Jefferson Aircrash - Large Hadron Collider

par Nastasia Hadjadji

De Jefferson Aircrash on ne connait que peu de choses : side-project de l’artiste italien pluridisciplinaire Rodolfo Valenti - qui officie également sous l’alias V/Plasm lors de performances visuelles et VJing -, adepte de techno rugueuse et agressive. Alchimie instable entre sonorités doom, industrielles et samples synthétiques, Large Hadron Collider est une tape dense, concentré de six tracks de techno expérimentale ombrageuse.

À quelques variations de gris près, c’est la noirceur qui domine dès le premier track (Set Particles), et qui se prolonge dans des textures abrasives et rugueuses de Hangar. Influences industrielles donc, auxquelles s’ajoutent parfois des expérimentations noise (Proton Decay). Plus loin, Jefferson Aircrash nous emmène dans un tunnel long et brumeux de dix minutes (Large Hadron Collider), pour ensuite nous plonger dans une atmosphère kaléidoscopique, sombre, répétitive (Totem).

Musique de danse, musique de transe, musique d’aube : la techno de Jefferson Aircrash est expérimentale et moléculaire. Riche de sonorités originales, la tape offre une synthèse de dark techno aux influences diverses sans y imposer de lourdeur trop évidente.

Techno expérimentale ombrageuse, intransigeante ; elle conviendra aux adeptes de dancefloors introspectifs (voire autistiques) plus qu’à celles et ceux en recherche de partages extatiques. Une sortie judicieuse de plus pour l’exigeant label de musiques électroniques expérimentales Hylé Tapes.

Audio

Vidéo

Tracklist

Jefferson Aircrash - Large Hadron Collider (Hylé Tapes, 16 décembre 2016)

01. Set Particles
02. Hangar
03. Proton Decay
04. Large Hadron Collider
05. Totem
06. Rêverie



Notice: unserialize(): Error at offset 105 of 1078 bytes in /home/experime/hartzine.com/wp-content/themes/uncode/partials/elements.php on line 700

LLLClub - Été d'urgence, volume 1 & 2

"L'opposition de deux attitudes qui toutes les deux peuvent recourir à l'intro-spection ou à l'extro-spection, mais dans des mentalités différentes" Paul Ricœur, Philosophie de la volonté

Et si on disait une fois pour toute, qu’en France, beaucoup, pour ne pas dire tout, se passe en province. Dans des coins mystérieux, énigmatiques, reculés ou en plein cœur de villes atroces, mystiques ou enchanteresses. La première sortie des niçois de LLLClub était une petite baffe, la deuxième est une plus grosse baffe et, qui plus est, une baffe en aller-retour. Volume 1. Volume 2. Ça vient de sortir sur leur bandcamp, en format  CD-R, on ne se moque pas, artwork mignon et pack anti-sécheresse mentale assuré.

Quelque chose de l’ordre d’une prise de position émerge de cette sortie, et les prises de position réelles et sensées, on le sait, sont rares aujourd’hui. Bref, Nice, Été d’urgence, déjà le titre est un énoncé-manifeste, à défaut d’être performatif étant donné l’assagissement général du mouvement social dans notre été 2016. On y retrouve les deux comparses de la très bonne première sortie, D.A.S. et Knut Vandekerkhove.

Été d’urgence, c’est une techno bizarre. Indus bizarre pour D.A.S., assez chimérique pour Knut Vandekerkhove. Intro-spection/Extro-spection. Ça marque aussi, un souci d’une techno non-autocentrée, brassée, diverse, multiple et émergente. Une techno qui croise, qui s’hybride pour produire une forme plus étrange, plus intense, plus bizarre, plus plastique aussi, peut-être. Il n’y a pas dans les deux volumes d’Été d’urgence seulement du 4x4 radicalisé d’une manière ou d’une autre. Mais une prise de position concernant le rythme et l’hybridation des choses. Des morceaux comme des petits monstres, comme des chimères d’une techno électronique large et ouverte.

Volume 1, D.A.S. alias Dead Acid Society

Brutales ruptures de rythme, proto-techno, une atmosphère presque Pulp suant un dimanche matin et une sorte de techno modulaire imaginée en trois mouvements coupés d’interludes. A, B et C. Triangle rectangle d’une techno noire et sombre où l’on se retrouve aux prises avec une sorte d’intro-spection surplombante... Parfois très radical, brutal, parfois plus enlevé, presque world sur certaines pistes, l’excellente B1 notamment, c’est le croisement d’un moment techno plus tourné peut-être vers l’indus que le R’n’b mais qui fait place à une étonnante jouissance. Une techno technique au sens Simondonien du terme, peut-être.

Volume 2, Knut Vandekerkhove

Expérimentation hybride extro-spective. Des voix, un background presque Koudlam et des incursions dans les mouvements monstrueux de l’électronique actuelle. Quelque chose d’assez Grenoblois paradoxalement... Knut Vandekerkhove, ça pourrait être un blaze taggué entre deux murs d’une friche au milieu des montagnes. Techno plus extro-spective donc que son comparse D.A.S. On y sent l’influence de la scène bizarre d’aujourd’hui, un peu moins en dedans peut-être, plus au-dehors mais tout aussi sombre et bizarre. Ça n’est pas complètement sans rappeler les productions de N Prolenta ou de Jesse Osborne Lanthier. AT178, par exemple, pourrait être un tube des dancefloors comme on aime, bizarre, raide, assez reich, mais tout chatoyant dedans.

Bref, volume 1 et volume 2 comme les deux faces d’un même souci d’imaginer la techno, d’un même souci de prendre position face à une urgence plus large qu’une urgence exclusivement musicale. Été d’urgence est sans doute l'une des tentatives les plus réussies de faire sens au milieu de notre désastre, qui soit sortie en France cette année. Il n’y est pas question d’apocalypse mais de faire monstruosité vers un sens, vers une politique physique, vers une politique sensible.

Ce qu’on comprend avec LLLClub, c’est que, même au milieu du pire, pour éviter que ça soit "mou partout", il suffit parfois juste de radicaliser ses pratiques de la situation, du quotidien, pour tracer des lignes de sens... Pour savoir reconnaitre aussi que le temps est nécessaire dans l’urgence et que l’auto-enfermement ne peut durer trop longtemps. Les carapaces de répétition du quotidien réglé/réifié, les injonctions à faire, les castrations mentales, ne peuvent durer une vie. Ou alors c’est renoncer à tout sous prétexte du plus petit possible, du plus attendu possible, du plus facile quoi.

Le présent est un matériau suffisant aux constructions intenses. VNR n’est pas qu’une énième attitude, une énième posture, ce sont des actes, mentaux, sonores, politiques, etc. Tout, est une insurrection possible et nécessaire. LLLClub est une insurrection possible et nécessaire.

Audio

Tracklist

LLLClub - Été d’urgence, vol. 1, D.A.S. (11 novembre 2016)

01. A1
02. A2
03. A3
04. A4
05. Interlude
06. B1
07. B2
08. B3
09. Interlude
10. C1
11. C2
12. C3
13. C4
14. End

LLLClub - Été d’urgence, vol. 2, Knut Vandekerkhove (11 novembre 2016)

01. AT174
02. AT160
03. AT176
04. AT192 x Désir d'enfant
05. AT178
06. AT183
07. AT190
08. AT164
09. AT188
10. AT191


Electric Electric - III

Troisième album du trio strasbourgeois, le bien nommé III s’affirme pareil à un travail manuel sur la roche, le minéral, à le polir puis l’affiner jusqu’à ce que celui-ci reflète un véritable caractère, complexe et profond. Le chemin parcouru depuis le premier album dessine une trajectoire réfléchie, une volonté d’éviter la redite et de toujours chercher à donner une manière d’individualité à sa musique plus que de la laisser trainer comme un simple gueuleton. Quelques mots sur cette nouvelle sortie de Murailles Music et Kythibong, dans le cadre du BB Mix, excellent festival où se produira le groupe ce samedi.

Electric Electric a cette façon très dense d’officier, puissamment rigide, comme une âme immobile en pleine bourrasque. Leur album précédent se nomme Discipline, et ce titre résonne comme une ultime promesse, comme un suprême désir de tendre vers l’absolu, vers l’infini, vers cet état d’extrême pureté laissant le corps et la conscience s’entrechoquer dans une définitive parade, de celles où l’on capte avec une surnaturelle acuité le sens des choses qui nous entourent. Cette discipline, ce sérieux, cette folle concentration, c’est ce qui fait le sel des strasbourgeois, qui les emmène au-delà de la catégorie où l’on voudrait les conscrire – de la musique brute, syncopée, sans véritable intention et calculée pour les corps – et les amène à proposer plus qu'une musique qui ne s’adresse qu’aux jambes, qui conquit uniquement par le rythme, mais qui conçoit plutôt tout un caractère mélodique autour d’un robuste squelette, d’ailleurs souvent dirigé par la voix d’Eric Bentz, noyée sous un brouillard de guitare, lancinante et incertaine. Cette attention portée à l’ambiance, la pleine volonté d’instaurer une atmosphère rugueuse, tranchante, presque froide, confère une profonde identité à la musique du trio, les pose maîtres de leur art.

Un ambassadeur de cette gouvernance de soi sans cesse plus rude et plus prompt à la souffrance est Vincent Redel, métronome de la bande absolument impressionnant en live où celui-ci martèle sa batterie comme un mécanisme implacable et complexe, comme une machinerie fumante et transpirante. C’est sur les morceaux d’ouverture et de fermeture de III qu’il se révèle le plus sévère, imprimant une infernale dynamique aux morceaux les plus intenses de l’album, notamment les dix minutes d’Obs7 qui propulsent le mental si loin que le gamelan du second morceau, Pointe Noire, parait comme un rêve qui carillonne dans un certain chaos. Electric Electric maintient cette pression tout le long de l’album avec l’art des sages, de ceux qui savent où ils vont et qui ne s’éparpillent pas : le groupe de Strasbourg semble se diriger vers une posture plus radicale, suivant un chemin qui les amène à délaisser les légèretés du premier et la puissance du second pour fouiller du côté d’une certaine noirceur – de cette émotion précisément nichée entre les gris nuages de l’inquiétude et la sèche lumière de la révolte. Le troisième album du groupe s’inscrit dans tout les cas dans une évolution naturelle, dans une noble démarche de raffinement de leur son.

On retrouvera le trio lors de l’édition 2017 du fantastique BB Mix, ce samedi, avec les pointures de The Pop Group, les incroyables japonais de Goat et les paresseux sensibles de Fantastic Mister Zguy. On fait d’ailleurs gagner des places pour l’occasion !

Audio

Tracklist

Electric Electric – III (Murailles Music/Kythibong, 23 septembre 2016)

01. Obs7
02. Pointe Noire
03. Black Corée
04. Klimov
05. The River
06. Dassault
07. Les Bêtes
08. 17°00


Exploded View - Exploded View

Ah, la belle affaire de la reconversion professionnelle ! On savait la culture perméable à ce genre de pratique avec ces acteurs, souvent des actrices d’ailleurs, qui s’aiment à pousser la chansonnette à un moment donné de leur carrière, la plupart du temps pour le pire, mais dans ce cas, si le grand écart part du journalisme politique et débouche aussi sur la musique, l'opération a atterri directement dans les tuyaux de Sacred Bones. C’est déjà plus classe. Comme quoi, il n’y a parfois qu’un riff à trouver et des carnets de textes à dérouler pour accoucher d’un beau projet. Et cette histoire, celle d’Exploded View, commence à Mexico en 2014. En pleine tournée pour son projet précédent, Annika Henderson y rencontre Hector Melgarejo, Hugo Quezada et Martin Thulin, producteur de Crocodiles, qui l’accompagnent sur ses dates locales. Deux bidouilles de répétition plus tard, ils se rendent tous compte qu’un truc hybride, entre Can (Disco Glove), post-punk léthargique et alchimie ténébreuse on the rocks, est en train d’émerger, suffisamment stimulant pour qu’il donne naissance à Exploded View, association musicale à but incandescent.

Voulu enregistré en une seule prise, en condition de live, l’album fixe les obsessions expérimentales du bien inspiré groupe et livre une matière distordue, résonnante, où les notes sont exhumées de "six feet under" (One Too Many), déterrées depuis les profondes inspirations de la blonde tête pensante d’Exploded View qui offre une écriture engagée et délicate, relevée d’un chant cristallin éparpillé, comme surimprimé, sur lequel la batterie solide mais pas viking du suédois Martin Thulin enfonce le clou et s’emploie à consolider la charpente des improvisations musicales du quatuor : le bel interlude Beige, par exemple, qui fait suite à Gimme Something, exceptionnel de ses modulations sensuelles. Un son à l’équilibre précaire et aux errements expérientiels, le frisson de l’instant, c’est pile ce qu’Exploded View, nouvelle mouture des projets musicaux d’Annika Henderson, a réussi à sculpter à travers ses sessions de travaux pratiques mexicaines. Il est fini, le temps des reprises.

Vidéo

Tracklist

Exploded View - s/t (Sacred Bones, 19 août 2016)

01. Lost Illusions
02. One Too Many
03. Orlando
04. Call On The Gods
05. Disco Glove
06. Stand Your Ground
07. No More Parties In The Attic
08. Lark Descending
09. Gimme Something
10. Beige
11. Killjoy



Notice: unserialize(): Error at offset 129 of 649 bytes in /home/experime/hartzine.com/wp-content/themes/uncode/partials/elements.php on line 700

Flotation Toy Warning - Bluffer's Guide To The Flight Deck

Talitres est un label fort respectable : une structure discrète qui a tracé son chemin comme d’autres poursuivent dans le plus artistique des silences une espèce de noble pureté, de ce genre de cheminement qui ne s’arrête que rarement pour jeter des coups d’œil dérobés à d’infinies façons de faire. La musique proposée par le label m’a toujours donné cette impression d’attitude racée, spirituelle sans être moribonde, d’une connaissance profonde de l’agencement des choses, de ces petites sautes de l’âme qui montent l’intégralité d’une vie. Les valeurs sûres et reconnues – The Walkmen, Motorama ou The National – se mêlent à des références plus obscures ou à des albums parfois en retrait de la discographie de certains groupes – Take Fountain des Wedding Present, notamment, vraiment superbe, ou encore The Lone Gunman d’Idaho.

Talitres – label bordelais crée à l’orée du 21ème siècle – fête de plus ces quinze ans. La célébration est de taille et sera multi-localisée : des soirées à Bordeaux comme à Paris seront organisées pour leur rendre justice, et une date a particulièrement retenu notre attention, celle du 10 novembre à la Maroquinerie. Pourquoi ? C’est bien simple : entre les évanescents Motorama et le bonhomme Will Samson se trouve un groupuscule d’anglais qu’on pourrait qualifier de – selon la formule connue – criminellement ignoré, alors même qu’ils ont sorti un album en 2004 honnêtement capable d’enterrer les plus grands : Bluffer’s Guide To The Flight Deck.

Cet album a été récemment réédité par le label en double LP – jusqu’alors indisponible – greffant une paire d’inédits à l’ensemble. À l’occasion de leur concert à Paris, on a décidé de revenir sur ce chef d’œuvre, en espérant les poings serrés l'hypothétique arrivée d'une prochaine livraison : un nouvel album dont les contours s’annoncent de plus en plus clairs pour 2017.

Il y a quelque chose qui tient du sublime, chez eux, d'une imperceptible aura propre aux évidences que l'on arrive jamais à saisir, que l'on admire d'une certaine distance, les yeux arrondis, l'esprit lancé vers cette intarissable source qui ne semble jamais se dévoiler. Flotation Toy Warning porte la marque de l'excellence en cela que leur musique s'incarne d'une profondeur absolue, de celle qui permet de construire un personnage de toute pièce, d'inventer une personnalité aux mille facettes, de lui donner cette allure singulière, subtile et complexe que l'on loue toujours aux héros les plus justes. Ces extraordinaires caractères, forts d'une assurance vaste comme le ciel et d'une interprétation du monde sans cesse plus sûre, plus avouée, plus certaine, sachant manier la sagesse comme un enfant provoquerait l'instinct et ne levant que partiellement l'obscure pièce de tissu recouvrant leur vérité, l'épaisse brume enveloppant le fond de leur conscience.

Car, en toute honnêteté, c'est cela qu'est arrivé à créer Flotation Toy Warning. Une musique qui s'évade et vit par elle-même, pour elle-même, qui pourfend d'une pleine aisance le rythme apaisé de la médiocrité : il est ici question d'une collection de chansons qui perce le temps, qui fait blêmir les années, d'une nature imperturbable, éternelle et universelle, d'une âme en propre, aux uniques spécificités. Les anglais m'ont toujours semblé renvoyer l'image de l'infini, d'une mélancolie infinie, discrète, de celle par laquelle on observe d'un trou de serrure l'existence que l'on mène, par une aiguille à tricoter, par l'entrebâillement d'une porte : c'est une vie qui se déroule sous nos yeux, une vie traversant une multitude d'humeurs touchant pour chacune d'elles au plus éclatant. Cet état d'ultime extase qui ne semble ni s'associer à la tristesse, ni sombrer dans l'abandon, mais qui souligne le destin sermonnant sans succès : Donald Pleasance pourrait en être l'éminent exemple, mais l'on retrouve ces sensations de manière encore plus profondes sur certains passages, plus furtifs, moins mis en avant, des espèces de vignettes qui paraissent sans valeur au premier abord mais révèlent un monde entier lorsqu'on y prête attention : le final de Fire Engine On Fire Pt. I - avec ses hallucinantes ascensions de cordes - l'exemplaire seconde partie de Losing Carolina: For Drusky - abattant son incroyable soleil psychédélique sur les dernières mesures… C'est une étape, une énorme aventure, car cet album laisse le goût délicat de l'initiation, mène par la main à travers les années comme un ami que l'on admirerait : il y a quelque chose qui résiste définitivement au temps, dans Bluffer's Guide To The Flight Deck, quelque chose qui ne renouvelle rien, qui ne surprend pas, qui n'avoue rien, mais qui s'impose comme une vérité, comme quelque chose qui parait précisément pensé pour atteindre un objectif clair, concis, sans débat possible. Laisser glisser un goût d'impalpable, de gigantesque, d'infini.

Bluffer's Guide To The Flight Deck date de 2004. Les Anglais, depuis, n'ont daigné libérer qu'un 45 tours à Talitres, on attend toujours de leurs nouvelles pour un long format. Fort heureusement, le label bordelais, à l'occasion de leur quinze ans, ramènera le groupe sur la scène de la Maroquinerie le 10 novembre prochain, en compagnie de Motorama et de Will Samson. Il serait inutile de dire à quel point cette date est immanquable, d'autant plus que les anglais ne sont pas passés à Paris depuis ce qu'on pourrait appeler des lustres, et qu'il serait sage d'aller célébrer l'un des plus forts labels de l'Hexagone.

Les soirées de l’anniversaire se trouvent ci-après :

PARIS / La Maroquinerie
09.11 : MOTORAMA - EMILY JANE WHITE (billetterie)
10.11 : MOTORAMA - FLOTATION TOY WARNING - WILL SAMSON (billetterie)

BORDEAUX / Le Rocher de Palmer
11.11 : FRÀNCOIS AND THE ATLAS MOUNTAINS (joue "Plaine Inondable") - STRANDED HORSE - WILL SAMSON (billetterie)
12.11 : MOTORAMA - EMILY JANE WHITE - FLOTATION TOY WARNING (billetterie)

Tracklist

Flotation Toy Warning - Bluffer’s Guide To The Flight Deck (Talitres, 15 juin 2016)

01. Happy 13
02. Popstar Researching Oblivion
03. Losing Carolina: For Drusky
04. Made From Tiny Boxes
05. Donald Pleasance
06. Fire Engine On Fire Pt. I
07. Fire Engine On Fire Pt. II
08. Even Fantastica
09. Happiness Is On The Outside
10. How The Plains Left Me Flat
11. This Is Not A Lifesaver
12. Even Fantastica (Goodbye To The Flight Deck Mix)

http://www.flotationtoywarning.co.uk
https://www.facebook.com/Flotation-Toy-Warning-16066408099

Video

Audio


Jenny Hval - Blood Bitch

Blood Bitch est un album de l’expiation, de la purification. Comme une saignée pour la porphyrie, l’écoulement extraveineux est à la fois le mal et le remède. Le sang, symbole de vie comme de mort, vecteur religieux, garant de la virginité, composante biomécanique et vitale, est ici omniprésent : c’est le suc du mystère dans Untamed Region, l’œuvre de la malédiction dans Female Vampire et de la contamination dans The Plague, le sang écarlate dans In The Red, des menstruations dans Period Piece et celui de la purgation dans Conceptual Romance. L’humeur vermeille s’écoule dans tout Blood Bitch en un filet pourpre continu, indice d’une transformation / sanctification à venir mais aussi — et peut-être l’est-il justement pour cette raison — emblème de la féminité, de sa singularité physiologique. Parcourant ce filet rédempteur, les « blood bitches » sont les archanges purificatrices, personnages vampires à la vertu désacralisée et au discours ironique mais tendre pour le sexe qu’elles protègent.

Le vampire est une allégorie audacieuse pour revisiter la féminité, ses combats et paradoxes contemporains, mais il véhicule l’image romantisée, aseptisée du suceur de sang moderne qui, libéré de la conscience de sa propre fin par l’immortalité, se détache de la frénésie consommatrice et hyperconnectée (Conceptual Romance, The Great Undressing). Seule la métamorphose, associée à l’hémoglobine, est redoutée mais Hval sait mettre de l’eau dans son sang (« Don’t be afraid, it’s only blood ») et accompagner cette romantisation d’une electro-pop habile aux épisodes très expérimentaux, dont l’apogée est à chercher du côté de The Plague. Contemporaine de Glasser et Grouper, la Norvégienne explore ses propres jalons musicaux, développant jusqu’au minimalisme (In The Red) ou s’enrobant d’une approche drone (Ritual Awakening), et ne renâclant pas à compléter un héritage ambient assumé jusqu’aux modulations et nappes schulzéennes de The Great Undressing, et fondu tantôt dans une ligne de basse pulsatile et étouffée, tantôt dans une prose poétique (Untamed Region). Allégorique sans moralisation, à l’occasion érotique et avant tout féminin, Blood Bitch dilue quelques gouttes de sang frais dans une scène electro-pop sclérosée par le manque d’imagination.

Vidéo

Jenny Hval - Conceptual Romance

Audio

Jenny Hval - Period Piece

Tracklist

Jenny Hval - Blood Bitch (30 septembre 2016, Sacred Bones)
01. Ritual Awakening
02. Female Vampire
03. In The Red
04. Conceptual Romance
05. Untamed Region
06. The Great Undressing
07. Period Piece
08. The Plague
09. Secret Touch
10. Lorna


House Of Wolves - House Of Wolves

On se lasse facilement de la constance. Et pourtant, nous passons notre vie à courir après ce sentiment de sécurité sans pour autant pouvoir nous empêcher de le remettre régulièrement en question chaque fois que nous le touchons du bout des doigts. Ainsi semble être faite la nature humaine. Dans le pire des cas, on parlera d’insatisfaction chronique, dans le meilleur, de volonté d’évolution perpétuelle. Choisissez votre camp, chers lecteurs, et décidez de regarder la vie, ses surprises et ses vicissitudes du mauvais ou du bon côté. Quoiqu’il en soit, il sera toujours questions de mouvement. Ce phénomène est particulièrement prégnant dans le cadre de la création musicale. Nombreux sont ces artistes qui, avec plus ou moins de bonheur, ressentent au cours de leur carrière le besoin, parfois la nécessité, de faire évoluer leur style, voire d’opérer un changement radical de cap afin de mieux se réinventer. Rey Villalobos, déjà auteur sous le patronyme d’House of Wolves de deux albums délicatement folk aussi indispensables qu’atypiques dans le paysage musical actuel, le clair-obscur Fold In The Wind (lire ici) et le crépusculaire Daughter Of The Sea (lire ici), semble être à son tour à la croisée des chemins. Et c’est indéniablement vers la lumière et la clarté qu’il se dirige à l’écoute des huit nouveaux morceaux composant ce troisième essai éponyme sorti le 30 septembre sur le label rémois Discolexique. Point de révolution, non, mais une évolution certaine, assumée, qui l’amène à bousculer quelque peu les codes intimistes qu’il avait savamment mis en place jusqu’à présent afin de densifier son propos.

how-portrait

L’utilisation plus discrète du piano, jusqu’alors centrale dans l’œuvre du Californien, apparaît comme le changement le plus important opéré par le compositeur. Non pas que Rey Villalobos ait renié son instrument de prédilection mais ce désir de le fondre dans un collectif instrumental plus ample (particulièrement palpable tout au long d’Alabama, morceau fleurant bon les racines de l’Amérique sous couvert du regard paternaliste de Neil Young) était certainement le prix à payer afin de changer de dimension. Car le but évident de cette évolution est d’offrir un écrin encore plus luxuriant mais toujours aussi soyeux aux pépites jalonnant ce disque. D’emblée, l’introductif I’m Here You’re There plante le décor : si le songwriter n’a strictement rien perdu de son sens mélodique, l’apport du quatuor à cordes ainsi que l’affirmation plus marquée d’une section rythmique élargissent notre champ de vision afin de nous emmener vers des contrées bien plus vastes… Mais ce, sans que notre hôte n’oublie encore et toujours de nous tenir la main. Cette (r)évolution de velours se poursuit alors tout au long de ce « Figure 8 » (huit morceaux, n’est-ce pas au final la meilleure structure possible pour un album?), appellation collant si bien aux aspirations d’House of Wolves, tant pour la référence au microphone que pour le regretté Elliott Smith dont Rey Villalobos s’affirme essai après essai comme le successeur idéal et légitime, en témoignent Firefly, douce ritournelle d’un classicisme renversant et Keep All Your Lovers, morceau tout en tension maîtrisée, qui ressuscitent l’âme du natif du Nebraska sous toute ses formes. Alors que Oh Little One soutenu par un chant aérien et des cordes aussi vertigineuses que bouleversantes déverse en nous, âmes consentantes, son pouvoir lacrymal en jouant la simple (mais si honorable) carte de l’honnêteté, apesanteur et pesanteur viennent s’entremêler sur Darkness, conférant à l’ensemble une ambiance aussi enivrante qu’addictive que n’aurait pas renié Low en pleine session d'enregistrement de I Could Live In Hope ou The Curtain Hits The Cast. Témoignage de cette mutation assumée, c’est sur les deux morceaux les plus lyriques et orchestrés que se clôt cette escapade de moins de trente minutes ; Time et sa structure en trois temps jouant sur les nuances du désespoir et Holy Roller Coaster, valse délicate toute en retenue, douce comme un Your Sweet Love de Lee Hazlewood contre laquelle il serait vain de tenter de ne pas succomber. Love And Other Crimes, définitivement.

Loin de se reposer sur un credo où il régnait déjà en maître, House of Wolves, au détour d’un album enregistré en trois jours, est parvenu à ajouter quelques cordes à son arc tout en conservant la quintessence même de ce qui le rend si original et originel. Les influences du passé ne sont nullement oubliées (l’amour de Rey Villalobos pour Chopin confère une certaine dramaturgie à son œuvre ou encore la réverbération, signe distinctif des Everly Brothers particulièrement appréciés par le Californien) mais elles alimentent désormais judicieusement un univers musical qui se veut plus riche en matière d’orchestration et d’arrangements. Cette évolution ne semblait pas si évidente à réaliser, surtout après Daughter Of The Sea qui se voulait volontairement dépouillé de (presque) tout artifice. Elle s’impose cependant à nous avec une déconcertante aisance nous confortant dans notre incommensurable amour pour ce songwriter hors-pair. Après le crépuscule, l’aube pointe le bout de son nez au pays d’House of Wolves, présageons une journée des plus radieuses.

Audio

House Of Wolves - House Of Wolves

Tracklist

House Of Wolves - House Of Wolves (30 septembre 2016, Discolexique)

01. I'm Here, You're There
02. Oh Little One
03. Darkness
04. Alabama
05. Firefly
06. Keep All Your Lovers
07. Time
08. Holy Roller Coaster


Tim Hecker - Love Streams

Le Canadien Tim Hecker s’est discrètement imposé comme une institution respectée de l’ambient, façonnant sa réputation par une poignée d’albums denses et difficilement pénétrables sur l’excellent label Kranky. Love Streams signifie peut-être plus qu’un nouvel LP pour le natif de Vancouver puisqu’il s’associe à la structure des anglais de 4AD sans toutefois trahir sa ligne esthétique en proposant cet inaltérable magma sonore, bouillant de toute part d’un mystère très compact.

Tim Hecker a cette façon assez fantastique d'absorber les couleurs. Il les regroupe, les mêle et les déverse comme une immense cascade de lumière, à l'infinie palette de tonalités, de variations, de microscopiques évènements qui, tous liés les uns aux autres, apportent un gigantesque univers. Il n'est pas chose aisée de plonger dans la musique du Canadien tant l'hallucinante collection de sonorités peut sembler insurmontable, n'arrive pas facilement à se fixer, à s'accrocher sur une solide émotion, à définir une présence stable. Love Streams semble s'étendre sur l'inconscient, développe et tisse ce que je m'imaginerais s'harmoniser dans les profondeurs de la conscience lors d'un évènement fort, d'une fantastique réalisation, d'un phénoménal changement. Tim Hecker vient allumer la caverne de l'âme, les fortes vagues qui viennent faire progressivement chavirer une personnalité, car l'ensemble de cet album ne se repose presque jamais sur une lisse réponse mais toujours perturbe cette sensation de quiétude qui semble s'installer à la base. Le Canadien laisse comme une évidence une série de questions en suspens, en construisant ses morceaux comme un arbre à mille feuilles dont les branches s'agiteraient en toutes directions mais prenant comme base et racine le robuste corps du végétal.

Cette musique est assez fascinante car elle représente un autre langage, elle ne s'évertue jamais à s'aligner sur un propos déjà établi mais au contraire s'incarne et se pare avec majesté d'une absolue singularité. Les séquences sont assez courtes pour le genre, rarement plus de cinq minutes pour évoquer à chaque reprise la composition d'un tableau. Tim Hecker me fait souvent penser à la conception d'une peinture, d'une fiction, d'un rêve au sens strict du terme, là où le beau est éphémère, insaisissable et peut d'une minute à l'autre se transformer en un parcours profondément abstrait, intenable et flou. La pochette de l'album est à ce sujet très parlante, où l'on devine ce qui pourrait ressembler à une chorale, amenant la lumière à la façon du somptueux Voice Crack, morceau clair et liquide mais parsemé de tâches de couleurs rendant presque illisible la réalité du titre, troublant du même coup son image par l'étalage d'une poignée de chaudes nuances donnant à l'atmosphère une ambiance parfaitement surréaliste.

Tim Hecker livre là une nouvelle pièce d’un puzzle immense et partiellement plongé dans la brume : un disque à la fois difficile à saisir mais qui révèle par à-coups sa pure identité. L’expérience prend une toute autre dimension en live où le ressenti devient véritablement physique : Hecker fera trembler les fondations de la Gaîté Lyrique le 27 octobre prochain afin de justement supporter la sortie de ce nouvel album. La soirée est organisée par la structure Latency et s’ouvrira sur Yves de Mey: on vous recommande chaudement d'en être.

Sunblind / Soundcloud

Audio

Tim Hecker - Voice Crack

Vidéo

Tim Hecker — Castrati Stack

Tim Hecker - Black Phase

Playlist

Tim Hecker – Love Streams (2016, 4AD)
01. Obsidian Counterpoint
02. Music Of The Air
03. Bijie Dream
04. Live Leak Instrumental
05. Violet Monumental I
06. Violet Monumental II
07. Up Red Bull Creek
08. Castrati Stack
09. Voice Crack
10. Collapse Sonata
11. Black Phase


Monsieur Crâne - Monsieur Crâne LP

par Nastasia Hadjadji

Année électorale. Absurdités politiques quotidiennes. Fronde sociale, débuts d’insurrections puis retour au statu quo. La “merde générale” en somme. Certainement le moment opportun pour sortir un album infusé dans la tise et la résignation, mais également nourri par les éruptions politiques et sociales de ces derniers mois.

Cet album c’est le dernier de Monsieur Crâne (et dixième pour ce projet), à sortir chez le Parisien sémillant Le Turc Mécanique, les Bordelais d'Iceberg et les mystiques de chez Ascèse Records. Quand on sait que l’animal turbine également aux côtés de Lonely Walk, Strasbourg et – fut un temps – la chorale des Crâne Angels, on se dit que son projet solo cherche certainement à creuser du côté de la subjectivité en se penchant sur ce qui construit l’intime et l’affect. Bien moins candide et bien plus hanté, Monsieur Crâne parle du temps, de l’estime de soi, des regrets; de violence et de résignation – le quotidien et le privé, au prisme du politique et de l’actuel. De ce climat général anxiogène, bien que rigolard, il tire des fulgurances : “Les années donnent des cris d’enfants / J’ai pas d’hormones / J’ai pas dormi” (Eva Joly), “Je fais du porte à porte, avec mes idées mortes” (Carnassier).

Monsieur Crâne louvoie entre résignation et prise de parti; parfois, la psalmodie des angoisses existentielles laisse place à l’expression du dépit et des convictions. Impossible de passer à côté du titre le plus sobrement insurrectionnel de l’album : GDF (dans lequel il est plus question de gaz lacrymogène que de gaz naturel). Au son d’une boîte à rythme implacable, Monsieur Crâne exhorte les goths de France à sortir de leur atonie et à y foutre la tronche. “Goth de France, lève toi et marche / Dis-moi, qu’est-ce qu’on a fait pour en arriver là ? / C’est la merde générale, j’ai les boules pour ça / On dirait que tout est perdu d’avance et ça passe, en urgence” (GDF).

L’insurrection ne vient pas assez vite, ça fout les boules de voir le torchon brûler puis s’éteindre. Le dernier titre de l’album, sombre et éthylique, sonne le glas des aspirations à la révolte (l’optimiste n’ayant jamais été une valeur cardinale dans la discographie du Crâne). Pour autant, s’il on en croit sa dernière prestation scénique (lors du festival du Turc Mécanique en septembre dernier à la Station), il semble que celui-ci conserve un certain sens de l’ironie – voire un sens certain du contre-pied stylistique : chanter le désespoir nihiliste en chemise hawaïenne c’est plus gold que cold.

Vidéo

Monsieur Crâne - Le Temps

Audio

Monsieur Crâne - Monsieur Crâne

Tracklist

Monsieur Crâne - Monsieur Crâne (29 septembre 2016, Le Turc Mécanique / Iceberg / Ascèse Records)
01. Le Temps
02. Buffet campagnard
03. GDF
04. La Horde
05. Cockpit
06. Je rêve de toi
07. Le Bus
08. Eva Joly
09. MDMA
10. SDV
11. Carnassier


Xarah Dion - Fugitive

par Stéphanie-Lucie Mathern

Xarah Dion vient de Montréal et fait de la minimale sur le label Visage Musique. Fugitive, son deuxième album, sort le 30 septembre et sonne un peu comme le Désenchantée de Mylène Farmer : un peu troisième sexe, un peu la voix des anges, un peu je-souffre-dans-ma-chambre-mais-danse-quand-même. Les titres sont joliment maniérés : Dysphorie, altération du support sonore, commence par « Je n'ai pas demandé à être ici ». Dans Anhédonie, qui symbolise un désintérêt diffus, il est question de l'odeur de sexe froid. Le naufrage n'est pas loin, mais sur une belle rive : Cap Tourmente, son tube, porte le nom de la ville du Québec qui subit la première attaque contre l'aviation civile. On pense aussi à Trust – autre groupe canadien de synthpop, mais de Toronto – où l'on se retrouve un peu trop habillé dans une boîte de province à regarder des poses et des cocktails colorés.

Xarah finira par se laisser pousser la frange après son premier LP, Le Mal nécessaire, où elle chante la douleur des amitiés perdues, les os et l'amour qui déraille. Sa poésie est celle du serpent ; on le constate dans Sottises : « Mon angoisse fond le doute / Et j'accueille cure et poison ». Les arrangements sont intelligents, les mélodies tristes et dansantes ; la puissance du synthé analogique est là. On sent les années d'étude de piano classique, puis de l'orgue à travers le répertoire baroque. De riches influences qui lui feront dire que « la musique est le meilleur moyen de communiquer à travers l'espace ». Propos mystiques qui signifient que la musique reste un langage de référence, résolument hors d'âge. Il s'agira de toutes les façons d'entrer en contact.

Connue pour ses performances, elle en parle comme de communions où le plaisir est partagé, d'un lien entre le corps et l'esprit. Dans sa quête de sagesse et de vérité, elle s'intéresse aussi à Naomi Klein, Noam Chomsky et le mouvement Black Bloc, ce collectif anarchisant anonyme vêtu de noir qui lutte contre le Grand Capital ainsi qu'à des choses plus confidentielles comme la convergence des luttes anti-capitalistes, une organisation canadienne. Dans ce sens, elle crée La brique, un loft communauté culturelle à l'esprit DIY prônant l'ouverture aux différents styles et folklores.

La pensée de Xarah peut être qualifiée de pensée underground ; on pense au girl power hybride d'Anne Clark – qui chanterait en français. Xarah dit d'ailleurs entretenir un rapport privilégié à sa langue maternelle, le français, langue de l'intime. Plus jeune, Xarah admirait le travail du label Constellation ; aujourd'hui, avec Le Mal nécessaire, elle a fait la première partie de la tournée européenne de Godspeed You ! Black Emperor. Xarah Dion est un ravissement pour tous ceux qui écoutent Xeno and Oaklander ou Peine perdue mais aussi pour les nostalgiques de Manureva.

Audio

Xarah Dion - Cap tourmente

Tracklist

Xarah Dion - Fugitive (30 septembre 2016, Visage Musique)
01. MTL KO
02. Fugitive
03. Dysphorie
04. Dérive
05. Le Dédale
06. Anhédonie
07. Station
08. Cap Tourmente
09. La Voie Intérieure


Tomaga - The Shape of the Dance

The Shape of the Dance, la forme de la danse. Comme si l’on pouvait en esquisser les contours. Comme si Tomaga parvenait, et comme s’y sont essayés avant eux tant de sculpteurs, peintres, poètes et musiciens, à donner à cet art de l’expression corporelle — un art mobile, spatial et pluriel — une constance géométrique ou une représentation universelle. Valentina Magaletti et Tom Relleen ne recherchent pas l’allégorie, ils recherchent la forme, et dans leur approche expérimentale ils en admettent la malléabilité et l’évolutivité. Les huit pistes versatiles de cet album, qui ne s’écoute cependant pas comme un album concept, apportent la démonstration que la danse est avant tout une question de mouvement et de rythme, et même de rythmes au pluriel — avec autant de formes à croquer — entre tensions mécaniques et tempos biologiques.

Tuscan Metalwork s’ouvre comme une étude de signaux électroniques — une approche très expérimentale telles qu’on en a connues chez Edward Zadja ou Éliane Radigue — avant de vriller abruptement vers un répertoire industriel, sur le modèle du Persepolis de Xenakis mais revisité par une instrumentation contemporaine, où le grincement métallique assoit une ambiance dramatique durable qui impose sa respiration au morceau: une série redondante d’aspirations et d’expirations aussi harassantes que mille soupirs exhalés par des métallurgistes frappant leur acier en cadence. C’est une danse militante et ouvrière qui assèche la gorge et étourdit jusqu’à l’épuisement, et dont l’essence resurgira dans Scacco Matto. Derrière la respiration naturelle du track menée par un ressac régulier et soufflant s’est glissé le rythme taylorien d’une locomotive fatiguée, peut-être trop ancienne pour donner sa pleine puissance, ou bien contrariée par le grésil qui assourdit l’arrière-plan et finira par craqueler en cédant sous d’intenses projections de vapeur. De l’usine à la voie ferrée, le souffle a la même vitalité, le mouvement la même régularité.

L’album façonne d’autres formes de mouvement et de danse, revenant dans le titre éponyme à son expression tribale, fervente, mystique autour d’une ligne de basse ronde et bouillonnante allant et venant pour rythmer le déhanché d’une farandole minimaliste encerclée par une jungle de sons 8 bits. Une jungle dense, humide et lourde qui ne sera pas défrichée, quatre morceaux plus tard, dans la luxuriante et conclusive Gonda’s Dream et ses cliquetis sur fond de modulations giratoires et extatiques. L’exploration se fait, à la différence de la forme esquissée par le duo, universelle. Et l’ensemble revêt une certaine harmonie à puiser dans ces va-et-vient, ces tourbillons, ces exhalaisons, ces ressacs, ces grincements. Entre biologie et mécanique la respiration a la même régularité d’un bout à l’autre d’un morceau, allant jusqu’à métamorphoser une cadence notoire, comme ces castagnettes transformées en crécelles infatigables et irritantes (serpentines?) dans Stone Comb et qui, rejointes par des roucoulements électroniques pour toute ligne de basse, appuient de concert une sorte de phasing propulsé par des cuivres numériques lancés en un élan épique mais atonal. Le bref morceau prend des airs de duel interrompu par une conclusion mutilante, peut-être par une mise à mort?

Extraits du groupe de krautrock londonien The Oscillation (lire sur hartzine), Valentina et Tom n’ont conservé de cette approche que l’esprit d’expérimentation qui le caractérise et un morceau, A Perspective With No End en écoute ci-dessous, entamé par une ligne de basse qui rappellera les parangons autoroutiers des groupes d’outre-Rhin des années 70, mais qui échafaudera rapidement une structure indépendante à coups de percussions carillonnantes et membranophoniques. Il assoit à lui seul le propos du disque: l’expression du corps insufflée par le mouvement et la respiration, et renvoie à cette capacité naturelle et universellement partagée du mouvement libératoire, fût-ce de la danse ou le simple désir d’occuper l’espace entre deux pulsations.

Audio

Tomaga - A Perspective With No End

Tracklist

Tomaga - The Shape of the Dance (19 septembre 2016, Hands In The Dark)
01. Tuscan Metalwork
02. Stone Comb
03. The Shape Of The Dance
04. Scacco Matto
05. A Perspective With No End
06. Questionable Art In Public Spaces
07. Four Ducks Dead
08. Gonda's Dream



Notice: unserialize(): Error at offset 122 of 803 bytes in /home/experime/hartzine.com/wp-content/themes/uncode/partials/elements.php on line 700

THESE HIDDEN HANDS Interview & Chronique

La techno est-elle morte ? C’est une question que l’on doit manifestement se poser. Car si la techno n’a jamais été autant d’actualité, elle n’a jamais été aussi caricaturale. Un genre d’ailleurs au centre des préoccupations de ses propres géniteurs, qui n’ont de cesse d’en transgresser les règles pour la rendre un tant soit peu attractive. Mais soyons honnêtes, même emballée dans du papier doré, avec un joli petit nœud, de la merde restera toujours de la merde. A ce titre, pour beaucoup, Feed-forward de Sandwell District perdurera comme l’œuvre posthume (pour moultes raisons) d’une génération qui aura grandit avec ce mouvement alors en déclin. Un joyau noir amorçant un deuil  qu'on ne veut résolument pas accepter. Et pourtant, rapidement une horde de musiciens se détournent des grooves moites et des dancefloors pour épouser des genres plus obscurs (harsh-noise, drone, musique industrielle ou expérimentale, ambient…) et souvent relativement moins accessibles. Bien entendu même si la sauce à encore du mal à prendre,  les profanes commencent à s’habituer à des rythmiques plus mentales que physiques ainsi qu’aux attaques bruitistes vrillant les oreilles. Au-delà de la norme, la confusion. Ce qui nous amène à Vicarious Memories, formidable second LP du combo These Hidden Hands, qui construit à travers ce mirifique album un pont entre passé et futur. Il y dévoile une musique électronique dépouillée de toute étiquette qui entend bien briller de son halo noir pendant très longtemps.

D’une complémentarité absolue, le semi-boy’s band (ils sont bogoss les gars) s’aventurent dans des contrées jusqu’à là peu inexploitées. Peu importe le beat, ici le sound design prédomine et c’est peut-être ce qui fait toute la force de These Hidden Hands. Loin des standards des hits habituels, le duo s’accroche à un concept hors de toute normalisation. Souvent comparé à Nine Inch Nails (Époque Ghost I-IV peut-être), nous on pense plutôt  aux canadiens de Front Line Assembly, à l’époque allemande de KMFDM, mais aussi Kangding Ray, Shinichi Atobe et même la poésie lunaire de Buck-Tick. Entre mantras tribaux et secousses telluriques, Tommy Four Seven et Shards réinventent la musique électronique tout en ouvrant à l’auditeur de nouvelles perceptions. Alors que beaucoup se tourne vers l’analogique, ici les voyages synthétiques n’ont jamais été aussi fantastiques. Mais ne nous leurrons pas, le tandem n’a en rien perdu de son capital anxiogène, LIMA 3AM et ses vocaux souffreteux sont là pour nous le rappeler. D’autres titres comme Hoh Xil ou SZ31X71 continuent à contribuer à cette atmosphère suffocante, étouffante et  paranoïaque qui finalement prédomine tout au long de l’album.  Car si Vicarious Memories est un disque grandiose, il n’en est pas moins jusq’au-boutiste et fatalement nihiliste.  Un chef d’œuvre en devenir qui se savoure au gré des écoutes…

On avoue qu’on a été nous même surpris par cette baffe qui nous est tombé sur la gueule. Loin des disques mémorables qu’on écoute un temps et qu’on laissera prendre la poussière dans un bac un disque, Vicarious Memories fait immédiatement partie de ces albums qui marque comme une cicatrice dont on arriverait à se défaire.  Avec opiniâtreté, on a réussi à s’entretenir avec le duo pas si facile d’accès sur la genèse de ce petit chef d’œuvre et sur leur vision de l’avenir.

Interview

these-hidden-hands-press-pic-4-fredrik-altinellSalut, vous étiez il y a peu au Berlin Atonal, pouvez-vous nous donnez vos impressions sur ce Festival ?
Hi, you were at the Berlin Atonal few days ago, can you give us your impressions on the festival ?

Clairement un des événements les plus cool de la musique électronique dans un lieu fantastique. C’est plus que quelques performances lives, les installations artistiques et les projections l’élèvent à un autre niveau. C’était un plaisir de jouer avec d’autres artistes qu’on respecte énormément, comme Roly Porter.

Definitely one of the coolest events in electronic music at a fantastic location. It’s more than just a bunch of live performances, the art installations and projections take it to the next level. It was a pleasure to playing with other artists we highly respect, such as Roly Porter.


Pouvez-vous nous parler d’Aphelion ? Quelle en a été la genèse ? Est-ce un projet éphémère ou quelque chose que vous souhaitez développer par la suite ?

Can you tell us more about Aphelion? What was its genesis ? Is this a temporary project or something you want to develop in the future ?

Aphelion est le titre de notre live qui comprend de la musique extraite de nos deux premiers albums et une collaboration visuelle entre nous et Pfadfinderei. Atonal était la première mondiale de ce spectacle cependant nous souhaitons faire plus de concerts suivant ce modèle.

Aphelion is the title of our live show which incorporates music from our first and second albums and a visual collaboration between us and Pfadfinderei. Atonal was the world premier of this show however we aim to play more concerts with this setup.

En quoi était-il important pour vous de présenter un projet inédit plutôt qu’un live autour de Vicarious Memories par exemple ?
Why was it important for you to present a new project rather than live around Vicarious Memories for example ?

On a d’abord songé à faire une tournée dédiée à l’album mais nous avons décidé qu’il était préférable d’incorporer la musique de nos deux albums, de retravailler les anciens morceaux pour les jouer d’une nouvelle manière. Avec l’ajout de l’aspect visuel, nous avons pensé que cette association méritait son propre titre. Mais on ne veut pas trop philosopher là-dessus, au final c’est juste un live de These Hidden Hands.

We originally considered doing an “album tour” but decided we preferred to incorporate music from both of our albums, re-working the older material to perform it in a new way. Also with the new visual aspect, we felt the combination deserved it’s own title. But we don’t want to be too philosophical about it - at the end of the day, it’s simply These Hidden Hands playing live.

Avant de parler de Vicarious Memories justement, parlons un peu de la genèse de These Hidden Hands. Comment vous êtes vous rencontrés ? Qu’est-ce-qui vous a réunis ? Et plus important quels sont les éléments qui vous apportent cette complémentarité musicale si unique ?
Before talking about Vicarious Memories precisely, let's talk about the genesis of These Hidden Hands. How did you meet ? What attracted you ? And more important what are the elements that give you this musical complementarity so unique?

On s’est rencontré à l’université où on a commencé à écrire de la techno ensemble vers 2007. On a tous les deux grandis en écoutant de la drum’n’bass, donc ça nous faisait déjà ce point en commun, que peu d’autres de nos camarades partageaient. Même si nos goûts en matière de musique sont très similaires, ce qui nous permet de rester sur la même longueur d’onde, nos approches dans la composition peuvent être très différentes. Donc quand on associe deux façons de composer différentes, on peut obtenir un effet complémentaire.

We first met at university and started writing techno together there in around 2007. We both grew up listening to drum and bass, so this was something we had in common, which few of our other peers related to. Although we have a lot in common in terms of what we enjoy listening to, which keeps us on the same page, our actual approaches to composition can be quite different. So when you combine two different compositional approaches, you can get a complementary effect.

On compare souvent votre musique à des groupes comme Nine Inch Nails en plus électronique, ne trouvez-vous pas ça trop réducteur ? Bien qu’ayant des racines industrielles votre musique par son orchestration tire plus son origine de de l’indus allemande ou japonaise non ?
Your music is often compared to bands like Nine Inch Nails but in a more electronic way, don’t you find it too simplified ? Although industrial roots, your music, through his orchestration, seems to take his roots from the German or Japanese’s indus, isn’t it ?

Nous avons souvent entendu la comparaison avec NIN, on peut la comprendre, mais à titre personnel, nous ne considérons pas Trent Reznor comme une influence importante sur notre son, ou tout du moins, nous avons des influences beaucoup plus importantes, qui nous ont aidé à façonner notre son de façon beaucoup plus considérable. Nous avons tous les deux des goûts plutôt éclectiques en musique donc nos influences dans l’écriture sont assez larges. C’est probablement la raison pour laquelle, bien que nous écrivons tous les deux de la techno individuellement et que nous sommes souvent étiqueté comme un ensemble techno industriel, dans notre musique, on peut tout aussi bien entendre des influences issues du métal alternatif, de la musique classique indienne, de la synthpop, de la drum’n’bass, du trip hop, du rock psychédélique ou de la musique minimale par exemple.

We’ve heard the NIN comparison quite a few times and can appreciate that but we personally don’t consider Trent Reznor a substantial influence on our sound, or at least there are way more important influences to us which have help shape our sound to a considerably larger degree. We both have a fairly eclectic taste in music and so our influences whilst writing music are equally broad. This is probably the reason why, despite both writing techno individually and often being labeled as an industrial techno outfit, in our music you can also hear just as much influence from alternative metal, indian classical music, synthpop, drum and bass, trip hop, psychedelic rock or minimalism for example.

Vicarious Memories est un album d’un registre totalement inédit, à la fois addictif et oppressant. Dans quel conditions l’avez-vous enregistrez ?
Vicarious Memories is an album with a completely new mood, both addictive and oppressive. In which circumstances did you record it?

L’album a été enregistré sur une période assez longue donc il n’y a pas eu l’influence continue d’une humeur ou d’une circonstance particulière. Certains morceaux sont même antérieurs au premier album. Par exemple, nous avions commencé “The Telepath” en 2009 puis le morceau avait été laissé de côté jusqu’à ce que nous décidions de le reprendre et de le terminer en ajoutant des voix au début de cette année. La moitié des morceaux existaient sous forme d’ébauches depuis plusieurs années (Glasir, Dendera Light, Liima 3AM) et d’autres ont été commencés plus récemment (Angkor, Sokotra, Hoh Xil).

The album was recorded over quite a large time span so there was no continuous influence from a particular mood or circumstance. Some songs existed even before the first album. For example “The Telepath” was started in 2009 and then shelved until we decided to rework it and finished it with vocals at the start of this year. Half of the songs started as sketches a few years ago (Glasir, Dendera Light, Liima 3AM) and some we started more recently (Angkor, Sokotra, Hoh Xil).

Vous apportez un grand soin aux textures, aux nappes, les beats étant parfois subsidiaires. Pour vous la musique c’est avant tout une question d’ambiance ?
Textures and layers are keys in your music, the beats are sometimes subsidiary. Music is, above all, question of atmosphere for you, isn’t it?

Ça dépend de comment vous le regardez. Comme nous avons tous les deux une éducation drum’n’bass, les fondations structurelles de nos morceaux sont généralement la batterie suivie par les lignes de basse, du moins d’un point de vue technique pour le mixage, et bien sûr, qui ne s’applique que pour les morceaux comprenant de la batterie. Mais l’écrasante majorité du temps que nous passons en studio est passée sur les détails mélodiques et les textures posées sur ces fondations. L’aspect drum’n’bass vient généralement très tôt dans le processus de composition et sert de cadre au sein duquel nous pouvons construire les composants mélodiques qui définissent réellement le morceau.

It depends from which perspective you look at it from. Both having drum and bass upbringings, the structural foundations of our Songs are actually normally the drums followed by the basslines, at least from a technical mix of view, obviously applying only to those songs which feature drums. But the overwhelmingly large majority of our time in the studio is spent on the melodic details and textures above those foundations. The drums and bass usually come very early on in the compositional process and act as a frame in which can built the melodic components which really define the song.

Les vocals ont une grande importance sur The telepath et Lima 3AM, pouvez-vous nous parlez du choix de vos collaborateurs ?
The vocals are very important on The telepath and Lima 3AM, can you tell us more about the choice of your collaborators ?

Ce sont tous les deux des artistes qui vivent à Berlin. On connaît Julia depuis un bon moment, c’est une superbe multi-instrumentaliste, une sorte de chanteuse folk expérimentale sous le nom de son projet Entertainment For The Braindead et produit une musique géniale avec ses “postcard series” sur sa page Bancamp et dont le prix minimal est fixé à 0, id est en téléchargement libre.

Ale Hop est une amie d’ami, on était spécifiquement à la recherche d’une voix féminine sud-américaine pour un idée que nous avions et l’interprétation qu’elle a trouvée était exactement ce dont nous avions besoin pour le morceau. C’est aussi une artiste solo et l’année dernière, elle a sorti un album solo dont le titre est Pangea.

They are both artists who live in Berlin. We’ve known Julia for quite some time - she is a superb multi instrumentalist, a sort of experimental folk singer under her project name Entertainment For The Braindead and has a lot of fantastic music in the form of her “postcard series” on her Bandcamp page which she has set to zero minimum price IE free download.

Ale Hop is a friend of a friend - we were searching specifically for a south american woman’s voice for the idea we had in mind and the performance she came up with was absolutely exactly what we needed for the track. She is also a solo artist and has an experimental album called Pangea which she released last year.

Hidden Hundred vous sert actuellement à sortir vos propres disques, pensez-vous un jour promouvoir d’autres artistes via votre label ?
With Hidden Hundred you currently edit your own releases, will you ever promote other artists through your label ?

Bien qu’il y ait beaucoup d’artistes avec lesquels nous aimerions travailler ou dont nous voudrions sortir la musique, nous avons conçu Hidden Hundred exclusivement comme un moyen de sortir notre propre musique. Étant tous les deux occupés avec These Hidden Hands, nos projets solos et nos autres obligations, s’occuper de Hidden Hundred est déjà un défi et une charge de travail suffisante sans ajouter d’autres artistes à notre catalogue. Donc, au moins pour le moment, c’est impossible.

Although there are lots of artists we would like to work with or release music from, we set up Hidden Hundred purely as a means to release our own music. Both being busy with These Hidden Hands, our solo projects and other obligations, running Hidden Hundred is already a large enough challenge and workload without adding more artists to the roster. So at least for now, it is not possible.

Tracklist

These Hidden Hands - Vicarious Memories (Hidden Hundred / 2016)

01. Glasir
02. Dendera Light
03. The Telepath feat. Julia Kotowski
04. SZ31X71
05. Grelles Licht
06. Angkor
07. Socotra
08. Lima 3AM feat. Ale Hop
09. Litla Dimun
10. Hoh Xil


Chris Cohen – As If Apart

Chris Cohen est un talentueux garçon qui s’est à chaque fois faufilé à travers des groupes à la carrure expérimentale – les Curtains et Cryptacize – tout en gardant en mire la lumineuse exposition des généreux Deerhoof ou de l'excité Ariel Pink, entre autres. Ses camarades déposés sur le bas-côté, Cohen décida d’en découdre seul : un premier album sorti sur Captured Tracks, le label de – faut-il le rappeler – le facétieux Mike Sniper de l’excellent groupe Blank Dogs, puis un second, en mai dernier, façonnant sans détours une sélection de chansons à la valeur profondément reposée.

Car Chris Cohen est un fieffé coquin : il glisse sans prévenir d'énormes épreuves de décontraction, d'une voix qui semble provenir de l'âme de ceux qu'une sèche bourrasque ne saurait pas même bousculer. L'artiste apprécie cette posture tranquille, à sensiblement prononcer chaque mesure comme l'on lancerait un défi d'une manière purement gratuite, pour le plaisir du sublime : il s’assoit donc sur cette voix d'une douceur presque absente - les yeux loin dans le vague, l'esprit mis en veille vers l'infini - pour soutenir avec la plus artisanale des langueurs une instrumentation possédant sans en douter l'évidence de l'absolu détachement.

Comment assurer une relâche aussi mollement efficace que Needle & Thread ? C'est assurément compliqué. Et même lorsque le gredin s'agite un brin au milieu du morceau, on aurait l'impression qu'il s'extrait difficilement de son lit entre deux larges sessions de douce léthargie. Chris Cohen passe donc pour une personne apaisant la vigilance sans mauvaise pensée : c'est une espèce de bulle de lumière qui de manière assez subtile contient une masse de bons conseils signifiant bien plus qu'une simple suite de ritournelles sans vie. Le père Cohen passera enchanter ses suiveurs sur son surf d’argent dans les conditions du direct le 22 septembre prochain, avec une date au Point Éphémère en compagnie des merveilleux Evening Hymns. On y sera !

Audio

Chris Cohen – Needle and Thread

Video

Chris Cohen – As if Apart

Tracklist

Chris Cohen – As if Apart (Captured Tracks, 06 mai 2016)

01. Torrey Pine
02. As If Apart
03. Drink From A Silver Cup
04. Memory
05. In A Fable
06. Needle And Thread
07. The Lender
08. Sun Has Gone Away
09. No Plan
10. Yesterdays On My Mind


Rhyton - Redshift

Producteur des Doors à leurs débuts, Paul Rothchild interdit en 1967 à Robbie Krueger d’utiliser sa pédale wah-wah, réussissant par là à extraire le groupe de ses influences comme Hendrix et le rendant aussi identifiable qu’intemporel. À l’identique, et faisant défaut à la tendance contemporaine au psychédélisme noise, Rhyton a pris le parti de mesurer ses effets pour revenir à un rock psychédélique détaché des excès de saturation et de réverb. Il s’éloigne ainsi de ses quatre efforts précédents perdus entre Ty Segall et Beak>, et lorgne même du côté de tropes comme la country et la folk, américaine ou européenne.

S’enfermant dans un quasi mutisme qui fait la part belle à l’instrumentation, le trio de Brooklyn se présente avec The Nine et sa cascade de cymbales, ses breaks coulés à même la matière sonore, son jeu de cordes inspiré de la musique traditionnelle grecque et soutenu par quelques effets discrets et éphémères avant d’être dilué dans un blues méditerranéen fluide et exalté par des percus à peau de chèvre. Cette esthétique entre l’expérimentation et la folk se poursuivra sur le morceau suivant, Redshift, lancé sur une musique country, des vocales nasillardes aux cordes hillbilly avant d’évoluer vers la moitié du titre — qui dure près de neuf minutes — et de se laisser aspirer dans une éruption expérimentale inattendue partagée entre psychédélisme saturé et recherches électroniques.

S’inscrivant dans une relecture contemporaine et expérimentale des arcanes du rock à l’aune d’un psychédélisme mondialisé, la formation new-yorkaise ne se satisfait pas des seuls parangons folks cités plus haut mais aligne aussi les références au jazz — D.D. Damage finira presque par prendre des airs de chorus pour guitare et orgue improvisés — et au blues sans y rester cloisonné. Concentric Village est à cet égard un beau blues au contraste opportun, entre mélodie liquide sur fond d’accords réverbérés et ligne de basse aride, composant un paysage sans géologie ni géographie identifiables puis cédant à End of Ambivalence le terrain d’un blues moins rural, rythmé comme une virée en caisse nocturne dans une métropole striée d’éclairages urbains. C’est les États-Unis du Melting Pot, du multiculturalisme et des traditions assimilées, traduisant une richesse presque politique à l’aube d’élections où le rejet et le repli font campagne pour le pire.

Audio

Rhyton - End of Ambivalence

Vidéo

Rhyton - D.D. Damage

Tracklist

Rhyton - Redshift (22 juillet 2016, Thrill Jockey)
01. The_Nine
02. Redshift
03. Concentric Village
04. End of Ambivalence
05. D.D. Damage
06. Turn to Stone
07. The Variety Playhouse


Regis Turner - Compte sur moi

Par Nastasia Hadjadji

L’air du temps est à la chanson en français. Qu’elle soit dégénérée ou souterraine, c’est de plus en plus dans la langue de Molière que se chantent les romances, le désœuvrement, les pulsions destructrices, chimiques ou éthanolées. Nettement moins estampillé Lexomil qu’un Noir Boy Georges ou qu’un Colombey, Regis Turner fait plutôt partie de ces garçons que l’on dirait doux et nonchalant, voire franchement sympathique.

On l’imagine bien nous raconter ses romances lycéennes, lorsque du fond de la classe il laissait ses yeux s’abîmer dans la nuque de sa voisine de devant. On serait assis dans sa Fiat Panda, sur l’autoroute entre Clermont-Ferrand, Lyon et Metz - les ports d’attache respectifs des labels Indian Redhead, AB Records et Le Syndicat des Scorpions. C’est sur ces dernier que sortira en septembre son premier LP Compte sur Moi.

Musique d’autoradio, musique d’Autobahn, musique autoproduite, Regis Turner c’est le sensible sans trop de sale. La tendresse chantée sur des bandes son bricolées. Le résultat de cet assemblage donne parfois (on pourrait même dire accidentellement) des tubes. Ainsi, le premier extrait de son LP à venir Quand tu es loin de moi est une parfaite balade lo-fi pour mélancolie estivale. Minimalisme sonore (un synthé, une boîte-à-rythme et une pédale de loop tout au plus) et paroles « Coeur Grenadine » (mais avec cette sincérité touchante que l’on retrouve tout au long de l’album), on se prend à garder en tête le refrain somme toute simplissime mais pourtant efficace « Est-ce que tu penses à moi ? Quand tu es loin de moi - Moi je pense à toi - Quand tu es loin de moi. »

Régis Turner chante des comptines, entre son craspouille et romance, et dans cette même veine du « trop mignon » on retient également la chansonnette Les Cours de maths : sorte de poème en quatrain d’un émoi collégien. Super joli et en même temps stimulant : on peut à la fois s’attendrir et danser, peut-être est-ce dans cela que réside la valeur ajoutée de ce chanteur en français.

Audio

Regis Turner - Quand tu es loin de moi

Tracklist

Regis Turner - Compte sur Moi (septembre 2016, Le Syndicat Des Scorpions)
A1 - Fete Nat
A2 - Les cours de maths
A3 - GSM
A4 - Je ne t'oublierai jamais
A5 - Quand tu es loin de moi
B1 - Trop Fort Intérieur
B2 - When I See You
B3 - Compte Sur Moi
B4 - Trop Pas
B5 - Dans La Fiat Panda