REMAIN l'interview

remain3recadreePourrais-tu présenter en quelques lignes ton parcours dans la musique ?
J'ai reçu une formation en guitare quand j'étais plus jeune, mise entre parenthèses pendant mes études. Je suis revenu à la musique en tant que DJ avec une résidence au Pulp, puis j'ai monté mon label en 2008, et là j'ai commencé la prod.

Pourquoi avoir monté un label ? Que voulais-tu explorer avec Meant ?
Quand tu es DJ, tu reçois tous les jours des EP ; tu te fais un avis sur les dernières prods, et surtout on te demande ton avis ! L'idée de monter un label a petit à petit fait son chemin.
Les ventes de disques étaient en chute libre, les ventes de numérique n'avaient pas encore explosé, et avec mon pote David (Siskid) on s'est dit : « C'est le moment où jamais ! »
Meant c'est un espace d'expression et de création qui nous ressemble, à la fois pour le club et pour la maison. C'était important que le label exprime cet ancrage. Meant ne se limite pas à l'électro.

Et au niveau de l'électro, qu'est-ce qui t'a marqué ? Qui t'a donné envie de faire de la techno ?
Ado, j'étais très rock. J'ai d'ailleurs joué dans des groupes, j'allais à beaucoup de concerts. Et puis, naturellement, j'ai commencé à sortir en club : j'ai vu tout Laurent Garnier, Sex Toy, Aphex Twin, Jeff Mills... Ça laisse des traces !

Siskid est aussi très présent. Quelle est sa place au sein de Meant ?
Il est plus que très présent ! C'est le co-créateur du label, on s'occupe ensemble de la DA et de tout ce qui va avec. C'est aussi un artiste que je respecte énormément. Je suis très fier d'avoir monté mon label avec lui, très fier de sortir et de défendre ses productions. Mais c'est avant tout mon pote !

On sent un lien musical avec Kill The DJ: Krikor et Chloé ont signé des remixes sur le label, Remote a sorti un EP sur Meant et Ivan Smagghe te présente comme "l'un des nouveaux espoirs de la scène française". Etait-ce un label déterminant pour la création de Meant ? Leur vision de la musique t'a marqué ?

Tu as tout dit ; j'ai toujours beaucoup apprécié le travail de leurs artistes et c'est vrai qu'ils nous ont beaucoup soutenus au départ. Maintenant Meant a sa propre identité,. L'idée, quand tu montes un label, ce n'est pas de copier ou de « s'inspirer » de ce que font les voisins. On essaye de construire notre propre image à partir de notre idée de la musique ; ça prend du temps, surtout quand des labels comme KTDJ et des artistes comme Krikor, Chloé et Ivan, mettent la barre assez haut. Mais je pourrais aussi te parler du travail de Trevor Jackson avec son label Output et de son projet Playgroup...

On te sent très proche de Dimuschi et Audiofamilies, peux-tu nous parler de ces relations que vous entretenez ?
Dimuschi, ce sont des amis, promoteurs d'excellentes soirées à Paris et plus récemment en Corse.
Audiofamilies, et plus particulièrement Jeff Labelle, s'occupe depuis un an et demi de mes bookings et de mon développement auprès des clubs et des promoteurs. C'est un des meilleurs bookers français et je suis très heureux de faire partie de son pool d'artistes.

l_a9e6609e3b2c4fe3befa2b917979ae3fTu fais aussi de la musique sous le nom de Remain. Quelles sont les lignes directrices de ce projet ? Où veux-tu aller ?
Meant et Remain sont intimement liés. Le principe de la musique jouable en club et écoutable à la maison est plus que jamais d'actualité. C'est aussi le sens que je souhaite donner à ma musique. Vous pourrez le constater bientôt en écoutant mon prochain maxi. Il y a deux morceaux : un très club, et l'autre plus rock et plus perso, mais très efficace !
En ce moment je passe encore plus de temps en studio, avec des projets de collaborations assez excitants... Stay tuned !

Ce n'est pas trop dur de conjuguer les fonctions de boss de label et d'artiste ?
Ce n'est pas toujours évident... Ça fait souvent beaucoup de choses à gérer en même temps. Mais ce n'est pas antinomique non plus, c'est juste une question d'organisation.
Et c'est surtout super excitant de défendre des choix artistiques, au-delà de ta propre musique.

Tu vas sortir un EP prochainement. Peux-tu nous en parler ? Quelles directions as-tu prises pour ce quatrième EP ?
Le maxi est terminé ; deux morceaux très forts, avec chacun leur remix. Petite exclu : c'est Ewan Pearson qui fait l'un des remixes. Il l'a terminé il y a peu de temps : il est dingue ! Sortie prévue avant la fin de l'année, a priori en novembre.
J'en profite pour te rappeler que je viens de signer un remix du titre Dirty Symphony de Julien Parisé qui vient de sortir sur Missive, que vous pouvez écouter .

Quelles sont les actualités de Meant ?
Rentrée chargée. En voilà un petit aperçu :
- Le MEANT008 sort le 4 octobre : un maxi de notre nouvelle signature Monoblok & PussySelektor avec un morceau plus deux remixes... Le premier par Ivan Smagghe (une de ses rares prods en solo) et j'ai signé le second. Et voilà un lien preview de l'EP pour les curieux !

- Mon prochain EP (MEANT009) qui sortira ensuite...

- Et un nouveau track de Siskid en ligne, Infected, qui annonce la couleur de son album en préparation. Pour info, il joue pour la Nuit Electro au Grand Palais le 9 octobre prochain.
Hop, on va écouter, le track est fou.

Qu'est-ce qui t'a marqué récemment ?
Mon mariage !

Merci beaucoup !


Porcelain Raft l'interview

5010663981_c725212587_z« Oui, je comprends que tu aies besoin d'enregistrer mes réponses. Moi, je n'ai pas de mémoire. J'ai besoin de l'art pour la retrouver... Tu peux aussi m'aider... »

Mauro Remiddi aka Porcelain Raft ouvre les concerts de Blonde Redhead à travers le vieux continent. C'est une chance qu'il mesure à sa juste valeur. Mauro est un artiste, un rêveur. Il vit de son art par passion mais aussi par nécessité. C'est en effet un besoin pour l'Italo‑Londonien de rattraper ses souvenirs qu'il retrouve par l'émotion née d'une rencontre, d'un film, de la musique.
C'est à l'Ancienne Belgique de Bruxelles qu'Hartzine a pu recueillir les impressions de Porcelain Raft après sa prestation élégante et émouvante et avant qu'il ne reparte pour l'aventure européenne qui durera jusqu'au 15 octobre.

Comment se passe la tournée ?

C'est un manège d'émotions car je n'ai jamais fait une tournée de cette envergure. C'est non seulement un enrichissement au niveau musical mais aussi au niveau de toute la dynamique qui accompagne cet aspect-là... Le voyage, toute l'organisation... Une dynamique à laquelle je n'avais jamais goûté. C'est vraiment une expérience incroyable et j'ai déjà vécu depuis le début des moments de bonheur immense... Le point positif est que tu te focalises sans cesse sur ton sujet, sur ce que tu fais. Et chaque découverte quotidienne peut être retravaillée et améliorée le lendemain, ce qui est évidemment une richesse. Et je me rends bien compte que c'est une aubaine incroyable pour moi de participer à cette aventure. On ne se rend pas compte du nombre de personnes qu'on peut rencontrer chaque jour. Les Blonde Redhead sont entourés par leur tour manager et d'autres mais moi je suis seul et j'avoue que c'est divertissant de faire cet effort de rencontre, de connaissance et rien que pour ça, c'est une expérience unique...

Comment as-tu rencontré Blonde Redhead ?

Je ne les avais pas rencontrés avant... En réalité, on leur a proposé divers groupes dont Porcelain Raft et ils m'ont choisi... J'adore ce qu'ils font et savoir qu'ils ont eu un coup de cœur pour mon projet me flatte et me fait grand plaisir. J'apprends à les connaître depuis le début de la tournée...

D'où t'es venue l'idée du patronyme Porcelain Raft ?

Aucun motif vraiment logique... J'ai été séduit par l'association des deux mots... J'avais écrit une tonne de mots et je les ai plongés dans un sac un peu à la manière des surréalistes et j'en ai sorti plusieurs combinaisons... Porcelain Raft a été la seule à provoquer quelque chose d'indicible en moi alors je l'ai gardée.

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Comment définirais-tu Porcelain Raft ?

C'est quelqu'un qui essaie de construire une cathédrale sous eau et qui n'y arrivera jamais.

Comment écris-tu ? Tu pars de textes ? Tu changes de technique à chaque morceau ?

C'est un peu différent pour chaque morceau, en fait... Le texte arrive quasiment en même temps que la mélodie... J'ai arrêté de m'installer avec ma guitare et d'essayer de créer sur base d'accords. Mais plutôt de composer en même temps que j'enregistre... Je lance un loop et puis de fil en aiguille, je garde, je jette et puis les mots arrivent... Rien n'est prémédité en somme.

Il me semble qu'il est très important pour toi d'associer les images, notamment vidéo, sur ta musique...

Oui, je considère les images vidéo comme une sorte de plan, de carte. Elles peuvent te suggérer des pistes sur l'itinéraire de la musique.  Parce qu'en tant qu'auditeurs, nous ne pouvons qu'apprécier un morceau pour l'émotion qu'il nous apporte mais la vidéo telle que je la conçois peut nous apprendre quelque chose sur l'origine, le parcours, le positionnement de l'œuvre et peut suggérer des choses impossibles à envisager uniquement avec la musique.

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Tu te sens proche de certains musiciens par leur son ou leur manière de fonctionner ?

Je ne dirais pas que je me sens proche de qui que ce soit car je ne suis pas un grand consommateur de musique... Je visionne beaucoup plus de films que je n'écoute de la musique. Mais il m'arrive quand même d'éprouver de l'émotion en écoutant certaines choses. La première fois que j'ai entendu Atlas Sound, j'ai été ému... Même chose pour Beach House avec qui certaines personnes m'ont déjà comparé. J'ai découvert Beach House pendant le mixage de certains de mes morceaux et je me suis dit : « Merde, c'est exactement ce que j'avais en tête mais en mieux (rires)... » Enfin, pas mieux mais plus évolué, plus mature... En somme, c'est plus de l'ordre d'une connexion émotive pas vraiment une question de son...

Parle-moi de ces films qui sont importants pour toi...

J'ai envisagé le live set de cette tournée comme un work in progress, une œuvre à part entière que je fais évoluer sous les yeux du public... J'ai puisé mes influences dans les films d'Andrei Tarkovsky et en particulier Miroir et Stalker. Ils traitent tous deux de la mémoire avec l'idée que l'histoire n'est jamais linéaire. Tu vis un événement concret, comme cette interview, et puis passe une personne devant nous, qui te fait penser à quelque chose en une seconde et qui peut tout changer... C'est un peu une manière poétique d'envisager la réalité. Les flashbacks, les souvenirs d'enfance, les rêves qui alimentent la poésie de notre quotidien... Et je trouve donc important de ne pas suivre une logique simplement auditive lors de l'élaboration de la setlist ou de la prestation elle-même... Du genre, alterner des chansons tristes et puis plus entraînantes... Ce genre de conneries, quoi ! J'essaie plutôt de ne suivre aucune règle mais juste un fil conducteur d'émotion... J'ai besoin des films et des livres pour provoquer ces sentiments et ainsi entretenir ma mémoire qui est très fragile comme je te l'ai dit.

Tu vivais à Rome, c'est ça ?

Oui

Pourquoi tu es parti ?

C'est une longue histoire... Je me suis en fait échappé de cette ville sans motif logique et sans savoir vers quoi j'allais... Je ne me sentais plus à ma place, mon entourage me trouvait étrange sans vraiment de raison... J'ai dû fuir.

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Tu veux rester à Londres ?

Non, je veux voyager !

Tu profites de ta tournée pour visiter des villes potentielles d'accueil ?

Oui (rires), l'Europe est magnifique...

Quand tu es arrivé à Londres, tu n'as pas ressenti de concurrence impitoyable avec les artistes anglais ?

Non, en fait, ils se fichent vraiment de quel pays tu viens... Ils te donnent leurs 5 minutes d'attention et s'ils se sentent en connexion avec toi, il n'y a aucun problème... J'ai rencontré des personnes qui ont cru en moi... Mon manager, Ross, et d'autres ne se sont jamais souciés de mes origines, ni personne à Londres d'ailleurs, malgré mon accent italien quand je parle leur langue (rires).

Que penses-tu de l'Italie d'aujourd'hui ? Tu as une opinion ou tu t'en fiches ?

Non, je ne m'en fous pas... L'Italie je la vois un peu telle que l'envisageait Pasolini : c'est une belle femme que tu voudrais embrasser mais tu ne peux pas car un serpent est enroulé autour d'elle, alors tu te contentes de la regarder...

Pour terminer, qui t'a donné l'envie d'être artiste et de créer Porcelain Raft ?

Justement, Porcelain Raft est né de l'intention d'enfin créer seul quelque chose... Je dirais donc que c'est le courage uniquement qui m'a donné cette envie même si j'aime aussi être entouré de personnes. Mais pour la musique, rester avec un groupe pendant des années ; je ne sais pas... J'avais une vision de la musique tout autre. J'ai commencé à faire de la musique à 10 ans dans ma chambre avec mon piano, un petit enregistreur et je criais : « Bienvenue au Mauro Remiddi Show ! » et je jouais des extraits de morceaux de dessins animés japonais que je consommais sans modération à l'époque. Et maintenant, même si ma chambre est devenue plus grande et qu'elle devient parfois une grande salle, ma vision des choses n'a pas changé... Et en fait, je trouve que l'épanouissement personnel serait plus accessible si l'on prenait la peine de rester fidèle à ses principes d'enfant...


Casey l'interview

casey-3-webDans un contexte où le rap français semble faire du surplace depuis plus de dix ans, les rendez-vous estivaux Fnac Indétendances étaient l'occasion pour Hartzine de se frotter à la plus digne héritière d'un genre qui fit la gloire de l'underground durant les années 90, Casey. Elevé au hip-hop hexagonal  depuis que celui-ci a pris naissance derrière chez moi, j'étais impatient de découvrir l'auteur d'un Libérez La Bête sale et brutal, et affronter une MC réputée pour sa grande gueule.  Confiant j'allais affronter la gentille Casey sans mon gilet pare-balle et sans savoir que j'allais en prendre pour mon matricule. L'habit ne fait pas le moine, dit-on.  Parfois pour être crédible il faut savoir enfiler un [survêt'] peau de pêche et se raser la tête. Le tacle dans la bonne humeur, c'est par ici...

Contrairement à beaucoup de rappeurs brassant les mots de manière facile, tu manies le verbe avec dextérité et à des fins parfois peu orthodoxes... Le vocabulaire, c'est ton terrain jeu ? C'est ton artillerie ?

Je ne sais pas bien comment répondre à cette question... Je sais pas... Je ne me suis pas scrutée, je me suis pas assez disséqué ou brossé le nombril depuis un bout de temps pour te répondre. Je sais pas... Après c'est toi qui interprète à ta sauce. Je peux te dire que j'aime bien écrire, après le reste... Après le reste c'est les goûts et les couleurs...

Tu sembles avoir un vrai goût pour l'écriture...

Oui, j’aime bien écrire. Mais je ne me lève pas non plus à six heures en regardant le soleil, avec une chemise à col à jabot et tout, tu vois…Ce genre de trucs… Mais oui, j’aime bien écrire.

Qu'est-ce qui t'as donné envie de rapper, c'est d'abord la musique ou l'envie de prendre position ?

Bah déjà quand j’ai commencé j’avais treize piges, donc j’étais pas dans la prise de position. A treize-quatorze ans, t’es dans le mimétisme. J’écoutais du rap français, il y en avait à Nova, des rappeurs américains à la télé. Et ce qui m’a fait tripper quand j’étais plus jeune, c’était l’intellect mais cool. C'est-à-dire que les gens disaient des choses tout en étant en baskets et en paraissant cool. Tu pouvais dire des trucs sans être un bouffon du club d’échec. Tu vois t’es cool, le rap c’est vraiment bien. Surtout en France, pays très littéreux. Ecrire ou dire des trucs, c’est tout de suite de la branlette… C’est tout de suite très haut-perché. Donc ouais le rap, ça m’a un peu réconciliée avec le fait de pouvoir dire des choses sans forcément être dans une sphère littéreuse. C’est ça qui est terrible, tout le monde peut écrire. Alors effectivement, on n'est pas tous égaux devant l’écriture, tu vois. Mais ce que j’aime dans le rap, c’est que tout le monde écrit, tu ne te pose pas la question de savoir si t’as fait khâgne-hypokhâgne, si tes parents sont instits… T’as envie d’écrire un texte, t’écris un texte. C’est encore l’une des rares musiques comme ça. Il y a pas de limites, après il y a des choses bien et des choses moins bien… Quoiqu'on adore taper sur la médiocrité du rap mais dans le rock, ça ne dit pas grand-chose non plus. Franchement… A part se retirer la poche des yeux, ça dit rien. Et le hard, je t’explique même pas.Des mecs qui gueulent, qui braillent, qui sont énervés comme pas possible et qui disent rien. Je sais pas, j’arrive pas à me congestionner le cerveau pour dire aussi peu, tu vois. Tu sais, ça me soûle aussi un peu.Que moi je dise des trucs sur le rap, ça me regarde, c’est mon milieu, j’ai le droit de le remettre en cause, pour moi j’ai le droit de lui taper dessus. Des mecs qui viennent de l’extérieur qui viennent critiquer le pe-ra en aimant le rock où ça dit rien, ça me fatigue un peu, souvent (soupirs !)… Parce que dans le rock, ça dit rien, franchement ça dit que dalle… Passer des après-midi chez mamie, pareil que dans la chanson française. Et le hard, pareil. Ils égorgent des poulets, ils invoquent Satan à descendre sur Terre… Des trucs concrètement qui ne veulent rien dire. Donc voilà, le rap, c’est encore une des rares musiques où t’as une feuille, t’as un stylo, t’as envie de dire des trucs, tu les dis quoi… Donc c’est ce que je te disais, le côté intellect, mais cool, en mâchant du chewing-gum.

Justement, sans aller au clash, tu dézingues beaucoup de monde par la force de ton propos. C'était voulu dès le départ ?

Non, c’est pas… C’est con de répondre à ce truc-là si c’est voulu… T’écris ce qui te passe par la tête. Croquer la connerie, oui. C’est à la portée de tout le monde, on le fait tous. On a tous un bouc émissaire, on a toujours son imbécile du coin, son gros con… On a de quoi s’appuyer pour se forger sa personnalité et croquer la personnalité des autres.Doncça c’est des sujets infinis - l’outrecuidance, l’arrogance, la bêtise, tu vois ? Et c’est relatif, chacun a la sienne. Et voulu… Non pas spécialement, c’est donner un avis. Comment c’est perçu, ça, ça me regarde pas vraiment… Oui je donne mon avis sur deux-trois trucs… Pas lourds en plus. Laissez la banlieue tranquille, laissez les immigrés tranquilles… Foutez-nous la paix… Laissez le rap tranquille… La tranquillité, la sérénité, la quiétude, tranquille… Qu’on puisse s’allonger à Paris-Plage et manger des glaces (rires). C’est à peu près ça…

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Malgré ça, on te colle quand même une étiquette hardcore que tu intensifies à travers l'image de tes albums, de tes clips... C'est intentionnel...

Bah oui, qu’il y ait une esthétique, oui c’est clair que j’aime pas les esthétiques vert pomme… Après c’est les goûts… Comme dans le gothique ou le hard métal…Chaque musique a son esthétique. J’aime pas ce qui est lisse. Maintenant est-ce que c’est volontairement tout le temps entretenu ? Pas spécialement. Mais justement, tout en n’aimant pas le lisse, par opposition on se doit d’aller vers autre chose. Pis ça colle peut-être avec les musiques, avec la lourdeur, avec… Peut-être… Mais ce n’est pas une marque de fabrique en soit non plus. C’est un univers t’as vu, grisaille, béton… C’est plutôt nos quotidiens, non ? J’aurais peut-être fait du rap à Acapulco, j’aurais pas dit qu’un p’tit short à fleurs ça l’aurait pas fait (rires)… Un cocktail avec une paille fluo…Mais banlieue parisienne, 9-3, le short fluo, ça va pas passer.


Quels sont les choses qui te fâchent dans le rap hexagonal ?

Bah rien qui change avec ce qui pourrait me fâcher au quotidien, je te l’ai dit… Souvent t’as des mecs qui sont super contents en pensant qu’on va taper sur le pe-ra. Que moi je tape sur le pe-ra, ça me regarde. Mais quand je rencontre des gens qui ne sont pas de cette musique, qui sont contents et qui pensent, parce qu’on va être d’accord sur deux-trois trucs, qu’on va être des copains, non tu vois ? T’es du rock et tu tapes sur cette musique sans remettre en cause ton propre milieu, tu vas te faire enculer tout pareil. Ça me regarde moi de taper sur cette musique. Mais si toi (ndlr : moi ?), tu tapes sur cette musique et que tu la connais pas, je suis pas ton amie. Ça me regarde… J’aime pas les gens qui tapent sur le rap. Le rap a sa bêtise, le rap a sa médiocrité, mais comme d’autres musiques… Pour avoir fait un petit tour dans le rock, je peux te jurer que là aussi, il y a des trucs à croquer. De l’imposture, t’en as tout pareil… Des postures de branleurs, tu vois ce que je veux dire ? Qui pensent à rien d’autre qu’à leur nombril et je sais même pas s'ils vont acheter une baguette de pain les mecs. Ils te racontent des trucs insignifiants au possible, tu vois ? Mais dans des postures de mecs déchirés, écartelés par la vie… De la branlette. Donc voilà, le rap à ses postures aussi, des postures de gansters, des postures de cailleras… Le rock et le métal, pareil… Des postures de « Ahhhhh, je veux mourir… » mais je le dis quand même… De la posture, si tu veux c’est croquer la connerie… Moi si tu veux dansla musique, il y a une sorte de ligne de démarcation où il y a deux camps. Et dans les deux camps, il y a toutes les musiques mais je sépare ça avec la posture et les gens qui font ça sans préméditation, avec des raisons tout à fait louables. C'est-à-dire déjà avec un plaisir personnel, ensuite de l’expérimentation, une forme de vérité, d’authenticité… Ils ne sont pas dans le regard d’autrui, ils cherchent… Et voilà, c’est ce que j’apprécie. Dans ce camp-là, il y a de tout. Et dans l’autre camp, le camp des trous-du-cul, là aussi, il y a de tout. Donc moi ça me regarde, c’est mon milieu le rap, je le connais, ça fait un bout de temps que je suis dedans, que je lui tape dessus, ça me regarde… Ça me créée pas pour autant de la concordance avec d’autres qui n’y connaissent rien, et qui vont venir me dire : « C’est bien ce que tu dis »… Je t’emmerde, je t’encule… Si la seule raison pour toi de me mettre un coup de coude complice en disant : « Vas-y, c’est bien tape-leur dessus », c’est parce que toi-même tu n’aimes pas le rap, que tu n’y connais rien et donc tu vas te faire enculer tout pareil. Voilà donc je tape sur le rap, parce qu’il y a plein de choses qui ne me plaisent pas mais comme plein d’autres musiques. Mais je parle de ce que je connais, tu vois ? Je vais te parler de mon milieu, je ne vais pas te parler de la médiocrité dans le chant lyrique. Je ne connais pas le chant lyrique. Je ne suis pas dans ce monde-là. Je te parle de ma petite micro-société dans laquelle j’évolue et qui est le prisme à travers lequel je vois la bêtise, le vice, la vertu, enfin plein de choses quoi… Enfin c’est juste ça, t’enlèves le rap, il reste ça. Comment je regarde le monde en général. Après chacun sa petite lorgnette. Moi, le rap en fait partie.

Libérez La Bête est un album très dur, dans quel contexte et dans quel état d'esprit l'as-tu écrit ?

Ça aussi ça reste relatif, je ne trouve pas que ce soit dur. Parce qu’on se connaît pas et qu’on ne traîne pas ensemble toute la journée (rires). Avec mes potes c’est le genre de rap qu’on écoute, pas celui-là spécialement. Pour moi si tu me demandes mon avis, c’est un album normal. Après dans quel contexte… Normal. Je ne me suis pas enfermée au fond d’une cage à trois cents mètres sous le niveau de la mer… Donc normal, à un moment donné t’écris tes textes, tu prends ton p’tit cahier, ton stylo et t’écris quoi… Et la dureté, c’est un point de vue, ça dépend de quel point de vue tu te places.Par contraste peut-être avec d’autres musiques plus entertainment, ça peut passer comme ça. Mais mis en parallèle avec plein d’autres rappeurs, c’est un disque qui va passer… C’est un disque normal.

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(Rires) Donc je pense que dans ce contexte ma dernière question va te sembler un peu déplacée...

Non vas-y, dis...

Donc si je te dis que Libérez La Bête est le seul disque de rap français que j'ai réussi à écouter entièrement sans me lasser et réellement apprécié depuis presque dix ans (ndlr : La Rumeur - L'Ombre sur la Mesure, 2002), ça te fait quoi ?

Bah écoute… Bah rien… Tu vois ? Ça me fait rien. Je me dis que c’est dommage parce que d’autres groupes de rap français, j’en connais d’autres qui sont bien mais on n'a peut-être pas les mêmes goûts. Je sais que t’as plein de gens qui ne sont pas du rap et qui ont écouté ce disque et qui viennent me dire, tu sais… Si tu t’es fâché avec le rap, je ne suis pas responsable. J’aime bien celui-là, mais pas les autres… Y'en a peut-être que toi t’aimes pas mais que moi j’aime bien. Parce qu’on n'évolue pas dans les mêmes milieux, on n'a peut-être pas les mêmes goûts, les mêmes indulgences… Pour moi, ça me fait plaisir que d’autres personnes, qui viennent d’autres milieux musicaux, qui ont d’autres cultures, écoutent peut-être ce disque et essayent de décloisonner quelque chose… Pour eux… J’espère au moins que ça te permettra de te dire qu'il se passe aussi des choses dans le rap, voilà… C’est juste ce que ça me fait. Après j’espère que t’en restera pas là… Et que tu vas dire, tiens je vais tentez le coup… Parce que, ce que je veux dire c’est que ce que tu n’aimes pas dans le rap, c’est peut-être ce que je n’aime pas dans plein d’autres musiques. J’aime pas ce qui passe à la radio, je trouve ça dégueulasse, la chanson française, je trouve ça dégueulasse. Et si c’est pas deux-trois potes qui m’ont pas fait écouter autre chose, des mecs qui ont vendu genre six cents disques durant toute leur vie, où il y avait des morceaux qui mettaient des claques incommensurables, alors là je pouvais continuer à prétendre que je connaissais, mais sans connaitre. Mais il y a plein de styles de musique comme ça, je trouve ça dégueulasse, et je sais que j’y connais rien. Le rap, je me tape plein de gens qui pensent savoir, qui pensent connaitre, et qui connaissent rien… Ils allument la radio, la télé, ils voient des indigènes en train de gigoter … Y'en a c’est pas bien et y'en a d’autres c’est bien. Même un enfant de sixième, il fait cet effort intellectuel de se dire, il y a des trucs que je connais et d’autres que je ne connais pas. Donc mon seul degré de jugement, c’est pas uniquement ce que je connais. De tout ce que je connais comme musique, j’y connais que dalle, tu vois ? Non moi aussi, je me lâche et je me permets de dire ça, ça pue, ça c’est dégueulasse. Par exemple la chanson française, c’est le truc qui me fait délirer tu vois ? Mais dans le fond, je sais que j’y connais rien et qu’il doit bien y avoir un ou deux pelos quelque part qui font des vrais trucs. Mais c’est pas ceux que je me coltine quand j’allume la télé, tu vois. Mais c’est pas suffisant pour condamner une musique ou un genre. Le rap, c’est un peu pareil tu vois ? Et puis ce qui me soûle aussi… Ça c’est pas pour toi…Mais ce qui me soûle à travers le rap, c’est que t’en as qui vont aller vers le rap parce que c’est le bon vecteur conscient et politiquement correct pour taper sur l’immigration, la banlieue, tu vois ? Y'a aussi ce truc-là, c’est pour ça que je me méfie des « j’aime pas le rap ». Parce que c’est qu’un genre musical, ça nécessite pas autant d’énergie de haïr cette musique… Souvent il y a un truc derrière, tu vois ? Un truc un peu puant et xénophobe. Renvoie ces indigènes jouer dans leur cour, on comprend pas ce qu’ils veulent, on comprend pas ce qu’ils gigotent… J’aime pas. Et ça c’est clair et net, que tout le monde aille se faire enculer. En général, il y a souvent ce propos derrière qui me dérange. Il y a souvent un truc pas net à taper allègrement sur le rap car c’est qu’un genre musical, et puis voilà. Quand je vois les BB Brunes, je trouve ça dégueulasse, mais je me dis pas qu’ils incarnent à eux seuls la bourgeoisie et le sarkozysme. Pourquoi le rap, lui, subit ça ? A travers le rap, quand on tape sur le rap, on tape sur ça. Ça vient grossir tous les autres maux de la société. C’est plus ça qui me dérange en fait. J’espère que si t’aimes pas le rap, t’aimes pas juste un genre musical, ça peut arriver. Mais merci pour le compliment, c’est gentil.

Photos nb © Emeline Ancel-Pirouelle


Desire l'interview

8332_257450065197_249426295197_8706763_1707281_nOn avait déjà parlé de Desire Records sur Hartzine à l'occasion de la sortie de l'EP de la nouvelle hype EBM //Tense//. Suivant une ligne artistique sans équivalent en France, il nous paraissaît intéressant de nous attarder sur ce label géré par Jérôme Mestre, ancien du shop Rough Trade à Bastille (entre autres). Commerce 2.0 et nuance de ton au programme de cet entretien qui ne fait que confirmer tout le bien que l'on pensait de cette structure.

Tu as un parcours conséquent dans le monde de la musique : patron du shop Rough Trade parisien à 25 ans, responsable de Chronowax et Artefact, puis maintenant affilié à la radio collaborative virtuelle Official FM (ex Fairtilizer). Tu n'a jamais été réellement déconnecté de la musique indé. J'ai donc envie de te demander dans un premier temps : aimes-tu toujours autant la musique ?

Jérôme : Oui ! Je trouve que la crise du disque n'est pas une crise de la création musicale. Tous les jours de nouveaux groupes débarquent et proposent des choses enthousiasmantes. Je crois d'ailleurs que je n'ai jamais autant acheté de disques que ces deux dernières années.

A la vue de ton parcours, on observe que tu t'es progressivement éloigné de la sphère réelle du business musical. Quel est ton regard sur les nouveaux modes de « consommation » de la musique (liés au 2.0, dont le streaming) ?

En fait, tant que les disques se vendaient bien, le boulot chez un distributeur était assez excitant. Mais depuis 4/5 ans ce n'est plus marrant du tout. Par contre je pense que le métier de disquaire a un avenir devant lui : les Fnac et autres Virgin ne proposent plus rien d'intéressant et laissent donc le champ libre à une nouvelle génération de magasins de disques.
En ce qui concerne les nouveaux modes de consommation de la musique, je ne peux être qu'enthousiaste. Même si la rémunération des titres en streaming est quasi-nulle, c'est une véritable opportunité pour les artistes ou labels de faire découvrir leur musique. Le streaming est une alternative aux radios FM que nous avons connues jusqu'à peu.

On voit que la vente d'albums n'est plus la priorité des acteurs virtuels de la musique, ou du moins que cela n'est plus exprimé ainsi ; quelle est donc la finalité de cette exploitation virtuelle de la musique ?

Tout simplement se faire connaître et entretenir une relation directe avec ses "fans". Et ensuite pourquoi pas vendre sa musique ou faire du merchandising en direct.

15762_311398870197_249426295197_9590962_724029_nQuelle est la place de « l'underground » là-dedans?

Ce sont généralement les groupes « underground » qui sont les plus actifs sur les réseaux sociaux et qui testent en premier les nouvelles solutions technologiques.

Ton parcours doit être riche en rencontres. Quand on pense à Rough Trade, on pense notamment à Ivan Smagghe et Arnaud Rebotini. Est-ce que cette époque a réellement modelé vos esprits et votre exigence ?

Bien sûr. C'était en plus une époque où, pour la première fois depuis le début des années 80 et des groupes comme Metal Urbain ou Stinky Toys voire plus tard avec la vague minimal/cold, que la scène française avait une crédibilité internationale avec l'avènement de la scène électronique. Donc on avait cette connexion directe avec l'Angleterre et les Etats-Unis avec ce qu'on recevait et aussi une relation privilégiée avec les artistes locaux. Je ne peux pas répondre pour Arnaud et Ivan mais c'est clair que je ne serais pas là où j'en suis sans l'aventure Rough Trade.

Est-ce que tu te retrouves dans ce qu'ils font actuellement ?

J'aime beaucoup ce que fait Arnaud ces temps-ci. J'aimerais travailler avec lui pour un projet sur Desire. Il faut que je trouve un concept intéressant à lui proposer.
Je suis moins en contact avec Ivan mais j'écoute régulièrement les mixes qu'on retrouve à droite ou à gauche sur le net. J'aime beaucoup le côté radical et sans compromis de ses mixes. Je connais moins son travail de production. Je lui ai demandé de participer à une compilation de reprises de Cabaret Voltaire et il a accepté.

Recentrons-nous sur Desire Records. Quelle est donc l'idée derrière ce label ? Est ce de l'artefact 2.0 ?

En fait c'est plus une opportunité qui m'a incité à démarrer Desire il y a un an. Un ami qui dirige le distributeur Module m'a proposé de signer des groupes plus pop pour son label in-house et au cours de la la discussion le projet a évolué vers la création d'un label avec une identité propre. En plus je venais d'arrêter de booker des groupes pour la Flèche d'Or et j'avais eu pas mal de bons contacts avec certains. Et c'est  vrai que l'idée d'un label me taraudait toujours. On peut voir la continuité avec Artefact dans une envie d'éclectisme et l'envie de signer des disques par envie et non par calcul.

Peux-tu nous présenter rapidement chaque artiste de ton catalogue ?

Ma première sortie était le premier album de Project:KOMAKINO, un groupe anglais de post-punk inspiré par Joy Division bien sûr mais aussi The Sound ou The Chameleons. Ensuite il y a eu Kasms, un quartet devenu trio il y a peu qui joue une musique elle aussi largement influencée par le post-punk des années 80 mais avec une touche plus agressive et débridée.
J'ai ensuite sorti un EP de //TENSE//, le projet solo d'un jeune Texan. C'est nettement plus électronique mais toujours avec un format chanson. Son album vient de sortir en vinyle et sera disponible en CD courant septembre.
Aussi disponible depuis quelques jours, le premier album de The Present Moment, le projet solo d'un Californien. Il évolue entre ambiances gothiques et électro-pop racée.
Autre album de la rentrée, Nord d'Ike Yard, groupe post-punk électronique mythique qui vient de se reformer après vingt-cinq ans.
Demontré est un jeune quartet anglais produit par James Aparicio de DiscError Recordings. Ils jouent un rock atmosphérique et sombre qui n'est pas sans rappeler The Cure.
J'ai entamé une série de 7" avec un deux titres de Loom 11, le projet solo d'Elon Katz, membre du groupe électro-pop de Chicago White Car. Le son est plus intense, sombre et rugueux.
La seconde sortie de cette série sera l'oeuvre de Der Ventilator, un groupe espagnol, lui aussi produit par James Aparicio. Leur musique est à rapprocher de Liars et HTRK.
Viendront ensuite le premier album de Joie Noire, entre krautrock et post-disco, un split 7" partagé par deux groupes électro-dark-pop de Portland, Soft Metals et Jewels Of The Nile, un EP du groupe électro-grunge new-yorkais GHXST, un 7" des Italiens Too Young To Love, un 7" par le groupe indie anglais Televised Crimewave, un 7" par les néo-gothiques américains de Blessure Grave et un par les Canadiens de Cosmetics.

Quelles références (musicales, picturales...) as-tu en tête au moment des choix artistiques ? Dark, no black : c'est ta ligne de conduite ? Quelle est la nuance ?

En fait c'est plus un jeu sur les mots qu'autre chose. Mais c'est vrai que dans dark (sombre) il y a des nuances qu'on peut retrouver dans les différents groupes du label. Black est plus uniforme peut-être.
Je n'ai pas vraiment de ligne de conduite pour les choix artistiques en fait. J'ai toujours préféré les groupes sombres et difficiles que les trucs pop sautillants. Même si j'aime bien des trucs plus formatés, il doit toujours y avoir une fêlure pour que j'accroche vraiment, que ce soit en musique, en cinéma ou autre.

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Tu dois inaugurer prochainement une série de singles vinyles en tirage limité. Un bon moyen de travailler sur l'objet en tant que tel ?

Oui mais pas uniquement. C'est aussi un bon moyen de commencer à travailler avec un groupe avant de s'engager sur un format long. Ça me permet aussi de sortir des disques avec des groupes déjà signés ou en passe de l'être comme Soft Metals. Et l'approche artistique est différente sur un single. On ne peut pas se permettre d'inclure un titre qui pourrait trouver sa place sur un long format mais qui dans un format court ne serait pas à sa place. L'approche est totalement différente d'un album où on peut jouer plus sur des ambiances.

A-t-on une chance de voir des plateaux Desire Records tourner en France ? Est-ce que le booking te paraît être une activité incontournable car complémentaire du reste pour les labels « underground » ?

J'aimerais bien mais pour l'instant rien n'est vraiment prévu. Demontré, Televised Crimewave et Project:KOMAKINO doivent venir en France avant la fin de l'année et Ike Yard en 2011. Le booking est un véritable métier et je n'ai pas vraiment le temps ni l'envie de m'en occuper pour le moment. Peut-être plus tard.

Je te laisse le mot de la fin pour nous détailler l'actualité et les sorties à venir de Desire...

Pour ce qui est de l'actualité, plusieurs albums sont sur le point de sortir. Il y a le premier album de //TENSE// en CD, LP et digital. Une sortie cassette est prévue avec pas mal de remixes. Nord, le nouvel album de Ike Yard est prévu également en septembre en CD et digital. Le vinyle est prévu pour plus tard. The High Road, le premier album de The Present Moment, est sorti en édition très limitée en cassette et CD-R. Il sortira également en digital.
Sinon est prévu pour septembre un EP de Demontré (CD, 12'', cassette et digital). Un EP de remixes de Project:KOMAKINO est aussi prévu pour la rentrée ainsi qu'un nouvel EP de //TENSE//. Sur le front des singles, le premier 7" de Loom 11 est sorti. A venir un Televised Crimewave, un double 7" de Der Ventilator, un split Soft Metals / Jewels Of The Nile, un 7" de Cosmetics avec l'aide d'un producteur parisien, un de Too Young To Love et enfin un de Blessure Grave.
Pour 2011 j'ai un EP prévu avec GHXST et un de Relics. J'aimerais aussi finaliser la sortie du nouvel album de You Animals et un projet de BO. Il faut aussi que j'avance sur ce projet de reprises de Cabaret Voltaire...

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Who are you La Station Radar?

Micro-label aussi bien porté par la boulimie de ses deux instigateurs que par le bleu du ciel du Lubéron, la mystérieuse fabrique d'orfèvreries musicales qu'est La Station Radar méritait enfin que l'on s'attarde longuement sur son cas. Tour de ce prorpiétaire unique en son genre  en une interview documentée , une élégante mixtape  et une chronique de choix.

Pourquoi et qui se cache derrière ce nom étrange de La Station Radar ? Et d'où vous est venue l'idée de monter un label ?

Jérôme : L'idée du label nous habitait depuis longtemps mais tout a pris réellement forme à Glasgow. En 2001 nous avons décidé de partir en Ecosse… Ce fut une révélation avec des rencontres déterminantes pour la suite et la création de La Station Radar DJs (chaque dimanche à la 13th Note et mensuelle avec projections au Stereo). C’est à ce moment-là précisément qu’on s'est dit que c’était possible. Nous étions en immersion totale. On a travaillé tous les deux à la 13th Note puis ensuite au Mono et au Stereo. Toute la scène locale et internationale passait par là, toute cette énergie nous a boostés pour la création du label. Et puis l’émergence de ces micro-labels DIY comme U Sound de Tom Greenwood, Heavy Tapes, Time-Lag Records ou American Tapes a été une révélation pour nous.

Fleur : Je crois qu'on l'a toujours eue dans nos têtes, secrètement d’abord et puis nous l’avons partagée ensemble. La Station Radar c’est un mélange d’idées, un couple aussi et surtout un rêve commun… Le nom « La Station Radar » est tiré d’un album de Captain Beefheart ; ce groupe représente exactement ce qu’on voulait faire avec le label : un incroyable mélange de style. A l’origine nous étions quatre, avec nos deux acolytes Benoit et Colin des Gummy Stumps (qui est à l’origine du collectif). De retour en France nous nous sommes replongés dans le silence et nos rêves.… patience ou réflexion... ou les deux à la fois… On a pris le temps, surtout pas de bousculade. Et en 2008, on s’est réveillé, et on s’est enfin jeté à l’eau…

l_2f0de95186e141db94feb75af5b34906Vous avez débuté votre activisme à Glasgow, ville à la scène musicale foisonnante et vous le poursuivez désormais au cœur de la Provence où musicalement parlant, pas grand-chose n’à émergé ces derniers temps. Pourquoi ce choix et avez-vous modifié votre façon de fonctionner ?

Jérôme : De retour en France, black out, il a fallu reprendre un nouveau souffle, un nouveau rythme. La Provence… non ce n’est pas notre idéal musical, malgré quelques structures très chouette comme l’Embobineuse ou le Montevideo de Jean-Marc Monterra…  Je ne dirais pas que nous avons changé, nous avons principalement évolué vers internet.

Fleur : Oui, C’est un choix très contrastant avec Glasgow, surtout où nous sommes, dans le Lubéron. Et c’est pourtant cette tranquillité, cette chaleur moite qui entretiennent un certain farniente local, qui nous donne des ailes. Ici, on ne se laisse pas dissiper. On n’a pas d’autres choix que de se concentrer sur ce qu’on veut faire. La Provence c’est aussi un retour aux sources : Jérôme est originaire d’ici, moi j’ai balloté entre Marseille et Toulon. Mais cette destination n’est pas gravée dans le marbre, on ne prépare pas notre avenir en faisant des plans de vie. Rien n’est prévu. Et on n’exclut pas de retourner vivre à Glasgow ou de partir ailleurs.

Comment définiriez-vous l’esthétique du label ? Et pourquoi sortir encore des vinyles et autre CD-R à l'époque du tout digital ?

Fleur : Je dirais tous simplement que j’aime le dessin, le collage, les traits noirs (une vraie obsession chez moi), j’aime la photographie (que j’ai délaissée depuis quelques années pour le dessin). Nous partageons les mêmes goûts. Tout ça ressort forcément dans l’esthétique.C'est très instinctif en fait et le label est à voir comme une continuité – un prolongement de nous même autant dans le graphisme que dans la musique. Nous avons voulu dès le début créer une atmosphère visuelle qui nous ressemble.  Nous sommes des « mangeurs » de vinyles, CD-R, CD et cassettes. Pourquoi cela devrait-il être différent avec notre label ? Nous tenons à laisser le choix des visuels des pochettes aux artistes, nous définissons alors le type de support et suivons la création, jusqu’au choix final et la mise en fabrication. Mais il arrive aussi qu’on nous demande de créer l’artwork, et c’est plutôt très chouette... Nous avons aussi créé une série qui regroupe de minis CD-R, la Fake Tape Série, pour laquelle nous créons les artworks, tout est fait main, en petite édition.

Jérôme : Pour nous, ce n’est pas une nostalgie de sortir des disques aujourd’hui, c’est une réalité. C’est vrai qu’on est au tout digital, mais bizarrement il y a des structures qui naissent un peu partout pour sortir des disques et autres cassettes. Pour ce qui est du digital,nous allons justement nous y pencher avec une collaboration avec le label digital Beko DSL en janvier 2011.

Comment choisissez-vous les artistes que vous souhaitez sortir ? Autrement dit quels sont vos rapports avec eux ?

Fleur : Internet internet internet - et aussi des artistes qu’ont suit depuis un moment, comme par exemple Richard Young et Andrew Paine... On marche au coup de cœur – comme tout le monde je pense – enfin cela me semble normal… Ça commence généralement par un échange de mail, puis une histoire prend forme (ou pas). Je reprendrai la première impression que Joseph Ghosn a eue de notre label : il y a vu une « belle indiscipline ». Et c'est ça La Station Radar. Chez nous se côtoient la pop et l’expérimentale, le folk et de la musique plus sombre ou des choses plus noise… Et ce n’est pas parce que nous sommes indécis, au contraire nous savons exactement ce que nous voulons faire et ne pas faire.

Jérôme : Nous prenons contact directement avec les artistes. Nous recevons aussi des propositions. Ensuite nous prenons le temps de discuter avec l’artiste sur le format et l’esthétique. Certains d’entre eux sont des amis de longue date comme Liam Stefani (Skitter), Colin Stewart et Rob Churm (Gummy Stumps) ou Michael (du groupe Please, avec qui nous avons un projet en route), et d’autres le sont devenus. Il y a de belles rencontres (par internet) comme avec William Cody Watson (Pink Priest) avec qui nous avons continué de dialoguer en dehors des réalisations. Et enfin bien d’autres encore avec qui nous échangeons dès que nous le pouvons. Nous en avons rencontrés certains, comme Ela Orleans avec qui nous avons passé quelques jours à Glasgow. Et aussi de vieux rêves comme Smegma ; au départ on les a contactés pour rééditer une cassette des années 80 et Jackie (Oblivia) nous a proposé de sortir des nouveaux enregistrements et surtout un live avec les musiciens d’Airway et John Wiese. On n’a pas hésité une seule seconde. Nous continuons aujourd'hui à échanger.

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Le concept de la Fake Tape Série m'intrigue. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Fleur : Je suis très attachée aux créations qui se déclinent en série. Dans ce projet de Fake Tape Série, chaque musique, visuel et artiste peuvent être appréhendés individuellement. Une fois réunis, ils forment un tout. On voit alors la série dans sa globalité. L’approche n’est plus la même. Les pochettes de cette série sont directement inspirées par les fanzines photocopiés fait à la main. Elles sont toutes en noir et blanc et ont un aspect photocopié délibéré, c’est le dénominateur commun. Chaque Fake Tape est éditée à 50 exemplaires sur papier recyclé (tout est fait main). Fake tape, « fausse cassette », parce qu’on est parti du format des cassettes, mais que ce sont des minis CD-R.  A travers cette série, on a eu le privilège de travailler avec des artistes reconnus qui ont été emballés par le concept comme Alastair Galbraith, Neil Campbell, Richard Youngs, Andrew Paine et bientôt Oblivia (de Smegma), qu’on n’a pas hésité à mélanger avec des artistes récents : Archers By The Sea, Daniel Klag, Skitter, Bird, Lee Noble, Dirty Beaches, Yannis Frier, Pink Priest, Indian Camp… Et bientôt Enfer Boréal, Je Suis Le Petit Chevalier, Heavy Hawaii, Cloud Nothings, Skitter With Ela Orleans, et d’autres en cours de réflexion…

D'où est née l'idée de la compilation La Station Radar sortie récemment ?

Jérôme : Elle est venue d’un besoin de mettre sur un même support tous ces groupes émergents ; on a ressenti une effervescence musicale et on a voulu la graver à jamais. On ne pensait pas mettre un an pour l’élaborer. Les premiers groupes à nous avoir donné les morceaux comme Cloud Nothings et Blessure Grave avaient explosés entretemps. On a demandé à Pink Priest et Jeans Wilder de participer en nous proposant des groupes qu’ils aimaient. Après avoir procédé à un choix final, il nous a fallu deux semaines pour trouver le bon ordre, la bonne combinaison. On y a passé quelques nuits… Je me suis occupé du mastering et de la mise en place des morceaux. Fleur a pris en charge la création de la pochette.

Vous effectuez un gros travail de stylisation de vos sorties. Le contenu est-il aussi important que le contenant ? Vous restez de véritables fétichistes de l'"objet disque" ?

Fleur : Je vois le contenant comme une attention particulière pour mettre en valeur le contenu, une cerise sur le gâteau, une bonne ou une mauvaise (à chacun de voir). Nous prenons soin des artworks et des rendus. Il y a toujours une réflexion derrière une sortie. L'objet, le visuel, la pochette accompagnent la musique. Mais je ne pense pas pour autant qu’ils soient plus importants ; ils nous permettent de donner des informations et mènent à un autre niveau de lecture. Je ne me considère pas comme une fétichiste de l’objet disque ; j’aime le disque vinyle, c’est sûr, mais j’aime les autres formats tout autant. C’est vrai que j’aime prendre l’objet dans ma main, le sentir, le regarder encore, le laisser là à la même place un petit moment pour mieux replonger mes oreilles dedans … Ça fait très rituel tout ça, haha ! Mais je fais ça avec beaucoup d’autres choses. J’ai des boîtes « à trésor » comme dit Théo (notre fils de 4 ans) où j’aime revenir et replonger ma main. Ce sont des images que je découpe depuis plusieurs années et que je garde. J’ai aussi une passion pour les livres-dessins ou les livres-photos comme j’aime les appeler… Et forcément ça nourrit notre propre approche de la création. Enfin c’est un peu envahissant tout ça… Chacun accepte les obsessions de l’autre.

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Joseph Ghosn, en parlant de vous dernièrement via son blog, affirmait qu'il ne se souvenait pas d'une époque aussi "prolifique" pour la musique. Partagez-vous ces propos ?

Jérôme : Il a raison, il n’a jamais été aussi facile de faire, d’enregistrer et de diffuser sa musique, ce qui donne une explosion de groupes, d’anonymes qui diffusent leurs morceaux dans le monde entier via internet. L’underground n’a jamais été aussi simple d’accès. Il y avait avant un vrai travail de chercheur, il fallait être sur le terrain et trouver les fanzines. Aujourd'hui, Il y a une effervescence de micro-labels, de structures, de blogs, et le web en est le principal instrument. Et ça incite à relever le défi. Cela permet à des petites structures comme nous d’être visibles. Nous produisons en petite quantité, nous gérons tout nous-mêmes de A à Z. Et c’est le cas de plein d’autres labels.

Cependant la félicité des labels n'est-elle pas ces derniers temps mise à mal avec l'avènement d'un média comme internet qui modifie notre façon d'aborder la musique en permettant de la diffuser à grande échelle à moindre frais ? Que peut encore apporter une structure comme la vôtre ? Et qu'est-ce qui vous distingue des labels plus conventionnels ?

Fleur : Avec internet, on peut diffuser sa musique à grande échelle. Chacun peut venir faire son petit marché et composer sa bande-son du jour presque gratuitement. Pourquoi continuer ? En toute honnêteté, nous ne réfléchissons pas à tout ça. Pour nous, notre but premier est de permettre à des artistes de laisser une trace physique de leur travail. Nous ajoutons à cela le contact humain, et un choix évident dans l’esthétique et l’objet. Les ventes permettent de sortir d’autres artistes. Nous avons, tous les deux, des occupations professionnelles la journée qui nous permettent de payer nos factures. Et qui nous ont aussi permis de lancer le label... Nous avons juste une énorme envie de faire et de créer quelque chose avec des artistes qu’on aime. Ce qui est peut-être différent chez nous, c’est que nous le faisons au milieu de nulle part, haha ! Nous nous levons le matin avec le même sourire, frétillant à l’ouverture de notre boîte mail ou à la première écoute de morceaux attendus. Il m’arrive (souvent d’ailleurs) de ne pas dormir parce que j’attends avec impatience un mail ou parce que j’écoute en boucle une prochaine sortie…

Vos collaborez de plus en plus avec d'autres structures comme Atelier Ciseaux et prochainement  Night People. Quels sont les avantages de tels partenariats ?

Fleur : Ces collaborations sont à voir comme des échanges entre personnes et une envie commune pour un artiste. Avec nos amis d’Atelier Ciseaux, nous en sommes à notre deuxième « collab » et on a l’impression de n’être plus seuls ici. Et ça fait du bien ! Tout a démarré par curiosité, je pense, avec une envie commune de savoir qui se cachait derrière chaque label. Et puis la première collab a pris forme. Nous avons alors partagé nos idées, nos visions, le stress lié à une sortie, et surtout la joie de sortir ce 45T de Terror Bird. Collaborer, c’est aussi passer du temps à se parler, à écouter l’autre et à faire des choix ensemble. Dernièrement, quelques verres nous ont permis de sceller ce début d'amitié. On essaye malgré tout de garder chacun notre propre identité, mais elle est forcément altérée - en bien. Nous allons sortir ensemble le premier album de Jeans Wilder en novembre prochainn et autant dire qu'il y a de l'excitation mélangée à de l'impatience, et tant mieux ! D'autres collaborations suivront certainement, nos deux labels ont emprunté la même route, c'est vrai que c'est une belle rencontre...

Nous avons d’autres collaborations prévues comme avec les labels Night People et Beko DSL, et nous sommes heureux d’annoncer une future collaboration avec le label Bathetic. Nous faisons ça le plus simplement possible. Nous choisissons de collaborer avec des labels dont nous aimons les artistes et avec qui nous avons une connexion. Il y a bien sur un avantage financier puisque nous partageons les frais de production. Nous nous partageons le travail pour la promo, nous joignons nos forces et multiplions les contacts. Nous découvrons aussi comment chacun travaillen et c’est très enrichissant. Cela permet de se remettre en question et d’envisager certaines choses différemment par la suite.

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Comment vous voyez-vous dans les prochaines années ? Vers quoi souhaiteriez-vous évoluer ?

Jérôme : Nous aimerions tout simplement continuer… En toute honnêteté, nous n’organisons pas de plan à long terme. Nous avons des idées que nous aimerions développer si cela dure encore suffisamment de temps, mais nous ne sommes pas encore en mesure d’en parler aujourd’hui, parce que pour l’instant ce ne sont que des rêves… Alors par superstition on va les garder encore entre nous deux comme nous l’avons toujours fait et nous verrons…

Qu'est-ce que vous nous mijotez pour la fin de l'année ?

Jérôme : Cette fin d’année sera marquée par le chiffre 2 : deux sorties en co-release, avec deux labels et aussi deux artistes qui split.

- Sortie du split entre Ela Orleans & Dirty Beaches, Double Feature, sous la forme d’un 33T, en collaboration avec le label Night People. Quand Shawn nous a contactés, on a dit oui sans réfléchir. On aime beaucoup ce qu'il fait avec son label. Ela Orleans et Dirty Beaches ont joué ensemble et de là est née l’idée du split ; c’est devenu un désir commun de collaborer.

- Sortie du premier album de Jeans Wilder, Nice Trash, en collaboration avec le label Atelier Ciseaux. Jeans Wilder a déjà sorti deux vinyles chez nous : un split avec Jen Paul (33 T sorti en septembre 2009) et un 45T, Simpler Times (sorti le 16 août 2010), ainsi qu'un 45T split chez nos amis d'Atelier Ciseaux avec Best Coast, et quelques cassettes sur Night People, Bathetic, etc.

Et aussi prochainement :

- Skitter with P6 (45T)

- Archers By The Sea (33T)

- Horsehair Everywhere (33T)

- Beaters / Ale Mania Split (45T)

- Dead Gaze (45T)

l_616d75cd98e946d5ba3a88c846749678Qu’elle est votre dernière grande découverte musicale et votre dernière claque scénique ?

Plus qu’une seule découverte (qui nous limite) voilà ce que nous avons écouté récemment, en dehors des prochaines sorties de La Station Radar qui tournent en continu, comme l’album d’Archers By The Sea qui a été notre disque de chevet pendant de longues semaines, l’album d’Horsehair Everywhere ou dernièrement le premier LP de Jeans Wilder.

Jérôme : J'ai beaucoup écouté Julian Lynch, oOoOO, Peaking Lights, Ducktails, High Wolf, Wet Hair, les Hexes de Pink Priest ; je me suis replongé avec joie dans le Flat Fixed et The Magik Fire de JOMF, Lunar Blues de MV & EE, Movietone, The Urinals et les vieux groupes de Flying Nun Dead C, The Clean, The Bats... Ma dernière claque scénique est plutôt une expérience sonore, L’été, j’accueille (où je travaille) pas mal d’artistes de festivals de jazz et de classique, et l’été dernier il y avait ce musicien, Hank Jones, qui a joué à l’époque avec Charlie Parker. Il voulait absolument un piano dans sa chambre, du coup les festivaliers lui ont trouvé un synthé, et un après-midi je suis allé l’écouter dans le couloir. Le son des accords était saturé et donnait un drôle d’écho dans le couloir, mélangé avec le bruit d’un aspirateur. J’ai ce jour-là entendu une drôle de musique.

Fleur : Dernièrement, j’ai beaucoup écouté les sorties de Night People comme Broken Water, le Blunt Instrumental EP de Tyvek, Parade of Thoughts / Can't Sleep d'Yves/Son/Ace, et j'ai aussi beaucoup réécouté Imaginary Falcons de Peaking Lights. Lacompilation du label Clandestine Records est longtemps restée sur la platine et dans mes oreilles… Ah oui ! Et je ne me sépare pas beaucoup d’Harry Smith’s Antology of American Folk Music, le volume 2 (Social Music) que j’ai acheté lors de notre dernier séjour à Glasgow en février. Et trés récemment j'ai découvert le travail de Felicia Atkinson qui m'a donné envie d'en écouter davantage. J'aime beaucoup ce qu'elle fait. Ma dernière claque scénique a été Ela Orleans. Je l’ai découverte pour la première fois sur scène à Glasgow justement. Ce concert était bien parti pour ne pas se faire… Pendant la balance, la prise s’est mise à cramer et sur le coup, on pensait que le matos avait fondu aussi… Non heureusement ! Il a fallu qu’on trouve une prise de rechange avec branchement américain, pas facile à deux heures du concert, mais on a trouvé… On refait les tests : tout marche. Et puis là d’un coup sa guitare pète sous ses doigts ! Heureusement, le guitariste des Gummy Stumps lui a prêté la sienne. Je ne sais pas comment elle a fait pour gérer un tel stress… Et elle nous a tous subjugués, avec ses loops et sa voix en écho… On l’a filmée évidemment, et de temps en temps je me refais le concert en solo.

Le mot de la fin ?

Haha... Not today… Non, vraiment... Merci.


Merci à Fleur et Jérôme  pour leur disponibilité, leur  enthousiasme et leur patience.


Hifiklub l'interview

Après vous avoir rebattu les oreilles pendant deux semaines avec le trop fameux Midi Festival, et après avoir fait parler Frédéric Landini, directeur de celui-ci, vous n'avez peut-être pas besoin que j'en dise un peu plus sur le curriculum vitae d'un certain Régis Laugier, administrateur de la Villa Noailles, "emblème" du festival, membre de Get Back Guinozzi !, formation pop emmenée par le même Landini, et surtout co-fondateur avec Luc Benitto du Hifiklub. Je prends quand même le risque sachant qu'on ne saurait trop se répéter : une sorte de micro-climat local baigne le Var d'une fièvre rock toute en contraste et diversité (Mina MayAppletop,SaturniansNewfoundlandViking Dress). Multi-casquettes donc, mais surtout ambitieux et clairvoyant, Régis Laugier expose dans ce qui suit la particularité du substrat Hifiklub, à l'heure notamment d'un tournant on ne peut plus fatidique pour tout groupe : la sortie d'un second album, How To Make Friends, via Le Son du Maquis. Si l'histoire du groupe reste encore à écrire, Hifiklub est vite devenu, en tant qu'open trio, un projet pleinement maturé. En 2006, tout juste digéré le split de leur groupe d'alors, The Hi-fi Killers, Régis Laugier et Luc Benitto s'empressent de gagner New-York, histoire de dénicher au culot un producteur comme on n'en fait qu'à Big Apple. Earl Slick, touche-à-tout et guitariste de David Bowie et feu John Lennon, est d'emblée séduit par les quelques bandes ramenées sous le bras par le duo, et se prend même à rajouter quelques touches personnelles à celles-ci tout en invitant quelques amis - et non des moindres, Paulo Furtado de Legenday Tigerman, Robert Aaron - sur ce qui deviendra French Accent paru en 2007 sur Parallel Factory, structure créée pour l'occasion. De ce coup d'essai magistral et injustement occulté en France - Le Monde fera d'ailleurs preuve d'une incurie rare en leur conseillant tout bonnement de chanter "dans la langue de Raimu" (diminutif de Jules Auguste Muraire, acteur varois respecté aussi bien en France qu'aux Etats-Unis) - naît le rapprochement d'Hifiklub, devenu trio du fait de l'arrivée de Nicolas Morcillo à la guitare, avec les pontes no wave du milieu indé new-yorkais, James Chance et Sonic Youth en tête. Une amitié à double débouché se tisse, et au fur et à mesure, les conséquences éclosent naturellement : James Chance vient éclabousser l'édition 2008 du Midi Festival de toute sa classe, Robert Aaron, saxophoniste des Contorsions, lors de cette même édition, se prend à improviser avec les jeunots de So So Modern quand se dessine la production d'un second effort d'Hifiklub sous la houlette de Lee Ranaldo, lui-même invité de marque de l'édition 2010. Et très vite, d'un seul producteur hors-norme, le projet prend les atours d'une superproduction de choix avec pas moins de quatre producteurs différents pour quatre EP, avec, dans l'ordre d'apparition, Andrew WK, Lee Ranaldo, Don Fleming et Kptmichigan, en plus d'une kyrielle d'invités dont Paulo Furtado, Robert Aaron, mais aussi Lio, Alain JohannesJean Marc Montera, Sherik et leurs amis de Get Back Guinozzi !, Frédéric Landini et Eglantine Gouzi. Distribué en mai dernier sous format CD contenant les trois premiers EP en plus d'un titre du quatrième, le bien nommé How To Make Friends (Complete Story) s'apprête à sortir en septembre dans sa formule idoine, à savoir un double maxi vinyle, égrainant un EP par face, et accompagné d'un maxi Docteur Lo-Fi And The Remix, dévoilant des relectures de chacun des producteurs. Essentiellement produit dans leur lieu de résidence varois, une ancienne boîte de nuit désaffectée, les treize morceaux déflorés par la version CD d'How To Make Friends conservent cependant une unité vertement ancrée dans les structures résolument rock de ceux-ci, oscillant entre réminiscences post-punk (Devil Knows, Miss WillyWhat If, Blackmaster Will), efficacité pop (Wish Witch), saillies véhémentes (Bastard of the YearOverthe Brooklyn Song) et ambiances vénéneuses à souhait (Lonesome Machine GunHey Oh). Certaines divagations plus aventureuses (DataTick Tock et Catfish), laissant les invités s'exprimer pleinement dans toute leur diversité, jettent nonobstant les bases d'une dimension que peut à l'avenir prendre le Hifiklub : résolument exigeante, mais foutrement syncrétique. Entretien avec un passionné nous gratifiant en prime d'une mixtape sentant bon la poussière mordorée d'un grand sud étasunien.

Hifiklub l'interview

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Régis, tu es fondateur, bassiste et chanteur d'Hifiklub, bassiste de Get Back Guinozzi !, mais aussi administrateur de la Villa Noailles et cofondateur de Parallel Factory. Si j'imagine l'épaisseur de ton agenda, laquelle de ces activités te pompe le plus de temps ? Te confère le plus de stress ? Te donne le plus d'espoir ? T'arroge le plus de fierté ?

Au-delà de la Villa Noailles, qui reste mon travail au quotidien, je tente de mettre sur un même plan l’ensemble de mes activités artistiques, en mettant dans chacune d’entre elles une énergie égale. L’essentiel est de pouvoir organiser au mieux son emploi du temps afin d’anticiper sur le prochain projet.

Ce mois-ci, je suis très heureux de travailler sur la sortie en vinyle du dernier album d'Hifiklub, qui permet à mon sens de mieux comprendre le projet How To Make Friends et ses 4 EP regroupés dans un album unique. Cette nouvelle version nous permettra de disposer d'un EP sur chaque face, mettant plus facilement en valeur le travail de tel producteur par rapport à un autre. Toujours pour parler vinyle, nous sortons également ce mois-ci un EP composé de remixes, que nous utilisons spécialement dans le cadre d'une exposition que nous proposons avec l'artiste Arnaud Maguet, avec qui nous venons également de tourner un ensemble de vidéos basées sur des enregistrements effectués avec Jean-Marc Montera et Lee Ranaldo dans le contexte très particulier de notre local de création : une ancienne boîte de nuit désaffectée.

Le projet The Wicked Witches Of The South que j'ai initié en compagnie de R. Stevie Moore, Frédéric Landini et Mike Watt m'apporte aussi beaucoup de fierté sur un plan plus personnel et pour des raisons différentes : avancer sur un projet commun avec ces trois personnalités fortes est très stimulant.
Quant à mes espoirs, le prochain album d'Hifiklub, que nous sommes en train de composer, devrait nous apporter de belles satisfactions, humaines et artistiques... enfin, j'espère, oui.

bernard_sebastien_hifiklub1Hifiklub, que tu formes avec Luc Benito (batterie) et Nicolas Morcillo (guitare), a, dès ses débuts discographiques avec French Accent (2006, Parallel Factory), transgressé la notion de "groupe" classiquement admise dans le petit dico du rock à papa. Peux-tu nous expliquer d'où vient cette volonté d'ouverture, aussi bien au niveau de l'identité musicale d'Hifiklub que de sa composition à géométrie variable ?

Oui en effet, notre trio se veut être à géométrie variable. Cette approche peut s'expliquer de différentes manières : la place qu'occupent dans nos discothèques un certain jazz ou certaines musiques plus expérimentales, pour lesquelles l'idée de groupe est en constante évolution. Mais la réponse à ta question vient surtout d'un disque, qui est pour nous essentiel : Ball-Hog or Tugboat? de Mike Watt, qui transcende d'une certaine façon la définition classique d'un groupe rock. Watt compose toutes les chansons, mais leur interprétation, hormis sa présence sur chaque morceau bien sûr, s'effectue en compagnie de toute une série d'intervenants extérieurs qui ne dénature pas pour autant la cohérence du son et de l'album en lui même.

Dans une dynamique assez proche, les Dessert Sessions sont très intéressantes.

S'il n'y a pas de "groupe" Hifiklub, y-a-t-il un "son" Hifiklub ?

Ah mais je pense qu'il y a un groupe Hifiklub. Tu as systématiquement le trio de base qui revient sur chaque composition, c'est ça le groupe... Ensuite, celui-ci tente régulièrement d'ouvrir sa musique à des collaborations extérieures, qui ne sont pas que musicales du reste.

Le trio de base Hifiklub dispose bien d'un son et d'une approche de la composition qui lui sont propres... enfin je pense !

Quelle est la place de l'expérimentation dans les compositions d'Hifiklub ? Où la situes-tu : dans le format, le son, les arrangements ?

Initialement, l'expérimentation n'était pas vraiment présente sur notre premier album ; sauf peut-être sur la notion même de groupe à géométrie variable.

L'expérimentation est plus apparue au niveau des sons et des arrangements sur How To Make Friends. Disons que certaines participations (Jean-Marc Montera, Steven Bernstein, DJ Olive, Skerik) nous ont rapprochés de musiques qui s'éloignaient du rock au sens basique du terme... sans pour autant nous fermer au format pop, qui est présent dans notre musique.

L'expérimentation au niveau de la composition devrait être plus présente sur le prochain album.

Dans les grandes lignes, qu'est-ce qui a changé - aussi bien dans votre processus créatif que dans les conditions propres au cheminement de celui-ci - entre French Accent et votre second disque How To Make Friends, paru le 25 mars dernier ?

Sur le terrain de la composition et des enregistrements, rien n'a changé. Le premier album nous a en revanche permis de tenter un process de collaboration que nous avons bien largement plus exploité sur le deuxième.

bernard_sebastien_hifiklub2How To Make Friends confirme votre attrait pour la côte est américaine et en particulier celle new-yorkaise. Et même si cette dernière est infinie et baignée d'histoire (des genèses punk et no wave, à l'expérimental jazz, illbient ou noise), aiguillant tel un aimant la créativité musicale contemporaine, comment expliquer et concevoir ce flirt entre Toulon et Big Apple que toi et tes amis (je pense à Frédéric Landini) tentez avec brio de pérenniser ?

C'est vrai que New-York revient souvent dans l'histoire du groupe, mais rien n'a été réfléchi sur ce terrain-là. Notre relation à New-York est très spontanée, c'est une ville très ouverte, sans limite, qui correspond bien à l'esprit du projet. Les échanges se passent naturellement là-bas et la fluidité est une notion importante lorsqu'il est question d'aller collaborer avec tel ou tel artiste... surtout lorsqu'à la base tu ne connais pas nécessairement le mec en question.

Je pense que notre rapport à New-York vient essentiellement de notre culture musicale, en tout cas me concernant.

Le flirt Toulon-New York, comme tu dis, n'est donc pas calculé. Mais je suis très heureux que tu soulignes cet axe, car nous sommes très attachés à notre ville.

Pléïade de légendes vivantes ont investi Hifiklub, en tant que membres occasionnels, aussi bien à la production (Earl Slick, Lee Ranaldo, Andrew WK) qu'à la composition (Alain Johannes, Steven Bernstein, DJ Olive, Paulo Furtado, James Chance, Robert Aaron...). Comment provoque-t-on ces occasions ?
Je dirais qu'ils sont plus rattachés à la production et/ou aux arrangements plutôt qu'à la composition, qui reste le terrain du trio.

Tout d'abord, soulignons que ces collaborations ne tournent autour que d'une seule chose : la musique en elle-même. Il n'est pas question ici de big business ou d'autres complications.

Les rencontres s'organisent de différentes manières, mais toujours simplement : parfois c'est nous qui, suivant l'occasion ou le morceau, contactons en direct un artiste, parfois il s'agit d'une rencontre lors d'un concert, d'une expo ou autre, parfois c'est un artiste qui nous parle d'un autre artiste etc. Il n'y a pas vraiment de formule.

Si je subodore que chacune d'entre elles fut fructueuse, quelle a été votre rencontre / collaboration la plus marquante ?

Très difficile de répondre car justement nous tentons de mettre tout le monde sur un plan identique. Je vais un peu biaiser pour répondre à ta question, en ne me mettant pas volontairement sur le terrain de la musique pure : le photographe Olivier Amsellem est un artiste très important dans notre projet, et il est là depuis le départ, alors même qu'il n'y avait que quelques notes d'assemblées. Son apport au projet dans son ensemble est pour nous déterminant.

bernard_sebastien_hifiklub3"Nous avons fait un disque à partir d'albums que nous avons pillés / Je vole de la musique, pourquoi ne volerais-tu pas la mienne ?" (paroles de Records Made From Records, ndlr). Aujourd'hui, une telle incitation au vol est répréhensible par la loi ! Quelle est ta vision de l'industrie musicale par le prisme d'Hifiklub ? Diffère-t-elle lorsque tu l'envisages selon l'optique de Parallel Factory ? Un disque doit-il se "vendre" ou se "faire écouter" ?

Oui c'est un morceau de notre premier album. Les paroles sont venues après des lectures d'articles en relation avec l'échange de musique sur l'internet. Le sujet est assez passionnant et j'ai pu largement l'aborder durant mes études. Il est certains que mon point de vue n'est pas simple à se fixer car comme tu le soulignes, je suis à la fois musicien et dans le même temps en charge d'une structure productrice de musique, société qui sans clients ne peut pas travailler sur le prochain disque.

Je suis avant tout un consommateur de musique : j'utilise l'internet pour écouter et downloader des musiques, qui, si elles me touchent me poussent à acheter le vinyle ou le CD en question. J'ai un rapport à l'objet très particulier, il est capital pour moi de disposer de l'artwork, des notes éventuelles de pochette, des crédits etc. Sans ces éléments pour moi essentiels, je peux ne pas écouter un disque.

Hifiklub est désormais une signature Le Son du Maquis. Un hasard lorsque - parmi d'autres - on y croise James Chance ou Stuart Moxham ?

C'est surtout au label de répondre, mais j'espère que ce n'est pas un hasard. Pour nous, c'est un honneur de se retrouver dans une même structure avec ces artistes-là. Lorsque James Chance a accepté de jouer avec nous au MIDI festival 2008, ce fut pour nous un moment très particulier... alors, le retrouver sur notre label, c'est génial. Le Son du Maquis a encore de belles surprises pour les mois à venir, ils t'en parleront.

bernard_sebastien_hifiklub4Le Var, le RCT, le Midi festival, le Rockorama, Mina May, Get Back Guinozzi!, Appletop, Hifiklub... Comment expliquer cette effervescence locale, signe distinctif de Toulon vis-à-vis des autres villes du sud-est de la France ?

Nos amis d'Appletop sortent justement leur album sur Le Son du Maquis !

A l'occasion de la sortie de notre dernier album, nous avons eu l'occasion de rencontrer pas mal de monde et je suis assez touché de constater que ta question commence à être régulière. J'ai même en souvenir le récent titre d'un reportage de Trax : « Var, le nouvel eldorado musical ? ». Tout cela est très réjouissant et stimulant. En même temps, ceux que tu cites là travaillent dur, les choses n'arrivent pas par hasard.

Mais les noms que tu évoques ne sont que quelques pistes au milieu d'une proposition artistique qui devient de plus en plus importante et de qualité : les Saturnians, Newfoundland, Viking Dress ou encore le Festival International des Musiques d'Ecran pour ne parler que de ce que je connais, sont également à mentionner.

A quelques rares exceptions près (Poupa Claudio par exemple), l'histoire de Toulon n'a que rarement été liée à des propositions musicales ou artistiques, de groupes ou de festivals notamment, capables d'exploser les frontières de notre territoire... territoire qui a pu souffrir un temps de quelques clichés faciles.

Aujourd'hui, de façon très spontanée, quelques personnes se sont mises au travail sans nécessairement s'auto-limiter dans leurs envies ou leurs ambitions. Quelque chose de fort est en train de se former et des structures visionnaires et fédératrices comme le MIDI permettent de tirer les choses vers le haut.

Question subsidiaire : peux-tu nous dire comment tu imagines Hifiklub dans dix ans ?

Tu connais Abner Jay ? [Ndlr : un bluesman des années 60 & 70, one man band, préfigurant le son garage :  et  pour un essentiel et une compilation d'Abner Jay, éteint en 1993]

Tracklist

Hifiklub - How To Make Friends (Complete Story) (Le Son du Maquis, 2010)

01. Bastard Of The Year
02. Devil Knows
03. Over
04. Wish Witch
05. Lonesome Machine Gun
06. Miss Willy
07. What If
08. the Brooklyn Song
09. Data
10. Hey Oh
11. Black Master Will
12. Tick Tock
13. Catfish

Mixtape

Pour télécharger la mixtape, cliquez ici.

01. Bo Diddley - You Don't Care
02. John Lee Hooker - Who's Been Jiving You?
03. Abner Jay - I'm A Hard Working Man
04. The Black Keys - Howlin' For You
05. R.L. Burnside - Skinny Women
06. Son House - Shetland Pony Blues
07. Daniel Johnston - True Love Will Find You
08. The Legendary Tiger Man - Someone Burned Down This Town
09. Muddy Waters - You're Gonna Miss Me

Vidéos


Motorama l'interview

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Heureuse découverte de cet été 2010, le groupe russe Motorama, dont l’excellent album Alps chroniqué il y a peu sur Hartzine est toujours téléchargeable gratuitement ici, se livre en toute simplicité. Ils évoquent Drew Barrymore, la Russie, la new wave, les nazis, Moby Dick et bien d’autres sujets encore en une seule interview… Rien que pour vous...

Comment vous est venue l’idée de ce patronyme ?

C’est une idée de notre premier bassiste. Il avait vu un film appelé Motorama avec Drew Barrymore. Nous trouvions que ça sonnait bien sans savoir de quoi parlait le film…

Quelles ont été vos premières influences ? Joy Division ?

Au tout début, oui, sûrement… Closer est un de nos albums préférés, mais nous écoutions aussi énormément de musique de The Chameleons, The Sound, Gang of Four et A Certain Ratio. Maintenant Motorama s’éloigne un peu de tout ça. Nous avons fondé un autre groupe appelé Ytro dont la direction est plus violente…

C’est donc pour ça que vous vous êtes engagés dans le projet Ytro ?

Oui, nous avions besoin de plus d'espace pour nourrir notre désir post-punk. Et nous avions également besoin de chanter en russe… C’était expérimental. Nous nous sommes rendu compte que tout cela était incompatible avec Motorama. En plus, nous ne ressentions pas le besoin de mixer tous nos désirs en un seul projet à tout prix.

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Sur Alps, la twee pop a détrôné la new wave. Comment est-ce arrivé ?

Nous avions envie etbesoin de quelque chose d’autre, quelque chose de neuf pour MotoramaYtro a clairement été conçu comme échappatoire new wave. Nos premières influences étouffaient peut-être Motorama. Nous avons toujours aimé la twee pop et nous sommes sentis proches de la scène downtempo scandinave. Nous sommes aussi tombés amoureux de la dream pop de Beach House. Leurs mélodies pures et tranquilles nous ont fait fondre.

Est-il facile pour un pop lover de s’épanouir en Russie ?

Pas vraiment… À vrai dire, si vous n’avez pas de connexion internet, c’est assez difficile d'être en contact avec la pop moderne. Sommairement, la Russie vit encore dans les 90's et écoute la musique de cette période-là.

Pourquoi est-il si important pour vous d’associer musique et esthétique ?

Je pense qu’il s’agit encore une fois d’influence musicale au sens large. Nous avons beaucoup écouté et avons été impressionnés par des groupes européens ou américains qui, comme Pink Floyd, The Velvet Underground, The Smiths ou Black Flag, ont attaché énormément d’importance à l’aspect esthétique de leur œuvre.

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Votre philosophie du « Do-It-Yourself » est-il un choix narcissique ?

On peut dire ça mais en Russie, quand tu veux réaliser un projet, c’est aussi une obligation… Mais ça nous convient. Le DIY est la philosophie de nos groupes préférés. Nous trouvions logique de l’appliquer à nous-mêmes.

Dans quelle mesure l’aspect esthétique sera-t-il transposé sur scène ?

Euh... À vrai dire, nous n’y avons pas encore pensé… Ha, ha, ha !

À ses débuts, Motorama a été le groupe phare des supporters de football de votre région. Comment l’expliquez-vous ?

L’atmosphère des premières chansons de Motorama était quelque peu militaire. Cela pouvait plaire aux nationalistes qui se retrouvaient à notre insu dans notre première direction post-punk et dans notre apparence qu’ils assimilaient à un look nazi. Tout ça, nous ne le contrôlions pas… Mais les choses ont changé à présent. Nous ne proposons plus du tout ce qu’ils attendent !

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Vous avez écrit Song Ghost. Qui sont vos fantômes ?

Je dirais : Matthew Arnold, Guillaume Apollinaire, Anna Akhmatova,
Kingsley Amis, Julie Hill Alger, Alfred Austin, William Lisle Bowles, Arna
Bontemps, Thomas Campbell, Amy Clampitt, Bret Harte, Randall Jarrell  et, bien sûr, Samuel Johnson.

De quelles régions parlez-vous quand vous évoquez la mer et les voyages sur Ship et Northern Seaside ?

Ship évoque la région de l’Essex. Nous nous sommes inspirés de Moby Dick, le classique de Herman Melville. Un navire quitte Nantucket en 1819 pour chasser les baleines dans le Pacifique Sud. Il a été attaqué par une baleine et a fait naufrage. Seuls deux hommes ont survécu... Northern Seaside a tout simplement trouvé son inspiration dans les paysages côtiers de France, du Danemark, du Royaume-Uni et de la Norvège.

Pour terminer… Pourquoi avoir choisi le titre Alps pour votre album ?

J'aime cette question. Alps nous a semblé un mot esthétiquement intéressant… Nous avons imaginé les quatre lettres sur la pochette et avons trouvé l’idée plaisante… Et, accessoirement, nous aimons les montagnes…

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Rendez-vous, Festival Elektricity : Interview

elektricity8Cette année, Elektricity en est à sa huitième édition ; en parler, c'est un peu prendre le wagon en route. Rapidement catalogué festival électro en raison de sa proximité avec la « Reims Academy », Elektricity n'en reste pas moins un moment de découverte et d'ouverture comme peut en témoigner l'onglet historique du site internet de l'évènement. Guilhem, programmateur du festival, nous parle de cette entreprise à vocation épicurienne.

Si en guise de présentation d'Elektricity, je cite ces trois mots : Reims, Yuksek, festival électro ; le compte est bon ?

Oui, en effet, le festival se déroule bien à Reims et il a été créé par Yuksek en 2003. Quant au vocable "festival électro", c'est dans les clous, mais il n'y a pas vraiment de cahier des charges à ce niveau-là. Plutôt qu'un festival électro, je préfère la notion de festival aventureux, du temps présent, un festival qui serait un instantané des musiques audacieuses à un instant T.

32586_10150208795095468_372254720467_12936950_2061219_nRetrouvez Tristesse Contemporaine  le samedi 2 octobre (Photo © E.A.P.)

J'ai l'impression que cette huitième édition d'Elektricity ne déroge pas à la règle : une programmation composée de grands noms de l'électronique et en parallèle certaines prises de risques assumées (part belle aux créations, mise en avant de newcomers comme Tristesse Contemporaine). C'est important pour Elektricity de jouer la continuité en termes de projet artistique ?

Oui, c'est important. C'est même la raison d'être de ce festival. Yuksek, puis Cyril Jollard, ont tracé une ligne dans le sable qui est très claire. Et le public "rémois" s'y retrouve. Elektricity est censé apporter les sensations que ce public attend… Le live d'Etienne de Crécy avec son cube au pied de la Cathédrale de Reims, c'est une vraie belle image. Les gens s'en souviendront longtemps. D'un autre côté, les créations sont nécessaires. On aime cette idée d'apporter une contribution indispensable à la réalisation de certains projets. Pentile & The Noise Consort par exemple, c'est un projet qui était dans les tiroirs depuis longtemps. Mon ami Cyril l'a mis en route avec une résidence au Lieu Unique l'hiver dernier et moi je le reprends maintenant pour le faire aboutir sur un nouveau concert et peut-être un enregistrement. C'est gratifiant. Quant à Tristesse Contemporaine… je crois qu'on a été nombreux à flasher sur ce tube. Il y avait comme une évidence avec ce groupe. Il me les fallait, tout de suite. Pas dans six mois.

En tant que programmateur-coordinateur, sur quelles ressources t'appuies-tu pour tenir cette double exigence (exigence / prise de risques) ? J'ai cru comprendre que le tissu local rémois (la Cartonnerie et le Centre de Création Césaré) travaillait également dans ce sens là...

Cette double exigence s'impose à nous naturellement. D'une part parce que le festival se déroule dans différents lieux de la ville. On adapte la programmation à ces endroits en choisissant de donner une certaine couleur aux soirées. D'autre part, parce qu'Elektricity est produit par une SMAC comme la Cartonnerie et par un Centre National de Création musicale comme Césaré. Cette co-production très atypique (musiques actuelles d'un côté et musiques savantes de l'autre) génère cette ambivalence. Ces structures ne se retrouvent presque jamais sur un même projet. Elektricity a provoqué cette rencontre, un mariage un peu contre nature qui donne des résultats étonnants et qui a fait ses preuves.
Enfin, il y a les hommes… On peut parler du montage institutionnel ou des moyens mis à disposition pour un tel projet, mais ce sont les hommes qui le portent qui font son originalité. Pierre (Yuksek), Cyril Jollard, Christian Sebille (le DA de Césaré), Gérald Chabaud (directeur de la Cartonnerie) et moi, chacun a contribué à faire de ce festival ce qu'il est aujourd'hui.

l_7d638384a5fbb53c90958a8570619325Retrouvez Zombie Zombie  le jeudi 7 octobre

Sept soirées composent cette huitième édition du festival, cela doit être difficile pour toi d'en sortir une du lot... A défaut, est-ce que tu pourrais nous ressortir une attente particulière par soirée ?

La première soirée sur le parvis de la Cathédrale a quelque chose de pharaonique. Elle est très imposante, c'est un peu notre vitrine… Il y a une énorme scène en plein air et on espère accueillir 3000 personnes pour le live d'Etienne de Crécy et un set d'Erol Alkan.
Le lendemain c'est chez Césaré et c'est nettement plus confidentiel, on attend 150 personnes pour Tristesse Contemporaine, le fameux projet Pentile et des DJ comme Luz, les gens de Vice et un trio de sélecteurs composé de programmateurs de l'ouest de la France. Cette soirée est très importante aussi. Elle rassemble les différentes sensibilités d'Elektricity et elle se fait avec des amis… Elle a une saveur très particulière.
Ensuite, on organise deux journées pour les enfants dans un centre culturel. Ça aussi, c'est un aspect important du projet.
Après quoi on accueille le nouveau projet de Zombie Zombie dans un tout petit bar. Là il fera très chaud. Je suis très heureux de recevoir Etienne et Neman. Ils sont vraiment géniaux et ils font partie de ces artistes auxquels nous sommes attachés depuis longtemps. Leur présence sur Elektricity est évidente.
Et puis c'est déjà le bouquet final avec la release des Shoes et la clôture avec Chloé, Ivan Smagghe, Bot'Ox et surtout l'enfant terrible de Reims : Brodinski. On compte sur lui pour mettre le feu au Cirque de Reims. Il jouera en tout dernier et normalement, il mettra à genoux tous les clubbers rémois.

Après Yuksek et Brodinski lors des éditions précédentes, cette huitième édition consacre à sa manière The Shoes via la release party de l'album. J'imagine que c'est une satisfaction pour l'équipe d'Elektricity ? Dans le même ordre d'idées, as-tu déjà des certitudes concernant le futur de cette fameuse scène rémoise ?

Le festival s'est développé en même temps que ces artistes. Leur nom n'a pas cessé de monter d'une ou deux lignes chaque année dans l'affiche. On se fait un devoir de les accompagner jusqu'au jour où ce sont eux qui se font un devoir d'être là pour le festival. Dans le cas de Yuksek et Brodinski, ils sont indispensables à Elektricity. Cette année Yuksek jouera avec son side-project Girlfriend (aux côtés de Clément de Alb) et Brodinski jouera le dernier soir pour la clôture. Quant aux Shoes, c'était évident. On devait faire quelque chose ensemble cette année. Leur album est vraiment classe.
Pour cette release party, on a imaginé un drôle de plateau, composé uniquement de formations rémoises, exception faite de Future Islands. Il y aura Arbogast (un projet aux machines très noise), The Wolf under the Moon (un des chanteurs des Bewitched Hands dans une formule solo… des chansons à la Ariel Pink), la reformation de Invvvaders (un duo rémois qui produit une musique très vulgaire… mais drôle à souhait). Enfin, il y aura une grosse surprise pour tous les bloggeurs. Ils auront la chance de voir un duo de DJ, méchamment sexy. Un truc inédit dont on reparlera !
Avec tous ces artistes, il y a une histoire d'amitié. Alors oui, c'est une satisfaction de pouvoir les programmer chez eux et proposer de belles soirées à un public qui commence à être fier de cette scène.
Quant à l'avenir de cette "Reims Academy", je ne suis pas inquiet. Les Bewitched Hands vont faire un joli carton avec leur album qui arrive aussi à la rentrée. Tous ces musiciens sont en constante ébullition. Je suis certain que de nouveaux projets vont encore émerger. Et il y a même une sorte de relève qui commence à pointer le bout de son nez, notamment du côté des DJ.

botoxRetrouvez Bot'Ox  le samedi 9 octobre

L'innovation de l'année semble être la création d'un pass valable pour l'ensemble des soirées payantes du festival (dans quatre lieux différents) ; tu peux nous en dire plus ?

Oui, c'est une des innovations de l'année. On voulait que le festival soit accessible à un coût abordable, voir modique. C'est chose faite. Pour 45€ on pourra assister aux quatre soirées payantes, dont celle sur le parvis de la Cathédrale et la clôture au Cirque. C'est très honnête comme tarif.
On a aussi bossé sur une application iPhone. Elle est téléchargeable gratuitement via l'Appstore. Ça aussi, c'est une vraie satisfaction.
Il y aura aussi un blog qui tournera la semaine du festival, avec de la vidéo et des interviews des artistes. C'est un jeune journaliste passionné d'électro qui a lancé ce projet. Ça s'appellera Elektricity Broadcast. A suivre.

Et le mot de la fin…

On est très fier de cette édition, que ce soit sur la proposition qu'on fait au public de Reims et sa région ou sur la programmation et la relation qu'on entretient avec les artistes. Ce cru 2010 reflète bien le projet, son essence. On touche du bois en espérant que le public sera au rendez-vous d'une part et qu'il en aura pour son argent d'autre part. Plus que tout, on souhaite provoquer de l'étonnement, créer de belles surprises, prendre le jeune auditeur pop moderne par la main et l'emmener ailleurs. C'est pour ça qu'on travaille toute l'année, pour créer des vrais moments de plaisir et d'abandon.

Programmation :
http://www.elektricityfestival.fr/prog/programme-complet

Billetterie en ligne :
http://www.elektricityfestival.fr/infos/tickets

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Darabi l'interview

th_b6013a5beacabcb919d3a6564ae91b58_1283069903darabiIvan Smagghe, à propos de l'évolution de la musique électronique, disait récemment : «  […] le “nu-disco” (ou “cosmic”, si vous avez fait des études supérieures) devient de plus en plus un alibi du genre “non je ne joue pas de techno moi, je joue des trucs différents” ». Des mecs modestes et malins ont compris que l'enjeu était ailleurs, maniant éclectisme et radicalisme d'un doigté léger. Le duo rennais Darabi fait partie de ceux-là. Leur hypno-funk s'apprête à squatter les charts de cette rentrée 2010 (Knock 'Em Down EP à venir sur Get The Curse Music). Il convenait donc de faire la lumière sur tous ces termes chelous et peut-être encore étrangers à notre fidèle lectorat.

Hello, les Darabi. Je ne sais pas si vous connaissez Hartzine. On y parle rarement techno. Si vous deviez écrire un chapitre de La Techno Pour Les Nuls vous concernant, comment vous décririez-vous ?

Parce qu'on écoute quasi exclusivement de la disco ou quelques trucs post-punk, notre souhait avoué serait de réussir à produire un funk chelou, futuriste, minimal et froid. Mais en utilisant des outils modernes et certaines sonorités radicales empruntées à la techno de Cristian Vogel ou Daniel Bell.

Je vous ai personnellement découverts grâce au blog/site/label/promoteur/leader d'opinion des DJs en t-shirt col V, Get The Curse. Comment s'est passée votre rencontre avec eux ? En quoi l'appui de ce type de crew est-il bénéfique (le syndrôme «Paris et le désert français») ? Cela permet-il d'accélérer les choses ?

13767_172257140941_172251470941_3425068_2142294_nPendant 3-4 ans on occupait une partie de notre temps en organisant des soirées à Rennes. Dans ce cadre-là furent invités Clement Meyer et Mikhail. Échanges, offres de blagues, etc... ont créé affinités et liens allant au-delà d'un rapport conventionnel promoteur/artiste.
Quand Get The Curse a décidé de passer à la vitesse supérieure en voulant imposer un label, de manière plutôt naturelle, on a été sollicités pour proposer des tracks en vue d'un futur EP, chose qui nous a bien entendu hyper emballés. Et évidemment, ça accélère tout : le crew est hyper implanté à Paris (notamment via leur résidence mensuelle au Social Club) et même ailleurs grâce à la notoriété mondiale que peut prétendre avoir le blog.

L'exposition croissante de Get The Curse a permis de croire au nivellement par le haut en matière de blogging de musique(s) de club. Comment a-t-il fallu s’y prendre d’après vous pour remettre de l’authenticité dans le son ?

Alors nous ne sommes pas à l'initiative du blog, mais Clément / Oli / Micky répondraient sans doute quelque chose comme ça : la seule vraie stratégie au départ, ça a été de parler de choses qui leur plaisaient, de ne pas faire du buzz pour du buzz, puis d'ensuite voir si ça pouvait exciter les gens... et petit à petit ça a payé.
D'un point de vue extérieur, nous on a découvert le blog bien avant de rencontrer les personnes. Ça a instantanément comblé un manque dans le «paysage blog français», dans lequel on ne pouvait pas forcément toujours se retrouver, excepté à travers 2-3 autres sites (alainfinklekrautrock, corporate bloggin).

Est-ce que cela se traduit concrètement en termes de feedback ou lors des soirées dans lesquelles vous jouez ? Le public de club vous paraît-il plus réceptif et «cultivé» qu'on aurait tendance à le croire ?

Je crois pouvoir dire qu'on représente un peu le penchant mainstream de GTC : les mecs qui n'hésiteront pas à jouer un remix hyper abusé vocal de Hercules & Love Affair. Et parallèlement  passer des disques au dessus de 115-120 bpm, ça représente pour nous une sacrée torture...
Du coup on est pour l'instant placés en warm up. Mais ce n'est absolument pas quelque chose qui nous dérange, parce qu'on adore le faire ! En terme de réactions, pour l'instant ouais j'ai l'impression qu'on fait le boulot : faire en sorte que la mayonnaise prenne en début de soirée, amener progressivement le public vers la grosse arsenal TECHNO du peak time.

Une majorité de producteurs techno contemporains enfilent le costume de DJ et tournent intensivement sur la base d'un ou plusieurs EP, voire d'un unique single et/ou sortie numérique. Ça peut paraître fou quand on vient d'une autre chapelle musicale. Comment vous situez-vous par rapport à ça ? Le DJing découle-t-il de la production ou l'inverse ?

13767_172257125941_172251470941_3425065_24667_n1Alors oui, ça fait quelques années qu'on est dans le DJing, même si au tout départ c'était davantage une approche par le hip-hop. Donc maitrise un peu technique/relou des platines via le scratch, le beat-juggling. Même si depuis on a un peu serré le frein à ce niveau-là, on reste de gros collectionneurs de disques. En fait on adore ça... Faire de la voiture le dimanche matin pour un vide-grenier dans le Maine-et-Loire dans le but de trouver cinq 45 tours pétés, ça s'apparente pas du tout à de l'angoisse pour nous. Bref pour répondre précisément à ta question, le DJing est venu avant la production. Mais c'est sans doute la combinaison la plus logique, enfin je crois...

La techno a longtemps été associée à des villes bien identifiées. Avez-vous le sentiment que la provenance d’un disque de musique électronique a encore une signification ?

J'ai l'impression que c'est de moins en moins vrai. Disons qu'avec la banalisation du haut débit dans les foyers, les frontières n'existent plus. Et puis l'accès à l'art n'est plus juste reservé aux grandes métropoles. Un petit mec talentueux habitant dans le Gers, il pourrait très bien sortir un maxi sur un gros label anglais en envoyant ses démos sur soundcloud.

Je vous disais en préambule qu'Hartzine parle le plus souvent de tout sauf de techno. Vous pourriez nous dresser un top 5 des trucs non techno que vous écoutez en ce moment ?

La question embarrassante ça aurait été de devoir te dresser un top 5 de nos disques techno du moment !

Alors cet été, on a pas mal écouté :

Cannibal Ox – Iron Galaxy (instrumental)

L'instru de El-P est dingue. Bon soyons honnête, habituellement on aurait plutôt tendance à écouter Naughty By Nature ou LL Cool J. Mais là on s'est récemment replongés dans nos poussiéreux disques de rap backpackers qu'on faisait semblant d'aimer au lycée.

C.A. Quintet – Trip Thru Hell (part 1)

Ça ne fait pas très longtemps qu'on commence à s'intéresser à quelques groupes de rock psyché 60's. Ce track de C.A. Quintet nous a bien retournés... 9 minutes complètement trippées : un solo de batterie interminable et des chœurs vraiment super classes.

Lipps. Inc – How Long

Classique. Pas besoin d'en rajouter.

The Flying Lizards - A-Train

Transpirant, sombre et bancal. Et alors cette ligne de basse... Typiquement ce genre de morceau qui nous inspire lorsqu'on tente de produire de la techno.

Midnight Magic - Beam Me Up (Jacques Renault Remix)

Parce qu'il est tout de même question d'un top « du moment », voici LE tube ultime. Fraîchement sorti cet été sur Permanent Vacation : un label qui nous déçoit très rarement...

Il ne vous semble pas bizarre que la question précédente soit souvent posée aux artistes électro ? Comme s'il fallait souvent justifier que l'on n'écoute pas seulement de la techno, comme si celle-ci n'était pas un style propre, comme si elle n'avait pas de crédibilité... On demande rarement à un groupe de rock s'il écoute autre chose.

13767_172257150941_172251470941_3425069_944752_nMaintenant que tu nous le pointes, en effet c'est une question qu'on voit rarement posée à un groupe de rock. Mais pour être franc, c'est pas quelque chose qui va forcément nous agacer plus que ça. Rentrer dans des considérations autour d'un certain militantisme électro, ça a tendance à nous faire partir en courant.

La question fatidique concernant vos projets est arrivée. Sur quoi travaillez-vous en ce moment et quand est-ce que ça sortira ?

Le premier maxi, Knock 'Em Down EP, sort courant septembre sur Get The Curse Music, avec deux remixes vraiment cool de Roman Flügel et Le Loup. S'en suivra fin octobre / début novembre une seconde sortie, Truckin EP, sur le label londonien Clouded Vision developpé par notre pote Matt Walsh. Et puis une poignée de remixes en préparation, entre autres pour Rafale (un groupe de rock produit par Arnaud Rebotini) qui devrait apparaître très prochainement.

Je vous laisse le mot de la fin...

Merci à toute l'équipe d'Hartzine, à Soundscriber. Et sans faire de fausses politesses, votre blog est vraiment hyper bien.

Audio

Galaxy II Orchestra - Acid Rain (Darabi Extended Dub)


Propaganda - Frozen Faces (Darabi Re-Edit)


The Pipettes l'interview

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Earth vs. the Pipettes. Un titre parfait et prémonitoire si l'on s'en tient aux premières critiques qui proviennent d'Outre-Manche du deuxième album de The Pipettes. En effet, le second opus des jolies Anglaises est sorti il y a quelques semaines en Angleterre et le moins qu'on puisse dire est que la presse britannique n'est pas tendre avec le groupe. Les plaisanteries ne manquent pas et la plus facile concerne leur titre Stop The Music ("Arrêtez la musique") que la presse espère avec médisance être un projet imminent pour The Pipettes...

Depuis 2006, des membres sont partis, d'autres sont arrivés, la pop bubblegum a été remplacée par de la pop synthétique des 80's... Pourquoi ces changements ? Hartzine a voulu comprendre et surtout donner la parole aux victimes avant que toute la Terre ne soit contre The Pipettes pour perpète...

Qu'ont fait The Pipettes ces quatre dernières années ?

Après le premier album, nous avons tourné pendant deux ans. Ensuite, nous avons commencé à écrire le second, nous l'avons enregistré, et voilà !

Avez-vous pensé à changer le nom du groupe étant donné que presque tous les musiciens et chanteuses ont quitté The Pipettes ?

Non, nous n'y avons sincèrement pas pensé. The Pipettes, c'est davantage un idéal que juste une somme d'éléments. Cet idéal n'ayant pas changé, il n'y avait aucune raison de changer le nom.

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Le nouvel album est assez différent du premier dans le sens où il est beaucoup plus commercial ; en êtes-vous conscientes ? Etait-ce un choix délibéré ? Avez-vous eu envie de toucher un public plus large ?

Ah bon ? Vous trouvez vraiment que notre musique ressemble aux chansons commerciales actuelles ? Ce serait le cas si nous étions en 1983, tout comme notre premier album aurait été commercial s'il était sorti en 1957 au lieu de 2006. Toucher un large public n'est pas une fin en soi pour un groupe comme le nôtre. Rechercher un objectif tel que celui-là irait à l'encontre de la manière dont nous avons envisagé notre carrière depuis le début même si tout le monde n'est pas d'accord avec cela... Mais la chance nous a souri jusqu'ici alors nous continuons de garder la foi...

Ne craignez-vous pas que ce changement de direction déçoive vos fans et la presse indie en France aussi ? Qu'aimeriez-vous leur dire pour les convaincre qu'ils ont tort ?

Je suppose que c'est une question de goût. Il est clair qu'il est moins dangereux de miser sur un groupe de filles des années 60 que sur Stock Aitken and Waterman. De toute évidence, cela n'allait pas plaire à tout le monde. En fait, cette nouvelle direction prend tout son sens si vous comprenez ce que nous, The Pipettes, essayons de faire. Nous n'avions pas envie de nous répéter sur ce deuxième album et nous ne l'avons pas fait ! Là, nous pensons déjà au troisième et nous sommes extrêmement enthousiastes ! Quoi de plus ennuyeux et prévisible qu'une couverture médiatique identique pour chaque album ! La plupart des critiques que nous avons lues jusqu'à présent pointent du doigt la différence entre les deux albums et le changement de certaines des chanteuses. Or, c'est précisément ce que nous avons toujours voulu !

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La nouvelle direction pop semble attacher moins d'importance à l'ironie... Dans les textes aussi. Est-ce vrai ou est-ce juste une impression ?

Nous ne pensons pas que l'ironie soit bénéfique à la musique en ce sens qu'elle implique un manque d'engagement émotionnel et un certain dénigrement de son public. En réalité, nous ne pensions pas vraiment être ironiques à l'époque de notre premier album... Bien sûr, il y aura toujours de l'humour dans la musique de The Pipettes mais il sera toujours sincère.

Etes-vous nostalgique de l'époque « Stock, Aitken et Waterman » ?

Ils ont toujours été une influence. Ils ont écrit quelques supers chansons et nous admirons leur méthode « usine à tubes pop » et leur esthétique aussi... Nous sommes fières de pouvoir dire que nous avons certains idéaux en commun.

Préparez-vous une tournée mondiale ? Pensez-vous venir en France ? A quoi ressembleront vos concerts ?

Nous allons bientôt pouvoir annoncer des dates. La grande différence cette fois-ci, c'est que ce sont les hommes qui porteront les robes à pois. Il n'y a pas de raison que nous soyons les seules à avoir cette chance ! Sinon, nous comptons toujours chanter des chansons entraînantes et amusantes sur l'amour et l'amitié, qui donnent envie de positiver et, le plus important, de danser!

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MIDI Festival interviews

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Pour conclure cette charmante épopée, nos caméras à têtes-chercheuses ont flâné durant toute la durée du festival au sein de l'imposante Villa Noailles et vous ont ramené quelques pépites d'interviews prises sur le vif de Clock Opera, Egyptian Hip Hop, Vivian Girl, Mina May, Wu Lyf ou encore Clara Clara. Les mots de la fin reviendront quant à eux à Frédéric Landini, directeur d’un festival bien décidé à franchir une étape. Si cela n’est pas déjà fait.

Interviews Clock Opera / Egyptian Hip Hop / Vivian Girl / Mina May / Wu Lyf / Clara Clara

Interview Frédéric Landini

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Tu as assisté à pratiquement tous les concerts de cette édition 2010. De 2008 on retient les débuts de Girls et la venue de James Chance. De 2009, l'introduction de la MIDI Plage et le final époustouflant des Skeleton$. Que retiendras-tu personnellement cette année et pourquoi ?
Le concert de Lee Ranaldo a été une première pour nous. Cet hiver - avec Régis Laugier, chanteur et compositeur d'Hifiklub - nous lui avions demandé de jouer ses propres compostions de Sonic Youth en acoustique... Du coup, nous avons d'autres idées pour le futur. Pouvoir proposer de nouvelles pistes aux artistes, c'est très excitant...
Personnellement je retiendrai le concert de WU LYF, pour son originalité et les espoirs que j'avais placés en eux. Je pense que ce sera la révélation du festival 2010, avec le public...

Inversement, quelles sont tes désillusions, si minimes soient-elles ?

En toute honnêteté je ne fais pas ce genre d'appréciations, je n'ai été déçu en rien même si tous les groupes ne sont pas toujours prêts car c'est le risque dans ce genre de festivals défricheurs comme le nôtre. Tu sais, c'est aux groupes ensuite de se battre sur scène... De toute manière le niveau technique des groupes ne m'a jamais intéressé, mis à part peut-être chez les Skeleton$ (quel groupe !).

Bien sûr Thibault, la désillusion principale reste les concerts de Memoryhouse et Toro Y Moi, annulés pour cause de mistral... Ce mistral qui m'a causé tant de soucis tout le long du festival... comme en 2007, l'année d'Animal Collective...

Cette programmation 2010, comme les précédentes, fourmillait de paris sur l'avenir (Clock Opera, Egyptian Hip Hop, WU LYF, Yuck). Le défrichage est-il la volonté première du MIDI ou est-ce une nécessité économique dans un pays comptant quasiment autant de festivals que de jours dans l'année ?

Le rôle d'un festival est quand même de proposer des découvertes et si possible en grand nombre. C'est un choix de mettre en avant le début de certaines scènes. Mais avoir des moyens supplémentaires serait bienvenu. Nous garderons une idée de propositions émergentes, même si avec plus d'argent nous pourrions tenter des trucs vraiment encore plus fous...

Après James Chance en 2008 et Arto Lindsay en 2009, Lee Ranaldo cette année. Peux-tu expliquer ce lien indéfectible qui est en train de naître entre le MIDI Festival et l'underground new-yorkais d'obédience post-punk ?

Nous étions dans un cycle que nous avons entamé avec James Chance sur New-York et le courant no wave, mais à la base ce sont des rêves de gosse de voir ces personnages. Chaque année nous voulons présenter une "référence" de la musique aux côtés de la jeune scène. Il y a eu trois années avec New-York, l'année prochaine nous travaillerons autour de la scène anglaise de 79 avec des groupes fantastiques et totalement inconnus encore aujourd'hui.

Les chiffres de la billetterie confortent les ambitions affichées par la programmation et la multiplication des concerts - avec notamment l'instigation de la MIDI Night le samedi soir. Le MIDI Festival est-il amené à changer de nature et d'ampleur ? Le cadre de la Villa Noailles - bien que partie prenante de l'identité du festival - est-il toujours adéquat ?

La Villa Noailles est l'emblème du MIDI Festival, c'est un endroit unique de liberté et de création qui permet au festival de s'épanouir. Avec cette jauge de huit cent personnes nous sommes arrivés au maximum, notamment le samedi soir. MIDI festival ira sur d'autres spots à terme, comme cette année avec la MIDI Night (plage de l'Almanarre). Sans oublier les lieux comme la Villa Noailles, le festival se développera en additionnant de nouveaux sites et de nouveaux programmes dès 2011. En 2010 c'est plus de trois mille deux cents spectateurs...

Les dates de la toute première édition hivernale du MIDI Festival sont connues (les 10 et 11 décembre) ainsi que sa toute première tête d'affiche (Young Marble Giants). Celle-ci est-elle conçue comme un prolongement de l'édition estivale ou bien telle une nouvelle aventure à part entière (avec un lieu différent, etc...) ?

Ce sera un MIDI Festival urbain. L'opéra de Toulon nous accueillera le 10 décembre pour un concert des Young Marble Giants + Guests, mais aussi la piscine, la salle de concert "Les Variétés" et un "MIDI bar" éphémère. Le projet de MIDI Festival de décembre aura pour ambition d'occuper toute la ville de Toulon et son port, quel pied... ! On peut rêver...?

Même si j'ai ma petite idée, le MIDI Festival est-il un îlot musical isolé, temporellement et géographiquement, ou, au contraire, fait-il partie d'une effervescence toute particulière de ce côté-ci de la French Riviera ?

Si tu as ton idée je te laisse répondre (sourire). Je pense que nous avons une position singulière mais pas isolée... Ce coin c'est la Californie française, c'est sûrement pour ça que nous sommes amis avec Ariel Pink et Girls.. hahaha... !

[Pour exposer ma petite idée, je ne ferai que citer, à brûle-pourpoint, Mina May, Get Back Guinozzi!, Appletop, Hifiklub, Saturnians, Newfoundland, Viking Dress ou encore le Festival International des Musiques d’Ecran et le Rockorama...entre autres.]

Comment imagines-tu le MIDI Festival dans dix ans ?

Une destination, sur une semaine avec cinq ou six lieux, dont la villa Noailles... Une profusion de nouvelles musiques à côté de légendes... dans des endroits incroyables... !

Avec de tels projets, as-tu encore du temps à consacrer à la multiplicité de tes projets musicaux (Get Back Guinozzi !, The Wicked Witches Of The South...) ? Quelle est ton actualité musicale proche ?

J'adore tout ça... plus il y a de projets mieux je me sens... En ce moment, nous travaillons sur le deuxième album de Get back Guinozzi ! avec mon amie Eglantine Gouzy (et il y aura des invités)... et sur l'album de The Wicked Witches Of The South avec Régis Laugier, R. Stevie Moore et Mike Watt... ! Sinon, j'aimerais tellement monter une radio - mon rêve - et un MIDI bar...

Merci Frédéric.


Veronica Vasicka (Minimal Wave) l'interview

Minimal Wave, label éponyme de ce genre des années quatre-vingt, réédite depuis 2005 des perles obscures et oubliées d'Oppenheimer Analysis à Moderne en passant plus récemment par Deux. Et derrière tout ça se cache la discrète mais passionnée Veronica Vasicka qui, au bout de six ans, a réussi à monter un des labels les plus intéressants  pourtant fondé uniquement sur des rééditions. La patronne s'explique pour Hartzine sur ses débuts, son futur et ses différents projets....

Pourquoi as-tu lancé ton propre label ?

En 2003, je tenais une émission de radio sur East Village Radio, "Minimal-Electronik Plus" (devenue plus tard "Minimal Wave"). Je voulais que l'émission soit éducative et je m'étais lancé le défi d'amener deux heures de nouveautés chaque semaine. J'étais particulièrement intéressée par la musique synthétique des années quatre-vingt, qui m'avait déjà marquée à l'adolescence. Du coup, je me suis focalisée sur cette période pré-new wave : minimal synth et coldwave. J'ai commencé à faire de plus en plus de recherches et réalisé que beaucoup de bonne musique n'avait pas été proprement sortie. Le point déterminant a été la fois où j'ai joué dans un petit club et j'ai mis The Devil's Dancers par Oppenheimer Analysis, qui était seulement sorti en cassette à 200 exemplaires. Le public a immédiatement bien réagi ; il venait à la cabine du deejay pour demander ce que c'était. Cela a été déterminant pour le lancement du label, et m'a fait prendre conscience que je n'étais pas la seule à aimer ce genre.

Peux-tu nous décrire, avec tes mots, ce qu'est la minimal synth / minimal wave ?

Le terme minimal wave est apparu il y a peu de temps, dû au regain d'intérêt envers les racines du pré-midi electronic new wave (1978-1985), émanant principalement d'Amérique du Nord, d'Europe et du Japon. Cette musique est souvent référencée comme minimal electronic, minimal synth, cold wave, new wave, techno pop ou synthpop, tout dépend des particularités du genre, de l'année et de l'origine du groupe. Beaucoup de ces derniers enregistraient leur musique sur cassette ou vinyle qu'ils distribuaient eux-mêmes. Ils créaient leur musique avec des synthés et des boîtes à rythme qui restaient fidèles aux sons de batterie obtenus en faisant de la programmation sur synthé et des mélodies fines et pleines de treble. Ils mettaient l'accent sur le son artificiel du synthé au lieu de le faire disparaître. Les éléments principaux : un beat mécanique, répétitif et des vocaux en contrepoint de ce côté artificiel. Les groupes n'ont jamais essayé d'utiliser les synthés afin d'imiter les groupes pop mainstream de cette période. Cependant il est vrai que certaines structures de chansons sont similaires à celles de la pop. On obtient une new wave très épurée. Comme le disait Jeremy Kolosine (l'un des membres fondateurs du légendaire groupe de synthpunk Futurisk), dans Alternative Rythms (juillet 1983) : "On peut espérer que le concept de "synthpop" disparaisse. Ça peut paraître étrange de me l'entendre dire ; mais si la "synthpop" disparaît, alors on utilisera les synthétiseurs."

Il y avait plein de genres qui émergaient pendant les années quatre-vingt. Pourquoi as-tu choisi ce style en particulier ?

Ce n'était pas un choix conscient. J'ai une passion pour ce genre. Peut-être que tout a commencé lorsque j'ai reçu, à 11 ans, pour Noël, un Casio SK-1, ou peut-être la station de radio indépendante que j'ai écoutée pendant ma jeunesse et dont je faisais des compilations grâce à mon radiocassette .

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Peux-tu nous décrire la manière dont tu procèdes pour sortir un vinyle ?

Premièrement, je contacte le groupe et vois s'ils sont intéressés par une réédition de leur musique. S'ils sont d'accord, je leur demande tous leurs morceaux et ensuite je sélectionne ceux qui sont, à mes yeux, leurs meilleurs ou ceux qui, ensemble, donnent un album des plus logiques. Ensuite nous faisons le mastering. Puis je fais la tracklist, et écoute en continu les morceaux jusqu'à ce que j'aie une idée pour l'artwork. A 90% je le fais moi-même, à moins que je me sente coincée et donc là je fais appel à d'autres artistes. Et pour finir nous envoyons les tracks et l'artwork à l'usine pour qu'ils nous fassent l'album.

Tu as choisi le format vinyle. Pourquoi ce choix ? Penses-tu que cela fait partie de l'image de la minimal wave ?

J'aime le vinyle pour le côté tactile qui est perdu avec le format digital (cd et téléchargement). J'aime que l'artwork amène à un autre niveau d'écoute et aussi la graduation visible sur le vinyle. L'art et la musique sont pour moi très connectés, le vinyle fut donc un choix naturel. Je pense qu'ils s'améliorent les uns les autres : vinyle, pochette, notes.

Tu as aussi créé un sous-label à Minimal Wave, Cititrax. Pourquoi cela ? Que voulais-tu explorer ?

J'avais envie de créer un label pour la musique que j'apprécie qui soit autre que de la minimal wave. J'aime beacoup les débuts de la house de Chicago et les nouveaux groupes qui utilisent les synthés d'une façon moderne. Tandis que Minimal Wave a généralement un côté froid et sombre, Cititrax est plus solaire. J'ai réédité un album culte de Chicago Z-Factor, The Dance Party Album, peut-être un des premiers exemples de house et probablement le seul album de house. Il y a aussi un groupe, Medio Mutante, qui
"wrings a mutated blend of raw and propulsive energy from their limited analogue gear." [torture un mélange mutant d'énergie brute et propulsive de son équipement analogique limité].

Tu fais aussi de la musique au travers de ton projet 2VM. Est-ce un cheminement logique ? Comment as-tu produit cet EP ? Avec l'aide de Marc Houle ?

Oui, bien sûr. Nous étions ensemble et partagions un studio ensemble. Je faisais déjà de la musique de mon côté et nous avons décidé de collaborer. 2VM était un projet à deux, et nous avons enregistré environ une trentaine de morceaux. Nous les avons envoyés au label allemand Genetic qui les a immédiatement sortis (l'EP Placita). Eventuellement, les autres verront un jour la lumière du soleil.

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Ton label vient juste de sortir la compilation The Minimal Waves Tapes parmi d'autres tels que The Found Tapes, The Lost Tapes, etc. Quel est but de faire une compilation ? Comment décides-tu quels artistes seront sur une compilation et lesquels méritent une édition complète ?

Les compilations servent d'introduction pour les novices. J'ai commencé à faire des compilations car j'aimais en faire pour mon émission de radio, et essentiellement parce que c'est sympa de combiner des tracks qui vont bien ensemble. Je prends un réel plaisir à les faire, mais cela prend plus de temps vu le nombre d'artistes impliqués. Parfois, acheter la licence d'un morceau pour une compilation amènera à une sortie complète, comme pour Deux et Futurisk. Ce n'est pas tant à propos de quels artistes méritent une édition complète ou non, ça arrive naturellement lors de discussions.

Tu es aussi DJ. Comment va la nuit à New York ? N'est ce pas dur d'être une artiste dans cette ville ?

C'est vraiment bien. La vie nocturne s'est améliorée ces dernières années. Il semble que devant la crise économique, les gens cherchent plus à se libérer, à sortir. Cela a été  particulièrment bien pendant la période estivale. Je mixais une fois par semaine depuis le printemps et c'est  dur de trouver des dates. Je n'ai pas d'agent ou de RP. Tout se fait par le bouche-à-oreille. Et je réalise que plus je joue, plus les personnes entendent ce que je fais, ce qui amène à de meilleures dates. J'ai récemment mixé au MoMA (Museum of Modern Art) pour une exposition sur la typographie. Un vrai honneur. Le 10 juillet, je vais mixer au PS1 Museum à Long Island.

Tu as étudié la photographie. Souhaites-tu explorer d'autres formes d'art que la musique ?

Oui, j'ai une passion pour la photographie et je l'intègre dès que c'est possible aux albums. J'ai appris par moi-même les bases du graphisme donc cela me permet d'avoir un échappatoire et de toujours travailler pour le label. Je suis inspirée par la typograhie suisse, le mouvement futuriste italien et le mouvement situationniste des années cinquante et soixante.

Aurais-tu voulu signer des artistes sur Minimal Wave que tu n'as pas pu au final ?

J'ai toujours voulu sortir Space Museum de Solid Space. En 2005, j'étais en contact avec un des membres, Maf Vosburgh, au début du label, et je l'ai interviewé ainsi que les autres membres. Il a fini par me donner le master de l'album mais il reste toujours hésitant pour une réédition. J'aimerais toujours le faire !

Peux-tu nous en dire plus à propos du site internet ?

Je l'ai créé en 2005. Je voulais en faire une base de données en ligne autour de la musique de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt avec des interviews, des clips vidéos... Créer une communauté de fans qui peut avoir accès à une librairie virtuelle. J'ai été fortement inspirée par le livre International Discography of the New Wave: Volume 1982 / 1983 et par un magazine hollandais de musique des années quatre-vingt appelé Vinyl.  Mais après la sortie du LP d'Oppenheimer Analysis, je me suis plus penchée sur les activités du label, les futurs vinyles et j'ai créé des moyens pour que les gens puissent les écouter comme bon leur semble.

Quel est le futur de Minimal Wave ?

Je suis actuellement en train de créer un nouveau site internet qui sera plus interactif.  Il mettra en avant des évenements autour du monde, et la communauté qui s'est créée autour du label. Le label s'agrandit de plus en plus et sert de connexion pour différents groupes actuels qui ont le même esthétisme musical. Il y a beaucoup d'albums en devenir qui sont intéressants et j'entends bien les sortir. Je travaille aussi sur une sortie Italo pour Citiras, un artiste que j'admire depuis bien longtemps ! Tous ces futurs projets seront annoncés bientôt à travers le site internet.


C V L T S l'Interview

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Serpent de mer d'une blogosphère bariolée, le duo C V L T S n'en reste pas moins des plus troubles, n'étant associé qu'à cette musique sans âge et ce monde sans visage. Trouvant récemment refuge du côté des allumés d'Amdiscs, jeune label tchèque lorgnant de l'autre côté de l'Atlantique et usant de la toile à bon escient, C V L T S vient de sortir à la sauce digitale un EP, LUST, disponible ici contre rien ou si peu en format cassette. Format ayant décidément le vent en poupe, le vintage eighties diront certains, puisqu'une seconde est prévue au mois d'août du côté de nos amis d'Atelier Ciseaux. Distorsions réverbérées, disloquées, triturées et émaillées d'épars beat cotonneux, LUST répand sur ses deux faces l'hypothétique futur de guitares encodées, s'écartant des sentiers rock pour fondre paisiblement dans la nasse électronique. Se soustrayant aux classifications abstraites, jouant de la répétition (Luck Surf) comme de la variation (Red Eye), exhalation brumeuse (Corpus Dei) ou soupir kétaminé (Radd Pitt), C V L T S instigue un monde sans repère, sempiternellement malléable, instrument d'une psyché dévoyée. A défaut d'attaches certaines, j'ose le parallèle boiteux en vous révélant le substrat de mon ressenti immédiat à l'écoute d'une telle embardée en apesanteur : j'imagine Stuart Brainwaithe de Mogwai, gavé de psylos, tentant en vain de trouver ce point de rupture, si cher à son groupe, et s'enfonçant, s'enfonçant à mesure que ne ploie sous ses pieds un tapis de saturations blêmes. S'il faut reprendre ses esprits et cesser de phosphorer dans le vide, C V L T S semble lier de connivences dans un prisme déformant s'étirant de Pink Priest à Run DMT. Autant dire qu'on est bien mal barré pour trouver la porte de sortie, à tâtons dans le noir vrillé de leurs mélopées hallucinés. L'idée m'a tout de même pris de faire parler Gaurav Bashyakarla, moitié de C V L T S.

Interview

cvltscoverPeux-tu m'en dire un peu plus sur vous ? Ou aimez-vous vous cacher derrière l'imagerie de C V L T S ?

Nous sommes simplement deux amis qui aimons partager et faire de la musique ensemble... de véritables accros au son. C V L T S est le moyen pour nous d'établir des paramètres sonores et un véritable espace virtuel mais vital. On va l'occuper un certain temps. Nous ne voulons pas nous cacher derrière C V L T S mais nous espérons avant tout que notre musique soit appréciée pour ce qu'elle est et non pour nos visages, ni même pour les vêtements que nous portons.

Justement, présente nous C V L T S. Des concerts sont-ils prévus ? Dans quelle configuration ?

Le projet est composé de Yeshua Thomas et de moi-même (Gaurav Bashyakarla). Nous écrivons, interprétons et enregistrons l'ensemble. Nous n'avons pas l'impression de travailler pour C V L T S puisque, de plus en plus, nous parvenons à communiquer entre nous sans même parler. Nous réfléchissons souvent aux détails de performances live. Peut-être que nous ajouterons quelqu'un. Ou peut-être pas. Il n'y a rien de certain mais y penser est très excitant. D'ailleurs, nous pensons utiliser une télévision à tube cathodique émettant des images statiques.

Quelles sont vos influences ?

D'une manière générale, nous aimons et nous nous inspirons d'un large spectre de styles musicaux et d'artistes. Ces derniers temps, nous avons beaucoup écouté Deep Forest, The Skaters et Kraftwerk.

Vous avez l'impression d'appartenir à une scène émergente ?

Nous hésitons à nous identifier à un type de scène en particulier car nous ne savons toujours pas exactement à quel genre de musique correspond notre musique passée et actuelle.

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Dis m'en plus sur Amdiscs. Comment vous ont-ils repéré ?

Nous avons établi un lien d'amitié avec Amdiscs avant même que nos propres amis de la vraie vie aient entendu notre EP.  Ils ont suffisamment aimé pour décider de le sortir et nous leur en sommes reconnaissants. Les gars d'Amdiscs sont extrêmement actifs et dévoués.

Quel est ton sentiment sur la relation entre internet, les blogs, la gratuité et ta musique ? L'ancien système de distribution est-il définitivement mort ?

Le Web a radicalement changé la manière dont les gens écoutent la musique. Les blogueurs sont des collectionneurs qui partagent ce à quoi ils s'identifient. Mais les gens peuvent se nourrir de musique beaucoup plus facilement de nos jours. Le système musical que nous avons connu et avec lequel nous avons grandi n'est pas mort, cependant il se transforme inévitablement en quelque chose de complètement différent. S'agissant de notre musique, nous pensons devoir en tirer un peu d'argent mais nous ne sommes pas trop préoccupés par cet aspect des choses. Nous voulons surtout faire de la musique que nous aimerions entendre.

Quels sont vos prochains projets ?

Nous prévoyons d'autres sorties et de chouettes trucs mais nous ne voulons pas trop nous précipiter. Nous ne voulons surtout pas saturer nos auditeurs en sortant trop de choses à la fois. Ni nous-mêmes d'ailleurs.

Un tour en Europe un de ces quatre ?

Pour le moment, faire de la musique est notre priorité. En temps voulu, nous jouerons aux États-Unis et nous ferons une tournée en Europe au printemps 2011.

Bientôt disponible...
Une cassette sur Atelier Ciseaux
Un 7" split avec Pink Priest sur Mishka

Propos recueillis par Thibault, traduction par Calogero.

C V L T S sur la toile : site, vimeo, twitter, myspace, bandcamp & tumblr.

Audio

C V L T S - RADD PITT

Tracklist

C V L T S - L U S T (Amdiscs, 2010) - disponible ici.

Face A

A1. LAMINATED GLASS
A2. RED EYE
A3. RADD PITT
A4. CORPUS DEI

Face B

B1. LUCK SURF

Mixtape

C V L T S Mixtape for International Tapes : cliquez .
C V L T S Mixtape for Mstambourine : cliquez .

Vidéo


Cercueil l'interview

Cercueil @ La Plage Glaz'Art, Paris | 21.07.2010

Encore une fois cette année, je n’eus pas peur d’enfiler ma parka, mes après-ski et mes moufles, bravant le froid pour vous dénicher les artistes les plus talentueux se terrant dans les pays nordiques et autres contrées vikings. Après l’Islande, la Norvège et la Suède, c’est bien entendu sur le Nord-Pas-de-Calais que je décidai de jeter mon dévolu. Aussi pas besoin d’affronter les températures terrifiantes de l’après-Picardie et de s’aventurer sur les routes verglacées de l'A1, carc’est à l’occasion du festival Bitter Sweet (Paradise) organisé par nos amis des Boutiques Sonores que je pus rencontrer les porte-étendards de l’électro-rock lillois. Une discussion pas forcément d’outre-tombe avec les talentueux musiciens de Cercueil s’imposait.

Lille est une ville en parfaite émulsion musicale, pourquoi avoir comme nom Cercueil ?

(Rires collectifs)

Pénélope : Comment introduire le sujet de la ville pour parler de notre nom...

Nico : On a choisi parce qu'à la base on est originaire de Dunkerque et voilà...

Et donc vous considérez Dunkerque comme une ville morte alors ?

Nico : Non, pas vraiment... En tous cas on essayé de faire vivre des choses là-bas... Nous y organisons des concerts depuis 1999...

Pénélope : On y a créé un festival...

Nico : On y a créé Mon Inouïe Symphonie. C'est une ville où il y a tout à faire.

Pénélope : C'est un peu notre terrain de jeu.

Nico : Mais nous n'habitons réellement à Lille que depuis 2001-2002.

Ce qui ne répond pas à ma question sur Cercueil...

Nico : Où comment détourner la question...

Pénélope : C'est vrai que ça intrigue beaucoup de gens, ça suscite la curiosité,  mais il ne faut rien chercher derrière, c'est un peu une blague... Un nom qui froisse un peu les oreilles.

Nico : Nous ne cherchions vraiment pas à mettre de connotations derrière. En même temps c'est une blague, un nom difficile à porter mais facile à retenir, et voilà.

Cercueil @ La Plage Glaz'Art, Paris | 21.07.2010

La rencontre ? C'était quand ? Comment ?

Nico : Et bien ça s'est fait en deux étapes puisque tout d'abord nous nous sommes rencontrés tous les deux ( Pénélope et Nico) à travers Czapski, un groupe expérimental et lo-fi monté par un pote commun.  Nous nous sommes rencontrés réellement en partageant ce groupe. Forts de cette expérience, nous avons cohabité avec d'autres personnes et organisé des concerts, puis monté un autre groupe appelé Lapin Luther King où Pénélope s'est mise au chant. Et puis en arrivant sur Lille, en laissant un peu ces groupes de côté, on a décidé de commencer quelque chose de nouveau. Nous avons commencé à composer des morceaux, ces morceaux ont été écoutés, ont plu et cela nous à poussé à continuer. De fil en aiguille nous avons eu l'occasion d'enregistrer une première démo. Puis nous avons pu enregistrer un album, d'où la venue d'Olivier car nous souhaitions agrandir notre palette sonore d'éléments plus acoustiques et notamment d'une batterie. Pourquoi Olivier ? Parce que quand nous sommes arrivés à Lille, nous avons rapidement souhaité organiser des concerts là-bas donc nous nous sommes joints à une association qui s'appelle Mohammed Dali dont il faisait partie et puis voilà... Il faisait également partie d'un groupe qui s'appelait Gomm.

Olivier : C'est vrai que quand ils m'ont demandé de les rejoindre, j'étais emballé. J'aimais beaucoup Cercueil mais si je devais émettre une critique sur leur musique, c'est ce manque d'élément acoustique, donc je ne pouvais pas refuser de résoudre la seule petite frustration que je pouvais avoir sur Cercueil, finalement. Je les ai donc rejoints, on a enregistré l'album et nous nous sommes entendus immédiatement, en studio et sur la route également.


D'où vous vient votre attirance première pour la musique électronique ?

Pénélope : Je pense qu'il impossible de ne pas vouloir explorer ce qui a déjà été fait par le passé... J'écoute beaucoup de choses, du rock seventies à la musique électronique.

Nico : Notre background n'est pas du tout électronique, nous venons d'une scène plutôt rock expérimental. La musique électronique a été plutôt la découverte de nouveaux jouets. On a découvert des tas d'outils et on a cherché à les utiliser. Il y avait énormément de groupes que nous apprécions comme Matmos ou Black Dice, également issus de la scène expérimentale qui utilisaient l'électronique donc nous avons nous aussi eu envie d'explorer ça... Ça a tout d'abord commencé avec des effets, et puis on s'est dit : "Tiens si je pouvais balancer une boucle en même temps", et puis la technologie aidant... On a finalement réussi à mettre tout ça en place. Maintenant on se retrouve associé à une scène électro alors que ça ne correspond pas à notre background, mais ça nous va.

La musique de Shoo Straight Shout renvoie néanmoins au batcave de The Cure, à la dreampop de Mazzy Star, à la new-wave de Kas Product... Mais tout en s'en éloignant le plus possible également. Comment définissez-vous votre musique au final ?

Pénélope : C'est toujours assez difficile de se décrire soi-même. On cherche avant tout à créer quelque chose de très personnel même si on ne peut renier ses influences. Et c'est peut-être le brassage de ces influences digérées qui permet de se définir tel qu'on est et de créer quelque chose qui nous ressemblerait le plus possible.

Olivier : Même moi qui ne suis pas extérieur au groupe, mais nouveau puisque arrivé depuis seulement deux ans, serait incapable définir le style de musique. On est obligé de choisir des mots clés sur MySpace donc je ne sais plus trop ce qu'on a mis... Pop, rock et expérimental je crois...  Mais même d'une oreille extérieure, je n'arriverais pas à qualifier le genre musical avec des mots précis.

Cercueil @ La Plage Glaz'Art, Paris | 21.07.2010

Qu'est-ce que vous feriez demain si vous arrêtiez la musique ?

Nico : Pourquoi on arrêterait... C'est plutôt la question.

Pénélope : C'est une question difficile.

Nico : Indépendamment, nous faisons de la musique tout le temps, pour des documentaires, des spectacles, ce genre de choses... C'est un élément qui fait vraiment partie de notre quotidien. Ce n'est pas seulement Cercueil, c'est notre environnement et c'est un peu notre gagne-pain...

Vous avez toujours cultivé cet attrait pour la musique ?

Nico : Ce serait mentir de dire ça pour ma part, car je n'ai pas de bagage musical au départ, je ne suis pas issu d'une famille musicienne... Reste mon frère grâce à qui j'ai pu découvrir plein de groupes comme The Cure, Joy Division... Toute la scène des années 80, j'écoutais la même chose que lui par mimétisme mais c'est tout.

Olivier : Personnellement, si je devais arrêter, ce serait la grande dépression, c'est sûr ! Il m'est déjà arrivé de ne pas faire de musique pendant quinze jours ou trois semaines et de me sentir mal sans vraiment savoir pourquoi. Finalement je me rendais compte que c'était ce manque... Même tapoter sur un clavier seul chez moi, depuis tout jeune c'est devenu un besoin vital.

Nico : Si je devais vraiment arrêter, je pense que ce serait pour faire quelque chose d'aussi créatif, travailler sur des films, ce genre de choses, ce que l'on fait déjà d'ailleurs...

Vous travaillez sur des BO ?

Nico : On l'a déjà fait pour des spectacles, des court-métrages, des documentaires. Nous créons aussi nos propres images. C'est vrai que parfois je ne fais plus de musique pour me concentrer que sur l'image, mais c'est assez rare.

Olivier : On a avant tout un besoin de créer, que ce soit à travers l'image, la vidéo, le son ou la musique... Si j'arrêtais la musique mais qu'on me permettait de faire du graphisme à fond tous les jours, je pense que ça m'irait aussi mais s'il n'y a plus de création du tout c'est là où je commencerais à me sentir mal.

Cercueil @ La Plage Glaz'Art, Paris | 21.07.2010

Le titre de l'album, Shoo Straight Shoot, ça signifie quoi ?

Pénélope : « Shoo » est une onomatopée qui veut dire dégage... « Straight Shoot » se traduit par crie droit. C'est le titre d'une chanson de l'album qui n'a pas le même sens. Le titre représente la période dans laquelle nous avons enregistré l'album et qui fut plutôt courte.

Nico : Un truc qui dégage une urgence, comme si on balançait tout. Shhhttttt !

Comment avez-vous perçu l'accueil de l'album de la part du public et des critiques qui furent plutôt élogieuses à votre égard ?

Pénélope : C'est vrai qu'on était assez content des retours, surtout que l'album avait été réalisé dans l'urgence et puis on était intéressé par  le regard que peut porter le public qui peut être très différent de ce que l'on vit de l'intérieur.

Olivier : Et puis les critiques ont vu des influences qui peuvent être les nôtres mais que l'on ne revendique pas forcément dans Cercueil. Je pense notamment à Siouxie and The Banshees (rires... Je ne vois pas pourquoi !)... Enfin ça fait toujours plaisir. Je crois en tout cas qu'il n'y a pas eu de réaction neutre, soit il ne comprend pas, soit il adhère complètement à notre univers. Je trouve ça plutôt bien, les avis sont tranchés et ça ne laisse pas indiffèrent.

Pénélope : Après par rapport au public, c'est vrai que nous sommes programmés dans des contextes assez différents les uns des autres, donc nous sommes confrontés à des spectateurs très différents à chaque fois. C'est vraiment intéressant de pouvoir changer de contexte régulièrement, parfois plus rock ou plus électro.

Nico : A nos débuts, on a souvent été programmé dans des soirées électro face à un public qui venait faire la fête alors que nous nous considérions plus rock. C'était un peu difficile pour nous, mais on a su s'adapter... Sans aller jusqu'à changer notre set, mais on a appris à réagir en fonction et maintenant on sait mieux mettre ce côté électro je dirais presque en avant. On a vraiment essayé de quitter ce background rock assez dur pour partager les deux, et c'est l'avantage d'avoir le cul entre deux chaises, c'est qu'on essaye de plaire autant à des fans de rock que d'électro.

Olivier : On s'en est vraiment rendu compte après un concert au Social Club il y a quelques mois où les gens n'ont pas arrêté de danser. Malgré un contexte fortement électro voir un peu dance, ça fonctionnait. On n'a pas surjoué ce qu'on faisait, on a suivi notre ligne habituelle et c'était impressionnant de voir cette réaction auprès du public.

Celui-ci n'étant pas le vôtre habituellement...

Olivier : Non, d'ailleurs je pense que pour la plupart, c'était la première fois qu'ils nous entendaient. Et là on s'est vraiment dit qu'on avait notre carte à jouer dans un milieu plus électro.

Pouvez-vous nous parler un peu du prochain album ? Où en êtes-vous exactement ?

Pénélope : On est en plein... plein... plein dedans (rires). On est en train de finir de composer et on doit se dépêcher de terminer car on a déjà les dates de studio qui sont bookées pour fin août.

Nico : Tout à fait, nous finissons de composer jusqu'à fin août et nous partons en studio enregistrer tout début septembre à Bristol. Donc il devrait sortir d'ici début 2011.

A quoi le public devra s'attendre sur ce nouvel album ?

Nico : Ce sera dans la continuité, tout en essayant de pousser certaines envies un peu plus loin. Moins brut, moins simpliste...

Olivier : Cet album aura également été réalisé sur une période nettement plus longue donc nous aurons plus de temps pour l'enregistrer et le mixer, ce qui permettra également de creuser un peu le sillon avec le premier album. Je ne pense pas qu'il y aura de rupture réelle mais une plus grande prise de position sur les choix et les partis-pris.

Nico : Gagner en efficacité dans l'aboutissement des compositions. Qu'on prenne le temps de l'aboutir, de le peaufiner.

Olivier : Ce qui ne veut pas dire que le premier ne soit pas abouti mais il possède les défauts de ses qualités. Il a été fait vite, enregistré vite donc c'est un matériau plutôt brut...

Nico : Que nous avons affiné en live par la suite. Les albums sont un peu comme des photographies, ça représente là où on en est à un certain moment. Nous avons plus de maturité par rapport au précédent album maintenant que nous l'avons travaillé en live, et pourtant la photographie que représentera le prochain nous fatiguera sûrement dans quelques années car nous auront encore évolué. Et nous la ferons encore évoluer par le biais du live.

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Alice Lewis l'interview

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Quel est le lien entre un ominchord, Ian Caple et Lewis Carrol ? Une jeune francaise multi-instrumentaliste, de son nom de scène Alice Lewis. Son EP digital Night's End annonce un premier album prometteur pour septembre 2010. Mi pop mi électro, entre comptines et poèmes, la critique rapproche Alice Lewis de Goldfrapp et l'annonce comme une des révélations de la rentrée. Une chose est sûre, son producteur Ian Caple se trompe rarement. Demandez à Tricky, Tindersticks ou encore Bashung... Hartzine l'a rencontrée.

Interview

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