autre, un univers cinétique éthéré, magnifiant la sensitivité d'un halo sonore aux profondeurs abyssales. Signe qui ne trompe pas, et qui souligne cette importance prise dans leur introspection musicale par ce volubile ballet d'images, filmées et réalisées par Zita mais aussi par Nolwenn Daniel et Amaël Réchin Lê Ky-Huong, le concert débute par Her Movie. Un morceau instrumental posant les bases de ce que SayCet insinue tout au long de Through the Window, entre divagations intimes mâtinées de notes de piano suspendues et emballement cardiaque issu de rythmes à la syncope viscérale. Bruyere et We Walk Fast nous envoient par la suite tutoyer l'indicible, Phoene irradiant de sa voix immaculée les aspérités de nos sens chavirés. Essentiellement confectionnée de plages extraites de Through the Window, l'embardée onirique du trio prend le cap - l'espace de deux morceaux, Trilogie et Maud Take the Train - de One Day at Home (Electron'y'Pop, 2005) déclinant une électronica diaphane délicieusement perlée d'une mélancolie que l'on n'ose réprimer. Reculer dans le temps pour mieux se projeter dans l'avenir, SayCet l'opère à merveille et offre avec Easy et Opal, deux des plus luminescents joyaux dont Through the Window est serti. Littéralement happé par la maestria sonore et visuelle du trio, c'est confortablement reclus dans son for intérieur que chacun entame la dernière saillie atmosphérique d'un concert où Chromatic Bird et Fire Flies font office de final étourdissant. Le beat conclusif de Fire Flies se répète en boucle tandis que les lumières de la salle martèlent effrontément leur crudité. S'extirper d'une telle nasse amniotique se meut alors en effort vertigineux, comme celui de (re)venir au monde et d'en accepter sa vulgarité. DAUU est là pour en attester.

SayCet se produira à nouveau au Café de la Danse le 20 mai prochain.

Photos

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Setlist

1. Her Movie (Through the Window)
2. Bruyere (Through the Window)
3. We Walk Fast (Through the Window)
4. Trilogie (One Day at Home)
5. Maud Take the Train (One Day at Home)
6. Easy (Through the Window)
7. Opal (Through the Window)
8. 15 (Through the Window)
9. Sunday Morning (Through the Window)
10. Chromatic Bird (One Day at Home)
11. Fire Flies (Through the Window)

Video



On y était - Autechre

Autechre, Paris, La Machine, le 20 mars 2010

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C'est à 22 heures précises que vos deux chroniqueurs, Aki et Thibault, toujours avides de plus de bruits et d'exigences élitistes, se pointent à la porte de La Machine, bravant la pluie et détournant les yeux des écrans projetant les minutes décisives d'un match France-Angleterre en dent de scie.

Elle s'en est allée La Loco, emportant dans ses wagons le gratin de beaufs arpentant Pigalle en perpétuelle quête de débauche et de castagne... Hummmm pas si sûr ! Et malgré la joie inextinguible d'apprécier enfin en live et en vivant l'un des duos qui fit la renommée de l'écurie Warp, les lourdeurs de la semaine commencent à se tasser méchamment au fond de nos chaussettes détrempées. Alors, avoir à se taper le pécore de province venu se pochetronner le cornet comme au Métropolis, comprenez qu'il y avait comme un manque d'amour dans nos cœurs. Surtout que stupéfaction, infarctus, incontinence... ce que nous pensions être un concert de deux heures se transforme, à la vue du line-up long comme un bras, en all-night long party... Autechre est annoncé à 01h45. Notre humeur se tend comme un fil de fer barbelé...

L'entrée dans les locaux de La Machine Molle ? Dans la lourdeur la plus totale... Et ne croyez pas que nous faisons référence à l'ouvrage de William Burroughs pour ses frasques opiacées ou sa superbe diablerie. Non, l'adjectif est ici hautement péjoratif, informant qui veut bien nous croire de passer son chemin et de boycotter cette discothèque banlieusarde implantée en plein Paname. Vestiaire obligatoire, fumoir riquiqui et intenable pour multiplex commercial de haut-standing, jeux de lumières digne d'un aérogare... Seul avantage le prix des boissons est raisonnable, enfin, si vous appréciez vous envoyer un dé à coudre ou vous farcir une canette de bière chaude à la paille. Qu'on arrête de nous bassiner avec la Machine et qu'on nous rende le Pulp !

L'âme en peine, les souliers raclant le sol, nous déambulons, perdus dans nos pensées, un verre à la main. Et ce ne sont pas les vagues mix electro-drum'n'bass pseudo-warpiens qui risquent d'allumer une quelconque étincelle dans nos esprits corrodés. Par moment, Thibault balance quelques baffes à un Aki, lové en position fœtale sur le sofa, pour s'assurer que ce dernier est bien vivant, quand un brusque attroupement extirpe vos deux hartziners d'une semi-léthargie méditative. Un début de couinement plus loin, Rob Hall commence un set... dur à décrire. Crissement et enchevêtrement bruitiste mesurés à 8.7 sur l'échelle de Richter. Le public s'affole, affublant l'homonyme de l'alpiniste néo-zélandais de divers encouragements sonores. Même si nous esquissons quelques sourires, c'est plus par moquerie, avouons-le, que par approbation. Aucun de nous deux n'étant réellement fan d'électro expérimental noise à la Merzbow, nous éprouvons toutes les peines du monde pour rentrer dans l'univers d'un musicien semblant jouer sur un nerf et tirer dessus à vau-l'eau afin d'obtenir mille souffrances différentes. Nos tympans, eux, signalent qu'il est grand temps de choper un verre et d'aller respirer le grand air frais du cagibi-cendrier.

Réveillés par ledit trouble-fête et ses hurlements de machines, nous partons dans de folles discussions à l'étage, au bar à bulles - seule véritable innovation de La Machine - n'écoutant plus que vaguement les mélopées bruitistes s'extirpant d'enceintes omniprésentes. Et ce... jusqu'à ce que les ténèbres rampent et s'insinuent sous nos pieds. A peine le temps de se retourner, qu'une aube crépusculaire ronge la scène en irradiant le spectateur de son soleil noir. Comme un seul homme, nous dévalons les dédales d'escaliers pour nous approcher et tenter d'en voir plus... Peine perdue : Autechre - ou Ao-tek-er - ne laisse aucune place à l'interprétation visuelle de son set, laissant le public échafauder ses propres cauchemars sur des rafales sonores alliant à la magie de Roland TR-606 et MC-202 de puissantes boites à rythmes Machinedrum. Peu après cette tellurique introduction, les deux musiciens nyctalopes - bien qu'un seul apparaisse distinctement au centre de la scène - égrainent un condominium de nappes cristallines qu'ils dénaturent par la suite en le cisaillant de toute part, avant de le faire littéralement exploser dans une pluie de pierres précieuses frappant violemment le plancher. Rupture / break / assaut : on retrouve le style inimitable du duo de Sheffield que l'on considère trop souvent comme un sous-Aphex Twin. Preuve en est, ce soir Autechre ne souffre d'aucune comparaison, raclant le cortex cérébral d'un public abandonné aux froissements métallurgiques et polaires d'un live trouvant sa source entre le savant Draft 7.30 et le dernier né Oversteps.

A peine le show fini, nous nous extirpons d'une salle on ne peut plus blindée... Le jeu en valait-il la chandelle ? Pfff ... Demandez à tous les petits nippons qui plantent leurs tentes trois jours dans le froid avant la sortie d'un nouveau Final Fantasy. Vous verrez ce qu'ils vous rétorqueront.

Audio


LFSM #2 : Soap & Skin

Soap & Skin, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, l'Alhambra le 24/03

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Je descends le canal Saint-Martin un peu lasse mais le cœur léger après la folle soirée de la veille à la Maroque (fantastique Jessie Evans !). Je sens que ce festival va laisser quelques traces indélébiles sur mon esprit en quête de nouveauté. Au programme ce soir : la très sombre Autrichienne Soap&Skin. Je frissonne à l'idée de me plonger dans l'univers gothico-dramatique de la très jeune Anja Plaschg. Mais la soirée commence par une agréable surprise. A l'Alhambra, nouvelle salle à quelques encablures de République, il y a des sièges ! J'ai l'impression que vous me trouvez futile là tout de suite. Bon, j'avoue qu'on ne fait pas le job le plus difficile de la terre, mais pouvoir se vautrer (avec dignité tout de même) dans des fauteuils pour assister à un concert qui a priori, mais c'est juste une spéculation bien sûr, ne va pas provoquer danse extatique et autres pogos, et bien c'est un luxe incomparable. Très bien, j'arrête là les considérations purement pratiques, mémé est contente, passons à la première partie.

Voila Jack November, frêle jeune fille allemande, qui, on va le découvrir très vite, partage bien plus que la "germanité" avec Soap&Skin. Maintenant, je vais vous demander un petit effort de mémoire. J'en suis certaine, vous avez regardé le Dracula de Coppola un nombre incalculable de fois dans votre période gothico-romantique (c'était avant le Emo), alors vous vous rappelez très bien la scène où Lucy (la copine rouquine a tendance chaudasse de Mina) se fait envoûter par Dracula devenu loup-garou, et finit sauvagement travaillée sur un banc de pierre dans le fond du jardin. Hein ? C'est de la musique que je parle, soyons un minimum précis voulez-vous ! Jack November de sa petite voix fragile réalise un set minimaliste avec orgue et sons synthétiques. C'est aérien, et dark à la fois, et je m'enfonce subrepticement dans mon fauteuil. Je résiste, me claque la cuisse, Vv ouvre les yeux !  Ah, c'est déjà fini. La jeune blondinette quitte la scène sans un mot. Les lumières se rallument, le public un peu déstabilisé se précipite sur le bar. Trop bien installée pour risquer la déconvenue d'un vol de place, je griffonne quelques notes et me perds dans la contemplation de mes concitoyens, un peu hagards il me semble, dans une configuration de salle à l'ancienne. Sur scène trône un rutilant piano à queue, un ordi portable posé sur le dessus. Soap&Skin joue ce soir accompagnée d'une formation à cordes. Ceci explique cela, j'imagine.

Et bien heureusement que nous étions assis. Si j'ai écouté Lovetune for Vacuum avec attention, prenant la mesure d'un talent presque indécent pour son jeune âge, je ne m'attendais pas à une performance d'une telle intensité. Les artistes revendiquent tous d'exprimer leurs émotions, leurs sentiments les plus profonds dans leur musique, et c'est parfois le cas. Mais Soap&Skin déballe tout, se met complétement à nue, exprime ce qu'il y a de plus sombre, violent et immoral en elle. On a qualifié sa musique de Dark Folk, pourquoi pas. C'est simple, la base de son travail est un piano/voix comme il en existe beaucoup. Tori Amos, Cat Power ou Emily Haines dans les plus récentes, se sont frottées à ce genre légèrement rébarbatif à mon goût. Anja, elle, ajoute une dimension organique à ce combo. Des sons de basses très puissants se déversent sur nous, accompagnés par le quintette (contrebasse, violoncelle, deux violons et une trompette). Sans parler de son incroyable voix à la douceur rauque et puissante, soutenue par un effet de réverbe permanent. Elle va passer tout le live derrière son piano, enchaînant les titres tous plus bouleversants les uns que les autres : tristes comptines avec Sleep et Spiracle, valses désespérées sur The Sun et Thanatos. Cette fille prend aux tripes avec cette rage contenue qui explose de temps à autre. Elle se lève brutalement de son piano, tangue sur ses frêles jambes, lâche un hurlement. Comme si ce concert remuait trop de choses en elle. La lumière vire soudain au rouge. Je vous parlais du Dracula de Coppola, nous sommes à la fin du film. Le soleil se couche, c'est la course-poursuite contre la mort. Soap&Skin exécute une danse macabre martelant son piano dans les graves pendant quelques minutes foudroyantes pour un morceau inconnu (peut-être DDMMYYYY retravaillé). Je ne sais pas quelle a été l'enfance de cette jeune femme mais à la lumière de cette rage inouïe, on ne peut qu'envisager le pire. Pour le dernier morceau, la bien nommée Marche Funèbre, elle se lèvera de son piano, et viendra nous affronter. Ce titre époustouflant sur l'album, prend toute sa mesure ce soir, porté par la prestance de cette chanteuse, dont la voix déraille parfois légèrement, ce qui m'émeut au plus haut point, je ne m'en cache pas. J'ai senti les larmes me monter aux yeux à plusieurs reprises durant ce concert. J'ai fini par en laisser couler quelques-unes lorsqu'à la fin, elle est revenue sur scène emmitouflée dans un grand sweat noir. Elle ne prononcera que d'inaudibles "Thank you" au public ovationnant son talent brut. Le regard perdu, comme si elle s'était trompée de pièce dans une immense maison de campagne.

Je suis repartie sonnée. Le canal a viré au noir huileux, tout comme mon esprit. Par endroit, quelques taches de lumière se sont collées sur ma rétine éblouie malgré toute la noirceur de cette personnalité hors norme qu'est Anja Plaschg. Un grand moment du festival.

credits photos : © Sarah - Le HibOO

LFSM #1 : Jessie Evans + Lonelady

Jessie Evans + Lonelady, Festival Les Femmes s'en Mêlent, Paris, La Maroquinerie 23/03

Première soirée du Festival LFSM, le boss m'envoie sur le terrain "Vv pour toi ce sera Jessie Evans". J'acquiesce sans protester, car c'est aussi ça le job de dévouée serviteur à la cause du Rock. En temps normal, je me renseigne un minimum sur l'artiste dont je vais juger la performance, c'est le b.a ba me direz-vous. Mais parfois, on se met dans la peau du spectateur lambda qui venait peut-être ce soir pour voir Lonelady et ne connaissait Jessie Evans ni d'Eve ni d'Adam. Je ne sais pas pourquoi mais ce nom m'évoquait une énième chanteuse folk à guitare sèche, et je ne m'impatientais pas vraiment à la perspective de chroniquer une prestation sans surprise (note pour plus tard : se racheter une intuition).

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Ébullition dans la salle, je me fais la remarque qu'il y a bien du monde pour une première partie peu ou pas connue. On installe des étoiles dorés dans le fond de la scène, comme un mini-décor improvisé à la va-vite. Un homme aux airs de Clark Gable fait son apparition, le look jazzman des années 20 impeccable jusqu'au bout des souliers. Il s'installe à la batterie. Suit une femme chapeautée jazzy elle aussi, qui prend place derrière des percussions installées de l'autre côté de la scène. Les lumières baissent, roulement de tambour. Déboule alors une véritable show girl comme on n'en croise peu, Jessie Evans va tout casser. Vêtue d'une combinaison qui la transforme en femme serpent, fardée comme une danseuse du carnaval de Rio, et arborant avec fierté ce qui semble être un coquillage géant à facettes sur son crâne, la diva entame une danse endiablée.
Joséphine Baker Vs Lizzie Mercier Descloux, voila comment je définirais le phénomène Jessie Evans, qui s'avère Oh surprise ! être une saxophoniste de génie. Mais de quoi on parle ? Après concertation, je dirai Afro Disco Punk. Sur une bande aux sonorités synthétiques avec une basse dominante, se déchaîne à la batterie notre impeccable Clark Gable, soutenu par les percus qui donnent cette touche afro à faire remuer tous les derrières du 20ème arrondissement. Là-dessus se plaque la voix grave de Jessie, assez proche de Glass Candy par bien des aspects, alternant avec ses performances notoires au sax et au levage de jambe (la droite surtout). Mais mettre des mots sur cette musique n'est pas si aisé à vrai dire. Il manque un pan entier du show.
En effet, on se retrouve par moment au milieu d'une course poursuite de bagnoles dans Lost Highway, le rythme est haletant, les coups de freins sauvages. Lynch adorerait Jessie Evans, cela ne fait aucun doute. Car la dame chante aussi bien en anglais qu'en espagnol, ce qui nous emmène Oh hasard ! dans le théâtre absurde et dramatique de Mulholland Drive. Angelo Badalamenti ne l'aurait certainement pas nié, cette sombre bande originale nous rentre dans le sang, et le public se déchaîne dans la danse. Voilà pour le côté obscur.
Car à l'inverse, la femme serpent semble toute droit sortie d'un cabaret burlesque comme il s'en est recréés par dizaines dans son San Francisco natal. De la Californie à Berlin où elle vit aujourd'hui, il manque un détour par Mexico, où elle semble avoir puisé les notes très opérettes de son univers punk, disco et absolument branque !
Au bout d'une heure de show épique, on est forcés d'admettre que l'émerveillement est une denrée rare aux abords des salles de concert parisiennes. Alors quand il apparaît gaiement aux premiers jours du printemps, la foule s'emballe comme un seul homme pour le célébrer en ululant de plaisir! Et avec une Jessie Evans se jetant furieusement dans la foule pour danser comme si sa vie en dépendait, nous avons eu une belle démonstration de ce qu'il est encore possible de créer dans un monde musical où même l'indé se révèle souvent incapable de produire des lives véritablement intéressants. Si la Show Girl passe dans votre coin, n'hésitez pas une seconde, c'est pour votre bien.

lonelady_rebecca_miller_4Il semblerait que l'ego si sensible et pourtant tellement sur-dimensionné de votre cher Akitrash soit passé complétement inaperçu aux yeux de la belle Vv, totalement happée par la prestation reptilienne d'une Jessie Evans hors-de-contrôle. Mon charisme aurait-il perdu de son prestige ? Peut-être, à l'égal de nos attentes envers la jeune mancunienne, dont le passage sur les planches était plus qu'attendu après la surprise de son Nerve Up qui fait toujours surchauffer nos platines.
Première déception, ce live s'entame par un cafouillage dû à un ingé son un peu maladroit, l'équalisation des instruments est mal fichue, volume de micro trop bas, tambourinage de batterie excessif... If not now apparaît comme un ratage total. De plus Julie Campbell apparaît crispée comme jamais et déjà exténuée le morceau à peine terminé. Ça ne sent pas vraiment bon, tout ça. Le public, pourtant là pour elle, l'acclame comme jamais alors que la petite demi-heure qui suivra, la magnétique rouquine s'enfermera dans un mutisme absolu, enchaînant l'un après l'autre les morceaux de son album, qu'elle interprétera néanmoins avec une rigueur extrême.
Cela dit le spectateur s'attend lui à autre chose qu'à une vague resucée des 10 titres qu'il écoute inlassablement depuis plus d'un mois et espère une prestation scénique à la hauteur du prix de son billet. Cependant pas de Cattletears pour se consoler, seulement un Bloedel, face B pas tellement convaincante du pourtant sublime single Intuition. Quelle excuse trouver à Lonelady qui entame sa tournée européenne par ce concert statique, avec seulement quelques arcs électrisants comme sur Marble, qui réflexion faite, pourrait devenir le prochain must-ear de la mystérieuse Miss Campbell.
Mais c'est sans adieu que le trio quitte les planches, nous laissant avec désamour, désillusions et un manque concret de conviction sur cette prestation. Pas de rappel, et que la lumière fut ! Le public est invité de ce pas à éjecter, direction maison. Même si je fus très largement déçu comme la plupart de mes voisins qui s'en allaient en bougonnant, je savais malgré tout dans mon petit cœur que je laisserai une seconde chance à cette jeune artiste sur laquelle repose tout le poids d'une génération qui ne souhaite pas mourir, mais cette question ne plus rester à jamais en suspens : "Fear no more", réellement?

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On y était - Festival Clapping Music

flyerfestivalcmDix ans que le label Clapping Music œuvre pour la musique indépendante. Dix ans de mélodieuses rencontres, de King Q4 à Lauter en passant par Ramona Cordova, Centenaire, Yeti Lane, ou encore François Virot, double tête d'affiche de ce mini festival. Émeline et Thibault se sont rendus à chacune de ces deux soirées hautes en couleurs, vous réservant par la suite un dossier spécial Clapping autrement étayé. Un compte-rendu comme mise en bouche donc.

Karaocake, Lauter et Reveille, Festival Clapping Music, 9 mars 2010, L'International

Les festivités commencent avec le tout jeune Karaocake, timide trio dont le premier opus, Rows And Stitches est sur le point de paraître. A cause de l'heure de retard réglementaire, la foule déjà nombreuse se fait pressante autour de la petite scène de l'International. Malgré leur jeu de scène à peu près aussi dynamique que celui d'une huître en pleine action, les trois camarades conquièrent facilement le public avec leur pop Casio aux relents de plastoc. Miss Karaocake, initiatrice de ce projet qu'elle a mené en solo pendant de longues tournées avec François Virot, se débat entre son carnet de notes et les gommettes qu'elle a collées sur les touches de son clavier et dont elle n'arrive plus à voir la couleur. Son camarade Charlotte Sampler - qui n'a de féminin que le prénom - jette également des coups d'oeil répétés à ses papiers entre chaque chanson tandis que Domotic - par ailleurs membre de Centenaire -, plus à l'aise, leur vole un peu la vedette. Mais cet amateurisme charmant n'enlève rien à la précision soignée de ces chansons cheap et mélancoliques. Un groupe à suivre.

La soirée se poursuit sans plus de transition qu'une bière avec Lauter, accompagné pour l'occasion d'un remarquable batteur. C'est en grande partie grâce à son jeu aussi délicat que tranchant que les morceaux blues-folk-psyché de Boris Kohlmayer gagnent en profondeur. La fatigue aidant, on se laisse volontiers emporter dans son univers d'un sombre vert d'eau. Grâce à son perfectionnisme - son dernier album a nécessité par moins de douze séances d'enregistrement - le concert prend un tour captivant.

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On pouvait compter sur Reveille pour nous sortir de cet état presque béat. Le nouveau projet de François Virot, accompagné de Lisa Duroux à la batterie et d'un bassiste non-identifié qui les a rejoints il y a quelques semaines seulement, consiste en un raffut pop-grunge emmené par le jeu brutal de la batteuse. On devine rapidement qu'elle ne doit pas jouer de son instrument depuis bien longtemps, mais personne dans l'assemblée ne semble en faire cas : l'enthousiasme de son jeu forcené est communicatif. On a presque l'impression de voir un enfant qui se réjouit d'avoir trouvé un nouveau moyen de pourrir les oreilles de ses parents. François, quant à lui, très classe dans son jogging trois bandes - mais il pourrait jouer en charentaises qu'on lui pardonnerait - brode sur cette trame épaisse avec la voix de fausset qu'on lui connaît bien depuis son effort solo de 2008. Si les mélodies peinent à émerger de cette bouillie sonore, le résultat est on ne peut plus réjouissant. Oui, d'aucuns reprocheront à Reveille son manque de bouteille, et on ne pourra leur donner tort. Mais sa fraîcheur est contagieuse et, malgré les multiples pains, on en sort l'éternel sourire angélique de François scotché aux lèvres et orné d'une furieuse envie de vivre.

Emeline Ancel-Pirouelle



Centenaire, Yeti Lane et Clara Clara, Festival Clapping Music, 10 mars 2010, Le Point FMR

J'ai longtemps procrastiné ce report, mais ne m'en voulez pas, le pain sur ma planche ressemble cet an-ci à un énorme campagnard comme on n'en trouve plus qu'à Sarlat. Inutile donc d'y voir un quelconque désintérêt ou méprise de ma part, d'autant que la maison de disque artisanale Clapping Music fait coup double à l'occasion de son dixième anniversaire : si Centenaire et Yeti Lane viennent présenter leurs nouvelles compositions/formations néo-folk, les électrisants Clara Clara égrainent à nos oreilles le jour de sa sortie leur Comfortables Problems.
Ça sent déjà le début du printemps, je parcours en sifflotant les quelques rues qui me séparent du Point FMR. Il est 18h, Paris me laisse un bref répit dans sa course à l'absurde. Je rejoins Émeline, le temps de s'en griller une et de commander une mousse fraîche, puis nous retrouvons Amélie, Charles et François de Clara Clara, pour une interview-conversation aussi sympathique que bordélique. Sans doute un peu ma faute, mes questions étant pour la plupart posées à l'emporte pièce. Sans doute un peu la leur, une polyphonie de réponses amusées m'étant le plus souvent rétorquée. L'heure tourne, les verres se vident, l'interview est dans la boîte. On laisse la petite bande reprendre ses quartiers dans la minuscule loge du Point FMR et notre attention se déporte maladroitement vers un écran géant déployé on ne sait pas trop pourquoi en plein milieu du bar. La voix de Jean Michel Larqué résonne, l'antre de la maison blanche bouillonne sous nos yeux et c'est contraint et forcé que je tire une croix sur le match de l'année. A défaut de onze Lyonnais en partance pour l'exploit, trois vont nous en mettre plein les oreilles. Je gagne au change.

La salle se remplit vite. A l'intérieur, tout le monde se connaît : on sent bien que le nombre d'invités et inversement proportionnel à celui des quelques malheureux s'étant fendus d'une modique somme pour dénicher un billet. Quoi de plus logique que d'être entouré de ses proches pour souffler ses bougies. L'ambiance est donc à la détente, les gens s'apostrophent, se tapent sur l'épaule, les groupes ayant joués la veille (Karaocake, Lauter) squattent les abords de la scène quand les compils - éditées pour l'occasion par Clapping et distribuées gracieusement à l'entrée - circulent avec gourmandise.
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Les bien nommés Centenaire, dont le premier effort n'a pourtant que quatre ans et dont le premier succès d'estime, The Enemy, est paru l'année dernière, se présentent en trio. Batti originellement sur une formule acoustique, Damien Mingus (My Jazzy Child), Aurélien Potier et Axel Monneau (Orval Carlos Sibelius) furent rejoint lors de la composition de The Enemy par Stéphane Laporte (Domotic) qui insuffla par l'intrusion d'une batterie minimaliste une fièvre électrique qui n'allait plus les quitter. Si le départ d'Axel n'élimine pas de fait l'influence folk acoustique du groupe, celui-ci fait quasi table-rase de son passé : seul un titre ré-adapté de The Enemy fait partie de la setlist de ce soir. C'est donc dans un inconnu teinté d'ambiances feutrées que Damin Mingus nous embarque, sa voix évoquant tour à tour la mélancolie doucereuse de Jason Lytle, puis celle monocorde et captivante de Christopher Adams (Hood). Assurée selon le principe des chaises musicales, l'instrumentation révèle toute sa richesse à mesure que s'étirent les morceaux. On reste suspendu à certains silences comme on se prend à fermer les yeux sur d'indolentes arabesques de claviers. Une rythmique sèche mais volubile permet à une guitare de générer de vibrantes nuées sonores qui planent négligemment avant de fondre dans le creux de nos oreilles charmées. Le set est court mais démonstratif : en 2010, il faudra compter sur ces Parisiens d'une profondeur d'âme que l'on jure abyssale.

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Un point score et une bière sifflée plus loin, c'est perdu au milieu d'une foule compacte que je me glisse dans l'espoir d'apprécier au mieux le désormais duo Yeti Lane. Il s'agit de leur premier concert sans le grand LoAc, eux qui avaient déjà débaptisé Cyann & Ben, leur ancien groupe, suite au départ de ladite Cyann. Mon attention est d'entrée subjuguée par l'amas de claviers, d'amplis et de machines diverses et variées que l'on croirait au moins destiné pour un quinquet. En général, ce type de surcharge pue le pâté. Mais il n'en est rien et chacun s'installe, face à face, dans sa moitié de scène respective : Ben au chant, à la guitare et aux claviers, Charlie derrière l'imposante batterie, entourée de synthétiseurs et autres quincailleries clignotantes. Ils ne sont pas là pour rigoler et nous non plus. Un faible éclairage rougeoyant confère au groupe une aura presque mystique que l'entame de set, tout en progression rythmique, ne fait qu'abonder. La plupart des morceaux joués sont extraits de leur premier album éponyme (2009) - le quatrième si l'on compte ceux de Cyann & Ben - parmi lesquels quelques titres inédits annoncent d'ores et déjà un maxi prévu pour 2010. J'avoue sans mal m'être laissé porter par ces structures folk à la fois carénées d'éléments krautrock (la répétition, les rythmiques) et d'influences psychés. Cette intime narcose tissée de sonorités extatiques est donc à situer quelque part entre Turzi et Zombie Zombie (ces derniers ont - comme par hasard - remixé certains de leur morceaux, à écouter ici), la guitare de Ben produisant par moment une étrange écume synthétique à la fois orgasmique et insidieuse. Et si la forêt d'instruments prend clairement le dessus sur les voix, provoquant d'irrémédiable montées d'adrénaline, l'ensemble, sur la durée, s'avère d'un relief très contrasté, Lonesome George en constituant l'Everest infranchissable. Il fait atrocement chaud, les lumières se rallument : j'ose à peine avouer le réconfort qu'elles m'inspirent pour aller m'humecter le gosier.

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On connait leur réputation, ils nous la confirment entre deux sourires : les Clara Clara préfèrent la spontanéité à la rigueur, le bruit à la dentelle, l'envie à la réflexion. Il n'est pas nécessaire d'écouter en long, en large et en travers leur second album, Comfortable Problems, pour se convaincre que le disque est taillé pour la scène et qu'un concert de ces trois-là peut s'apparenter à un déluge sonore particulièrement jouissif. Bien sûr, il y aura toujours ces langues de vipères qui maugréeront en regardant leurs pieds..."ça a déjà été entendus mille fois", "pfff c'est hyper simpliste, ça vaut pas tout le buzz qu'on en fait"... Mais à vrai dire, on s'en tape : un concert où transpire autre chose que l'émotion, où ce qui suinte laisse un goût amer et salé sur les lèvres, vaut parfois toutes les explications du monde. Et à ce titre, comment être déçu ! La batterie de François, jouant debout, au centre et équipé d'un micro-casque lui conférant un air de famille avec toute les divas blondes que la planète dénombre, est réduite à son strict minimum bien qu'étant la pierre angulaire du groupe. Le clavier d'Amélie, apparemment tombé en rade et remplacé sur le champ par l'un des quatre-vingt dix mille que possède Yeti Lane, est disposé à gauche quand Charles occupe le flanc droit, muni d'une basse élégante qu'il porte haut. Une nouvelle fois dans cette soirée si particulière, il s'agit de mettre de côté un passé pas si lointain, où le groupe jouait au milieu du public, sans micro et sans sonorisation autre que des amplis, éructant une musique rêche et abrasive à la manières des Américains de Lightning Bolt. En effet, aucun des morceaux du groupe contenus sur l'album AA (SK records, 2008) ne sera joué, quand la voix de François s'invite pour aérer des compositions qui, malgré la rage inextinguible qu'elles contiennent, ne sombrent jamais dans une violence bête et méchante. Dès les premiers morceaux et We Won't Let You Alone, le public fait corps à cette noise-pop sur-vitaminée et balancée à toute blinde. Le clavier d'Amélie donne une profondeur mélodique évidente à ces hymnes foutraques savamment distillés où la basse, d'une épaisseur saturée à faire pâlir Brian Gibson, cadence âprement un rythme mitraillé par un François Virot aussi frêle que transfiguré sur scène. Under the Skirt, Lovers puis Versus Education Of Artistic Peace finissent de me convaincre de la puissance de feu des Clara Clara qui, à défaut de révolutionner un style largement galvaudé par une palanquée d'imposteurs, s'évertuent à tirer vicieusement sur la corde de chacune de nos terminaisons nerveuses dans l'espoir de provoquer un démantibulement visible de nos membres endoloris. Pas le temps de souffler et de laisser les guiboles se détendre que la sagacité de leur set prend à nouveau à la gorge et époustoufle, tant la gouaille ravageuse des garnements martyrise au centuple nos tympans sur les tubesques One One One, où Amélie - ressemblant étrangement à Kim Gordon moulée dans sa robe blanche - ouvre le morceau en tintamarrant des baguettes sur une chaise, et Paper Crowns que toute la salle attendait pour exulter. La communion est totale, le gâteau d'anniversaire largement entamé. Il fait affreusement moite, chacun a au moins renversé sa bière sur le voisin, quand ce n'est pas sur soi-même, mais tous - ou presque - ont ce regard mielleux de la concupiscence assouvie. Je ne veux pas en savoir plus et je m'infiltre dans la nuit. Mes oreilles sifflent et siffleront jusqu'au petit matin.

Clap Clap Clapping, et longue vie.

Thibault

Photos

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crédits photos : Emeline Ancel-Pirouelle © pour hartzine

On y était - Hot Chip

hotchipHot Chip, Paris, lundi 8 mars au Bataclan

Un hiver qui n'en finit pas. Le moral dans les chaussettes. Il n'en fallait pas plus pour se précipiter au Bataclan lundi dernier, voir ou revoir le groupe le plus emballant des dance floors : HOT CHIP ! Certes nous sommes lundi soir et le public parisien peut se révéler versatile. Certes One Life Stand, le dernier opus des anti-stars menés par Alexis Taylor, surprend quelque peut "le fan" par des choix parfois... hum... limites. Certes. Mais nous ne sommes pas à une contradiction près, et l'envie de se faire plaisir sans se poser de question s'impose comme une évidence en ces temps frileux. Or c'est exactement ce qui va se passer ce soir.
Exit Pantha Du Prince, annulé à la dernière minute. La salle se réchauffe sans se faire prier, l'excitation monte, les verres se vident. La scène déborde d'instruments, guitares, claviers, boites à rythmes comme autant d'outils pour installer le son synthé/pop d'Hot Chip. Le décor apparaît à l'image de la pochette, nous sommes donc dans la Grèce Antique...! Soit. Arrivent enfin les cinq fantastiques. Si vous n'avez jamais eu le privilège de contempler les membres du groupe, vous vivez probablement un choc frontal. En effet, le fluet Alexis Taylor fait plus penser au petit frère tendance nerd de votre meilleur pote qu'à sexy/back Justin Timberlake, sans parler de George Goddard (la deuxième moitié créative des chips) qui me fait immanquablement penser à mon oncle Alec très porté sur la charcutaille sous toutes ces formes. Pas exactement ce à quoi on s'attend, plongés tout entier dans les hymnes au déhanchement universel comme le quintette sait en produire par pelletés ! Ce décalage improbable n'est-il pas finalement ce qui nous emballe tant? Comment ne pas être touché par ces types un peu gauches qui se secouent de tout leur être sans aucun complexe (Goddard aux claviers est un spectacle désopilant à lui tout seul) !
Pour ce qui est de l'interprétation de leurs morceaux, on enlèvera immédiatement le terme "gauche" de notre vocabulaire. Car l'assurance des anglais lorsqu'ils envoient Hand Me Down Your Love, et Thieves In The Night n'est plus à démontrer. Dommage que le son du Bataclan soit à la limite du merdique, nos pauvres oreilles ne sont pas ménagées et la qualité du show en pâtit. Il faut faire abstraction.
Les premiers titres comptent parmi les meilleurs de l'album. Mes acolytes de la night fever et moi prions pour que le groupe oublie de jouer I Feel Better et Brother, deux morceaux à la limite de la blague potache, mais nous n'y coupons pas... Un constat s'impose malgré tout : car ce qui sur l'album sonne cheap et pas chip, à quelques encablures du terrrrrible What Is Love de 91, nous fait rire et danser comme des kékés et c'est ça qui est bon. Personne ne boude son plaisir ce soir. L'ambiance fait parfois penser à ces soirées en boite improvisées dans une petite ville de province, c'est inégal mais on s'en fout. Heureusement le niveau remonte avec le titre phare de l'album One Life Stand et avec une flopée de titres tirés des albums précédents : Hold On et Over And Over finissent de mettre le feu a la salle, qui se soulève en rythme, portée par l'énergie dévastatrice du combo anglais. Les visages rougeoient, la sueur éclabousse. La voix d'Alexis Taylor impressionne. Entre castrat et reine disco, la douceur et la mélancolie s'associent dans une célébration puissante de la musique comme arme de danse massive.
Le groupe quitte la scène après un rappel triomphal sur le titre le plus à l'image de l'esprit d'Hot Chip, Ready For The Floor. Bombe indémodable. Le bain de good vibes a fait son effet, le sourire aux lèvres, nous quittons la salle avec une force renouvelée pour affronter le froid et la vie, la vraie.

Audio

Hot Chip - I Feel Better


On y était - Broken Bells

Broken Bells, Paris, Lundi 1er mars 2010 au Nouveau Casino

Tout le projet Broken Bells, fruit de la collaboration entre James Mercer, chanteur de The Shins et Brian Burton, aka Danger Mouse, est basé sur l'effet d'annonce. En effet ce n'est qu'en décembre 2009 que nous apprenions la naissance de cette rencontre iconoclaste soit trois mois seulement avant la sortie de leur premier album et, ce n'est que fin février 2010, que nous est annoncé 10 jours plus tard la tenue d'un concert à Paris, première date de leur mini tournée européenne. Mais que vaut cette collaboration au final ?

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En attendant de pouvoir contempler le chat et la souris, en première partie, nous avons Joker's Daughter, le projet folk de Brian Burton avec la jeune jeune chanteuse anglaise multi-instrumentiste Helena Costas. Ils ont commencé à collaborer ensemble en 2003. Mais avec les diverses collaborations de Danger Mouse (Gorillaz, Danger Doom..),  le fruit de leur session d'enregistrement n'a jamais pu aboutir sur un album fini. Jusqu'à l'année dernière où finalement The Last Laugh sort sur Domino Records. Arrivé tout juste pour la dernière chanson, force est de constater que sur scène Helena et ses compères se sont juste trompés de fête, l'épiphanie et les couronnes de galette des rois le 1er mars, c'est has-been ! Ajouté au chapeau du fou du roi d'Helena, on ne va peut être pas commencer à parler musique maintenant...

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Broken Bells ou la rencontre de deux grands hommes. Brian et James font connaissance en se croisant sur divers festivals avec leurs groupes du moment, Gnarls Barkley pour l'un et The Shins pour l'autre. Même si certains membres d'Hartzine n'aiment pas forcément tout ce qu'a pu produire Danger Mouse, force est de constater qu'avec l'âge Mister Burton se bonifie et ses collaborations sont de plus en plus intéressantes aussi bien musicalement qu'artistiquement parlant (on se souvient alors de l'admirable travail fait autour du projet Dark Side Of Your Soul avec le regretté Sparklehorse).
Il aura fallu tout de même un an pour que Broken Bells sorte leur premier album et ce 1er mars est un peu particulier pour ce "super groupe". C'est tout juste leur 2ème concert et il se tient seulement une semaine avant la sortie officielle de leur album. Un vrai test grandeur nature en somme. Mais cet événement n'était apparemment pas assez vendeur ou annoncé trop tardivement pour pouvoir remplir le Nouveau Casino. On pouvait ainsi encore acheter ses places au guichet. Seuls les nombreux curieux et aussi tout le gratin habituel de la hype  médiatique parisienne sont présents dans la salle.  En déposant mon matériel au vestiaire, une gentille dame de chez Magic essaie de placer sa une de magazine (avec Broken Bells) au comptoir du vestiaire, il n'y a pas de petit profit comme on dit. On arrive devant la scène et on découvre la setlist. On commence déjà à côté de moi à réviser le refrain du single vitaminée The High Road qui ouvrira le concert. Sur l'album, Brian et James jouent de tous les instruments et assurent à eux seuls la composition des morceaux. Sur scène, ils sont accompagnés par quatre autres musiciens.
L'instant de vérité a sonné. Les deux compères arrivent sur scène ovationnés par la foule se faisant pressante aux premiers rangs. James à la guitare et au chant et Brian à la batterie, la grande route peut commencer ! Des petits problèmes de son pour leur première chanson n'empêchent pas d'admirer la voix du sosie officiel de Kevin Spacey. En plus du traditionnel éclairage de la salle, on a droit à un véritable spectacle visuel avec des projections vidéo qui jouent habilement avec les visages et ombres des artistes présents sur scène. Ces projections sont toutes inspirées de la pochette du disque : graphique, épurée et colorée. Jouant les morceaux dans le même ordre que celui de l'album, on a finalement plus l'impression d'assister à une écoute privilégiée de ce dernier qu'à un véritable concert. Heureusement le spectable prend une toute autre ampleur lorsque Brian décide se mettre au piano à côté de James. Au premier plan, on a les deux compères face à face se donnant la réplique à grands coups de montées vocales pour l'un et de notes de clavier pour l'autre, énorme ! Après 10 bonnes chansons bien mouillées et passés par de grands moments d'émotion (Citizen ou October) , le duo Danger-Mercer  repart en coulisses devant l'admiration et les acclamations du public. Pour faire durer un peu plus le plaisir, ils reviennent sur scène non pas pour jouer des inédits (il paraît que pas mal de titres sont déjà en boîte pour un second opus) mais pour nous offrir une séance de reprises et pas des moindres : Don't Let It Bring You Downde Neil Young et Crimson & Clover de Tommy James and the Shondells. Du pur bonheur !

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Merci à Fabrice de chez Phunk