On y était : Motorama au Nouveau Casino

Haim @ le Trianon, Paris, 01/03/2014

Photos © Soul Kitchen

Il y a un peu plus d'un an, on avait assisté, médusés, dans un Petit Bain copieusement garni, à la prestation de nos meilleurs amis russes (report), qui prouvèrent ce soir-là que leur talent, en plus de ne rencontrer visiblement aucune limite, semblait adopter une courbe de croissance exponentielle. Si on ne peut en dire autant du nombre de fans, là aussi la progression est pourtant bien là : en ce 3 février 2015, le Nouveau Casino affiche complet pour accueillir Motorama, et une certaine fébrilité semble parcourir le public à l'idée d'enfin découvrir sur scène les nouveaux titres du combo, quelques jours seulement après la sortie de Poverty, troisième album parfait d'un groupe définitivement installé dans l'excellence (lire la chronique). Une salle comble, donc, qui prouve que Motorama n'est désormais plus un secret bien gardé. On s'en réjouit pour eux, tant ces chansons au rayonnement sans fin mériteraient d'épouser les espaces les plus vastes. La petite bande de Rostov-sur-le-Don semble en tous les cas parfaitement à son aise ce soir-là à l'idée de rencontrer une nouvelle fois ses fans parisiens dans la petite (mais costaude) salle de la rue Oberkampf, à l'image d'un Vlad vendant tranquillement son merch au public durant la prestation de Dead Sea, première partie en forme de modeste croque-en-bouche avant le festin annoncé. Un festin qui tiendra toutes ses promesses, tant Motorama semble aujourd'hui sûr de ses forces. Car les quelques maladresses scéniques qui survivaient encore sont désormais toutes gommées, ou presque : un set propre, sans bavure, à l'image de nouveaux titres plus anguleux, mais aussi plus sombres, que ceux de Calendar. Vlad semble maîtriser mieux que jamais son chant, qui sied à ravir aux nouveaux écrins ténébreux du groupe. La part belle sera ainsi faite à Poverty, les Russes mettant en lumière de manière implacable la somptuosité de leurs nouvelles compositions : de la sourde noirceur de Dispersed Energy à l'aveuglante lumière de Red Drop - à faire pâlir d'envie ou de nostalgie Robert Smith -, en passant par l'addictive Lottery qui pourrait sans mal décrocher le gros lot au petit jeu des tubes de l'année, aucune baisse de régime ne sera à noter, ni du côté du groupe, ni du côté du public, captivé par tant de talent. On arrêtera d'ailleurs là de sortir du lot tel ou tel titre, tant l'on aura admiré durant plus d'une heure l'homogénéité de ce concert parfait, mené de main de maître et à un rythme effréné, durant lequel la qualité ne l'aura guère disputé qu'à la générosité (deux rappels, tout de même). Une soirée rêvée, qui restera sans doute gravée dans les mémoires, tout comme les albums du groupe sont d'ores et déjà promis à l'éternité.

Retrouver notre chronique de Poverty par ici.


Photoshoot : Metz au Nouveau Casino le 25 octobre 2012

L’objectif d’Hartzine était au Nouveau Casino le 25 octobre dernier pour la performance des canadiens de Metz.

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On y était : Destroyer au Nouveau Casino

Les oreilles et l'objectif d'Hartzine étaient donc présents au Nouveau Casino le 11 juillet dernier à l'occasion du passage de Destroyer, notre entité favorite du Canadien Dan Bejar, auteur du récent Kaputt, nouveau sommet d'une discographie qui en comptait déjà quelques uns. Et on n'a pas été déçu par la prestation de Bejar et ses musiciens, visiblement contents d'être là, et sûrs de leur force. Devant un public conquis par avance, le groupe déroula ce soir-là un tracklisting sans faille, enchaînant perle sur perle, et rendant justice à chaque titre. On pouvait craindre en effet que le live ne soit pas l'allié naturel de la finesse des instrumentations déployées sur disque. Inquiétude vite balayée par le combo, qui malgré une réelle puissance de feu, ne sacrifiera jamais la subtilité sur l'autel de l'efficacité. Un sans faute du début à la fin, donc, avec une mention spéciale au rappel, qui nous donna l'occasion de profiter de l'excellente Chinatown, qu'on n'en pouvait plus d'attendre.

Crédits Photos : Hélène Peruzzaro

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On y était - The Black Angels au Nouveau Casino

The Black Angels, Le Nouveau Casino, Paris, 5 octobre 2010

tba-telephone-1Depuis la sortie de leur troisième album, Phosphene Dream (lire la chronique), la cote de popularité des Black Angels semble être montée en flèche : aucune promo n'aura été nécessaire pour remplir à ras-bord le Nouveau Casino. Il est à peine 19h que la file d'attente est déjà bien longue pour un mardi soir pluvieux. D'ailleurs, à l'entrée de la salle, c'est un peu la panique : 95% des passes photo ont été annulés à la dernière minute, les listes d'invités sont incomplètes (comment ça, on ne m'attend pas avec un verre de champagne et un peignoir en peau de loutre brodé au nom d'Hartzine ?!) Le temps de régler les problèmes techniques, on entre juste à temps pour le début du set d'Aqua Nebula Oscillator.
tba-telephone-2Déjà subi en première partie du tout premier concert parisien des Dead Weather à la Cigale en juin 2009, le groupe signé sur Pan European Recording (lire notre dossier sur le label) ne m'avait pas franchement laissé un bon souvenir... Est-ce que ces quatre-là cherchent à nous rendre sourds ? Probablement pas, mais avec des bouchons c'est quand même nettement plus supportable. Verdict : les déflagrations psyché-gothico-bruitistes du quatuor emmené par la dégoulinante Shazzula conviendraient davantage à une fin de soirée planante qu'à une première partie de 19h30 tapantes - on est encore trop frais et dispos pour apprécier les ondes ténébreuses lancées par la sorcière en combinaison moumoute intégrale et les nappes dissonantes du clavier de David Os.
tba-telephone-3Rapide changement de plateau, et la scène étroite du Nouveau Casino peut enfin accueillir au grand complet le très attendu quintet d'Austin. The Black Angels lancent les hostilités avec You On The Run et Bloodhounds On My Trail avant de défendre leur dernier opus en enchaînant l'hypnotique Bad Vibrations avec les californiens Haunting At 1300 McKinley et Yellow Elevator. Alex Maas tripote ses boutons à l'envi pour jouer avec sa voix tandis que derrière lui, ses collègues s'échangent les instruments avec une facilité déconcertante ; au fond, Stephanie frappe avec autant de lourdeur que si sa vie en dépendait - charmées, plusieurs personnes lui hurleront leur demande en mariage depuis la fosse. Ce soir, le spectacle est autant sur la scène que dans le public : observer des gens entrer en transe psychédélique, c'est toujours rigolo. Le concert atteint son apogée avec Entrance Song, mais le soufflé retombe un peu avec les titres des précédents albums. Les Texans rattrapent le coup en lançant un Telephone vintage à souhait, emporté par l'harmonie parfaite des trois voix masculines. Après ce parfait coup de fil, The Black Angels quittent la scène sous les applaudissements. Rappellera ? Rappellera pas ?
tba-telephone-4Le groupe choisit de gratifier ses fans français de quatre titres supplémentaires, figurant tous sur ses anciens opus. L'occasion de confirmer que les nouveaux morceaux de Phosphene Dream sont bien plus efficaces sur scène que leurs prédécesseurs, très monolithiques - la sauce psychédélique ne prend pas toujours, tournant parfois presque à l'ennui. Le tout nouveau succès des Black Angels s'explique facilement : plus éclectiques, moins répétitifs, ils sont désormais plus accessibles et plus populaires, sans avoir rien renié de leurs convictions musicales. Alex Maas, avec sa voix de gourou, est désormais paré pour haranguer les foules.

Setlist

1. You On The Run
2. Bloodhounds On My Trail
3. Bad Vibrations
4. Haunting At 1300 McKinley
5. Yellow Elevator
6. Black Grease
7. Mission District
8. Science Killer
9. Entrance Song
10. The Sniper
11.Phosphene Dream
12. River Of Blood
13. Telephone
14. Young Men Dead
15. The Sniper At The Gates Of Heaven
16. Better Of Alone
17. The First Vietnamese War
18. Manipulation


On y était - Lonelady + PVT au Nouveau Casino

5025832022_cc087733fc_zPhotos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Lonelady + PVT, Nouveau Casino, Paris, 15 septembre 2010.

Dire que j'attendais la venue de PVT avec impatience, en ce soir de 15 septembre... eh bien serait mentir. Contrairement à beaucoup, je ne fus pas le moins du monde séduit par le virage outrageusement trash-pop des chouchous du label Warp. Je n'irai pas jusqu'à dire que le succès de Church With No Magic tient de l'escroquerie, ni que mes collègues chroniqueurs semblent avoir perdu tout critère objectif  de jugement, cédant de leur partialité devant un buzz annoncé... Mais franchement les gars, Ô Soundtrack Of My Heart avait mille fois plus de panache. J'étais là aussi ce soir afin de donner une seconde chance à une Lonelady qui m'avait allègrement déçu lors de son dernier passage à Paris. Il y a minimalisme et minimalisme... Et à ce jeu, Julie Campbell et sa bande avaient démontré un manque de générosité envers leur public quelque peu désarmant et un net désintérêt pour le live... Un concert plat pour illustrer un album intitulé Nerve Up, c'est un comble comme dirait Tata Paulette...


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Comme d'habitude, piégé par de sombres êtres malfaisants qui me retinrent contre ma volonté afin de m'asséner les esgourdes d'élucubrations pittoresques et fantasques (bref, c'était l'apéro quoi...), j'arrivai à la bourre et ratai la prestation semble-t-il relativement intéressante de Stalk. Une vilaine manie que j'essaye de corriger, mais ce n'est pas tous les jours facile d'avoir des amis alcooliques. C'est donc avec un sentiment d'échec que je rejoins Patrice, tout sourire, l'appareil photo déjà dégainé. Lui, au moins était à l'heure... Mais pas le temps pour ma petite crise existentielle, Julie Campbell et sa fine équipe sont déjà sur scène, prêts une nouvelle fois à défendre un album qui ma foi, fait le bonheur de ma platine vinyle. Pourtant, la foule ne se bouscule pas au portillon. Serait-ce dû aux échos de la platitude de ses prestations ? Il est temps une bonne fois pour toutes d'en avoir le cœur net.

Pas d'éclats, pas de révolution, le show commence tranquillement grâce à un If Not Now plus que rôdé. Bien que moins statique, Julie s'impose par une stature glaciale et distanciée. Marble et Immaterial font mouche, mais c'est Nerve Up qui cette fois deviendra l'épicentre de la prestation du trio. Il se dégage du morceau une aura caverneuse (pensez Liquid Liquid) dûe notamment à l'extraordinaire présence d'un batteur habité, possédé, illuminé... Les adjectifs me manquent... N'en reste pas moins que son jeu éclipse celui des autres membres le temps d'un morceau qui rappellera que la musique de Lonelady doit autant à l'indie-rock mancunienne qu'au post-punk à tendance funk de Gang of Four.  Après cet extraordinaire aparté, les morceaux s'enchainent avec une incroyable instabilité, Bloedel magnifié, Cattletears crucifié... Le groupe quitte finalement la scène comme il est venu, dans le silence le plus complet. Un concert qui si au final ne marquera pas plus les annales, démontrera la volonté du groupe de se livrer un peu plus sur scène, de sonner plus authentique... C'est déjà ça.

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On nous avait prévenus, l'attente ne serait pas longue et la soirée non plus. C'est donc tout naturellement que PVT s'installe devant un public qui semble à présent s'être massivement manifesté. « A quoi devais-je m'attendre ? » était une question que je me posai inlassablement dans le noir. La musique de PVT fait partie de cette longue liste sur laquelle il serait bien casse-gueule de tenter de coller une étiquette. Drone à tendance électro ? Post-rock lorgnant sur la noise ? Crossover entre breakbeat, IDM, math-rock et love songs ? Pivot est bien au-delà de ça.  Et navré de décevoir les nouveaux adhérents mais ce sera bien un show à l'ode d'Ô Soundtrack Of My Heart qui sera offert au public du Nouveau Casino ce soir-là. Le récent parterre de fan restera sceptique devant les pourtant jouissifs In The Blood et Sweet Memory. Il faudra attendre l'inébranlable Ô Soundtrack Of My Heart pour réconcilier deux vagues d'aficionados et embraser la fosse. Les frères Pike n'en délaissent pas leur dernier bébé pour autant, ravissant le public  d'un Light Up Bright Fires écorché vif tandis que Timeless fait montre d'incroyables qualités hypnotiques. Mais c'est bien sûr avec leur extraordinaire single Window que le trio impose sa cadence puisant sa force dans une rythmique de percutions destructrice qui n'est pas sans rappeler Battles. PVT impose son savoir-faire au nez des incrédules qui n'arrivent pas à se prononcer sur la teneur du spectacle qui leur a été imposé. Pourtant, tous savent au fond d'eux qu'ils viennent d'assister à une démonstration physique peu commune bien éloignée des volutes parasitées recrachées par les enceintes de leurs mange-disques. Un concert qui ne fera peut-être pas date, mais qui aura eu le mérite de marquer les esprits... Et comme dirait Tatie Simone... Bon ok, ça va, ça va...

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On y était - Gonjasufi


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Gonjasufi vs Gaslamp Killer, Festival Colors, Paris, Nouveau Casino, le 12 juillet 2010

Que de réjouissances en perspective en cette soirée caniculaire de juillet ! Je vous parlais de cette incroyable bonhomme il y a de ça quelques mois, une découverte, une vraie, et franchement je n'aurais pas parié un kopeck qu'il débarquerait de son désert du Nevada jusqu'à nous pour un concert. Et bien, j'aurais dû. Si je me réjouis autant ce soir, c'est aussi que ma vie d'ascète enceinte manque quelque peu de psychédélisme mais avec le Sufi illuminé, je suis presque certaine de voyager un peu dans la stratosphère de la spiritualité. Haaaaa. Et bien non.
Mais pour ça, laissez moi re-contextualiser un peu cette soirée sabordée.
J'arrive assez tôt dans la salle, histoire de profiter des canapés de la mezzanine en attendant le phénomène à dreadlocks. Nous sommes lundi soir, vous savez cette journée où vous venez de rempiler pour une semaine avec toute la mauvaise volonté du monde, et comme à peu près tout le monde, je grogne. Surtout quand de bon matin, je m'aperçois que je ne rentre plus dans mon slim, mais c'est un autre problème. Nous sommes donc lundi et même si c'est l'été et que la capitale fourmille de touristes qui veulent se la donner sur les dancefloors, pourquoi, oui pourquoi est-ce que j'ai l'impression que le Nouveau Casino va décoller tellement le volume sonore atteint des sommets ? Pour un warm up qui plus est. Mais bon allez, c'est l'été hein.
Warm up donc, très viril et très long, suivi dans la foulée par le mix de David White, qui fait office de première partie. Une ambiance très hip hop s'installe et je me rends compte que 95% du public est masculin, sur quoi mon mec, dont je loue toujours la sensibilité, me soutient "que ben oui, c'est de la musique de mec". Ah bon ? Moi quand Gonjasufi me murmure "Let's do it babe, let's do it" sur Dust, je trouve que c'est plutôt vachement de la musique de fille. Mais ne lançons pas une polémique qui ne nous mènera à rien ici.
Nous patientons donc, dans la fournaise de la salle pleine à craquer, qui ressemble à une grosse cocotte où la température ne fait que grimper. Ça commence a s'agiter sur la scène, un gus au physique pas très éloigné du héros des pubs Free rejoins David White et commence un speech genre MC sur l'extrême rareté du personnage de Gonjasufi, et sur la chance que nous avons de le découvrir ce soir. Oh yeah, tout le monde est d'accord. Le fameux gus n'est autre que Gaslamp Killer, touche-à-tout super excité qui se poste derrière les platines pour balancer un mix très cut, avec la touche orientalisante qui a fait la marque de fabrique de Gonjasufi. Les basses sont tellement puissantes que j'ai l'impression de friser.

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Et il déboule comme un bulldozer sur scène. Le sourire jusqu'aux oreilles. Le Sufi commence par un rap, pas étonnant puisqu'il vient de ce milieu mais j'avoue que je me demande si c'est vraiment lui tant sa voix est méconnaissable dans ce flow très commun aux rappeurs. Je pousse un premier soupir. Mais tout va très très vite, Killer balance le son de She Gone et la salle se met immédiatement a chanter, ce qui est sympa au début. Le gaillard est visiblement super content d'être là, et de voir une salle remplie rien que pour lui. Mais quand il coupe le son à je ne sais combien de reprises pour entendre le public reprendre ses refrains, ça devient un peu emmerdant, on va pas non plus sortir les briquets... Les titres s'enchaînent sans une pause, sans une respiration et je commence à suffoquer. Certes l'album A Sufi And A Killer est bordélique, plein jusqu'à la coupe, pas toujours très audible mais on peut l'écouter tranquillement. Il y a des silences, des mots susurrés et beaucoup de douceur. Autant de qualités complètement absentes ce soir. Il aurait été fabuleux d'avoir un vrai groupe autour de ce type hors norme, il est bien sur impossible de reproduire tous les sons qui composent ses titres mais une guitare, une batterie auraient vraiment fait la différence. Car tout ce qui rend ce premier album si attachant est effacé sur scène. Le son balancé reste plat, écrasé, et je mets a chaque fois un petit temps à reconnaître des titres que j'écoute pourtant en boucle depuis des mois. Les Ancestors, Kowboyz And Indians sont bien là mais la magie est restée dans le désert. La plus-value du personnage c'est cette voix incroyablement grave, sombre et intemporelle mais on aura du mal à l'entendre ce soir et c'est vraiment un crève-cœur de l'admettre, ce show est un ratage. Sympathique mais raté.
La chaleur, les basses surpuissantes qui faisaient vibrer mes entrailles et le bazar sur scène m'ont d'abord repoussée jusqu'au canapé de la mezzanine. Où je n'étais pas la seule a essayer de reprendre mon souffle dans cette ambiance survoltée. J'ai encore reconnu Dust et Holiday, difficilement audibles, et puis je suis partie. Mon instinct de survie décidé a résister aux déflagrations toujours plus fortes de basses dans mon bassin. Soupir.

Vidéo


On y était - Band Of Skulls

band-of-skulls-38-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Band Of Skulls, Le Nouveau Casino, Paris, 25 mai 2010

Band Of Skulls... un groupe au nom prometteur dont le premier album mi-figue, mi-raisin, Baby Darling Doll Face Honey, m'avait laissée sur une impression de pas assez. Commencer sur l'excellent Light Of The Morning et finir sur un Stun Me All Wonderful relativement chiant, c'était comme offrir un repas sans mousse au chocolat : frustrant. Les très bons morceaux de la première partie de la galette (I Know What I Am, Patterns, Impossible) étaient ainsi plombés par un final feignant et mou du genou. Probablement la faute au trop grand nombre de compositeurs au sein du groupe - trois membres sur trois, mon capitaine -, qui rendait difficile le mélange homogène de la mixture. Néanmoins, on m'avait dit le plus grand bien de leur dernière performance à la Flèche d'Or et depuis ce rendez-vous manqué, j'attendais patiemment de pouvoir constater de mes yeux de quoi il en retournait.

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Malheureusement pour le trio de Southampton, la concurrence était rude ce soir-là. Voyez plutôt : Muse au Casino de Paris, Gossip au Zénith... que des poids-lourds (ha ha). La salle a du mal à se remplir et l'ambiance n'y est pas bien folichonne, malgré l'effort conséquent des ados du premier rang qui se racontent leurs exploits : "La dernière fois, tu te souviens, j'ai fait un sourire au batteur, hi hi hi, attends je te prends en photo." Et puis il faut dire qu'aucun groupe ne s'est dévoué pour assurer la première partie et tenter de réchauffer l'atmosphère. Car oui, malgré les 30°C extérieurs et l'orage qui gronde, il ne fait même pas trop chaud dans la fosse. Un comble.

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Le groupe arrive donc sur scène comme un cheveu sur la soupe un peu avant 21h. Le suspense est à son comble : vont-ils réussir à se dépêtrer de cette situation catastrophique ? En balançant d'entrée le fameux Light Of The Morning cité plus haut, Emma, Russel et Matt soulèvent en un pincement de corde la fosse neurasthénique. Enfin on a déjà vu mieux, mais étant donnée la situation, on salue l'effort. Ce morceau, qui ouvre parfaitement l'album, ne vaut pas moins en live. Son riff dépouillé, sa batterie cinglante et son chant asséné comme une lame tranchante en font presque un manifeste qu'on pourrait intituler Trois leçons pour réussir son entrée. Le groupe a beau compter deux chanteurs dans ses rangs, c'est bien Russel Marsden qui mène le jeu, brillamment secondé par une Emma Richardson sombre et racée - comme quoi on peut oublier son soutien-gorge au vestiaire et être sexy ; j'aurais au moins appris un truc ce soir. Sa basse incisive cisèle lourdement les morceaux, leur donnant cette assise blues qui a sans doute incité Rolling Stone à les comparer à The Dead Weather. Emma, plus grande et plus élégante qu'Alison Mosshart, n'a d'ailleurs pas grand chose à lui envier, si ce n'est ce magnétisme sexuel qui a rendu célèbre la chanteuse des Kills - mais ça, ça ne s'apprend pas, jeune Padawan. Un court moment, le couple se rapproche pourtant, Russel pose sa tête un instant sur l'épaule de son immense comparse, mais le résultat est plus tendre qu'érotique. Pendant cet attendrissant interlude, Matt Hayward tient la chandelle derrière sa batterie qu'il honore de litres et de litres de sueur. Gage de qualité ? Dans ce cas-là, oui. Quoi qu'il en soit, on ne m'avait pas menti : même les morceaux les moins intéressants sont ici plus convaincants que sur l'album. Bien que le plus souvent cantonnés à leur portion de scène, on sent une plus grande cohérence entre les membres du groupe que celle dont ils ont fait preuve en studio. Studio où on espère qu'ils vont remettre les pieds rapidement, leur stock de morceaux étant épuisé en quarante-cinq minutes. Et moi qui pensait naïvement qu'après plusieurs mois passés sur la route et mille occasions de composer, Band Of Skulls aurait un peu plus à nous proposer...

Mais il n'est même pas 22h que le public est déjà raccompagné sur le trottoir sans avoir eu droit à son dessert. Dans le ciel, encore le jour, et sur mes lèvres un goût de trop peu.

Photos

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Setlist

1. Light Of The Morning
2. Death By Diamonds And Pearl
3. Friends
4. Patterns
5. Fires
6. Cold Fame
7. I Know What I Am
8. Bomb
9. Blood
10. Impossible