So So Modern - Crude Futures

crude-futuresSuite au Midi festival, j'avais, comme beaucoup d'autres présents ce jour là, fureté sur la toile, histoire de voir ce que donnaient les So So Modern dans mon casque audio. Déçu de ne pas retrouver dans la puissance et les arrangements la folie retord insufflée sur scène, mon attention s'était quelque peu étiolée. Puis, plus rien. Normal, les quatre Néo-Zélandais se sont retirés du monde, se repliant sur leur terre natale pour enregistrer enfin un album digne de ce nom. Avec un tel potentiel, la procrastination du groupe en la matière confinait à l'insouciance : pas moins de sept EP et une liste de concerts donnés aux quatre coins du monde longue comme un bras. J'exagère à peine. Signé sur Transgressive Records, par ailleurs label de Esser, Two Door Cinema Club et Foals, ils ont mis huit mois pour enfanter Crude Futures qui s'impose comme "une façon de montrer tous les extrêmes et les contrastes du groupe, du plus violent au plus calme, crié ou chanté, touffu ou aéré." Si cette préoccupation de passer du coq à l'âne ne date pas d'hier pour le détonant quatuor, à n'en pas douter, et dès la première écoute, celle-ci prend une nouvelle dimension. Reconnus dans leur pays d'origine, Crude Futures, par sa justesse dans la production, résonne comme la promesse d'un avenir taillé à l'échelle du globe. Pris à la gorge par le redoutable et instrumental Life In The Undergrowth qui plante le décor sans pour autant en révéler l'ampleur, The Worst Is Yet To Come ne relâche pas l'étreinte, mitraillant à tout va les tympans de ses nappes de claviers survitaminés. On se prend à penser à Shy Child et aux meilleurs morceaux de Noise Won't Stop (2007) quand Dendrons révèle alors une facette alors méconnue du groupe musicalement proche d'At the Drive-In, les refrains pop en plus. Be Anywhere met certes plus de temps à se mettre en place mais devient proprement génial où, passé un break discoïde, les guitares répondent aux voix sur une batterie en parfait contre temps. Born Ruffians n'est pas loin, en plus dense et texturé. Une ligne de synthé plus loin, implacablement martelée, et voilà que Crude Futures bascule du très bon à l'addictif. Berlin est un hymne synthétique à l'instrumentation sinusoïdale capable de contaminer un nombre incalculable d'oreilles abasourdies. Suite à une telle saillie jubilatoire que les écossais d'Errors auraient aimé compter dans leur répertoire, les So So Modern temporisent et offrent avec Dusk & Children leur morceau le plus intimiste. Holiday, quant à lui, est parfaitement représentatif de la cyclothymie du groupe, les césures dans le rythme s'enchaînant effrontément à mesure que Grayson Gilmour s'époumone. Si Island Hopping /Channel Crossing est dans la même veine, on croit déceler un improbable mais percutant mashup voyant Noah Lennox et ses petits copains s'évertuer à suivre Don Caballero dans une folle embarquée au final mémorable. A peine le temps de rassembler ses idées que les guitares annoncent déjà une autre rafale d'efficacité pop avec Give Everything, morceau conclusif d'un album dénué de temps mort. Voulant dépeindre avec Crude Futures les lueurs d'espoir qui perdurent ici et là dans un monde déshumanisé et désolé, les So So Modern dispensent d'une manière magistrale leur intention de vie : le râle intrépide d'une jeunesse qui ne s'en laisse pas conter. Imparable pour tout quidam amateur de sensations fortes.

Thibault

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Tracklist

So So Modern - Crude Futures (2010, Transgressive Records)

01. Life In The Undergrowth
02. The Worst Is Yet To Come
03. Dendrons
04. Be Anywhere
05. Berlin
06. Dusk & Children
07. Holiday
08. Island Hopping /Channel Crossing
09. Give Everything


Television Personalities l'interview

television 

Malgré plus d’une dizaine d’albums, un réseau de fans inconditionnels, et le soutien de la presse spécialisée votre succès en France reste confidentiel malgré plusieurs passages remarquables et remarqués. Pensez-vous que la manière d’appréhender la musique du point de vue des Français est très différente qu’Outre-Manche ?
Dan : Je ne vois aucune différence non, je ne suis pas connu en Grande Bretagne non plus,
Guitariste : tu es probablement plus connu en France qu'en Angleterre,
Dan : en Angleterre, je ne sais pas ce qu'ils pensent de nous, ils nous font faire des tours et des détours par des chemins tordus. Une fois de temps en temps, ils décident de nous accueillir avec des banderoles et des ballons, et puis ils nous rangent dans des boites, pour nous ressortir l'année suivante, ou celle d'après. Je ne sais pas vraiment ce qu'il y a dans l'esprit des gens, je ne comprends pas ça mieux que quelqu'un d'autre. Et de toutes manières, je ne crois pas qu'il y ait grand chose à comprendre de Television Personnalities. C'est assez simple en fait.

On vous a collé toutes les étiquettes, et vous êtes passés par un peu près par tous les styles de musique…
Dan : Je me suis perdu...

Comment définiriez-vous la musique de TV Personalities ?
Dan : je ne crois pas que nous ayons un style musical particulier, je ne pense pas à la musique en terme de style, c'est stupide.
Guitariste : est-ce que tu dirais que c'est honnête?
Dan : Oui, ça l'a toujours été, pour moi la musique, c'est très personnel,

Alors si vous parlez d'émotions dans votre musique, de quoi parle-t-on ?
Dan : et bien, le prochain album s'appellera probablement "Triste pauvreté" ! Je ne sais pas, il s'agit juste des circonstances dans lesquelles j'écris, qui se transposent en musique.

Vos textes passent régulièrement du rire aux larmes, du cynisme au drame…
Dan : ça, c'est avant le petit-déjeuner...

Vous avez un certain penchant pour le clair-obsur, non ?
Dan : c'est juste ma manière d'être, et ce n'est pas comme ça qu'est la vie réelle,

Mais c'est votre vie...
Dan : pour la plus grande partie, oui,
Guitariste : ou la vie d'autres personnes parfois?
Dan : oui, c'est aussi de l'observation, mais les gens prennent ça souvent pour autre chose, pour un style un peu Lou Reed. Je ne suis pas un grand fan de Lou Reed, les gens pensent souvent qu'il a vraiment vécu la vie qu'il dépeint dans ses chansons, mais je peux vous assurer que Lou Reed n'a jamais attendu l'homme (nd : I'm waiting for my man). Ca n'était pas Lou Reed, c'était quelqu'un d'autre. Et ce n'était pas non plus moi.

On vous reproche souvent d’être trop entier, parfois ingérable, vous n’hésitez à vous mettre à nu dans vos chansons. Pensez-vous que c’est là la recette de votre véritable succès ?
Dan : succès? Quel succès? Mes excès peut-être ! Ingérable? Non, je suis juste quelqu'un de "sanguin"... Je trace ma propre route la plupart du temps. Et je laisse tomber les gens, c'est probablement ma faiblesse. Il faut toujours que je descende du bus pour sauter dans un autre bus, parce que je veux voir ce qui se passe dans ce bus-là. Il y a beaucoup à voir dans les bus et les trains. Surtout dans les trains. Ou dans les bus de Londres.

My Dark Places...
Dan : oh vous en avez un aussi?

De côté obscur? Oui je pense, comme tout le monde.

My Dark Places marqua votre résurrection et celle de TV Personalities, mais pas seulement, on note des bouleversements notables dans votre manière de composer, de jouer. Une certaine accalmie au niveau du rythme. Est-ce dû à votre état d’esprit actuel ? A une envie de passer à autre chose ?
Dan : Mon état d'esprit? (rires) Vous n'avez pas envie d'aller voir là-dedans, croyez-moi... My Dark Places, est sombre. Il est très différent du reste de TV Personnalities, vraiment différent. J'en ai écrit la plus grosse partie tout seul, sans personne autour de moi, je préférais travailler seul. Ces temps-ci, j'aime bien travailler avec d'autres personnes. Mais pour My Dark Places, je n'avais rien fait depuis longtemps, et j'avais envie de faire les choses seul... Pour le nouvel album, j'avais un nouveau jouet pour m'amuser. Un synthé qui fait des trucs dingues, je me suis dit que ça pourrait être fun. Je m'ennuie juste avec les guitares. C'est un album drôle, je suis très détaché de ce que je fais en musique. Quand j'étais plus jeune, j'étais excité par tout le truc, faire l'album, la création de la pochette, etc. Maintenant, ce n'est plus comme ça, j'écris une chanson et c'est tout. Je ne veux plus m'investir dans ce qui s'ensuit. Je suppose que ça compte beaucoup dans ce que je fais. Le nouvel album est très joyeux.

Vous aimez énormément les dédicaces (They Could Have Been Bigger Than the Beatles, Lichtenstein paintings, Peter Gabriel song, Eminem song…), beaucoup de peintres aussi...
Dan : Oui oui, des films aussi, mes premières amours sont vraiment la musique, les films et la photographie,

Et quels sont les artistes qui ont changés votre vie ?
Dan : Je ne dirais pas que les artistes ont changés ma vie, je ne crois pas que la peinture par exemple, ait le même pouvoir que la musique, de pouvoir changer les gens. C'est toujours sympa de regarder un tableau, c'est toujours intéressant mais je ne pense pas que l'Art touche les gens comme le fait la musique, ou la poésie. Mais j'aime l'Art, j'aime le pop Art, c'est plein de couleurs. J'aime aussi beaucoup l'Art espagnol, parce que l'Art britannique est juste... typiquement british. Des montagnes... J'aime les artistes fous comme Bacon, mais je n'aime pas Picasso, beaucoup de gens les comparent mais je ne vois pas du tout pourquoi. J'aime l'Art qui fait sourire, qui fait danser. Enfin je préfère sourire de l'Art. Même si je suis un excellent danseur ! Je peux peindre et danser en même temps. Peu de gens savent faire ça.

Et quand sort votre prochain album ?
Dan : Si tout va bien, fin mars/debut avril je pense.

Que peut-on vous souhaiter pour 2010 ?
Dan : Je vais vous faire une liste. Une très longue liste.

propos recueillis lors du festival Mo'Fo 2010 par Virginie Polanski. et Akitrash 

Band of Skulls l'interview

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De passage à Paris pour un petit live à la Flèche d'Or et un peu de promo pour leur ravageur premier album Baby Darling Doll Face Honey, le trio mixte de Band of Skulls a accepté de répondre à quelques une de nos questions sur un mode minimal : la One Word Interview. Esseulés par une intense journée, la créative Emma, le chevelu Russel et le rebondi Matt se sont prêtés au jeu, avant de nous livrer un show au taquet, rageur et transpirant, dont voici quelques images.

Virginie Polanski.

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Liars l'interview

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C'était le 13 janvier dernier dans un petit hôtel près de Pigalle. Les trois gaillards de Liars se prêtaient à l'exercice périlleux de la promo pour leur nouvel album Sisterworld (sortie programmée le 8 mars prochain) enchaînant interview sur interview, et c'est à la fin d'une journée bien chargée que nous les avons rencontrés. Fans de la première heure, nous nous sommes rués sur l'occasion de récolter la bonne parole d'Angus Andrew, le leader charismatique du groupe et de ses deux acolytes Aaron Hemphill et Julian Gross, dans l'aventure toujours plus surprenante de Liars. Impressionnant et même parfois effrayant sur scène, Angus nous a surpris par sa gentillesse et l'attachement qu'il a porté à répondre à toutes nos questions. Si Sisterworld est une telle réussite, c'est aussi grâce à la douceur et à l'empathie que le groupe a su développer pour capter au mieux la détresse du monde qu'il a décidé de dépeindre en musique.

Vv.

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Liars - Sisterworld

liars-sisterworldQu'il est bon de retrouver un vieil amant. Ce n'est certes pas la première chose que je me sois dite en apprenant le retour des Liarsavec leur nouvel album Sisterworld. Ma première réflexion donnait plutôt "youpi c'est le retour des cinglés", refrain qu'entonne d'ailleurs joyeusement leur dossier de presse. Comme si leur étrangeté, au sens premier du terme, garantissait d'office une certaine déviance mentale. Il faut vraiment être fou pour produire une musique pareille, se disent-ils. Mais ce qu'on retrouve avant tout avec chaque nouvel album des Liars, c'est la passion inaltérée d'un trio sans étiquette aucune. En marge, et fiers de l'être.

Cinquième album d'une discographie empreinte de liberté artistique toujours plus forte, Sisterworld nous prend immédiatement à la gorge avec le premier extrait Sissors, dans lequel la voix d'Angus Andrew nous chuchote qu'il "l'a trouvée avec ses ciseaux". On frissonne, et la première salve de marteaux-piqueurs nous envoie direct au tapis, où l'on va rester pour écouter la suite. Après tout, rien ne sert de se débattre, ils nous tiennent déjà trop fort entre leurs pattes. Angus a beau répéter qu'il est un lâche (I'm a Coward), il veut avant tout réparer les dégâts (I Wanna Make It Up). Et les titres d'osciller entre une certaine douceur, baignée d'angoisses il est vrai (I Still Can See an Outside World ou No Barrier Fun), et de pures envolées de nerfs, tout en retenue, une véritable rage contenue dans la gorge (Scarecrows On a Killer Slant). On se retrouve un peu à la maison, hantée certes, avec ce chant dissonant qui fait toujours un peu grincer les dents, cauchemar éveillé où se croisent des silhouettes cabossées (Here Comes All The People).

Et c'est sans aucun doute sur ces quelques titres plus lancinants que l'inspiration des Liars transparaît le plus. Témoins de la pauvreté et de la violence d'une société en pleine explosion dans la ville du cinéma et du glamour, Angus et ses deux acolytes se sont approchés au plus près de la réalité de Los Angeles. L.A, Delhi ou Shanghai, peu importe. La mégalopole qui aspire ses habitants dans une spirale toujours plus rapide, c'est précisément dans l'oeil du cyclone que se trouvent les Liars. "Nous pensons que la majorité de la musique produite aujourd'hui n'est pas représentative de ce que la vie est vraiment". Tout est dit.

Malgré tout, l'espoir émerge à quelques moments. C'est soudain, ça ne prévient pas, c'en est presque déstabilisant. Proud Evolution vient d'un autre hémisphère. Tout n'est pas foutu. Ce titre apparaît à contrario comme le plus étrange de l'album, entre guitares cinglantes, sonorités râpeuses et chant inquiétant, le monde post-apocalyptique des Liars nous devient familier, presque une décennie qu'Angus nous chante ses angoisses les plus profondes, et d'un coup d'un seul, il nous tend la main, nous relève du tapis, et nous souffle qu'une "évolution fière" est possible. Décoiffant. C'est là aussi très étrange à énoncer ici mais il y a un je ne sais quoi de Massive Attack dans l'arrangement de ce morceau.

Autre motif de réjouissance, Sisterworld sort en édition limitée avec une flopée de remixes et de duos (dont un avec Alan Vega), un projet qui tenait les Liars à coeur "L'idée était de vraiment repenser ce qu'est un remix, parce qu'il semble que c'est devenu une catégorie très formelle de production, un truc entre dj's et producteurs qui font du dancefloor avec des titres rock, ce qu'on trouve assez ennuyeux. Nous avons donc demandé à des gens qui ne font jamais de remixes de s'y coller, pour voir ce qu'il arriverait s'ils n'avaient aucune limite, et le résultat est assez excitant." La liste des participants elle, transpire d'excitation c'est sûr : Thom Yorke TV on the Radio, Blonde Redhead, Devendra Banhart, Cris and Cosy (Throbbing Wristle)...

Et non, les Liars ne sont pas complètement frappés, ils s'approchent avec justesse du monde dans lequel nous vivons et de tous ses aspects plus effrayants les uns que les autres. Et avant de condamner une fois de plus les trois californiens à la camisole chimique pour "étrangeté" messieurs les jurés, dites vous bien une chose, les Liars créent le son de notre époque, que celle-ci vous plaise ou non. Et avec Sisterworld, notre petite soeur la Terre a du souci à se faire. Goodnight Everything.

Audio

Liars - Scissor

Tracklist

Liars - Sisterworld (Mute, 2010)

01. Scissor
02. No Barrier Fun
03. Here Comes All The People
04. Drip
05. Scarecrows On A Killer Slant
06. I Still Can See An Outside World
07. Proud Evolution
08. Drop Dead
09. The Overachievers
10. Goodnight Everything
11. Too Much, Too Much


Spoon - Transference

spoon1Spoon fait partie de ces groupes dont on connait le nom par cœur, qu’on écoute régulièrement mais dont on serait incapable de reconnaître un morceau lors d’un blind test. Pourtant Transference pourrait bien inverser cette tendance qui n’a jamais réellement permis à ce groupe originaire d’Austin de se démarquer de la masse rock FM.
Perpétuellement la chaise entre deux culs, Spoon sonne à la fois comme des popeux propres sur eux, mais garde également cette rage post-hardcore lourde et compacte, qui heurte de plein fouet. Conscients des erreurs commises sur leur précédent disque: Ga Ga Ga Ga Ga, les quatre membres s’équilibrent sur Before Destruction, avant d’effectuer leur réelle mue sur Is love forever ?qui doit sa réussite au jeu de batterie ahurissant d’un Jim Eno, semblant trouver l’inspiration dans les sons de caisses emblématiques de Can.
Le single Written in reverse ne passera pas non plus inaperçu. Pur instant de démence sur lequel Britt Daniel ensorcelé de sa voix éraillée, basculant de la nonchalance à l’hystérie, en se dandinant sur des notes de pianos saccadées et des riffs white-funk.
Bien entendu comme tout bon album de rock alternatif, Transference, compte également son lot de ballades, et parfois teintées de soul (Goodnight Laura, Who Makes Your Money). Mais ce qui ressort le plus de ce nouvel essai des Texans, c’est cette radicalisation de leur pop, nettement plus arty, adoptant une facette dancefloor disco-punk qui lorgne parfois du côté des New-Yorkais de DFA (The Mystery Zone) tout en conservant l’énergie brute qui les a toujours caractérisés (Got Nuffin’).

akitrash

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Spoon - Who Makes Your Money

Tracklist

Spoon - Transference (Anti-, 2010)

1. Before Destruction
2. Is Love Forever?
3. The Mystery Zone
4. Who Makes Your Money
5. Written In Reverse
6. I Saw the Light
7. Trouble Comes Running
8. Goodnight Laura
9. Out Go the Lights
10. Got Nuffin
11. Nobody Gets Me But You


collapse under the empire - find a place to be safe / The American Dollar - Atlas

front2the-american-dollar-atlasJ'ai toujours eu un peu de mal avec les étiquettes censées définir le style qu'exerce un groupe. Le définir ou l'enfermer. Mais en réalité, ce qui me dérange dans ce jeu un peu vain, outre de la fatuité à inventer des compartimentages éphémères dénués de sens, c'est qu'il s'agit le plus souvent d'une solution commode pour éviter d'ergoter sur la musique des groupes dont on parle. La loi de l'emmerdement minimum en somme. "Tu vas voir le concert de X ? Ok, ils font quoi comme style ? C'est entre post-punk et synth-pop, tu vois le genre ?". Définitivement, il parait plus commode de repérer les similarités entre groupes, puisque tout est une question d'influences, et ce, depuis des temps immémoriaux. Chacun apporte sa pierre en se servant de celle des autres pour avancer. Même les punks, qui voulaient détruire le rock'n'roll et faire table rase du passé, sont aujourd'hui logés à la même enseigne : rayon pop-rock de n'importe quel vendeur de disques cellophanés. Mais s'il y avait un concours d'inepties pour verbiage de chroniqueurs, le post-rock décrocherait, haut la main, la timbale. Pour être catalogué post-rock, il suffit, apparemment, de laisser tomber le chant et de remplacer celui-ci par de progressives vagues de saturation se déployant sur des morceaux longs aux titres imprononçables. Ce serait faire injure aux méritants pionniers, de Tortoise à Mogwai en passant par la nébuleuse Constellation, que de résumer ceci en une seule phrase, mais ces valeureux laborantins n'eurent de cesse justement de réprouver ledit terme. Avec le temps, on comprend mieux pourquoi. A titre d'exemple, comment prétendre que les écossais de Mogwai tentaient d'imaginer l'après du rock en expérimentant des sonorités empilant les décibels quand - au même moment - ils se consacraient corps et âme à l'édification d'un label dénommé Rock Action ? Osons le dire, il n'y a pas de mouvement ou de style post-rock. Il y a seulement plusieurs manières de jouer d'un rock que l'on qualifiera - tout bêtement - d'instrumental. L'occasion est d'ailleurs trop belle pour parler de ces dernières puisqu'une quantité insoupçonnable de disques est encore jetée en pâture à l'auditeur tout auréolée de l'ineffable épithète. Prenons deux exemples, Collapse Under the Empire avec Find a Place to be Safe et The American Dollar avec Atlas, qui au-delà de se partager l'unique originalité d'être des duos, se gargarisent à renâcler des formules aussi éculées que prévisibles. Sans s'étendre sur le contenu de chacun des deux disques - car il faut un don que je n'ai pas pour faire état des infimes nuances existantes entre chacun des morceaux - on peut arguer que Collapse Under the Empire décline l'option b) du rock instrumental quand The American Dollar s'en adjuge la c). Je reviendrai sur la a) un peu plus loin. L'option b) limite le propos à ressasser ce que des milliers de groupes ont fait avant eux avec tout autant de brio. C'est simple, le dernier effort de Martin Grimm (guitares) et de Chris Burda (claviers) aurait pu être celui d'Explosions In the Sky, de From Monument to Masses ou encore de God is an Astronaut. Une introduction calme, une mélodie lointaine et aérienne, puis un brouillard lourd de saturations terminant le morceau en apocalypse. L'option b) est donc celle des mecs doués mais légèrement feignants sur les bords. L'option c) est une variante de l'option b), à la différence près qu'elle inocule un bon nombre de sonorités et d'arrangements électroniques. L'éventail des possibles s'élargit, et on tombe parfois sur quelques pépites. En l'occurrence, Richard Cupolo et John Emanuele ne s'en tirent pas trop mal, sans pour autant être sûr de sortir The American Dollar de l'ornière. Le retour annoncé des allemands de To Rococo Rot compliquera sévèrement les choses. L'option a) est celle des pionniers précités. Elle est la marque d'une liberté de style la plus complète (comment comparer Tortoise à Mogwai ?) et d'une exigence créatrice confinant au génie : les groupes du label Constellation (Godspeed You Black Emperor,  Do Make Say ThinkFly Pan Am...), bien que souvent composés des mêmes musiciens, n'ont jamais abouti au même résultat quand dans toute la discographie de Mogwai, aucun album n'est la redite d'un autre. Pour ces derniers, seule compte l'émotion pure, sur disque comme sur scène. Quant aux deux groupes vaguement chroniqués ici, j'opte pour l'instinct grégaire. Ni plus, ni moins.

Thibault

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Collapse Under the Empire - Angle Of Incidence

The American Dollar - A Few Words

Tracklists

Collapse Under the Empire - Find a Place to be Safe (Sister Jack Records, 2009)

01. Captured Moments
02. Crawling
03. Find A Place To Be Safe
04. Tranquillity
05. Angle Of Incidence
06. Decay
07. Far To The Past
08. A Smell Of Boiled Greens
09. Intelligence
10. Conscious Of Thirty-Nine
11. Take A Shot On Me

The American Dollar - Atlas (Yesh Music, 2010)

01. A Few Words
02. Age Of Wonder
03. Fade In Out
04. Shadows
05. Oil And Water
06. Circuits
07. Red Letter
08. Clones
09. Equinox
10. Second Sight
11. Frontier Melt
12. Flood
13. Escapist

Blastoids - Blastoids

frontAutant le dire tout de suite. Quand on chronique, on s'expose. Et je vois déjà le tollé poindre à la commissure des lèvres de chacun de mes petits camarades noctambules. J'anticipe leurs bouches déformées par l'indignation, le rictus complaisant... ah tu vois, tu vois... Ces amis enfiévrés, qui me suivent et m'entraînent. Qui m'entraînent oui, presque n'importe où, mais assurément jamais à un concert d'Animal Collective. A ces mots, s'embrasent les impatients : rien d'attirant, rien d'obnubilant. Rien. J'enfonce le clou dans la main de Jésus : inécoutable et sérieusement fatiguant. Une nuit, encore une, où je me sens de cette humeur frivole à charger comme je peux la barque de ces post-hippies ahuris, consacrés apôtres de l'expérience. L'œil atterré, je prête le flanc en jetant de l'huile sur le feu, celui de mon bûcher, fin prêt, en lâchant tout de go que l'un de mes trucs du moment, c'est de me farcir la petite tribu avinée et délurée, celle des Blastoids. On ne sais pas grand chose de ce trio s'extirpant des tréfonds du Tennessee, malgré un blog des familles, mais ils réhabilitent foutrement à mes oreilles, et ce dans un bordel sonique de grande classe, le trop fumeux psychédélisme torturé, écran de fumée d'un New-York bariolé. Électronique et claviers colorés, batterie furibarde et saillie d'électricité frustre, la pratique de l'art du contre temps est totale au cours de ce premier album éponyme, téléchargeable gracieusement ici (ce lien est disponible sur leur page MySpace), et faisant suite au maxi Megachurch disponible . Avec une imagerie aussi criarde que dégueulasse et avec cette drôle de manie de se peinturlurer sur scène tout en exhibant des objets à la con (hibou empaillé, machette amérindienne...), Joe, Charlie et Tyler envoient tout valdinguer sur quatorze morceaux anarchiques et joyeusement déstructurés. Des échos de voix enrouées, non loin d'un Beta Band décontaminé, racolent le chaland de la bête collective, quand de brèves incursions aussi violentes que bruitistes réveillent les fantômes de Lightning Bolt. L'album, sorti via la structure Environmental Aesthetics, forme une véritable entité pyramidale ou peu de morceaux se distinguent avec netteté (Morning Lights, Kids and Kandy, Kenny Winker) tant l'orgie tellurique entrecroise et entremêle son stupre halluciné entre chaque plage (Fake Indians, For What it's Worth, Space Montain). Je regarde au loin la meute qui s'essouffle. Totem et tabou. J'ai presque envie de mettre une plume dans les cheveux et de danser avec les loups.

Thibault

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Blastoids - Space Mountain

Tracklist

Blastoids-Blastoids (Self Release, 2010)

01. Morning Light
02. Kids And Candy
03. Fake Indians
04. Cowboy
05. Whonose
06. For What It's Worth
07. Human Bells
08. Troutdick
09. Mommydaddy
10. Kenny Winker
11. Space Mountain
12. Labrats
13. Witch Condumbs
14. All The Numbers


These New Puritans - Hidden

puritains452covEn 2008 These New Puritans avait réussi à s’extraire d’une masse qui semblait vouloir ressembler à tout prix à Bloc Party ou Franz Ferdinand en dopant sa pop au valium et à la novocaïne, mis à part sur le strident Elvis. Une bande de gamins décharnés, sapés comme des gravures de modes, mais cultivant cette attitude détachée et impassible qui fait froid dans le dos.
Bien décidé à remettre le couvert cette année, Hidden déboule comme un mastodonte dans un placard à balais et file directement une impression de claustrophobie. L’ambiance est étouffante, on se sent piégé dans l’obscurité la plus totale, avec pour seule indication d’orientation le martèlement de la batterie qui agresse les oreilles comme le pilonnage d’un marteau-piqueur. Ajoutez à cela la folle emballée orchestrale : cuivres, bois, violons, tambours, chœurs… et Hidden ressemblerait presque à la chevauchée fantastique. Presque car encore une fois le rythme pêche et fait défaut aux jumeaux Barnett. Cette variante contemplative qui avait autant surpris qu’excité sur le single We Want War fini par soûler et endormir pire qu’une plaquette de Lexomil, la formule se répétant inlassablement sur les onze morceaux. Seul Three Thousand et son allure redondante réussit à éveiller l’intérêt. Et la production de Dave Cooley n’arrivera pas à sauver du naufrage ce navire qui s’enfonce douloureusement dans l’abyme. Dommage, on attendait beaucoup du quatuor anglais qui semblait naviguer entre post-rock hype et gotha-electro visionniaire. Mais bon, la rencontre d’un iceberg sans doute.

akitrash

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These New Puritains - Three Thousand

Tracklist

These New Puritans - Hidden (Domino, 2010)

01. Time Xone
02. We Want War
03. Three Thousand
04. Hologram
05. Attack Music
06. Fire-Power
07. Orion
08. Canticle
09. Drum Courts-Where Corals Lie
10. White Chords
11. 5


Band Of Skulls - Baby Darling Doll Face Honey

bandofskullscoverTenter de capter l’énergie brute du rock alternatif des Black Keys ou des White Stripes tout en étant un trio anglais sorti de sa campagne de Southampton et ayant figuré sur la B.O. de Twilight 2 (le retour de la revanche du fils de Dracula pour post-ados attardés), c’est possible ? Et bien tout à fait, car de leur côté les Ricains ne se gênent pas pour piller l’indie-pop british, savamment, soit dit en passant. Il était donc temps que les Anglais leur rendent la monnaie de leur pièce. Écrasant au passage l’oubliable Dead Weather, projet monté à la hâte, et à mon goût au seul but d’encaisser quelques pépettes de plus, Emma Richardson et Russel Marsden font état de réels talents de vocalistes et secouent d’entrée de jeu sur Light Of The Morning, morceau d’intro suivi du lourd Death By Diamonds And Pearls qui soulève la poussière de sa rage, et sur lequel Russel singe Jack White avec brio. Pour un premier album, Band of Skulls s’affirme par un savoir-faire à l’ancienne et dégage une audace qui va puiser aux racines du stoner et du rock. Un cocktail de saturation de guitares, d’électricité ambiante, de cisèlement de batterie qui fait mouche, sans oublier les quelques ballades obligatoires (Honest, Cold Frame). Mais attention, peu avare en remerciements, on ressent ce petit côté The Who et Led Zep au milieu de l’album, avec des morceaux légèrement plus pop mais tout aussi conquérants (Patterns, Impossible). Baby Darling Doll Face Honey est l’album attendu par tous les amateurs de houblon portant fièrement leurs t-shirts à l’effigie de « III » puants toujours la sueur de la veille.

Aki

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Band of Skulls - Cold Frame

Tracklist

Band Of Skulls - Baby Darling Doll Face Honey (Domestic, 2010)

1. Light Of The Morning
2. Death By Diamonds And Pearls
3. I Know What I Am
4. Fires
5. Honest
6. Patterns
7. Hollywood Bowl
8. Bomb
9. Impossible
10. Blood
11. Dull Gold Heart
12. Cold Fame


Band of Skulls - I Know What I Am

bandofskull

Saviez-vous que le renouveau du rock alternatif passerait par l'Angleterre ? Si si...

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Harlem - Hippies

Ok. Il faut vraiment s'inquiéter des motivations de ces jeunes hommes de Harlem pour dénommer leur album Hippies. Est-ce le fait de passer de deux à quatre membres en moins d'une année ? La vie en communauté est-elle à ce point déliquescente ? Car franchement, après avoir supporter les gaillards de MGMT, et tous les sbires qui ont suivis munis de plûmes et de vêtements aussi folklos que ridicules, et ce juste après la très criarde vague fluo, il faut avoir de sacrées bonnes raisons pour écrire en sept lettres une telle connerie sur la pochette d'un second disque. D'autant plus que celui-ci sort sous les auspices auréolés de Matador - le 16 avril - quand le précédent Free Drugs - on ne se refait pas hein ! - était sorti confidentiellement en 2008 sur Female Fantasy. Kérouac et ses copains de la Beat Generation avaient enfanté le mouvement hippie, sur les cendres fumantes de la seconde guerre mondiale, pour ensuite le haïr avec acharnement. Tu m'étonnes. Accoucher d'un tel monstre, te voue au mieux à l'alcoolisme, au pire au suicide. Il me faut une bonne dose de courage pour passer outre et enclencher le disque des désormais quatre d'Harlem, qui, oh surprise, sont d'Austin, de ce bon vieux Texas, sentant la poussière et la vache grasse. Ma mauvaise langue de vipère les aurait envoyé à New-York et son ghetto fourni en chevelus psychés et autres breloques colorées. Logique. Mais les premiers accords font voler en éclats mon sadisme et mes a priori. C'est crasseux, mais pas new age pour un sou, le refrain de Someday Soon annonçant la couleur et envoyant direct le bois. D'ailleurs, rayon influences Michael Coomers et Curtis O’Mara nous aiguillonnent sobrement : "The only band we like is Nirvana. The only album we like is Nevermind. The only song we like is Smells Like Teen Spirit". Friendly Ghost, en guise de single, ne fait que confirmer la sauce : les joyeux délurés d'Harlem vident leurs bières et s'essuient d'un révère de manche à la santé des Black Lips, électrisant un blues d'accords crades et de mélopées braillardes. Ultimes avatars d'un rock que l'on qualifie à bon entendeur de garage, Harlem enchaîne le bon (Cloud Pleaser, Tila and I, Be Your Baby) le très bon (Number One, Gay Human Bones, Pissed) et le moins bon (Faces, Spray Paint, Scare You) en seize morceaux oscillant chacun entre deux et trois minutes. D'une unité remarquable, Hippies éprouve et insinue l'insupportable impatience. Celle que l'on ne peut réfréner à l'idée de quelques concerts mémorables, où les guiboles en prennent pour leur grade.

Thibault

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Harlem - Friendly Ghost

Bonus

Harlem - Pissed

Tracklist

Harlem - Hippies (Female Fantasy, 2009)

01. Someday Soon
02. Friendly Ghost
03. Spray Paint
04. Number One
05. Be Your Baby
06. Gay Human Bones
07. Torture Me
08. Cloud Pleaser
09. Faces
10. Tila and I
11. Three Legged Dog
12. Prairie My Heart
13. Scare You
14. Stripper Sunset
15. Pissed
16. Poolside


Jordan l'interview

jordanfeat

Jordan c'est Adrien, Batiste et Thibault. Jordan est donc un trio, où chacun chante et chacun transpire à grosses goutes, mais sans basse (guitare/claviers/batterie). Et ce n'est pas là leur seule originalité puisque ces parisiens d'adoption sont aussi attachés à la France que les Burger King. Jusqu'à présent, le groupe sillonne l'Hexagone un petit tour et puis s'en va... de l'autre côté de l'Atlantique. "Oh no we are domino !" a été enregistré, mixé et produit par Jay Pellici des 31 knots à San Francisco quand le second album, sur le point d'être finalisé, a été couché sur bandes à New York par Mike Law des New Idea Society. De quoi cerner l'appétence particulière de ces jeunes gens, à l'humour dévastateur, pour la lointaine Amérique et son mille-feuilles culturel. Jordan c'est aussi et surtout une histoire d'amitié et de démerde, féru d'un esprit do it youself - pour la production et distribution de leurs albums, comme pour la préparation de leur tournée européenne et américaine - que le groupe revendique et qui leur fait partager la scène depuis trois ans avec des troublions aussi talentueux que - outre ceux précités - Les Savy Fav, Robocop Kraus, Parts and Labor, Shipping News ou encore Ted Leo an the Pharmacists. De quoi forcer le respect et l'intérêt d'autant que l'électricité brute dégagée sur scène est impeccablement retranscrite sur disque.

Vous revenez d'une seconde tournée au Etats Unis, vous enregistrez vos albums outre atlantique, expliquez moi cet attrait pour l'Amérique ?

Adrien : L'idée importante pour moi c'est plutôt de s'isoler de chez nous. Être juste tous les trois face à nos morceaux. Après aux USA, il y a aussi l'attrait du studio et de producteurs de renom qui comprennent tout de suite là où on veut aller et qui en même temps sont contents de travailler avec des petits français. C'est donc une expérience totale. Et puis du coup bosser en anglais, c'est pareil, ça nous fait entrer dans un autre état d'esprit, ça nous tire vers le haut.

Batiste : Peut-être qu'on a trop été bercé par la télévision et le cinéma, en tout cas c'est toujours très impressionnant d'être là-bas, alors y faire des concerts, c'est fou.

Thibaut : Je vais te répondre exactement ce que j'ai dit au douanier Américain qui m'a posé la même question : "because you are the best !". Sans rire, quand tu vas bosser avec des gens là-bas, ils ont déjà tous une grosse expérience dans le son que tu veux et ce depuis plusieurs générations ; tu n'as que du matériel vintage, des producteurs rodés qui ont bossés sur des groupes que tu écoutes... et tout ça pour le même prix qu'en France vu la conversion du dollar ! dur de faire mieux que le King hé ! Un facteur très important dans le processus d'enregistrement reste aussi l'immersion totale, USA ou autres : il était très important pour nous d'inscrire nos albums dans un voyage, loin de la maison et seulement face à nous mêmes. Partir enregistrer tous les matins en métro, ça n'aurait pas été la même chose.

Des lieux, des endroits, des personnes... votre souvenir le plus marquant ?

Adrien : Ce que je trouve le plus fou en tournant aux USA ce sont les house shows qu'on a fait là bas. On en a enchaîné deux pendant la dernière tournée, un dimanche soir dans l'Oklahoma et un lundi soir en Arkansas et à chaque fois c'est complètement fou, c'est vraiment une expérience spéciale et ça sied vraiment au côté fête de la musique qu'on fait. C'est quelque chose qui est plus rare en France et en Europe. Sinon jouer en Floride sous un climat tellement tropical que la sono finit par céder, c'est assez dépaysant aussi !

Batiste :Il y a des concerts qui rassemblent tout ce qu'on peut attendre : une soirée bien organisée, des gens adorables, une ville nouvelle et magnifique, des bons groupes, des bonnes conditions, un public curieux, et des détails en plus : par exemple la route en Norvège à travers les fjords, le désert en Arizona, le public hyper content en Allemagne, les repas, et surtout les gens après les concerts, ça peut faire des sortes de soirées parfaites. Dans ces cas-là les concerts deviennent des moments très forts.

Thibaut : Pour ma part je dirais le premier concert à Boston ou il a fallut reprendre tous les réflexes d'une tournée américaine: pas de balance, matériel aléatoire, trouver à manger, ne pas sortir dans la rue avec son verre, montrer son passeport au barman, etc... C'est aussi le jour ou on a rencontré les Ho-Ag avec qui on a fait le concert de retour à Paris 6 semaines plus tard, on a dormi chez eux et ils ont dormi chez nous... la boucle est bouclée.

Vous venez de terminer votre second album, une nouvelle orientation ? ou une une suite logique du précédent ?

Adrien : C'est un peu des deux. On a pris le temps de plus travailler les chansons pour arriver à un résultat moins brut et moins garage on va dire. Les structures sont plus complexes, nos parties à tous plus travaillées. On voulait garder l'énergie lo-fi et délurée en passant une étape sur le côté technique. On est vraiment content car si le studio a été très éprouvant, j'ai l'impression qu'on s'est tous dépassé !

Batiste : Mike Law, le producteur du nouveau disque, nous a entraîné vers plus de rigueur, plus de perfectionnisme, on a beaucoup bossé, en peu de temps. C'était nouveau pour nous, mais ça a bien renouvelé notre façon d'enregistrer, pour changer les habitudes.

Thibaut : Pour la première fois on a utilisé l'informatique dans l'enregistrement, ça fait déjà une grosse différence. Le premier album et l'EP ont été enregistrés sur bande donc une grosse partie en live, ça n'a pas été le cas pour celui ci. Il y a aussi beaucoup plus de secondes guitares que nous avons insérées en live grâce a des effets de bouclage depuis un certain temps déjà. Je pense que ces deux éléments rendent cet album un plus riche même s'il reste logique.

Le concert fêtant votre retour à Paris, début décembre à l'International, semble avoir convaincu pas mal de monde. Contents de reprendre la route en France ? Une idée de ce qui va suivre ?

Adrien : C'était super comme concert oui, surtout à Paris où on a parfois l'impression que tout est un peu guindé. Là c'était assez fou et on était super heureux d'y rejouer. On préfère définitivement les petits endroits avec les gens tout près et contents d'être là. Un grand merci au passage à Laure qui a organisé le concert et aux incroyables Ho Ag et Titus d'enfer ! On fait une mini-tournée de dix dates en Europe en Février et ensuite le disque va sortir en mai/juin et suivra une grosse tournée en Europe et en Amérique du Nord et pourquoi pas de nouveaux territoires.

Batiste : L'International est un super lieu, c'était une très bonne soirée. J'adore Ho-Ag. Ravi de tourner à nouveau pour rencontrer des gens, en France ou ailleurs.

Des projets parallèles à déclarer ?

Adrien : Moi je joue dans un duo tout nouveau qui s'appelle Trésors et j'ai un projet solo encore secret !

Batiste : Je chante avec une guitare, mais c'est pas encore prêt...

Thibaut : Pour ma part j'ai plusieurs projets secrets qui sont des Trésors et ou je chante avec ma guitare, chut chut !

 


Cold War Kids – Behave Yourself

behaveyourself400Jamais franchement remis de l’essorage de leur Hang Me Up To Dry, c’est début janvier que le quatuor Californien Cold War Kids mettra le feu à son public grâce au terrifiant EP Behave Yourself. Faîtes place, après deux albums Robbers & Cowards et  Loyalty to Loyalty brillants et promettant le groupe à un grand avenir, cette fois-ci, l’équipe de Nathan Willett s’apprête à passer un cap. Mariage de la grandiloquence du rock et de l’intimisme du blues, la voix écorchée de son chanteur se baladant sur quelques octaves très soul font de se Behave Yourself un must-have de ce début 2010, et annonce le retour fracassant de ces garçons de la Guerre Froide dont le troisième opus devrait arriver courant d’année… Patience.

Akitrash

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Cold War Kids - Audience of One

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Tracklist

Cold War Kids – Behave Yourself (Universal, 2009)

01-Audience of One
02-Coffee Spoon
03-Santa Ana Winds
04-Sermons
05 - Baby Boy


Animal Collective - Brother Sport

animalcollectiveVoyons grand, pensons intelligent, Animal Collective finira certainement ses vieux jours soit dans une cabane isolée à psalmodier des hymnes inaudibles à moitié à poil comme de hippies ayant avalés trop de LSD, soit à semer la panique en fauteuil roulant dans les couloirs délabrés d’un hospice de Brooklyn. Toujours accroché à Merriweather Post Pavillon alors que le pourtant sublime EP Fall Be Kind a atterri dans nos bacs depuis un moment déjà, la vidéo de l’entêtant Brother Sport débarque près d’un an après la sortie dudit album, et appose son style barré au code couleur primaire et bariolé. A déguster au rayon psyché de nature et découverte et à apprécier quand on a su garder son âme d’enfant.

et Patrice de rajouter :

3 bonnes raisons de regarder ce clip:

* le son d'Animal Collective
* des enfants sous psychotropes
* ...et...et... je vous laisse deviner

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