Chino Amobi - Paradiso

"L’individu ne peut être considéré ni comme un néant ni comme un absolu mais comme un terme de relation réelle"

"L’histoire de la pensée ne doit donc pas être nécessairement considérée comme séparée des autres processus d’individuation ; elle est seulement condition sine qua non de l’explication à une époque donnée de telle ou telle forme d’individuation, ce qui est la condition à l’accès à l’existence de telle forme ultérieure qui exige l’antériorité de telle autre forme réfléchie ; le postulat de cette méthode est que l’accès à la réflexivité d’une forme d’individuation peut se comporter comme condition d’apparition d’une forme (…)" Gilbert Simondon

"Welcome to Paradiso, it’s Chino Amobi" - Il serait outré de parler d’une composition symphonique, pour parler du dernier coup de maître de Chino Amobi. Comment décrire ça ? Un album qui rentre directement dans l’histoire. Sample, ritournelle, poésie, field recording, radicalisation de tout, carte mentale, géographie musicale d’une diaspora vécue, électronique bizarre, vraiment bizarre, absence de rythmique linéaire, création de tropes sonores, Paradiso est un putain de chef d’œuvre dense. Un monstrueux patchwork, un prêche bien chelou, un manifeste d’une avant-garde qui n’est finalement peut-être plus sans avant-garde. On vit peut-être enfin un temps où il n’est plus le moment de jouer avec ironie sur les codes d’un vieux monde occidental en désuétude et en proie à des démocraties fantoches, à des entreprises et des applications qui remplacent peu à peu des intensités vécues en suggestions et inductions tellement intégrées qu’elles ont l’air plus réelles que le réel encore possible.

Paradiso est une fresque épique qui requalifie une certaine idée de l’intensité, du politique, et de la composition, au sens le plus strict du terme. Il n’est pas question d’une nature morte sonore mais bel et bien d’une intensité dense, d’un récit puissant couturé autour des figures angoissantes d’un monde empêché dans sa "vérité". La vérité n’est qu’une fiction politique parmi d’autres et, s’il ne reste que la mort comme vérité ultime, il faut bien dégager des voies pour vivre un peu sérieusement, un peu conséquemment.

Chino Amobi, ex-Diamond Black Hearted Boy, cofondateur de NON Worldwide, dont on a déjà beaucoup parlé et dont le but avoué et manifeste est un rejet de la culture de masse dominante blanche digérée internationalisée, et des conditions politiques existantes. Paradiso, comme NON, compte un nombre assez fou de collaborations : Nkisi, FAKA, Haleek Maul, le modèle trans Aurel Haize Odogbo, Benja SL, Rabit, Dutch E Germ aka Tim DeWit, ex-Gang Gang Dance et, pour ouvrir le tout, un poème d’Edgar Allan Poe, The City In The Sea, qu’Elysia Crampton récite sur des bruits de vagues et de tonnerre.

Paradiso est une sorte de zigzag plein d’entraves sonores, de collages de textes et de détritus mentaux et sonores. Indus des années 1980, pop music, électronique lancinante, rythmique latino méga ralentie, synthés d’un autre âge, tout se cogne et se contre-cogne, tout rentre en collision, en intrusion dans les linéarités habituellement binaires entre mélodique et rythmique. Tout se télescope toujours dans Paradiso. Déchets sonores de la vie urbaine, jingles radio démoniaques, gadgets défectueux et alarmes de voiture sont là comme autant d’embuches et d’éléments d’une critique radicale de ce qui ressemble à un purgatoire contemporain.

Peut-être que ce qui conviendrait le mieux à Paradiso pour le décrire, c’est cette idée de chant épique… une sorte de Dante sonore. Il y a quelque chose de séduisant, de malin, qui pourtant surgit, déborde toujours de cette apparente cacophonie déjà plus que post-moderne. Aucune perception linéaire n’est possible dans ce manifeste, le flux est constamment interrompu et le chaos semble y être une certaine règle de composition. Impossible de faire l’expérience d’une écoute passive de cet album tant la fragmentation et les torsions sont inhérentes à la composition. Il y a quelque chose d’une tentative de ramener l’auditeur dans un présent vécu, dans un ici et maintenant, ou peut-être même dans le postulat d’une temporalité qui serait celle d’un "no présent" radical mais pas nihiliste. Quelque chose de l’ordre de trouver le chemin vers une intensité sensible insurrectionnelle. Certains tropes sont tordus à l’extrême jusqu’à en devenir quasiment surréalistes. On connaît la prépondérance de l’usage du bris de verre dans les productions de NON et d’une certaine scène club de la déconstruction, dans Paradiso il y a une torsion extrême de ces tropes mêmes. Une critique in progress. Radicaliser jusqu’à produire la sensation d’un cauchemar épuisant ou le son d’une parade monstrueuse qui viendrait réveiller un degré enfoui d’une forme de conscience au monde ; horror show politique.

Paradiso fonctionne sur le modèle d’une prolifération sensible, d’une surcharge sensorielle chaotique, une sorte de bombardement sensible. Pour autant, il n’est pas question d’être effrayé mais bien de sortir de ce marché de la peur, de la norme qui n’en a plus l’air et de réagir avec vitalité à des circonstances de plus en plus extrêmes politiquement. Plus personne ne semble se cacher pour produire son fascisme potentiel. Paradiso est une insurrection sensible contre un espace qui peut sembler de plus en plus vide. Une tentative de sens par surcharge au milieu d’un vide et d’une solitude de plus en plus crasse. Contre les oppressions, quelles qu’elles soient, il reste une arme massive, celle de l’intensité de nos vies vécues, bizarres et chaotiques.

Paradiso décrit un monde sauvage et propose, si ça n’est une radicalisation, en tout cas une politique du sauvage, sauvage non pas au sens Rousseauiste, occidental, mais bien au sens de politique de l’émeute sensible, du souterrain, et de l’intensité réelle. Il n’y a plus d’éthique de la vérité possible ni souhaitable, seulement un maintenant à radicaliser pour s’extraire, autant que faire se peut, d’un marasme politique et intellectuel qui ressemble de plus en plus à une tentative de castration organisée des têtes et des corps. Une castration mentale et sensible induite, enjointe et acceptée sans broncher au détour de son agenda Google ou de son flirt Tinder. Paradiso a le mérite de proposer une voie, celle de la surcharge sensible comme mode de lutte et de production possible contre la désintensification d’un espace vécu toujours plus vide, segmenté et routinier.

La collision, le rythme, la surcharge sensible comme autant de court-circuits possibles, comme autant d’armes critiques et pratiques contre un espace lisse et plat qui semble de plus en plus infini. Peut-être finalement que pour radicaliser maintenant, il n’est plus question de s’interroger sur la vérité au sens strict et étymologique du terme, ou bien d’envisager des modes de vie alternatifs, mais bien d’armer nos luttes par des modèles visant à détruire tout le connu, tous les espoirs encore souhaités pour rentrer dans le désespoir radical d’une destruction complète de toute idée de vérité au profit d’ensembles intenses. En somme, produire des tentatives fluides de formes de vie sensibles, se désassimiler par collision et surcharge permanente de productions de sensations et de sensibles politiques inconnus. En d’autres termes, simplement tenter de faire sens. Faire sens non plus en cherchant la vérité, l’universel mais bel et bien en pratiquant l’hybridation extrême utile à la création de monstruosités chimériques, nécessaires pour punir et sortir de la médiocrité du réel. Voilà en tout cas une des fictions possibles que dégage Paradiso, voilà en tout cas une manière d’envisager le monstrueux comme forme d’ingouvernabilité nécessaire. Paradiso est un fragment de réel chaotique et politique possible et c’est une arme dense pour penser et envisager le Maintenant.

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Tracklist

Chino Amobi - Paradiso (NON, 05 mai 2017)

01. Law I (The City In The Sea)
02. Gænova
03. Blood Of The Covenant
04. Negative Fire III
05. The Failed Sons And Daughters Of Fantasia
06. Blackout
07. Antikeimenon
08. Nkisi (edit)
09. Eigengrau (Children Of Hell II)
10. Law II (Demolition)
11. Polizei
12. White Mætel
13. White Mætel Narrative
14. Radical Zero
15. Paradiso
16. Law III (Adam)
17. The Floating World pt. 1
18. The Floating World pt. 2
19. Dixie Shrine
20. Kollaps
21. End (The City in the Sea)


FAKA - Bottoms Revenge

NON a réduit un peu la voilure de ses productions, se concentrant davantage sur la diffusion de son fanzine super cool sorti au printemps. Pourtant, ils ne sont quand même pas restés inaudibles cet été avec un incroyable album de VIOLENCE, A Ruse Of Power, qui se proposait de passer le "rock" à la moulinette de la diaspora électronique. C’était une chouette réussite, encore, et on n'avait pas pris vraiment le temps de vous en parler.

Et là, cette semaine, patatras, sort de manière impromptue le nouvel EP de FAKA. FAKA, c’est un duo sud-africain nourri au Gqom, mais un Gqom loin de son esthétique la plus tradi. Le Gqom, c’est quoi, c’est un son sud-africain qui vient entre autre de Durban et qui mêle house, kuduro et, disons-le pour être large, techno. Un genre électronique quoi. Ça donne pudiquement une sorte de d’afro-électronique bizarre, pour parler avec un langage clairement ethnocentré. Une très belle compilation est d’ailleurs sorti cet été sur Gqom Oh!, le label de Durban qui fait entendre depuis maintenant trois années ce son typiquement sud-africain. Compilation par ailleurs plutôt très sombre et loin de l’idée ensoleillée qu’on se fait de l’électronique sud-africaine en Europe. Eux aussi ont sorti un petit fanzine, WOZA, très bien d’ailleurs.

FAKA est un duo qu’on avait déjà eu l’occasion d’entendre sur la compilation NON Worldwide du label susnommé. Avec Bottoms Revenge, outre le titre clairement politique, queer, et en dehors des codes hiérarchiques et sociaux (pour ceux qui connaissent un peu les différentes significations de "bottom"), FAKA propose une expérimentation étrange et brillante, un peu glaçante aussi, du Gqom canonique. FAKA dégrade en tout cas pas mal d’idées reçues. On retrouve beaucoup de clochettes qui tintent, de machines qui font des bruits bizarres, de basses techno et de chants qui ont l’air tantôt incantatoires, tantôt gospel, tantôt juste flippants. Quant au mastering, c’est le Texan filou Rabit qui s’en est chargé... Un EP sorcier, à n’en pas douter !

Trois pistes sur cet EP dont, au milieu, une piste généreuse de dix-huit minutes qui ressemble à un collage ou à une collection de son mixée. On y retrouve des instrus avec des percussions sud-africaines, des bruits d’animaux, des expérimentations sur machine inconnue, du chant sombre et des moments techno.
Sur les deux autres morceaux, Isifundo Sokuqala et Kgotso, on est plutôt dans un spoken word électronique assez radical.

Bref, NON, comme d’habitude, nous file une belle baffe, et, comme d’habitude, on se laisse renverser allègrement par FAKA, qui clairement s’impose de plus en plus comme un incontournable de l’expérimentation électronique monstrueuse qu’on aime tant. Hybridation, non-hiérarchie, mandale.

NON a quand même un caractère tout à fait insurrectionnel,en tout cas clairement politique et il semble important de le souligner, le choix des titres des dernières sorties est une prise de position politique sur l’actualité locale et internationale, entre IZLAMIC EUROPE, A Ruse Of Power, et Bottoms Revenge, on peut dire que le message est assez clair. NON s’amuse et travaille les peurs, et les manières de gouverner des pouvoirs qui nous traversent, c’est sans doute, aussi, pour ça qu’on aime autant ce collectif queer de diaspora. Sans doute pour ça aussi, qu’on se prend à rêver d’en prendre de la graine dans nos contrées un peu mornes politiquement... Un collectif qui n’a pas peur de souligner les situations d’aliénation, de soulever des questions de racisation, de domination, de gouvernance et de hiérarchisation jusque dans les milieux queer, c’est quand même d’un intérêt plutôt très notable. Tout ça en sortant EP brillant sur EP brillant... Et c’est sans doute aussi pour ça que chaque sortie ne se contente pas de nous laisser simplement ébahi. Des mandales on vous dit...

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Tracklist

01. Isifundo Sokuqala
02. Bottoms Revenge : Ibutho Lamakhosazana
03. Kgotso


HZ MONTHLY MIXTAPE – APRIL16

L'Hz Monthly Mixtape de la rédaction, sans femme à poil, à écouter et télécharger.

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Hz Monthly Mixtape - April16

01. AJ Cornell & Tim Darcy - Cosmetic Sadness
02. Cupcakke – Vagina
03. Rats on rats - Last Day On Earth
04. Ash Koosha – Ote
05. WWWINGS – Glacial
06. These Hidden Hands Feat. Lucrecia Dalt - These Moments Dismantled
07. Jam City - A Walk Down Chapel
08. Aaah...! - Duty Calls
09. Anenon – Machines
10. Autumns - Cut Through
11. Aviador Dro - La Zona Fantasma
12. Luke Eargoggle - Lex 2001
13. Boris Dzaneck – Dance
14. Christof Glowalla - Science Fiction
15. Cody ChesnuTT - Serve This Royalty
16. Frak - First glimt i ögat
17. Iamsu! – Aura
18. Lust For Youth – Lungomare
19. Mikael Lind - Intentions And Variations
20. NON – BURU
21. Pale Spectres - Your Boyfriend's Girlfriend
22. Pram – Gravity
23. Virginia Wing – Rhonda


Angel Ho - Emancipation

Angel Ho revient avec 4 titres chez NON. Après son très remarqué premier EP Ascension (lire) signé chez Halcyon Veil, le label de Rabit, on était ravis à l’idée d’écouter les nouvelles productions de ce garçon de Cape Town.

Après Ascension, Emancipation donc. Pas de couplet sur les énoncés performatifs, néanmoins cette fois il est question pour Angel Ho de s’adresser aux communistes « black queer trans », d’obtenir réparation d’une spoliation, et de se ré-approprier un héritage, un ensemble de sons, de pistes, de samples, de travaux sonores, de faire peut-être collection pour produire une manière sonore de s’émanciper, une manière sonore de réagir, une manière sonore de s’engager.

L’EP – et c’est intéressant – est quasi entièrement collaboratif, on y retrouve un morceau produit à quatre mains, deux remixes et un seul morceau produit en solo. Dans les collaborateurs, on retrouve notamment Desire Marea, moitié de Faka. « L’avenir, c’est de collaborer – il s’agit de comprendre les gens et d’apprendre plus sur vous à travers eux » déclarait Angel Ho dans une interview accordée à The Fader.

Apprendre plus et apparemment également produire plus. Produire du sens plus fort en tout cas.
 Angel Ho procède par collage et boucle, qu’il s’agisse de telle ou telle chanson pop ou R’n’B, qu’il s’agisse de tel ou tel sample de vogue, d’un accord de piano, d’un bruit de moto ou d’une voix bizarre. Coller, c’est assembler et agencer, c’est avec cette matière qu’Angel Ho produit sa musique. Il collectionne, pioche, boucle, colle, surimprime, agence. Il réutilise une matière, un héritage pour en créer un autre, un donné bafoué, spolié, pour en faire autre chose, une autre sonorité, une autre manière de produire du sonore. Collecter, boucler, agencer pour s’émanciper, pour s’extraire.

Emancipation, c’est un programme. À l’heure où, en France, on lutte encore à côté contre une réforme de la loi du travail au lieu de lutter contre le travail lui-même, Angel Ho, lui, dessine un engagement qui a pour programme de s’émanciper. De s’extraire d’une histoire et d’un ensemble de structures, de forces oppressives qui traversent nos vies quotidiennes. Si Ascension était déjà un manifeste, Emancipation est un manifeste programmatique. Il s’agit à travers une matière de s’extraire, de trouver une autre voie, de faire acte de sens avec le réel et en travaillant ce réel. En travaillant les oppressions, les usages du pouvoir, les quadrillages de l’histoire, en travaillant en somme les situations dans l’ensemble de ce qu’elles peuvent être. S’émanciper, c’est aussi se libérer pour faire autrement. Faire autrement, c’est ce qu’a entrepris cette scène depuis déjà un bon moment…

Emancipation est encore une fois une production brillante, mais on va peut-être arrêter de le dire à chaque nouvelle sortie de NON. C’est une production encore une fois politique, manifeste, et une production qui fait sens, qui émancipe même dans sa création. Produire à plusieurs plutôt que seul, s’émanciper du concept moderne et ethnocentré d’individu pour aller ailleurs, pour faire autre chose et autrement. S’émanciper urgemment, il est temps, et Angel Ho tente, lui, de rendre cela possible par le son, collectivement et par le son. Ça fait sens, et on n'arrêtera pas de s’en émerveiller de si tôt !

Audio

Tracklisting

Angel Ho - Emancipation (NON, 10 mars 2016)

01. To The Cunt (Angel-Ho X Desire Marea)
02. CLOCCCC
03. I Dont Want Your Man (Keyshia Cole Remix)
04. Bury Me (Banished Remix X Desire Marea)


Mhysa - Hivemind

Ça y est, je crois qu’on y est. Un EP au milieu de tout l’électronique. Je ne sais pas vous dire si c’est un EP de R’n’B expé, un EP expé tout court, un EP glitch, un EP néo-je ne sais quoi. Mhysa, alias E.Jane dans la vraie vie, alias la moitié de SCRAAATCH vient de sortir un EP remarquable sur NON records (encore). On parlait il y a quelques semaines de San Benito l’EP de Moro, sur les percussions perdues du tango argentin, et là on se retrouve au milieu d’un EP sous-titré: « Made for Black Women FIRST by a Black Woman in the USA with love for the folk and the resistance », « NON TODAY. NON TOMORROW. NON FOREVER. ». Six morceaux, cinq reprises dont un remix d’une chanson bien connue de Sade No Ordinary Love, réalisé avec une DJ de Philadelphie DJ Haram (dont je vous conseille l’écoute), et une reprise d’un morceau de No Doubt, Just A Girl (intéressante reprise par ailleurs, puisqu’elle déplace entièrement le genre de la chanson originale, n’en gardant que le texte).

Voilà pour la présentation brève de ce pavé dans la marre. Pour le reste je dois avouer une totale dépossession de tout critère habituel de description. Je dirais que c’est un EP à la manière NON. Un EP qui est basé sur le cut et le glitch, sur une voix à peine autotunée. Peut-être qu’on doit y voir simplement un EP comme position politique.  Si les universitaires mous de tous les pays commencent à envisager des lectures black féministes de Rihanna et Beyoncé, peut-être que Mhysa, comme Kelela, comme NON, y apportent une contre-vision, une contre-position. Une musique dont la matière est réellement une position politique et pas simplement une pensée molle qui tourne à vide autour d’une tyrannie de la normalité cool des « popular culture studies » ou de son avatar « pop philosophie » qu’on a bien connu dans les années 2000. Peut-être qu’on est enfin dans une tentative non parodique de musique comme position politique black et féministe. Ce qui est certain c’est qu’on se déhanche vachement moins que sur le dernier Rihanna, Nicki Minaj ou Beyoncé. Clairement on n'est pas dans une musique édulcorée FM. Pas de clip produit avec des millions d’euros, pas de transgression héroïque non plus. Juste une musique insoupçonnable. De Rihanna et Beyoncé, Mhysa en fait aussi sa matière, on a pu entendre quelques remixes hyper saturés de ces protagonistes sur un soundcloud ou sur un autre. Ça fait aussi partie de cette musique d’utiliser des matières non-hiérarchisées

Tiu Mag titrait il y a quelques temps un article: « El problema con el futuro: Una nueva conceptualización para la música electrónica ». Excellent article, sur justement cette situation là, d’être incapable de décrire ce qu’il se passe avec la musique électronique, et nos oreilles. En parlant de la dernière sortie de Lotic, on parlait de musique monstre. Je crois qu’avec cet EP de Mhysa on pourrait utiliser le même qualificatif. « Monster music ». « Monster music » comme référence à la queer culture, mais une queer culture plus radicalisée dans ses productions audio. Freak, queer, on a des qualificatifs mais ils restent sans doute trop genrés pour décrire ce qui se fait jour dans ces productions.

Bref, encore une fois NON produit un EP brillant, encore une fois NON produit une position politique réelle qu’on est en peine de commenter, encore une fois NON nous pousse dans des retranchements qui nous amènent à faire révolution, c’est à dire à décentrer complètement notre regard et nos oreilles sur la musique qui va se produire demain et qui est déjà en marche. En tout cas NON nous met en mouvement, et comme vous le savez sans doute, c’est dans le mouvement qu’on trouve le sens…

Est-ce qu’on serait en train de vivre un moment politique et musical et historique? Là est la question et pour l’instant nous ne pouvons pas y répondre.

Audio

Mhysa - Hivemind

Tracklist

Mhysa - Hivemind

01. Jezebel
02. Feel No Pain
03. No Ordinary Love (Prod. Mhysa x DJ Haram)
04. bullshit, bullshit, bullshit
05. Jezebel Remix
06. Just A Girl


Moro - San Benito

Moro est la toute nouvelle signature du collectif NON dont on vous parlera sans doute plus longuement. Pour faire un bref topo, NON c’est le regroupement de Chino Amobi, Angel Ho et Nkisi. Un collectif comme internet peut en créer, basé entre l’Afrique du Sud, Londres et maintenant l’Argentine. C’est une sorte de collectif/diaspora politique qui produit de la musique. On ne parlera pas pour NON d’une actualisation d’un certain afro-futurisme mais d’une sorte de mouvement politique et intellectuel qui produit de la musique, et de la musique très intéressante. Dans les plaisirs coupables de l’année il y avait l’album de Gaika largement relayé par le collectif. L’objectif de NON est de réussir à produire une articulation entre les structures visibles et invisibles de la société (on parle ici des structures de domination, raciales, sociales, historiques) pour créer y une brèche…  Mais arrêtons là pour NON dont on parlera ici ou ailleurs en détails.

San Benito donc. EP de Moro. Un Argentin qui pour accompagner la sortie d’Arrepientanse, « se repentir » en Espagnol, le single de l’EP nous explique que l’homme blanc argentin a peu à peu effacé les percussions du tango. Percussions prédominantes dans l’héritage des populations sud-américaine dans ce genre musical précis. Un EP qui tourne autour des percussions perdues du tango. Mais bien loin d’être une sorte de retour au source du tango, c’est un EP radicalement électronique. Ce qui est intéressant dans cet EP ( et  je crois maintenant qu’on peut dire qu’il se passe vraiment quelque chose de radical dans cette scène électronique qu’on essaie d’explorer depuis quelques années) c’est qu’encore une fois, c’est à partir d’une position politique que se crée quelque chose.

Voilà le constat et le matériel, les percussions perdues du tango. Un silence assourdissant qui s’est peu à peu fait jour dans ce qu’on se représente d’un canon de la musique Argentine. Moro y opère un déplacement. Il ne s’agit pas de retourner aux sources du tango pour produire un album de tango, mais de travailler à partir de cette matière qui a progressivement disparu. De travailler à partir de ce fantôme des percussions du tango. Travailler à partir d’un fantôme, d’un silence c’est ici la base d’un travail pour produire un album absolument électronique. Il ne s’agit pas de faire retour, ni d’imaginer ce que pourrait être un tango sans la colonisation mais de travailler à partir d’une matière que l’on doit entièrement penser, imaginer. Politiquement il ne s’agit donc pas ici d’un dépassement de l’Histoire, mais d’une interrogation, et de la mise au jour d’un matériau immatériel.  Pas de vision passéiste, pas de repli identitaire mais au contraire la prise en compte d’une Histoire douloureuse par la création, finalement d’une fiction, que seraient les percussions en Argentine sans l’arrivée de Pizarro.

S’il fallait encore appuyer le propos politique San Benito, traduire Saint Benoît, fait certes référence à Saint Benoît, mais surtout à la casaque jaune que devaient porter les condamnés de l’inquisition. Et on sait que l’Empire inca a été réduit à un quasi néant après l’arrivée des Espagnols. Musicalement on est dans une position relativement étrange. Cinq titres électroniques, portés sur la percussion, et notamment des percussions traditionnelles, en bois. Il y aussi tout un travail de collage, des captations ou des créations d’ambiance, gémissements, bruits de vagues, de bombardements ou d’avion. SAN BENITO STATUS...KILLED IN ACTION le dernier morceau de l’EP est à ce titre remarquable. Peut-être d’ailleurs qu’il faut voir dans son titre un travail mémoriel et programmatique.

C’est essentiellement un travail d’agencement, de rythmique, et surtout l’exploration d’une matière perdue. En cela, sans doute, San Benito est un EP marquant, et on attend avec une impatience non dissimulée les prochaines sorties de NON, et on garde un œil sur cet Argentin apparemment bigrement talentueux!

Audio

Moro - San Benito

Tracklist

Moro - San Benito (NON, 22 janvier 2016)

01. Libres
02. Arrepientanse
03. Caretango/valentina
04. Salve Sua Vida
05. San Benito Status...Killed In Action


Amelie Ravalec l'interview

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Musique industrielle pour peuple industriel. Le mot est du performer Monte Cazazza à l'encontre du label Industrial Records, fondé par Throbbing Gristle - via lequel celui-ci sortira ses deux premiers EP en 1979 et 1980 avant de migrer pour Sordide Sentimental de Jean-Pierre Turmel et Yves Von Bontee. Que voulait-il dire au moment de glisser ce qui deviendra le slogan de moult formations se réclamant, ou rattaché indûment par la presse, à la mouvance industrielle ? C'était une blague... Je ne pensais pas que l'expression allait être prise avec autant de sérieux. Il n'empêche, la formule est assez générale et laconique pour embrasser l'origine de ce courant du post-punk, historiquement contemporain d'un punk vite asséché de créativité et récupéré, et trouvant ses racines dans quelques esprits issus des milieux artistiques affiliés à la vague des happenings, intellectualisant au sein de COUM Transmissions un actionnisme conciliant improvisations free jazz et rituels chamaniques incorporant automutilation, pratiques sexuelles, sang et scatologie. Les esprits en question, instigateurs d'un rock psychédélique inversé, narrant pour Simon Reynolds un interminable mauvais trip, et ce, en pleine décomposition de la société anglaise aboutissant aux années Thatcher, se nomment Génésis P-Orridge, Cosey Fanni Tutti, Peter Sleazy Christopherson et Chris Carter, qui, ensemble au sein de TG, et sans se départir d'une approche expérimentale, tant au niveau de la recherche que de l'effet sensoriel produit, s’embringueront sur les chemins d'une "anti-musique" bruitiste, faite d'instruments traditionnels, de boîtiers d'effets, de synthétiseurs et de samplers archaïques dont le Gristle-izer bricolés par Carter, ou Tesco-Disco, selon l'expression de P-Orridge, aux rythmiques inspirées des chaines d'assemblages et de la division fordiste mais débilitante du travail. Ce dernier d'ailleurs, lors de l'un des premiers concerts du groupe éructera à la face de quelques punks venus les insulter : Vous ne pouvez pas avoir l'anarchie et avoir de la musique en même temps. Doublant cet effort d'improvisation par une conceptualisation de son activité artistique - lutte frontale contre la monotonie, l'uniformité, le contrôle des masses et la mystification - TG s'imposera au fur et à mesure une organisation quasi paramilitaire, entre bunkerisation de son studio d'enregistrement, adoption de tenues militaristes et création de son propre label destiné à préserver son indépendance totale. Au-delà des aspects plus que limites de leurs paroles et de leur imagerie suggestive - utilisant une photo du camp d'Auschwitz comme logo du label, s'inspirant pour celui de TG de l'éclair qu'avait adopté la British Union of Fascists et jouant avec ambiguïté d’histoires de viols, de tueurs en série, de meurtres d'enfants et de pédophilie pour alimenter ses textes - TG va, par l'entremise de son label et de puissance magnétique, favoriser l'émergence d'une scène industrielle avec notamment Clock DVA, The Leather Nun, ou encore Whitehouse et Nurse with Wound, groupes dans lesquels il ne se reconnaîtra que peu. Dans une interview récente donnée à Vice, Richard H. Kirk du trio Cabaret Voltaire, rattaché à l'étiquette indus du fait de sa pratique du collage sonore, des thématiques abordées et de ses quelques sorties sur IR, va même plus loin, au-delà de toute généralisation abusive : "Il n’y avait qu’un groupe de musique industrielle, c’est Throbbing Gristle, et beaucoup de gens les ont copié après. (...) Tout le monde part du principe que parce que les Cabs viennent de Sheffield, et que Sheffield avait une grosse industrie sidérurgique dans les années 70, on faisait de la musique industrielle. Cabaret Voltaire ne s’est pas mis à la musique pour faire le même bruit qu’une usine, c’est ce qu’on entendait déjà tous les jours, pourquoi faire un truc pareil ? On voulait faire quelque chose qui ressemblait au son d’une autre planète, pas celui d’une putain d’usine à métaux !" Le débat reste entier.

A mi-chemin entre contextualisation, tentative de définition et mise en perceptive historique de la filiation industrielle, Amelie Ravalec, jeune réalisatrice déjà auteure en 2012 du documentaire Paris/Berlin: 20 Years Of Underground Techno, a sorti en mai dernier avec son acolyte Travis Collins Industrial Soundtrack For The Urban Decay reposant sur des images d'archives et de nombreuses interview de membres de TG - par ailleurs futurs Psychic TV, Coil et Chris & Cosey - Test Dept, Cabaret Voltaire, SPK, Z’EV, In The Nursery et Clock DVA, d'artistes américains tel Boyd Rice de NON, de fanzines avec RE/Search de V. Vale ou encore de labels d’époque tel Sordide Sentimental ou d’autres apparus au début des années 90 tel les allemands Ant-Zen ou Hands Production. Déjà visionné au quatre coins du globe, le film tient enfin ses premières projections parisiennes avec une diffusion dans le cadre de l’Étrange Festival le 4 Septembre en leur présence plus celles additionnelles de Jean-Pierre Turmel et d'Ellen Zweig, réalisatrice d'un documentaire sur Stefan Joel Weisser aka Z’EV également projeté, suivie par une série de projections à La Clef du 17 au 22 septembre. L'occasion était trop belle pour ne pas lui poser quelques questions sur ses motivations.

Amelie Ravalec l'interview

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Peux-tu nous relater la genèse de ce second projet et décrire l'aventure humaine qu'il a représenté pour toi ?
Can you talk about the origins of this second project and describe the human adventure it embodies ?

L’idée de réaliser un documentaire sur la musique industrielle m’est venue il y a quelques années. Voulant me documenter sur la question, j’ai lu de nombreuses publications, livres et fanzines mais n’ai trouvé aucun film exclusivement dédié à la musique industrielle, ce qui m’a donné envie de réaliser Industrial Soundtrack For The Urban Decay. Quelques mois après avoir sorti Paris/Berlin, j’ai donc contacté les artistes que je voulais interviewer et nous avons commencé à tourner. J’ai ensuite monté le film, ce qui a pris une bonne année, et nous avons ensuite passé de longs mois à finaliser la post-production et à négocier les droits. Nous avons littéralement tout fait nous mêmes, tournage, montage, post-production, négociation de droits, distribution, promotion, presse… Cela représente un travail énorme, jour et nuit pendant quasiment 3 ans.

I thought about making a documentary on industrial music a few years ago. When I discovered industrial music, I read numerous publications, books and fanzines but never found a movie devoted to the subject. This led me to start working on Industrial Soundtrack For The Urban Decay. I was busy at the time with my first film Paris/Berlin, but a few months after releasing it, I got in touch with the artists I wanted to interview and we began to shoot. Then I edited the movie, which took a year or so, and Travis and I spent months completing the post-production and licensing the rights. We did everything ourselves: shooting, editing, post production, licensing, distribution, advertising, press... That was a huge amount of work, day and night for almost three years.

Après un premier documentaire consacré à l'underground techno entre Paris et Berlin, pourquoi t'être investi dans un second traitant de la musique industrielle ? Est-ce une façon pour toi d'exposer une filiation de l'un envers l'autre ?
After making a first documentary dealing with underground techno between Paris and Berlin, why choose to make another one dealing with industrial music ? Is it a way to showcase a legacy from one to another ?

J’ai découvert la musique industrielle par les artistes techno que je préférais, comme Ancient Methods ou Adam X, qui mixaient de la musique industrielle avec de la techno depuis des années. Ce fut donc un cheminement personnel plutôt naturel. Bien que les passerelles entres les deux genres existent et soient importantes, ce n’est pas ce que j’ai choisi d’explorer dans le film, car le sujet pourrait presque faire un film à lui tout seul !

I discovered industrial music thanks to some of my favorite techno artists such as Ancient Methods or Adam X, who had been mixing industrial music with techno for years. Though there are obvious bridges between the two genres, this is not what I wanted to delve into in the movie, because the subject could deserve a movie in its own right.

À son encontre, on parle de la musique industrielle comme un violent télescopage entre musiques concrètes et musiques électroniques, avec en toile de fond théorique le futurisme italien du début du siècle. Quelle est la définition de la musique industrielle que tu as voulu faire transparaître du film ?
Industrial music is seen like a violent confrontation between musique concrète and electronic music, with a theoric background in italian futurism from the beginning of the century. What definition of industrial music did you try to convey in this movie ?

La musique industrielle englobe une collection d’influences variées, tels que les mouvements d’art avant-gardistes comme le dadaïsme, le futurisme et le surréalisme, les premières expérimentations électroniques, la musique concrète, les bandes sons de films de science-fiction des années 50/60, la littérature, avec notamment William Burroughs et Brion Gysin et leurs techniques de cut-up, J.G. Ballard, les penseurs et philosophes Foucault, Baudrillard, Deleuze… Ce mélange est ce qui pour moi rend la musique industrielle captivante et c’est ce que j’ai choisi d’explorer dans le film.

Industrial music gathers a collection of various influences, the avant-gardist movements dadaism, futurism and surrealism, electronic experimentations, musique concrete, soundtracks from 50's or 60's science-fiction movies, literature from William Burroughs and Brion Gysin and their cut-up techniques, J.G. Ballard and philosophers Foucault, Baudrillard, Deleuze. To me, this mix of influences is what makes industrial music so fascinating, and that's what I chose to explore in this movie.

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La musique industrielle est-elle intimement liée par sa dimension politique et contestataire au contexte historique qui l'a vu émerger en Europe et plus particulièrement au Royaume-Uni ? Quelles en ont été les manifestations ou conséquences ?
Is industrial music closely related to the historic context it was born in, in Europe and more specifically in the UK, thanks to its political and protest dimension? What has been its expressions or results?

Absolument, et nous en parlons d’ailleurs dans le film. Le contexte politique des années Thatcher a marqué toute une génération d’Anglais, amenant oppression culturelle et chômage important pour toute la classe ouvrière. Paradoxalement, cela a permis à de nombreuses personnes de prendre le temps de se concentrer sur leurs activités artistiques et c’est d’ailleurs grâce à ça que de nombreux groupes de musique industrielle ont vu le jour.

Definitely, and we reflect on this in the movie. The political context of the Thatcher years left its mark on a whole generation of English people, leading the working class into significant cultural oppression and unemployment. Ironically, this allowed many people to take the time to focus on their cultural activities, and that’s how many industrial music bands got started.

Selon toi, quelles sont les principales figures de ce mouvement ? As-tu réussi à toutes les interviewer ?
According to you, who are the main advocates of this movement? Did you manage to interview them all?

Nous avons réuni dans le film une grande partie des figures majeures de la musique industrielle. Nous avons interviewé tous les membres de Throbbing Gristle, premier groupe industriel, mais aussi Cabaret Voltaire, SPK, Clock DVA, Test Dept et bien d’autres groupes et musiciens. Nous nous sommes aussi intéressés à des personnages comme V.Vale, qui a édité la publication de référence sur la musique industrielle (Industrial Culture Handbook, 1983) et Jean-Pierre Turmel, qui édite le fanzine et label Sordide Sentimental depuis 1978 et fut l’un des premiers à faire découvrir Throbbing Gristle en France. Certains groupes comme Neubauten ou Laibach et quelques journalistes n’ont pas souhaité faire partie du film et c’est dommage, mais les artistes que nous avons interviewés nous ont procuré largement assez de matériel pour le film.

We featured most of the major industrial music artists in the film. We interviewed every member of Throbbing Gristle, the first industrial band, but also Cabaret Voltaire, SPK, Clock DVA, Test Dept amongst many other bands and musicians. We also interviewed people like V. Vale, who published Industrial Culture Handbook, 1983, now considered the reference publication on Industrial music, and Jean-Pierre Turmel, owner of fanzine / label Sordide Sentimental since 1978, who was the first person to share Throbbing Gristle’s music in France. Some bands like Neubauten or Laibach and a couple of journalists didn't want to be included in the movie and that's a shame, but the artists we interviewed gave us more than enough content to tell the industrial music story.

Comment peux-tu expliquer la relative méconnaissance du public pour la musique industrielle alors que celle-ci reste et restera pour longtemps encore un terreau fertile de créativité pour nombre d'artistes ? Est-ce une musique aujourd'hui uniquement d'initiés ?
How do you explain that people barely know industrial music, event if it offers now and for a long time a fertile ground for creativity to many artists ? Is it only a music for insiders ?

C’était une musique d’initiés au début, et le noyau du mouvement l’est encore aujourd’hui, mais de nombreuses personnes ont maintenant entendu parler de la musique industrielle. Beaucoup d’artistes également se revendiquent aujourd’hui de son influence. Bien que la musique industrielle ne fasse pas intégralement partie de la culture populaire, elle est tout de même aujourd’hui bien plus connue qu’elle ne l’était à ses débuts. Chris Carter nous racontait par exemple que Throbbing Gristle était devenu bien plus populaire quand le groupe s’est reformé en 2004 qu’à leurs débuts. Tout d’un coup, ils se sont mis à vendre des milliers de disques et à jouer en tête d’affiche de gros festivals.

It used to be a niche genre, and it still is for the core of the movement today, but many people have now heard about industrial music. Many artists claim its influence too. Though industrial music isn't totally part of  pop culture, nowadays it's far more recognize. Chris Carter was telling us that Throbbing Gristle became far more popular when the band reformed back in 2004 than when they first started. They then began to sell thousands of records and started headlining huge festivals.

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Tu travailles également pour Fondation Sonore qui a édité une belle compilation en support de ton documentaire Paris/Berlin: 20 Years Of Underground Techno. Penses-tu faire de même ? Est-ce le but de la division label de Fondation Sonore ?
You're working for Fondation Sonore too, they released a nice compilation to support your documentary Paris/Berlin : 20 Years Of Underground Techno. Do you consider doing the same ? Is it the purpose of the label section of Fondation Sonore ?

Nous avons monté Fondation Sonore en 2011 avec Gregorio Sicurezza, et avons lancé le label un an après. Nous sortons la musique que nous aimons, ce n’est pas directement relié à mes films, cependant il était évident de sortir une compilation pour Paris/Berlin car elle regroupe tout nos morceaux technos préférés et de nombreux artistes que nous avons invités à jouer pour la Fondation. J’ai bien sûr pensé à éditer une compilation pour Industrial Soundtrack mais malheureusement je ne pense pas qu’elle verra le jour pour des raisons de droits.

I founded Fondation Sonore with Gregorio Sicurezza back in 2011, and we launched the label a year after. We release music we love and this is not directly related to my films, but doing the Paris/Berlin compilation was obvious to us, as it gathers all of our favorite techno tracks and many artists we invited to play for our gigs. Of course, I’d like to make a compilation for Industrial Soundtrack, but unfortunately I don't think it will ever be released because of licensing issues.

Comment vas-tu promouvoir ton film désormais ? Ou sera-t-il diffusé ?
How do you plan to promote your movie now ? Where will it be released ?

Le film est sorti en mai 2015, nous avons eu une centaine de projections dans des cinémas, centres culturels et festivals dans le monde entier et nous en confirmons encore tous les jours. Nous allons également sortir le DVD très bientôt. Toutes les infos sont disponibles sur le site.

The movie was released theatrically May 2015. So far, we had more than 100 screenings in cinemas, cultural centres and festivals all around the world, and we’re still confirming more every day. We’re also about to release the DVD. All the info available on our website

As-tu d'ores et déjà un nouveau sujet d'étude pour un troisième documentaire ?
Do you think about a new theme for a third documentary already ?

Je réfléchis à plusieurs projets pour la suite mais pense me tourner vers la fiction pour mon troisième film.

I’ve got several projects in mind but my third movie will probably be a feature film.

Vidéos


HZ MONTHLY MIXTAPE – FEBRUARY15

OFM FEVRIER 2015

Chaque mois, la mixtape de la rédaction, à écouter et télécharger.

[button colour="accent" type="standard" size="medium" link="http://www.mediafire.com/download/2988bgww1c3xzhl/OFM_FEV_2015.zip" target="_blank"]Download[/button]

Hz Monthly Mixtape - February15

01. British Murder Boys - Hate Is Such A Strong Word
02. DVA Damas - Wet Vision
03. Anamai - Lucia
04. The Soft Moon - Wasting
05. Coil - Triple Sons And The One You Bury
06. Jess & Crabbe - Council
07. Martial Canterel - Teano
08. Einstürzende Neubauten - The Willy - Nicky Telegrams
09. Cccp - Punk Islam
10. Wall-Eyed - Walk-Demon
11. Motorama - Red Drop
12. Soft Cell - Youth
13. Prince Innocence - Don't Care (Remix Feat. Kilo Kish)
14. Future Nicki Minaj - I Wanna Be With You
15. Ethereal - Purple
16. S A L F U M A N - Gran Baile
17. Max Dahlhaus - Expuls
18. In Fields - Rise Up
19. K-X-P - She Time Travels in Every Direction Whenever She Wants
20. Basic House - Harlequin
21. Ligovskoï - Dilip Antigone Francois X Remix
22. Grey Branches - Binate Inner Surface Music
23. Varg & Hypnobirds - Bandhagen
24. NON - Spectre


Industrial Soundtrack For The Urban Decay

Industrial Soundtrack For The Urban Decay2Alors que sort sur le label belge Fondation Sonore en mars 2014 la bande originale de son premier documentaire, Paris/Berlin: 20 Years Of Underground Techno, Amélie Ravalec - bien aidée du journaliste australien Travis Collins -, est en pleine préparation d'un nouveau film traitant de la musique industrielle, Industrial Soundtrack For The Urban Decay, dont un trailer à découvrir ci-après vient d'être révélé. Se proposant de partir à la rencontre d'une large frange des acteurs de ce mouvement ultra-provocateur et contestataire apparu à la fin des années 1970 en Angleterre, contemporain du punk, mais radicalement plus novateur dans toutes ses expressions artistiques - des membres de Throbbing Gristle, par qui tout a pris une ampleur inédite avec Industrial Records, et par qui, après leur séparation, tout a continué dans des directions différentes avec Psychic TV, Coil et Chris and Cosey, aux autres formations londoniennes tel Test Dept et de Sheffield avec Cabaret Voltaire, In The Nursery et Clock DVA, en passant par des artistes américains tel Boyd Blake Rice de NON, sans oublier les fanzines avec RE/Search de V. Vale - et dont l'ancêtre est Search & Destroy - ou encore les labels d'époque tel Sordide Sentimental ou d'autres apparus au début des années 90 d'indus tel le bavarois Ant-Zen ou de techno industrielle tel l'allemand Hands Production -, le documentaire ambitionne également de restituer le contexte social, politique et urbanistique de l'époque à travers un important travail sur la base d'images d'archives. Devant voir le jour d'ici la fin de l'année 2014, un don est même conseillé si, comme nous, vous êtes curieux du résultat. En attendant une mixtape réalisée par Amélie Ravalec, débordant dans ses choix du sujet, aidera à patienter.

Trailer Industrial Soundtrack For The Urban Decay

http://vimeo.com/86841887

Mixtape by Amélie Ravalec

01. Clock DVA - Buried Dreams
02. The fabulous Sandra Electronics - Cubs! Do your best
03. Cabaret Voltaire - The voice of america / Damage is done
04. Crass - Asylum
05. The Present Moment - The high road
06. Column One - W. Transmission 4
07. Belfegore - Belfegore
08. A wooden bow - FF
09. Burial Hex - Cristal Tears
10. Pump - The decoration of the duma
11. Karl O Connor - Understand
12. Aun - Druids
13. The normal - Warm Leatherette
14. Neva - Irradié
15. Throbbing Gristle - Slug Bailt
16. Viron - Röntgentopogramm
17. Dive - Final Report
18. Non- Sunrise
19. Atrox - Versuch Einer Versohnung
20. Sophia - The End of the World
21. SPK - A Heart That Breaks (in no time or place)
22. Demdike Stare- Erosion of democrity
23. Throbbing Gristle - Heaten heart
24. Crass - Mother Earth
25. Tormentum - Zwei
26. DAF - Als Wär’s Das Letze Mal
27. Bruce Gilbert - Angel Food
28. The Present Moment - Intrigue
29. Peter Wright - The buried bones of Ruamoko