CRAVE/LIEU NOIR - CRAVE/LIEU NOIR

Derrière CRAVE/LIEU NOIR se cache Jonathan Zion Katsav, Johnny Teardrop comme il aime se faire appeler. Il est l'auteur de multiples projets, comme ÐOSE, qui nous plongent tous dans l’univers excentrique du personnage. À travers cet EP éponyme, c’est une nouvelle facette que nous découvrons de ce musicien multiforme aux talents indéniables. Une immersion dans un illbient malade, tendu mais addictif, conviant gabber, tech-expérimental et hip-hop sous codéine. Un peu comme si Techno Animal composait avec Asap Rocky, le tout remixé par  Oneohtrix Point Never. Sur le papier, le mélange pourrait sembler indigeste, pourtant il suffit d’écouter les tracks Profit et Slippery Key, toutes deux sur la face B du vinyle, pour se rendre compte que la combinaison marche parfaitement. Les morceaux Discharged et Heat ne sont pas en reste et plairont certainement aux amateurs de breakcore et d’hymnes faisant la part belle aux beats bien racés et aux kicks qui tapent dur.  Une petite merveille que l’on doit au toujours excellent label Mind Records et qui nous permet de découvrir un artiste qu’on se promet de suivre de très près.

Audio

Tracklist

CRAVE/LIEU NOIR - CRAVE/LIEU NOIR (Mind Records, 16 février 2018)

01. Discharged
02. Heat
03. Slippery Key
04. Profit


NV - Binasu

Quand on vous disait qu’on vous reparlerait très vite de Mind Records ! C’est par le biais de l’album Binasu de la jeune NV que le label fait un retour fracassant. Mais d’abord NV, c’est quoi, c’est qui ? Derrière ces deux lettres se cache Kate Shilonosova, productrice et chanteuse moscovite qui prêta un temps ses talents de vocaliste, maniant aussi la gratte au sein du grunge-band russe aux accents pop, Glintshake. Malgré le support de MTV et des antennes radio, le succès n’est pas au rendez-vous et le groupe rapidement oublié... Ou du moins en pause. En parallèle, la jeune femme voyage pas mal, notamment au Japon, et commence à sortir une poignée de EPs sous le pseudo de Kate NV ou tout simplement NV, elle prêtera également sa voix à la sublime ballade pop de Larry Gus, Belong To Love, et s’ouvre la carte vers une carrière internationale. Binasu a d'abord été édité en catimini chez Orange Milk à une poignée de cassettes avant que Mind Records récupère les droits de ce génial ovni discographique, faisant la part belle, grâce à une superbe galette, à ce petit bijou de synthpop passé trop injustement inaperçu.

On pourra être désarçonné par prime abord par la prise de risque du label, puisqu’on est assez loin des fulgurances lugubres et pleines de testostérones auxquelles nous avait habitués des artistes comme Bataille Solaire, Femminielli ou encore Night Musik. Ici NV habille habilement, de sa voix gracile et vaporeuse, des mélodies synthétiques envoûtantes et très largement minimalistes. Impossible dès les premiers titres de ne pas penser à des artistes comme The Human League époque Travelogue, Yellow Magic Orchestra (faut-il choisir un album ?) mais le plus souvent à Kate Bush, comme notamment sur les titres Inn et Binasu. La jeune russe connaît ses classique sur le bout des doigts et offre des mélodies rafraichissantes, un brin rêveuses, sans jamais céder au copier/coller. Il y a ce sens de l’harmonie qui fait fondre notre petit cœur mais qui ne tombe jamais dans la niaiserie, bien au contraire. On retrouve derrière Binasu le même génie qui fut derrière The Kick Inside, ce mariage indécent entre simplicité, innocence pure et travail d’orfèvre, expérimentations cristallines… Plus qu’un joyau, un œuf de Fabergé ! Certainement la perle rare de ce début d’année et assurément une artiste à suivre.

Vidéo

Tracklist

NV - Binasu (Mind Records, 15 février 2017)

01. Bells Burp
02. Inn
03. Grass In The Woods
04. Binasu
05. 3Arms
06. Kata
07. kku
08. Dance
09. Nobinobi
10. YYG


X.I - Last Waves

Bon, autant y aller cash, en ce début d’année, vous allez bouffer du Mind Records (lire) par plâtrée, le label franco-nippon ayant décidé de soigner notre gueule de bois post réveillons à renfort de synthwave bien péchue comme le prouve ce 7 pouces de X.I, artiste australien qui a débuté sous l'ère Reagan... pour les plus curieux, Google is your best friend ! Last Waves, titre phare de mini EP, puise son inspiration dans le meilleur de Carpenter (lire) et Vangelis, dévoilant une électro discoïde aux accents frénétiques, reflétée par un clip totalement eighties tranché au stroboscope et cuté à grand renfort de taglight. La deuxième piste, Prince William Sound, même si moins galopante, n’en reste pas moins excitante, rappelant les BO emblématiques de Big John. Une galette essentielle, hélas limitée à 199 exemplaires, mais qui n’a pas fini de faire remuer sur les dancefloors.

Pour commander le disque, c'est par ici que ça se passe !

Vidéo

Tracklist

X.I - Last Waves (Mind Records, 06 décembre 2016)

01. Last Waves
02. Prince William Sound


Femminielli - O'Sodoma

Fait rare, assez inédit, voire quasi unique, c’est la deuxième fois que nous parlons du même disque (lire) dans nos colonnes. Mais l’occasion était trop belle. En attendant de vous confiez tout le bien que l'on pense de l’album de Femminielli Noir, chose que nous ferons très bientôt, revenons sur O’Sodoma, EP ô combien emblématique de Bernardino, repressé à raison à une poignée d’exemplaires. Cette sortie, toujours distribuée par la structure franco-nipponne Mind Records et supervisée par Abraham Toledano (qui nous livrera bientôt, autour d’une interview et d’une mixtape, les enjeux de son projet Moyo), offre un léger dépoussiérage à ce deux titres sur lequel figure l’inoubliable Fleur De Garçon, préfigurant déjà les sonorités qui allaient marquer le succès de l’indispensable Plaisirs Américains. Avec 99 exemplaires seulement, qui s’arrachent comme des petits pains à l’approche des fêtes, on ne saurait que trop vous conseiller de vous offrir ce petit plaisir et on prévient, Mère Noël a sorti le gode-ceinture !

Pour obtenir le précieux sésame c’est ici !

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Tracklist

Femminielli - O'Sodoma, repress (Mind Records, 01 décembre 2016)

01. O'Sodoma
02. Fleur De Garçon


Bernardino Femminielli - Café Petite Chatte / Goodbye Blueboy

Photo: Malo Lacroix

En attendant de nous livrer le LP tant attendu de Femminielli Noir prévu pour la fin d’année, Bernadino continue d’explorer ses Plaisirs Américains, avec le single Café Petite Chatte / Goodbye Blueboy paru chez Mind Records, électrisantes mélodies qui collent aux tympans comme une tache de sperme au caleçon. On retrouve une fois de plus chez le crooner montréalais ce goût immodéré pour la poésie scabreuse teintée de sensualité moite, alliée à un sens de la rythmique trouvant ses racines dans  le meilleur de l’italo-disco, la synthpop grecque voire l’euro dance nippone. Plus dancefloor que la plupart des titres de son précédent album, les deux morceaux portent néanmoins indéniablement l’empreinte de leur géniteur. Fables baudelairiennes pour gamin(e)s arpentant le trottoir magnifiées par un Joe Dassin angélique sous acide. Deux hits aux accents phalliques qui prolongent l’été indien et impose encore un peu plus le mystère Femminielli comme l’un des artistes incontournables de cette décennie. À savourer sous toutes les coutures et sans aucune modération.

Audio

Bernardino Femminielli - Café Petite Chatte

Bernardino Femminielli - Goodbye Blueboy


Femminielli - L'enfer et ses Fils (FULL STREAM)

En veux-tu, en voilà, inutile de le préciser, mais Bernardino Femminielli possède, en plus d'une créativité à tout crin, s'exprimant inlassablement, à son corps plus ou moins défendant, presque machinalement, une vertu qui, chez d'autres, concoure avec acuité aux ravages de la folie. Bernardino est multiple, omniscient, chevalier servant de l'ubiquité. Car Bernardino est plusieurs, dans sa tête, dans nos têtes. Tantôt une voix réconfortante, caressant dans le sens du poils de lubriques incartades sensorielles. Tantôt un râle désinhibant, réduisant en cendres rouges toute tentative confuse d'évasion. A la fois amical et perfide, l'homme que l'on interviewé il y a fort longtemps (lire), a cette terrible faculté de souffler le chaud et le froid, parfois d'un même mouvement, de nous faire danser dans les vents contraires, et ce, sans jamais se perdre dans de trop mûres contradictions. Ainsi, en prélude vicié d'un second LP, intitulé Plaisirs Américains et dont la sortie est annoncée pour le 15 avril prochain, le concupiscent Québecquois livre, toujours sur Mind records (lire), une très sombre cassette baptisée L'enfer et ses Fils. Prenant le contre-pied de ses intonations gainsbouriennes entrevues à l'occasion des singles Boy's Trottoir et Tatouage du successeur de l'inaugural Double Invitation - qui charriait lui du côté de Moroder (lire) - , Femminielli fait ici la synthèse de ses penchants les plus obscurs, glaviotant des structures synthétiques proches de celles instiguées avec Jesse Osborne-Lanthier au sein de Femminielli Noir (lire), d'une myriade éparse de textes, susurrés ou chantés, documentant les tréfonds chaotiques de la damnation. Un embrasement de ces turpitudes savamment imagée par l'artwork de la cassette, signé Thea Govorchin. Et plus il se dédouble, plus Femminielli nous dédouane de toute retenue.

Audio (FULL STREAM)

Tracklisting

Femminielli - L'enfer et ses Fils (MIND Records, Mars 2016)

A. side
B. side


E L O N - Concupiscence

Familier de Beau Wanzer au sein de Streetwalker, responsable d'un Future Fusion bien tapé sur Cititrax, l'Angelin Elon Katz affiche toute sa Concupiscence à l'heure de délaisser ses claviers viciés pour marteler une électronique plus minimale, superposant d'un même mouvement motifs rythmiques astreignants et volatilité des textures qui, dans leur tourment, ne sont pas sans rappeler les vrilles mentales émanant de Sheffield au début des années quatre-vingt dix. Celui qui n'hésite pas emmancher des détours darkwave sous l'alias Loom 11 et un 7" sur Desire Records, créé par le biais de cet EP révélé en juin 2015 sur la toile et récemment paru via le prolifique Mind Records, une Intelligent Techno Music qui ne sépare jamais le doux du rêche, s'amusant à brouiller dans son étreinte plaisir lascif et empressement libidineux, caresse sensible et pilonnage orgasmique. S'éprouvant au regard d'un artwork aux courbes univoques signé Orion Martin, les quatre morceaux qu'offre Concupiscence s'effeuillent ainsi, dans une trouble dichotomie oscillant entre désir obscurcissant (Oral Oscillator, Polyflesh), et assouvissement extatique, forcément plus rasséréné (Choked On Moan, The Quantity Control). En somme, une vraie tartine de stupre mental qui a le mérite de mettre quelques claques biens senties au derrière.

Audio

Tracklisting

E L O N - Concupiscence (Mind Records, 15 février 2016)

01. Oral Oscillator
02. Choked On Moan
03. Polyflesh
04. The Quantity Control


UBIQUITÉ 01

Ubiquity 6

Voilà, il était bien temps, la trêve estivale tire à sa fin, le bronzage s'estompe, la canicule n'est plus qu'un lointain souvenir quand bien même le quotidien nous rince déjà de déprime. Le bon côté des choses, car au fond il y en a toujours un, si mince soit-il, c'est qu'on se remet plein gaz dans le feu de l'actualité musicale et que, par delà les grandes messes laissant interdit - et je ne parle même pas de la reformation de Téléphone, ni de la reprise d'activité de New Order ou, comble du ridicule, de celle de Jean-Michel Jarre - , on ne sait plus vraiment où donner de la tête tant il y a du bon à prendre à quasi tous nos râteliers favoris.

UBIQUITÉ 01

Inoue Shirabe - Down Into The Black Church / Camping In Your Soul (Antinote, Septembre 2015)

Première claque assénée, le second EP du japonnais Inoue Shirabe Down Into The Black Church / Camping In Your Soul sur Antinote fait déjà office d'highlight tant sa house méticuleuse et cosmique fend le cœur.

Marco Bernardi - The Dancing Clowns (Berceuse Heroique, 23 septembre 2015)

L'hyper actif Écossais Marco Bernardi, ensuite, qui embrouille tout son monde sur l'EP The Dancing Clowns / Specter Rmx à paraître via Berceuse Heroique avec une techno stellaire qui s'égraine tel un long voyage ascensionnel.

Bataille Solaire - Enter (Mind Records, Septembre 2015)

Asaël Robitaille de Bataille Solaire, magnifique rejeton avec Femminielli et Jesse Osborne-Lanthier de ce que compte Montréal d'underground-rétro-futuriste-vrillé, ne fera pas redescendre quiconque de son nuage avec un second 7" dénommé Enter en série ultra-limitée - quarante malheureux exemplaires - sur Mind Records : la réminiscente digression synthétique perche tout là-haut le moindre auditeur attentif.

Maoupa Mazzocchetti - 14.07.A (PRR! PRR!, 15 août 2015)

Maoupa Mazzocchetti a lui profité de l'été pour concasser son skeud 14.07.A via la toute jeune structure PRR! PRR! : le ciel s'assombrit brusquement mais pas au point d'esquiver ce qui fait le charme du tapage cher au Bruxellois avec une fluidité sans égale dans le matraquage analogique - on lui donne d'ailleurs rendez-vous en novembre sur Mannequin avec un maxi nettement plus orienté post-punk.

Nebulo - The Safari Suites Vol. 01 (Odd Frequencies, 01 octobre 2015)

Thomas Pujols, moitié de Crypto Tropic, nous rencarde quant à lui, sous son alias Nebulo qui lui va comme un gant, sur le trop rare Odd Frequencies de Clément Meyer : squattant les bacs dès le 1er octobre prochain The Safari Suites Vol. 01 fait montre d'un joli tiercé d'edits vivotant entre noise et ambient, aux pulsations virtuosement déconstruites.

Patricia - Bem Inventory (Opal Tapes, 30 août 2015)

Opal Tapes remet ses bandes magnétiques dans la turbine avec un second EP de Max Ravitz sous le patronyme de Patricia : divulgué le 30 août dernier Bem Inventory s'écoute et se réécoute avec cette affection que l'on a pour les objets sonores ne se dévoilant que progressivement, laissant son pouvoir d'attraction, entre nappes luminescentes et beat sourds et tortueux, agir progressivement.

Cienfuegos – A Los Mártires EP (Unknown Precept, Octobre 2015)

Le New-Yorkais Alex Suárez a choisi, tout comme ses concitoyens Noah Anthony, Nick Klein et Miguel Alvariño très prochainement en tournée avec un stop au Garage MU le 25 septembre (Event FB) - le label basé à Berlin Unknown Precept pour balancer dès octobre sa sauce bien épicée sous le masque de Cienfuegos : A Los Mártires est aussi abrupt qu'un parcours du combattant dans la nuit noire mais, l'espèce humaine étant la plus masochiste qui soit, on aime s'y vautrer avec un plaisir certain.


Femminielli Noir - À la prochaine

Tic-tac. Si vous lisez ces lignes en connaissance de cause, vous savez d'ores et déjà que cet objet de désir - ce second maxi de Femminielli Noir, soit la contraction érotico-électro-expérimentale embringuée par les Canadiens Bernardino Femminielli et Jesse Osborne-Lanthier, intitulé À la prochaine - ne sera édité par le label Mind Records (lire) qu'à quatre-vint dix-neuf exemplaires. C'est peu, surtout lorsque l'on a déjà soupé la puissance de feu du duo et le stupre venimeux du précédent Malas Influencias (lire). Il faut donc vous rendre fissa sur la page de précommande de Mind ou de celle de New qui co-édite le disque pour espérer en glaner un exemplaire à un prix décent - les revendeurs via discogs feront le reste - et moudre sur votre platine l’éructation cataclysmique Rectum Palace, et les tout aussi rêches Tout Abus Sera Puni et Nein Danke, en toute bonne quiétude. Comme d'habitude, Mind Records n'a que faire de ses putains de snippets qu'une ribambelle d'autres structures nous offrent en guise de pré-écoute et balance l'intégralité d'une sauce qu'on a compilé pour moitié en écoute ci-après. Le reste est sur le bandcamp.

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Tracklisting

Femminielli Noir - À la prochaine (Mind Records / New, juin 2015)

01. Rectum Palace
02. Tout Abus Sera Puni
03. Culture Pour Tous
04. Boys Boudoir RMX
05. The Toilet
06. Nein Danke

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Night Musik - Transit

La première écoute de Transit ouvre une parenthèse sur une époque ingénue des 90’s au décor de piaule d’ado où quelques boucles et un kick en reverb sur FruityLoops en shareware édition 97 suffisaient à remplir des nuits entières d’extase musicale pubère. Mais ce premier album de Night Musik n’est pas un revival pour adulescents nostalgiques, c’est une ellipse. Vingt années de musique logicielle sont concentrées en six pistes balançant majoritairement entre techno, ambient et indus dans une approche aussi minimaliste qu’on peut l’être sans devenir chiant. Profitant de ses tournées avec feu Dirty Beaches dont il était le guitariste, Shub Roy a composé ses morceaux sur la route, en Transit, digérant l’influence des lieux visités pour en isoler une traduction ethnographique très personnelle aux legs stylistiques pluriels dont l’entretoise, parfois surprenante, solidifie un concept qui courait le risque d’être bancal. Ou banal.

Sorti récemment sur le label franco-japonais MIND Records (Femminielli, Jesse Osborn-Lanthier) déjà présenté dans ces colonnes, l’album est une parabole de l’insomnie, une musique déambulatoire où les mœurs nocturnes sont diluées dans une synthèse de références croisées. Le taylorisme introductif de Theme, qui dépouille les premières secondes du morceau de toute chaleur formelle, cède progressivement la place à une séquence d’ambient au tempo feutré tandis que Hard To Tell sécrète un flashback d’acid aux couleurs chaudes et tourbillonnantes. On dialogue avec Transit comme avec un ami versatile, entre confiance et prudence, dans un tête-à-tête sans conventions préétablies. En témoignent le long blanc de 30 secondes qui lance les 7’42 d’Eternal et son prologue psychédélique, tué avant développement mais sans violence par un beat techno à l’accélération progressive, aux couches multiples, hypnotisantes et jamais agressives.

Dans la sémiologie de Shub Roy, la cadence est importante: elle marque le pas d’une excursion allégorique dans des paysages sonores aux densités différentes, imprégnées des ambiances rencontrées. Le mysticisme industriel de Once A God dissimule sa légère influence kraut futuriste sous une épaisse rythmique modulée et des incantations inaudibles. Cette fois, le dieu ne sort pas de la machine, il en est la métaphore. Sans prétendre à une vraie approche novatrice de la musique électronique mais évitant toute resucée appliquée des influences actuelles, Transit est une digression ludique, un épiphénomène audacieux qui prend le risque, faible mais indiscutable, de se réapproprier des codes surexploités dans une approche aussi picturale que musicale. Sans tomber dans le piège du figuratif, Shub Roy écrit, avec Night Musik, la BO d’une série dystopique dont Transit est la première saison et où chaque épisode prend place dans un décor différent, et forcément nocturne.

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Vidéo

Tracklist

Night Musik - Transit (MIND Records, 21 avril 2015)

1. Theme
2. Hard To Tell
3. Between
4. Eternal
5. Gold Mirror
6. Once A God


Femminielli - O Sodoma

Femminielli - O Sodoma 2Le crooner stakhanoviste à consonance transalpine, Bernardino Femminielli, ne s’embarrasse d’aucune gêne pour susurrer O Sodoma, hymne au batifolage ludico-érectile, divulgué il y a plus de deux ans mais paru pour la première fois en 7" le 13 octobre dernier via Mind Records - jeune structure instiguée par Abraham Toledano (lire) et ayant récemment éditée les maxis du duo Femminielli Noir (lire), d’Umberto, de Bataille Solaire, ainsi que la cassette de Jesse Osborne-Lanthier, Otherwise Insignificant Psyche Debris (lire). Assaisonnée de l'affriolante Fleur de Garçon, en écoute ci-après et dégageant de toutes ses stances une indéfectible odeur de stupre eighties, le 7" O Sodoma est à choper par - étant entendu qu'une nouvelle fois l'artwork en vaut le détour.

Audio

Tracklisting

Femminielli - O Sodoma 7" (, 13 octobre 2014)

1. O Sodoma
2. Fleur de Garçon


Jesse Osborne-Lanthier (NOIR) - Otherwise Insignificant Psyche Debris

Jesse Osborne-Lanthier - Otherwise Insignificant Psyche DebrisMoitié de Femminielli Noir (lire), Jesse Osborne-Lanthier est de ceux concevant l'électronique non comme un terrain de jeu hédoniste - mais alors avec des graviers - , à défaut de représenter un champ d'explorations et d'expériences infini. Une antithèse heureuse à un Bernardino Femminielli pour qui tout est plaisir et sudation (lire) : leur alliance ne pouvait qu'être féconde. En solitaire, un pied à Montréal, l'autre à Berlin, Jesse fait la jointure dans sa démarche entre les pères Allemands de la Kosmiche et de l'electronica la plus aride et la musique électronique minimale et expérimentale des Finlandais de Pan Sonic. A paraître le premier septembre prochain et co-éditée par les labels Hobo Cult et Mind Records (lire), la cassette au tirage ultra limité Otherwise Insignificant Psyche Debris témoigne sur la longueur de cette propension du Canadien à creuser sans ennuyer, à tout tenter sans gratuité, à divaguer, et ce, sans se départir de l'essentiel : cette ligne de partage à la lisière de la beauté de l'effort. Les remixes de Robert Lippok, Vereker et d'Hobo Cubes ne font qu'enfoncer un clou déjà bien engoncé.

Audio

Tracklisting

Jesse Osborne-Lanthier (NOIR) - Otherwise Insignificant Psyche Debris 2Jesse Osborne-Lanthier - Otherwise Insignificant Psyche Debris (Mind Records / Hobo Cult, 01 septembre 2014)

A01. Deliquescent: Allure
A02. Deliquescent: Your Pictures
A03. Deliquescent: Rummelhaus
A04. Deliquescent: Cadence/Decadence
A05. Deliquescent: Lasciviousness
A06. Deliquescent: To Be In Love
A07. Deliquescent: You'll Fall
A08. Stultiloquy
A09. Financial Aid Solicitation Study In Four Parts
A10. Otherwise Insignificant Jazz Psyche Debris
A11. A Near-Mint Condition DSP Process
A12. WWWVWVWVVVW
A13. Prankster Shrug
A14. A Two Minute Breather

B01. THX Government
B02. Compulexating Arpeggios
B03. Sex Drive
B04. THX Government (Hobo Cubes RMX)
B05. WWWVWVWVVVW (Vereker RMX)
B06. A Near-Mint Condition DSP Process (VNDL RMX)
B07. Prankster Shrug (Robert Lippok RMX)
B08. Financial Aid Solicitation Study In Four Parts (Grischa Lichtenberger RMX)


Who are you Mind Records?

Véritable oiseau de nuit et encyclopédie vivante du diggin, difficile de ne pas croiser Abraham, crâne rasé et visage barré d'un sourire avenant, soit calé les deux coudes sur un comptoir luisant d'alcool, soit affairé le casque vissé à une oreille, les mains brassant un bac à disques bien garni. Capable de disséquer les entrailles de l'électronique japonaise (lire), comme d'envoyer des sets techno inspirés de Détroit (Technolita, le 2 août à Glazart, Event FB), l'homme, aussi volubile que spontané, a du coffre et de la réserve. Mais réduire la voilure de ses activités à ces virées noctambules consisterait à faire l'impasse sur son inaltérable implication au sein de labels qu'il co-gère, qu'il créé de ses propres mains ou lance au hasard de fructueuses rencontres. De feu Plastic Spoon Records, exclusivement consacré à des sorties 7″ vinyles et responsable d'une dizaine d'édits entre 2009 et 2012, dont The Fresh & Onlys ou The Box (lire), à la toute récente micro-structure Malditos Records - responsable d'une luxueuse édition LP du Bones de Blackmail (lire) et de l'EP Nuit de Noce d'Essaie Pas (lire) co-édité avec Teenage Menopause -, celui qui se plaît à user du patronyme Inferno Toledano vient de creuser deux nouvelles brèches discographiques avec Mitzvah Records, un label dédié aux rééditions de disques oubliés, injustement fossoyés à l'orée des années quatre-vingt - en témoignent les reissues du trio nancéien OTO et de la formation danoise TEE VEE POP -, et Mind Records, projet plus électronique à l'identité ultra-réfléchie qu'il co-pilote avec la Japonaise Chihiro Kataoka. Travail graphique hyper abouti, ce dernier label aligne depuis avril d'indispensables sorties au pressage unique et au tirage ultra-limité. Afin de donner du grain à moudre à ses pairs digger, mais aussi et surtout histoire de conférer toute l'aura nécessaire au disques du duo Femminielli Noir (lire), d'Umberto ou plus récemment de Bataille Solaire. Dressant un pont transatlantique, déviant très largement vers les expérimentations canadiennes donc, Mind Records a en ligne de mire, comme actualité brûlante, une collaboration avec l'Hobo Cult de Francesco De Gallo autour de deux cassettes de Jesse Osborne-Lanthier (Noir), Athenaeum of Unedited, Superannuated, Incomplete, Unreleased, Intimate Works, 2011-2013 déjà parue et Otherwise Insignificant Psyche Debris à voir le jour le 31 juillet prochain (). Pour le reste, c'est Abraham qui nous en parle, lui qui a également chiadé une mixtape, contenant quelques exclusivités Mind anonymisées, à écouter et télécharger ci-après.

Entretien avec Abraham Toledano

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Abraham Toledano & Asaël Robitaille

Mind Records est un jeune label. Peux-tu nous dire d'où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t'a conduit à créer ce label, notamment après la fin de Plastic Spoon Records ?

À la fin de Plastic Spoons je ne me sentais plus du tout intéressé par la scène garage punk rock. Je me suis tourné vers la musique électronique à ce moment-là, même si j'en écoutais déjà avant, avec pour idée de créer de véritables objets, un peu comme je l'avais fait avec les éditions limitées des 45 tours de PS mais en plus poussé.

Quelle est l'esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

L'esthétique du label s'inspire clairement de la période avant-gardiste et psychédélique japonaise de le fin des 60's jusqu'aux années 80. Après, pour ce qui est du concept des doubles pochettes - l'une sur papier cartonné avec les motifs sérigraphiés à l'encre phosphorescente invisible et l'autre avec le visage en impression noir papier calque - ça vient de moi. Ç'a été vraiment compliqué à réaliser, plus d'une année de test intensifs avec des petites crises nerfs mais le résultat est là, aussi grâce à l'aide précieuse de mon ami Sébastien Thrian, et j'en suis vraiment content.

Question modèles de maisons discographiques, j'aime beaucoup les labels électro à la mode, à savoir L.I.E.S, TTT, ANTINOTE, MODAL ANALYSIS...

Tu as aussi un label de réédition, Mitzvah Records, qui a récemment déterré un maxi d'Oto. Mind Records peut se concevoir comme un outil d'exploration d'un passé musical qui semble te passionner ? Quel lien fais-tu entre les deux ?

Mitzvah est un tout autre projet. Un label uniquement dédié à la réédition de disques rares. Ceci dit, je n'exclus pas de faire des rééditions sur Mind mais nous sommes deux dans ce projet donc j'ai un peu moins de liberté pour faire ce que je veux.

Bernardino Femminielli et Jesse Osborne-Lanthier sont de bons amis à toi. Pourtant c'est Umberto qui a ouvert le feu avec un 7". Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu vas travailler et quelle relation as-tu envie de développer avec eux ? As-tu envie de suivre des artistes sur la durée, ou de piocher en fonction des opportunités ?

Je suis plus du style à piocher en fonction des opportunités. Je ne sors que les morceaux pour lesquels j'ai un véritable coup de coeur. Ceci dit j'espère réellement sortir d'autres disques de tous les artistes du label si cela se présente.

Mind Records, un label japonais ?

J'ai rencontré Chihiro à Paris en 2011 au concert d'Umberto que j'organisais à la Mécanique Ondulatoire. On a pas mal parlé et on est devenu très proches à tel point d'avoir ce projet en commun histoire de ne pas se perdre de vue. Elle est aujourd'hui à Osaka et tout fonctionne à distance. On est vraiment complémentaires, je n'envisage pas vraiment Mind sans elle.

Créer un label, c'est avoir un rapport particulier à l'objet, le disque et l'artwork. Quel est le tien et jusqu'où as-tu envie de le pousser ?

Je suis un passionné de beaux objets, que ce soit des disques, livres de photos, fanzines, cassettes… Lorsque j'ai créé les pochettes de la sérié Mind Moyō Metric je ne me suis à aucun cas inspiré de disques qui existaient déjà mais plutôt de ce que je voyais dans les bouquins d'art et de photo japonais. Il fallait que tout soit parfait, je ne supporte pas de faire les choses à moitié. Du coup, il y a eu de très nombreux ratés aussi bien pour les pochettes que pour les disques, mais maintenant que c'est en place c'est parti pour durer.

Et pour répondre à ta seconde question je pense sortir de nombreuses autres pochettes et surtout travailler d'autres matières comme le cuir, le latex ou encore le métal. Il n'y a pas vraiment de limite.

Quel est le futur proche de Mind Records, notamment en termes de sorties, de formats ?

La dernière sortie de Mind est le 45 tours de Bataille Solaire. Il sera suivi du tubesque O'Sodoma de Femminielli ainsi qu'un 12" de Night Musik, le project électro de Shub Roy de Dirty Beaches. Y'a encore d'autres choses sur le feu mais chaque chose en son temps.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape et notamment les avants-premières qu'elle contient ?

Pour tout te dire, je l'ai totalement improvisée parce que je n'arrivais pas à choisir une ligne directrice. Il y a pas mal de disques post-punk-électro-jap comme ANIMA, BGM ou encore C.MEMI, mélangés avec des morceaux plus électroniques allemands de la période Zick Zack pour finir par un coté très techno Détroit Chicago house, en gros c'est un peu le bordel… Quant aux exclus Mind, il y aura des infos dessus dans très peu de temps, promis.

Mixtape

01. Mind Exclusive - Out this summer
02. Craig Leon - Donkeys Bearing Cups
03. Lena Platonos - Η Κυψέλη
04. Quick Culture - Quick Culture 1
05. C.U.B.S - We Don't Need No Carpet Beggars
06. Vitor Hublot - Histoire De P'Tite Annick
07. Max Goldt / Felix Kubin / Mark Bommbastik - Fog frog.
08. Andy Giorbino - Banane, Zitrone
09. Bmg - Repeat
10. C.Memi - Dream's Dream
11. D.U.R. - Bericht Aus Der Beamtenkultur
12. Anina - Logical Nation
13. Onyx - Call of the wild
14. Mind Exclusive - Out on September
15. Gatekeeper - Giza
16. Beau Wanzer - Outside Auto
17. Shawn Shegog - Love Traxs (Love Dub)
18. Sound of Mind - Programming
19. Ken Lewis - Cosmic Car

Artworks

FEMMINIELLI NOIR

UMBERTO

BATAILLE SOLAIRE

JOL2


Factory Floor - How You Say (The Montreal Remixes)

Factory FloorFaut être sacrément miro, ou dur de la feuille, pour ne pas se rendre compte qu'il se passe un truc dans les caves de Montréal, rabibochant les cénacles synth-wave, italo et techno. Et le DFA de James Murphy ne s'y trompe pas puisque d'un simple concert au Belmont, les britons de Factory Floor se retrouvent affublés de Montreal Remixes - bien plus pétés et noirs que ceux d'How You Say de Daniel Avery et consort (écouter) - avec au tracklisting les stakhanovistes du clavier Essaie Pas (lire) et l'infatigable duo Femminielli Noir. En parlant du loup, le crooner (lire) auteur d'un dantesque Double Invitation en novembre 2012 (lire), prépare actuellement une suite à celui-ci tout en publiant, comme annoncé, le maxi Malas Influencias co-écrit avec Jesse Osborne-Lanthier via Mind Records - le vrai-faux label japonnais d'Abraham Toledano et Chihiro Kataoka, également responsable d'une belle sortie signée Umberto, La Llorona. Tout est en écoute ci-après.

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