Essaie Pas - Danse Sociale

L’électronique minimal-synth a depuis la fin des années quatre-vingt et le début de la décennie suivante toujours constituée le trait-d'union le plus court entre expérience live et dancefloor. Ce n'est pas pour rien que l'on retrouve dans les discothèques respectives de Juan Atkins, Derrick May ou Kevin Saunderson les grands classiques de Kraftwerk. Un pont historique donc, une attirance mutuelle, mais qui a eu tendance à s'étioler au fur et à mesure, pour finalement déboucher sur une sorte de chacun chez soi : à la techno les clubbers, à la synth-pop les gothiques version romantiques. On caricature à peine. Sauf que voilà, une sorte de courant semble s'être ré-établit dans les deux sens avec une primeur à cette techno crade et analogique dont on vous baratine le plus grand bien depuis quelques années déjà, mais aussi et surtout de formations usant, tel le duo Canadien Essai Pas, de quelques claviers, boîtes à rythmes et micro pour seul attirail avec en ligne de mire d'indéfectibles mélodies pop réfrigérées, mais terriblement efficaces, balayées de rythmiques aussi dansantes qu’obsédantes, le tout cisaillé de robustes vocalises, anxiogènes et désenchantées. Une sorte de critique sociale à rebours d'un hédonisme éperdu qu'on a déjà relevé à leur égard via l'EP Nuit de Noce (lire) ou leur split avec Police des Mœurs sur Atelier Ciseaux (lire). Dans la lignée du très revêche Retox d'alors, le EP Danse Sociale, magnifiquement encapsulé depuis le 17 juin dernier par les mecs de Teenage Menopause, conjugue avec superbe froideur anguleuse et sensuelle lascivité tout en installant confortablement Pierre Guerineau et Marie Davidson en tête de nos tracklists. Ou quand la synth-pop se dessine au couteau dans un lit de transpiration.

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Tracklisting

Essaie Pas - Danse Sociale (Teenage Menopause, 17 juin 2015)

01. Danse Sociale
02. Ausgang


On y était : Komplikations vs Frustration à Liège

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On y était Komplikations VS Frustration à Liège, 24 janvier 2014, par Laurent Berthomieu

Le déclic se produit en mai 2013 pendant le festival punk Unpleasant Meeting à Paris. Alors que les guitares saturent toute la soirée dans la salle de concert de la Miroiterie, un trio monte sur scène avec des synthétiseurs. Le punk singulier des Komplikations suivi de la rencontre avec leur chanteur Alen nous sidèrent. Il faudra bien rendre à notre manière les coups encaissés ce soir. Nous quittons le squat avec une interview en tête. Le feu allumé par Komplikations se propage un mois plus tard à quelques pas de là. Dans une Maroquinerie occupée par le label français Born Bad Records, son groupe-phare Frustration nous met k.o.

À peine le temps de nous relever, David apprend que les deux formations se retrouvent sur une tournée en Belgique et en Allemagne. Il recrache sa pisse à 8€ et m'appelle : "Annule ce que t'avais pas prévu de faire, ça va être punk ! Et ramène Louis." Putain, putain, c'est vachement bien, on va voir nos frères européens !

Les deux groupes sont aussi enthousiastes que nous lorsqu'on leur demande de se prêter à une interview croisée pendant la tournée. Alen s’excite : "Who the fuck are Frustration?! We are better than them!" Le face-à-face promet. Car si le grand frère français Frustration fait sa crise de post-punk depuis 2002 maintenant et que le petit frère belge-allemand Komplikations a poussé son premier cri synth-punk en 2011 à peine, l’amitié entre les "frustrés" et Alen remonte à dix ans. L’homme aux bretelles de punk est le premier à les avoir fait jouer en Allemagne.

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Un vendredi de janvier 2014, nous voilà donc partis en offensive armés de caméras. Première approche timide avec les membres de Frustration autour d’un repas près de leur résidence Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Mark le batteur tient le magasin de disques Born Bad à Paris et nous approvisionne en vinyles. Même si on ne le connait pas personnellement, on est rassurés de voir ce visage connu : les "frustrés" ont la réputation d’être aussi pimentés que le couscous qu’on partage avec eux.

Sans trop savoir ce qui nous attend, on file ensuite leur camionnette dans laquelle l’un de nous s’est risqué. Nous faisons connaissance avec les bouchons de Liège et arrivons juste à temps à La Zone pour les balances. Si les Frustration trouvent logique de jouer en ouverture pour la release party de leurs amis, les Komplikations considèrent que le concert est complet grâce aux "frustrés". On les laisse à leur bataille de bornés et on rejoint la loge où il est difficile de trouver un siège quand le chanteur du groupe hollandais Antidote en prend trois. On est agréablement surpris de tomber sur Manu, ancien bassiste de Frustration. C’est la première fois qu’il voit ses amis en concert depuis qu’il a quitté la formation fin 2013. Nous partageons bières, whisky et anecdotes sur son ancien groupe.

Les Komplikations ont eu gain de cause. Ils jouent les premiers et enflamment La Zone. Ils sont chez eux en Belgique. Tout comme Elzo Durt, sérigraphe auteur de nombreuses pochettes de disques des labels Teenage Menopause et Born Bad, qui enchaîne avec un dj set punk complètement fou. The Kids, Périphérique Est, Pierre &Bastien… Le public est déjà dingue avant même que les Frustration entament Worries. S’ils jouent pour la première fois à Liège, leur concert s’apparente à un jubilé. Merci, mais pas au revoir, La Zone fermera tard cette nuit. Au bar, on sert dans des verres bleus ou verts. Les verts pour le public, les bleus pour ceux qui sont avec les musiciens. On nous tend des verres bleus, on entre lentement dans la famille. La Zone a mis un dortoir à disposition des groupes et de leurs amis, certains ne le rejoindront pas de la nuit.

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Au petit matin, c’est le chaos. Nicus de Frustration troque sa guitare pour des baguettes de chef d’orchestre et réveille ses droogies avec l’ouverture de Guillaume Tell. On quitte la scène de violence pour aller saluer un couple d’amis à Cologne. Chez nos hôtes, on recharge les batteries des caméras et les nôtres à l’aide d’un "Frühstück", un vrai petit-déjeuner à l’allemande.

On retrouve les deux groupes au Blue Shell à Cologne où on est accueillis par une dame à la poigne d’Angela Merkel. La patronne nous explique : à partir de 23h, le club reprend ses droits. On l’écoute sans broncher, le regard plus vide qu’approbateur. Finalement l’interview croisée se fait une heure avant les concerts. Un baby-foot trône dans l’arrière-salle du Blue Shell, parfait pour la confrontation. Fabrice et Mark de Frustration se placent face à Ben et Alen de Komplikations. Les autres membres des deux équipes s’échauffent en backstage ou au bar, prêts à entrer en jeu. Mais ce soir, le baby-foot sert seulement de support pour les bières. Si l’altercation promise il y a encore quelques semaines n’aura pas lieu, ce n’est pas que nos joueurs sont fatigués du match du vendredi, mais c’est bien parce que Frustration et Komplikations jouent non seulement dans la même ligue, mais surtout dans la même équipe. Nos "uncivilized" se renvoient la balle dans le respect mutuel le plus total.

Quant à nous trois, on est totalement intégrés. On ne nous propose plus à boire, on nous sert directement. Et allègrement puisque demain tout s’arrête et que dès lundi chacun retournera au travail, en formation ou à sa vie de famille. Il y aura très peu d’images du concert à Cologne. Alors que les notes de la guitare de Nicus annoncent On the Rise, dans le public Alen nous tend la bouteille de whisky avant de rejoindre ses amis sur scène. On se regarde tous les trois, on ferme les caméras : notre travail est terminé.

L'interview croisée

https://www.youtube.com/watch?v=iAIOuadiDW8

Live

https://www.youtube.com/watch?v=ybechVyxUnk
https://www.youtube.com/watch?v=AxOTxQus5Fw
https://www.youtube.com/watch?v=iGFoCYRcvDI

Cameras : Laurent Berthomieu, Louis Fabriès et David Fracheboud
Photos : Louis Fabriès
Montage : David Fracheboud


J.C.Satàn - Dragons

J.C.Satàn - DragonsProgressivement J.C.Satàn s'impose comme l'une des valeurs sûres de notre bonne vieille scène rock hexagonale, damnant le pion, rayons spontanéité et générosité, à la cohorte de groupes mous du genoux dont on ne cesse de nous vanter le made in France. Œuvrant depuis 2009 à Bordeaux, la formation franco-italienne, en plus d'avoir enquillé une multitudes de concerts en Europe et ailleurs, a, avec le LP Faraway Land paru sur Teenage Menopause en octobre 2012, jeté les bases de son romantisme mystique, à mi-chemin entre garage et punk, éructé en toute allégresse. Et tandis que ceux que l'on avait interviewé à l'époque du précédent album Hell Death Samba (lire) traînent leurs guêtres et leurs guitares entre le Mexique et San Francisco, après un passage remarqué à Austin et le SXSW, une adaptation signée Xavier Magot en forme d'horror movie de Dragons - pour le coup rallongé de quelques sulfureuses minutes - vient d'être dévoilée via Noisey en fin de semaine de dernière. Le jeu en vaut largement la chandelle puisque tous les codes - de la messe satanique à l'effusion de ketchup - y sont respectés, via un montage plus que chiadé, tout en conservant l'essentiel : l'énergie live du groupe.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=hWz9CmU-uhs#t=415