Jonathan Fitoussi l'interview

Nous sommes une génération baignant dans l'héritage des grands défricheurs de la musique contemporaine. Peu d'artistes en ont pleinement conscience. Lui, oui : Jonathan Fitoussi sort un premier album de musique minimaliste exigeant dont la beauté rend hommage aux grands compositeurs du siècle passé. Jonathan est affilié aux artistes américains de la scène minimaliste comme Steve Reich ou Philip Glass, mais il revendique les techniques d'enregistrement analogique développées par les maîtres du GRM comme Pierre Schaeffer ou Pierre Henri. Aujourd'hui, le jeune père de famille continue de travailler pour l'INA en restaurant les archives de la radio française, mais il accorde de plus en plus de temps à la musique. Un jour, dans un studio de la radio, alors qu'il écoutait un enregistrement de drone qu'il avait réalisé sur un orgue d'église, il fit la rencontre de Daniel Caux, l'homme derrière le label mythique Shandar qui a transformé sa vision de la musique. Signe du destin ou heureuse coïncidence, Jonathan marche dans les pas de ses pères, et nous le suivrons jusque sur la lune. Après de longues écoutes, comme on accomplit un voyage spirituel, vous aurez médité sur ce monde à la vitesse de la lumière, et l'année 2012 vous apparaîtra comme une fin tout à fait évitable. Cinq ans auront été nécessaires pour que la conjonction astrale favorise enfin la poussée de cette comète alors que d'autres sont déjà prêtes à quitter la constellation Pan European. Cet album stellaire est une invitation au voyage intérieur, chaque titre contient un fort potentiel émotionnel. Ouvrez grand vos oreilles, vous commencez à sentir vos muscles se détendre et votre respiration se ralentir. Maintenant, la possibilité que vos paupières glissent progressivement vers le bas et vous plongent dans l'obscurité est importante. Mais avec une bonne condition physique, vous parviendrez à parcourir des paysages projetés par votre subconscient et peut-être même à vous échapper de votre corps pour une petite balade astrale. Un album construit comme une bande originale de film expérimental. Imaginez des caméras plantées aux quatre coins de la galaxie, une œuvre du futur, un genre de Koyyanisqatsi monolithique où le spectateur embarque à bord d'une fusée avec un toit panoramique qui permet en fait de voir le film en direct... "Nous sommes transportés dans une autre Dimension. Une Dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais surtout d’Esprit. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination. Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : La Quatrième Dimension !"

Interview vidéo

Tracklist

Jonathan Fitoussi - Pluralis (Pan European Recording, 2012)

1. Cycle 500
2. Pluralis
3. Dreamscape
4 Errance
5. Résonance Magnétique
6. Surimpression
7. Emphase
8. Souffle Continu
9. Organium
10. Abysses


Vidéo : St. Vincent au Café de la Danse


St. Vincent, Le Café de la Danse, Paris, le 30 novembre 2011

En novembre dernier, les deux plus talentueuses chanteuses de la sphère indé américaine, alors chacune en tournée, se sont retrouvées au Café de la Danse à un jour d'intervalle par un hasard de calendrier.

Shara Worden (My Brightest Diamond) avait mis la barre très haut la veille de la venue de son alter-ego Annie Clark, alias St. Vincent. Durant ce concert triomphal, on a pu voir une artiste en état de grâce enchaîner rappel sur rappel. Le lendemain, Shara Worden, encore dans les esprits, avait rejoint le public venu entendre les notes de Strange Mercy. Mais le morceau le plus percutant de la tournée de St. Vincent n'est pas sur le disque. C'est une Annie beaucoup plus agressive qu'à l'accoutumée que nous vous présentons ici, avec une reprise de She Is Beyond Good and Evil du groupe post-punk Pop Group.

Vidéo


My Brightest Diamond au Café de la Danse

My Brightest Diamond, Le Café de la Danse, Paris, le 29 novembre 2011

Il suffit de jeter un œil sur la setlist ci-dessous pour comprendre instantanément que ce 29 novembre au Café de la Danse restera comme le passage triomphal de Shara Worden alias My Brightest Diamond à Paris. La salle comble à qui elle avait donné rendez-vous a assisté à un véritable chef-d’œuvre de représentation avec pas moins de quatre rappels. J'ai eu la chance de pouvoir filmer ce concert fabuleux avec l'aimable autorisation de James, son manager de mari. Ces six extraits sont les plus beaux cadeaux de Noël que nous pouvions mettre sous notre sapin cette année.

Vidéos

1. We Added It Up

2. Escape Routes

3. She Does Not Brave The War

4. Magic Rabbit

5. Feeling Good (Nina Simone Cover)

6. Something Of An End

Setlist

1. We Added It Up
2. Everything Is In Line
3. Golden Star
4. Escape Routes
5. Be Brave
6. She Does Not Brave The War
7. Magic Rabbit
8. Hymne à l'amour
9. High Low Middle
10. Apples
11. Feeling Good (Nina Simone Cover)
12. Inside A Boy

Encore
13. I Have Never Loved Someone
14. Freak Out

Encore 2
15. Something Of An End
16. Dragonfly

Encore 3
17. Be My Husband (Nina Simone Cover)

Encore 4
18. Youkali: Tango Habanera (Kurt Weill Cover)


On y était - Barn Owl au Café de la Danse (vidéo)

L'amphi du Café de la Danse était un poil dégarni pour l'AG des Barn Owl. Faisant fi de la consistance de l'auditoire, Jon Porras et Evan Caminiti ont performé leur drone bardé d'effets homériques sans lâcher du regard les derniers rangs inoccupés ; une façon de projeter plus loin un spectre sonore déjouant épisodiquement les fonctionnalités du limiteur de décibels de la salle. Si on regrette parfois cette impression de "déjà entendu" des thèmes mélo (quelque part entre Gregor Samsa ou Mono époque You Are There et des sonorités plus arides à la Grails), tout est calé, enchaîné et amené de manière fluide, chaque membre du duo donnant l'impression de jouer pour lui tout en anticipant les variations de thème de son binôme.

Enfin, on ne pourrait passer sous silence la prestation de Lori Schönberg en première partie : travaillée au corps (pieds, mains et voix), alimentée par un agrégat de machines plus incroyables les unes que les autres et nappée de textures assez menaçantes au final.

Vidéo


On y était : House of Wolves, Edward Barrow et Erin Lang à la Mécanique Ondulatoire

Reprenant mots pour mots l'annonce faite de ce concert co-organisé avec nos amis des Boutiques Sonores, deux artistes d’exception – Edward Barrow et Erin Lang – ont ouvert la voie, céleste et onirique, au touchant Rey Villalobos. Une manière de se dire que si l’été était bel et bien fini, les charmes de l’intimisme rasséréné déployés par les comptines d'House of Wolves ne s'apprécièrent que mieux dans une Mécanique Ondulatoire s'étant arrêtée de respirer, en plein cœur de la nuit.

Interview, chronique et mixtape de Rey Villalobos (House of Wolves) à découvrir par ici.

Vidéos

House of Wolves - Acres of Fire

Edward Barrow - Back to the Road

Erin Lang - Carried Away


On y était : Midi Festival été 2011, les vidéos

Cette rubrique se nomme On y était, ce post pourrait s’appeler On y était... et mieux vaut tard que jamais. Non - et malgré les apparences - Patrice, notre vidéaste en immersion, n'a pas entamé un road trip sur les chemins opiacés de Katmandou suite à ces trois jours de feu, en plein cœur du Midi Festival. Versant juste ce qu'il faut de thé dans son riz, il a en revanche bichonné comme il se doit, par le son et l'image, un Midi Festival été 2011 préalablement reporté dans nos colonnes par les mots (lire). Ça tombe bien, l'édition hiver est tout juste dans un mois. D'ailleurs on vous fait gagner des places par ici.

Midi Festival été 2011, les vidéos

Alt-J

R. Stevie Moore

Stay +

Psycholigist

Washed Out

Primal Scream

Puro Instinct

Holy Shit

King Krule


Plaid l'interview

Photo © Mikael Benard

C’est au détour d’une journée promo éprouvante que j’ai pu rencontrer les très convoités Andy Turner et Ed Henley, éminents producteurs connus et reconnus sous le patronyme de Plaid. Deux gentlemen très british qui, à l’image de leur musique, se dévoilent avec parcimonie et retenue autour d’une interview qui nous révèle néanmoins l’état d’esprit du duo au regard de ses vingt ans de carrière. Instant culte !

 

Interview

 


On y était - The Black Lips au 104 (vidéo)

Photos © Emeline Ancel-Pirouelle | Hartzine

The Black Lips, le 104, Paris, le 17 mai 2011

C'était avant l'été, en mai, et sournoisement on fomentait notre coup en douce : prendre les Black Lips une dernière fois sur le fait, avant que la foire d’empoigne garage ne vire au simulacre hipster/prix vert, à ce jardin pour marmots en rupture de télé-réalité. Et c'est peu de dire qu'à mots (presque) couverts, on pressentait l'avenir d'Arabia Mountain, disque suffisamment propre pour ne pas entacher durablement notre hi-fi. D'ailleurs qui l'écoute encore ? L'erreur, pourtant, nous tendait les bras puisqu’après le besogneux set des Parisiens de Jack of Heart, c'est à une une véritable parodie de concert auquel on eut droit, du fait notamment d'un son atroce, saturant en permanence, et d'un public ne pouvant s'empêcher de faire la farandole sur scène (photos). Rien à signaler donc, sinon que l'on conservera nos vieux disques des Texans comme l'on traite depuis des lustres les deux premiers Weezer, et que, de ce concert, on vous propose une vidéo bien troussée de Dirty Hands. Bah oui, car on avait mis le paquet.

Vidéo



Retour sur La Route du Rock 2011

Deux mois plus tard… Il fallait faire sécher les bandes, et sauver des eaux les cellules du micro ruinées par le déluge qui s'est abattu cette année sur le festival de La Route du Rock. J'avais embrigadé mon vieux pote Guillaume, chacun caméra au poing, avec l'envie de faire un reportage original et un peu décalé sur ce que l'on vivrait pendant ces jours de concerts. Faire quelque chose d'objectif et d'exhaustif sur la programmation était impossible. On a gardé le meilleur, en tout cas les moments que l'on a préférés dans cette édition. L'enthousiasme des filles d'Electrelane, la fin du set d'Aphex Twin totalement barbare, l'humilité et la classe de Dirty Beaches, la puissance de feu de Battles qui nous a séchés sur place, ou encore la folie de Dan Deacon pour un final où il enchante le public de La Route du Rock qui exulte. Cette dernière est un bain de jouvence, un festival à dimension humaine qui nous comble chaque année. Retour sur cet été qui semble si loin déjà et ces moments forts dont on se souvient tous encore...

Vidéo


Portrait : Belle Arche Lou - Deux frères dans les étoiles

Alexis Paul a appris la musique avec Eric Truffaz en suivant des cours de classique et de jazz avant de découvrir le rock en jouant avec son frère Wesley dans leur premier groupe, Non Void. Il débute à la basse dans cette formation métal avant de rencontrer un peu plus tard sur les bancs de la fac son ami Simon, avec qui il partage aujourd'hui son appartement en colocation à Paris. Ils donneront naissance à Bye Horus, un groupe de post-rock qui existe toujours aujourd'hui. Pendant cinq ans, Alexis et Simon organiseront leurs premières tournées, en France, dans les pays de l'Est, aux Etats-Unis et au Canada. Cette période permet à Alexis d'appréhender le fonctionnement de l'industrie musicale sur laquelle il vient de terminer la rédaction d'un mémoire. Passionné aussi par la scène punk hardcore décortiquée dans l'ouvrage de Michael Azerrad, Our Band Could Be Your Life, Alexis se reconnait à travers les influences, les valeurs et les convictions de la scène D.I.Y. présentée dans ce livre. Il reprend aujourd'hui cette approche avec la même intention et la même énergie sur son propre label, Humanist Records, qu'il a monté avec son ami Romain. On y découvrira le premier album de l'artiste lyonnais Maxime Vavasseur et son projet drone/ambient WITXES début 2012, mais aussi un nouvel EP de Bye Horus, Archipels, avant Noël.

Les Avalanches Tombées du Ciel, le premier album de Belle Arche Lou, disponible en téléchargement, sortira lui autour du 15 octobre. Loin du chant guttural de Non Void, les frères Paul, Alexis et Wesley se sont (re)trouvés. Place à l'apaisement, à la maturité, ainsi qu'à une douce mélancolie liée à l'enfance.

Dans cette vidéo, Alexis nous parle de son frère et l'on sent à quel point cette nouvelle aventure compte pour lui. Cet été, sur la terrasse du 7e Ciel, avec le Sacré-Coeur en arrière-plan, Belle Arche Lou a offert à une petite assemblée enveloppée dans la douceur de la nuit un concert acoustique qui nous a posés sur un petit nuage. Vous découvrirez dans la vidéo le morceau Moïse et la Mélancolie, qui a scellé ce pacte musical entre les deux frères.

Vidéo

Mixtape


Maintenant éteignez la lumière, servez-vous un grand verre de vin, et lancez la lecture de cette playlist enivrante (télécharger) qu'Alexis nous offre.


Bientôt sur hartzine : Black Lips

Retrouvez prochainement en mots et en vidéos le report du concert mémorable des Black Lips qui s'est tenu quelques jours avant l'été au 104... A suivre.


Shimmering Stars : from Lille to Paris (report & vidéos)

Shimmering Stars à la Flèche d'Or © Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine

Un nom, un adjectif, "impromptu". Voici le terme qui qualifie le mieux la visite des Canadiens de Shimmering Stars à Lille. Entre une date mancunienne et un passage à Paris à la Flèche d'Or programmé une semaine plus tard, le groupe de Vancouver dont les premiers EP nous avaient enchantés par leur dream pop envoûtante, s'est donc offert une escapade lilloise aussi improvisée qu'excitante en ce samedi 27 août. Car l'offrande qui nous était offerte de tester les compositions aux arrangements spectoriens de ces trois jeunes gens ne pouvait que s'avérer alléchante. Et la promesse était double : une session acoustique au Caf&diskaire en fin d'après-midi suivie d'un concert électrique au Peek-a-Boo, deux lieux où le temps suspend parfois son vol, parfaitement adaptés à l'intemporalité des morceaux du trio.

Car Shimmering Stars, dont le premier LP, Violent Hearts, est paru le 13 septembre via Almost Musique, c'est avant tout la réussite d'un groupe qui parvient à s'ancrer ostensiblement dans son époque tout en faisant référence avec finesse et humilité à ses illustres aînés. Au détour de compositions volontairement courtes illuminées par des sonorités sixties proches d'Everly Brothers, la réussite du collectif canadien est de parvenir à donner à sa musique une noirceur mélancolique toujours empreinte de douceur... lorsque les Beach Boys rencontrent The Jesus And Mary Chain... alchimie presque improbable et pourtant...

C'est donc plein d'espoir qu'une poignée de Lillois se retrouvent au Caf&diskaire pour une première prestation acoustique. Organisation simple et chaleureuse, deux guitares acoustiques et un tambourin suffisent à la bande de Rory McClure pour instaurer un climat quasi religieux et asséner en une petite demi-heure une dizaine de pépites aussi délicates qu'efficaces. Car cet exercice (qui, de leur propre aveu, n'est pas celui dans lequel ils excellent) a le mérite de mettre encore un peu plus en avant le fantastique travail vocal qui berce ces compositions. Les trois voix s'accordent avec grâce et douceur, nous plongeant au plus profond d'une émotion presque candide, authentique. La disponibilité des protagonistes à l'issue de ce mini-concert ne fait que prolonger ce sentiment tant leur joie est communicative devant notre émotion à peine dissimulée.

Mais c'est sur un autre terrain que nous les attendons. Quelques heures plus tard, quelques centaines de mètres plus loin, c'est donc au Peek-a Boo que nous les retrouvons pour une prestation plus en adéquation avec ce que nous attendons d'eux. La décoration vintage du lieu se prête parfaitement à la musique innocente mais subtilement habitée de nos hôtes de la soirée. Mais point de scène, peu de place à leur disposition. L'improvisation est de mise, une fois de plus, et le trio se retrouve confiné dans un espace restreint mais s'adapte majestueusement à ces conditions spartiates. Une simple caisse claire posée sur une chaise,  Andrew Dergousoff jouera debout entouré de ses deux acolytes autour d'un unique micro. Et la magie opère. Le somptueux East Van Girls suivi de l'imparable I'm Gonna Try suffisent d'emblée à convaincre un public immédiatement sous le charme. Rapidement, les clapping hands accompagnent systématiquement les douces mélodies mélancoliques tantôt cristallines, tantôt empreintes de sombres réverbérations. Point d'orgue de cette prestation, le sublime et hanté Sabians plonge l'auditoire hors du temps. Shimmering Stars a réussi son pari : fédérer les époques tout en affirmant sa légitimité et sa place au sein de la mouvance musicale actuelle. Une reprise de Let It Be Me d'Everly Brothers histoire de marquer définitivement les esprits et la démonstration s'achève. Les regards se croisent, les sourires et les verres s'échangent en toute simplicité. Le temps n'a plus d'importance, il n'existe plus. C'est bien un avenir chatoyant qui s'ouvre devant ces étoiles-là.


Vidéos


On y était : MIDI FESTIVAL 2011

Photos©Patrice Bonenfant pour Hartzine

Jour 1

Rendez-vous immanquable et apprécié des fans de musique indé que nous sommes, cette nouvelle édition du MIDI Festival réservait, comme chaque année, son lot de surprises : jeunes pousses alertes, quelques revenants et autres retrouvailles… Il fallait se lever tôt pour les Parisiens d’Hartzine que nous sommes afin d’assister à cette première salve de concerts donnée à Villa Noailles ; mais nous ne sommes pas du genre  à nous déballonner pour si peu… Juste le temps d’attraper Patrice, notre bol de riz pas trop frais à 4h30 du mat' (photos du spécimen sur demande) et de tailler la route direction Hyères… J’ai beau dépasser les 88 miles à l’heure, ma Clio ne s’est pas transformée en Delorean pour autant et c’est au bout de neuf heures (ponctuées de radars en tout genre) d’un trajet aussi interminable qu’accablant que nous troquons la belle endormie pour le chant des cigales. Je me jette au sol (aïe ! les cailloux !) et remercie saint Steve Job pour sa plus glorieuse invention, sans laquelle ce périple aurait pu être impitoyable : l’iPod !

Les rotules brisées, le cul en compote…  La soirée promet d’être épique !

Reçus comme des petits princes par nos hôtes, mon esprit s’échappe, se faufilant à travers les conifères, voltigeant au gré de la musique d’ALT-J. Envoyez-moi sur la lune, accueillez-moi avec des colliers de fleurs, l’effet serait similaire. On ne vous refera pas une énième visite guidée des lieux, Thibault s’en était brillamment chargé l’année dernière. Me voilà donc revigoré devant tant de bonne humeur alors que le quatuor anglais glisse à mes oreilles des mélodies couleur pastel un brin chargées d’électricité. Quelques envolées qui font taper du pied, à l’image de leur single Breezeblocks - le groupe de Leeds maîtrise son répertoire et réveille doucement son auditoire avec une poignée de titres qui lorgnent dangereusement sur le terrain de jeu de Grizzly Bear.

R. Stevie Moore @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 22.07.2011

Le changement de plateau nous autorise à nous glisser en bordure de scène, nous permettant de savourer l’arrivée du bedonnant, charismatique, extravagant, loufoque (je crois que je vais m’arrêter là)… R. Stevie Moore… et ses Tropical Ooze. Difficile de savoir qui est le plus au centre de l’attention : la musique ou R. Stevie Moore lui-même ? Cet assoiffé de notoriété, assis sur plus de 400 albums distribués ou non, accuse physiquement sa jeune soixantaine, mais déploie l’énergie d’un minot. Un spectacle  à la fois drôle, touchant mais également éloquent. Car derrière le personnage se cache un artiste exigent, rompu au système D, n’ayant d’autre obligation que de se satisfaire de l’art du D.I.Y. et contribuant ainsi à propagation du mouvement lo-fi. De complaintes pop en assauts grungy, papy Moore chevauche la scène avec désinvolture, s’offrant le suffrage unanime du public et une seconde jeunesse au passage. Il faut dire qu’il ne badine pas sur les effets : contorsions au sol, petits moulinets de la main ou gros fuck, au choix… Slam… euh non pas ça… non, non… Ce principule de la pop foutraque fait rapidement oublier son personnage déglingo derrière des prouesses aussi abrasives que capiteuses. Tenant la cadence, après plus d’une heure d’érosion parfois cacophonique, Stevie clôturera son set en douceur, nous ensorcelant de sa voix rauque et paternelle.

On flâne un peu en backstage, profitant de l'installation de Gross Magic pour remplir nos godets. Nous ne semblons pas être les seuls puisque notre très cher R. Stevie Moore multiplie les allers-retours, allant taper dans sa réserve privée. En coin, nous observons Matt Fishbeck (Holy Shit) déambuler, seul, comme en proie à ses démons… Brrr… glauque.

Gross Magic  @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 22.07.2011

Si nous nous étions déjà aperçu d’un certain retour du grunge, dont Yuck aura porté fièrement l’étendard l’an dernier, le style musical qui aura fait la gloire de Seattle et le désespoir des vendeurs de jeans n’aura pas manqué d’influencer ce très jeune combo de Brighton qui, pour le coup, aurait pu s’appeler « Gosse » Magic. Présent au MIDI par un concours de circonstances (Violens en panne de passeports), le jeune quatuor anglais jouait donc la carte de la pure révélation et avait donc tout à prouver sur scène.  Hélas, bienvenue dans l’antre de la souffrance,  dans l’enfer du broyage de tympans au verre pilé… Il n’y a rien de magique dans le fait de ne pas avoir mué ; on appelle juste cela l’adolescence. Sam McGarricle et son groupe entonnent pourtant quelques mélodies affables, ni finaudes, ni désagréables, et qui séduisent même par moment… Un condensé de pop noisy mal arrangé à des influences Nirvana tellement (trop ?) flagrantes, là serait surement l’un de leurs plus gros défauts. Le pire restant cette voix affreusement criarde et mal maîtrisée. Au cours de chant, je conseille Robert Harvey (The Music) qui s’en sortait nettement mieux avec son timbre pourtant si criard. On notera néanmoins en touche de bon goût la casquette Wayne’s World vissée sur la tête de Sam McGarrigle - je sais, ça paraît stupide dit comme ça… Mais merde, qui n’a jamais éprouvé un putain de « schwiiiing » pour ce putain de film ?!

 

Pour le dernier concert de la soirée, notre bienveillant programmateur Frédéric Landini a vu les choses en grand. Installation d’un écran 4x4 pour recevoir le secret le mieux gardé de Manchester : Stay +, aussi connu sous le nom de Christian AIDS. Avec seulement quelques titres diffusés sur le web, Stay + avait déjà rassemblé un parterre d’admirateurs voués corps et âme à ses mélodies aussi ténébreuses qu’acides. Un single publié sur Double Denim plus tard et on crie au retour de Madchester. Le show qui allait suivre répondrait indubitablement à la question qui nous brûlait tous les lèvres : vraie arnaque ou inestimable découverte ?

On peut les revendiquer post-ce qu’on veut… La musique de Stay + est axée sur un savant mélange de dubstep (pour les basses), de dark-wave (pour les mélodies synthétiques obscures, crades et les chants lyriques noyés dans la réverb’) et d’acid-house (résonnances, psychédélisme, etc.). Un cocktail venimeux qui vous pète à la gueule, transformant le terreau de la Villa Noailles en dancefloor improvisé. Des boucles d’images illustrent un monde malade, au bord du gouffre, prêt à imploser… Danser sur le chaos tout du long d’une symphonie qui ne l’illustre pas moins, tout dépend de l’interprétation du mythe que s’en fait chacun. Fever exacerbe la tension, point d’orgue d’une prestation en tout point épileptique. Et pourtant, la sauce ne prend pas tout à fait. Si on exclut les problèmes sonores importants dûs à une installation trop rapide et des balances faites à la va-vite, on pourrait tout simplement penser à un fruit cueilli trop jeune. Une armée de bidasses partie sans carte ni boussole à l’assaut de la jungle viêt-cong. Nos chanteurs en couple mixte ne semblent pas très à l’aise avec leurs micros, parfois plus occupés à poser qu’à chanter juste… Et puis d’ailleurs, j’aimerais qu’on m’explique un peu la scénographie. Cinq personnes sur scène étant habillées avec un t-shirt représentant une lettre, formant un tout représentant « Stay »… Alors, dites-moi, c’est un job à plein temps ou bien ? Nos loustics ayant pour mission de rester aussi immobiles que la garde royale britannique, ça doit être assez emmerdant quand tu as le cul qui te gratte, non ?

N’en reste pas moins un concert rythmé et jouissif, mais qui détruit malgré tout les illusions élitistes qui reposaient sur ces énigmatiques mancuniens.

La souffrance dans les guiboles commence à s’entasser, mais comme nous ne sommes pas venus pour jouer aux fiottes (pardon aux petites joueuses du monde entier), nous décidons donc de continuer les festivités sur la plage de l’Almanarre. Nous suivons donc une bande d’amis bien entamés et finissons évidemment par nous égarer en chemin (note pour plus tard : éviter de prendre la montée de Noailles en sens inverse, la nuit)… Quand, au bout d’un quart d’heure, nous finissons enfin par rattraper le flot des voitures, la lumière des spots de la plage transperce la nuit. Nous sommes tout proches.

Nous nous approchons du son, marchant péniblement dans le sable… Parisiens que nous sommes. Une petite cabine rose surplombe la scène, à peine plus grande que ma cabine de douche. A l’intérieur, Callum Right, aussi connu sous le pseudo espiègle de D/R/U/G/S, combine house, disco-pop et glitch qu’il réduit en mélodies subtilement cheesy, hypnotisant une foule de nightclubbers à sa merci. Des rythmiques minimales efficaces concassées de beats funky qui nous renverraient quelques dizaines d’années en arrière. Un set plombé par quelques pains (relativement étonnant pour un artiste qui joue en live) et décrochant son public sur un remix du vulgos Hey You de Pony Pony Run RunHudson Mohawke ne peut se vanter d’autant de talent et de témérité. Après nous avoir offert l’intro de Glass Jar de Gang Gang Dance en guise d’ouverture, le musicien anglais glisse doucement dans un mélange de grime et d'électro-bass des plus insipides. Mon attention se tourne alors vers Zoo Kid déambulant parmi les badauds et qu’une bande d’amis tente de convaincre de les accompagner à une after-party de leur bon cru (rêves ouatés couleur MDMA et vodka coulant à flot). Le jeune garçon se fait alors remettre à l’ordre par son cerbère de manager : un suppo et au dodo. Pas facile d’être un ado rebelle-rebelle ! Mohawke continuant d’offrir un DJ-set des plus boiteux, la plage se vide à vue d’œil. Je réalise alors à mon tour que personne ne m’en voudra si je prends la poudre d’escampette, même pas le pauvre Dj qui ne semble jouer pour nul autre que lui-même.

Jour 2

King Krule @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

J’aimerais pouvoir dire qu’une bonne nuit de sommeil m’a revigoré… Mais pas tellement. Après la douleur, les courbatures, et le manque de repos creuse mon visage. Bien entendu, la cuisine de l’hôtel ne sert plus de petit-déjeuner. Je me retrouve donc à préparer mes futures interviews en terrasse, me regonflant à grand renfort de larges tasses de café noir et de clopes, que j’enchaîne les unes après les autres. Le breakfast équilibré de tout bon chroniqueur qui se respecte.

Quelques kilomètres plus tard, nous voici de retour à la plage de l’Almanarre. Les bourrasques du Mistral font le bonheur des kite-surfeurs, un peu moins celui des festivaliers. Nous optons pour une position oblique, puisqu’il est impossible de se tenir droit, et nous laissons bercer par les deux derniers morceaux de Porcelain Raft, dont l'émouvant Tip of Your Tongue, qui assène une magistrale gifle à cette programmation du MIDI… A moins que ce soit le sable qui me fouette la face, mais qu’importe… Inutile de rappeler au lecteur tout le bien qu’Hartzine pense des esquisses floutées et des troublantes épiphanies mélancoliques du très rital Mauro Remiddi. Il nous est d’autant plus insupportable de devoir nous contenter d’un concert donné sous un vent de force 8, Porcelain Raft jouant enfermé dans son enclos, ne laissant apparaître que son buste et le manche de sa guitare. Un talent quelque peu gâché tant les prouesses du musicien récemment signé sur le label Secretly Canadian dessinaient une belle tête d’affiche.

Rapidement fatigués de nous faire malmener par les bourrasques rendant le terrain impraticable, nous décidons à l’unanimité de faire une croix sur les prestations de  et de Star Slinger, afin d’aller combler le vide de nos estomacs avant les réjouissances nocturnes.

Dépité par l’annulation de notre interview avec Ernest Greene (Washed Out) et sachant pertinemment que notre entretien avec Primal Scream ne tenait qu’à un fil, je me consolai à la joie de découvrir Psychologist, dont le minimalisme lugubre de l'EP Waves of Ok devrait parfaitement trouver sa place parmi les résineux surplombant les dédales de la Villa Noailles, installant un climat aussi sinistre qu’inquiétant. Pied-de-nez aux sépulcrales ascèses de piano de Comes in Waves, Iain Woods et son groupe déboulent avec une série de morceaux douloureusement sautillants qui, à l’instar de James Blake, font la part belle à une house aux teintes noirâtres et à des beats dubstep aérés. De 1 :1 à Seance, Psychologist se taille la part du lion, cannibalisant le public de ses futurs hymnes dance. Loin des clichés, le groupe compose une musique savante aussi turbulente que mentale, se permettant quelques élucubrations pop truculentes comme des lamentations dark-soul adroitement placées. Un avant-goût savoureusement glacial de Propeller, nouvel EP à paraître finalement le 15 août et dont les internautes auront déjà pu se régaler du clip extrait du titre éponyme, effroyablement mégalo et ténébreux. Comme quoi le talent mène à tout, même à un Disco at Twin Peaks.

Puro Instinct @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

Bla bla bla… Chacun y va de son petit commentaire, mais Psychologist a brillamment réveillé le public du MIDI Festival. Les sœurs Kaplan tiendront-elles la cadence ? Pas sûr ! Lauréates d’une poignée de maxis essentiellement sortis sous le nom de Pearl Harbor, un album dans les bacs suppurant leur amour pour la pop sixties et les déluges lo-fi, nos deux sœurs, accompagnées de deux guitaristes et d’un batteur, allaient devoir convaincre sous l’œil bienveillant, mais la gestuelle taquine, de leur parrain de scène, R. Stevie Moore. A la hauteur de nos attentes, la prestation de Puro Instinct restera vide de sens. Un jeu de scène emphatique qui colle parfaitement aux titres aussi bling-bling que creux du trop surestimé Headbangers in Ectasy. Référence à Virgin Suicides ? Slowdive ? Ok, qu’on les pende à des cables XLR et qu’on me rende Soulvaki. Et même si on souffre pour le pauvre groupe qui vient de se taper douze heures de caisse pour pouvoir répondre aux contraintes d’un planning bien chargé, on sombre en état de catatonie devant cet étalage de paresse sous couvert de spleen, une tristesse qui n’a rien de mélancolique, relevant certainement plus de l’ennui. Un miasme de minauderie insupportable sous couvert de mélasse pop et perdu dans un amas de reverb’ et d'écho. Nous prenons alors un plaisir sadique et hilare à mater notre cher Matt Fishbeck, dans un état d’ébriété avancé, se complaire à ruiner maladroitement le show de nos Californiennes aux formes molasses. Si nous avions un cœur, nous en aurions presque de la peine…

La première chose qui vous saute à la gueule lorsque Zoo Kid monte sur scène, c’est son physique ingrat : jeune ado de 16 piges à la peau d’albâtre et maculé de tâches de rousseur, sa crinière flamboyante étouffée sous une casquette à la visière semi relevée, les oreilles décollées, etc. Lorsqu’Archy Marshall prend le micro, vous finissez par oublier tous ces détails superflus pour ne suivre que sa voix, étonnamment rauque et mâture. Ce môme chétif embrase la scène, épaulé de son groupe King Krule, déversant toute sa hargne le long de copieux vers habillés d’une musique punk-rock funky, un brin bluesy, rappelant parfois le Combat Rock de The Clash. Dit comme ça, il y avait de quoi s’exciter devant la performance de notre Poil de Carotte à l’accent cockney prononcé. Sauf que passé deux chansons, on commence sérieusement à se faire chier. King Krule lorgne du côté de Nick Cave sans en atteindre la profondeur poétique, ni la tension anxiogène, mais également de The Streets, propageant une certaine vanité en somme toute britannique qui sied mal à un minot à peine sortie de l’âge pubère. le songwriting reste néanmoins des plus agréables, piqué d’un style vindicatif, illustré de références aux grands poètes et écrivains de ce siècle, mais un vide abyssal quand il s'agit de construire une dynamique cohérente entre la musique et le chant.

Dirty Beaches @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

La nuit est maintenant tombée et on s’attend à ce que le ciel nous tombe sur le coin de la gueule.  Une mini tempête semble s’être invitée au MIDI, imposant un climat de fin du monde sur la Villa. C’est dans cet environnement ombrageux que Dirty Beaches s’apprête à entrer en scène. Imaginez la réincarnation du King dans le corps tatoué d’un molosse taïwanais et vous aurez une représentation assez fidèle d’Alex Zhang Hungtai. L’artiste canadien, dont les multiples focus ont jalonné nos colonnes toute l’année durant, ouvre son set d’un : « Jusqu’ici tout va bien… » emprunté à La Haine de Matthieu Kassovitz avant de déverser un flot de boucles nervurées rapidement noyées dans l’excitation de riff stridents. Alex pose sa voix de crooner apocalyptique sur des ballades névrotiques post-fifties, créant un pont temporel entre le rock fiévreux de Johnny Cash et les fractures suicidaires et minimalistes d’Alan Vega. Impossible d’ignorer une certaine filiation entre le rockabilly lynchien de Dirty Beaches et les composition de Collision Drive ou encore Saturn Trip. Un show qui vire rapidement à la performance, le musicien se livrant entièrement sur scène, sa voix portée par le vent semblant s’étendre à l’infini. Un son âpre, éraillé, magnétisant le public de son aura hypnotique. Alex Zhang se retranche derrière ses icônes, portraits au vitriol d’images délavées, comme à Françoise Hardy à qui ce Lord Knows Best sera dédié. Un pur moment de rock’n’roll aussi intense qu’exceptionnel, qui nous laissera un souvenir des plus mémorables. Nous n’en attendions pas moins.

Il est assez difficile pour moi de parler du concert qui suit, m’étant dans un premier temps mis martel en tête de mettre la main sur Alex Zhang Hungtai afin de l’asséner de questions sur sa superbe prestation, et secundo car mon avis diverge grandement de celui de mes comparses. J'avais été relativement impressionné par la direction prise par Ernest Greene sur Within and Without, s’évadant du carcan chillwave pour plonger de plain-pied dans l’hédonisme pop à consonance lo-fi. On était donc en droit de s’attendre à un set épuré, aussi glacial que pouvait le laisser entendre le titre Echoes. C’est pourtant en clone de Metronomy que Washed Out grimpe sur les planches (la ressemblance avec la mixité pluri-ethnique du groupe est d’ailleurs en tout point troublante) et nous assène un concert un brin putassier. Un enchaînement de titres malmené par un passage au live poussif. Pire, certains morceaux perdent radicalement de leur saveur (Echoes et Amor Fati en tête…), faisant passer ces agréables complaintes pop pour une B.O. digne de la Foire du Trône. Il y a des moments où il faut savoir renoncer.

Washed Out @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

Nous arrivons tôt sur la plage et profitons pleinement du set de The Glimmers. Si celui-ci fait le bonheur des kids, se déhanchant frénétiquement sur les bombes disco-house de David Fouquaert et Mo Becha, l’aficionado de techno que je suis appréciera la dextérité de nos deux DJ sans affectionner la teneur du set pour autant. Ne pouvant résister à l’éreintement qui me tenaille, j’abandonne mes acolytes aux bras d’Ivan Smagghe (et de la fée alcool !). Une sieste sur la banquette arrière de ma voiture me fera certainement le plus grand bien. Mes yeux se closent enfin lorsque je reçois un message de Patrice me stipulant : « On est tout à gauche de la scène »… Et merde, impossible de dormir. L’envie irrépressible de pisser me tiraille, mais le froid m’empêche de bouger… Le sang s’agglutine dans mon crâne, provoquant une migraine des plus atroces. Au loin, j’entends Smagghe poser son dernier disque, Boys and Girls de Blur… Un choix des plus surprenants si on occulte les années Pulp du DJ parigot. Quelques secondes plus tard, la portière s’ouvre sur le visage de ma dulcinée, les lèvres cripsées, m’annonçant de sa voix éraflée : « Hey ! On se fait une petite after ! ». Mais où est mon lit, bordel ?

Jour 3

Primal Scream @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Mon téléphone sonne. Mélissa, notre contact sur place, nous informe que les concerts initialement prévus à la plage sont déplacés à la Villa Noailles. Aurait-il pu en être autrement ? L’expérience de la veille sur la plage de l’Almanarre m’incite à croire que non. Et c’est donc une fois de plus le ventre vide que nous nous rendons sur les hauteurs de Hyères afin d’assister aux performances du clan Born Bad.

Mauvaise surprise à l’arrivée : les concerts, prenant place sur les jardins suspendus, ne peuvent accueillir qu’un nombre de spectateurs très limité. Nous nous retrouvons donc coincés parmi un cortège de furieux devant une porte close, gardée par un gentil cerbère qui n’en mène pas large. On sort donc le sauf-conduit « badge presse » (ouais, je sais, c’est de la triche) qui nous permettra d’accéder finalement aux hauteurs. Feeling of Love joue depuis quelques minutes, assénant à un public restreint mais apparemment sous le charme de riffs stakhanovistes des mélodies du très récent et tonitruant Dissolve Me. Un heavy mental nappé de psychédélisme et de sonorités garage percutantes, à l’instar des incontournables Cellophane Face ou encore I’m Right, You’re Wrong. Un show furieux perturbé par une légère panne électrique. Le début d’une série d’incidents dont Cheveu fera également les frais. A peine notre trio parisien a-t-il pris les rennes que les déconnades s’enchaînent : panne électrique, saturation d’enceinte, faux-contact sur le machine-drum, etc. Mais rien n’empêche Cheveu de jouer. D.I.Y. jusqu’au-boutistes, David Lemoine et son équipée déballent une série de hits en cavalcade, passant de l’électro-punk d’un My First Song au hip-rock de Sensual Drug Abuse… Si Mille est mis à l’honneur, les élucubrations noisy-indus de Cheveu, l’album éponyme, ne seront pas en reste. La prestation est accouchée dans la douleur, ajoutée à la souffrance de l’atmosphère caniculaire suffocante. Une fois de plus, nos freaks rockers tirent leur épingle du jeu, et comblent l’infortune de leur hardiesse illuminée.

Mazes @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Cela fait quelques heures maintenant que nous traînons nos guêtres dans le terrain vague de l’hippodrome de la plage, suivant du coin de l’œil Matt Fishbeck qui nous a pourtant promis une interview, mais dont le comportement asocial durant les deux premières journées festivalières ont de quoi nous tordre les boyaux. Une heure plus tard, nous quittons avec regret le leader de Holy Shit bien plus enclin à la confession que nous aurions pu l’espérer. Un échange translucide, clairsemé de mélancolie foudroyante et de révélations dévotes, qui vous laisse à la dérive, seul avec votre âme. Un moment de solitude partagée qui vous sera bien entendu bientôt révélé dans nos colonnes.

Durant ce temps, Mazes a pris place sur scène. Le quatuor de Jack Cooper a la lourde tâche d’inaugurer ce nouvel espace qui semble démesuré pour la formation power-punk britannique. Fleuron de l’écurie Fat Cat, ces Mancuniens iront chercher leurs influences du côté de Pavement et de Sebadoh plutôt que dans le post-punk vicié de leurs légataires, Joy Division ou The Fall. Si on ne remarque rien de bien désagréable dans la musique de Mazes, on pourra effectivement leur reprocher d’essayer de trop calquer leurs modèles. Summer Hits or J Plus J Don't Like aurait pu être emprunté au répertoire de Stephen Malkmus tandis que leur jeu de guitare semble issu d’un croisement de Jay Mascis période Where You Been et de Scott Kannberg époque Crooked Rain, Crooked Rain. Le quatuor entonne des ritournelles post-ado un brin cliché, qui firent la gloire de bands comme Supergrass, Blur… mais pilonnèrent un bon nombre de jeunes groupes des années 2000. Sans être inintéressant, le public ira chercher ailleurs ses centres d’intérêts. Moi, je me contenterai de contempler le fond de mon verre… vide.

Le crépuscule s’installe sur les planches de l’hippodrome, décrivant en toile de fond un tableau aux couleurs post-apocalyptiques alors qu’une légère bise s’est levée. Holy Shit ne pouvait rêver meilleur décor pour son entrée en scène. Une arrivée sous un Maus is Missing aussi contemplatif que bancal. Puis Matt Fishbeck prend le temps de s’accorder avec ses ouailles avant de nous jeter en pâture la plus belle version live de Stranded at Two Harbors jamais entendue, ni plus, ni moins. Malgré les quelques mésententes techniques entre le chanteur/musicien et son ingénieur du son (Fishbeck lui aura pourtant ramoné le cerveau tout l’après-midi), l’esthétisme musical des compositions du groupe touche au sublime, parcourant le catalogue varié d’un phamplet pop bien trop sous-estimé. De somptueuses ritournelles hantées par la voix chevrotante d’un Matt visiblement habité mais serein. Retrouvailles émouvantes entre le band californien et la French Riviera qui les avait accueillis cinq ans plus tôt. Pourtant, Holy Shit livre une prestation très éloignée de celle qui fit sa réputation. Ombrageuse certes, mais aussi lascive et éthérée, embarquant l’auditeur dans son bateau ivre pour mieux l’abandonner à la grâce de ses arias délicatement nostalgiques. Captivante ? Belle à chialer ? Si pour certains la musique de Matt Fishbeck restera jusqu’à la fin une énigme, c’est peut-être parce qu’il faut cesser de chercher le mystère là où il n’y en a pas.

Certes, question classe, Holy Shit ne possède pas le glam de Frankie & The Heartstrings, mais question talent, c’est une autre histoire… Les Britons sont jetés en pâture au public comme des vaches que l’on conduirait à l’abattoir. Le quatuor décharge un éventail de chansons pop insipides (Glamorous Glue) d’un songwriting pillé chez Morrissey et Pulp. Le Frankie en question singe le Moz sans aucune pudeur, tandis que chaque musicien essaye vainement de donner une quelconque cohérence à l’ensemble. Et si le public ne semble pas insensible à ces fallacieuses facéties musicalement indigestes, le mélomane, lui, reste de marbre devant autant de pauvresse mélodique. Le chanteur lui-même, un peu gêné, semble presque s’excuser de sa propre performance en remerciant l’audience de patienter jusqu’à l’arrivée de Primal Scream. On a atteint le comble du pathétique.

Holy Shit @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Près de vingt longue années que j’attends ce moment. Mes jambes me soutiennent avec une légère fébrilité. Monument pop aussi bien qu’acid-house, Screamadelica est l’albatros d’une ère désormais révolue, faisant rentrer la petite bande écossaise menée par Bobby Gillespie dans les affres des nuits délurées madchesteriennes. La cinquantaine presque épargnée, l’emblématique leader de Primal Scream harangue la foule au son de Movin' On Up, qui exulte un moment avant de tomber en catalepsie. La foule se sépare alors en deux espèces, hooligans devant, hipsters fainéants derrière. Pogoter sur Higher Than the Sun ? Vraiment ? Je me retrouve alors coincé parmi une bande de jeunots allumés à qui je n’aurais aucun scrupule à démonter la mâchoire et broyer quelques os afin de retrouver un brin de tranquillité. Primal Scream tire habilement les ficelles d’un show maintes fois répété auquel le public ne semble pas préparé. La mine boudeuse, Bobby Gillespie tente d’enflammer des spectateurs qui resteront mutins de bout en bout. Le concert prend alors un virage à 180 degrés. Si le spectacle est à la hauteur de nos attentes et la musique aussi hypnotique que stridente, la magie a lâché. Le frêle chanteur s’en tiendra au minimum syndical, glissant néanmoins quelques perles rock sudistes  issues de Riot City Blues et assaut groovy piochés du côté de Funkadelic, avant de quitter la scène abruptement. La suite sera sans appel. Les lumières se rallument. Loaded but go home. J’en entends de-ci de-là ruminer et je peste à mon tour sur l’hypocrisie d’une galerie de branleurs grincheux. Une exhibition extatique sabotée par un parterre de badauds trop clampins ou incultes pour prendre part à la grande messe qui leur était prodiguée. Faudra-t-il attendre encore neuf ans avant de jouir des bienfaits d’XTRMNTR sur scène ?

Un parcours de trois jours éreintants qui s’achève ici, mais avec lequel nous avons déjà pris rendez-vous l’an prochain. A Hyères, il sera toujours midi !

Meilleur concert : Holy Shit
Meilleur révélation : Psychologist
Meilleur souvenir : Dirty Beaches
Pire concert : Puro Instinct

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Guerre, To The Happy Few & AP Witomski...

C'était un jour d'été comme il y en a si peu à Paris. Un lundi au soleil, idéal pour prolonger tardivement l'apéro sur toute la longueur du canal de l'Ourcq. L'occasion un peu moins rêvée pour marier styles colorés et grâce juvénile dans les entrelacs de l'Espace B. Mais s'il faut reconnaître que l'on ne s'est pas vraiment marché sur les pieds ce soir-là, d'aucuns ne seront en mesure de dire que la programmation y était pour quelque chose. Tout comme celle synthétique et cadencée des Parisiens de To The Happy Few (lire), la pop volubile et racée d'AP Witomski (lire) se confrontait avec emphase à l'art d'une Guerre bien rodée (écouter) - ou la candeur irrésistible d'un jeune homme de 18 piges susceptible de dévoiler sa profonde sensibilité sur scène, entouré de dauphins. Compte-rendu imagé de ce qui restera une promesse enfantine, à savoir l'amour sans le sexe.

Vidéo

Bonus


John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves

Un phare déchirant de son intense faisceau lumineux l'obscurité d'une mer tumultueuse, où la violence du vent arrache à la cime des vagues, noires et menaçantes, de luminescents tourbillons d'embruns. Si l'ère digitale a trop souvent tendance à réduire l'artwork des disques qu'elle promeut à sa portion congrue, celle de We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves n'en demeure pas moins évocatrice de la dimension prise par les combats entonnés par un John Maus lucide sur l'avanie que traverse son époque, noyée dans l'indigence intellectuelle d'une injustice généralisée et acceptée passivement comme telle. Philosophe de formation et détenteur d'un doctorat en sciences politiques, l'homme refuse de passer sous les Fourches Caudines d'un tel mantra fataliste et ne peut s'empêcher de souligner l'acuité du mythe de la caverne tout en citant à tout va celui de Sisyphe, à l'endroit d'auditeurs qu'il espère voir lutter pour comprendre le monde et briser les chaînes désormais inhumaines de la sur-communication. Il déclame et intitule ainsi son troisième album Nous devons devenir nos propres et impitoyables censeurs. Soit l'arrêt immédiat du verbiage inutile et d'une logorrhée maladive comme seul abécédaire de nos invectives et rengaines personnelles à l'encontre d'un pouvoir infantilisant - réprimandant plus qu'il n'impulse - et d'une moralité harassante, étouffant d'idées préconçues la diversité humaine. Place aux actes pour le citoyen, à l’œuvre parfaite et nécessaire pour l'artiste, dans l'obligation de concevoir, par son travail, un monde meilleur. En ce sens, confronté à son propre impératif catégorique, John Maus crache d'emblée dans la soupe : ce troisième album, à ses yeux, est un échec. Pourtant - et même en habituant notre écoute enthousiasmée à l'obscurité délétère qui l'habite - une certitude se dégage : We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves dans sa complexité, sa distance et sa concision s'avère prendre les atours d'un véritable coup de maître.


John Maus, trente-et-un ans, physique d’éphèbe taillé dans le roc, est, comme un anti-symbole, originaire de la ville d'Austin, ne comptant que vingt mille âmes et se situant aux confins d’un Minnesota perdu dans le Middle West. A mille lieues donc de la désormais Mecque indie subjuguant chaque année le commun des mortels par son festival South by Southwest (SXSW). Préférant confronter l’essence punk à la grandiloquence de la musique baroque et aux pulsations synthétiques moroderiennes, l’homme qui faisait partie du Haunted Graffiti d’Ariel Pink jusqu’en 2006 - participant aux albums Underground et Loverboy de celui-ci - et qui traîna ses guêtres en compagnie de Gary War ou Panda Bear, nage sciemment à contre-courant des sonorités de son temps, empêtrées dans les arcanes de productions emphatiques. Bidouillant seul, dès son plus jeune âge, ses claviers analogiques, John Maus ne se résout à une carrière solo qu'à partir de 2006 avec Songs, véritable exégèse crasseuse de ses divagations solitaires passées. Paru l'année suivante, Love is Real (2007) place la barre autrement plus haute tant sur la forme que le fond, exaltant, à l'aune de mélodies indélébiles, la puissance de la foi à l'encontre de l'ordre établi, soit la grandeur de l'idée en négatif de l'intérêt matériel. Sorti le 27 juin dernier sur le label Upset The Rhythm, We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves se pose en digne et lointain successeur de Love is Real, presque quatre ans s'étant écoulés depuis, prêchant, sur le registre de l'incantation et de l'émotion, la nécessaire poésie du combat. Passé l'introductif et vaporeux Streetlight, où seule une basse mate et ronde brise la glace de claviers frigorifiés, Quantum Leap embrase, de son chant habité et de ses nappes synthétiques, les feux d'une résistance plus tard avivée par le diptyque baroque Keep Pushing On / The Crucifix, le cadencé Matter Of Fact et le conclusif et conquérant Believer, clé de voûte d'un album pétri de réverbérations et de delay. Tutoyant la perfection syntaxique, les ballades Hey Moon, relecture en duo d'un morceau de la Suédoise Molly Nilson (lire) avec... Molly Nilson, et Cop Killer, sombre oraison anarchiste (Kill every cop in sight / Offense the law), donnent un tour poignant et imparable à un disque confirmant bien au-delà de nos humbles espérances, la beauté tragique du songwriting d'un John Maus sincère jusqu'à l'os.

Seulement flanqué sur scène de son Roland 404 et d’un micro sans pied, avec lequel il se frappe compulsivement la poitrine, l’attrait irrésistible et magnétique que dégage sa performance scénique tient - outre ses compositions charriant gothique et lo-fi d’un même élan - à la conviction frustre de son interprétation, totale, physique et éprouvante. La preuve par l'image, lors de son unique concert parisien à la Flèche d'Or le 2 avril dernier.

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Audio

Tracklist

John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves (Upset the Rythm, 2011)

01. Streetlight
02. Quantum Leap
03. …And The Rain
04. Hey Moon
05. Keep Pushing On
06. The Crucifix
07. Head For The Country
08. Cop Killer
09. Matter Of Fact
10. We Can Breakthrough
11. Believer