Jenny Hval - Blood Bitch

Blood Bitch est un album de l’expiation, de la purification. Comme une saignée pour la porphyrie, l’écoulement extraveineux est à la fois le mal et le remède. Le sang, symbole de vie comme de mort, vecteur religieux, garant de la virginité, composante biomécanique et vitale, est ici omniprésent : c’est le suc du mystère dans Untamed Region, l’œuvre de la malédiction dans Female Vampire et de la contamination dans The Plague, le sang écarlate dans In The Red, des menstruations dans Period Piece et celui de la purgation dans Conceptual Romance. L’humeur vermeille s’écoule dans tout Blood Bitch en un filet pourpre continu, indice d’une transformation / sanctification à venir mais aussi — et peut-être l’est-il justement pour cette raison — emblème de la féminité, de sa singularité physiologique. Parcourant ce filet rédempteur, les « blood bitches » sont les archanges purificatrices, personnages vampires à la vertu désacralisée et au discours ironique mais tendre pour le sexe qu’elles protègent.

Le vampire est une allégorie audacieuse pour revisiter la féminité, ses combats et paradoxes contemporains, mais il véhicule l’image romantisée, aseptisée du suceur de sang moderne qui, libéré de la conscience de sa propre fin par l’immortalité, se détache de la frénésie consommatrice et hyperconnectée (Conceptual Romance, The Great Undressing). Seule la métamorphose, associée à l’hémoglobine, est redoutée mais Hval sait mettre de l’eau dans son sang (« Don’t be afraid, it’s only blood ») et accompagner cette romantisation d’une electro-pop habile aux épisodes très expérimentaux, dont l’apogée est à chercher du côté de The Plague. Contemporaine de Glasser et Grouper, la Norvégienne explore ses propres jalons musicaux, développant jusqu’au minimalisme (In The Red) ou s’enrobant d’une approche drone (Ritual Awakening), et ne renâclant pas à compléter un héritage ambient assumé jusqu’aux modulations et nappes schulzéennes de The Great Undressing, et fondu tantôt dans une ligne de basse pulsatile et étouffée, tantôt dans une prose poétique (Untamed Region). Allégorique sans moralisation, à l’occasion érotique et avant tout féminin, Blood Bitch dilue quelques gouttes de sang frais dans une scène electro-pop sclérosée par le manque d’imagination.

Vidéo

Jenny Hval - Conceptual Romance

Audio

Jenny Hval - Period Piece

Tracklist

Jenny Hval - Blood Bitch (30 septembre 2016, Sacred Bones)
01. Ritual Awakening
02. Female Vampire
03. In The Red
04. Conceptual Romance
05. Untamed Region
06. The Great Undressing
07. Period Piece
08. The Plague
09. Secret Touch
10. Lorna


Psychic Ills - Inner Journey Out (PREMIERE)

C’est d’une logique implacable. Psychic Ills, auteurs depuis toujours d’un rock distendu au possible, format paysage et filtre spécial grands espaces américains activé, aura fait patienter trois longues années avant de sortir le successeur de One Track Mind (lire). Il n’y a pas à dire, chez les New-Yorkais de la précieuse écurie Sacred Bones, on prend le temps. Inner Journey Out sort le 03 juin et le titre ne laisse planer aucun doute sur l’orientation de cette nouvelle livraison : l’exaltation au long cours dans toute sa splendeur, perchée haut évidemment. Le voyage intérieur de l’anti-excité du bulbe Tres Warren et d’Elizabeth Hart, bassiste attitrée, commence avec un joli casting : Hope Sandoval en action sur le single I Don’t Mind, d’humeur americana, Brent Cordero, le clavier de tournée sorti du bus pour enregistrer avec eux en studio, le batteur d’Endless Boogie, Harry Druzd, et Derek James de The Entrance Band. Entre autres. Un petit monde qui fleure bon la poussière, entouré d’un halo faiblard à l’environnement vaporeux avec, en toile de fond, cette chaleur éditrice de mirages au potentiel lysergique certain. La vie sur la route, envol plané à une vitesse de croisière pépère, les fenêtres baissées, les boots à l’air libre.
Psychic Ills sera en concert le 18 juin à Paris dans le cadre du Paris International Festival Of Psychedelic Music et le 12 août à La Route du Rock, à Saint-Malo.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Psychic Ills - Inner Journey Out (Sacred Bones, 03 juin 2016)

01. Back to You
02. Another Change
03. I Don't Mind (feat. Hope Sandoval)
04. Mixed Up Mind
05. All Alone
06. New Mantra
07. Coca-Cola Blues
08. Baby
09. Music in My Head
10. No Worry
11. Hazel Green
12. Confusion (I'm Alright)
13. Ra Wah Wah
14. Fade Me Out


The Holydrug Couple - Light or Night (PREMIERE)

En mai dernier, les Chiliens de The Holydrug Couple bananaient Moonlust sous nos pieds engourdies de tant d'effluves psychées s'évaporant une nouvelle fois des quelques sillons pressés par le label Sacred Bones qui cette année à décidément franchi un cap. L'homme à tout faire Ives Sepúlveda, qui officiait auparavant au sein de Föllakzoid au kraut couillu, et le batteur Manuel Parra allant s'enquiller une tournée des familles, avec vingt-cinq dates en vint-cinq jours de périple - dont une à la Maroquinerie le 19 mars avec The Oscillation et HolyWave dans le cadre d'une Gonzaï Night, elle aussi des familles, puis à Nantes et Toulouse les deux soirs suivants - , il ne leur en fallait pas plus pour envoyer une missive imageant la plus pop de leur composition, Light or Night, tournée de leur propre fait en super 8 dans les rues d'un Santiago interlope. Une caresse noctambule au bon goût acidulé.

Vidéo (PREMIERE)

Tournée

Hc

04 MAR - NL - Amsterdam - Paradiso
05 MAR - NL - Groningen - Vera
06 MAR - NL - Zeewolde - Where The Wild Things Are
07 MAR - DE - Hamburg - Hafenklang
08 MAR - DK - Copenhagen - Loppen
09 MAR - SE - Malmö - Inkonst
10 MAR - SE - Stockholm - Lilla Hotellbaren
11 MAR - NO - Oslo - Revolver
12 MAR - SE - Göteborg - Woah Dad HQ
13 MAR - DK - Aarhus - TAPE
14 MAR - DE - Berlin - TBC
15 MAR - BE - Liege - MAD Café
16 MAR - BE - Gent Charlatan
17 MAR - BE - Brussels - Homeplugged
18 MAR - UK - London - Shacklewell Arms
19 MAR - FR - Paris - Gonzai Party @ La Maroquinerie
20 MAR - FR - Nantes - Le Ferrailleur

21 MAR - FR - Toulouse - Le Saint des Seins
22 MAR - ES - Tolosa - Bonberenea
23 MAR - ES - Madrid - Siroco
24 MAR - PT - Cascais - Stairway Club
25 MAR - PT - Guimaraes - TBC
26 MAR - ES - Oviedo - Lata de Zinc
27 MAR - ES - Zaragoza - Lata de Bombillas
28 MAR - ES - Barcelona - Freedonia
29 MAR - FR - Lyon - Sonic
30 MAR - IT - Torino - Blah Blah
31 MAR - IT - Ravenna - Bronson

Tracklisting

The Holydrug Couple - Moonlust (Sacred Bones, 11 mai 2015)

01. Atlantic Postcard”
02. Dreamy”
03. Light or Night”
04. French Movie Theme”
05. If I Could Find You (Eternity)”
06. I Don’t Feel Like It”
07. Concorde”
08. Baby, I’m Going Away”
09. Generique Noir”
10. Submarine Gold”
11. U Don’t Wake Up”
12. Remember Well”


Blanck Mass - Dead Format

Les internets sont aux aboies! Blanck Mass, projet solo de Benjamin John Power, soit la moitié de Fuck Buttons, vient de balancer le premier extrait de son Dumb Flesh à paraître le 11 Mai chez Sacred Bones. Après un album éponyme sorti sous la houlette de Mogwai chez Rock Action Records, et un Slow Focus avec son comparse de toujours Andrew Hung, cet accro au bouffage de micro Playskool et du Ping-pong en club nous revient avec Dead Format, titre d'une violence extrême, atteint d'un groove foudroyant et de beats épileptiques. Débarrassé d'un psychédélisme pesant qui avait légèrement plombé le dernier opus de Fuck Buttons, le multi-intrumentiste originaire de Bristol lâche la bride et balance une salve sonore punitive electro-expérimentale devant autant aux Liars qu'à Battles, la saturation en plus. Un échantillon carburant à la nitro qu'on se passera volontiers en boucle tout en trépignant en attendant la suite. LA surprise de cette fin d'hiver est bien là... Pas la peine d'aller chercher plus loin.

Audio


Moon Duo - Animal

Moon Duo by Aylin GungorMoon Duo, le side-project du guitariste Ripley Johnson de Wooden Shjips avec Sanae Yamada, est à mi-chemin de la fainéantise absolue et de la géniale cabale. En cause, encore et toujours, cette propension à répéter une même formule psyché-pyrotechnique, de riffs en riffs, de morceaux en morceaux, d'albums en albums et d'années en années, semant de facto sur la durée, tous les ingrédients nécessaires à la perte de repères et à l’énigme intégrale. Sachant que ladite formule est plus que pompée à la base aux pontes du kraut et du psyché-rock, les prémisses de l’escroquerie étaient d'ailleurs d'autant plus prégnants depuis le LP Circles (lire) ressassant dans les grandes largeurs Mazes, paru deux ans plus tôt (lire). Alors à l'annonce du futur Shadow of the Sun, à paraître le 3 mars prochain sur Sacred Bones, que peut-on espérer du désormais trio avec l’addition de John Jeffrey à la batterie ? La réponse est conditionnelle - puisque ne tenant qu'au morceau Animal récemment défloré et à ouïr ci-après - mais un changement de tonalité se dessine, rendant la balade cosmique plus noire, comme balayée d'une onde bruitiste primitive et bestiale. Et bizarrement, ça marche. Bien plus que la resucée en règle de Nin Inch Nails égrainée le même jour sur les internets et signée Luis Vasquez avec The Soft Moon - l'ingrat Black tournant à vide pour annoncer l'album Deeper prévu le 31 mars sur Captured Tracks. Entre ces deux lunes, il y a un plus qu'un monde, il y a un délit.

Audio

Tracklisting

Moon Duo - Shadow of the Sun (Sacred Bones, 3 mars 2015)

01. Wilding
02. Night Beat
03. Free The Skull
04. Zero
05. In A Cloud
06. Thieves
07. Slow Down Low
08. Ice
09. Animal

Moon Duo - Animal


Amen Dunes l'interview

Cela fait plus de cinq ans que l’aventurier Damon McMahon trace sa route sous le nom d’Amen Dunes. Après D.I.A. un premier album obscur enregistré dans une cabane au milieu des bois et un séjour de deux ans en Chine dont il tirera le fascinant Through Donkey Jaw, le poète voyageur revient cette fois rempli d’amour, enfin débarrassé des chaines du lo-fi à la grâce d’un enregistrement dans le studio des membres de Godspeed You! Black Emperor. Avec Love, Damon s’ouvre enfin au monde, l’invite à le rejoindre dans sa galaxie. De passage à Paris le temps d’un concert à l’Espace B, il a accepté de répondre à quelques questions, avec comme seule exigence le détour par une boulangerie afin de manger une authentique baguette parisienne, objet de tous ses désirs. Une obsession qui refera d’ailleurs surface à plusieurs moments lors cette interview.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=8o61GMyarQM

Damon McMahon, l'interview

Amen Dunes

Photo © Helene Peruzzaro

Un an et demi a été nécessaire pour la réalisation de l’album. Qu’est-ce qui a pris autant de temps ?
I read that the record took a year and a half. What took you so long in the making?

J’ai voulu essayer d’y mettre plus d’intention cette fois, de faire quelque chose de plus savamment pensé. Je voulais des arrangements plus détaillés. J’ai passé beaucoup de temps à écrire. J’ai réalisé des démos puis je marchais des heures dans mon quartier pendant des semaines, en écoutant les chansons et en imaginant ce dont elles avaient besoin et où elles en avaient besoin. Je suis allée jusqu’à faire des schémas remplis de choses excessivement détaillées. L’enregistrement a également pris du temps. Ce n’est pas évident de trouver immédiatement la bonne formule. J’ai dû continuer à essayer.

I wanted to try and do it with more intention this time. More thoroughly thought out. I wanted more detailed arrangements. I spent a lot of time writing. I would demo these songs and then walk around my neighborhood for hours for weeks, listening to the songs and imagining what they needed and where they needed it. I would make all these charts and write out all these excessive detailed things. So it took time. And then recording took a lot of time too. It takes time to get it right and it wasn't right at first. I had to keep trying.

Un petit côté perfectionniste ?
A little perfectionist?

Complètement. Dans tout ce que je fais mais encore plus particulièrement dans ma musique. Ça doit être parfait.

Very much so. In everything I do but particuly in my music. It has to feel perfect.

Comment ça s’est passé de collaborer pour la première fois avec d’autres personnes en studio ?
So about the studio, how was it collaborating for the first time with other people?

C’était super. Les principaux collaborateurs sont les membres de mon groupe, Jordi Wheeler et Parker Kindred, avec qui je joue depuis toujours. Ces gars sont mes frères spirituels. J’apporte les chansons, j’écris les arrangements et ensuite on fait l’essence de la musique ensemble. Ensuite j’ai eu la chance de collaborer avec des gens que j’admire énormément. Les mecs de Godspeed You! Black Emperor nous ont invités à enregistrer chez eux à Montréal. Et comme il nous manquait des musiciens, la moitié du groupe joue sur l’album. Il y a également mon ami Elias, le chanteur d’Iceage, qui était à Brooklyn pendant un moment et à qui j’ai demandé de chanter. L’album est vraiment ouvert. Je contrôle tout mais si je travaille avec quelqu’un en qui j’ai confiance, je vais le laisser faire ce qu’il veut. Ça me prend beaucoup de temps pour laisser quelqu’un rentrer mais une fois qu’il est dedans, c’est la liberté.

It was great. The main collaborators are my band mates. I have two people that I've been playing with forever. One is Jordi Wheeler and the drummer is called Parker Kindred. Those guys are my spiritual brothers. They are the people I really make music with. I bring the songs, I write the arrangements and then the core music we always make together. It was great collaborating with them. And then I had the chance to collaborate with people I really admire. The guys from Godspeed You! Black Emperor asked us to record with them and invited us in Montreal. And we needed people to play so half the band plays on the record. And then my friend Elias who is the singer in Iceage was in Brooklyn for a while and I asked him to sing. The record is very open. I'm controlling but if I work with someone I trust, I will let them do their thing. It takes a long time for me to let somebody in but when I let them in, it's free.

Pourquoi ce titre ?
So, why is the record called Love?

Tout d’abord, je me suis dit que c’était le titre le plus dangereux possible. C’est la chose la plus folle pour nommer un album. C’est tellement évident que c'en devient intéressant. Il y aussi d’autres raisons. Ce disque est question d’ouverture et de générosité. C’est de la musique dévotionnelle. C’est ma tentative de faire du Marvin Gaye, du Van Morrison ou de l'Elvis Presley. Ces gars étaient comme des chamans spirituels. C’est de cet amour-là dont il s’agit. La deuxième explication, c’est que j’ai commencé à travailler dessus au moment même où je me séparais de quelqu’un. Beaucoup des chansons parlent donc de cette fille et de notre couple. Green Eyes par exemple parle du fait d’être révulsé par quelqu’un mais dans le même temps complètement fasciné. La dernière raison est que je me suis dit que c’était un super titre punk, un geste couillu. Ça ne fait ni cool ni dark, c’est un vrai nom risqué.

Well first off I just thought it would be kind of a dangerous title for an album. It's the most crazy thing to call a record. It's so obvious it's interesting. And also I had other real reasons for it. This record is about openness and generosity. It's devotional music. It was my attempt of making Marvin Gaye music or Van Morrison or Elvis Presley. These people were like spiritual shaman of some sort. This is the love that it's about. The second meaning is that I started it when I ended a relationship. A lot of the songs are about this girl and our relationship. Songs like Green Eyes are about being repulsed by someone and at the same time mesmerized. And the final reason is that I thought it was a super punk rock title. A ballsy move. It's not cool or dark, it's a really risky name.

Quels sont les thèmes ou sentiments que tu as voulu transmettre dans l’album?
What themes or feelings did you want to put in the record?

Le sentiment qui prédomine sur ce disque est la générosité. Les anciens albums d’Amen Dunes étaient furieux. Ils parlaient de l’échec et de la souffrance d’un point de vue sombre. Celui-ci parle de l’échec et de la souffrance d’une manière belle et pleine d’espoir. Chuter avec grâce, voila comment on pourrait résumer le disque. Cela parle d’être un musicien, une personne, de faire ce que je fais et de vivre ce que je vis. Mais j’espère que de nombreuses personnes pourront s’y retrouver. Parce que tout ne se passe pas toujours comment on veut dans la vie. Et il s’agit d’accepter ça. Il y a quelque chose extrêmement punk dans l’échec. Historiquement, c’est même toute l’essence du punk : être merdique mais avec dignité. C’est ça Amen Dunes.

The feeling I wanted for this record is generosity. It's what Love is all about. The old Amen Dunes records were angry. They were about failure and suffering in dark way. This one is about failure and suffering in a beautiful, hopeful way. Failing gracefully is what this record is about. It's about being a musician, being a person, doing what I do, living what I live. But I think a lot of people hopefully can relate to it. Failing beautifully. Because things don't always go the way we want to in life. But it's about being ok with that. And there's always something punk about failing. Historically it's what's punk is all about. Be shitty in a graceful way. Amen Dunes is about that.

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Tu te sens influencé par l’esthétique punk ?
You're influenced by the punk aesthetic?

Oui, j’ai grandi avec de la musique agressive, entre autres millions de choses. Même si c’est de la country, du blues, de l’acoustique, si c’est agressif j’aime ça. Comme Eyehategod, qui est un de mes groupes préférés. Pour moi, Amen Dunes est punk.

Yes, I grew up on aggressive music, among a million things. Even if it's like country, blues, acoustic music, if it's aggressive, I love it. Like Eyehategod which is one of my favorite bands. Amen Dunes is punk music for me.

Complètement. Justement, comment vis-tu ces étiquettes qui te collent à la peau depuis ton premier disque : Syd Barrett, le psyché… ?
Definitly. By the way, how do feel about being labeled the same things since your first record: Syd Barrett, psych…?

Je fuis Syd Barrett comme la peste. Mais uniquement pour ce qu’il représente pour les gens. En privé, j’adore ça. C’est du punk, c’est diabolique, c’est avant-garde. Mais dans la tête des gens c’est du flower power ou autre connerie hippie. Concernant l’étiquette psychédélique, je la déteste. Je préfère être considéré comme un artiste folk. Amen Dunes c’est de la drug music, pas du psyché.

I avoid Syd Barrett. But only because of what they think Syd Barrett means. Privately, I love it. It's punk music, it's evil, it's avant garde. But they think it's flower power, hippie shit. So I get labeled all that stuff. I hate the psych thing, I rather be folk. Amen Dunes is drug music, but it's not psych.

Du coup, l’éclaircissement du son, c’est pour trancher avec tout ça ou c’est uniquement la conséquence du passage dans un vrai studio ?
Is that why the record sounds clearer than the previous ones or is it just because you stepped in a real studio?

Tous les précédents disques d’Amen Dunes, c’était uniquement moi et ma machine ; je jouais de tous les instruments. C’était juste moi à la maison en train d’essayer d’avoir un bon son. C’est pour ça que le son n’est pas terrible. Cette fois-ci je suis allé dans un vrai studio et ça fait toute la différence. J’ai toujours voulu le faire mais je n’en avais pas les moyens. Je commençais à être fatigué du son dégueulasse. Je déteste le lo-fi, c’est agaçant. Les groupes maintenant ont trop tendance à se cacher derrière ce son. C’est le cas 99% du temps. La vraie musique lo-fi l’utilise parce c’est beau et que c’est un merveilleux outil sonique, pas pour faire effrayant. C’est ce que fait un groupe comme Dead C. Ils ont un son horrible et terriblement envoûtant. C’est incroyable, alors que la plupart des nouveaux groupes abusent du lo-fi parce qu’ils sont vides, il n’y a rien à l’intérieur. Comme une baguette vide. Avec mon frère on se disait souvent que les groupes doivent passer le challenge acoustique. Ce n’est pas tout le temps vrai car certains sont trop expérimentaux. Mais l’idée est que sous toute cette réverb et distorsion y a-t-il une bonne mélodie ? Sinon c’est insupportable. Autant rester chez soi à lire un livre.

All the old Amen Dunes records, they were all me with with my tape machine. I played all the instruments. It was just me at home trying to make it sound good. That's why it sounds bad. This time I went to a proper studio so it sounds clearer. I've always wanted to do that but I couldn't afford it. I was getting tired of not sounding good. I hate lo-fi, it's so annoying. Bands tend to hide too much behind lo-fi. 99% of the time. The real lo-fi music, they use it because it's beautiful. Like Dead C, they are not lo-fi to sound spooky but because it's a sonic tool. They sound horrible and more evil. These new bands they use lo-fi because they're hollow, there's nothing inside. It's like an empty baguette. My brother and I we used to say that bands would have to play the acoustic challenge. It's not always true because some bands are really experimental and you can't play it. But the idea is that underneath all this sound and reverb, is there a good melody or song? Otherwise it's unbearable. I’m better at home reading a book.

Même si Love n’est pas un concept album, j’ai l’impression que tu racontes une histoire tout au long du disque. Tu as passé beaucoup de temps lors du séquençage des chansons ?
Even though Love isn't a concept album, I really feel you're telling a story throughout the record. Did you spend a lot of time sequencing the songs?

Oui, beaucoup. Mais plus en terme de son que d’histoire. Après, je pense que toutes les chansons parlent d’une même histoire autour de l’échec, des choses qui nous échappent. Lonely Richard parle de moi, Splits Are Parted parle de ma façon de gérer une relation amoureuse, Sixteen parle de l’enfance, Lilac in Hand et Rocket Flare parlent de drogues. Au final, ce sont différentes façons de faire face à la vie, donc je suppose que ça raconte une histoire. Ce sont des portraits. Je parle d’autres personnes mais en fait je parle de moi. Enfin je pense. Parfois je ne sais pas d’où ça vient. Quand j’écris, je ne me dis pas à l’avance : "Je vais écrire une chanson sur une baguette". J’allume le micro, je me sens bien et je commence à chanter les mots comme ils viennent. Peut-être que ça donnerait : "J’avais une baguette et j’étais si content d’être à Paris". Je sais pas comment ni pourquoi ça vient. J’essaye d’obéir à ce qui sort. Lonely Richard est un nom crétin pour une chanson. Je déteste ce nom. Mais c’est ce qui m’est venu donc j’ai dû le garder.

Yes a lot. I didn’t sequence them for a story but for the sound. But yeah, all those songs are telling a story about failing, things not going your way. Lonely Richard is about me, Splits Are Parted is about me dealing with this relationship, Sixteen is about being a kid, Lilac in Hand and Rocket Flare are about drugs. They all are ways of dealing with life. So I guess they do tell a story. They are character portraits. I talk about these other people in the songs, but they really are about me. I think, I don't know. Sometimes I don't know where it comes from. When I write, I don't think ahead of time “I'm gonna write a song about a baguette”. I put the microphone on, I feel a good mood and I just start singing and these words are going to come. Maybe I'll go “I had a baguette and I was so happy to be in Paris”. I don't why it comes but it comes. I try to obey to whatever comes. Lonely Richard, that's a stupid name for song. I hate that name. But that's what came so I had to keep it.

Tu as sorti les paroles en même temps que la chanson. C’est si important que ça pour toi que les gens puissent comprendre ce que tu chantes ?
You realeased the lyrics at the same time as the music. Is that important to you that people know what you're singing and what the song is about?

Tellement. Je passe un temps fou sur les paroles. Pour moi, elles sont aussi importantes que la mélodie ou la musique. Les gens n’écoutent pas les paroles. Plus personne ne pose de questions. C’est triste. Gamin, quand j’écoutais la musique, je me demandais tout le temps : "Qu’est ce que ça veut dire ? Pourquoi est-ce qu’il dit ça ? Qu’est ce que les Beatles chantent à la fin de cette chanson ?". Je lisais les paroles et ça pouvait passer une chanson du jaune au rouge. "Oh c’est ça qu’il dit. Ça sonne si joli mais il parle de la mort." Ça change un morceau. Ça peut également être sarcastique comme Bob Dylan. Toutes les expériences humaines se retrouvent dans ses chansons. Donc j’espère que les gens lisent mes paroles. Elles sont toutes sur l’album.

So much. I spend so much time on the lyrics. They are as good as the melody or the music for me. People never listen to lyrics. No one asks any questions anymore, I hate that. When I was a kid listening to music, I kept asking “What does that mean? Why did he say that? What are The Beatles singing at the end of that song?” I would read lyrics and it could turn a song from yellow to red. “Oh that's what he said. It sounds so pretty but he's talking about dying” So you need to hear the lyrics. It can also be sarcastic like Bob Dylan was all about. You listen to him it's like all human experiences in his songs. I hope people read them. There's a liner sheet with the lyrics on the album.

En parlant des paroles, je trouve qu’elles ont un côté très poétique. Est-ce que la poésie est un art que tu aimes particulièrement ?
Speaking about the lyrics, I think they sound quite poetic. Is poetry an art form you're fond of, reading or writing?

Merci. Je suis très influencé par les écrits et la littérature. J’adore ça, je vénère ça. En fait, je préfère la littérature à la musique. C’est si difficile d’écrire un beau roman ou une œuvre non romanesque. J’adore la façon dont marche le langage. Ça rend la musique d’autant plus belle. Tout est intentionnel, à sa place pour une raison. Je ne lis plus tellement de poésie mais quand j’étais plus jeune j’en ai lu énormément.

Thank you. Yeah I'm very influenced by writings and literature. I love it, I revere it. I actually prefer literature to music. Because to write a beautiful novel or non-fiction is a big deal. And anyway I do love how language works. It makes the music more beautiful. It's all intentional. Everything's in place for a reason. I don't read so much poetry anymore but when I was younger, I read a lot of it.

Tu as déjà prévu d’écrire un livre ?
Ever planned on writing a book?

Oui ! J’en ai écrit la moitié. Ce sont des sortes de mémoires de quand j’habitais en Chine. Cela parle de cette importante période de l’histoire chinoise, pendant les Jeux Olympiques, ainsi que de mon cerveau dérangé et de ce que je faisais à l’époque. J’ai écrit environ cent trente pages mais c’est tellement dur. Je ne sais pas vraiment comment faire. Mais j’adore ça. C’est quelque chose que je veux faire, ça c’est sûr.

I have! I've written half of a book. I used to live in China and I wrote this book as sort of memoirs of my time there. It's about this period of China's history which is very important, during the Olympics and my weird brain and the things I did at that time. I've written a hundred and thirty pages, but it's so hard. I don't know how to really do it. But I love to write. That's what I want to do in my life, definitely.

AliceLewisAmenDunes

Ta voix semble plus en contrôle et plus belle que jamais. Est-ce que tu la travailles beaucoup ?
Your voice is more controlled and beautiful than ever. Do you work on it a lot?

Oui, je la travaille beaucoup. Au début, j’ai passé plusieurs années à écouter les autres chanter et à les étudier. Puis j’ai commencé à développer mes propres outils. Mais maintenant, je prends des leçons de chant, je m’entraîne tous les jours. Il faut pouvoir être en contrôle, savoir se servir de son instrument. Et je me suis rendu compte que je ne savais pas ce que je faisais. J’ai voulu que ce soit plus pur. Je suis vraiment content des parties vocales de l’album. J’essaye de moins utiliser la réverb. En fait je m’en sers uniquement parce que je suis paresseux. Je suis tellement pris par la création que je ne pense pas aux détails techniques. J’ai acheté une pédale réverb il y a huit ans et je ne l’ai jamais changée. Pas parce que je l’aime bien mais parce que je suis fainéant et que c’est tout ce que je sais faire. Mais avec Love, j’ai vraiment voulu faire un disque de chanteur.

I work on it man. First I listened to people for several years and studied how they sing. Then I developed my own tool. But now, I take voice lessons. I practice every day. I'm so serious about it. You have to be in control, you have to know how to use your instrument, and I realized I didn't know what I was doing. So I wanted it to be more pure. On this record I'm really happy about the vocal takes. I'm trying to use less the reverb. I only use it because I'm lazy. I get so wrapped up in the making of the music, I don't think about the technical details. So I just happened to buy this one reverb pedal eight years ago and I never changed it. It's not because I like it, I'm just lazy and I don't know anything else. Then I realized it doesn't sound very good sometimes. But with Love, I really wanted to make a singer's records.

Comment c’était d’avoir d’autres chanteurs sur l’album ?
How was it having other vocalists on the record?

C’était cool. Il y a deux autres chanteurs, Elias et mon frère. Les deux sont de magnifiques chanteurs mais de façons très différentes. Elias est un chanteur assez cru. Il a cette vérité élémentaire dans sa voix. Il a juste à ouvrir la bouche et c’est incroyable. C’était un vrai privilège de les avoir sur l’album. Il n’y a pas tant de bons chanteurs de nos jours. Enfin de vrais chanteurs, avec du caractère. C’est ce que j’aime, des voix en qui on a confiance.

It was cool. There are two other vocals: Elias and my brother. The two of them are beautiful singers, very different though. My brother is an incredible, beautiful singer. Elias is a little more of a raw singer. He has that very elemental truth to his voice. He just opens his mouth and it's amazing. It was a real privelege to have them on this record. There aren't that many good singers these days. I mean real singers, with characters to their voice. That's what I love, voices you can trust.

Comme qui ?
Like who?

De nos jours ? Kurt Vile est génial. C’est un des mes seuls contemporains que j’écoute. Je me sens vraiment similaire. J’ai l’impression qu’on est né dans les mêmes petits cubes, qu’on a été élevé en écoutant les mêmes choses. C’est vraiment bizarre, on pense de la même façon musicalement. Et j’adore vraiment son chant. Sinon, dans les notes du disque, je rends hommage à certains de mes chanteurs préférés : Tim Hardin, Tim Buckley... Alex Chilton de Big Star n’est pas dessus mais c’est sûrement mon préféré. Sa voix est si étrange. Il l’abîme pour la rendre encore plus belle. Une autre grande influence est Mayo Thompson de Red Crayola. La première fois que je l’ai entendu je me suis dit : “Oh mon dieu, mais on a le droit de faire ça ? Il se moque de lui-même”. Donc c’est ce que j’essaye de faire, avoir une belle voix tout en m’attaquant en même temps. C’est le but d’Amen Dunes. Sinon il y a aussi Lee Mavers du groupe anglais des années 80 The La’s. Ou Judee Sill, une chanteuse des années 60. Donc oui j’aime énormément les chanteurs.

Nowadays? Kurt Vile is great. He's like my only contemporary that I can listen to. I feel really similar to him. I feel we were born in the same little cubes. He was raised on the same stuff as me, it's weird. I think like him musically. So I really love his singing. In the record, in the liner notes I pay tribute to my favorite singers : Tim Hardin, Tim Buckley... Alex Chilton from Big Star. He's not on the record but he's one of my favorite. His voice is so strange. He messes with his own voice. An other big influence on me is Mayo Thompson from Red Crayola. First time I heard him I was like “Oh my god, you can do that? He's making fun of himself” So I try to do that, sound beautiful and attack myself at the same time. That's the Amen Dunes' goal. There's also this english band from the eighties called The La's. Lee Mavers is my hero. Judee Sill. So yeah, I really care about singers.

Justement puisque tu en parles, I Can’t Dig It, qui tranche avec le reste de l’album, a un côté très Alex Chilton.
Since you’re talking about it, I Can't Dig It that stands out from the rest of the album actually has this Alex Chilton vibe.

Carrément. C’est une chanson d'Alex Chilton d’une certaine façon. Il a d’ailleurs une chanson qui s’appelle I Can Dig It. Je l’ai écrite quand je vivais en Chine et que j’étais paumé. J’étais dans une période de ma vie où j’avais toujours une mauvaise attitude, où que ce soit. Je trainais avec les mauvaises personnes, à faire des conneries. Cette chanson parle de ce sentiment classique du rock’n’roll : tout va mal mais je m’en fous parce que j’ai pas à essayer. C’est ça le rock’n’roll, c’est Elvis. J’ai pas besoin de filles, j’ai pas besoin de sexe, j’ai pas besoin de drogues… J’en n'ai rien à foutre alors pourquoi se donner la peine d’essayer. Et à la fin de la chanson, je me moque de moi. Et puis ensuite c’est encore pire : “Je sais que tu penses “tues moi” alors vas-y, fais-le”. C’est moi qui chante à mon autre moi : “Ah, t’es si triste, tue-toi”. Voila pourquoi j’aimerais que les gens écoutent les paroles. Ça rend un morceau tellement plus intéressant. Alex Chilton, mec. Mon album préféré de tous les temps est Sister Lovers. Une personne lambda écoute ça et se dit c’est du rock 70's. Mais si tu lis les paroles, c’est juste incroyable. Tellement poétique. “Dreams and wishes, like shooting stars Coming up rushes I want to white out” C’est littéraire. Alex Chilton est vraiment le plus grand. Il écrit sur les filles d’une manière si humaine, si contemporaine. Pour moi il a créé l’indie rock. Cette chanson, Thirteen, où il dit : « Dis à ton père ce qu’on pense de Painted Black », c’est tellement référentiel, tellement ironique. Je pourrais en parler pendant des heures, il a changé ma vie. Pour moi, Nighttime est l’exemple parfait. Elle débute en contant un début de soirée joyeux classique : “At nighttime, I go out and see the people, air goes cool and hurrying on my way”. Puis sans prévenir ça se termine sur : “Get me out of here, I hate it here”. Il prend la chanson et la retourne complètement. C’est du génie. Ça peut paraître un peu ringard de dire ça mais il y a quelque chose de James Joyce, qui possède cette capacité à changer toute une histoire sur la dernière ligne. Chilton n’est bien sûr pas James Joyce mais c’est quelqu’un de spécial. Donc c’est vraiment triste que les gens ne portent pas plus d’attention aux paroles. On ne vit la chanson que sur un seul plan. Mais on ne peut pas contrôler tout le monde et leur dire comment écouter. Je pense que lorsque l’on fait de l’art, on lâche prise et ça ne nous appartient plus. On n’a plus aucun droit dessus. Après je comprends, c’est l’époque internet, les gens sont tout le temps occupés et n’ont plus le temps. Et puis quand il y en a qui comprennent, ça me touche d’autant plus.

Definitely. It's an Alex Chilton song, kind of. He has this song called I Can Dig It. I was living in China and I was feeling all fucked up. I was in this period of my life when I was misbehaving always, everywhere. Hanging around bad people, doing all sorts of bad thing. The song is about this very classic rock'n'roll sentiment : everything is going wrong but I don't care cause I don't need to try. That's the all rock'n'roll thing, it's Elvis. I don't need girls, I don't need sex, I don't need drugs... I don't even care. I can't dig it so why should I even try? And then in the end I make fun of myself. Then it gets even worse: “I know you think “just kill me” so stiffen up and do it”. It's me singing to the other me: “ah, you're so sad, go kill yourself”. See, that's why I wish people listen to the lyrics. It makes the songs more interesting. Alex Chilton, man. My favorite record of all time is Sister Lovers. A normal person might listen to that and think its just some 70s rock record. But then you read the lyrics and it's fucking crazy. So poetic. “Dreams and wishes, like shooting stars Coming up rushes I want to white out...” It's literary. Alex Chilton is the best. He writes about girls in a way that is so human, so contemporary. It's the first modernist pop singer. I think he started indie rock. That song Thirteen: “tell your dad what we thought of Painted Black”, it's so referential, ironic, sarcastic. Amazing song. I could talk about him forever. He changed my life. Nighttime is the perfect example. He takes the all song and turns it over. It's genius. It may sounds cheesy to say but you read James Joyce, he does that to his stories. At the end at the story there's a line that changes everything. Alex Chilton is not James Joyce but he's very special. So it's sad, I wish people would pay more attention. You're experiencing on only one level. But you can't control people and tell them how to listen. I think when you make art, you let go of it and it's not your anymore. You have no right to it anymore. But I get it, it's the internet, people are busy, they don't have the time. And when they do understand, it’s really means a lot to me.

Retrouvez Amen Dunes en version live au Garage Mu via ce lien (octobre 2013).

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Tracklisting

Amen Dunes - Love (Sacred Bones, 13 mai 2014)
01. White Child
02. Lonely Richard
03. Splits Are Parted
04. Sixteen
05. Lilac in Hand
06. Rocket Flare
07. I Know Myself
08. Everybody Is Crazy
09. Green Eyes
10. I Can’t Dig It
11. Love


Lust For Youth - Epoetin Alfa

Lust For Youth - Epoetin AlfaSi les danois de Lust For Youth n'ont pas rangé leur maladive mélancolie au placard, le désormais trio emmené par Loke Rahbek change à peu près tout ce qui a fait du LP Perfect View , paru en juin 2013 (lire), un modèle du genre - entre vagues synthétiques glaciales et production lo-fi - avec International, nouvel album annoncé, toujours sur Sacred Bones, le 10 juin 2014. Chassant du côté de Depeche Mode et New Order, la synth-pop prodiguée par le résident de Copenhague - et échappé de Vår - gagne en arrangements et profondeur ce qu'elle perd en spontanéité et radicalité. La litanie de remixes annoncée, avec l'inévitable Silent Servant, en plus de Total Control, Helm, Chelsea Wolfe, Cult of Youth, Marshstepper, ne rajoute que plus dans cette impression de formule éculée. Epoetin Alfa, premier extrait en écoute, ne souffle ni le chaud, ni le froid. Tiédasse à l'image d'un artwork caricaturant, au mieux, une campagne pour l'énergie photovoltaïque.

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Tracklisting

Lust For Youth - International (Sacred Bones, 10 juin 2014)

1. Epoetin Alfa
2. Illume
3. Ultras
4. New Boys
5. Lungomare
6. Armida
7. After Touch
8. Basorexia
9 Running
10 International


Prolife - Overheated

ProlifeSi Slug Guts est bel et bien une aventure discographique terminée pour James Dalgliesh et Nicholas Kuceli, les deux australiens, respectivement guitariste et saxophoniste de ladite formation post-punk, n'ont pas exsudé plus que ça avant de savoir de quoi leur avenir serait fait. Fomentant un duo autoproclamé anti-Suicide, Prolife, sonnant admirablement comme du Suicide désincarné - jouant sur la répétition, le minimalisme des motifs et le déchirement bruitiste de beats techno - , le duo a tout misé sur la permanence puisque Sacred Bones - ayant recueilli en 2012 le dernier LP de Slug Guts, Playin'in time With the Deadbeat - sortira le 4 février prochain l'inaugural 7" dont le morceau Overheated, froid et obsédant, est en écoute ci-après. Un LP devrait voir le jour dans le courant de l'année 2014.

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Tracklisting

Prolife - 7" (Sacred Bones, 04 février 2014)

A1. Overheated
B1. Golden Leaves


The Men - Pearly Gates

The Men - Pearly GatesDepuis l'énorme claque auditive infligée en 2011 par The Men et son séminal album Leave Home étripant d'un même mouvement Unsane, Fugazi et Schellac (lire), les new-yorkais ont eu le temps de saccager leur santé à coup d'interminables tournées à travers le globe - et une date remarquée à l'Espace B - en plus de produire deux autres LP via Sacred Bones, l'inégal Open Your Heart en 2012 et le formidable New Moon en 2013. Un rythme d'enculé comme on dit dans le sud, d'autant que les quatre gaillards débutent 2014 pied au plancher avec la parution le 3 mars prochain - toujours sur la structure de Caleb (lire) - de Tomorrow’s Hits, quatrième long-format enregistré au studios Strange Weather et pour lequel, de leur propre aveux, la production a été particulièrement soignée - incluant même une section cuivre. Aucun doute à l'écoute de Pearly Gates, premier extrait des huit morceaux que compte un album dans la droite lignée du précédent, aussi dense qu'intense et où l'on sent poindre plus que l'ébauche d'un son qui leur est propre, dégoisant un blues-rock joué à blinde, toutes saturations dehors, tintinnabulant d'harmonica et d'un piano poussé à son extrême limite. Ils seront en concert à La Flèche d’Or le 26 Mars.

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Tracklisting

The Men - Tomorrow's Hits (Sacred Bones, 3 mars 2013)

01. Dark Waltz
02. Get What You Give
03. Another Night
04. Different Days
05. Sleepless
06. Pearly Gates
07. Settle Me Down
08. Going Down


Moon Duo - Sleepwalker (Zombie Zombie rmx)

Sans titre 2Sorti en fin d'année dernière sur Sacred Bones Records et Souterrain Transmissions, Circles des cosmiques Moon Duo n'a pas changé la face du monde, loin s'en faut, reprenant les choses là où Ripley Johnson et Sanae Yamada les avaient laissées avec Mazes (lire), emprunts d'un même talent à l'heure de faire voyager l'esprit le cul doublement vissé au canapé. La réelle révolution de palais a eu lieu en avril dernier et l'album de remixes, délaissant Circles aux appétits déconstructivistes de White Rainbow, Eric Copeland de Black Dice, Sun Araw, Phil Manley de Trans Am, Umberto, K-X-P et Zombie Zombie. Soit une belle tripoté de frappadingues à l'imagination débordante et aux productions mariant incantations et hallucinations. Et c'est la relecture électronique du single Sleepwalker par Cosmic Neman et Étienne Jaumet que l'on retrouve justement portée à l'image par BJ NEV et qui rend grâce à l'original dans toute sa dimension immersive et introspective.

Moon Duo sera en concert le 19 juillet prochain au 104 dans le cadre du festival City Sounds (Concours).

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http://youtu.be/MvlYqKA0Bl0

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Psychic Ills - One Track Mind

Détail qui n'a plus la même importance qu'alors - ce temps où l'on se permettait d'acheter un disque rien que pour son aguicheuse pochette -, mais autant la superposition d'images figurant sur Hazed Dreams (Sacred Bones, 2011) avait un sens, eut égard au psychédélisme proféré par les guitares dilettantes de Tres Warren et Elizabeth Hart, autant la collection de têtes de morts ornant l'ultime One Track Mind des new-yorkais de Psychic Ills ne traduit a priori en rien l'atmosphère du disque - toujours aussi moite et nonchalante, où le flegme s'érige en matrice de l'inspiration -, sinon la part congrue laissée à une section rythmique squelettique, tapis dans l'ombre d'un nébuleux brouillard de guitares. Salutairement dépressif, ce nouvel album paru le 19 février dernier sur Sacred Bones l'est d'ailleurs tout autant que le précédent (lire), évoquant d'un même prisme kaléidoscopique l'Amérique des grands espaces comme refuge à un imaginaire perclus de béton : pas une once de Big Apple, de sa sophistication et de sa verticalité, ne transpire des cordes poussiéreuses du quatuor versant plus dans la transcription auditive d'un road trip panoramique et camé sous le soleil plombant du grand Ouest. Les yeux mi-clos, dès l'entame de One Track Mind, on s'imagine sans peine le cul vissé sur le siège d'une Mustang brinquebalante, sillonnant solitairement des routes au tracé rectiligne, s'effilochant à l'horizon d'un immaculé dôme céruléen. Le temps se dilate, les pupilles aussi, à mesure que l'on s'empare de cette psychédélique ode à la lenteur, à la langueur, cet infernal désespoir né de la conviction que toute chose est courue d'avance. Si l'urbanité semble ici un conte oublié, lointain souvenir de junkie, la nature sauvage et désertique qu'elle met en scène ne se révèle guère plus accueillante, cramant de son intangible souffle chaud toute tentative d'évasion. Les crânes barrant la couverture de One Track Mind se font de suite moins fortuits. Si One More Time dissimule un certain enjouement à remettre le couvert, See You There et sa guitare cisaillant l'atmosphère telle une épée de Damoclès indique le chemin le plus court vers l'impasse nauséeuse. Flamboyant dans l'attentisme, Might Take A While, introduit lascivement la luminescente mélopée Depot, où la guitare lead de Tres s'émancipe gracieusement d'une épaisse brume de saturations. Même chose pour la ronronnante Tried To Find It, induisant les milles gyrophares scintillant de FBI, fascinante balade immobile, ainsi que les fastes mélodiques de I Get By. L'harmonica de City Sun plante le décors de U-Turn, cette foutue ville filmée par Oliver Stone et dont Sean Penn ne s'extirpera jamais quand l'instrumentale Western Metaphor, doublée de l'indolente Drop Out, illustrent d'une même tonalité mélancolique l'indicible nuit californienne à laquelle Violent Horizon donne sa coloration. Un happy end presque euphorisant.

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Tracklisting

Psychic Ills - One Track Mind (Sacred Bones, février 2013)

01. One More Time
02. See You There
03. Might Take A While
04. Depot
05. Tried To Find It
06. FBI
07. I Get By
08. City Sun
09. Western Metaphor
10. Drop Out
11. Violent Horizon


Sacred Bones Mixtape

Une mixtape bien longue mais qui ne suffira qu'à effleurer la surface de ce Sacred Bones propose dans son catalogue qui ne cesse de grandir. Dix-huit titres pourtant qui brassent presque autant d'artistes et présentés de manière chronologiques des sorties du label : de 2007 avec Blank Dogs à 2012 représenté par Pop. 1280, The Men, Led Er Est et War. Tirée tant sur des singles, EP et LP cette avancé antérograde vous permettra de palper le potentiel de ce label de manière éclectique.

1. Blank Dogs - She's Violent Tonight (SBR-002)

Premier EP et deuxième sortie du label, Sacred Bones presse le vinyle d'un copain du label en la personne de Mike Sniper qui produit avec Diana (The Herald) une pépite lo-fi teinté de touches synth. Ce titre représente bien cet EP merveilleusement sombre.

2. Children's Hospital - If You Find Me I'm Here (SBR-013)

Coup d'essai pour ce duo de Seattle sous le nom Children's Hospital. Ils présentent avec Alone Together sorti en 2008 un punk très abrasif croulant sous les effets drones, accompagné pour la sortie d'un livre de 24 pages regroupant des photos d'enfants malades. Oui, pourquoi pas.

3. Gary War - Sold Out (SBR-023)

Second album pour Gary War, Horribles Parade marque déjà la 23ème sortie du label. Pop futuriste et psychédélisme lo-fi, les effets noient véritablement le chant arrondissant les angles d’un pop punk nerveux.

4. Moon Duo - Speed (SBR-024)

Première sortie pour le duo lunaire qui du haut de ces quatre titres démontrent tout leur potentiel en termes de rock psychédélique. Pas très loin de la musique de son autre formation Wooden Shjips, Speed convint sans détour.

5. Nice Face - I Want Your Damage (SBR-030)

Projet solo de Ian Magee, Immer Etwas est son premier album en tant que tel. Datant de 2010, les treize titres de ce LP forment un tout qui pourrait passer pour un bolus dense de proto synth punk indigeste. Lorsqu'on s'y attarde pourtant et qu'on se prend la peine de le décortiquer, on trouve beaucoup de perles comme ce I Want Your Damage relativement violent.

6. Nerve City - Sleepwalker (SBR-034)

De cet EP sous le nom de Sleepwalker j'ai choisi le titre du même nom pour vous présenter sans doute l'un de mes plus gros coups de coeur du label. Six titres et autant qui resteront gravés dans vos têtes tant la structure pop fonctionne bien, même lorsque mise au service d'un musique lo-fi, limite crado.

7. The Bitter - Trapper (SBR-036)

Autre projet du prolifique Ben Cook (Fucked Up, Roommates) cet EP présente beaucoup de mélodies mises au service cette fois ci d'une instrumentation post punk par excellence. Passant de Captured Tracks à Sacred Bones entre deux EP ils adoptent avec Have a Nap Hotel EP une logique plus pop et donc plus accessible.

8. Föllakzoid - IV, III, II, I (SBR-044)

Voila la relève du rock progressive façon Sacred Bones. Leur tout premier EP éponyme montre au long de deux titres (20 minutes au total quand même) la façon qu'a Föllakzoid d'aborder le rock. Forte influence kraut omniprésente, l'énergie est bien là ! Et débordera sur leur futur LP : II en janvier 2013.

9. The Fresh & Onlys - Keep Telling Everybody Lies (SBR-056)

Wymond Miles chante aujourd'hui en solo et est venu clôturer le catalogue Sacred bones en ce mois de juin avec son premier album solo. Des mélodies accrocheuses s'entremêlent au sein de ces cinq pistes, représentées par ce Keep Telling Everybody Lies charismatique, mélancolique et très entêtant.

10. The Men - Bataille (SBR-057)

Le titre qui aura valu au label de sortir un peu plus la tête de cet underground strictement new-yorkais et de voir beaucoup plus de regards tourné vers lui en 2011. Enfin, un peu plus… Bataille détonne et ne laisse personne indifférent. Ce titre représente à merveille Leave Home (le second, faisant suite au plus discret Immaculada) autant brut qu'agressif présentant un bloc de huit titres post punk assommants de bonheur.

11. Human Eye - Impregnate the Martian Queen Pt. 2 (SBR-058)

Sorti juste après Leave Home, voila une autre réelle claque en l'album They Came From The Sky de Human Eye. Projet plus structuré et mature que les autres de Timmy Vulgar (Timmy's Organism) cet album est aussi violent et sans répit que la personnalité du leader, et n'en reste pas moins remarquable et exceptionnel.

12. Amen Dunes - Lower Mind (SBR_059)

Beaucoup plus calme, Amen Dunes fait la part belle aux mélodies. Après un EP sorti plus tôt sur Sacre Bones aussi, ce projet majoritairement acoustique lancé par Damon McMahon ne cesse d'envouter avec ce Through Donkey Jaw sorti en 2011. Simplement magnifique.

13. Zola Jesus - Vessel (SBR-062)

Attendu au tournant, la star montante du label sort son album Conatus sous le feu des projecteurs, après un teaser vidéo. Beaucoup plus poussé dans les triturations post-production et le lissage des musiques, Vessel est l'exemple parfait que la direction que prend désormais le projet de Nika Roza plus que jamais au premier plan de la vitrine pop du label.

14. Crystal Stilts - Radiant Door (SBR-064)

Après deux album exceptionnels, Crystal Stilts se tournent vers Sacred Bones pour sortir ces cinq titres composant un nouvel EP. Et pour cause, leur musique cadre parfaitement avec l'état d'esprit du label, et ce depuis Alight Of Night leur premier album. Cet EP Radiant Door se décale tout de même de ce que les Stilts font de mieux pour montrer sans doute une nouvelle direction moins brute et plus mature.

15. Pop. 1280 - New Electronix (SBR-068)

le premier album des new-yorkais, The Horror porte vraiment bien son nom. Un penchant moins hardcore que leur premier EP The Grid, plus synth punk et toujours aussi énérvé et agressif. Cet album fait simplement mal avec un son sale qui colle et dont on apprécie chaque minute.

16. War - Brodermordet (SBR_069)

Sorti chronologiquement avant l'album de Pop. 1280, War montraient encore une autre image du label. Techno lo-fi underground, on connaissait les penchants du label pour les musiques plus dancefloor avec notamment Trust et son Bulbform mythique. At War For Youth est une bombe synth (…) et War impressionne tout en posant le mystère autour de ce duo incluant des ex-membres de Iceage et Sexdrome.

17. The Men - Oscillation (SBR-071)

Après leur dernier album sorti fin 2011, The Men revient dès ce premier semestre 2012 et prépare déjà un autre LP pour le second. Que dire de Open Your Heart à moins que le groupe ne se rapproche encore plus de ce qu'on attend d'eux. Plus propre et réfléchi (notamment au cours de leurs tournées) ce LP est parfait. J'aurais pu vous propose beaucoup de titres pour lui coller une image dans cette mixtape, Oscillation me semble parfait.

18. Led Er Est - Arab Tide (SBR-072)

Flirtant avec Captured Tracks le tant d'un EP, la coldwave triturée de Led Er Est montre un penchant plus sophistiqué avec The Driver, et par conséquent moins évident. Cet album est monumental non seulement par le choix des recherches sonores et autres expérimentations adoptées par le groupe mais dans l'amoncellement de la totalité des musiques, offrant à mi-chemin de cette année un bloc solide recelant de pépites en tout genre.


Who are you Sacred Bones

Caleb Braaten fait ce qu’il aime et on aime ce qu’il fait. Véritable Saint-Esprit du label de Brooklyn aux productions soignées dans leurs moindres recoins, Sacred Bones Records est de plus en plus l’objet d’un culte qui grandit de manière exponentielle.

Il est des labels qui changent leur éthique et leur charte graphique et intellectuelle constamment au fur et à mesure de leur existence montrant qu’ils arrivent à tendre vers quelque chose de mieux et l’expriment de cette manière, par une diversité au cours d’une évolution. À l’inverse, certains autres labels comme Sacred Bones Records restent ancrés à un principe, une image, une idée. Dans ce cas précis, c’est un peu comme si depuis toujours, Sacred Bones avait atteint le “mieux” depuis longtemps et ne cesse aujourd’hui de s’étendre avec sa ligne artistique parfaite et reconnaissable entre mille puisqu’elle ne bouge pas depuis des années, depuis toujours en fait. Culte d’une musique sombre et souvent avant-gardiste prônant les expérimentations en tout genre, le label met en avant tant d’artistes rares, méconnus, poussant les limites de la musique dark dans un registre rock, parfois pop ou punk, mais toujours avec ce petit truc en plus qui leur est propre. Le label arrive aussi à propulser des artistes sur le devant de la scène indépendante mondiale avec des artistes comme Zola Jesus (pour le versant pop du label) ou The Men, avec leur post-punk sonique, pas loin d’avoir enregistré le meilleur album de l’année avec Open Your Heart en ce premier semestre 2012. Ces artistes partagent au sein du label l’affiche avec d’autres, célèbres en devenir (Vår) et toujours tout aussi excellents sous une charte graphique élaborée et impeccable. Qui ne s’est jamais senti passer à côté de quelques chose devant la redondance sans explication de cet ouroboros (serpent qui se mort la queue) encerclant un triangle plein des plus énigmatiques ? Suivant toujours le même paterne pour ses sorties physiques, Sacred Bones marque les esprits. Comme un quelque chose qui pousse à chercher à comprendre, une anguille sous roche cachant une énormité tellement effarante qu’elle en deviendra culte tout en préservant un secret absolu sur bien des points. Pas vraiment de promotion ni même d’information ou de mise en page sur leur site officiel, une discrétion au fil des ans qui rend la chose encore plus déconcertante.

De ceux qui savent de quoi il retourne, qui savent ce qui est parti d’une cave de building new-yorkais pour devenir un des meilleurs labels indépendant au monde, d’entre eux beaucoup s’empressent de suivre les sorties comme autant de messes systématiques pour attraper l’édition limitée à 50 exemplaires. Le fait que ces individus sont de plus en plus nombreux à vouer un véritable culte à ce label reste sans doute la meilleure preuve et gage de qualité de ses différentes productions. Fans de musiques alternatives sombres ou simples curieux potentiellement avides de nouveautés musicales, si vous découvrez Sacred Bones Records en lisant ces lignes, il est plus que temps !

Musicalement, les productions du label sont éclectiques : on passe par la plupart des genres et sous-genres affiliés de près ou de loin au rock indie et aux musiques les plus alternatives. De la folk de Case Studies au punk de Daily Void et de la pop aussi, celle de Zola Jesus : Sacred Bones brasse de tout, mais certainement pas n’importe quoi. Les artistes sont nombreux aujourd’hui à avoir signé pour une sortie sur Sacred Bones avec presque autant de styles musicaux différents et propres à chacun mais si une chose lie pourtant l’intégralité des artistes signés sur le label, il s’agit bien de cette touche dark. Entre l’errance simpliste et profonde d’Amen Dunes, la recherche véhémente de Factums ou les déflagrations de The Men et de Pop 1280, tout se joue sur un tableau imprégné d’une noirceur omniprésente et palpable. Mais attention, jamais étouffante, l’atmosphère liant tous ces artistes apporte un charme singulier et reconnaissable propre à l’éthique aujourd’hui encore impeccable du label new-yorkais.

On ne va pas forcément faire de tour d’horizon complet ici, mais notons tout de même que le label a fait son apparition au début de l’année 2007 avec la sortie d’un single du duo The Hunt, One Thousand Nights, et déjà une imprégnation sombre noie les deux titres du groupe en enlisant le titre éponyme et sa face B, Black and White, dans le tableau indie rock très sombre, à la limite du gothique et marque (sans le savoir dès lors) la naissance officielle du style Sacred Bones. S’en suivra un des meilleurs EP du label, celui de Blank Dogs, Diana (The Herald).

Petite parenthèse pour noter, toutefois, que Blank Dogs est l’un des nombreux projets de Mike Sniper qui tient aujourd’hui (en outre) un autre label new-yorkais, Captured Tracks. Plus spécialisé dans le shoegaze, la dream-pop et parfois dans un registre lo-fi avec des groupes comme Craft Spells, DIIV, Wild Nothing, The Soft Moon… Captured Tracks partage aujourd’hui les mêmes bureaux que Sacred Bones à Brooklyn.

Diana (The Herald) comporte donc cinq titres aussi sombres et violents que séduisants et forme une perfection synth-punk lo-fi poussée à l’extrême. Alors si je choisis de vous parler de cet EP, c'est non seulement parce qu’il est exceptionnel, mais pour vous introduire aussi la boîte de Pandore qu’est Sacred Bones à ce niveau, car très nombreuses sont les pures merveilles sonores en format relativement court de quatre à six titres. Au niveau musical, cet EP fait entièrement partie de la définition de ce qu’est Sacred Bones Records, mais au niveau du packaging aussi. Il s’agit en effet de la première sortie physique du label à adopter ce paterne que l’on retrouvera au cours des cinq années à venir jusqu’aux sorties actuelles. Leur logo situé dans le coin haut gauche, en face duquel sera mentionné sobrement le nom de l’artiste, suivi du nom de l’album puis le nom de chaque titre, le tout dans le premier tiers haut de la pochette du disque. Les deux-tiers du bas sont occupés par l’artwork en tant que tel encadré dans un espace qui ne bougera que très rarement au fur et à mesures des sorties. Au dos du vinyle, rien, mis à part ce même logo, seul perdu en bas de la pochette arrière. Par la suite, le schéma adopté par les EP va changer et rester figé. Il va rester et encadrer l’ensemble des LP du label et continue encore d’être présent aujourd’hui. Cette sortie est exemplaire puisqu’elle fera la part belle à une édition limitée à 50 exemplaires dans laquelle le vinyle dans sa pochette aura été inséré dans un tissu épais découpé aux mesures de la pochette, montrant un œuvre de Mike Sniper (graphiste aussi, tiens) et qui atteindra presque les 200 dollars sur un site d’enchères. Le culte est lancé.

Des autres EP qui m’auront le plus marqué et dont je ne saurai assez vous recommander de les écouter, je mettrais en avant le magnifique recueil des pérégrinations lo-fi de Nerve City. Sorti en 2010, Sleepwalker, du haut de ses six titres, vous rentre dans le crâne et n’en ressortira plus jamais. On touche presque à des mélodies pop mais altérées par son enregistrement à la maison et un abus considérable de réverb' de la part de Jason Boyer. Le tout premier effort de Moon Duo, la nouvelle formation de Ripley Johnson (Wooden Shjips) qui s’associe avec Sanae Yamada, s’inscrit aussi dans la longue série des EP en or massif que proposera le label. Killing Time EP est une bombe à retardement et la première série de titres du rock psychédélique du duo avec lequel Sacred Bones aura vu juste en en signant la première pépite d’un groupe qui sortira un album magistral en 2011 avec Mazes. 2011, année où Sacred Bones explosa pour suivre depuis une progression exponentielle, détient aussi le dernier EP dont je tenais à vous parler dans cette section. Inconnu au bataillon (si ce n’est avec une sortie CD chez eux, au Chili, de leur premier album) avant ces deux titres de dix minutes regroupés en deux faces de leur premier EP, Föllakzoid nous propose un rock progressif vitaminé et complètement jouissif. Une énergie comparable aux productions de Can sur un Monster Movie émane de cet EP éponyme qui restera une découverte majeure de l’année pour un groupe définitivement à suivre et qui prépare d’ailleurs son premier album, II, pour le début 2013. D’autres perles bien sur, de la pop futuriste subaquatique lo-fi (si si) de Gary War (Police Water EP, 2010) aux claques post-punk hardcore de Pop 1280 et son chant d’écorché (The Grid, 2010), Sacred Bones arrive à toucher à l’essentiel en quelques titres et redéfinit à sa sauce le format EP dans sa ligne directrice qui jusqu’à présent frise le sans-faute.

Le premier format long du label date de 2008 et propose un recueil d’expérimentations sonores teinté de kraut et de punk du trio énigmatique Factums. Leur troisième album, The Sistrum, sortira lui aussi dans une édition limitée à 150 exemplaires et pour la première fois le label dévoile ce qui restera une norme pour ce type d’édition. Une version limitée et donc beaucoup plus rare et prisée accompagne encore aujourd’hui la plupart des sorties du label, apportant toujours un travail soigné et unique en son genre participant à la renommée internationale de ce label chez les collectionneurs de vinyles et autres amateurs. Généralement une édition tirée entre 50 et 150 exemplaires offrant une sérigraphie d’un artwork alternatif et entourant la pochette de l’édition normale renfermant le vinyle, le tout fermé par un sceau en cire et numéroté à la main. Les photos sont rares, Caleb prônant lui-même une discrétion quasi absolue sur ce genre de tirages, les rendant encore plus spéciaux selon lui. Les albums s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Les expérimentations restent omniprésentes sur beaucoup des premières sorties. Le duo franco-canadien The Pink Noise sortira tour à tour Dream Code en 2008 et Birdland en 2009, offrant deux boîtes à outils lo-fi teintées de synth-punk. Deux albums qui s’inscrivent dans une apocalypse sonore qui ne ressemblera jamais à aucune autre. De l’expérimentation toujours et encore avec les excellents albums de Children’s Hospital (Alone Together, 2009) qui sortis de Seattle proposent un punk abrasif avant-gardiste teinté de drone qui colle aux dents et de Gary War (Horribles Parade, 2009) avec sa pop expérimentale lo-fi dont on dirait que Greg Dalton chante réellement sous l’eau. Ce dernier album aura valu le premier clip officiel du label pour le titre Highspeed Drift, dirigé par Jacqueline Castel (ayant à ce moment déjà travaillé sur des projets vidéo avec Blank Dogs). Soulevant des interrogations de tout type, sans doute avant, pendant, mais sûrement beaucoup plus après le visionnage du court métrage, le culte Sacred Bones ne fera qu’en ressortir plus grand, se cachant derrière ce qu’il veut montrer de plus énigmatique et underground.  Qu’on se le dise, sur les singles, EP et LP du label, les expérimentations auront toujours été omniprésentes, et ce jusqu’en 2012 encore ou les dernières en date soulèvent l’engouement d’un nouveau public de manière systématique. Plus rien ne passera inaperçu et le label met désormais en avant ses sorties à la vue d’un plus large nombre d’auditeurs intéressés. Ainsi The Driver, le dernier album de Led Er Est, tout comme le tout premier single de Vår (anciennement WAR), At War For Youth, s’inscrivent dans ce torrent de nouvelles expérimentations, laissant place à autant de complexité dans l’enchevêtrement des courants musicaux empruntés.

Sur la totalité des formats qu'a proposé le label au cours de ses cinq années d’existence, 2011 reste une étape charnière pour Sacred Bones Records qui, ayant passé la vitesse supérieure, multiplie les sorties. Les albums, EP et singles s’enchaînent jusqu’au bilan de vingt sorties physiques en 2011 uniquement. Des artistes confirmés (Crystal Stilts, Moon Duo, Zola Jesus) et d’autres très peu connus jusqu’à lors (Föllakzoid, Trust, Medication) dont on attend aujourd’hui une perle au tournant. 2011 fut aussi l’année de la toute première compilation, Todo Muere vol. 1, qui viendra marquer le 54ème numéro du catalogue. Plusieurs réussites totales aussi qu’on pourra aisément considérer comme de gros pavés dans la tronche et une qui restera gravée dans les esprits de beaucoup, beaucoup de monde. Il s’agit de l’album de The Men. Leave Home (lire la chronique) est une décharge tellement brute d’un post-punk puissant, et le titre Bataille lâché à la volée six mois auparavant aura suffit à créer un tel buzz qu’il n’aura aucun mal à faire parler de lui bien au-delà de la sphère underground new-yorkaise.  À une vitesse fulgurante on entend à tout va parler de révélation, bien que le quatuor n’en soit pas à son coup d’essai. Leave Home sera classé parmi les meilleurs albums indie de l’année 2011. Alors que son successeur de 2012, Open Your Heart, est en passe de rentrer dans les mêmes rangs, on parle déjà d’un autre album se préparant pour le courant de cette année…

À mi-chemin de cette année 2012, on sent que le rythme n’est pas à la baisse vue la profusion avec laquelle Sacred Bones continue de nous tabasser de ses sorties tout en conservant une qualité de premier choix - une nouvelle compilation pour le Record Store Day, Todo Muere vol. 2, un album de remixes de l’excellent Mazes de Moon Duo en vinyle et un DVD contenant le premier long métrage du label, toujours signé Jacqueline Castel. Ce sont les artistes Pop 1280, The Men, Led Er Est et Wymond Miles (80ème sortie du label pour ce dernier) qui auront tous sorti un album de qualité en ce premier semestre qui va se clôturer avec la sortie à venir d’un nouvel album, celui de Slug Guts, Playin’ in Time With the Deadbeat. Aucun répit donc pour le label de Brooklyn qui peut se targuer de faire carton plein à chacune de ses sorties avec un contenu de qualité qui reste aujourd’hui plus que jamais la marque de fabrique d’un des labels les plus en vogue de la scène underground.

Derrière le symbole aujourd’hui inébranlable de son label, Caleb Braaten aura répondu à quelques questions principalement pour savoir comment se porte aujourd’hui son entreprise et quelle direction elle prendra demain. Entretien avec le gourou, créateur et fer de lance de Sacred Bones Records aujourd’hui plus que jamais reconnu pour son exactitude dans le choix des artistes et la mise en avant de leurs chefs-d'œuvres.

Entretien avec Caleb Braaten

Salut Caleb ! Où es-tu, là ?
Hi Caleb! Where are you now reading me?

Je me sens un peu comme à l’intérieur d’un œuf de dinosaure.

It feels like the interior of a dinosaur egg.

Sacred Bones est né en 2006, vous allez donc fêter votre sixième anniversaire, pensais-tu aller aussi loin ?
Sacred Bones was born in 2006, so you are at your sixth birthday, did you thought you would go so far?

En fait j’ai vraiment commencé tout ça en 2007, peut-être en toute fin 2006. Le vinyle de The Hunt est sorti en 2007, du coup je considère 2012 comme étant notre cinquième année. Je n’ai jamais pensé que Sacred Bones Records pouvait prendre l’ampleur que ça a pris aujourd’hui. Je m’estime vraiment chanceux que nous ayons toujours la capacité de sortir et de mettre en avant la musique que nous aimons.

I really started this in 2007, maybe late 2006. The Hunt record came out in 2007, so I consider this to be our fifth year. I never really considered it becoming the operation that it is today. I feel very lucky that we are still able to put out music that we love.

Après ces années, Sacred Bones reste énigmatique pour beaucoup de personnes, et en même temps bénéficie d’une très bonne réputation au sein de la musique underground internationale. Vous choisissez de garder une image sombre et de rester dans la même logique avec tous les artistes que vous produisez ?
After these years Sacred Bones still remains enigmatic in front of lots of people, but at the same time benefits from a great reputation in the worldwide underground scene. You choose to have and maintain a dark and gloomy image and to stay in a perfect logic with all the bands and artists you produce?

Ce n’est pas une décision prise consciemment de plein gré. Ça se passe juste comme ça, comme c’est vu de l’extérieur. Je pense que les artistes du label sont incroyablement variés.

It’s not a conscious decision by any means. It just happens to be the way it looks from the outside. In my opinion the artists on the label are incredibly varied.

Tout semble complètement impeccable lorsqu’on regarde l’ensemble de votre catalogue, et je ne parle pas des éditions limitées… Vous travaillez beaucoup là-dessus ?
Everything seems to be impeccable regarding your catalogue and we didn’t even reach the subject of you limited edition silkscreen covers issues… Do you work a lot on it?

Travailler sur ces éditions limitées de vinyles est certainement la partie la plus drôle pour moi. C’est quelque chose dont je tire une très grande fierté. Une fois que je les ai terminées et qu’elles sont prêtes je suis toujours un peu triste lorsqu’on doit les envoyer aux clients.

Making the limited edition records is probably the funniest part for me. It’s something I take great pride in. As soon as they are done, I’m always sad when we have to send them out.

Avec qui travailles-tu dessus ?
With who are you working on this?

C’est Keegan Cooke qui est en charge de toutes les impressions de Sacred Bones. Il fait ça depuis le tout premier vinyle et j’espère aussi qu’il fera aussi le tout dernier.

Keegan Cooke is in charge of all of the Sacred Bones print making. He’s been doing it since the very first record and I hope that he will make the very last one.

Ce genre de travail de sérigraphies a toujours été très propre, apportant un autre design au vinyle toujours fermé par un sceau en cire. Ces éditions sont-elles importantes pour vous ? C’est un moyen de vous échapper du paterne que vous utilisez depuis cinq ans ?
This silkscreens work has always been spotlessly clean with these additional showing alternate artwork covers and closed with a wax stamp. Are this kind of work very important to you? Is it a way for you to jump out the pattern used for five years now?

Je pense que oui. Je suis un grand collectionneur de vinyles et je pense qu’une édition ou une version spéciale d’un disque doit être vraiment spéciale. Pas uniquement un truc du genre un vinyle de couleur.

I suppose so. I am an avid record collector, and special edition version of a record should actually be special. Not just some colored vinyl thing.

Tu ne révèles rien à propos de ces éditions justement qui sont vraiment très limitées. Par exemple, officiellement tu n’avais montré que des images des albums de Psychic Ills (Hazed Dreams) et de Led Er Est (The Driver)… C’est pour maintenir une part de mystère en plus sur le label ?
You never reveal nothing about limited editions which are strictly limited to a very few quantities. I’ve only seen official pics of this Hazed Dreams from the great Psychic Ills band, and the most freshly Led Er Est last album, The Driver. Is this a way to maintain mystery around you?

C’est bien plus marrant comme ça. De cette manière les personnes qui veulent ces éditions limitées obtiennent vraiment quelque chose de spécial.

It’s more fun that way. That way the people who actually purchase them get something special.

Vous allez bientôt atteindre 100 sorties, vous allez faire quelque chose de spécial pour l’occasion ?
You’re almost reaching 100 releases, are you going to do something special for this step?

Oui, je n’y ai pas vraiment trop pensé encore. Je suis persuadé qu’on va faire quelque chose de vraiment bien.

Yeah, I really haven’t thought about it too much. I’m sure we will do something cool! It will be quite a milestone indeed.

The Men a parlé d’un nouvel album pour cette année déjà ?
The Men used to talk about a new LP for this year?

Oui ! Ça va être incroyable. Je peux te promettre ça !

Yes! It’s going to be incredible. I promise you that!

Est-ce qu’il y a un artiste sur terre aujourd’hui pour lequel tu voudrais vraiment sortir un disque ?
Is there one artist on earth today for whom you really want to put out a record with Sacred Bones?

Nick Cave and the Bad Seeds. Certainement.

Nick Cave and the Bad Seeds. For sure.

Qu’est-ce qui va se passer pour le deuxième semestre de 2012 ?
What’s next for the forthcoming second 2012 semester? 

On est en train de presser un vinyle comprenant uniquement des rééditions d’un groupe français très important dans la scène underground, Trop Tard. Ça n’a pas été annoncé encore. Ils étaient incroyables et faisaient partie du mouvement coldwave français des années 80. Ils avaient sorti un LP et une cassette. On va ressortir une édition limitée de chacun des deux en août. C’est un de mes groupes préférés de tous les temps.

We are doing a vinyl only reissue of a really important underground French band, Trop Tard. It hasn’t been announced yet. They were an incredible part of the 80’s French Coldwave. They released an LP and a Cassette. We will be doing a limited run version of both of them this August. It’s one of my favorite bands of all time.

Merci Caleb ! Une dernière chose à dire pour les Français qui te liront ?
Thank you Caleb! One last thing you want to tell French people reading you?

Merci pour tout (en français, in french).

crédits photos : Mathieu Dellabe (sauf 4&5)

Mixtape

Une mixtape bien longue mais qui ne suffira qu'à effleurer la surface de ce Sacred Bones propose dans son catalogue qui ne cesse de grandir. Dix-huit titres pourtant qui brassent presque autant d'artistes et présentés de manière chronologiques des sorties du label : de 2007 avec Blank Dogs à 2012 représenté par Pop. 1280, The Men, Led Er Est et War. Tirée tant sur des singles, EP et LP cette avancé antérograde vous permettra de palper le potentiel de ce label de manière éclectique.

1. Blank Dogs - She's Violent Tonight (SBR-002)

Premier EP et deuxième sortie du label, Sacred Bones presse le vinyle d'un copain du label en la personne de Mike Sniper qui produit avec Diana (The Herald) une pépite lo-fi teinté de touches synth. Ce titre représente bien cet EP merveilleusement sombre.

2. Children's Hospital - If You Find Me I'm Here (SBR-013)

Coup d'essai pour ce duo de Seattle sous le nom Children's Hospital. Ils présentent avec Alone Together sorti en 2008 un punk très abrasif croulant sous les effets drones, accompagné pour la sortie d'un livre de 24 pages regroupant des photos d'enfants malades. Oui, pourquoi pas.

3. Gary War - Sold Out (SBR-023)

Second album pour Gary War, Horribles Parade marque déjà la 23ème sortie du label. Pop futuriste et psychédélisme lo-fi, les effets noient véritablement le chant arrondissant les angles d’un pop punk nerveux.

4. Moon Duo - Speed (SBR-024)

Première sortie pour le duo lunaire qui du haut de ces quatre titres démontrent tout leur potentiel en termes de rock psychédélique. Pas très loin de la musique de son autre formation Wooden Shjips, Speed convint sans détour.

5. Nice Face - I Want Your Damage (SBR-030)

Projet solo de Ian Magee, Immer Etwas est son premier album en tant que tel. Datant de 2010, les treize titres de ce LP forment un tout qui pourrait passer pour un bolus dense de proto synth punk indigeste. Lorsqu'on s'y attarde pourtant et qu'on se prend la peine de le décortiquer, on trouve beaucoup de perles comme ce I Want Your Damage relativement violent.

6. Nerve City - Sleepwalker (SBR-034)

De cet EP sous le nom de Sleepwalker j'ai choisi le titre du même nom pour vous présenter sans doute l'un de mes plus gros coups de coeur du label. Six titres et autant qui resteront gravés dans vos têtes tant la structure pop fonctionne bien, même lorsque mise au service d'un musique lo-fi, limite crado.

7. The Bitter - Trapper (SBR-036)

Autre projet du prolifique Ben Cook (Fucked Up, Roommates) cet EP présente beaucoup de mélodies mises au service cette fois ci d'une instrumentation post punk par excellence. Passant de Captured Tracks à Sacred Bones entre deux EP ils adoptent avec Have a Nap Hotel EP une logique plus pop et donc plus accessible.

8. Föllakzoid - IV, III, II, I (SBR-044)

Voila la relève du rock progressive façon Sacred Bones. Leur tout premier EP éponyme montre au long de deux titres (20 minutes au total quand même) la façon qu'a Föllakzoid d'aborder le rock. Forte influence kraut omniprésente, l'énergie est bien là ! Et débordera sur leur futur LP : II en janvier 2013.

9. The Fresh & Onlys - Keep Telling Everybody Lies (SBR-056)

Wymond Miles chante aujourd'hui en solo et est venu clôturer le catalogue Sacred bones en ce mois de juin avec son premier album solo. Des mélodies accrocheuses s'entremêlent au sein de ces cinq pistes, représentées par ce Keep Telling Everybody Lies charismatique, mélancolique et très entêtant.

10. The Men - Bataille (SBR-057)

Le titre qui aura valu au label de sortir un peu plus la tête de cet underground strictement new-yorkais et de voir beaucoup plus de regards tourné vers lui en 2011. Enfin, un peu plus… Bataille détonne et ne laisse personne indifférent. Ce titre représente à merveille Leave Home (le second, faisant suite au plus discret Immaculada) autant brut qu'agressif présentant un bloc de huit titres post punk assommants de bonheur.

11. Human Eye - Impregnate the Martian Queen Pt. 2 (SBR-058)

Sorti juste après Leave Home, voila une autre réelle claque en l'album They Came From The Sky de Human Eye. Projet plus structuré et mature que les autres de Timmy Vulgar (Timmy's Organism) cet album est aussi violent et sans répit que la personnalité du leader, et n'en reste pas moins remarquable et exceptionnel.

12. Amen Dunes - Lower Mind (SBR_059)

Beaucoup plus calme, Amen Dunes fait la part belle aux mélodies. Après un EP sorti plus tôt sur Sacre Bones aussi, ce projet majoritairement acoustique lancé par Damon McMahon ne cesse d'envouter avec ce Through Donkey Jaw sorti en 2011. Simplement magnifique.

13. Zola Jesus - Vessel (SBR-062)

Attendu au tournant, la star montante du label sort son album Conatus sous le feu des projecteurs, après un teaser vidéo. Beaucoup plus poussé dans les triturations post-production et le lissage des musiques, Vessel est l'exemple parfait que la direction que prend désormais le projet de Nika Roza plus que jamais au premier plan de la vitrine pop du label.

14. Crystal Stilts - Radiant Door (SBR-064)

Après deux album exceptionnels, Crystal Stilts se tournent vers Sacred Bones pour sortir ces cinq titres composant un nouvel EP. Et pour cause, leur musique cadre parfaitement avec l'état d'esprit du label, et ce depuis Alight Of Night leur premier album. Cet EP Radiant Door se décale tout de même de ce que les Stilts font de mieux pour montrer sans doute une nouvelle direction moins brute et plus mature.

15. Pop. 1280 - New Electronix (SBR-068)

le premier album des new-yorkais, The Horror porte vraiment bien son nom. Un penchant moins hardcore que leur premier EP The Grid, plus synth punk et toujours aussi énérvé et agressif. Cet album fait simplement mal avec un son sale qui colle et dont on apprécie chaque minute.

16. War - Brodermordet (SBR_069)

Sorti chronologiquement avant l'album de Pop. 1280, War montraient encore une autre image du label. Techno lo-fi underground, on connaissait les penchants du label pour les musiques plus dancefloor avec notamment Trust et son Bulbform mythique. At War For Youth est une bombe synth (…) et War impressionne tout en posant le mystère autour de ce duo incluant des ex-membres de Iceage et Sexdrome.

17. The Men - Oscillation (SBR-071)

Après leur dernier album sorti fin 2011, The Men revient dès ce premier semestre 2012 et prépare déjà un autre LP pour le second. Que dire de Open Your Heart à moins que le groupe ne se rapproche encore plus de ce qu'on attend d'eux. Plus propre et réfléchi (notamment au cours de leurs tournées) ce LP est parfait. J'aurais pu vous propose beaucoup de titres pour lui coller une image dans cette mixtape, Oscillation me semble parfait.

18. Led Er Est - Arab Tide (SBR-072)

Flirtant avec Captured Tracks le tant d'un EP, la coldwave triturée de Led Er Est montre un penchant plus sophistiqué avec The Driver, et par conséquent moins évident. Cet album est monumental non seulement par le choix des recherches sonores et autres expérimentations adoptées par le groupe mais dans l'amoncellement de la totalité des musiques, offrant à mi-chemin de cette année un bloc solide recelant de pépites en tout genre.

Vidéos


Religious Knives - Smokescreen

1305063846_religious-knives-smokescreen-2011Derrière ce nom à égorger une sorcière se cache en réalité le duo Michael Berstein et Maya Miller qui, des cendres de leur précédent groupe post-indus, Double Leopards, élèvent des volutes de nappes brumeuses, étouffant le carillonnement d'un retour au psychédélisme mortuaire. Élevé au rang de quatuor, Religious Knives mène une carrière exemplaire depuis six ans, s'accordant même le privilège d'être signé et produit par Thurston Moore himself le temps d'un album aussi tribal que monolithique, sobrement intitulé The Door. C'est pourtant sur Sacred Bones que nous les retrouvons aujourd'hui, aux côtés de leurs compagnons de jeu, Föllakzoid ou encore The Holydrug Couple. Le label le plus en vue de la Côte Est permet aux énigmatiques Religious Knives de pousser un peu plus loin le degré d'expérimentation, libérant de fortes émanations spirituelles avec un arrière-goût de substances illicites.

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A l'heure où toute la scène new-yorkaise capitalise sur le retour de sonorités synthétiques rétro, redécouvrant les vieux claviers analogiques de tonton ou les échardes shoegaze, renouant avec les complaintes larmoyantes et noisy comme chemin le plus direct pour accéder au dancefloor, Religious Knives prend le courant à contrepied, composant des mélodies lourdes, écrites à la lumière d'une bougie à l'encens. Non sans renier une certaine affiliation au post-punk, dont le très dub Garbage Can semble être un héritage naturel du P.I.L de la seconde période (on pense notamment à Flowers of rRmance), le groupe baigne dans une aura teinté de mysticisme et de tribalisme propre au rock psychédélique de la fin des années soixante. The Message ancre parfaitement ce décor entre noirceur et hypnotisme : claquement lourd de grosse caisse, cymbales, riff de guitare noyé dans la réverb', mélodie d'orgue dodelinant dans l'espace, voix noyée dans l'écho... Un morceau d'intro qui s'inscrit d'ailleurs peut-être trop dans le revival post-psyché qui semble gagner du terrain - on pense beaucoup à The Black Angels notamment - avant de s'en éloigner sur le sublime Paper Thin, track rock hallucinogène aux accents rugueux, poli d'une main de velours. Cependant, plus nous nous enfonçons dans les tréfonds dans l'imaginaire méandreux de Michael Berstein et Maya Miller, plus nous nous éloignons des chemins balisés. Perdus dans une obscure forêt, baladés comme le Petit Poucet qui aurait oublié ses cailloux. You Walk résonne comme une complainte pop perverse, dépravée par une musique ciselante, angoissante, poussant l'auditeur au bord du gouffre. Une pétrifiante chrysalide  qui nous transporte jusqu'au trouble Smokescreen, secouant et grinçant, comme un corps se balançant au bout d'une corde.
A n'en point douter, si Ian Curtis s'était plus épanché sur Black Sabbath et 13th Floors Elevator que sur Bowie et Iggy Pop, Joy Division n'aurait certainement pas été loin de sonner comme Religious Knives. Mais nous ne sommes pas là pour refaire l'histoire. Nous ne pourrons que constater que dans cette recrudescence cyclique de retour à des sources musicales plus poussées, le combo s'extirpe majestueusement du commun des mortels, composant un subtil joyau organique duquel s'échappe des mélodies intemporelles et totalement obsédantes. Même les ténèbres ont leur fragilité.

Audio

Tracklist

Religious Knives – Smokescreen (Sacred Bones, 2011)

01 - The Message
02 - Paper Thin
03 - Big Police
04 - Garbage Can
05 - Private Air
06 - You Walk
07 - Chill Haze
08 - Smokescreen


Gary War – Horribles Parade (Sacred Bones)

garywar-horribles-parade1La musique de Gary War est à l'image de la pochette de son album : aqueuse, vrillée et opaque. Gary pousse son tintouin new wave-lofi dans les derniers retranchements du bidouillage sonore. On ne comprend pas forcement tout mais on retient le principal : ces mélodies immédiates et ces voix torsadées à l'extrème. Les hipsters penseront à Blank Dogs, les nostalgiques à Chrome. Dans les deux cas la ressemblance est plus que frappante, on soupçonne par ci par la un peu de gruge... On ne sera néanmoins peu regardant car au final le calque est plutôt de bonne qualité. Ma préférence va aux morceaux qui se déclinent autour d'un thème de synthé (See Right Thru, No Payoff) nous rappelant les plus belles heures du catalogue Flexi Pop aka la flamboyance allemande 80's.

Tracklist

Gary War – Horribles Parade (2009, Sacred Bones)

01. Highspeed Drift
02. Sold Out
03. See Right Thru
04. No Payoff
05. For Cobra
06. Costumes
07. Clean Up
08. What You Are
09. Orange Trails
10. Nothing Moving

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