Ne cherchez pas plus loin, vous avez là notre seule et unique mention du Disquaire Day. Pas qu’on voue une haine féroce à ce tintamarre qui profite surtout aux mêmes, mais notre amour de la chose musicale et de la production d’objets de collection qu’elle sous-tend n’est pas près de se réduire dans nos petits têtes à une seule journée. Un peu comme la journée de la femme, supposant qu’il y en ait 364 de l’homme. Mais il faut bien reconnaître que ce cadre identifié peut être à l’origine et la concrétisation de biens belles initiatives dont celle des associations Jericorp, Redrum et Akwaba Coop Culturelle qui organisent le 16 avril prochain le Stereobal à Châteauneuf de Gadagne, non loin d’Avignon. Un événement gratuit, fourmillant de concerts avec Sierra Manhattan, DA LEADA, Edinburgh of the Seven Seas, Deux Boules Vanille, Qúetzal Snåkes, Futuroscope et Marylin-Rambo, en plus d’accueillir au sein de sa foire aux disques moult labels avec AB Records, S.K Records, Crapoulet Records, le label des mecs cools, Bus Stop Press Records, Vortex Records, Saka Čost, Lost Pilgrims Records ou encore Le Turc Mecanique (lire), Cranes Records, Bruit direct disques, Howlin Banana Records (lire), SDZ Records (lire), Et Mon Cul C’est Du Tofu? et XVIII Records (lire). On en a profité pour poser quelques questions à la petite bande de Jericorp qui n’a de cesse depuis quelques années d’organiser des concerts à l’esthétique recherchée dans l’enceinte de la cité papale. En prime, ils nous ont gratifiés d’une mixtape reprenant peu ou prou la programmation du Stereobal.

Jericorp l’interview

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All photos © Louis Berenger

Sur le papier, Jericorp est une association qui s’adonne à la promotion de projets artistiques et culturels aventureux sur le territoire d’Avignon. Dans les faits, on est surtout une bande de potes, à peu près encore étudiants, qui essaie de faire de ce projet vague une réalité palpable dans cette ville un peu trop calme, où la scène musicale alternative a pu parfois être confondue avec quelques bongos joués dans les rues lors du Festival d’Avignon.

On a pour la plupart eu l’occasion de bouger durant nos études, et de découvrir des lieux et orgas comme l’Embobineuse à Marseille, Grrrnd Zero à Lyon, le festival Câble à Nantes ou encore le Freakshow à Gigors, qui nous ont tous ouvert l’esprit à leur manière sur le Do It Yourself. On s’en est donc allègrement inspirés et naturellement appropriés cette démarche pour tenter de transformer notre frustration en quelque chose de positif, et trouver quelques occasions de faire la fête.

Vous êtes basés à Avignon. On se sent isolé à Avignon pour défendre ce type d’esthétique ? Il y a du répondant ?

C’est vrai que les remparts suggèrent cette idée de cloisonnement, et la ville est très marquée par le théâtre et le patrimoine, laissant peu de place au bruit en intramuros hors du mois de juillet. On essaie donc modestement de faire tomber quelques barrières, et si on peut lire dans un vieux bestseller que quelques trompettes ont fait tomber les murs de la cité de Jericho, on ne doute pas trop que les groupes qu’on fait passer ici peuvent faire pareil ! Plus sérieusement, malgré les efforts d’orgas comme Redrum ou Freeson, on sentait qu’il y avait encore de la place pour nous. Ce que nous aimions n’était pas vraiment diffusé, et le défi en ressortait plus grand. On s’est rapidement rendus compte que les groupes en tournée étaient très réceptifs et enthousiastes à l’idée de venir jouer ici. On est à un carrefour entre Lyon, Montpellier, Nîmes, Marseille… Ça a réjouit pas mal de groupes en tournée, qui pour la plupart, n’étaient jamais passés par là.

C’est peut être localement que ça a été plus compliqué au départ, pour trouver un public au­-delà de nos potes. Mais on a inauguré notre asso par le plateau Colombey et Le Renard, et on a eu de très bons retours. Chemin (de la honte) faisant, de plus en plus de monde a commencé à se ramener à nos concerts. Il y a des gens très curieux ici, on se sent soutenus et ça fait plaisir.

Vous avez invité l’année passée Bitchin Bajas ou encore Maoupa Mazzocchetti. De mémoire de Jericorp, quel est votre plus beau souvenir d’orga ?

Tu viens déjà d’en citer deux très beaux, mais tout est très haut dans nos cœurs ; la fête a toujours été au rendez­-vous. On est particulièrement contents d’avoir réussi à proposer une programmation plurielle, une sorte de rencontre de toutes les subjectivités au sein de l’asso, après une bonne quinzaine de concerts.

Il y a eu cette soirée, avec Maoupa Mazzocchetti et Amnésie, qui a essuyé une branlée en billetterie, mais ébahi et fait l’unanimité au sein du public et du collectif. Ou encore la soirée estampillée Le Turc Mécanique, qui a été notre plus grand succès en termes d’affluence, avec un public à trois chiffres. Le live de Balladur était excellent, et ça fait toujours un bel effet quand un groupe au format « pop » te décroche une telle mandale. Mais on a aussi traversé des moments plus contemplatifs avec Bitchin Bajas, Raymond IV et le charmant décor de l’AJMI, la salle labellisée jazz de l’intramuros. Et même parfois des temps carrément cathartiques avec Gordon Ashworth et son public de 30 personnes coincées dans l’une de nos piaules, pour beaucoup d’entre nous le concert noise le plus intense dont on ait fait l’expérience. On pourrait tout citer, chaque soirée a eu son lot de fantasmes et de claques en tous genres. C’est un joyeux bordel jusqu’ici, et on aimerait que ça continue comme ça !

D’ailleurs, on est hyper contents de voir comment certains grandissent : Maoupa Mazzocchetti, signé sur Mannequin, qui est devenu un essentiel des soirées techno réussies, Ventre de biche sur Teenage Menopause, Qúetzal Snåkes sur XVIII, Rendez­Vous sur Avant!, Boris Crack sur Linge…

STEREOBAL

All flyers © Josué Cheree

Pouvez­-vous nous expliquer l’initiative Stereobal ? Est­elle amenée à se perpétuer ?

Le Stereobal est une festivité organisée dans le cadre du Disquaire Day avec Redrum, et en partenariat avec Akwaba. L’idée était de réunir sur une journée des artistes et labels francophones qui nous tenaient à coeur, en maintenant cet éclectisme, avec animations et ateliers DIY en sus. On espère aussi voir des enfants, on a des tubes pour eux.

On est super impatients en tout cas. C’est une belle occasion de travailler avec une structure plus grosse que la nôtre et par delà les remparts, c’est clairement enrichissant. Mais plongés dans l’orga, on n’en est pas encore à penser à de nouvelles éditions, ce premier test nous donnera des éléments de réponse.

Vous invitez beaucoup de labels parisiens. Est-­ce un hasard ou est­-ce dire qu’il n’y a pas d’activité de labels dans le coin ? Vous avez jamais pensez a vous y mettre ?

Des affinités se sont créées au fil des soirées, mais c’est vrai que la majorité des groupes provenait de la capitale, de Bruxelles, ou de l’axe rhénan (LGTAIE), des réseaux que l’on affectionne particulièrement. Certains y ont beaucoup contribué, et on remercie encore Charles Crost du Turc Mécanique pour son beau travail et sa disponibilité. Il y a des labels et des structures plus ou moins actives dans le sud­-est, autour de Marseille. On a même Saka Čost à Avignon, label piloté par les copains de Mudbath, plus belle aventure sludge que les remparts aient enfantée.

Pour le Stereobal, on a pensé à quelques labels du coin, les gars de Crapoulet Records, Bus Stop Press, les freaks de l’Embobineuse, ou encore les lyonnais de SK et AB records. Sans conteste, la province fait de très belles choses, on apprécie spécialement le travail de labels comme Hands in the Dark, Indian Redhead, Atelier Ciseaux, POUeT! Schallplatten…

Avec tout ça, l’idée d’un label nous plaît énormément, on est très touche-à-tout ; ça s’appellerait sûrement Je­records d’ailleurs. On a toujours ce projet de fanzine aussi, mais on a que le nom pour l’instant, l’évident Jeriscope. Et nous aussi on a envie de se pouiller avec la Poste, vraiment.

Quel est le planning pour la suite ? Détaillez-nous votre futur proche.

À moyen terme, chacun est plus ou moins amené à bouger, et l’avenir de l’asso en pâtira forcément.Nous ne sommes pas tous originaires d’Avignon, mais ce projet a pris énormément d’importance pour nous, et il est difficile d’imaginer y mettre fin. La suite est actuellement en plein débat, mais pour ce qui est des prochains mois, les boum mensuelles vont continuer, il y aura sûrement deux ou trois nouvelles soirées, avec des groupes de No Lagos, ou encore Carrageenan, alter ego bruitiste de Matthieu Levet (Pizza Noise Mafia, Vermisst Susi). Sinon on essaiera de rester très actifs pendant le Festival d’Avignon.

Mixtape

01. Futuroscope – Moon
02. Qúetzal Snåkes – Hey Hey Doped Paint
03. Mamiedaragon – Le RSA a été augmenté
04. Pierre & Bastien – Démocratie
05. Areva – Ma ville, mon cimetière
06. Deux Boules Vanille – Oh No, Vitamines
07. Da Leada – Tchiki Pao (mise en bouche)
08. Marylin-Rambo – Cyber-nez-tiques
09. Télédétente 666 – Mr Marcaille is watching you
10. Taulard – Je les suis
11. Badaboum – Chamois du mal
12. Edinburgh of the Seven Seas – Les bienheureux de la désolation
13. Sierra Manhattan – Sunday Driver ft. Wishi Washi

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Balladur - Somaticae - Teknomom

Bitchin Bajas + Raymond IV