Don Niño - That Kind Of Light (PREMIERE)

En pleine effervescence suite à la célébration des vingt ans de Prohibited Records (lire) et la reformation de leur groupe Prohibition, les frères Laureau nous l'avaient garanti : loin de paraboles nostalgiques, ce regard dans le rétro-viseur n'avait qu'un seul aboutissement, regarder devant, sans une once de regrets, le sentiment de la passion accomplie. Il n'en fallait donc pas plus pour déjà entrevoir le futur et notamment de leur projets respectifs dont celui de Nicolas, Don Niño, qu'il réactive après un hiatus de presque quatre ans et l'album In The Backyard Of Your Mind paru sur Infiné. A voir le jour comme ses trois premiers efforts solitaires sur Prohibited Records le 4 mars prochain, le dénommé The Keyboard Songs, à la patine folk délicate malgré une luxuriante instrumentation baignée de synthétiseurs et de batteries en rupture, est défloré ci-après avec l'introductive That Kind Of Light qu'on ne se lassera pas d'écouter à l'aune de longue soirée d'hiver.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Don Niño - The Keyboard Songs (Prohibited Records, 4 mars 2016)

01. That Kind Of Light
02. My Invisible Tattoos
03. Like A Cat
04. Airplane Song
05. Wings
06. The Death Of Jean Seberg
07. Final Sight
08. It's Not A Crime
09. I'll Never Let You Go Too Far


Who are you Prohibited Records?

6 janvier 2015, 18 heures. Les frères Laureau me font face dans un coin exigu de la Rotonde Stalingrad. L’aîné, Fabrice, véhicule une bonhomie parcheminant son visage, parfois contredite par l'expression sèche et abrupte de ses opinions. Producteur chevronné - de Yann Tiersen aux Dirty Three en passant par Shannon Wright -, l'ancien bassiste de Prohibition et pierre angulaire avec son frère de Prohibited Records et NLF3, s'essaye depuis quelques années avec une réussite certaine, par le biais de son projet F/LOR (lire), à une musique électronique aux profondes exhalations analogiques, tutoyant avec subtilité musique répétitive, ambient et electronica. Son frère, Nicolas, moins discret, à l'allure bohème et à la parole volubile, n'attend qu'une chose, raconter son histoire, leur histoire. Lui qui fut guitariste de Prohibition et féru de musique traditionnelle indienne, allant jusqu'à importer un sitar dans cette même formation au post-punk anguleux, n'a de cesse depuis de creuser les méandres d'un psychédélisme érudit et cosmopolite, entre la poésie folk et introspective de son alias Don Nino et les divagations électro-acoustiques de sa collaboration au sein de We:Mantra avec le producteur mexicain Cubenx et le plasticien Antoine Schmitt. La nuit tombe, les demis sont servis, Nicolas résume. On était venu au concert d'Ela Orleans organisé par Hartzine à l'International. Oh, c'était il n'y a pas si longtemps. C'était en 2011, non ? Depuis, qu'est-ce qu'on a fait ? J'ai sorti mon disque In The Backyard Of Your Mind peu après, puis en 2012, on a fait les ciné-concerts Der Golem : Wie er in die Welt kam avec NLF3 et le guitariste Eric Minkkinen, ensuite Fabrice a édité en 2013 son album Black Flakes, et puis on a confectionné cette année le disque Pink Renaissance de NLF3. Et nous voilà en face de toi. Seconde interview en réalité pour Hartzine, la première ayant eu lieu fin 2010 à l'occasion de l'avant-dernier album de NLF3, Beautiful Is The Way To The World Beyond (lire), entrevue pendant laquelle on avait déjà pas mal brassé autour de Prohibition, le groupe par lequel tout a commencé en 1993 et l'album Turtle‎, Prohibited, label créé en 1995 à l'occasion de la sortie de Cobweb-day, troisième album de Prohibition, et l'environnement si foisonnant de la musique indépendante hexagonale propre aux années quatre-vingt-dix. Nicolas en précisait déjà l'essence, cette envie commune d’une rupture avec l’esthétique pesante du rock alternatif des années 80. C’est ce qui avait constitué les bases d’un nouveau réseau. De nouveaux labels se montaient et ouvraient des magasins de disques tels Black & Noir à Nantes et Angers et Vicious Circle à Bordeaux et Toulouse. Avec une forte envie de casser le schéma franco-français. Beaucoup de groupes aussi se sont mis à être plus noise ou bruts. Bien sûr, le Black Box Studio, tenu de main de maître par Iain Burgess, représentait beaucoup. Ce soir, la tonalité est la même puisqu’il s'agit d'aborder une année de célébration, celle des vingt ans du label, matérialisée à la fois par quelques séries de concerts, deux mixtapes - Rarities et Curiosities, à écouter en intégralité ci-après -, et plusieurs rééditions, dont le monumental 14 Ups And Downsinitialement paru en 1998 et clôturant définitivement la discographie de Prohibition. Un concert événement a d'ailleurs lieu au Petit Bain à l'occasion du Disquaire Day le samedi 18 avril prochain avec NLF3, Heliogabale et la doublette Quentin Rollet, ancien saxophoniste de Prohibition, et Jérôme Lorichon, ex-batteur de Purr (Event FB). On fait gagner des places en fin d'article, sachant qu'une mixtape de NLF3, B.O. Favorites, est à écouter ci-après en exclusivité.

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On rentre dans le dur. Ce qui est amusant, c'est qu'au moment même où l'on s'apprête à fêter ces vingt années de label, on a dénommé notre dernier album avec NLF3 Pink Renaissance, comme si celui-ci annonçait une renaissance de quelque chose. Ce n'était pas voulu. C'est un processus tout à fait inconscient qui tient plus à l'énergie créatrice naturelle et spontanée qui a découlé des retrouvailles du groupe pour enregistrer après deux ans de hiatus consacré à nos projets respectifs. On était à la cambrousse, on regardait le ciel, j'ai choisi une couleur et je l'ai proposée aux autres. C'était un ciel de transition, cette idée de transition s'associait parfaitement à celle de renaissance. Et si cette alchimie en perpétuelle recomposition n'était pas le cœur du projet NLF3 ? C'est instinctif, on ne se force pas, ce n'est pas une posture. Et ça vaut pour l'époque Prohibition. Et cet aspect jamais figé, changeant, je l'explique par le fait que nous sommes des déracinés. Il n'y a pas d'autre explication a notre façon de faire de la musique. S'il n'y avait pas eu ce déracinement, peut être que l'on ne ferait pas de musique. Ou peut être que l'on ne ferait pas cette musique. On est né à Montpellier mais notre enfance, on l'a vécue à l'étranger, et ce, dans trois pays importants à l'époque, l'ex-URSS, l'Allemagne de l'Ouest et les Etats-Unis, soit la géopolitique dans toute sa splendeur. Après, on a eu la chance de voyager en Afrique, dans des coins difficiles comme le Nigeria. Ces voyages nous ont rendu naturel le fait de s'intéresser à plusieurs cultures différentes en même temps. Cette habitude a toujours fait partie de notre vie, ce n'est pas une pièce rapportée, incorporée. Et puis il n'y a pas de revendication. Finalement, on est là mais on pourrait être ailleurs aussi, on vit à Paris, mais on pourrait vivre ailleurs, et faire les mêmes choses et avoir les mêmes attitudes. Et Fabrice de mettre en perspective le label avec l'histoire de deux frères et une sorte de destinée familiale. Comme enfant, on changeait souvent de pays, tous les deux on a créé une relation très forte. Entre frères. On perdait nos copains d'école, et l'on restait ensemble : on a toujours été complices. Du coup, si le label arrive à exister au bout de vingt ans et que l'on fait encore de la musique au bout de vingt-cinq ans ensemble, et ce, malgré nos projets différents, c'est grâce a cette complicité. Un même sang, mais aussi celui de la vigne. On est des petit-fils de vigneron. On a toujours été des gros bosseurs, capables de passer beaucoup de temps sur des trucs qui ne ramènent pas d'argent. Quand on a créé le label, on voulait faire de la musique mais aussi s'occuper de toutes les choses qu'il y avait autour, que ce soit les pochettes, la production... Un coté matériel et artisanal assumé, tel un vigneron indépendant qui colle l'étiquette de ses bouteilles lui même. Et si l'on n'avait pas eu la famille que l'on avait dans le Sud, on n'aurait pas eu cette vision. De plus, le grand-père vigneron, il tapait aussi le violon. Déracinement et filiation, donc. C'est exactement ça, notre approche est un clash entre les deux. Quand on était à l'étranger, le seul point de retour en France c'était cette maison dans le Sud. C'était un véritable paradis pour nous. Et puis est venue l'heure des choix. Fabrice était destiné plutôt a une carrière de géologue et moi de chimiste. Je m'intéressais aux approches de la chimie par la physique. Fabrice coupe. Pour ma part, j'avais fini mes études, soit je faisais une thèse, soit je faisais intermittent du spectacle. Nicolas reprend. Moi non, j'ai claqué la porte le premier en m'arrêtant au niveau de la licence. J'étais celui qui s'occupait de tout le relationnel pour le groupe, puis le label, et comme on passait notre vie en tournée, entre début 95 et printemps 99, le choix s'est opéré de lui-même.

Prohibition USA Tour 1998

Prohibition USA Tour, 1998

Vingt ans, presque une cinquantaine de références, Prohibited possède déjà plusieurs vies. Parfois je me dis que le nom du label a pu être envahissant pour certains artistes. Il est quand même intimement lié au nom du groupe. Evidemment, pour nous deux, c'est un scénario parfait : le label créé par deux frères jouant au sein d'un groupe qui s'appelait Prohibition. Mais Prohibited, c'est plus qu'une histoire de frères, mais c'est aussi une histoire de communauté autour, qui est venue se greffer à ce que l'on était. Sans que le déracinement soit le sujet, il était véhiculé par nos histoires communes. Regarde Heliogabale, ou les deux frères à la base de Patton ou ceux d'Herman Dune. En lien avec cette communauté, il y a un lieu important. On a aménagé un local de répétition commun en 1996, juste après la création du label, et ce lieu reste le même. Presque tous les musiciens de l'époque s'en servent encore. Et de revenir au sens. Dans la signification, Prohibited, c’est le tabou, l’interdit. La prohibition, c’est ce moment dans l’histoire des Etats-Unis où l’interdiction de l’alcool créée une émergence de l’underground jazz incroyable. C’est cette idée qui a toujours compté. Avec Prohibited, on a dès le début eu cette volonté de sortir une musique souterraine. Je pense à un Iceberg et l’idée d’en révéler la partie immergée. Ce que l’on ne voit pas, qui n’est pas accessible, qui n’est pas dans l’air du temps, qui n’est pas vendeur, vendable et qui n’est pas défendu. Voilà la véritable philosophie de l’underground. La structure Prohibited a été créée en 1994, mais elle a été officialisée en 1995 avec le disque Cobweb-day de Prohibition. On avait une association pour le groupe qui préexistait et qui gérait les dates de concert et les tournées. L'idée de créer un label ne se réduisait donc pas uniquement à sortir notre musique, mais plus à la volonté de rassembler une énergie, et formaliser un ensemble que l'on sentait en pleine éclosion avec des groupes comme Purr ou Pregnant. On fonctionnait déjà comme groupe et on pouvait aider derrière d'autres formations à avancer, soit plus jeunes, soit moins structurées. Cette volonté nous était suggérée par des gens que l'on considère encore comme de véritables grands frères, que ce soit ceux de Fugazi, Touch and Go ou The Ex, qui avaient eux aussi leur propre label, Ex Records. Dischord est un exemple magnifique, en plus d'avoir été de véritables anges gardiens. Ils nous ont filé pas mal de coups de main en nous invitant en tournée et en faisant preuve de bienveillance à notre égard. On a participé à un défrichage, un débroussaillage assez énorme. C'est vrai que quand je prends la période Prohibition, je passais ma vie à expliquer pourquoi on chantait en anglais. On n'était pas vraiment affilié à la scène alternative française des années quatre-vingt. En revanche, les Thugs nous ont soutenus dès le départ, notamment via leur label Black & Noir, et toute la belle énergie qu'il y avait autour avec les Angevins de Hint, dans le Sud Drive Blind, à Lyon Bästard ou Voodoo Muzak. Il y avait une connivence, mais pas de réseau, il fallait le créer, et pour ça, on avait des fax et des putain de téléphones. On utilisait le fanzinat, on se battait vraiment pour avoir quatre ou cinq dates qui s'enchaînaient. On a continué le travail qu'avaient réalisé Marsu - fondateur du label Bondage et manager des Béruriers Noirs - ou Éric Débris de Métal Urbain et d'autres, des activistes de la scène alternative punk française. On a eu du succès et on ne se rendait même pas compte. On ne vendait pas non plus énormément de disques, quelques milliers, on se démerdait seuls et on avait une relation épistolaire avec certains fans. Mais qu'on joue en première partie de Fugazi ou de Noir Désir, ou avec nos potes sur des plateaux plus petits, il y avait toujours du monde. Je me souviens de concerts comme celui au Café de la Danse en 1997, le premier estampillé Prohibited. On refusait du monde. Cinq cent dedans, cent-cinquante dehors. Ça nous a fait tenir. 

Prohibited 2

Hier donc, et aujourd’hui. C'est plus individualiste et moins facile. D'une part parce que tout va plus vite et qu'il n'y a jamais eu autant de bonne musique. Et puis, il y a beaucoup de redondances, de la musique de blancs-becs doublée d'un phénomène sur les premiers disques sonnant bien dans l'air du temps. Ça me rappelle le mec d'EMI a qui on avait proposé Herman Düne en licence car on avait besoin de passer un cap, de se délester de la distribution artisanale, lourde a assurer pour des artistes comme nous. Le mec nous répond que c'est de la folk, que ça n'intéressera personne. En 1999, soit peu avant l’avènement de l'anti-folk. Avec Fabrice, on trouvait la musique bonne, les mecs intrigants. Ces histoires de tendance... On débattait peu avant dans notre petit bureau que l'on avait juste à coté de Souffle Continu, prêt de Père-Lachaise, sur l'intérêt de sortir ou non un disque électronique, d'autant qu'on fréquentait des musiciens comme Lionel Fernandez de Sister Iodine qui commençait son projet abstract Discom ou Ludovic Poulet de Port Radium, des projets de la sorte qui vraiment nous fascinaient. Et puis on a rencontré les mecs d'Herman Düne avec une démo qu'on finit par écouter. Et là on se regarde avec Fabrice et on se dit : c'est ça que l'on doit sortir. On s'est mis a un endroit que personne n'attendait. Je ne te dis pas que l'on a inventé la folk mais voilà, fallait le faire.

A la question de savoir s'ils seraient prêts aujourd'hui, dans le contexte actuel, à retenter le coup et monter un label, les deux frangins parlent presque d'une même voix, en même temps. Fabrice embraye le premier. On ne sait pas ce que c'est que d'avoir vingt ans aujourd'hui. On sait ce que c'est d'avoir vingt dans les années quatre-vingt dix. Nicolas tempère. Peut-être oui, faire un label dans dix ans quand je n'aurai plus d'énergie pour faire de la musique, et de ne m'occuper que de ça. L’aîné de la fratrie reprend. La grosse différence avec Clapping (lire) ou Born Bad, deux labels parisiens dont on entend beaucoup parler en ce moment, c'est que ce ne sont pas des artistes qui les ont créés. Ce sont des gens qui sont fans de musique, absolument fans, mais qui ne sont pas artistes. Prohibited, ça colle intiment à notre parcours, c'est indissociable. C'est un parcours que l'on ne pourrait pas forcément refaire à l'heure actuelle, j'ai appris le métier de producteur par ce biais, Nicolas aussi. Il y a des incursions technologiques, un facteur temps, un facteur rencontres avec une acceptation du partage et une excitation inconsciente. Mais il y des mais, et surtout une réalité double qui a profondément transformé l’optique du label. L'autonomie, c'est fantastique, on ne dépend de personne donc la liberté est totale. Mais on est seul face a son compte en banque. Les gens ne s'en rendent pas compte, mais nous on ne se paye qu'en faisant des concerts. Quand on sort un disque, le but c'est de l'amortir sans perdre d'argent et de le diffuser dans les meilleurs conditions possibles sur les supports les plus adaptés. On en gagné de l'argent à l'époque sur les disques mais il y avait une différence en termes de volume de disques écoulés et d'attitude du public. Aujourd'hui celui-ci ne s'intéresse plus qu'à un ou deux morceaux, d'autant qu'il y a le streaming, la gratuité, et une concurrence à tous les niveaux. Est donc arrivé le moment du choix : les artistes avec qui l'on bossait n'avaient plus forcément besoin de nous et chacun on avait nos projets solo. D'autant qu'a un moment, il y a un écart dans la balance entre être la condition d'artiste et la réalité économique. Tu passes ton temps à payer pour le label mais à côté tu ne travailles pas. Comment tu fais pour manger ? Nous la seule chose que l'on sait faire c'est faire de la musique. Donc on fait de la musique. Et accessoirement du graphisme, de l'enregistrement, tout ce dont un label a besoin. Mais après avoir mis tout ce savoir-faire au service d'artistes avec qui l'on travaillait, on a préféré se concentrer sur nos propres projets respectifs. Aujourd'hui il y a de nouveau des labels qui sont instigués par des artistes, tels In Paradisum (lire) ou Antinote (lire).

Prohibition

Prohibition © Tramber, 1996

La seconde vie de Prohibited est ainsi intimement liée aux projets des frères Laureau, jetant sans doute un peu trop pudiquement un voile d'oubli sur ce qu'a pu représenter le label dans les années quatre-vingt-dix. Mais à l'heure de célébrer ce vingtième anniversaire, il n'y a pas l'once d'une quelconque mélancolie quant à l'instant révolu. Cette célébration rappelle à la mémoire de tous de beaux moments, sans nostalgie. C'est vivant. Nos projets n'ont peut être plus le soyeux de nos vingt ans, mais ils restent toujours vivants. Les deux mixtapes, où il n'y a pas d’absents, en sont un beau témoignage. D'ailleurs, vingt ans après, sortir des cassettes, c'est un véritable clin d’œil. A la fois parce que nos premières démo étaient enregistrées sur des cassettes qu'on vendait à la sortie des concerts, mais aussi parce que Prohibited, en tant que label, n'en a jamais sorti. Aussi, faire revenir exceptionnellement Shane Aspegren, moitié de Berg Sans Nipple, pour quelques dates, sachant que l'autre moitié du groupe, Jérôme Lorichon, improvise désormais avec Quentin Rollet, et ce, sans passer par notre intermédiaire, prouve l'alchimie si particulière de ce label. Et son énergie encore intacte, dont la soirée le 4 février dernier aux Instants Chavirés témoigne sans ambiguïté. Notre premier événement, on voulait absolument le faire là-bas, parce que c'est le premier endroit qui a ouvert ses portes en grand dans les années 90 pour organiser des concerts de musique improvisée. C'est venu de Quentin Rollet de Prohibition, de Marcel Perrin, batteur d'Heliogable, et Frank De Quengo du disquaire Bimbo Tower. A Paris et en proche banlieue, il n'y avait rien d'autre mis à part eux. Il y avait les Instants, puis après le Café de la Danse. C'était longtemps avant Mains d'Œuvres et le Point Éphémère. Ce soir là, presque trois heures de concert non-stop avec un entremêlement des projets et des personnalités invitées, dont un Luke Sutherland inénarrable au violon, tissent sur scène, comme dans le public, un fluide pas comme les autres, presque fraternel. Une célébration en forme d'intense communion, reflétant avant tout une certaine façon de prodiguer une musique sans doute moins noise qu'à la grande époque, mais plus aventureuse et inclassable qu'auparavant. Le charme est total et reste tenace.

Et la suite ? Nicolas ne joue pas la carte du mystère et dénombre les motifs de réjouissance. Pour ma part, j'ai fini un album solo, qui devrait sortir en fin d'année 2015. Avec NLF3, on a un disque d'inédits atmosphériques très ambient, des recherches pour des musiques de film, qu'on aimerait sortir au printemps. Plus hypothétique, on a quelques projets de disques, tel celui de Patton qui est quasi prêt. Fabrice ajoute, j'ai énormément de matériel accumulé, des parties de basse faite entre 1997 et 1999, que l'on retrouve d'ailleurs sur l'une des mixtapes, mais aussi des parties plus électroniques. Il faut que je trouve une façon de les sortir. Nicolas enfonce le clou. On va essayer de refaire des ciné-concerts, mais aussi des affiches communes avec les autres groupes du label. On est en train de regarder qui est disponible et à quelles dates. Par exemple, Heliogabale qui s'est remis à répéter. Et qui sera donc avec le 18 avril prochain avec NLF3 et le duo Quentin Rollet et Jérôme Lorichon au Petit Bain.

Dans dix ans ? Oui, on sera là. On ne s'est jamais dit qu'on allait arrêter demain.

Concours

On vous fait gagner trois places pour la soirée Prohibited le 18 avril au Petit Bain. Envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort la veille pour le lendemain.

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Mixtape NLF3 - B.O. Favorites

01. La Femme des sables - Toru Takemitsu - Intro
02. Ghostdog - Wu Tang Clan - Fast Shadow
03. Solaris - Cliff Martinez - Is This Everybody Wants
04. Casanova - Nino Rota - O’ Venezia, Venaga, Venusia
05. Mud - Dirty Three - Alice Wading
06. Debout - NLF3 - Foghorn
07. Le sacre du Printemps - I.Stravinsky par F.Say - Danse Sacrificielle
08. Carnage Visors - The Cure - Carnage Visors
09. Sweetsweetbackbasasssong - Melvin Von Peebles - Come On Feet
10. Profondo Rosso - Goblin - Mad Puppet
11. Starman - John Carpenter - Starman Theme
12. Dead Man - Neil Young - Guitar Solo n°2
13. Halloween - John Carpenter - Halloween Theme
14. Across 110th Street - Bobby Womack - Across 110th Street
15. Diaboliquement Votre - Francois de Roubaix - Machination
16. The Dog - Werner Jepson - The Dog
17. La Femme des Sables - Toru Takemitsu - Outro
18. Orfeu Negro - Antonio Carlos Jobim - Macumba

Mixtape Prohibited

SIDE A

01. NLF3 - Asian Opening (2006)
02. The Berg Sans Nipple - Agrestic Origin (2006)
03. Prohibition - Under Umbrellas (1998)
04. Heliogabale - A Friend (1999)
05. Don Nino & Luke Sutherland - Volcano (2011)
06. Patton - Bowling (w/ Camille Bodson)(1999)
07. Headphone - Koisandjak (F/lor remix) (2008)
08. Herman Dune - HD Rider (alternate version) (2001)
09. Purr - Apple Juice (1996)

SIDE B

01. NLF3 - Like Gremlins in Love (2011)
02. Mendelson - L'Afrique (2004/2005)
03. Wilfried* - Dans Le Jardin (version 2014)
04. Heliogabale - Dance Floor (1997)
05. Don Nino - If Only We Could Talk (2001)
06. Soeza - Argoed (2014)
07. F/lor - Oloyo Danz (Shane Aspegren remix)(2014)
08. Pregnant - Sofa (1996)
09 . The Berg Sans Nipple - Ecstatic Ether (2010)
10. F/lor - Rwrk (2007)
11. Prohibition - The President Is A Liar (1996)

SIDE A + SIDE B

01. NLF3 - Coelvm Terra Aer Aqva (2006)
02. Nicolas Laureau - Sound One (1999)
03. Patton ‐ Harmonicone (2005)
04. The Berg Sans Nipple - Enfant Terrible (2001)
05. Soeza - Grampy’s Books (2002)
06. Nicolas Laureau - Musique Pour Roberto Zucco n°7 (2006)
07. Jérôme Lorichon ‐ Théorème (2012)
08. Toulouse - Export 001 (2002)
09. Quentin Rollet & Jérôme Lorichon - Rencontre Du Second Type (2014)
10. Wilfried* - Le Royaume (2010)
11. Mimo The Maker - O Que Importa (alternate version 2012)
12. Don Nino ‐ Madonna, Sean And Me (Sonic Youth cover, version 2003)
13. Tunal ‐ EOB (1999)
14. Jérôme Lorichon - Thanks Mam (1995)
15. NLF3 - Western Melodica (2007)
16. Dominique Petitgand & F/lor - Le son du Tonneau (2004)
17. A Team Music - Chickadee (2011)
18. Prohibition - Kanguhru (1994)
19. Don Nino - Two Beats Off (Fugazi Cover 2003)
20. F/lor ‐ Suae (1999)
21. We:Mantra - Volcanic Nights (2014)
22. This Side Of Jordan - The Full Mind Is Alone The Clear (1999)


F/LOR l'interview & videoshoot

FLORUne histoire, celle de Prohibited Record. Des histoires, celles de Prohibition, de NLF3, des frangins Laureau et de leur projet solitaire respectif, Don Nino pour Nicolas et F/LOR pour Fabrice. On avait à peu près tout évoqué (lire), déflorant même les premiers bruissements discographiques du second avec Oloyo Danz (lire), premier extrait de Blackflakes paru en mai dernier sur Prohibited Records. Un doute subsistait néanmoins, une zone d'ombre ne se dissipant d'elle-même et ce, quant à la nature même du projet F/LOR et des intentions d'un Fabrice Laureau aussi disponible pour en parler que discret. Comment l'une des chevilles ouvrières d'un âge d'or du rock en France en était-il arrivé a composer une musique électronique, aux lentes expirations analogiques, aussi abstraite que sensible ? Par quelle entremise ou lubie, un producteur de l'ombre - de Yann Tiersen au Dirty Three en passant par Shannon Wright - allait-il s'enquérir des devants de la scène ? S'il est utile de se poser ces questions, nulle hésitation quant au fondement de cet impératif : d'un amas de bribes et d'esquisses est né l'un des disques de musique électronique les plus sincères de 2013. Émanant d'une génération pas encore biberonnée au laptop, celui-ci est relégué au second plan, laissant libre court à un savoir faire, traduction littérale d'une invariable déclaration d'amour aux instruments - celle d’antan, de l'angulosité de Prohibition à la fluidité de NFL3. Entretien et captation live, à l'occasion d'un concert le 30 août dernier à La Plage de Glazart.

Audio

Entretien avec Fabrice Laureau

Fabrice LaureauFabrice, tu a été bassiste dans Prohibition puis aujourd'hui au sein de NLF3. Pourquoi as-tu ressenti ce besoin de t'exprimer en solitaire avec F/LOR ? Quel a été le déclencheur ?

J’ai souvent abordé les temps calmes, entre les tournées et les enregistrements en groupe, comme des moments propices à la recherche en solo. J’ai amassé au fil des années des quantités d’idées sur plein de supports différents. Aimant aussi déformer la matière sonore et pouvoir la manipuler rapidement, j’ai collectionné pas mal d’instruments, samplers, claviers et autres petites merveilles sans vraiment me poser de questions. J’ai surtout trouvé du temps, fin 2012, pour trier mes idées et terminer ces morceaux dans un certain élan ; encouragé par l’enthousiasme qu’avaient provoqué autour de moi les premières écoutes.

Est-ce ton travail de producteur qui t'a poussé à développer tes penchants pour l'électronique ? Ou est-ce une volonté qui couve et te taraude depuis longtemps ?

Il est certain que travailler le son quasi quotidiennement habitue à une gestuelle. Un studio, plein de potentiomètres et de machines, est devenu à la fin des 90’s, pour moi, un environnement stimulant et un outil familier. C’est assez différent que de jouer d’un instrument et s’y limiter. Dans la continuité, échantillonner, programmer, se constituer une banque de sons personnels, puis encore tout transformer devient assez ludique ! Les possibilités sont multiples et la musique malléable par un seul bonhomme.

L'instrumentation de Blackflakes semble aller à contre-courant du tout ordinateur. Est-ce une déclaration d'amour à toutes les machines et autres instruments que tu as amassé ?

En fait, j’ai terminé et mixé mon disque sur ordinateur ; c’est la seule étape où il a été utilisé. Les sons sont issus d’instruments qui ont souvent été enregistrés ensembles, rapidement. Les séquences et les loops de base étaient du coup des sortes de mille-feuilles dans lesquelles s’empilaient beats et lignes mélodiques. Un vrai bazar. Il a donc fallu faire pas mal de tri et de découpage. Certains préfèrent tout faire avec un ordi dès le départ, c’est efficace, pratique, tout est parfaitement calé et très isolé… mais je n’ai pas fait comme ça... Probablement parce qu’il me parait important de laisser entrer de petites imperfections, des surprises, exploiter certains accidents a posteriori car tout cela enrichit le résultat pour l’oreille. Bref, il me semble que les choses doivent être fluides et organisées mais pas forcément rigides.

Laisses-tu une place prépondérante à l'improvisation au sein de F/LOR ? Dans quelles conditions as-tu composé Blackflakes ?

Oui souvent les idées viennent de petits moments d’improvisation, seul, chez moi, devant tout un tas de matériel branché, des jacks dans tous les sens et un recorder au bout. Du coup je pense que l’énergie et l’humeur du moment y jouent pour beaucoup. Je me suis aussi amusé à repasser certains sons dans des amplis et j’ai fini l’ensemble en studio.

Quelles sont les grandes influences qui président à F/LOR ? Cherches-tu à les divulguer - notamment par des clins d’œil sur certains morceaux - , ou tu tentes de les gommer au maximum afin de ne pas les révéler ?

J’ai l’impression que tout ce qui m’entoure au quotidien me nourrit. J’aime par exemple les phénomènes lumineux et tout ce qui y est lié. Je m’en rends compte quand je regarde les photos que j’ai prises sur plusieurs années où c’est un thème récurrent. J’adore aussi écouter les sons qui m’entourent. Je peux être émerveillé par tout cela.

Pour parler musique, je suis touché par beaucoup de choses : je pourrai citer en priorité les musiques rythmiques traditionnelles et rituelles, certains grands classiques tel Le Sacre du Printemps de Stravinsky ou un certain free-jazz délirant de la clique de Sun Ra par exemple. En électronique j’apprécie les projets où l’on sent une démarche personnelle, une certaine ouverture vers expérimentation - ce qui n’est pas incompatible avec la faculté de faire danser ! Bref, j’aime autant la mélodie que la dissonance ou les drones, le rythme que la cassure, les fréquences très hautes à décrasser les tympans que les belle basses profondes et les médiums soyeux, grinçants ou bien cracras. J’ai trouvé à ce titre le dernier disque de James Holden réussi.

 À mi-chemin entre electronica, musique répétitive et expérimentations à la Fennesz, ta musique reste néanmoins sensible, fragile. Que cherches-tu à transmettre comme sentiments par le biais de F/LOR ?

Oui j’essaie de trouver l’équilibre entre tout ce que tu décris, en gardant une composante sensible. J’ai une approche simple et très spontanée, avec pas mal d’outils et de possibles.

La musique instrumentale peut évoquer une multitude de choses. Mais il me semble que dans la mesure où elle laisse de la place à l’auditeur et qu’il peut s’y projeter, on peut apporter tantôt de la rêverie tantôt de la pure énergie.

L’hiver dernier, alors que je travaillais sur un morceau, il s’est mis à neiger beaucoup. J’observais cela depuis mes fenêtres. En sortant, tout avait changé : le son, la lumière, l’humeur des gens, l’apparence de la ville. Après coup je me suis rendu compte que ce morceau reflétait tout cela. Je l’ai donc appelé Flat Snow. J’aimerai pouvoir me dire que ce disque offre une petite parenthèse temporelle et cérébrale à celui qui met ses oreilles dessus. Un moment autre. L’attraper et le transporter quelques minutes.

Au rayon symbolisme personnel, que signifie pour toi le nom de ton projet - F/LOR - et ce titre conféré à l'album ? Est-ce important pour toi ? 

Ce mot F/LOR est une sorte de concentré de mon identité avec une distorsion et une coupure. Il est aussi très symboliquement lié à la nature. C’est le nom qui apparaît sur les disques que j’ai réalisé ou sur lesquels j’ai joué depuis la fin des années 90 donc ça me semblait plutôt cohérent et naturel de le garder pour mon projet solo. Quant au titre Blackflakes, il évoque une sorte d’entité, une matière qui n’existe pas ou que l’on ne distingue pas. Quelque chose qui aurait un pouvoir indirect sur le reste. Invisible et imprévisible.

Comment appréhendes-tu la scène pour F/LOR ?

J’ai fait quelques dates cet été. Dont une très belle première au Baleapop Festival, au Pays Basque, où plusieurs centaines de personnes m’entouraient et dansaient dans un très bel esprit. Ça restera un souvenir magique. De nouvelles dates en France ont été confirmées fin 2013 et début 2014.

Pour la scène, un peu comme en studio, je n’utilise pas de laptop car je ne trouve pas ça assez stimulant. J’ai plutôt mis au point une valise comprenant pédales d’effets, petits samplers, petits claviers analogiques et plein de câbles. Une sorte de studio-laboratoire compact. Car il s’agit de rester frais avec toute cette matière, de jouer les morceaux avec liberté pour les amener aussi ailleurs !

Videoshoot by David Chouferbad

http://www.youtube.com/watch?v=3uYntla09Ig&feature=share&list=UUiqwaGNu8rw90FsVMnCx7Pw

Vidéo

http://vimeo.com/77963520

http://vimeo.com/66831817

Tournée

02/12/13 NANTES @ Le Cinématographe (w/ Alexis Gideon)
03/12/13 PARIS @ La Flèche d'Or (w/ Dirty Beaches - CONCOURS)
07/12/13 METZ @ Les Trinitaires (w/ Dirty Beaches, Wooden Shjips)
14/12/13 TOURS @ Le Temps Machine (w/ Mondkopf, Somaticae)
19/12/13 POITIERS @ Le TAP
18/01/14 LILLE @ La Péniche


NLF3 : Interview, Chronique & Mixtape

beautiful-is-the-wayProhibition. Un nom martial, anguleux, à l'image d'une musique dense et revêche. Un son hardcore comme on en faisait au début des années quatre-vingt-dix, de l'effervescence indé rock américaine aux scories françaises, reléguant effrontément la langue de Molière aux gémonies des eighties et de la déferlante new wave. Une section guitare, basse, batterie rugueuse et contondante, cisaillée d'un chant guttural scandé et perforé par un saxophone charriant la liberté d'un post-punk new-yorkais trop rapidement exhumé (James Chance, DNA...). De Morphine à The Ex, de Fugazi à Blonde Redhead (celui d'avant In an Expression of the Inexpressible), Prohibition s'intégrait à merveille en digne représentant hexagonal de cette lignée indépendante, fils des Thugs et proche cousin de Sloy, Drive Blind ou encore Tantrum. Cinq albums, dont le dernier 14 Ups and Downs, paru en 1998, tel l'accomplissement d'une aventure de plus de dix ans et jalonnée de quatre cents concerts en Europe et aux États-Unis, dont le dernier, au Café de la Danse, en juin 1999. Un testament long comme trois bras donc pour les frères Laureau, Nicolas (guitare et chant) et Fabrice (basse), Ludovic Morillon (batterie) et Quentin Rollet (batterie), mais aussi du tangible et du solide avec la création en janvier 1995, à l'occasion de la sortie de leur troisième album, Cobweb-day, du label parisien Prohibited Records. Au sein d'un catalogue relativement fourni (trente-huit références) et cohérent, où la prise de risque artistique fonctionne à l'affectif, Heliogabale, Patton, Herman Düne, Purr ou Pregnant incarnent alors la passionnante vitalité d'un rock français des années quatre-vingt-dix, fier et militant, cultivé aussi bien à Paris qu'en province, des Bordelais de Vicious Circle, initiés par les activistes d'Abus Dangereux, à la structure Black & Noir, partagée entre Angers et Nantes. Peu après l'année 2000, les choses se compliquent quelque peu. Patton et Heliogabale sortent un disque pour ne plus en sortir avant longtemps (en 2004 et 2010 pour Heliogabale mais sur d'autres structures, en 2009 pour Patton avec Helenique Chevaleresque Recital) quand Purr (dont Thomas Mery est issu) et Pregnant se séparent juste avant la parution de leur second effort respectif. Il faut quelques nouvelles têtes bien senties, The Berg Sans Nipple, Soeza ou Mendelson, en plus de la persévérance des tauliers, pour maintenir à flots le label au delà d'une dixième bougie soufflée, début 2006, sur un air de renaissance par une série de concerts et une compilation rétro-prospective. Les tauliers ? Les frangins Laureau.

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Si Nicolas entame dès 2001, avec Real Seasons Make Reasons, son projet personnel Don Nino, lequel sera suivi de deux autres disques de haute volée, et que Fabrice embraye sur son projet F.lor, embrassant ainsi une carrière de producteur chevronné, les deux forment très vite une entité à l'acronyme cryptique mais à la musique volubile et curieuse, NLF3, née des cendres de Prohibition et d'une appétence toute particulière pour les jams sessions expérimentales, mariant rock, jazz et afrobeat. Dès 2000, Part I - Part II se fait brillamment l'écho d'un univers parant d'une électronique abstraite les réminiscences fugitives d'un krautrock cher à Can, jouant la carte d'un primitivisme illuminé et déstructuré. Rejoint en 2006 par Jean-Michel Pires à la batterie, le groupe ne fait d'ailleurs jamais rien comme les autres, du concassage de ses influences, aussi larges que variées, de Fela Kuti et Steve Reich à Syd Barrett ou Sonic Youth, en passant par l'électronique warpienne made in Sheffield d'Aphex Twin, à la création d'une bande-son pour un film inachevé du cinéaste russe Eisenstein, ¡Que viva Mexico!, bande-son jouée depuis 2004 jusqu'à aujourd'hui en public. De cette nouvelle décennie, trois disques iconoclastes, dont le sensuel et tourneboulant Ride On A Brand New Time, paru en 2009, en plus d'un maxi non moins fondamental, Echotropic (2008), complète une oeuvre sensible et évolutive, qui n'a de cesse d'être dans l'air du temps sans suivre pour autant le sens du vent. Ce n'est pas pour rien que leur nom est associé depuis quelques années déjà à Animal Collective ou Battles sans que l'on sente poindre une quelconque arrière-pensée commerciale, à défaut de supposer une commune approche de la composition. Une approche récemment parachevée d'une cinquième touche à la concision consentie d'une main gantée de velours. Il est même confondant de retrouver, ça et là, des bribes du Prohibition d'alors au sein de l'harmonieuse orfèvrerie que constituent les neufs morceaux de Beautiful Is The Way To The World Beyond disponible depuis octobre 2010 et bientôt édité en version vinyle. Bien plus condensé que ses prédécesseurs, le trio fomente sur celui-ci, avec une réussite certaine, l'immixtion, en plein cœur d'une instrumentation à la lisière d'un tribalisme figuré dans le vidéo-clip de Wild Chants, et délicatement balayé de quelques vocalises murmurées, d'un formalisme pop à l'efficacité redoutable et remarqué.

Puisqu'il y avait trop à dire et à suggérer, nous avons demandé à Nicolas et Fabrice de répondre à nos questions en plus de concevoir une mixtape témoignant de leur année 2010, récemment échue. Le résultat à lire, écouter et télécharger ci-dessous, en attendant leur concert en compagnie de Red et Benoit Pioulard le 2 février prochain à la Fléche d'Or pour lequel Hartzine et Kongfuzi s'associent histoire de vous faire gagner quelques places en cliquant par ici.

L'interview

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J'ai passé une partie de ma jeunesse à Angers, fréquentant Black & Noir, le Chabada... des copains avaient enregistré au Black Box de feu Iain Burgess, on montait tous des groupes avec cet idéalisme pas forcément vain pour certains d'entre nous... on écoutait avec une certaine fierté les Thugs, Hint et Zenzile, bien sûr, mais aussi Sloy, Drive Blind, Tantrum, Heliogabale, Purr... et Prohibition. Avez-vous l'impression d'avoir fait partie d'une "scène" bien délimitée et quelle est la différence avec aujourd'hui où le nom de NLF3 est associé avec un bon nombre de groupes étrangers, entre Animal Collective et Battles ?

Fabrice : Avec du recul je pense que, dans les années 90, tous nos groupes sont nés avec l'envie commune d'une rupture avec l'esthétique pesante du rock alternatif des années 80. C'est ce qui avait constitué les bases d'un nouveau réseau. De nouveaux labels se montaient et ouvraient des magasins de disques (Black & Noir, Vicious Circle par exemple). Avec une forte envie de casser le schéma franco-français. Beaucoup de groupes aussi se sont mis à être plus noise ou bruts. Bien sûr le Black Box studio, tenu de main de maître par Iain Burgess, représentait beaucoup. C'était une reference, une belle approche du son.

Nicolas : Oui nous avons participé à une forme de défrichage je crois. Nous étions aussi beaucoup associés à des groupes tels que Fugazi, Chokebore, The Ex, Blonde Redhead, des amis, avec lesquels nous tournions en France et ailleurs. Tout ce qui a été construit dans les années 90 a permis de rendre commun et légitime une façon de faire et d'exister made in France, dont les Thugs ont été les premiers ambassadeurs, bien avant la french touch. Depuis 2000, NLF3 s'inscrit dans une esthétique qui tend à échapper au temps, aux codes, qui fait fi du langage si ce n'est celui du coeur. Nous étions dès le début dans une démarche plus abstraite, donc vouée à être plus universelle je pense.

Fabrice : NLF3 c'est l'envie d'une nouvelle aventure. Notre étiquette de groupe inclassable / instrumental fait qu'on nous range aux cotés de groupes comme Animal Collective ou Battles. Ce sont en toute logique des projets musicaux avec qui, du coup, nous avons partagé l'affiche ces dernières années.

Quel est votre appréhension de cette époque ? Est-ce une page définitivement tournée ou le fait de continuer Prohibited Records vous permet de garder la main dans le milieu de la musique indépendante française ?

Nicolas : Nous ne sommes jamais restés bloqués sur la France. Très vite, le label a été distribué un peu partout en Europe puis aux USA et au Japon. C'était le but du jeu. Nous sommes intéressés par ce qu"il se passe en France comme ailleurs, le fait d'avoir sorti des groupes plutôt "résidents" en France, venait du fait qu'on trouvait cette scène sous-représentée et qu'il y avait là des réels talents à aider. Aujourd'hui il n'y a plus réellement besoin d'une telle implication de la part d'un label. Tout le monde est plus ou moins autonome, il n'y a plus besoin de se justifier lorsque tu écris en anglais... Prohibited Records reste une structure qui nous permet de sortir nos disques et de sortir d'autres gens si nous avons un coup de coeur immense...

Fabrice : Je dirai juste que gérer un label permet d'être au contact. Ça permet de s'adapter aux changements réguliers qui s'opèrent, notamment en ce qui concerne la diffusion de la musique.

D'ailleurs, est-ce difficile d'être indépendant aujourd'hui ? Tant pour un groupe que pour un label ?

Nicolas : Cela fait quinze ans que nous avons le label et que nous sommes parfaitement indépendants, c'est donc possible.

Fabrice : Ça demande une certaine organisation. Mais il y a des avantages. Par exemple celui de ne devoir rendre de compte à aucun directeur artistique ou de plannifier les choses un peu comme on le veut.

Le dernier disque de Prohibition c'était en 1998 avec 14 Ups and Downs. Pourquoi avoir arrêté ? Cette décision a-t-elle été l'acte fondateur de NLF3 ? Comment passe-t-on du hardcore, du moins dans l'esprit, à une ambiant expérimentale, difficile à situer entre l'Allemagne kraut et l'Angleterre bleep, sur votre premier double album Part 1 - Part 2 ?

Nicolas : Si tu réécoutes bien les disques de Prohibition, tu verras qu'il y a déjà les signes avant-coureurs de cette évolution. Nous sommes allés au bout d'une recherche avec Prohibition, et 14 Ups and Downs en est l'aboutissement. C'est ce que nous cherchions à faire et à dire depuis toujours je crois. Prohibition était un groupe de jeunesse, au son défini, voué à s'éteindre. NLF3 et le premier album sont une forme de manifeste esthétique.

Fabrice : Nous avions envie d'une musique encore plus ouverte... Oui, Prohibition était plutôt dans les codes du hardcore mais il y avait du sax saturé, du sitar, de la basse fretless... autant dire que certains y perdaient dejà leurs repères. NLF3 est né, après un an de vide, d'une envie d'explorer d'autres méthodes de composition, comme le sampling, de mélanger une certaine énergie à des instruments électroniques, tels des synthés, beat box... et l'idée d'une certaine abstraction.

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Depuis, entre Viva et Ride On A Brand New Time, comment définir l'essence de NLF3 ? Un éclectisme instrumental, électronique et curieux ?

Nicolas : Ça me semble assez juste.

Pour ma part, je ne cesse de penser à Tortoise... qui a d'ailleurs signé Standards sur Warp...

Fabrice : Je pense qu'on a une approche de la musique qui peut être comparable avec des parcours parallèles un peu du même type. D'un point de vue musical il me semble que NLF3 est plus rock et bizarre, moins "jazzistique".

Nicolas : Oui, on aime plutôt les choses les plus expérimentales et osées de Tortoise mais pas trop leur côté easy listening. Et Warp est un excellent label avec lequel on entretient, depuis la création de NLF3, une relation amicale.

Quelle est la place des influences dans NLF3 ?

Nicolas : Comme dans tout travail artistique, on choisit de figer certaines influences à certains moments ou de les distorde, de les transcender. NLF3 est un creuset, c'est un peu de la sorcellerie musicale, de l'alchimie plutôt. Je regardais l'autre jour le documentaire de la BBC sur Captain Beefheart & the Magic Band suite à la disparition de Van Vliet et je trouvais très naturelle cette façon de dire qu'il voulais placer le blues au centre de quelque chose d'étrange, de jamais entendu.

Fabrice : Je dirai simplement qu'aujourd'hui nous préferons puiser dans nos envies, nos sentiments, nos humeurs pour composer, sans nous fixer vraiment de limites. Par contre ce qui m'importe c'est d'avoir un spectre sonore riche et plein.

Vous pouvez en dire un peu plus sur la genèse de l'album, paru il y a cinq ans, Que Viva Mexico !, bande-son créée pour le film du même nom du cinéaste russe Eisenstein ? Une expérience que vous souhaiter un jour rééditer ?

Nicolas : Oui c'est une belle aventure, qui continue puisque nous jouons en live avec le film régulièrement et un peu partout. Nous avons eu plusieurs expériences de ce type, avec des films expérimentaux et autres. Il y aura d'autres projets, c'est certain.

Fabrice : Ça nous a permis de travailler sur la matière "son" d'une autre manière. En mettant notre façon de faire au service d'un film qui aborde toutes sortes de problématiques et d'ambiances. Ça a sans doute renforcé le projet dans sa démarche instrumentale et appuyé la recherche de certains sons ou d'une idée de "paysages sonores".

quevivamexico

Extrait : Music For Que Viva Mexico !

Votre musique est d'ailleurs assez "panoramique"... On a l'impression que le voyage, de l'esprit, du regard, constitue la trame de votre climat sonore... Y-a-t-il une relation entre votre environnement et votre musique ?

Nicolas : Je pense que la part abstraite de notre musique invite à la rêverie, ensuite il y a son côté charnu qui parle au corps, au coeur. Je ne pense pas que notre environnement soit impliqué. Nous habitons en région parisienne ; ce sont plutôt nos voyages multiples et ceux de l'âme qui nous inspirent.

Fabrice : Oui et la somme d'images stockées pendant notre enfance, l'émerveillement et le dépaysement.

Beautiful Is The Way To The World Beyond marque une énième évolution dans le son de NLF3. Sans doute est-il plus abordable et plus "fluide" pour le quidam. Est-ce recherché ?

Nicolas : C'est probablement un album plus direct, car composition et enregistrement ont été instantanés pour chaque morceau. Il est également plus court, ce qui constitue un grande différence dans l'écoute. Nous aimons le format album et je trouve triste qu'avec le numérique, les gens ne se penchent parfois que sur quelques titres.

Fabrice : Oui, en Angleterre, un journaliste dit que c'est de la pop alambiquée et un autre de la pop d'un monde parallèle. Bref, peut être que c'est un disque plus 'accessible' avec des morceaux plus compacts. Cela dit je crois qu'on reconnaît bien l'approche du groupe !

C'est important à vos yeux de ne jamais se confronter aux mêmes schémas ? Comment a été construit et produit Beautiful Is The Way To The World Beyond et pourquoi ré-introduire des voix - même fredonnées - depuis la fin de l'expérience Prohibition ?

Fabrice : Oui, ça nous a toujours semblé important d'évoluer d'un disque à l'autre. Sans en faire une priorité. Les choses se font par réaction très naturellement. Et surtout, le studio doit rester un moment passionnant à vivre, un moment de trouvailles, de plaisir !

Nicolas : Il y a toujours eu ce genre de voix, depuis Part 1 - Part 2. Elles sont plus présentes depuis Echotropic car nous sommes plus dans l'idée de morceaux qui se prêtent à la scène.

nlf3-stairsNLF3 est-il à la base un groupe de scène ? Quelle rapport créatif entretenez-vous avec l'expérience live ? Un disque enregistré en public peut-il être une option pour le futur du groupe ?

Nicolas : Non, NLF3 n'est pas au départ un groupe de scène, il l'est devenu. Il est vrai que depuis le ciné-concert et l'arrivée de Mitch à la batterie en 2006, nous avons de plus en plus le souhait de tourner. Un enregistrement en public, pourquoi pas ?

Fabrice : Le seul intérêt pour moi d'un disque en public serait d'en faire un moment unique, d'utiliser le public comme un instrument, de le sampler, le faire jouer, interagir avec nous trois en direct...

D'ailleurs, après la sortie de votre album en octobre dernier et la tournée qui s'en suit, de quoi est fait le futur immédiat de NLF3 ?

Nicolas : L'album sort en vinyle début février 2011 (en co-production avec Clapping Music). Une sortie américaine est prévue en mars. Il y a aussi certains territoires européens où il sortira à la même date. Il va y avoir des concerts un peu partout en Europe et au Royaume-Uni, et une nouvelle vidéo.

Merci à vous deux.

Mixtape

Mixtape NLF3, déc. 2010 (download).

01. Captain Beefheart - The Blimp
02. Gill Scott Heron - NY Is Killing Me
03. Gonjasufi - Kobweb
04. Tyondai Braxton - Platinum Rows
05. Pink Floyd - Astronomy Domine
06. Terry Riley - Poppy Nogood
07. Panda Bear - Bros
08. Siver Apples - Oscillations
09. Koudlam - Eagles Of Africa
10. Linda Perhacs - Parallelograms
11. Steve Reich - Conterpoint-1 Fast
12. Can - Vitamin C
13. The Cure - The Carnage Visors Soundtrack
14. Alice Coltrane - Journey In Satchidananda
15. Fela Kuti "O.D.O.O.L"

Tracklist

NFL3 - Beautiful Is The Way To The World Beyond (Prohibited records - oct. 2010)

1. Wild Chants
2. Beautiful Is The Way To The World Beyond
3. The Lost Racer
4. At Full Blast
5. Shadows My Friends
6. Shine Shine Shine
7. Straight Forward
8. Enneagon
9. Cerf Volant

Vidéo


NFL3 - Beautiful Is The Way To The World Beyond

beautiful-is-the-wayProhibition. Un nom martial, anguleux, à l'image d'une musique dense et revêche. Un son hardcore comme on en faisait au début des années quatre-vingt-dix, de l'effervescence indé rock américaine aux scories françaises, reléguant effrontément la langue de Molière aux gémonies des eighties et de la déferlante new wave. Une section guitare, basse, batterie rugueuse et contondante, cisaillée d'un chant guttural scandé et perforé par un saxophone charriant la liberté d'un post-punk new-yorkais trop rapidement exhumé (James Chance, DNA...). De Morphine à The Ex, de Fugazi à Blonde Redhead (celui d'avant In an Expression of the Inexpressible), Prohibition s'intégrait à merveille en digne représentant hexagonal de cette lignée indépendante, fils des Thugs et proche cousin de Sloy, Drive Blind ou encore Tantrum. Cinq albums, dont le dernier 14 Ups and Downs, paru en 1998, tel l'accomplissement d'une aventure de plus de dix ans et jalonnées de quatre cents concerts en Europe et aux États-Unis, dont le dernier, au Café de la Danse, en juin 1999. Un testament long comme trois bras donc pour les frères Laureau, Nicolas (guitare et chant) et Fabrice (basse), Ludovic Morillon (batterie) et Quentin Rollet (batterie), mais aussi du tangible et du solide avec la création en janvier 1995, à l'occasion de la sortie de leur troisième album, Cobweb-day, du label parisien Prohibited Records. Au sein d'un catalogue relativement fourni (trente-huit références) et cohérent, où la prise de risque artistique fonctionne à l'affectif, Heliogabale, Patton, Herman Düne, Purr ou Pregnant incarnent alors la passionnante vitalité d'un rock français des années quatre-vingt-dix, fier et militant, cultivé aussi bien à Paris qu'en province, des Bordelais de Vicious Circle, initiés par les activistes d'Abus Dangereux, à la structure Black & Noir, partagée entre Angers et Nantes. Peu après l'année 2000, les choses se compliquent quelque peu. Patton et Heliogabale sortent un disque pour ne plus en sortir avant longtemps (en 2004 et 2010 pour Heliogabale mais sur d'autres structures, en 2009 pour Patton avec Helenique Chevaleresque Recital) quand Purr (dont Thomas Mery est issu) et Pregnant se séparent juste avant la parution de leur second effort respectif. Il faut quelques nouvelles têtes bien senties, The Berg Sans Nipple, Soeza ou Mendelson, en plus de la persévérance des tauliers, pour maintenir à flots le label au delà d'une dixième bougie soufflée, début 2006, sur un air de renaissance par une série de concerts et une compilation rétro-prospective. Les tauliers ? Les frangins Laureau.

nlf3-press5

Si Nicolas entame dès 2001, avec Real Seasons Make Reasons, son projet personnel Don Nino, lequel sera suivi de deux autres disques de haute volée, et que Fabrice embraye sur son projet F.lor, embrassant ainsi une carrière de producteur chevronné, les deux forment très vite une entité à l'acronyme cryptique mais à la musique volubile et curieuse, NLF3, née des cendres de Prohibition et d'une appétence toute particulière pour les jams sessions expérimentales, mariant rock, jazz et afrobeat. Dès 2000, Part I - Part II se fait brillamment l'écho d'un univers parant d'une électronique abstraite les réminiscences fugitives d'un krautrock cher à Can, jouant la carte d'un primitivisme illuminé et déstructuré. Rejoint en 2006 par Jean-Michel Pires à la batterie, le groupe ne fait d'ailleurs jamais rien comme les autres, du concassage de ses influences, aussi larges que variées, de Fela Kuti et Steve Reich à Syd Barrett ou Sonic Youth, en passant par l'électronique warpienne made in Sheffield d'Aphex Twin, à la création d'une bande-son pour un film inachevé du cinéaste russe Eisenstein, ¡Que viva Mexico!, bande-son jouée depuis 2004 jusqu'à aujourd'hui en public. De cette nouvelle décennie, trois disques iconoclastes, dont le sensuel et tourneboulant Ride On A Brand New Time, paru en 2009, en plus d'un maxi non moins fondamental, Echotropic (2008), complète une oeuvre sensible et évolutive, qui n'a de cesse d'être dans l'air du temps sans suivre pour autant le sens du vent. Ce n'est pas pour rien que leur nom est associé depuis quelques années déjà à Animal Collective ou Battles sans que l'on sente poindre une quelconque arrière-pensée commerciale, à défaut de supposer une commune approche de la composition. Une approche récemment parachevée d'une cinquième touche à la concision consentie d'une main gantée de velours. Il est même confondant de retrouver, ça et là, des bribes du Prohibition d'alors au sein de l'harmonieuse orfèvrerie que constituent les neufs morceaux de Beautiful Is The Way To The World Beyond disponible depuis octobre 2010 et bientôt édité en version vinyle. Bien plus condensé que ses prédécesseurs, le trio fomente sur celui-ci, avec une réussite certaine, l'immixtion, en plein cœur d'une instrumentation à la lisière d'un tribalisme figuré dans le vidéo-clip de Wild Chants, et délicatement balayé de quelques vocalises murmurées, d'un formalisme pop à l'efficacité redoutable et remarqué.

Audio

Tracklist

NFL3 - Beautiful Is The Way To The World Beyond (Prohibited records - oct. 2010)

1. Wild Chants
2. Beautiful Is The Way To The World Beyond
3. The Lost Racer
4. At Full Blast
5. Shadows My Friends
6. Shine Shine Shine
7. Straight Forward
8. Enneagon
9. Cerf Volant