On y était - Les Nuits de l'Alligator

alligatorvisuelprovinceneutreLes Nuits de l'Alligator, Paris, samedi 27 février à la Maroquinerie

Programme alléchant et ultra-buzzé ce samedi à la Maro. La sauce a monté toute la semaine grâce à l'un de nos célèbres concurrents, résultat : plus une place, les prix au black relevant du grotesque pour cette petite soirée aux accents bluesy. La raison d'une telle excitation ? Clues. Leur premier album modestement intitulé Clues (2009) est passé à peu près inaperçu au moment de sa sortie. Leurs lives ont largement rattrapé cette injustice, bouche à oreille aidant, nous y voilà ! Mais avant de découvrir ce bijou canadien, nous allons avoir droit à un début de soirée épique...

She Keeps Bees ouvre la danse, la rage au bord des lèvres. Combo minimaliste hyper réussi : Jessica Larrabee et son batteur Andy Laplant nous plaquent au sol avec un rock des marécages, râpeux à souhait. La voix de cette chanteuse n'est pas sans rappeler Cat Power, Patti Smith et même parfois Janis Joplin. Elle s'avère d'autant plus impressionnante que les titres s'enchaînent sans baisse de régime. Cette grande brune à l'allure Girl Next Door, qui s'enrage contre sa guitare, jure d'impatience comme prise au dépourvu, nous livre un live simple, brut et beau. Rien à dire, son armée d'abeilles a produit un nouveau genre de miel, bien relevé en bouche.
Arrive un type à la casquette de capitaine. Turner Cody ? Mmm non. James Levy fait son apparition, guitare en bandoulière, seul et triste (parce qu'il n'était pas annoncé au programme ?). Quatre titres beaux, tristes et prévisibles plus tard, non sans humour, le chanteur nous demande si nous voulons un titre fun. "What ? You're here to party ?" C'était une blague bien sûr. Et pan ! Un dernier hymne à la déprime pour une danse macabre sur la tombe d'un petit garçon, décidément, le bayou n'est pas loin...

2010-02-27-0059La scène s'installe dans un joyeux bazar d'instruments, une, deux, trois batteries. La salle respire, pleine comme un oeuf, il est temps de se mettre a table. Deux barbus font leur apparition. Sourires en coin, chapeaux et vieux costumes étriqués, ces deux-là étaient faits pour s'entendre. Le rouquin (un peu pété) Turner Cody et le brun taciturne Ya Ya (Herman Dune) improvisent une sorte de parade nuptiale de zicos sur la scène de la Maro. Le featuring se concentre essentiellement sur les morceaux bien blues de Cody, qui a invité qui ? Peu importe, le numéro fonctionne à merveille. Les deux barbus hirsutes se surpassent dans cette battle qui n'en a pas l'air, Ya Ya les yeux rivés sur les doigts magiques de Turner Cody. Les deux grands oiseaux déplumés enchaînent les pas de danse improvisés, on s'amuse avec eux. Cody, en entertainer borderline, assure le show avec des textes d'anthologie entre chaque morceau. "I never understood the point of wearing powdered wiggs" Tout le monde se regarde, essayant de se remémorer les cours d'anglais antédiluviens... Neman le batteur finit par interrompre le soliloque de Cody "No one understand what you're sayin' man" Fou rire, et riffs bien envoyés. C'est un vrai bon moment, on se croirait presque au saloon un soir d'été sur les bords du Mississipi. Pause, mes jambes commencent à avoir du mal à me tenir.

2010-02-27-0081Arrive un nouveau barbu, la ray-ban est noire, la toque est vissée sur le crâne malgré une chaleur torride. Un clavier trafiqué. Clues ? Mmm, non. Un deuxième inconnu à la dégaine Berlin 1920 fait son entrée, sort une flûte de sa mallette. Les lumières s'éteignent. Le duo à l'allure théâtrale va nous plonger pendant cinq minutes dans une ambiance moyen-orientale des plus inattendues, encore une surprise au programme. Le raybanisé toqué envoie de gros sons tripant avec son clavier, et pousse une mélopée en ce que l'on suppose être de l'arabe, son acolyte étrange sosie de Christopher Walken souffle dans sa flûte mystique venue toute droit du souk cairote. Et c'est terminé en moins de temps qu'il en a fallu pour installer et désinstaller leur matériel. C'était Jerusalem In My Heart. Pause. Sifflage de bière. Aspirage de nicotine. Les derniers invités surprise ont laissé le mystère de leur intervention flotter dans l'air saturé de la salle.

2010-02-27-0103Enfin notre patience est récompensée par l'arrivée des cinq Canadiens de Clues. Deux batteurs, dont le fondateur du groupe Brendan Reed (présent dans la formation originelle d'Arcade Fire avant Funeral), deux claviers Ben Borden et Nick Scribner entourant Alden Penner (déjà à l'oeuvre chez Unicorns). Pas le temps de faire les présentations, le groupe envoie Haarp, et l'on comprend immédiatement les influences multiples qui foisonnent dans l'esprit de ces types. Rien à voir avec Arcade Fire à qui on les compare souvent. Et pourtant, on décèle une emphase théâtrale dans l'intense présence de Penner, qui n'est pas sans rappeler ces "autres" canadiens. Ce dernier, étrangement vêtu de marron de la tête au pied, le crâne rasé de près, ne se départira pas une seconde de son sérieux. Comme si sa vie (peut-être) tragique y était contée. Arrive le single Perfect Fit. Etrange morceau. Tout commence au piano, la voix de Penner monte, accélération. Pause. Envolée vocale. Batterie rapide. Accélération. Envolée. Et brutal changement de rythme pour un final aux antipodes de l'intro. Je n'aime pas résumer un live, ou un groupe, mais Clues semble quand même accroché a ce leitmotiv bien installé. Et le volume est tellement fort, que je vois mes compères de show froncer les sourcils à chaque fois qu'une montée va exploser dans nos oreilles... C'est sur, Clues sait souffler le chaud et le froid comme personne. Le contraste entre la voix de Penner et le martèlement des deux batteries cloue le public. La rage des Pixies, la douceur mélancolique proche de Radiohead période Ok Computer, et la déglingue de Pavement aux entournures. Tout nous renvoie à ces groupes qui ont inventé leur propre langage musical. Sauf peut-être Muse, et oui je sais, ça fait bizarre de citer un groupe de rock FM qui remplit le stade de France mais on ne peut ignorer une ressemblance parfois confondante dans les fameuses envolées vocales du chanteur à tendance schizo. Après un rappel à la limite du couvre-feu, Reed le batteur viendra timidement au micro, entonner You Have My Eyes Now, émouvant final à un concert secouant. Il nous laissera impatient de revoir Clues avec un nouvel album à nous mettre sous la dent.

Bonus

She Keeps Bees - Gimmie
Tuner Cody - Iren
Clues - Perfect Fit


On y était - The XX & These New Puritans

The XX et These New Puritans, festival Super! Mon Amour, Jeudi 18 février 2010,Paris, La Cigale

Point d'orgue du festival Super! Mon Amour, ce 18 février a des airs de Saint Valentin retardé. Hé oui ce dernier était un peu le cadeau rêvé si vous aviez quelque peu négligé votre moitié le 14 février...
A 19h, déjà une longue queue aborde l'entrée de la Cigale, le temps de faire le tri sélectif de flyers, on peut enfin entrer dans la salle. Le tout Paris est au rendez-vous. Toutes les places du balcon sont réservées, on se fait une petite place près de la scène pour pouvoir apprécier à sa juste valeur The place to be in paris ce jeudi.

These New Puritans

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Désolé les amis. Car avant de côtoyer les cieux, il faudra survivre à l'expérience expérimentale d'outre-tombe de These New Puritans. La scène s'assombrie et l'intro de We Want War arrive imposante et les premiers murmures de Jack Barnett se font entendre... Au revoir les bons sentiments et bienvenue dans un monde où les hommes sont devenus des machines au service du bruit... Aucune interaction avec le public n'est possible... Une chute libre sans fin. Un show déshumanisé, essentiellement consacré à la présentation de leur second album Hidden, mais qui ne laisse personne indifférent. Soit on adhère soit on subit... On subit surtout... Peut-être qu'au-delà de leur trip dark-médiéval, sur scène les TNP ont l'air plutôt de jeunes anglais dépressifs. On se sent pris au piège... Les jeux de lumière laisse peu de place pour prendre des photos ou même filmer (n'est ce pas Arte ahah).  Bref, ils n'ont pas fini d'agacer et ce n'est pas avec leur prestation de ce soir que les avis vont changer.  Ce concert laisse le même constat amer aux nombreuses personnes avec qui je discutais de leur prestation "je ne comprends vraiment pas leur deuxième album...". En résumé, beaucoup de bruit pour pas grand chose. Aux dernières nouvelles Saint-Malo recherche toujours activement le chanteur Jack Barnett qui s'est visiblement perdu en Bretagne annulant ainsi la prestation du groupe à La Route Du Rock deux jours après leur prestation à Paris...

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The XX

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Un grand rideau blanc cache la scène, quelques notes surgissent, un grand X apparaît alors. Oui Paris appelle au secours les 3 minots de Wandsworth, tel Gotham City appelant Batman, pour pouvoir épurer leur âme ce soir-là pervertie par les incantations de These New Puritans. Le temps passe pour The XX mais leur succès ne fait que s'amplifier. Tout va vite, si vite, peut être trop vite pour eux. De leur showcase au Motel à leur prestation de ce soir, il s'est à peine écoulé 8 mois. 8 mois d'encensement mondial après la sortie de leur premier album et Paris, ce soir, ne déroge pas à la règle. On est sous le charme. Leur show est à l'image de leur musique: épuré, minimaliste, puissant et fragile à la fois. Fort est de constater que Romy et Jamie chantent tellement bien que leurs voix vous touchent au plus profond de votre âme et qu'on reste suspendu à leurs lèvres. Sur certains passages, mon cœur balance entre prendre des photos ou juste apprécier le concert et tendre ma main à ma douce, dur dilemme. Leur prestation est hypnotique et le public parisien est ravi de cette soirée et souhaite se faire entendre...Jamie, Romy & Oliver se retirent donc sous les applaudissements après en laissant tourner leur remix de You Got The Love de Florence & The Machine. Si vous voulez les voir en concert, leur prochaine date parisienne est prévue le 14 juin prochain à l'Olympia... Mais c'est déjà complet!

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Merci à Esther de chez Beggars

Audio

Florence & The Machine - You Got The Love (The XX Remix)

Video


On y était - Little Dragon

l_33ea90f846b32fd7f217c9ae9de7c043Little Dragon, Le Point Ephémère, Paris, Le 23 février 2010

Je dois avouer que je ne savais pas très bien ce que je faisais là. L’écoute de l’album Machine Dreams sorti l’été dernier ne m’avait pas convaincu. Que vaut réellement Little Dragon ? Pour partager 2 titres sur le prochain album de Gorillaz, ils doivent bien avoir un secret et leur concert de ce soir devait m’aider dans ma recherche. Yukimi, Hakan, Fredrik et Erik, ces 4 là se sont rencontrés sur les bancs du lycée à Göteborg il y a une quinzaine d’année. Ils ont touché au reggea africain et au rnb à leurs débuts. Il en reste des traces et ça a certainement dû plaire à Damon Albarn. Leur musique oscille entre un trip-hop à la Martina Topley Bird et une pop très électronique dont Bjork version « début » n’aurait pas à rougir. Dans les 2 cas, yukimi et ses accolytes se jouent des frontières. Ici, une mélodie japonaise en fond sonore. Là, une rythmique africaine pour donner le ton. Machine Dreams propose une musique « sensible et magnétique, avec la volonté de faire des chansons calibrées pour les dancefloor ». Voilà comment le groupe parle de son second opus. Démonstration sur scène ce soir. Yukimi Nagano est une pile. Elle occupe la scène et bien plus encore… Elle passe au milieu de la foule, essaie d’emmener tout le monde dans ses pas de danse… raté. Le public reste stoïque et très franchement, les suédois méritaient mieux. Même l’excellent afrobeat du rappel n’y fera rien. Il y a des soirs comme ça où l’on rate un rendez vous faute d’entrain… Little Dragon a tout tenté mais pas tout perdu, je repars convaincu. Le troisième album est en préparation. D’ici là, l’effet Gorillaz aura joué. J’ai dans l’idée que l’attitude du public aura changé…


On y était - Under Parisian Lights au Grand Rex

ugwnl-illustrationSamedi 27 février, 20 h. Malgré le vent et la pluie, une foule de gens habillés en rouge et noir se presse devant le Grand Rex. Rassemblement des fans de Jeanne Mas ? Que nenni. Ce soir a lieu l'unique projection française - et la première en Europe - d'Under Great White Northern Lights, le documentaire consacré à la tournée canadienne des White Stripes. Hartzine s'est glissé au troisième rang.

Sugar never tasted so good

A notre entrée dans le cinéma, les premières notes de "Jimmy The Exploder" résonnent dans la salle, et tout le monde commence déjà à piaffer d'impatience. La projection du film n'est pourtant pas prévue pour tout de suite. On a d'abord le droit à une petite mise en bouche constituée de cinq clips marquants du groupe, projetés dans l'ordre chronologique décroissant : "Conquest" (Diane Martel, 2007), "Icky Thump" (The Malloys & Jack White, 2007), "Blue Orchid" (Floria Sigismondi, 2005), "The Hardest Button To Button" (Michel Gondry, 2003), et enfin "Seven Nation Army" (Alex & Martin, 2003). Et si l'on est très content de revoir ces excellentes vidéos sur écran géant, on se demande un peu pourquoi certaines ont été évincées de la sélection finale, comme les excellentes "Fell In Love With A Girl" ou "I Just Don't Know What To Do With Myself", respectivement réalisées par Michel Gondry et Sofia Coppola. On est pressé de voir le documentaire, certes, mais on aurait volontiers patienté un peu plus longtemps pour voir l'intégralité des clips. Apparemment, les organisateurs sont pressés, et ça s'enchaîne si vite qu'on manque de s'étouffer avec notre pop-corn.

I can't wait

La lumière à peine rallumée, Olivier Cachin débarque en effet sur scène, manifestement un peu stressé. C'est lui qui a la lourde tâche d'interviewer Emmet Malloy, le réalisateur du documentaire, et Mike Sarkissian, son producteur, venus exprès de Los Angeles pour les beaux yeux des Parisiens. On n'apprendra pas grand chose de cet entretien expédié à la hâte et avec un accent anglais digne d'une vache espagnole, si ce n'est qu'Under Great White Northern Lights est, aux dires de Malloy, très fidèle à la réalité de cette tournée de 2007 et que pas grand chose n'a été coupé au montage. Ce dernier revient également sur la difficulté à filmer une tournée à la fois si ambitieuse et si modeste : rappelons que les White Stripes, pour leur premier passage sur les terres canadiennes, avaient décidé de ne pas réserver leur venue aux grandes villes et à leurs immenses salles ; il a donc fallu parcourir le pays en long, en large et en travers pour filmer le duo dans les endroits les plus improbables - on ne vous en dit pas plus pour l'instant, place au rockumentaire.

The union forever

ugwnl-posterDès la première scène, la particularité de cette tournée est mise en avant. Jack White affirme : "Nous souhaitions jouer dans des villes où il ne se passe rien habituellement". C'est vrai qu'Iqaluit, coincée entre rien et l'océan Arctique et comptant moins de 8000 habitants, ne doit pas avoir l'habitude d'accueillir d'événements plus rock'n'roll que la fête du poisson. C'est donc dans ce genre de localité que les White Stripes vont tourner plusieurs semaines durant. Comme si ça ne suffisait pas, le groupe a décidé de faire, dans chacune de ces villes et en sus du traditionnel concert du soir, une performance surprise dans un lieu insolite annoncé parfois seulement dix minutes avant. La première scène du documentaire montre ainsi des jeunes errer dans les rues de Nova Scotia en hurlant "Où est Jack Whiiiiite ? Où est le concert ?" Nos pauvres amis, s'ils ont finalement réussi à trouver le lieu du spectacle, n'auront eu le droit cette fois-ci qu'au tristement célèbre "One Note Show". Oui, une seule note. Mais jouée par les White Stripes, s'il vous plaît. Un peu plus tard, on voit le groupe jouer au bowling de Saskatoon (et quand je dis "jouer", je parle à la fois du bowling et de la musique) devant une foule hilare, et puis dans un bus, dans un bateau, ou encore à l'obscur Wildcat Café devant trois personnes, dont un bébé. Mais le clou de cette tournée off reste la maison de retraite d'Iqaluit, où le groupe va, une heure durant, discuter, jouer et manger du caribou avec de vieux Inuits qui ne parlent... qu'Inuktitut (la langue des Inuits, donc). A chaque fois, les White Stripes semblent savourer ces moments uniques, auxquels on assiste avec enthousiasme : "Quand tu vis un moment unique et improvisé, les chances de le reproduire sont quasi nulles. Ce qu'on aime avec ces concerts gratuits improvisés, c'est qu'on les organise quelques heures avant et on se jette à l'eau sans calcul, et hop, advienne que pourra" (Jack White). "Ce n'était pas comme une tournée habituelle où on se pointe simplement à la salle de concert pour faire un gros show. Ça impliquait beaucoup plus de réflexion et de choses à organiser. Et je pense que ça a été beaucoup plus intéressant de faire ces petits concerts parallèles, d'apprendre plein de petites choses sur les villes qu'on visitait. Dans une tournée traditionnelle, on ne visite jamais vraiment les villes dans lesquelles on joue. Ces concerts nous ont permis de vraiment voir du pays" (Meg White).
Entre ces épisodes étranges, on retrouve les White Stripes et leur son énorme sur scène, et je crois qu'aucun mot ne pourrait décrire assez bien ce qu'il se passe entre ces deux-là et le public. Pendant que Meg se balance devant sa batterie, possédée mais sous contrôle, Jack torture sa guitare et sa voix pour en tirer le blues le plus violent jamais inventé. Le concert à l'hôtel Savoy de Nova Scotia (14 juillet 2007), à l'occasion duquel le groupe célèbre ses dix ans, apparaît comme particulièrement dantesque, même si le documentaire n'en dévoile qu'à peine deux minutes. Il a par ailleurs été filmé dans son intégralité pour le DVD Under Nova Scotian Lights, pour l'instant disponible exclusivement dans le coffret collector et hors de prix commercialisé sur le site des White Stripes. On espère sincèrement pouvoir l'acquérir séparément bientôt car non, aucun mot ne pourra remplacer cette vision, mais notre compte en banque a tout de même ses limites.
Pourtant, les mots, ce n'est pas ce qui manque à Jack, toujours prompt à s'exprimer sur le groupe lors des séquences d'interview qui entrecoupent le documentaire. Un passage en particulier révèle le travailleur acharné, ambitieux et jamais totalement satisfait qu'il est : "Dix ans plus tard, on travaille toujours dans la même boîte. Une partie de moi en a marre de se forcer à bosser à l'intérieur de cette boîte, de devoir créer des choses dans cette boîte, mais je me dis que quelque chose de bien pourrait en sortir. [...] Parfois, il faut juste se forcer à aller bosser, et peut-être que quelque chose de bon va en découler. Il faut parfois se forcer, réserver cinq jours de studio intensif et se forcer à composer l'album dans ce laps de temps. Les contraintes de travail et de temps peuvent donc te rendre créatif. Au contraire, se dire qu'on a tout le temps, les moyens et l'argent du monde pour faire un album peut tuer toute créativité. Sur scène, j'utilise les mêmes guitares que j'utilisais il y a dix ans. J'aime me compliquer la vie le plus possible sur scène. Par exemple, si je fais tomber mon médiator, je dois traverser la scène pour aller en chercher un nouveau, je ne veux pas en avoir dix de collés sur mon pied de micro. Je mets les claviers aussi loin que possible sur scène pour faire l'effort de bouger. Mes guitares sont vieilles et se désaccordent tout le temps... Ce sont plein de petites choses pour créer et garder une certaine tension sur scène. On n'utilise pas de setlist non plus pour que chaque concert ait sa vie propre. C'est important car sinon, quand on est organisé, réglé, accordé, prévu à l'avance, que les techniciens s'occupent de tout, des balances, etc., tout est parfait... Donc il ne peut rien se passer ! Tu enchaînes alors ces shows ennuyeux dans les stades, tous les mêmes, les uns après les autres". Amen. Que le peuple soit rassuré : les White Stripes ne sont pas morts, car Jack White n'abandonne jamais.

She just doesn't know what to do with herself

Si les fans n'apprendront rien de neuf grâce au documentaire (amateurs de potins s'abstenir), ce dernier offre en revanche l'occasion de mieux cerner le rôle de Meg White, difficile à définir d'habitude à cause de sa très grande discrétion. Même ici, son portrait ne se dessine qu'en négatif, écrasée qu'elle est par l'ombre de son génial ex-mari. Elle s'exprime extrêmement peu, et quand elle prend la parole, le volume de sa voix est tellement bas qu'Emmet Malloy a été obligé de sous-titrer en anglais chacune de ses interventions - d'après ses dires, Jack aurait bien rigolé à l'annonce de ce subterfuge. Impitoyable Jack. Il prend tout de même le soin, à la fin du film, de préciser que c'est elle qui est discrète, et que ce n'est pas lui qui monopolise volontairement l'attention lors des interviews. La pauvre Meg, intimidée par la caméra qui se braque subitement sur elle, n'a pas grand chose à répondre à son partenaire qui lui demande de s'expliquer : "Je suis une personne silencieuse... Qu'est-ce que je peux dire d'autre ? [...] Ça n'a rien à voir avec toi [Jack]." Au fur et à mesure du déroulement du film, on se prend de sympathie pour cette femme dont on voit le mal qu'elle a à s'imposer au sein du groupe. Il est vrai que cohabiter avec une personnalité aussi imposante que celle de Jack White ne doit pas être facile tous les jours, et on doit avoir vite fait de se sentir un moins que rien comparé à lui. Ce dernier ne perd apparemment pas une occasion de la malmener, parfois de façon un peu cruelle, si bien que l'on a du mal à discerner la limite entre l'affection qu'il lui porte et l'exaspération que provoque son mutisme ("Pardon, quoi ? Personne ne peut jamais entendre un mot de ce que tu dis. Pardon, tu disais ? Et voilà, maintenant elle ne veut plus le répéter"). Et pourtant, le bruit que fait cette "personne silencieuse" sur scène ! Si elle paraît très effacée dans le quotidien du groupe - pour ce qu'on peut en voir ici, du moins - elle reprend la place qui lui revient à chaque concert et fait partie intégrante de la musique des White Stripes, malgré sa contribution quasi-nulle aux compositions. Il faut donc rendre à Meg la place qui lui revient : elle n'est pas la potiche incapable de jouer plus de trois notes que certains ont cru pouvoir remplacer en deux temps, trois mouvements. Elle est simplement une personne discrète, qui ne prend aucun plaisir à s'autocommenter - et puis Jack le fait déjà bien assez. On espère sincèrement qu'elle aura un jour la force de revenir sur scène nous faire profiter de son coup de pied incroyable et de son jeter de cheveux imparable. Et puis, comme le dit un des morceaux des White Stripes, "Truth doesn't make a noise" [La vérité ne fait pas un bruit].

Red rain

Ce ne serait pas rendre justice à ce documentaire que de ne pas dire un mot de ses choix esthétiques. Le film, entièrement tourné en 16 mm (format utilisé jadis pour les scopitones), alterne le noir et blanc, le noir et rouge et la couleur. Cette dernière, rarement utilisée, est très pâle, et met l'accent sur les trois couleurs emblématiques des White Stripes, le noir, le blanc et le rouge. Cette façon très sobre d'envisager la couleur pour mettre uniquement l'accent sur les teintes significatives rappelle le film injustement méconnu de Jean Giono, tiré du livre du même nom, Un Roi sans divertissement. Dans ce dernier, tourné en couleurs, émerge seulement le rouge, qui joue un rôle à part entière dans l'histoire. On retrouve cette cohérence esthétique chez Emmet Malloy qui, habitué aux goûts des White Stripes dont il a déjà réalisé deux clips avec son frère Brendan - "Icky Thump" et "You Don't Know What Love Is (You Just Do What You're Told)" - colle parfaitement aux exigences de ces control freaks de l'image. Malgré le montage parfois chaotique, on ne peut qu'admettre que cette image sublime au grain émouvant ne pouvait pas mieux correspondre au son du groupe. Avant la projection, Malloy a d'ailleurs admis avoir réalisé un "documentaire à l'ancienne, comme la musique des White Stripes".

Si les fans seront forcément ravis par Under Great White Northern Lights, les autres apprécieront d'avoir suivi pendant une heure et demi le duo dans cette immense et atypique tournée et savoureront les extraits de concerts savamment choisis. Les White Stripes sont un groupe à part, c'est certain, et ils ne manquent pas de nous le rappeler avec ce documentaire filmé à l'ancienne et forcément imparfait, mais qui dame le pion à toutes les productions froides et sans goût dont on nous assomme tous les jours. La dernière scène, filmée dans un noir et blanc profond et contrasté, exprime l'évidence qui se dessine depuis 1999 et la sortie du premier album de Meg et Jack. C'est cette relation sourde entre les deux ex-amants, l'incroyable compréhension télépathique et physique qui existe entre eux sur scène, la souffrance inavouée de Meg, et surtout cet amour latent qui font des White Stripes un groupe hors pair. Certes, ils n'ont pas inventé grand chose de plus que la réinterprétation d'un blues aussi modeste que féroce. Certes, leur musique est simplissime. Mais quand ils reprennent la "Death Letter" de Son House au piano, épuisés et collés l'un à l'autre, c'est beau à pleurer.


Toutes les citations des White Stripes sont extraites du livret - fait à la va-vite, mal traduit et pas très ami avec l'orthographe, mais utile quand même - distribué au Grand Rex et faisant office de sous-titres en français.

Vidéo


On y était - Jackie O'Motherfucker / Jeremy Jay

Jackie O'Motherfucker et Jeremy Jay, Route du Rock Session, 22 février 2010, Café de la Danse

Ce lundi soir crachotant, pas vraiment remis d'un week-end à cent à l'heure, entre déluge électrique (Chokebore) et orgasmie dancefloor (Desire, Glass Candy), je me prends à compter mes heures de sommeil sur les doigts d'une main quand Jeremy Jay nous rejoint. A l'occasion d'une session organisée par la Route du Rock, qui étrennait sa cinquième collection hivernale du 19 au 21 février, le dandy à la mine blafarde partage l'affiche avec les Américains de Jackie O'Motherfucker. Une drôle d'affiche, car mis à part leur stakhanovisme discographique respectif, peu de choses réunissent les deux formations. Jeremy Jay n'était d'ailleurs pas de la programmation festivalière. Dans l'immédiat, on s'en grille une avant de prendre la direction du Trucmush, un troquet sympa non loin du Café de la Danse. Bien aidé par Fab et Nadia - pour le coup, je n'ai eu qu'à siffler l'happy hour - Jeremy répond à nos questions avec une certaine bonhomie. Sirotant son Perrier menthe, il veut nous parler de Splash, son futur disque, qu'il annonce sous des hospices plus lo-fi que les deux précédents A place where we could go (2008) et Slow Dance (2009). Délaissant les années quatre-vingt et une cold-wave dont il extirpait avec nonchalance un groove suranné mais diablement efficace, le trentenaire au visage de jouvenceau s'attaque désormais aux nineties de Pavement et Sonic Youth. Au dépouillement d'une guitare sèche matinée de claviers succède l'abondance sur disque et sur scène de deux guitares électriques. Cause, conséquence, il n'a pas de guitare adéquate pour satisfaire notre invitation à s'exécuter en acoustique pour nous, rien que pour nous... et notre rédac chef (qui télécommande cette entrevue de son Doubs d'élection). Notre caméra a d'ores et déjà repris rendez-vous avec le jeune homme : cette Hardy session doit se faire.

La nuit s'immisce paresseusement dans l'étroit passage Thière provoquant une molle stupeur de cadran : les horaires du Café de la Danse ne sont pas ceux de ma pendule interne déglinguée. Sans révolte, je prends mes cliques et mes claques et je me traîne sous une pluie fine et revigorante. 19h30, je me retrouve seul, le cul vissé sur l'un des fauteuils que compte ledit Café. Les Jackie O'Motherfucker sont déjà en piste. J'ai loupé deux morceaux, à savoir : la moitié du set...

jomf

Je ne vais pas vous la faire : je connais autant Jackie O'Motherfucker que je suis resté sobre ce foutu week-end... et ce malgré leurs seize années d'existence pour à peu près autant d'albums pondus. Avec un nom pareil, on peut s'attendre à tout. Le groupe d'abord : fondé autour du multi-instrumentiste Tom Greenwood et du saxophoniste Nester Bucket, JOMF a mué sous la forme d'un collectif à géométrie variable en fonction de divers projets discographiques. Musicalement, si l'on fleurte avec les paysages sonores des canadiens de Godspeed You! Black Emperor, les JOMF contractent un refus quasi systématique d'emballer leurs divagations psychés sur une rythmique échevelée. La science improvisée de la retenue, de la frustration sinusoïdale, voilà ce que nous offrent les membres présents de JOMF. Ces derniers cultivent un style très olympique d'hiver. Les quatre trappeurs arborent presque tous d'inquiétantes chemises à carreaux, le visage serti d'imposantes binocles que l'on jure incassables. Le temps de me demander quelle distance sépare l'Orégon de Vancouver - sans doute une blinde - que la batterie, discrète, tout en cymbales, effeuille progressivement l'appréhension d'un public venu s'enquérir en masse du grand blond. Fatigue aidant ou pas, je m'accommode sans effort d'une virée cosmique de bon aloi, fermant les yeux tout en laissant mes sens s'éprendre de cette vaporeuse déferlante de guitares atmosphériques triturées de pédales d'effets. Insaisissable dans sa forme, la musique des Jackie O'Motherfucker fait étale, même pour le novice que je suis, d'une formule addictive de bonne facture. Une étreinte versatile et fuyante telle une caresse rêvée. Un peu plus et je m'endors sur les genoux de mon voisin... Et pas de rappel. Logique : ce serait repartir pour vingt minutes. Le public n'est pas prêt à ça. Avec regret je vois une jeune fille s'assoir à ma droite : ses genoux ont l'air très confortables. Je me console encore aujourd'hui avec la captation live de Saint-Malo qu'Arte.tv propose sur son site :

Jeremy Jay pointe le bout de sa mèche bien coiffée. Son groupe est composé quasiment des mêmes musiciens qu'au dernier concert de l'échalas quatre mois plus tôt à la Maroquinerie. Ce qui est de mauvais augure tant celui-ci avait été aussi éprouvant pour les oreilles que pour les guiboles. Au moins là, on est assis. JJ trône au centre de la scène, entouré à sa gauche par un second guitariste aux cheveux rabattus sur le visage et à sa droite par un bassiste dodelinant expressivement de la touffe. Seul le batteur est nouveau : on s'excusera donc pour lui de ses approximations. Ses musiciens, rencontrés ici et là, sont payés à la date : leur je-m'en-foutisme et leur turn-over n'a donc rien de très étonnant, les cachets n'étant pas mirobolants ma petite dame... JJ entame pied au plancher un set mariant classiques de son répertoire et morceaux de Splash à paraître le 25 mai (K Records / Differ-ant). Malgré une voix réverbérée retrouvée, n'ayant pas à ferrailler avec des saturations crasses malvenues, un malaise subsiste : ses antiennes d'alors perdent de leur spontanéité à deux guitares quand les nouveaux morceaux sont par définition méconnus d'un public légèrement amorphe (encore un coup de Jackie ça...). JJ enchaîne plus vite que la musique, essayant, en vain et malgré sa timidité apparente, de briser la glace (Breakin the Ice est joliment exécuté). Le faux dadet sautille, mais on sent qu'il n'y est pas. C'est donc dans son répertoire pêchu qu'il excelle tant bien que mal, envoyant valdinguer un Gallop de haute volée. Preuve en est que le garçon a du talent, mais que celui-ci est décalqué sur scène telle une ébauche floutée de ses compositions. Car, merde, j'ai pourtant écouté Splash... et je ne reconnais là, de façon évidente, que deux ou trois morceaux dont As You Look Over The City et Whispers Of The Heart. Pas les plus dégueulasses d'ailleurs.

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En le contemplant finir sont set comme ses morceaux, en les bâclant sur les entournures, je me demande si après Slow Dance, Jeremy n'aurait pas eu besoin d'un peu de "vacances créatives". Une interdiction de composer ou de toucher une gratte pendant six mois ou quelque chose comme ça. Une façon de se retrouver et de rassembler ses bonnes idées. Mais bon, il faut bouffer et séparer le grain de l'ivraie ne semble pas être sa priorité. Dommage, car à trop vouloir en faire on tue le savoir-faire. Le sien, auparavant cristallin, joue dangereusement avec le sens commun et risque à un moment ou un autre de faire un beau Splash. C'est facile je sais, mais comme à la Maroquinerie, après une heure de concert, la salle se vide avant même le rappel. Comme on dit : qui aime bien châtie bien. Et souhaiter du repos à quelqu'un ce n'est pas la mort.



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On y était - Chokebore

Chokebore, Festival Super Mon Amour, 19 février 2010, la Maroquinerie.

Chokebore.(c) Magali Boyer / www.magaliboyer.com

Il est très difficile de conjuguer rigueur journalistique et amour de jeunesse. Forcément, lorsque j'ai su que Troy Von Balthazar, James et Jonathan Kroll et Christian Omar Madrigal Izzo reformaient Chokebore, ce fut l'immédiat branle-bas de combat dans ma boîte crânienne déjà perturbée. Peut-être l'unique occasion de les revoir, de sentir à nouveau cette énergie brute s'éprendre de mes membres, peut-être aussi la dernière occasion de les rencontrer, de leur poser les mille questions qui se bousculent au portillon de ma jeune conscience professionnelle. Que dire aussi de cette sensation étrange de les avoir quitté hier et de les retrouver sept ans plus tard. Flash temporel, j'étais parmi ceux qui, un soir d'avril 1998, dans la petite salle du Chabada d'Angers, avaient tutoyé les cimes de l'ivresse rock dans un concert bouillonnant et agressif comme je n'en ai plus revu depuis. J'avais dix-huit balais et le groupe présentait son quatrième disque, presque à domicile, Black Black ayant été enregistré par Peter Deimel au studio Black Box d'Angers fondé par le regretté Ian Burgess. La fatigue de tournées interminables ne se lisait pas encore dans leurs yeux. Disponibles, emprunts d'une générosité sans pareille, le groupe ne rechignait pas à discuter avec les quelques fans restés après le concert. J'en étais bien sûr, muni de l'intérieur du livret de Montionless, voyant Troy s'envoler à la renverse, photocopié en A3. Ils s'en étaient amusés, chacun d'entre eux gribouillant, à mon plus grand plaisir, diverses annotations. Troy, lui, avait ajouté une légende à cette photo le représentant. Quelques mots gravés au fond de ma rétine pour un long moment : i'm jumping for my life and i hope i make the landing. Un condensé de ce qu'était Chokebore à mes yeux ébahis : entre décharge d'électricité frustre et romantisme d'une voix profonde et torturée, entre sagacité des mélodies et coloration d'un vide existentiel. Le gris terne, celui du doute adolescent, qui se trouvait là constellé poétiquement d'émotions pures, sans concession dans leur entièreté.

Et puis, ces concerts, qui ont fait leur nom, ont fini par les lasser. Troy le premier, désirant quitter les mers démontées de la distorsion pour gagner, seul, la quiétude de la composition acoustique. It's a miracle clôturait une discographie, dont il sera bientôt question dans ces pages, avec ce morceau de bravoure, sans appel, She Flew Alone, dernier ressac acrimonieux du groupe avant l'éclatement et la dispersion. Chacun poursuivit alors ses propres chemins de traverse, Troy vivotant de part l'Europe, la guitare sous le bras, Jonathan installé à Berlin, se consacrant à sa peinture et à sa famille. Rien ne laissait supposer que la porte à une reformation demeurait entrebâillée. Rien, sauf peut être entendre Troy chanter, seul face au public, uniquement muni de sa guitare et de quelques pédales d'effets, certains morceaux d'A Taste For Bitter et de Black Black. L'essence de Chokebore a toujours coulé dans ses veines, il l'admet, et c'est au moment où l'électricité le démangeait de plus en plus que l'idée s'est imposée d'elle même : retrouver son groupe, faire quelques concerts, prendre du bon temps et temporiser pour la suite. Pas une promesse mais bien une une perspective. C'était sans compter sur l'engouement qu'une telle décision allait provoquer pour un public qui n'a rien oublié d'eux, et qui, au contraire, s'est même élargi. En ce 19 février à la Maroquinerie, on croise aussi bien des jeunes têtes blondes que de vieux briscards de la scène indé. Cette date unique en France (pour le moment) fut annoncée début novembre. Quelques jours suffirent pour que le concert affiche complet. Comme on dit dans le jargon propre à ce week-end de festivités, c'est une SUPER ! bonne pioche. Une de plus.

Ce n'est qu'en janvier que l'on sut que le "Chokebore + guest" s'était converti en "Chokebore + Prince Miiaou". Chat échaudé ne craint pas toujours l'eau chaude, dire que j'ai volontairement évincé le Prince Miiaou ne correspond pas à l'exacte réalité des choses. Et ce malgré la prestation tout en contrastes de Maud-Elisa Mandeau lors du Mo'Fo' 2010. Happé par la mise en boîte captivante de l'interview de trois des quatre Chokebore, James, le bassiste, ayant préféré laisser son frangin répondre en son nom, je mets un certain temps à rassembler mes idées, fatalement submergées par la générosité et la simplicité qui se dégagent de leurs regards et de leur paroles rassérénées. Je les quitte, un brin ailleurs. Le Prince Miiaou, imposé par Chokebore au programmateur du festival, débute son set, le temps pour moi d'aller épancher ma soif et mes premières impressions sur un coin de comptoir salement fourbi. Quelques minutes s'évanouissent entre regards étourdis et bouts de cigarettes rougeoyants et c'est dans une drôle de cohue que je pénètre dans une Maroquinerie pleine à craquer. Le public est bigarré, venu des quatre coins de l'hexagone pour l'événement, formant une masse compacte et indistincte se répandant dans les moindres recoins de la salle. La tension est palpable jusqu'à l'étincelle, l'embrasement qui s'empare comme un seul homme de l'assistance lorsque la lumière décline. Troy et Jonathan (guitare) prennent place, le sourire aux lèvres, suivi de près par James et Christian (batterie). Le groupe est dans sa configuration d'A Taste for Bitter (1996), ce qui explique le peu de morceaux joués extraits des deux précédents albums (Motionless, 1993 et Anything Near Water, 1995).

Troy, de son rire reconnaissable entre tous, avoue être content d'être là, remerciant déjà la foule de sa bienveillance, signe qu'ils ne se reforment pas pour rien. We're going to have fun tonight siffle-t-il entre ses dents que déjà les accords acérés de Ciao L.A. retentissent dans toutes les caboches d'une assistance déjà conquise. Un morceau d'entame tout sauf anodin puisque son refrain était le signe d'un groupe qui en avait assez de s'époumoner sur les routes... I'm looking back against the tour of Black Black... Ils reprennent les choses là où ils les avaient laissées sept ans plus tôt, égrainant fiévreusement deux morceaux d'It's a Miracle dont Little Dream. A Taste For Bitter puis Popular Modern Themes insinuent dans leur registre différent la marque de fabrique de Chokebore, cette faculté à ériger la tristesse et la mélancolie en moteur à explosion. Les têtes hochent, les lèvres dessinent les paroles de chaque couplet, refrain, les yeux se ferment, s'écarquillent. Narrow et la basse saisissante du fantasque James remuent les premiers rangs quand Days of Nothing, de son chant désabusé repris de mille voix, suggère dans la moiteur environnante la magnificence du désespoir amoureux. S'ensuit le moins connu, Sections, enchaîné à un She Flew Alone tout en intensité dramatique, présent sur Strange Lines EP , que certains prendront pour ce qu'il n'est pas à savoir une nouvelle composition. Troy, le visage inondé de sueur, commence à demander les faveurs du public pour la suite à donner au set. Il joue, le groupe suivant rigoureusement sa setlist pré-établie, mais c'est avec un amusement non feint qu'il reçoit l'entière discographie de Chokebore criée à la volée... Jonathan glisse un arpège et Police s'étire alors dans toute sa fragilité du long de ses sept minutes, laissant à chacun un répit de circonstance.

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(c) Magali Boyer / www.magaliboyer.com

La guitare ciselée de Bad Things puis la rage écorchée d'Alaska électrisent à nouveau un public de plus en plus chancelant, la température monte irrémédiablement, quand Person You Chose finit de me convaincre que ce concert est en courant alternatif, le groupe ayant choisi d'alterner ses morceaux les plus doux et mélancoliques à ceux les plus durs et revêches. Exemple encore avec It Could Ruin Your Day, où Jonathan prend un malin plaisir à faire pleuvoir les décibels, et The Perfect Date et son rythme poisseux qui concluent un set semblable à une succession de sauts de haute voltige. La foule suintante exhorte le groupe à revenir, les applaudissements tempêtent et c'est James le premier qui réapparaît. Il rigole, plaisante avec le public, et reprend sa basse entonnant les premières notes du déglingué One Easy Pieces à la puissance mélodique de feu. Immédiatement après, Troy promet a good depressive song, celles qu'il affectionne tant, et c'est You Are the Sunshine of My Life qui caresse mes oreilles le temps d'un flirt avec l'absente, celle qui enchante mon être, aujourd'hui lessivé de satiété. A concert exceptionnel, final d'anthologie, les premières notes sibyllines de Coat font naître un émoi hors du commun dans la salle, avant que celle-ci n'explose littéralement dans un déluge sonore non loin du chaos. Troy brandit sa guitare d'une main, salue la foule, remercie avec émotion chacun d'entre nous, Christian, ruisselant de sueur, jette ses baguettes au milieu d'un public pantelant. Les lumières bousillent les yeux, hébété je regarde mes pieds, personne n'ose s'en aller. Le trop plein d'émotions se dissipe dans le silence du chacun pour soi.

Pour l'occasion de cette mini tournée européenne, le groupe a compilé quelques titres rares ou en version inédite. Je cherchais des yeux ladite compil' à l'entrée, ne trouvant que Les, fidèles au poste, Boutiques Sonores, et c'est Troy, Jonathan James et Christian, revenant ensuite sur scène, démunis d'instruments mais les cartons bien pleins, qui en assurent eux-même le merchandising. Chose étonnante pour le quidam mais qui ne me surprend pas. Ces quatre là ne font pas de la musique comme tout le monde, ils aiment le contact et s'en nourrissent, avec enthousiasme.

Pour le moment, nous disent-ils, rien n'est planifié. Il se murmure que cette tournée peut leur donner envie de concrétiser discographiquement ce retour. Et à lire le statut facebook de Troy - TvB damn good chokebore shows. My mind is blown out of my head hole. So happy to play with the chokebore again ! - c'est en bonne voie. Chokebore est de retour. Qui a dit que 2010 commençait mal ?

Thibault

Merci à Troy , Virginie, Florent pour son aide et son magnifique travail sur le site du groupe ainsi qu'à Magalie pour ses instantanés de toute beauté.

Set list

Ciao L.A. (It's a Miracle)
Little Dream (It's a Miracle)
A Taste for Bitters (A Taste for Bitters)
Popular Modern Themes (A Taste for Bitters)
Geneva (It's a Miracle)
Narrow (A Taste for Bitters)
Thin as Clouds (Anything Near Water)
Days of Nothing (A Taste for Bitters)
Sections + She Flew Alone (Strange Lines EP + It's a Miracle)
Lawsuit
Police (It's a Miracle)
Bad Things (Anything Near Water)
Alaska (Black Black)
Get Blonder aka Wicked Wendy
Person You Chose (It's a Miracle)
It Could Ruin Your Day (A Taste for Bitters)
The Perfect Date (Black Black)
------
One Easy Pieces (A Taste for Bitters)
You Are the Sunshine of My Life (Black Black)
Coat (Motionless)

Compilation

1 Pop Mod (demo version)
2. Ciao L.A. (alternate recording)
3. Sections (extended version)
4. You Are the Sunshine of My Life (live @ La Cigale)
5. Snow (live @ La Cigale)
6. I Love the Waiting (alternate recording)
7. Be Forceful (Strange Lines version)
8. Brittle and Depressing
9. Her Majesty (Beatles cover)
10. Person You Chose (demo version)
11. Pink Deluxe
12. Speed of Sound (acoustic version)
13. One Easy Pieces (live in Finland)
14. 29 Mile Wind
15. Throats


On y était - Festival Super Mon Amour

super-mon-amour-508x718La dream-team du report est de retour. Cette fois, Virginie, Aki et Thibault se rendent quai de Valmy, au Point Éphémère, pour la troisième édition du Festival Super Mon Amour. Un festival qui prend de l'ampleur, notamment par sa programmation quatre étoiles (the XX, These New Puritains, Chokebore, FM Belfast, Glass Candy), mais qui reste néanmoins indéchiffrable dans son organisation. Une crise de croissance dont font fi nos trois hartziners. Chacun d'entre eux avaient sa marotte, et si Virginie s'est retrouvée privée de la sienne (These New Puritains), Thibault (Chokebore - reporté dans ces pages séparément) et Aki (FM Belfast) s'en sont donnés à cœur joie. Retour sur un samedi 20 février haut en couleurs. Et en chaleur...

Samedi 20 février - festival Super Mon amour - Dent May, Think About Life, FM Belfast

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Parfois la seule chose que vous arrivez à vous dire en pensant à Paris, cette bonne vieille capitale, c’est qu’elle n’est vraiment qu’une catin, une salope, une … Bon okay, nous pouvons arrêter là pour les synonymes. Mais passer deux heures bloqué en voiture ou attendre quarante minutes un samedi soir sur le quai du métro pour cause de voyageur malade, ça provoque instantanément un sentiment nauséeux. Mais où sont donc partis les vacanciers ? Ils ne sont pas en train de dévaler les pistes enneigés, ça on peut vous l’assurer. Et c’est finalement hors d’haleine, transpirants et totalement ivres de fatigue qu'on arrive enfin aux portes du Point Éphémère (maison ?). Et de nos amis de ricaner en nous annonçant que le triomphal Dent May clôture à cet instant son show. Pas le temps d’écouter les moqueries, un coup de coude bien placé, saut en fosbury par-dessus la barrière, coup de tampon et projection dans la salle. Et ô stupeurs, aucune émotion ne passe à travers le ukulélé du petit protégé de Paw Tracks. Le musicien semble perdu dans une divagation dont lui seul connaît les tenants et les aboutissants, nous laissant là, en plan, avec nos brèves interrogations. Tiens, on se rappelle qu'on avait sacrément envie d'en griller une.

Les Think About Life n’ont, quant à eux, rien de vraiment excitant sur le papier. Premièrement, ils ont l'immense désavantage d’être Québéquois, ce qui n’est pas pour arranger les affaires d'un Aki allergique au dialecte du pays des « têtes à claques ». Pourtant, le quatuor signé sur l’excellent mais discret label Alien8, met le feu au poudre grâce au magnétisme de son chanteur Martin Caesar, véritable bête de scène se nourrissant tant à la soul qu'au rock. Ajoutez un batteur dont le look se situe entre Elmer Food beat et Jay Reatard, un guitariste longiligne et une choriste un peu garçonne et vous obtiendrez quatre supafreaks distillant un savoureux mélange de disco-house bien frappa-dingue largement au-dessus de nos espérances. Et si Martin nous séduit par son énergie communicative et sa voix se rapprochant dangereusement de Tunde Adebimpe, Calia nous enchante le plus souvent lorsqu’elle se tait, ce qu’elle ne fait que trop rarement. Sweet Sixteen et Set you on Fire soulèvent les foules et ramassent les sourires. Dans le dico, un terme existe pour définir la prestation de ces jeunes gens philosophes de Think About Life : une bonne surprise. En foot, c'est Calais en demie finale de la coupe de France. Au choix.

« Ces types ont le sens de la fête ou quoi ? » lâcherait Wayne Campbell en assistant à un concert de FM Belfast. "Chapiteau Wayne !", lui répondrait-on vivement. Cela fait un moment que les Islandais ont conquis le cœur du public français tout en envoûtant leurs paires de baskets qui bondissent invariablement dans tous les sens. Ces trublions de l’electro-pop tirés à quatre épingles retournent littéralement les planches du Point Éphémère provoquant l’hystérie collective. La tension monte crescendo jusqu’à un Lotus explosif, qui n’est autre qu’une réinterprétation disco-punk du Killing in the Name de RATM. Comment stopper un public monté sur ressort ? En l’invitant sur scène peut-être ? Happy-Happening ! Changement de dresscode, le collectif réapparaît en tenu de combat : shorts, débardeurs et bandeaux tandis qu’ils renquillent sur une violente reprise de Pump Up the Jam. Retour aux vestiaires et c’est les sifflements dans la salle. Juste le temps de placer un Welcome to the Jungle avant le grand lâcher de ballon. L'euphorie collective fait tâche d'huile dans le public alors que FM Belfast nous rappelle qu'ils voyagent Par Avion. Franchement, il est vraiment très dur de se remettre d’une telle claque qui nous a à tous provoqué le tournis. La sécurité vide la salle, la coupure est la bienvenue. Thibault raconte à Aki et Vv les avoir croisé plus tôt dans l'après midi, lors de leurs balances. On a frisé l'interview improvisée. Ce n'est que partie remise tant Aki en perd son chewing-gum.

Samedi 20 février - festival Super Mon amour - Glass Candy, Desire, Chateau Marmont, Mondkopf, Futon et Chevalier Play

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Complètement dans le gaz ce soir-là, Vv s'est laissée porter par la joyeuse première partie de soirée. Dopée au coka sans bulle et à la bonne humeur des zigottos d'FM Belfast, c'est bien décidée qu'elle entre à nouveau dans cette salle, définitivement trop petite, histoire de voir ce que Château Marmont a dans le donjon. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les quatre mecs venus du Sud n'étaient peut-être pas le meilleur choix pour "envoyer" ce début de soirée épique. Solar Apex, leur dernier Ep, s'il est prometteur sur disque n'en est pas moins soporifique sur scène. Certes, c'est maîtrisé. Faut voir la ribambelle de synthés analogiques vintages du barbu sur la gauche. Ça en fait rêver certains, c'est sûr. En ce qui concerne Vv, on est loin du compte. Si celle-ci apprécie à sa juste valeur Air, à qui on les compare souvent, les Versaillais ne se sont jamais limités à une litanie de morceaux planants saupoudrés de voix passée à la moulinette d'un foutu vocodeur. Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin nous abreuvent de Pop, un terme banni du vocabulaire des châtelains. L'état cotonneux de notre Vv s'accommode cahin-caha de ces longues plages floydiennes tandis que Thibault cherche Aki et qu'Aki cherche Thibault. L'armée de modasses venues pour Glass Candy dodeline de la frange. Tout va bien Capitaine. Pause. On reprend.

Échaudée par le compte rendu de l'interview de Johnny Jewell par ses petits camarades, Vv s'impatiente de voir débarquer l'une de ses cinq formations : la bien nommée Desire. La foule se fait de plus en plus dense, délurée, en demande de glam'. Celle-ci est un gai mélange de hipsters en tout genre, réunis ce soir pour vibrer. Une heure et quart au cadran et Johnny apparaît, suivi du batteur Natty (également à l'œuvre avec les Chromatics) et de la charmante canadienne Megan Louise. Dans sa robe paillette flashy, celle-ci nous salue chaleureusement de son accent québécois, jouant inopinément avec la tripotée de nerfs que compte notre pauvre Aki. Commence alors une rêverie nu-disco mélancolique... Miroir Miroir s'installe sans grand mal dans les corps happées par son beat léger et sec, la voix de Megan débutant sa séance d'hypnose de masse. C'est cette impression étrange qui persistera même après le live, comme dans un film de série B des années soixante-dix (années érotiques). Les pupilles se dilatent, les lèvres s'humidifient, la sueur perle dans la nuque et le mouvement des hanches se fait régulier et sensuel. Qui a dit série B ? Avec un tel patronyme, il ne fallait pas s'attendre à ce que ces trois là nous jouent le numéro de la cold wave aseptisée. A les voir se mouvoir sur scène - Natty frappant sèchement une batterie minimaliste, Johnny, imperturbable, triturant ses synthétiseurs et Megan ondulant imperceptiblement du bassin - on ne peut que deviner la vaste entreprise de perversion du groupe : laisser les désirs primitifs de chacun s'exprimer sans entrave. Et elle l'avoue sans mal, Vv est happée sans la moindre résistance par l'onction vénéneuse d'un groupe venu faire ses adieux temporaires à la scène. Vos désirs sont des ordres Johnny. Revenez vite.
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La troupe s'aère. Prise légale de coka pour certains, de vodka avec un glaçon s'il te plaît pour d'autres. L'impatience croît à mesure que l'air devient irrespirable. Glass Candy est annoncé à juste titre comme l'autre sommet d'une soirée déjà secouée par la déferlante Islandaise. Formé en 1996 et passé depuis d'un post-punk anémique à une italo-disco ondoyante, le duo formé par Johnny Jewel et la lutine Ida No n'a de cesse d'épuiser depuis 2007 B/E/A/T/B/O/X sur les dancefloors du monde entier. Plus tôt dans l'après-midi, Johnny annonçait à Thibault, lors d'une entrevue tenue dans les escaliers de son hôtel, l'ouverture imminente d'un nouveau chapitre discographique de Glass Candy sur , label dont il est lui-même l'architecte visuel et sonore avec Mike Simonetti. La salle gronde, l'obscurité baigne les corps impatients quand l'onde synthétique de Digital Versicolor fait basculer d'entrée l'assistance en liesse. La boîte à beats de Johnny prend au tripes quand la sémillante Ida électrise les coeurs d'une prestance à faire rougir la Deborah Harry du CBGB. La ballerine disco se promène à pas de velours sur la scène quand notre sympathique Pierrot la Lune se courbe fiévreusement sur son clavier surdimensionné, inoculant tous ses hymnes italo dans la moiteur d'une nuit bien entamée. Beatific révèle sa texture mordorée, Candy Castle égraine son groove malsain quand Life After Sundown finit crapuleusement le boulot. Empreint d'un stupre insufflé deux heures durant par les joyaux féminins d'un Johnny aux anges, le public en quête d'un vice centigradé fond sur un bar en manque de glace. Il fait chaud, très chaud, trop chaud : Thibault perd sa fratrie rédactionnelle, Aki et Vv se sont visiblement liquéfiés.

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Changement de décor. L'ordinateur honni jusqu'à présent trône désormais au milieu de la scène. L'appel d'air n'est pas feint : ostensiblement la foule éclate et se répand sur tout l'espace du point Éphémère. Basse pression, Mondkopf pointe le bout de son set. Minimale étourdie, minimale lancinante, l'appel du canal et d'une énième pose clope brûlent les doigts. Les rencontres se font, se défont et s'entrechoquent. Les djs présents et futurs (Futon, Chevalier Play) ne serviront plus qu'au tapis sonore de ces circonvolutions nodales. On vivote, on s'enfuit, on persévère. La nuit nous appartenait que déjà le petit matin ramène de sa lumière diaphane la lueur d'une raison jusque là évanescente. Ce sera un thé, de la marche à pied et un pieux. Oui un pieux. Fatalement même.

Virginie, Akitrash et Thibault

On y était - Local Natives / Young Man

localnatives_tom_01Local Natives, Paris, La Maroquinerie, 17 février 2010

"Ce soir, Local Natives concert complet"
on est averti: ce soir ça va chauffer à la maroquinerie! Effectivement ça se confirme, à 19h il y a déjà la queue devant la salle. En avant pour le premier rang, face à la scène.

Young Man

La bonne petite surprise de ce début de soirée. Vous ne connaissez pas Colin Caulfield? Ce jeune homme de 20 ans sévit depuis un peu plus d'un an sur Youtube en reprenant seul à la guitare les Beatles, Beach House, David Bowie ou bien Animal Collective...Gêné à son arrivée sur scène, il glisse timidement ces quelques mots au public "Last time I played in Paris , I didn't say my name... I'm Young Man". La dernière fois, c'était tout simplement en première partie de Deakin comme quoi...
Passé le trac de la première chanson, Young Man nous dévoile tout son univers résolument folk. Fraîchement signé sur Kitchen Music (Coming Soon, Yoyoyo Acapulco, Alan Sparhawk), le premier LP de Young Man "Boy" ne devrait pas tarder à sortir. A suivre...

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Local Natives

Drôle de parcours que celui des Local Natives. Celui d'un groupe sans prétention de Los Angeles qui se fait remarquer après une série de concerts en Angleterre et qui petit à petit s'impose comme la révélation indie rock de ce début d'année. Après un passage remarqué en première partie de Peter, Bjorn & John en octobre dernier, nos 5 amis Californiens viennent enfin présenter sur scène leur premier album Gorilla Manor, sorti dans l'ombre de celui des Vampire Weekend. Seul France Inter et Bernard Lenoir (ndlr) avait flairé le potentiel du groupe en les invitant à leur black session. La reconnaissance en France viendra en ce début février avec une mini tournée qui les verra passer par Canal + pour l'album de la semaine , et des concerts "sold out" à Paris ou pour la Route du Rock, excusez du peu...Le succès outre-atlantique ne saurait tarder: en effet leur album sort ces jours-ci sur Frenchkiss Records (Passion Pit, The Dodos, The Antlers...) et vient d'être plébiscité par Pitchfork.
Revenons au concert, les cinq membres du groupe déboulent sur scène tout sourire et décontractés, parlent avec le public en réglant leurs instruments, des gars cools et sans prise de tête comme on les aime! La qualité première sur leur album se retranscrit totalement sur scène: mélange de douces mélodies orchestrales et des titres entraînants comme Sun Hands ou Camera Talk. Leur énergie sur scène est contagieuse: dans le public, ça tape du pied, ça chante, ça applaudit sec, ça pousse pour prendre des photos ou être au premier rang pour admirer les beaux musiciens (les filles à ma droite avaient une petite préférence pour le bassiste). Le groupe est surpris de leur nouvelle notoriété et l'enthousiasme qu'ils provoquent, en particulier à la fin de leur single Airplanes: "hey, thank you we won't go yet guys, we still have a couple of songs!!!" Encore une dizaine de minutes de plaisir supplémentaires. On ne va pas dire non!
Une dernière preuve si vous doutez encore de leur sympathie. Après le concert, les membres du groupe vont à la rencontre de leurs fans pour signer des autographes ou bien discuter tout simplement... la grande classe! Oui j'ai fait dédicacer mon vinyle et alors??!!?? Toujours pas convaincu: allez regardez ce dossier. Si vous voulez les voir, il faudra patienter jusqu'à cet été...

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Bonus


On y était - A Psychedelic Night

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A Psychedelic night : Kill for Total Peace & Friends avec Os’Cultus / Antilles /Chicros / Kill for Total Peace, Paris, Le Point Éphémère, 11 février 2010

accédez directement à l'interview de Kill for Total Peace

Avant d’être un terme tellement utilisé pour désigner les années hippies et usé pour pointer du doigt les utilisateurs de psychotropes hallucinogènes, le mot psychédélique a été inventé afin de retranscrire l’état d’éveil du subconscient. L’étymologie du mot signifiant « révélateur d’âme ». Ce terme, nous le devons a priori à un psychiatre, lors d’un de ses échanges avec le non moins célèbre écrivain du Meilleur des mondes, Aldous Huxley, selon la bible des bibles : Wikipédia. Alors si on trouve une certaine affiliation chez Pan European à un mouvement rock dont on attribua les expérimentations à l’usage du LSD on reconnaîtra également cette démarche de tenter de repousser plus loin les portes de la perception d’un auditeur trop souvent au bord de la neurasthénie. On n’est pas médecin au Point Ephémère, attention, mais on ne vous nourrit pas le cerveau avec de la soupe en sachet, et cette nouvelle Psychédélic Night de nous le prouver…

Le premier à grimper sur les planches est le blackbird David Spher’Os, qui lâche un moment les vibes transcendantales d’Aqua Nebula Oscillator pour se fourvoyer de plain pied dans le côté obscur. Si on ne connaît pas grand-chose du side-project occulte du grand manitou d’ANO, celui-ci ne va pas mettre longtemps à consigner les avis. Le moteur ronronne sévère, et soulève la poussière, pas d’embardée, puissance maximale, et on sort le garage façon heavy. Os’cultus met une râclée à son public, et la joue nous en pique encore. Riffs électriques dont le courant parcourt chaque centimètre de ma peau. C’est violent, c’est brutal, et ça pulvérise mes sens. Le groupe joue son rôle messianique dans cette grande messe noire qui se veut l’apologie d’un rock hystérique et satanique. On applaudit des moignons.

Antilles prendra la relève et attise toutes les curiosités… Aucune info ne circule sur le groupe, ils sont totalement transparents sur la toile et de l’aveu même de D.Gage rencontré quelques heures plus tôt, ils n’auraient aucune actualité… Je dois dire que c’est bien dommage. Le concert commence par cinq bonnes minutes de cacophonie, avant que le trio s’accorde dans une montée tribale hypnotique qui n’aura de cesse de captiver l’auditoire tout au long de leur prestation. La comparaison vous semblera sûrement pourrie, mais je me suis senti transporté dans le sanctuaire de Scion, en plein milieu de cette trilogie imbuvable qu’est Matrix… Vous vous rappelez, la scène des festivités au début du second épisode. Déchaînement aliénant pour aliénés. La perte de repères sensoriels, les yeux à moitié révulsés, le corps convulsé par la transe… Tous ces facteurs réunis qui vous transportent dans un état de bien-être absolu, le corps parcouru d’électrochocs saccadés. Dommage que le dernier morceau ait évolué vers un marasme noise bordélique, extirpant le public de son extase et le détournant de l’orgasme musical final. Reste que l’on surveillera de très près les futures activités de ces étranges manipulateurs de perceptions.

C’est un peu tendu que j’attends la venue de Los Chicros. Le groupe mené avant tout par Philippe Monthaye et Mathieu Warsky (claviériste chez Turzi) m’avait auparavant déçu par sa facette trop lisse et son côté bon enfant. Pourtant, on me rassure, le combo a durci le ton et sonne désormais plus sec. Et me voilà donc euphorique dès les premiers morceaux qui envoient du pâté et décollent le papier-peint. Dans la foule j’entends alors des bêlements et des piaillements, j’aurais dû voir les choses venir… Dès la troisième chanson, la pop reprend le dessus et l’énergie se métamorphose en accalmie, ce qui a pour résultat d’ankyloser mes jambes et de les ancrer bien profondément dans le sol du point FMR. Les mélodies me transpercent sans me transcender, me traversent sans me renverser… Au final, rien n’a vraiment changé, Los Chicros paye en monnaie de singe et je reste l’âne bâté…

Il se fait déjà bien tard lorsque la lumière de la salle tombe enfin. On ne va pas non plus se mentir, le clou du spectacle c’est eux. Qui ? Les enthousiasmants Kill for Total Peace. Pourtant chacune de leur entrée sur scène dégage une impression d’inquiétude. Cette froideur, l’engouffrement des ténèbres qui enveloppe la salle, la rythmique synthétique de Captain America, l’écran géant qui envoi des images détournées de bombardiers, puis la voix de D.Gage qui suit une mesure quasi-militaire glace le sang. Je me retrouve alors en parfaite catalepsie alors qu’Oliver se déchaine sous le stroboscope et que la lumière blanche m’aveugle, m’hypnotisant totalement alors que sur scène s’est déchainé une vague frénétique emportant tout sur son passage. Les cinq membres s’unissant autour de deux syllabes : Kill For… L’entité se confond au tréfonds de l’obscurité apparaissant par larsens et échos. Je savoure chaque note, chaque mot, chaque geste de ce qui ressemble le plus à mes yeux comme la renaissance de la période manquée de la grande Madchester. La symbiose parfaite d’un rock acid, au folklore primitif, s’alliant à des sonorités électroniques post-modernes et avant-gardistes.

Cependant erratum sur la narration, votre reporter aura quitté la salle un peu trop tôt bien qu’il l’ait regretté… Il était donc juste de rétablir la balance, et d’établir la lumière sur les événements rapportés par notre cher Intra Moros. Hélas Etienne Jaumet n’aura pas eu le plaisir de monter sur scène. Une vive dispute éclatant pour un malheureux joint du côté de la batterie, le plateau aurait sombré dans le chaos, laissant les spectateurs frustrés et échauffés devant la tension qui régnait sur la scène. Devant le ton ultra borderline, l’organisation du point FMR aurait préféré mettre un terme à la soirée avant que ça n’aille trop loin. Qui a dit que Kill For Total Peace n’étaient pas Rock’n’roll ? La revanche sera donné le 17 Mars à l’International, votre narrateur y sera, il leur doit bien ça…

Photos

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Kill for Total Peace l'interview

killfor

Bien avant que la nuit ne soit échaudée, je débarque frais et enjoué dans le bar du canal à l’idée de poser quelques questions aux petits prodiges du jeune label parisien Pan European. Je croise Arthur qui revient tout juste de Dakar où il a suivi Koudlam, suivant le dauphin dans son escalade scénique inter-planétaire. Il m’accompagne à l’étage où le groupe est en train… de dîner… Sourires francs, bonne humeur, blagues… C’est pas du tout ce que j’avais prévu, me voilà assis au milieu d’une bande de potes prêts à faire la teuf. Ce sont eux au final qui m’harassent de questions… Attention, entretien cocasse…

Comment se sont rencontrés les musiciens de Kill ?

D.Gage : Ca a commencé parce que je travaillais dans un magasin de disques, Intra est venu ensuite bosser un moment avec moi, il avait toute une bande de potes et voilà…

Intra Moros : Je connais les autres membres depuis le lycée, à part Wolfgang qui nous a rejoints au moment de l’enregistrement de l’album. Et maintenant on a un vrai Line-up complet…

Laden : Mmmmhhh… Excellentes ces carottes…

Qui compose dans le groupe ?

D.Gage : Intra Moros compose essentiellement la musique, alors que je m’occupe plus exclusivement des paroles. Mais il arrive qu’on le fasse ensemble également.

Intra Moros : C’est la base, mais on va continuer de construire autour tous ensemble.

Quel est la recette ou l’ingrédient secret de l’originalité de la musique de Kill ?

Wolfgang : Le mix ?

D.Gage : Ouais, un peu… On essaye aussi du classique… On créé notre propre son, tout en se servant de nos propres influences. On est tous inspirés par plein de styles de musique, on a tous acheté beaucoup de disques, on écoute beaucoup de musique, on a des influences à droite et à gauche…

Intra Moros : Chacun joue dans différents groupes donc chacun amène son identité propre…

Ressentez-vous le même engagement que les groupes psychés des 70’s ou est-ce pour vous plus un plaisir de jouer, ou de rendre hommage à cette culture ?

D.Gage : A la base c’est plus un plaisir de jouer…

Laden : On n’est pas des vrais marginaux en fait. Dans 70’s les mecs prenaient les instruments pour revendiquer des trucs…

D.Gage : Tu ne veux pas la fermer (rires).

Laden : Nous quand on fait de la musique, ce n’est pas un hommage mais c’est plus pour se sentir vivre. Pour ne pas se faire chier.

D.Gage : Non c’est réellement un plaisir de faire de la musique, on n’a à aucun moment pensé à l’engagement.

Intra Moros : Et puis les groupes psychés n’étaient pas forcement engagés.

D.Gage : On ne peut pas changer le monde avec notre musique, tout ce qu’on peut espérer c’est qu’un maximum de monde l’écoute. Après je dis ça, je ne dis rien (rires).

Vous actualisez malgré tout le rock psyché et dans le bon sens du terme. Pensez-vous que la fusion revienne à la mode, sous une forme différente ?

Intra Moros : On ne se considère pas vraiment comme psyché, je crois qu’on serait sorti sous un autre label, personne ne nous aurait catégorisés comme ça. On a un côté nettement plus garage.

Laden : Si tu regardes bien, sur Pan European il y a des groupes plus psychés que nous…

D.Gage : En fait, justement sur Kill for, il y a énormément d’influences. Il n’y a pas que du psyché. Il y des effets sur les instruments, c’est sûr : des échos, etc…

Intra Moros : Sachant qu’on a plus écouté de la musique des années 90 que du rock psyché.

Vous m’avouerez que vous sonnez quand même plus psyché que le dernier ANO qui est lui vraiment ultra garage?

Laden : Le dernier quoi, pardon ?

hartzine: Aqua Nebula… Under the moon of.

D.Gage : Ah oui… Oui, c’est sûr. Je crois que tu as raison, on ne renie pas le côté psyché, mais il n’y a pas que ça. Tu trouveras par exemple du dub, même si je n’aime pas trop le revendiquer, mais certaines mélodies s’en ressentent. Il y aussi de l’électronique… Donc nous ne sommes pas un groupe psyché mais faits de multitudes d’influences.

Intra Moros : L’effet scène donne peut-être aussi cette impression. C’est vrai que la musique s’envole peut-être un peu plus en concert que sur le disque. Mais la musique psyché à connotation super vaste, de groupes hippies californiens foireux à des trucs électroniques de l’époque qui en appellent à ton cerveau… Tu as des trucs des 50’s que l’on peut considérer comme psyché… De la musique classique aussi. Et nous on a plus écouté des trucs nineties comme Sonic Youth…

D.Gage : Mais moi, je n’ai pas écouté de truc 90’s, en tout cas pas tout de suite… C’est plus des anciens trucs du Velvet, ce genre de choses… Tout ce qui est Sonic Youth, Sebadoh, c’est venu vraiment beaucoup plus tard.

Intra Moros : Donc ce côté psyché, on l’a mais sans le vouloir en fait.

Je trouve qu’il y a un esprit culture US qui se dégage de vos lyrics, quelles sont vos passions à part la musique ?

Laden : Moi perso, c’est la géographie…

Intra Moros : C’est psyché la géographie

D.Gage : Ah mais attends… Je cherchais… Mais bien sûr… Le vin.

Le vin ?

Intra Moros : Louie Louie c’est l’Espagne.

D.Gage : Ah j’adore le vin et justement j’aimerais monter un bar à vin.

Laden : C’est Psyché…

D.Gage : Ouais, un bar à vin un peu psyché.

Louie Louie : Le vin, c’est totalement psyché… Après ça dépend ce que tu mets dedans.

Intra Moros : Moi ma passion c’est la clope… Après on va te faire les clichés : le cinoche, la lecture…

D.Gage : Les sorties entre amis… Sans le vouloir l’alcool joue une énorme partie dans notre vie… La musique et l’alcool… Et même si tu ne le veux pas toujours, c’est toujours là. Mais moi ça reste particulièrement le vin.

Laden : Wolfgang lui a une grande passion qu’on appelle la dope (Fou rire).

Wolfgang : Totalement passionné.

Et euh tu étudies en fait…?

Wolfgang : Non, je teste.

Ca a un petit côté psyché…?

Wolfgang : Non, pas vraiment… C’est plutôt scientifique en fait (rires).

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ?

Intra Moros : Nirvana… Syd Matters…

D.Gage : Arrête…

Laden : Bah non… Nirvana pareil… Quand on avait 13 ans, on matait en boucle les vidéos de Nirvana…

D.Gage : Non, la motivation c’est plus les mauvais groupes… Tu vois un mauvais groupe et immédiatement ça te donne envie de jouer.

Intra Moros : Du coup on est influencé par tellement de groupes dont on ne pourra pas te donner le nom car ils sont tellement pourris (rires)…

D.Gage : Et il y en a beaucoup en France en ce moment… Non des bons groupes… En fait c’est plus un groupe dont tu n’auras pas envie de monter sur scène après. Mais on se sent plus influencé par les groupes de merde (fou rire).

Et quels sont les groupes après qui vous flipperiez de passer ?

Général : Motorhead.

Intra Moros : Il y en a aussi beaucoup, il faut être réaliste. Même si a priori, il n’y a aucune raison… Mais quand même Motorhead…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

(personne n’arrive à s’entendre sur la question…)

Intra Moros : 67, 68, 69…

D.Gage : Attends redonne-moi la question s’il te plaît…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

D.Gage : J’espère que tout reste encore à écrire, sinon ça rendrait tout tellement déprimant…

Intra Moros : Il y a quand même une époque où les codes ont éclaté, et qui permettait aux musiciens d’aller là où ils voulaient.

Laden : Je dirais le début du rock’n’roll… Maintenant on se trouve dans une période de constants revivals décennie après décennie… On peut se poser objectivement la question si tout reste encore à écrire ou si tout est recyclé…

D.Gage : Je pense qu’il reste encore des choses à créer, sinon ça ne servirait à rien que l’on fasse de la musique.

Intra Moros : Cela dit, il y a quand même une époque qui marque un changement que ce soit dans la littérature, dans le cinoche… Je lis actuellement un bouquin sur les Beatles et qui parle de ça justement.

Louie Louie : Il ne faut pas croire que le changement ce sera de voir des mecs faire de la musique en tapant sur une casserole, et jouant sur une gratte pourrave… Autant faire ça chez toi, dans ta piaule, avec des instruments pourris…

D.Gage : Euh… Mais tout à l’heure tu m’as dit qu’il y avait une culture US, et surtout dans les paroles… Qu’est-ce qui t’as fait penser à ça ? On n’a pas cette connotation, surtout que je suis Anglais à la base…

C’était en rapport au titre Captain America sur Kill For, et la répétition de Superman dans Smokes sur l’album de One Switch to Collision?

Intra Moros : Exact… et De Niro aussi.

D.Gage : (Rire) Smokes ? C’est sur mon frère. Mais c’est cool, on a enfin trouvé quelqu’un qui écoute les paroles.

J’ai pensé que vous aviez peut-être une culture comics?

D.Gage : Bah oui forcément, j’essaye d’être un super-héros et je veux sauver le monde.

Bon continuons vers la dernière question…

Général : Oh non… non ! (Rires)

Non, mais ne vous inquiétez pas on vous fera une interview par concert… Mais cela dit ma question ne porte pas sur Kill, puisque j’ai entendu dire que One Switch pourrait revenir sur le devant de la scène…

Laden : Intox… Intox…

D.Gage : Qui est-ce qui t’a dit ça ?

(Je sifflote)

D.Gage : Pour l’instant on ne sait pas, on finit 3 morceaux. On les sortira peut-être en 45 tours. Mais on reste focalisé sur Kill for Total Peace. One Switch reste un peu en pause, mais on ne sait jamais.

Intra Moros : Plus pour un délire de potes à la campagne, mais pour l’instant aucun album de prévu. Mais cela dit tu es peut-être mieux informé (rires).

D.Gage : Nan mais c’est marrant, t’as vraiment entendu ça ? En tout cas si tu as des news, dis-le nous quand même (fou rires)….

Akitrash

On y était - So So Modern

_mg_2438So So Modern - Paris, La Flèche d'Or, 4 février 2010

Retrouver les quatre Néo-Zélandais de So So Modern, c'est un peu comme reprendre le chemin des vacances, celui d'un Midi Festival 2008 en tout point réussi. Sur les bords de la French Riviera, la prestation des natifs de Wellington avait crevé l'écran au point d'attirer sur scène Robert Aaron, saxophoniste du groupe James Chance and his Contorsions, figures tutélaires de la No Wave new-yorkaise et têtes d'affiche du soir précédent, où celui-ci conjugua, le temps d'une improvisation d'anthologie, sa science brute de la déconstruction à celle échevelée des So So Modern. C'est d'ailleurs dans le prolongement du Midi qu'ils entamèrent une tournée aux quatre coins de l'Europe et des Etats-Unis, chaque fois vêtus de costumes loufoques - exprimant ainsi leur Devo(tion) - et faisant un bout de chemin en compagnie des Dirty Projectors, Why?, Deerhoof ou Errors, autant de groupes constituants autant d'influences apparentes. Mais si la synth-pop complexe et explosive des So So Modern est d'un syncrétisme à toute épreuve, le groupe a su d'emblée trouver une identité forte, taillée dans l'énergie brute et un sens rythmique implacable. C'est donc avec un plaisir non dissimulé que l'on se met en route pour gagner une Flèche d'or réouverte et remodelée depuis novembre 2009. Entamant cette énième tournée un LP en poche, Crude Futures à paraître le 01 mars, la question qui taraude gentiment est si l'on retrouvera les hymnes d'hier (Skeletons Dance ou The New Internationale, chacune entubées dans le brouhaha ici et là) où si au contraire l'album marque une rupture, une forme de maturation. Un matériel une fois de plus impressionnant, composé d'un méli-mélo de claviers, guitares, sampler, vocoder en plus d'une batterie archi-fournie, emplit l'espace scénique et légère stupeur dans les rangs, ils ne sont que trois. On me glisse qu'ils sont toujours bien quatre, l'un d'eux, Aidan Leong (voix et claviers), n'ayant pu se libérer pour ladite tournée. Une raison qui vaut pour un set court et un peu moins remuant qu'à l'accoutumée, mais qui aurait pu valoir aussi un set décevant. Et il n'en est rien. C'est même saisissant de voir avec quelle décontraction et quelle aisance technique Grayson Gilmour (guitares, voix, claviers, sampler), Mark Leong (guitare, voix, claviers) et Daniel Nagels (batterie) suppléent l'absence de leur compère. Entamant, pied au plancher, leur sujet, les impressions se bousculent dans mon cerveau agité au gré de rapides circonvolutions rythmiques : les morceaux instrumentaux (Berlin, Life in the Undergrowth) font penser aux Ecossais d'Errors, quelques poutres de speed renaclées en plus, quand le chant - et non l'instrumentation - évoque tour à tour Noah Lennox (Panda Bear, Animal Collective) sur Island Hopping / Channel Crossing, puis Luke Lalonde (Born Ruffians) sur Give Everything, notamment dans cette faculté de Grayson Gilmour à enrouler sa voix autour de mélodies balancées à la volée. Un véritable tour de force, tant les boucles électroniques et les odes immiscées aux claviers alternent et s'entrechoquent au fracas étourdissant de guitares, tantôt rythmiques, tantôt leads. Le tout orchestré par Daniel Nagels aussi carré que John Stanier, batteur de Battles. C'est dire. La rançon de cette virtuosité est un jeu de scène un brin statique, mais qu'importe, le public en fait fi et invective le groupe de salves d'applaudissements à la mesure de leur talent. Quant à l'interrogation initiale, aucune déduction n'est inutile : les So So Modern n'ont joué quasiment que leur album, le regard fixé au loin. L'horizon est dégagé.

Setlist : Because of the technical difficulties we couldnt play all our songs, so here is our set list ! - Gg / SSM :

The Worst is Yet to Come
Be Anywhere
Berlin
Holiday
Dusk & Children
Give Everything
Clean Up, Step Up
Island Hopping / Channel Crossing

Photos

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crédits : Farrah Hammadou pour dont.contradict.us

Chroniques

crude-futuresSuite au Midi festival, j'avais, comme beaucoup d'autres présents ce jour là, fureté sur la toile, histoire de voir ce que donnaient les So So Modern dans mon casque audio. Déçu de ne pas retrouver dans la puissance et les arrangements la folie retord insufflée sur scène, mon attention s'était quelque peu étiolée. Puis, plus rien. Normal, les quatre néo-zélandais se sont retirés du monde, se repliant sur leur terre natale pour enregistrer enfin un album digne de ce nom. Avec un tel potentiel, la procrastination du groupe en la matière confinait à l'insouciance : pas moins de sept EP et une liste de concerts donnés aux quatre coins du monde longue comme un bras. J'exagère à peine. Signé sur Transgressive Records, par ailleurs label de Esser, Two Door Cinema Club et Foals, ils ont mis huit mois pour enfanter Crude Futures qui s'impose comme "une façon de montrer tous les extrêmes et les contrastes du groupe, du plus violent au plus calme, crié ou chanté, touffu ou aéré." Si cette préoccupation de passer du coq à l'âne ne date pas d'hier pour le détonant quatuor, à n'en pas douter, et dès la première écoute, celle-ci prend une nouvelle dimension. Reconnus dans leur pays d'origine, Crude Futures, par sa justesse dans la production, résonne comme la promesse d'un avenir taillé à l'échelle du globe. Pris à la gorge par le redoutable et instrumental Life In The Undergrowth qui plante le décor sans pour autant en révéler l'ampleur, The Worst Is Yet To Come ne relâche pas l'étreinte, mitraillant à tout va les tympans de ses nappes de claviers survitaminés. On se prend à penser à Shy Child et aux meilleurs morceaux de Noise Won't Stop (2007) quand Dendrons révèle alors une facette alors méconnue du groupe musicalement proche d'At the Drive-In, les refrains pop en plus. Be Anywhere met certes plus de temps à se mettre en place mais devient proprement génial où, passé un break discoïde, les guitares répondent aux voix sur une batterie en parfait contre temps. Born Ruffians n'est pas loin, en plus dense et texturé. Une ligne de synthé plus loin, implacablement martelée, et voilà que Crude Futures bascule du très bon à l'addictif. Berlin est un hymne synthétique à l'instrumentation sinusoïdale capable de contaminer un nombre incalculable d'oreilles abasourdies. Suite à une telle saillie jubilatoire que les écossais d'Errors auraient aimé compter dans leur répertoire, les So So Modern temporisent et offrent avec Dusk & Children leur morceau le plus intimiste. Holiday, quant à lui, est parfaitement représentatif de la cyclothymie du groupe, les césures dans le rythme s'enchaînant effrontément à mesure que Grayson Gilmour s'époumone. Si Island Hopping /Channel Crossing est dans la même veine, on croit déceler un improbable mais percutant mashup voyant Noah Lennox et ses petits copains s'évertuer à suivre Don Caballero dans une folle embarquée au final mémorable. A peine le temps de rassembler ses idées que les guitares annoncent déjà une autre rafale d'efficacité pop avec Give Everything, morceau conclusif d'un album dénué de temps mort. Voulant dépeindre avec Crude Futures les lueurs d'espoir qui perdurent ici et là dans un monde déshumanisé et désolé, les So So Modern dispensent d'une manière magistrale leur intention de vie : le râle intrépide d'une jeunesse qui ne s'en laisse pas conter. Imparable pour tout quidam amateur de sensations fortes.

Thibault



On y était - Fool’s Gold

foolsgold
Fool’s Gold, Point Ephémère, Paris, 28 janvier 2010

Température record enregistrée ce soir-là le long du canal Saint-Martin pour un 28 janvier.Non ce n'était pas du à un feu de camp de sans-papiers à Jaurès mais à l'excellent combo-band venu tout droit de Los Angeles, Fool's Gold qui a simplement envoûté les nombreux curieux venus les voir ce soir là.
Fool’s Gold est un groupé fondé initialement par deux illuminés de musique africaine : Luke Top et Lewis Pesacov. Au fil des rencontres et aussi d’amis adhérant au projet, le collectif se transforme en vrai groupe (ils sont 10) et commence à enregistrer des titres en studio donnant naissance à un LP qui sort début mars en physique. Ils viennent nous le présenter sur scène ce soir.
20h, on arrive assez tôt pour pouvoir bien se placer. Après une bonne heure et demi de mix afro, funk, pop en guise d’amuse-gueule, le groupe pointe enfin le bout de son nez. Une de mes premières interrogations de ce début de soirée est de savoir comment les 10 personnes qui composent le groupe allaient tenir sur la petite scène du Point Ephémère. Début de réponse en voyant débouler Luke Top et seulement cinq autres acolytes sur scène. Mais place à la musique!
Dès les premières notes de guitare, oublier cette question stupide et les problèmes futiles du quotidien, la grisaille hivernale, le boulot...
La musique de Fool's Gold est une invitation au voyage à partir vers des contrées lointains, ensoleillées où sourire, chant et danse sont les maitres mots. Mélangeant musique africaine, funk et folk , le groupe prend toute son ampleur en live où chants en l'hébreu, guitares, tambourin, batterie, gankoshi et sax s’en donnent à cœur joie pour faire danser les gens .Un vrai plaisir de les voir jouer ensemble.Si après la première chanson, certaines personnes seraient encore réticents et mou du genou, le funky "Surprise Hotel" a eu raison d’eux. Tout le monde danse frénétiquement et même chante sur "The World is All There is" ( David Herman Dune est même conquis dans la salle ). 8 chansons, un bain de foule et deux rappels plus tard, dur dur d’enlever ce joli sourire sur mon visage. Non je n’ai rien pris, juste conquis !!!SHALOM !

Patrice

Photos

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Bonus


On y était - Club Folamour ! (Casiokids, Good Shoes, Trésors)

follamourClub Folamour! - Good Shoes + Casiokids + Trésors, Paris, Point éphémère, 27 Janvier 2010

Après une discussion bien sentie sur mon petit séjour à Londres et de mes déboires en matière de concerts (tous sold out!) , je me trouve invité à la soirée Club Folamour!: ma première soirée de concerts de 2010. YOUPI!!!! Au menu ce soir, ça serait entrée, plat et dessert. Je crains déjà l'indigestion auditive!

Tout d'abord en entrée, ça sera les nouveaux venus Trésors.
Je n'en retiendrai pas grand chose de notre charmant duo parisien. Arrivé trop tard pour pouvoir émettre un quelconque avis sur leur musique (le temps de me faufiler vers le zinc), ils auront eu au moins deux excellentes idées en moins de 5 min : d'une préférer de jouer leur live au beau milieu de la salle que sur scène (ça bloque le passage vers le bar et personne ne les voit à plus de deux metres...) et de deux celle d'arrêter de jouer pour pouvoir me faufiler au premier rang pour mes prochaines photos. Merci les mecs.

Passons au plat de résistance(ma curiosité de cette soirée), les anglais de Good Shoes!

Après quelques changements dans la vie du groupe ces derniers temps (maison de disque, membres au sein du groupe...), ils venaient nous présenter sur scène leur deuxième album "No Hope, No Future" sorti ces jours-ci chez Pias. Nos amis de Morden nous rappellent au bon souvenir de 2007 les titres pertinents de leur premier essai Think Before You Speak (Morden, Never Meant To Hurt ) et c'est aussi l'occasion pour le public parisien de découvrir leurs nouvelles petites perles pop (Under Control, The Way My Heart Beats...) afin de nous démontrer pour ceux qui en doutaient encore que Good Shoes reste un bon groupe . Même si pour tout dire, sur scène, le chanteur Rhys Jones manque cruellement de charisme , la promesse est quand même tenue à la fin de leur prestation: on a passé un bon moment et c'est déjà çà! Je vous conseille vivement de jeter un petit coup d'oeil à leur nouveau clip Under Control car à Hartzine c'est bien connu, on apprécie toutes les femmes.
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Place au dessert et nos petits amis norvégiens: les Casiokids signés chez Moshi Moshi (Au Revoir Simone, Architecture In Helsinki...)
Armés de leur clavier Casio et de leur look nerd-geek, ils alternent entre titres électro instrumentaux et chansons électro pop chantées en norvégien (trop mignon). L'ambiance est bonne dans la salle mais la naïveté de certaines mélodies et la chorégraphie très élaborée d'un de nos amis (voir photo) ont raison de moi, ça reste trop léger pour pouvoir me faire décoller. Je ne suis pas le seul dans ce cas...Je glisse un léger regard à mon +1 du soir...même constat...Décidément ce soir on danse pas...

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Patrice


Jordan l'interview

jordanfeat

Jordan c'est Adrien, Batiste et Thibault. Jordan est donc un trio, où chacun chante et chacun transpire à grosses goutes, mais sans basse (guitare/claviers/batterie). Et ce n'est pas là leur seule originalité puisque ces parisiens d'adoption sont aussi attachés à la France que les Burger King. Jusqu'à présent, le groupe sillonne l'Hexagone un petit tour et puis s'en va... de l'autre côté de l'Atlantique. "Oh no we are domino !" a été enregistré, mixé et produit par Jay Pellici des 31 knots à San Francisco quand le second album, sur le point d'être finalisé, a été couché sur bandes à New York par Mike Law des New Idea Society. De quoi cerner l'appétence particulière de ces jeunes gens, à l'humour dévastateur, pour la lointaine Amérique et son mille-feuilles culturel. Jordan c'est aussi et surtout une histoire d'amitié et de démerde, féru d'un esprit do it youself - pour la production et distribution de leurs albums, comme pour la préparation de leur tournée européenne et américaine - que le groupe revendique et qui leur fait partager la scène depuis trois ans avec des troublions aussi talentueux que - outre ceux précités - Les Savy Fav, Robocop Kraus, Parts and Labor, Shipping News ou encore Ted Leo an the Pharmacists. De quoi forcer le respect et l'intérêt d'autant que l'électricité brute dégagée sur scène est impeccablement retranscrite sur disque.

Vous revenez d'une seconde tournée au Etats Unis, vous enregistrez vos albums outre atlantique, expliquez moi cet attrait pour l'Amérique ?

Adrien : L'idée importante pour moi c'est plutôt de s'isoler de chez nous. Être juste tous les trois face à nos morceaux. Après aux USA, il y a aussi l'attrait du studio et de producteurs de renom qui comprennent tout de suite là où on veut aller et qui en même temps sont contents de travailler avec des petits français. C'est donc une expérience totale. Et puis du coup bosser en anglais, c'est pareil, ça nous fait entrer dans un autre état d'esprit, ça nous tire vers le haut.

Batiste : Peut-être qu'on a trop été bercé par la télévision et le cinéma, en tout cas c'est toujours très impressionnant d'être là-bas, alors y faire des concerts, c'est fou.

Thibaut : Je vais te répondre exactement ce que j'ai dit au douanier Américain qui m'a posé la même question : "because you are the best !". Sans rire, quand tu vas bosser avec des gens là-bas, ils ont déjà tous une grosse expérience dans le son que tu veux et ce depuis plusieurs générations ; tu n'as que du matériel vintage, des producteurs rodés qui ont bossés sur des groupes que tu écoutes... et tout ça pour le même prix qu'en France vu la conversion du dollar ! dur de faire mieux que le King hé ! Un facteur très important dans le processus d'enregistrement reste aussi l'immersion totale, USA ou autres : il était très important pour nous d'inscrire nos albums dans un voyage, loin de la maison et seulement face à nous mêmes. Partir enregistrer tous les matins en métro, ça n'aurait pas été la même chose.

Des lieux, des endroits, des personnes... votre souvenir le plus marquant ?

Adrien : Ce que je trouve le plus fou en tournant aux USA ce sont les house shows qu'on a fait là bas. On en a enchaîné deux pendant la dernière tournée, un dimanche soir dans l'Oklahoma et un lundi soir en Arkansas et à chaque fois c'est complètement fou, c'est vraiment une expérience spéciale et ça sied vraiment au côté fête de la musique qu'on fait. C'est quelque chose qui est plus rare en France et en Europe. Sinon jouer en Floride sous un climat tellement tropical que la sono finit par céder, c'est assez dépaysant aussi !

Batiste :Il y a des concerts qui rassemblent tout ce qu'on peut attendre : une soirée bien organisée, des gens adorables, une ville nouvelle et magnifique, des bons groupes, des bonnes conditions, un public curieux, et des détails en plus : par exemple la route en Norvège à travers les fjords, le désert en Arizona, le public hyper content en Allemagne, les repas, et surtout les gens après les concerts, ça peut faire des sortes de soirées parfaites. Dans ces cas-là les concerts deviennent des moments très forts.

Thibaut : Pour ma part je dirais le premier concert à Boston ou il a fallut reprendre tous les réflexes d'une tournée américaine: pas de balance, matériel aléatoire, trouver à manger, ne pas sortir dans la rue avec son verre, montrer son passeport au barman, etc... C'est aussi le jour ou on a rencontré les Ho-Ag avec qui on a fait le concert de retour à Paris 6 semaines plus tard, on a dormi chez eux et ils ont dormi chez nous... la boucle est bouclée.

Vous venez de terminer votre second album, une nouvelle orientation ? ou une une suite logique du précédent ?

Adrien : C'est un peu des deux. On a pris le temps de plus travailler les chansons pour arriver à un résultat moins brut et moins garage on va dire. Les structures sont plus complexes, nos parties à tous plus travaillées. On voulait garder l'énergie lo-fi et délurée en passant une étape sur le côté technique. On est vraiment content car si le studio a été très éprouvant, j'ai l'impression qu'on s'est tous dépassé !

Batiste : Mike Law, le producteur du nouveau disque, nous a entraîné vers plus de rigueur, plus de perfectionnisme, on a beaucoup bossé, en peu de temps. C'était nouveau pour nous, mais ça a bien renouvelé notre façon d'enregistrer, pour changer les habitudes.

Thibaut : Pour la première fois on a utilisé l'informatique dans l'enregistrement, ça fait déjà une grosse différence. Le premier album et l'EP ont été enregistrés sur bande donc une grosse partie en live, ça n'a pas été le cas pour celui ci. Il y a aussi beaucoup plus de secondes guitares que nous avons insérées en live grâce a des effets de bouclage depuis un certain temps déjà. Je pense que ces deux éléments rendent cet album un plus riche même s'il reste logique.

Le concert fêtant votre retour à Paris, début décembre à l'International, semble avoir convaincu pas mal de monde. Contents de reprendre la route en France ? Une idée de ce qui va suivre ?

Adrien : C'était super comme concert oui, surtout à Paris où on a parfois l'impression que tout est un peu guindé. Là c'était assez fou et on était super heureux d'y rejouer. On préfère définitivement les petits endroits avec les gens tout près et contents d'être là. Un grand merci au passage à Laure qui a organisé le concert et aux incroyables Ho Ag et Titus d'enfer ! On fait une mini-tournée de dix dates en Europe en Février et ensuite le disque va sortir en mai/juin et suivra une grosse tournée en Europe et en Amérique du Nord et pourquoi pas de nouveaux territoires.

Batiste : L'International est un super lieu, c'était une très bonne soirée. J'adore Ho-Ag. Ravi de tourner à nouveau pour rencontrer des gens, en France ou ailleurs.

Des projets parallèles à déclarer ?

Adrien : Moi je joue dans un duo tout nouveau qui s'appelle Trésors et j'ai un projet solo encore secret !

Batiste : Je chante avec une guitare, mais c'est pas encore prêt...

Thibaut : Pour ma part j'ai plusieurs projets secrets qui sont des Trésors et ou je chante avec ma guitare, chut chut !

 


On y était - Piers Faccini à la Cigale

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Piers Faccini, Paris, La Cigale, 16 décembre 2009

Paris. -2°. La sécurité ne traîne pas et la longue file disparaît bien vite dans une Cigale qui affiche complet ce soir. Plus un strapontin. Du monde au balcon. Des ampoules au plafond. Déco minimaliste pour artistes touche à tout. Piers Faccini et en première partie une découverte soyeuse, Krystel Warren. Petit bout de femme androgyne, seule sur scène avec sa guitare, son folk surprend tout le monde et annonce la suite. Piers Faccini donc. Un nom qui brouille les douanes et une musique tout aussi déroutante. L’homme a longtemps fait ses classes en première partie de Ben Harper. Alors, autant le dire tout de suite, il maîtrise son sujet, captive l’attention et vous emmène loin. Très loin. Ca commence comme une veillée au coin du feu mais A Storm Is Going To Come et Piers Faccini bouscule son public, prolonge les instrumentales et s’appuie sur sa complice Laetitia Shériff pour durcir le ton. Durcir. Le mot est fort pour un folk toujours maîtrise, jamais agressif. Disons que la veillée se fait road movie et ne cherchez pas de frontières à sa musique, il n’en a pas. Des plaines de l’Ouest au Proche Orient, des envolées celtiques à la toscane, Piers faccini joue son dernier album  Two Grains Of Sand décrit souvent comme l’album le plus apaisé de sa discographie. Mais comme la salle lui est complètement acquise, 2 chansons de Leave Not Race sorti en 2004 font sensation.  If I aussi a bien vieilli. Le public accompagne le chanteur qui se permet même le luxe d’a capella loin du micro. Chapeau. « Avec certaines chansons, dans certains moments, j’ai l’impression que c’est la première fois ». C’est con mais dit comme ça, seul face au public, ça marche et le pire c’est qu’il a l’air sincère. 2 rappels, un duo avec Krystel et 3 chansons plus loin, la salle se vide doucement sur une rythmique vocale collective réclamée par le maître de cérémonie. Tiens, il fait moins froid dehors…

Fabrice

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On y était - Battles à l'Elysée Montmartre

battles4801Battles à la soirée WARP, l'Elysée Montmartre, Paris, 8 décembre 2009

J'avais vaguement traîné sur la page myspace de Battles quelques semaines plus tôt, c'est donc quasi-ignorante, que je me suis rendue à ce concert, assez friande que je suis de découvertes rafraîchissantes. Ouvrez les écoutilles, laissez-vous pénétrer... Hum. De Battles je ne connaissais donc rien. Hormis cette appartenance au label WARP qui, l'exigence et la "pointitude" mise à part, ne m'en contait pas plus. Après le très bruitiste duo Nice Nice et le dj set pour le moins déconcertant d'anachronisme de Four Tet (qui a essayé de nous faire croire qu'il était 3h du mat' et que la fête battait son plein, alors qu'il n'était que 21h ma gueule), Battles arrive, reprenez votre souffle.

Petit historique des familles : Battles se met au monde en 2006, se fend de quelques Eps, et d'un album Mirrorred en 2007, tout ceci qualifié par mes consorts journalistes de math-rock ou de post-rock. Vous savez ce genre un peu obscur et franchement 90's, avec des types bien allumés qui prolongent des riffs vaporeux et/ou râpeux sur des plages cds défiants les lois de la norme. Mais si, rappelez-vous Tortoise, et surtout Mogwai. Qu'est-ce que j'ai pu déprimer en écoutant Mogwai! C'était pas leur faute les malheureux, j'étais juste en pleine post-adolescence dans ces années là. Mais les influences de Battles sont plus bigarrées encore...

Sur scène en effet, la batterie de John Stanier se fait furieuse et sèche, quand on sait que ce monsieur a officié chez feu-les très énervés-Helmet, on n'en est plus surpris. Le chanteur, Tyondai Braxton, ajoute lui aussi une couleur à la bataille qui lorgne vers le free-jazz. Entre impro et effets distordus absurdes et complètement assumés, on croirait voir sourire les clowns moqueurs de Mr.Bungle et surtout les frappés de Primus. Cette facette-là, j'avoue j'aime bien. On est toujours dans les 90's, mais celles qui manquent un peu aujourd'hui. Osé et marteau.

Pour le reste, je suis restée sur le bord de la route, même si mes acolytes de show ont tout tenté pour me convertir. Les musiciens de Battles sont de vrais nerds, dans le bon sens du terme j'entends, et il ne fait aucun doute qu'ils se font foutrement plaisir sur scène, il n'y a qu'à voir le grand sourire de ce type au prénom imprononçable. Mais le côté "on s'fait un boeuf" sur scène remporte rarement mon enthousiasme, surtout quand il s'agit d'un genre qui ne me touche finalement plus beaucoup, les affres torturés de ma jeunesse, que je ne peux m'empêcher d'associer à ce son, depuis un (petit) moment dépassés.

Virginie.