Who are you Unknown Precept?

C’est 2015 : on monte plus rapidement un label qu’une étagère Ikea, chacun veut apporter sa pierre à la petite mythologie de l’electro souterraine, et on se demande s’il y aura encore assez de bande passante pour faire circuler tous ces projets Bandcamp qui inondent nos boîtes Gmail. Comment installer une identité pertinente sur la longueur dans un tel contexte ? À ce titre, Unknown Precept a bien tiré son épingle du jeu en peu de temps, à savoir deux ans. En 2013, le label était basé à Paris et se lançait avec une compilation réunissant quelques gros noms. Depuis relocalisé à Berlin, il s’est concentré sur une sélection soignée d’artistes aux profils plutôt modestes, généralement issus du réseau des tape ou net labels tels Nick Klein, Shane English, ou Maoupa Mazzocchetti, récemment interviewé (lire), et d’autres qui avaient déjà fait du chemin dans l’underground américain dont l’excellent Profligate (lire). Sur la route depuis un bon mois, on retrouve tout ce beau monde ce vendredi soir 25 septembre pour l’escale parisienne de leur tournée-showcase, et ce dans un lieu qui leur va plutôt bien, le Garage Mu (Event FB). Jolie soirée indus-bricolo et samplers fumants en perspective, à laquelle on vous invite en fin d'article, après vous avoir laissé le soin d'ingurgiter en toute impunité l'interview et un fastueux podcast de son instigateur, Jules Peter.

Thomas Corlin

Jules Peter l'interview

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Jules Peter © Victoria Brizzi

Unknown Precept a un peu plus de deux ans. Peux-tu nous dire d’où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t’a conduit à créer ce label ?

Unknown Precept s’est plus ou moins monté par hasard, je m’ennuyais à l’école et j’ai eu envie de travailler sur quelque chose de plus concret. Je n’ai pas le parcours type du label manager d’aujourd’hui dans la mesure où je ne produis pas de musique. J’ai un bagage en graphisme et la direction artistique m’est apparue comme une évidence ; découvrir de nouveaux artistes, les produire, gérer un label : c’est mon rayon.

Si tu devais établir une chronologie de cette histoire, mis à part la compilation The Black Ideal par quoi tout à commencé, quelles dates retiendrais-tu et pourquoi ?

Je dirai que ma rencontre avec Florent (Maoupa Mazzocchetti) m’a permis d’appréhender au mieux le virage que je souhaitais prendre avec Unknown Precept - tout le monde s’attendait une seconde compilation mais l’idée ne m’intéressait plus. J’ai considéré qu’il était plus enrichissant d’aller de l’avant pour, en quelque sorte, ajouter ma pierre à l’édifice en dénichant des artistes que l’on peut désormais affilier au label en tant que tel ; construire quelque chose en accord avec mes envies. Sortir le tout premier maxi de Nick Klein m’a conforté dans cette idée, et depuis que la trame Unknown Precept est bien définie cela me facilite grandement la tâche.

En termes musicaux, ladite compilation était-elle une façon de tracer plus ou moins une voie au futur label ? Des producteurs comme Ancient Methods et Shifted ne sont-ils pas des figures tutélaires ?

Complètement, mais ce n’était que du tâtonnement à l’époque. J’ai eu beaucoup de chance de travailler avec tous ces artistes sur la première sortie. Ils m’ont été d’une aide précieuse et la plupart me supportent encore aujourd’hui. J’ai passé un an à définir « l’après compilation » pour penser le label de manière globale. J’ai conçu cette première sortie comme un antidote pour sortir de cet univers techno qui peine à se recycler ; l'engouement autour du projet s’est occupé du reste et me permet aujourd’hui de miser sur de nouveaux artistes. J’ai finalement pu introduire un véritable propos au sein du label et fédérer un public de fidèles autour de cela.

Bien que l'on sente que le nom du label est en adéquation avec une certaine ligne de conduite défendue, quelle est l’esthétique et la philosophie défendue par le label ?

Je ne pense pas promouvoir une certaine philosophie au travers d’Unknown Precept - c’est même l’idée inverse qui se cache derrière le nom du label. Clairement, mon seul et unique objectif aujourd’hui est de prendre plaisir à produire des artistes jusque là ignorés ou plus simplement méconnus. Il est nécessaire d’inciter les gens à sortir de leur zone de confort ; d’où cette esthétique très opaque, qui ne distille que très peu d’informations quant à son contenu. Il est devenu extrêmement difficile de montrer que ce que l’on fait est autant, si ce n’est pas plus, intéressant qu’un artiste ou un label dont tout le monde parle, et c’est ce qui me pousse à continuer dans cette voie.

Nick Klein

Nick Klein © Nina Hartmann

Malgré le DIY inhérent à toute jeune structure, as-tu des modèles en termes de maisons discographiques ? Si oui, lesquels et pourquoi ?

Grabaciones Accidentales m’inspire encore énormément aujourd’hui. Ils ont produit un paquet de bizarreries, tous styles confondus. Je pense que c’est ce qui fait la force d’un label, créer la surprise, ne jamais servir ce que l’on attend de vous pour ne pas tomber dans la caricature. Vanity, également - légendaire label japonais fondé par Yuzuru Agi à une époque où le journalisme musical servait encore un véritable propos - avait atteint un rare degré de liberté ; les deux sont une véritable leçon de direction artistique.

Unknown Precept c'est un label techno, ou quelque chose de plus large ?

Je n’arrive même plus à faire la différence, est devenu « techno » ce que l’on n’arrive plus à qualifier, et inversement. Je n’ai pas vocation à m’encombrer avec ce type de définitions, tout est question d’imagination — en ce qui me concerne, Nick Klein joue des coudes sur un hip hop grinçant, tandis que Profligate produit de la pop music saturée. Unknown Precept c’est essentiellement un moyen d’oser toutes les digressions possibles, bousculer ce que l’on connait sans trop intellectualiser la chose.

Depuis la compilation, tu as sorti deux maxi de Maoupa Mazzocchetti, puis un de Nick Klein, Profligate et Shane English. Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles et quelle relation développes tu avec eux ? Tu veux les suivre sur la durée ou de piocher selon les opportunités ?

Certains considèrent Unknown Precept comme un tremplin mais ce n’est pas sa vocation principale. Je gère le label comme une famille - signer des artistes est la première étape, faire fructifier notre relation sur le long terme est en quelque sorte l’aboutissement de cette collaboration. Beaucoup de labels vont cueillir leurs artistes à droite et à gauche. Je ne trouve pas l’exercice très stimulant, parfois c’est au détour d’une rencontre que l’on tisse des liens avec quelqu’un, fouiller des heures sur Internet en quête d’un artiste peut également s’avérer très intéressant ; c’est assez aléatoire, mais d’une manière générale l’humain est au centre de ma démarche.

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork dont la mouture est assez rigide pour Unknown Precept. Quel est le tien et jusqu’où as-tu envie de le pousser ?

Étrangement, beaucoup de personnes m’ont dit qu’ils adhéraient à l’identité du label - qui est pourtant loin d’être évidente. J’aime à penser que sans support visuel, tout le monde peut se construire sa propre identité, imaginer ce qu’il veut. Je n’avais pas envie d’instaurer un cadre précis, les gens ont trop tendance à s’en tenir à l’aspect sans vraiment chercher à approfondir, là ils n’ont plus le choix. Je suis également très attaché aux noms de mes artistes et aux efforts qu'ils mettent dans les titres de leurs morceaux, c’était une manière de le souligner. Il est probable que l’on insère de l’image un jour ou l’autre, mais c’est quelque chose qui va se faire progressivement.

Quel est le format de prédilection du label et pourquoi ?

Je n’ai pas nécessairement de format de prédilection, mon côté collectionneur tend inévitablement vers le vinyle, mais je suis également très attiré par la cassette qui permet de produire des sorties à moindre coût. Je pense que tout n’est que question d’envies et de moyens, créer des objets est quelque chose qui ne s’explique pas.

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Maoupa Mazzocchetti

On n'arrête pas de nous seriner avec le renouveau de la techno en France. Toi qui es un Français vivant à Berlin, tu te sens proche de quels artistes ou scènes actuelles ?

Je pense que c’est ce qui m’a poussé à délocaliser le label à Berlin. Ce « renouveau » de la techno en France, et plus précisément à Paris, est une mauvaise blague. Paris s’est lancé le défi absurde de devenir le nouveau fief de la musique électronique, mais ses fondations sont encore trop fragiles et les initiatives dignes d’intérêt se comptent sur les doigts de la main - la scène américaine, loin d’être parfaite, intègre néanmoins ce qui manque cruellement chez nous, à savoir un véritable élan créatif et des structures pour le soutenir, une solidarité entre ses acteurs et une vision moins binaire que celle à laquelle on assiste aujourd’hui. Malheureusement, le schéma parisien s’exporte, lui.

Quel est le futur proche d'Unknown Precept en termes de sorties ?

Cienfuegos débutera sur le label en Octobre prochain avec son premier maxi vinyle, intitulé A Los Mártires. Je travaille actuellement sur d’autres projets ; plusieurs cassettes (dont une du génial Eindkrak à paraître prochainement) et une série de minicompilations. Nick Klein s’est finalement attelé à la production de sa seconde sortie qui devrait voir le jour dans le courant de l’année prochaine. J’espère également pouvoir sortir un dernier maxi avant la fin de l’année mais rien n’est moins sûr pour l’instant.

Unknown Precept sera sur la route avec Maoupa Mazzocchetti et les américains Nick Klein, Profligate et Miguel Alvariño. Comment s'est monté la chose ? Est-ce important pour toi de défendre une identité par le bais de ce type de tournée ?

J’ai lancé l’idée sur un coup de tête, et tout le monde s’est arrangé pour être disponible. Nous avons sifflé le coup d’envoi à Berlin au début du mois. Je pense qu’il était temps d’offrir la possibilité aux gens de venir voir de quel bois on se chauffe chez Unknown Precept, et c’était aussi l’occasion de réunir tout le monde pour la première fois ; cette tournée s’inscrit dans la continuité de notre manière de procéder, aller au contact des gens, promouvoir notre façon de voir les choses, s’inscrire dans le réel.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

Je l’ai terminée dans l’urgence (pour changer) mais je pense qu’elle illustre relativement bien l’état dans lequel je me trouve actuellement : tiraillé entre la fatigue, le doute et l’anxiété qu’a pu provoquer la mise sur pied de cette tournée. J’ai intégré quelques inédits, et un paquet de morceaux que j’écoute en ce moment.

Mixtape

01. Bourbonese Qualk – Feast of Trumpets (Recloose Organisation, 1983)
02. The Peter Northz (at Home) – Can't See the Trees for the Pope (Recloose Organisation, 1982)
03. Mecanica Popular – Baku : 1922 (Grabaciones Accidentales, 1987)
04. Gray – Washington, D.C. 20013 (Plush Safe Records, 2010)
05. Plath – I Am Strange Now (Plath Records, 1982)
06. Black Humor – Refugee Suicide (Fowl Records, 1982)
07. Jeg Falt – Die Pleite (Für George Gosz) [Murray Edit] (Requiem Productions, 1983)
08. Cyrnai – Untitled (Self-Released, 1988)
09. Consumer Electronics – Murder the Masters (Diagonal, 2015)
10. Tribe of Colin – Alasallmenhathbeencreatedequal (5 Gate Temple, 2015)
11. Esplendor Geométrico – Rotor (Contort Yourself, 2015)
12. Profligate – Every Little Rainbow (Unknown Precept, 2015)
13. Maoupa Mazzocchetti – Loop 1 / Hair Bulbs Jam (Forthcoming Mannequin)
14. Smersh – Palomar (Börft Records, 1993)
15. Morgan Buckley – A Well-Oiled Party (No ‘Label’, 2015)
16. Five Times of Dust – Punchcard Sex (MAP Tapes, 1981)
17. Nick Klein – Spelling God in Knots (Unreleased)
18. Gray – The Mysterious Ashley Bickerton (Plush Safe Records, 2010)

Concours

On fait gagner deux places. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert. Précision : adhésion obligatoire à l'Asso Mu (3 €).

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Artworks

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Mixtape : Profligate - You make me crazy you make me wild

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Quand on demande un mix à Noah Anthony, seul maître à bord du projet Profligate, et ce quelques semaines avant la sortie de son second album via Not Not Fun Finding The Floor (lire), ce dernier nous répond : Yeah. Do you like Freestyle? Quelque temps après, et alors que l'originaire de Philadelphie enflamme avec ses congénères New-Yorkais Nick Klein et Miguel Alvariño, en sus de Maoupa Mazzocchetti, les clubs d'Europe via la tournée Unknown Precept - avec un stop le 25 septembre prochain au Garage MU (Event FB) - , l'on reçoit un fichier MP3 intitulé You make me crazy you make me wild et en tout point déroutant si l'on se réfère au concassage en règle que l'EP Extremities proposait. Et c'est tant mieux.

Mixtape

01. Lana Del Rey - Flipside
02. Profligate - Untitled
03. Black Sabbath - FX
04. Sad Scorpions - Kiss the Ring
05. Flux Information Sciences - World Class
06. Pain Teens - Shotguns
08. Profligate - Vixen (Lord of the Toe Rings Mix)
09. Social Junk - Always a Reason
10. Noah Anthony - Untitled
11. Kanye West - Runaway
12. Concrete Rubber Band - Dreamers
13. King Crimson - Starless
14. Joe Delia - Excerpt from The Driller Killer
15. Noah Anthony - My Days
16. Pinno Donaggio - Telescope


TOP 10 VOTW

Best of 2014 by hzPlutôt que faire les fonds de cuve en cette période creuse, et bananer des vidéos de Noël signées Grimes, on a benoîtement préféré établir un top 10 des vidéos OTW parmi les cinquante-deux de l'année écoulée. Bon visionnage.

Vidéos

01. Profligate – Girl Full of Joy (lire)

http://vimeo.com/108325563

02. The Dead Mantra – Mxeico (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=HyvXmQ7rROI

03. Grégoire Orio et Julien Magot – Lapalissade (lire)

http://vimeo.com/86666842

04. Odawas - Black Iron Awakening / The Empire Never Ended (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=Ka3QENhhufw&feature=youtu.be

05. Night Riders - L'espace et le temps (lire)

http://vimeo.com/97033695

06. Sleepers in Metropolis – Sana (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=Pu8vzUgMoro

07. Momentform – Ornament (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=MsXMaT6mHmo

08. Ricardo Tobar – Hundreds (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=TBX7JnWodWQ

09. Cheveu – Monsieur Perrier (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=OxaZnEV1YJc

10. Daniel Avery – Drone Logic (lire)

https://www.youtube.com/watch?v=eS0CO-yPmO4


Profligate - Girl Full of Joy (PREMIERE)

Profligate-640x640Noah Anthony, par le biais de son projet Profligate, aura l’honneur avec la sortie de son second LP Finding The Floor en novembre prochain de constituer la trois-centième référence du label californien Not Not Fun (lire), lui qui a pour le moment divulgué trois maxis sur NNF, DKA Records et Gooiland Elektro. Déjà mis sur orbite par la vidéo perchée de Laughing Song (lire), ce disque - véritable tournant pour Profligate s'agissant de la direction empruntée, passant d'une post-rave bruitiste à une déconstruction systématique par l'électronique des canons mélodiques et rythmiques - est défloré par deux nouveaux extraits dont l'haletant Basement, à découvrir plus bas, et la fascinante et hypnotique Girl Full of Joy, récemment mise en images par Rick Weaver et Bridget Venuti - enrôlant entres autres Carlos Gonzalez a.k.a. Russian Tsarlag comme acteur (lire). Rick Weaver avec qui Noah Anthony a déjà collaboré, formant avec Ren Schofield de Container (lire) la trop méconnue collaboration Form-a-Log. Déluge d'images stroboscopiques piquant les yeux tout autant que la cervelle ne se trouve elle réduite en miettes par les beats captifs assénés par le jeune Philadelphien, ce dernier clip, à mirer sans lunettes 3D ci-après, se pose là dans la série des objets-non-identifiés.

Vidéo (PREMIERE)

http://vimeo.com/108325563

Audio

Tracklisting

Profligate - Finding the Floor (Not Not Fun, Novembre 2014)

01. Girl Full of Joy
02. We’re Desperate
03. Can’t Stop Shaking
04. Dormant
05. Maniac Will Win
06. Basement
07. Laughing Song
08. Finding the Floor
09. Ambient Metal Room (Impossible)
10. We Can Have It All


Profligate - Laughing Song

ProfligateAprès Suppression extrait de l'album Come Follow Me paru en novembre 2012, le réalisateur Chrissy Jones remet le couvert pour diriger avec dextérité et moult opiacés la mise en image d'un morceau de Profligate, le projet de Noah Anthony, qui aura l'honneur avec la sortie de son LP Finding The Floor en novembre prochain de constituer la trois-centième référence du label californien Not Not Fun (lire). A l'instar du clip complètement pété, sorte de virée à Venise sous kétamine, et télescopant une nouvelle fois post-punk et techno, Laughing Song confirme par ses multiples textures analogiques tout ce qu'avait laissé entrevoir le morceau Girl Full Of Joy dévoilé en début de mois : une putain de lessiveuse à neurones. Et un sacré album avec.

Vidéo

http://vimeo.com/105493399

Audio

Tracklisting

Profligate - Finding the Floor (Not Not Fun, Novembre 2014)

01. Girl Full of Joy
02. We’re Desperate
03. Can’t Stop Shaking
04. Dormant
05. Maniac Will Win
06. Basement
07. Laughing Song
08. Finding the Floor
09. Ambient Metal Room (Impossible)
10. We Can Have It All


Who are you Enfant Terrible ?

Il aura fallu qu'une jeune femme officiant sur East Village Radio à New York décide de monter un label de rééditions en 2005 pour que la minimal wave soit remise au goût du jour, s'imposant telle une lame de fond qui, conjuguée aux réminiscences post-punk anglo-saxonnes, calquèrent la fin des années 2000 sur le modèle des eigthies et ce parfum de crise larvée. Pas un jour, en effet, sans qu'une nouvelle formation ne se réclame de l'électronique minimale, cold wave ou synth-pop pour séduire sans trop s'employer. Et si bien sûr il ne s'agit pas de chier dans les bottes de Veronica Vasicka - préalablement interviewée (lire) et que l'on recevra le 11 avril prochain au Petit Bain (Event FB) -, il convient en revanche de mettre en lumière l'inlassable passion de quelques exégètes du genre n'ayant pas attendu cette effervescence, mâtinée de grégarité, pour mener à bien un considérable travail de réédition, réhabilitant sous format vinyle un nombre incalculable de raretés à la patine inoxydable, en plus d'une logique de sorties contemporaines remarquablement cohérentes avec ces dernières. Et Martijn van Gessel se pose là, en infatigable crate-digger, doublé d'un sens inné pour débusquer des formations actuelles ayant autre chose que le plagiat comme modèle d'apprentissage esthétique. Ayant fondé en 2004 à Utrecht le label Enfant Terrible, en parallèle de ses activités professionnelles, l'homme emprunte dans sa démarche des chemins escarpés, à contre-courant du tout numérique et de la disponibilité immédiate. Espérant susciter la curiosité de l'auditeur, Martijn opte pour des tirages ultra-limités, jamais repressés, une distribution dans des réseaux spécialisés et pour les vertus documentaires des disques réédités. Point de facilité, il ne suffit pas de sonner synth pour éveiller son intérêt, le disque doit comporter une valeur culturelle. Même chose pour les formations d'aujourd'hui : celles-ci doivent assumer une certaine filiation tout en gravant dans le sillon leur propre langage inspiré du monde actuel - et non une image fantasmée d'une décennie inconnue. C'est d'ailleurs par le biais de l'une d'entre elles, Profligate (lire) emmenée par Noah Anthony, que je me suis épris de cette discographie s'intimant à mes yeux telle une Atlantide baignant mes nuits d'insomnies : une nuée de projets à l'identité aussi floue qu'est obsédante leur musique s'est emparée de mes oreilles, qu'il s'agisse des Français de La Mort de l'Hippocampe, d'Ekman, de Tobias Bernstrup, des Suédois d'Agent Side Grinder ou encore des Hollandais de Milligram Retreat pour ne citer qu'eux. D'autant que Martijn brouille les pistes, instiguant autant de sous-labels que de creusets stylistiques qu'il se plaît à poursuivre avec Gooiland Elektro, Hex Grammofoonplaten - ayant notamment sorti en 2009 un split de Scorpion Violente et The Dreams - et plus récemment Vrystaete, transformant peu à peu selon ses dires Enfant Terrible plus en plateforme documentaire qu'en simple label. Une plateforme ayant ce mois-ci dix ans et qui pour l'occasion inocule - en plus d'un nouvel album des Norvégiens d'Europ Europ - une énième et mirifique compilation I Am Enfant Terrible - Martijn est coutumier du genre avec plus de onze références brassant sous des dénominations didactiques telles Electronic Renaissance (2006), Kamp Holland (2010) ou Les Années Folles (2012) des époques et des genres différents - dont un titre du duo turc Kim Ki O est à écouter ci-après en exclusivité. Histoire d'enfoncer le clou, après l'entretien qui suit avec Martijn, ce dernier offre une mixtape librement téléchargeable retraçant d'une manière plus oblique et dansante l'histoire du label. Dix ans et pas prêt de s'assagir.

Audio

V/A – I Am Enfant Terrible (Enfant Terrible, 11 février 2014)

A1. The New Age - The Blood
A2. Kim Ki O - Sorular Değişti
A3. Family Jewels - Liste Préférentielle
A4. Solitude FX - Promises We Made
A5. Europ Europ - Pointer
B1. Sololust - A Fire Inside
B2. Kord - The Nightshift
B3. Former Descent - Counting Down The Waves
B4. Neugeborene Nachtmusik - The Undaunted Traveller

Europ Europ - Repeating Mistakes (Enfant Terrible, 11 février 2014)

A1. Le Rouge X
A2. 22_22
A3. Pre Lies
A4. Oman Disco
A5. Up To Bat
B1. Hearing Aid
B2. Long Play
B3. Not The Best Lie I've Had
B4. Ladies
B5. Repeating Mistakes In Life

Interview avec Martijn van Gessel

Martijn van Gessel
Peux-tu nous dire comment Enfant Terrible a vu le jour ? Et pourquoi ce nom ? 
Tell me how did Enfant Terrible get started? Moreover, why this name?

J'ai commencé après avoir été chroniqueur musical pour différents webzines et magazines et après avoir été DJ et organisateur de concerts et de soirées. Grâce à ça j'ai pris connaissance de beaucoup de projets qui n'étaient pas sortis ou alors pas correctement. J'ai donc créé une plateforme pour sortir la musique que j'aime. Pour ce qui est du nom, c'est une expression un peu démodée, du moins ici en Hollande. J'aime la référence culturelle et j'ai bien peur que cette expression corresponde à ma personnalité car des gens me l'ont fait remarquer à différentes occasions.

I started after being involved in writing about music for various webzines and paper magazines and dj’ing and organizing parties and concerts. Due to this I came across a lot of music that was not being released or not properly released… so I created a platform to release music I liked a lot and wanted to have released myself. The name… well it is an expression that has become a bit out of fashion maybe… at least here in Holland. I like the cultural reference and the expression fits me as person I am afraid… as other people have told me on different occasions…

Peux-tu nous expliquer la relation entre Enfant Terrible et Gooiland Elektro ?
Can you explain us the link between Enfant Terrible and Gooiland Elektro?

Enfant Terrible est devenu une véritable plateforme avec différents labels ainsi que d'autres activités. La musique que je sors sur les labels est toujours connectée à la tradition dans laquelle j'évolue, la tradition new wave et post-punk, parfois en terme de sons et parfois seulement sur l'attitude, l'esthétique ou les méthodes de travail. Les choses plus expérimentales ou pop ont donc leur place. Gooiland Elektro est fortement lié à l'EBM et au new beat, deux sous-genres new wave. Gooiland Elektro s'amuse aussi avec d'autres genres comme la techno primitive ou le néo-italo disco, mais l'atmosphère et l'esprit des disques sont toujours dans la veine sombre et néo-romantique de la new wave.

Enfant Terrible has become a real platform with different labels and other activities being part of it. When it comes to the music I release on the labels it is all connected by the tradition I work in… that is the new wave and post-punk tradition… sometimes in sounds and sometimes only in attitude or way of working… so also more experimental and poppy stuff has a place among this. Gooiland Elektro has a strong link to EBM and new beat.. both are new wave genres… Gooiland Elektro also plays around with some other styles and genres like early techno and some neo italo disco but the mood and spirit of the records are always in line with the darker and neo-romantic side of new wave I guess…

Le label a dix ans. Tu peux nous indiquer les grandes dates de cette aventure ? 
The label is ten years old. Can you indicate us the big dates of this adventure?

Pour moi l'important est toujours le moment présent. C'est génial d'être là depuis dix ans et d'avoir sorti autant de disques avec tant de supers musiciens, mais bon, on ne vit que le présent donc le moment en soi est ce qu'il y a de plus important. J'essaye d'apprécier le moment et de me concentrer sur le futur avec des nouveaux plans et de nouvelles idées, construire en me basant sur le travail accompli avant.

The big date is always now to me… it is great to be here for ten years and having released already so much records with many great musicians… and there are highlights and some lesser nice moments… but well… you only live now… so the moment itself is the most important of all. I try to enjoy the moment and focus on the future with new plans and ideas… always. Building on work done before…

Quels types de labels t'ont influencés dans ton approche ?
What kind of labels inspired you in your approach?

Pour ce qui est de l'attitude, j'aime beaucoup Invasion Planet, structure réellement indépendante qui a créé son propre univers. Pour ce qui est de la musique, ce n'est pas aussi clair, mais lorsque j'ai démarré mon label j'écoutais beaucoup Kernkrach (c'est toujours le cas d'ailleurs), Was Soll Das Schallplaten, Suction et Kommando 6, en même temps que Invasion Planet. J'ai donc plus ou moins commencé comme un label électro-wave, mais Enfant Terrible a beaucoup évolué au fil des ans, avec cependant un lien fort à la new wave, le post-punk et l'électro.

When it comes to attitude I liked Invasion Planete a lot. Truly independent and a the label created an universe of its own. When it comes to music it is not that fixed…but when I started my label I listened a lot to Kernkrach (I still do), Was Soll Das Schallplatten, Suction and Kommando 6… next to Invasion Planete. So I started more or less as an elektro-wave label… but Enfant Terrible has evolved a lot through the years… but still with a strong link to new wave, post-punk and elektro.

Gooiland Elektro

Quels artistes ont marqué l'histoire du label ?
According to you, what artists shaped the history of the label?

Je ne pense pas en ces termes car je travaille essentiellement avec de nouveaux artistes inconnus. Après, bien sûr, mes sorties avec la musique du label cassette hollandais des années 80 Trumpett ont attiré des gens vers mon label, mais au départ ces disques ne se vendaient pas si vite que ça, il faut bien se souvenir que c'était avant toute la hype Minimal Wave. Je me suis toujours focalisé sur les nouveaux talents, ma première compilation Electronic Renaissance avec des artistes contemporains s'est avérée être avec le temps un classique culte (ce ne sont pas mes mots). Donc que ce soit avec d'obscurs groupes des années 80 ou de nouveaux talents explorant les champs électro-wave, j'ai, avec quelques autres labels, posé le ton et contribué à son expansion. C'est la stratégie et un goût pour la qualité et non pas certains artistes qui ont fait le nom et le statut de mon label. Je ne veux pas paraître arrogant mais c'est comme ça.

I do not think in this way… as I work mostly with new and unknown artists… but of course my releases with music from the 80’s Dutch tape label Trumpett has attracted people to my label… but in the beginning these records did not sell that fast at all… please remember this was all before the “minimal wave hype” … Next to that I have always also focused on new talent… my first compilation with contemporary artists “Electronic Renaissance” has in time proven to be a cult classic (not my words)… So both when it comes to obscure 80’s as new talents working in the fields of elektro-wave and such I have together some other labels set the tone and contributed to its growth… Strategy and a taste for quality stuff  and not certain artists shaped my label name and status… this is not meant as being arrogant… it is how it is…

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes d'approfondir à chaque sortie ? 
What’s the artistic guideline of the label? Is there a musical aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Au final le seul impératif est qu'il faut que j'aime personnellement. J'écoute beaucoup de musiques différentes et mes labels se focalisent sur différentes choses. Pour ce qui est de l'artwork il y a un concept mais nous utilisons des variations. Pour les séries plus anciennes je me suis éloigné d'un concept rigide mais avec Gooiland Elektro je garde le même pour chaque sortie. J'aime avoir un peu de liberté et pour certaines sorties, j'ai d'ailleurs expérimenté avec le design et les matériaux. Ça a débouché sur quelques nouvelles idées que je pouvais utiliser pour de nouvelles séries ou de nouveaux labels, comme la cassette audio en tant qu'objet d'art ou le nouveau label Vrystaete par exemple, qui n'aura que des artworks faits mains ou au moins des éléments faits mains.

In the end the only guideline is that I need to like it myself. I listen to a lot of different music and for my labels the focus differs for each specific label. When it comes to artwork there is a concept but variations are used. For the older series I have moved away from a rigid concept but for Gooiland Elektro I stay to one concept for all releases. I like to have some freedom and for some releases and I have experimented with designs and materials. This has resulted to in some new ideas which I could use for new series or labels… like the tape art objects and the new label Vrystaete for example…which will only have handmade covers or covers with handmade elements at least… 

Entre les débuts et maintenant le label a brassé pas mal de genres différents - new-wave, électro, minimal, noise, ambient, synth-pop. Quel est celui qui te motive le plus aujourd'hui ?
Between the debuts and today, the label brewed a great deal of different musical styles - new-wave, electro, minimal, noise, ambient, synth-pop... What are the ones who motivate you most today?

Comme je le disais, j'écoute beaucoup de musique et mes goûts sont très variés, mais pour un label il faut avoir un certain objectif, même si l'identité du label est éclectique. C'est la raison pour laquelle je crée de nouvelles séries et des sous-labels. Si j'ai envie de faire quelque chose avec un son qui ne correspond pas aux séries et sous-labels existants mais qui reste une extension logique pour Enfant Terrible, je crée une nouvelle série ou un sous-label. Cela me donne la liberté d'étendre le spectre sonore encore plus et ainsi pouvoir le faire évoluer. Gooiland Elektro était déjà en quelque sorte présent depuis 2009 avec la sortie du disque 1984 de Tobias Bernstrup. Après les compilations Svenks Bonnasynth avec Kord, Monster Apparat et Adolf Filter en 2011 je voulais avoir de la place pour faire des choses plus dansantes et mon amour pour l'ambiance et l’énergie du new beat ou de l'EBM s'est ajoutée à ça donc j'ai créé Gooiland Elektro.

Enfant Terrible est un voyage perpétuel, je ne sais pas où et quand il s'achève, mais ce que je sais, pour sûr, c'est qu'Enfant Terrible évoluera encore et que le spectre des sons s'élargira d'autant plus.

As said I listen to a lot of music and my taste is really extended… but for a label you need to have a certain focus… even if you take a broad spectrum of sounds as your signature… so the reason I create new series and sublabels is exactly this… if I like to do something with a certain sound which does not fit within the existing series but is a logical extension for Enfant Terrible I create a new series or sublabel. This give me the freedom to broaden the sound spectrum even more and in that way makes it possible to evolve… Gooiland Elektro was already present in some ways since 2009 with the release of the Tobias Bernstrup 1984 record. After the Svenks Bonnasynth compilation with Kord, Monster Apparat and Adolf Filter in 2011 I wanted to have some space to do more with dancetunes… and my long love for the mood and energy of new beat and EBM added to this… so I created Gooiland Elektro… as an example. Enfant Terrible is an ongoing journey… I do not know where it ends and when… but I know for sure Enfant Terrible will evolve some more and I will broaden the sound spectrum even more…

Ekman

Depuis plus de dix ans, de plus en plus de producteurs (de Sandwell District à LIES, Profligate et Ekman inclus) explorent les versants les plus rudes, austères et conceptuels de la techno et visent les dancefloors les plus pointus. Pourrait-on y voir l’esprit avant-gardiste de la scène indus/expérimentale de l’ère post-punk appliqué à la techno contemporaine ?
For more than a decade now, some producers (from Sandwell District to L.I.E.S artists, Profligate and Ekman included) are exploring the starker, harsher, even more conceptual side of techno, targeting the bleakest possible dancefloor. Couldn’t we see here the same challenging spirit of the experimental/industrial scene of the late 70s/early 80s (Throbbing Gristle & co) applied to modern techno?

Non pas vraiment, pas du tout en fait pour être honnête. Même si j'aime et fais la promotion de la musique faite aujourd'hui, je ne vois pas cette époque comme étant la plus créative ou originale qui soit. Par exemple, j'écoute beaucoup le LP Volstrekung de Oake et il est vraiment super, mais est-ce réellement original ? Je ne pense pas, écoute simplement SPK, Lustmord et Delerium et tu sauras qui sont les vrais précurseurs. Pharmakon est un autre exemple. Son album Abandon est incroyable mais au final c'est juste un mélange de Diamanda Galas et Maria Zerfall.

Le truc, c'est que la plupart des gens n'ont aucune réelle connaissance musicale et pas suffisamment de bagage culturel donc ils ne savent pas qui ont été les artistes précurseurs et originaux. Comparé aux précurseurs, il n'y a rien de plus que le fait que ça soit bien fait ou très plaisant. Je sais que c'est une attitude négative mais l'originalité n'est pas le trait le plus fort de notre époque. Par honnêteté, tout le monde devrait l'admettre.

No not really... or not at all to be honest… even though I like and promote the music made today I do not see this age as the most creative or original age… for example I recently listened a lot to the Oake Volstreckung 12”… it is really great… but is it truly original? I do not think so… just listen to SPK, Lustmord and Delerium and you know who are the originals… another example Pharmakon… her album Abandon is amazing… but in the end just like a mix of Diamanda Galas and Maria Zerfall…

The thing is that most people have no real knowledge of music and no real cultural background so they do not know the artists who were groundbreaking and truly original… so what you get is that people misinterpret contemporary music as groundbreaking and original… but compared to the originals it is nothing more as just  very well done or really nice… I know this is a negative attitude but originality is not the strongest aspect of our age… everybody should acknowledge this if they were honest…

Comme gérant de label, est-ce que le DIY a une influence sur ton travail ? En 2013, Enfant Terrible c'est 13 disques. Considères-tu toujours ton label comme un label artisanal ? 
As label owner, does the DIY have a strong influence on your work? In 2013, Enfant Terrible it's 13 records. Do you still consider Enfant Terrible like a bedroom label?

Je n'aime pas les termes DIY ou underground, le seul dans lequel je me retrouve est celui d'indépendant et même si celui-ci est évidemment exploité pour le marketing de gros et petits labels depuis des années. Être indépendant c'est une façon de travailler et de penser, et pour moi, elle n'est applicable que si ça concerne tous les aspects d'un label. Je suis qui je suis et je fais ce que je fais sans être connecté au moindre mouvement ou à une quelconque scène. Et je ne me suis jamais considéré comme un bedroom label, Enfant Terrible est mon hobby, mais un hobby très professionnel sur lequel je travaille après une journée de travail normale.

I do not like terms like DIY and underground… the only one I can live with is independent… and even that one is of course abused for marketing by big and small labels since years… It is a way of working and thinking to be truly independent… and for me it is only applicable if it concerns all aspects of a label… I am what I am and I do what I do… without being connected to any movement or scene. Also I have never considered myself a bedroom label… Enfant Terrible is my hobby… but a very professional hobby… which I work on next to a normal day job.

Enfant Terrible logo 2

Quel est le futur proche d'Enfant Terrible ?
What’s the near future for Enfant Terrible? 

Je vais continuer à sortir des trucs plus expérimentaux comme je l'ai déjà fait avec La Mort de l'Hippocampe, Europ Europ et Distel par exemple. Mais je vais aussi sortir des choses plus orientées synthé. À côté de ça il y a des sorties prévues sur Gooiland Elektro histoire de m'occuper et j'ai créé Vrystaete qui se consacrera à la musique plus ou moins en rapport avec le psychédélisme, le folklore et les sonorités lo-fi.

I will continue releasing some more experimental stuff like I already did with La Mort De L’Hippocampe, Europ Europ and Distel for example. But… I will also release again some more synth orientated stuff. Next to that I have planned some more Gooiland Elektro releases to keep myself and other people moving and I have created a new label which will start this year. This label is called Vrystaete and will focus on music more or less related to psychedelic, folklore and lo-fi sounds…

Pour les dix ans du label, tu as édité la compilation I AM, à paraître aujourd'hui. Peux-tu la présenter ?
For the tenth anniversary of the label, you edit a compilation, I AM, to appear today. Can you present it?

Toute les compilations que j'ai sorties ont été très bien reçues. Electronic Renaissance a été qualifiée de culte car elle réunissait et donnait forme pour la première fois à la nouvelle scène électro-wave. D'autres compilations ont été saluées pour poser un vraie narration basée sur la musique. Je prends toujours beaucoup de temps pour créer une compilation, ça démarre par un concept et la musique vient petit à petit, c'est un peu comme faire un peinture.

Pour fêter les dix ans d'Enfant Terrible je voulais faire une compilation qui, sans regarder en arrière, rende hommage à la musique avec laquelle j'ai débuté. J'ai donc dû me focaliser sur le présent et le futur mais il fallait sentir les racines de mon label. Ça a donc réduit ma sélection et le nombre d'artistes auxquels j'ai demandé de participer. Des gens manquent, par exemple Distel et Tobias Bernstrup pour nommer deux artistes avec qui j'aime travailler. Mais pour faire un album cohérent j'ai du les retirer de la compilation.

All the compilations I have put out have been received very well… Electronic Renaissance has been called a cult classic as it collected and gave shape for the first time to the neo elektro-wave scene. Other compilations have been acclaimed for laying down a true narrative based on the music… I always take a lot of time to create a compilation… it starts with an concept and the music comes bit by bit… so it comes together like a painting in a way.

For the ten years ET celebration I wanted to create a compilation which would not look back but still pay tribute to the music I started with… so it had to focus on the present and the future but you need to feel the roots of my label… this narrowed down my selection of styles and thus also the artists I asked to be involved. Some people are missing… for example Distel and Tobias Bernstrup to name just two artists I like to work with… but for sake of creating a nice coherent record I had to leave out their music…

I AM

Mixtape

Cette mixtape est un assemblage de chansons passées et présentes d'Enfant Terrible... plus du présent d'ailleurs mais avec quelques classiques du catalogue. Je pense qu'elles représentent bien le label mis à part le versant plus expérimental de celui-ci. Je voulais faire un mix que les gens puissent écouter en voiture ou au boulot... du coup c'est plus pop, dance et uptempo. Je n'ai pas ajouté de morceaux encore inédits car, comme d'habitude, je fais mes sets uniquement sur vinyle. Cette mixtape est autant destinée à ceux qui connaissent Enfant Terrible que pour les autres qui tomberaient pour la première fois dessus. Il n'est jamais trop tard pour régler ça !

This mixtape is a collection of songs from the past and present of Enfant Terrible… mostly of the present but with some “classics” from my back catalogue. I think it represents well my label output except for the more experimental part… but I wanted to make a mixtape people could also listen to in the car and at work… so it is more pop, dance and uptempo minded… I did not add any new unreleased stuff as I always make all my sets with vinyl records only… Also I think this mixtape is quite enjoyable and nice for people who know my label as well as people who did not know anything about my work to date… it is never too late to tune in!

01. Agent Side Grinder - There Is A Sound That Always Goes Out
02. Wermut - Media In Vita In Morte Sumus
03. Bakeliet - Don't Let Them Know
04. Milligram Retreat - Allégement
05. Kania Tieffer - Farfouille
06. Sixteens - Chapel Of The Chimes
07. Kim Ki O - Herkes Evine
08. Sololust - The Spark
09. Popsimonova - Staviti Crveni Ruz
10. Schwefelgelb - Auf Der Anderen Seite Vom Fenster
11. Flying Bodies - Transformer
12. Tobias Bernstrup - The World Falls Apart
13. Saralunden - Suggestive Boy
14. Black Ice - Sooner Or Later

Traduction : Alexandre P.


RE(FLUX)12

Leroy Woodson, Birmingham, Alabama, July 1972RE(FLUX) n’est pas une mixtape. RE(FLUX) est un revue « passé, présent, futur » de disques que l’on ne peut se résoudre à passer sous silence. RE(FLUX) est une publication (presque) mensuelle changeant de mains et d’optique à chaque numéro. RE(FLUX) à vocation à être sommaire, partiel et subjectif. RE(FLUX) n’est pas une mixtape, mais peut s’écouter - en fin d’article - comme une mixtape.

RE(FLUX)12

Ernest Gibson - When You Get There (Skrot Up)

Sorti le 22 novembre dernier sur le label basé à Copenhague Skrot UpIsland Records du mystérieux Ernest Gibson - moitié du duo Net Shaker - réussit la gageure d'admonester l'auditeur aux confins de l'étrange - entre voix hantées et beats ensorceleurs, entre divagations psyché et pérégrinations lo-fi - tout en provocant chez lui un goût pour l'aventure et l'immodéré tant ce LP s'écoute tel un OVNI, chaque piste étant dissemblable de la précédente ou de la suivante.

The Bomber Jackets - Game Changers (Alter)

À la fois membre des déglingos punk de The Pheromoans, Russell Walker et Daniel Bolger embarquent à bord du projet The Bomber Jackets l'électronicien touche-à-tout Sian Dorrer, le temps d'une luminescente échappée post-punk, où minimalisme et mélancolie font bon ménage. Après une première cassette en 2011 sur l'inévitable Night People et un single sur le non moins évitable Night School Records, le trident a assouvi ses désirs de production avec un premier LP, The Lister, paru sur le londonien Alter accueillant par ailleurs Oneohtrix Point Never ou Hieroglyphic Being.

People of Nothing - A Break to Cry (Anywave)

Quatuor emmené par le Parisien Florian Chombart, People of Nothing dégoise un shoegaze à quelques encablures des New-Yorkais d'A Place To Burry Srangers, pétri d'influence synth et cold-wave. Initialement paru fin novembre sous la forme d'un  - avec des remixes de Bronski Beat et Montebourg -, A Break to Cry est le fer de lance d'un album éponyme à voir le jour en mars 2014 sur la structure Anywave - de l'ami Aurélien Delamour d'. Un cri déchirant la nuit.

Vatican Shadow - Jet Fumes Above the Reflecting Pool (Hospital Production)

Quand Ron Morelli sort un LP, il le fait non pas sur son propre label L.I.E.S, mais sur Hospital Production, le label de Dominick Fernow aka Vatican Shadow. Mine de rien cela pose le CV d'un mec plutôt discret mais foutrement influent dans les limbes d'une techno toujours plus noise et sauvage, d'autant que son ultime Remember Your Black Day constitue l'un des somments discographiques de cette année écoulée. Jet Fumes Above the Reflecting Poolen en témoigne abruptement.

Profligate - From All Sides / Can't Stop Shaking (DKA Records / Enfant Terrible)

Si Noah Anthony a débuté l'aventure techno-noise de Profligate cette année au moyen du EP Videotape paru sur Not Not Fun, l'homme est loin d'être novice en la matière puisque ce dernier exerçait préalablement au sein de Form A Log et Social Junk, deux groupes complétement pétés. Après ledit maxi, le résident de Caroline du Nord se fend simultanément de deux sorties via des labels qu'on aura l'occasion de découvrir de façon plus approfondie en 2014 : The Red Rope 12" sur DKA Records et Can't Stop Shaking 12" via Enfant Terrible Production, progéniture de Gooiland Electro fêtant en 2014 ses 10 printemps. Deux énormes bombes, From All Sides étant extrait du premier, Can't Stop Shaking du second. Le temps de respirer et de retenir ce nom : Profligate.

Container - Glaze (Liberation Technologies)

Pour tous ceux ayant eu la bonne idée de se radiner au Garage MU pour l'ultime In Paradisum de l'année, il n'y a plus aucun doute : les claques électro-métalliques de l'immense Ren Schofield et son projet Container sont aussi mémorables que roboratives. Glaze issu du EP Adhesive à paraitre le 20 janvier sur Liberation Technologies - filiale de Mute Records - fait plus que plaider en ce sens. De quoi se remettre de l'intense Treatment (Morphine Records) sorti plus tôt dans l'année.

Rüba KPØ - 83 Instrumental version (Black Tambour)

Rüba KPØ est un collectif français basé à Nice et ayant fait sa réputation via de multiples remixes dont Capleton, Jah Mason et Tristan Palmer. Se focalisant désormais sur ses propres productions, le quatuor s'attelle ni plus ni moins à la confection d'une trilogie dont la première pierre est cet EP 83, révélé depuis le 31 octobre 2013 par l'entremise du label montpelliérain Black Tambour - fêtant ainsi ses quinze printemps de la plus belle des manières. Autant être clair : on est plus dans la maturité d'un son deep techno que dans la volatile promesse.

Mixtape

01. Ernest Gibson - When You Get There
02. The Bomber Jackets - Game Changers
03. People of Nothing - A Break to Cry
04. Vatican Shadow - Jet Fumes Above the Reflecting Pool
05. Profligate - From All Sides
06. Profligate - Can't Stop Shaking
07. Container - Glaze
08. Rüba KPØ - 83 Instrumental version