Wordshoot : Les quinze ans de Born Bad

Capture d’écran 2014-06-17 à 11.16.01On y était : les 15 ans de Born Bad (la boutique), 30 mai 2014, La Machine.

Born Bad, c'est notre fierté rock nationale. Un magasin de disques ouvert à l’aube de l’an 2000 à Paris par trois amis désireux de réhabiliter les mauvais élèves des cours d’histoire du rock’n’roll : garage, punk, hardcore, post-punk, et la petite soeur dépressive, cold waave. Puis un label créé sept ans plus tard par un ami de la boutique en colère après la frilosité de certaines radios et majors. JB Wizz redessine d’abord la carte de France des années cinquante à nos jours en compilant les oubliés de l’Hexagone et signe ensuite les futures grandes figures de notre pays. Résultat : Born Bad est devenu en France le prof principal d'une classe perturbatrice mais franchement attachante comme on a pu le constater lors d'un week-end sur la route avec le délégué Frustration (lire).

Pour fêter 15 ans de bons résultats de la boutique de disques, une sortie est organisée... à la Machine du Moulin Rouge. Après le concert Born Bad Goes Pop il y a quelques jours au Point Éphémère, on nous fait cette fois le coup de la soirée Born Bad Goes Electro ? On hésite à y aller avant même d'avoir vu le programme. Et au programme, pas de Cheveu ! Le Cheveu que tout le monde s’arrache en ce moment aurait pu assurer le sold out des semaines avant le festival. C’en est trop, on demande à voir l’organisateur. La veille, on rend donc visite à Mark dans sa boutique de la rue Saint-Sabin à Paris. "Il aurait pu y avoir Cheveu, ouais. Après, ils ont fait leur release party y’a pas longtemps et comme c’est les 15 ans de la boutique, je voulais pas qu’il y ait trop de groupes du label. J’aurais pu faire jouer beaucoup plus de groupes Born Bad mais je voulais faire un peu différent." Effectivement, sur les sept groupes présents, un seul est labellisé Born Bad : Frustration. Mais Mark, tu es aussi batteur de Frustration... "que j’ai programmé pas du tout parce que je joue dedans, mais parce que c’est une des meilleures ventes de la boutique. Donc c’est un peu normal qu’ils fassent partie des 15 ans." Le gérant-batteur-organisateur a longtemps planché sur sa copie : "J’ai voulu faire venir des groupes que j’aime et qui reflètent aussi l’identité de la boutique." Coupez ! On en est.

Born Bad

Intensité, transpiration, technique, engagement… Coup gagnant de Born Bad. 1 000 spectateurs sur le Central pour assister à la performance de Frustration. 1 000 personnes, c’est la capacité maximale du Central, la grande salle de la Machine. Mark aurait donc pu voir encore plus grand. Si on est allé l’interroger la veille, c’est qu’on se doutait aussi qu’on ne ferait que le croiser ce soir. C’est d’ailleurs le cas avec la plupart des groupes. Kid Congo veut voir Frustration, Frustration ne veut pas rater Kid Congo… Après avoir fait transpirer 400 personnes dans la Chaufferie et ce dès 22h, Pierre & Bastien veulent bien se prêter à une interview. Pas évident d’ouvrir la soirée, non ? "On pensait qu’il n'y aurait personne et que ça arriverait plus tard. On était agréablement surpris. Le public était enthousiaste et réactif. C’était pas mal, non ?" Si c’était pas mal ? Les mecs, vous êtes nos chouchous, vous le savez. Ce soir, on vous donne une image en récompense de la fin jouissive de Twist. Quand on finit par leur demander s’il y a des groupes qu’ils souhaitent voir en particulier, ils énoncent un peu tout le monde. D’ailleurs, ils sont en train de rater Dictaphone. On s’entend bien avec eux, on va pas faire nos Nelson Montfort, alors on coupe court et on fait comme tout le monde, on va voir les concerts. On embarque dans la grosse Machine et on survole les différentes villes et périodes qui ont fait et font le rock'n'roll. Born Bad tient son nom de compilations de morceaux des 50's et 60's qui ont influencé The Cramps. The Cramps n'est plus mais il reste leur guitariste Kid Congo, également membre fondateur du Gun Club. Mark s'est fait plaisir et nous fait honneur. Ce soir, l'emblème du rock garage est accompagné des Pink Monkey Birds. Autre gros gabarits : Shannon Shaw, membre de GravyTrain!!! et de Hunx and his Punx (elle est Hunx). Tout ce beau monde fait danser le public dans le plus pur esprit garage rock.

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On reprend notre voyage dans le temps pour se retrouver aspirés dans une faille spatio-temporelle : avec Mama Rosin, le blues du Mississippi croise la musique cajun de la Louisiane. On a comme une envie de bourbon. Alors qu’on baigne déjà dans des eaux marécageuses, on nous annonce un ouragan dans la salle d’à côté. On a beau avoir vu plus d’une fois Frustration en concert, on dénombre toujours autant de traumatisés à chacun de leurs passages. On monte sur scène et on commence à filmer pour pouvoir en témoigner plus tard. On n’en croit pas nos caméras : Frustration déverse son post-punk et crée une marée humaine. C’est l’hystérie. On ferme nos caméras et on les met à l’abri. Après le chaos, on s'attable avec le bassiste Patrice qu'on n’a pas vu depuis la tournée à Liège et Cologne. 1 000 fans, c'est impressionnant, non ? "Ouais. Eh, les gars, depuis la dernière fois qu'on s'est vus, on a joué à Moscou devant 30 personnes ! Le public connaissait les paroles par cœur ! C'était incroyable !" Humilité. On est heureux de te revoir, Pat. Il est 2h, il y a toujours autant de monde sur la piste du Central mais cette fois c'est le public la star. Il est mis à contribution à l'occasion d'un concours de danse rock orchestré par le DJ Jonathan Toubin. Depuis la scène, un jury composé de membres des différents groupes scrute les performeurs puis attribue le prix du meilleur danseur à un jeune homme qui repart avec 100Є. Qui repart, manière de parler. Car la soirée n'est pas terminée. Enfin, pour nous, elle l'est. C’est qui, les mauvais élèves ?


On y était : Komplikations vs Frustration à Liège

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On y était Komplikations VS Frustration à Liège, 24 janvier 2014, par Laurent Berthomieu

Le déclic se produit en mai 2013 pendant le festival punk Unpleasant Meeting à Paris. Alors que les guitares saturent toute la soirée dans la salle de concert de la Miroiterie, un trio monte sur scène avec des synthétiseurs. Le punk singulier des Komplikations suivi de la rencontre avec leur chanteur Alen nous sidèrent. Il faudra bien rendre à notre manière les coups encaissés ce soir. Nous quittons le squat avec une interview en tête. Le feu allumé par Komplikations se propage un mois plus tard à quelques pas de là. Dans une Maroquinerie occupée par le label français Born Bad Records, son groupe-phare Frustration nous met k.o.

À peine le temps de nous relever, David apprend que les deux formations se retrouvent sur une tournée en Belgique et en Allemagne. Il recrache sa pisse à 8€ et m'appelle : "Annule ce que t'avais pas prévu de faire, ça va être punk ! Et ramène Louis." Putain, putain, c'est vachement bien, on va voir nos frères européens !

Les deux groupes sont aussi enthousiastes que nous lorsqu'on leur demande de se prêter à une interview croisée pendant la tournée. Alen s’excite : "Who the fuck are Frustration?! We are better than them!" Le face-à-face promet. Car si le grand frère français Frustration fait sa crise de post-punk depuis 2002 maintenant et que le petit frère belge-allemand Komplikations a poussé son premier cri synth-punk en 2011 à peine, l’amitié entre les "frustrés" et Alen remonte à dix ans. L’homme aux bretelles de punk est le premier à les avoir fait jouer en Allemagne.

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Un vendredi de janvier 2014, nous voilà donc partis en offensive armés de caméras. Première approche timide avec les membres de Frustration autour d’un repas près de leur résidence Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Mark le batteur tient le magasin de disques Born Bad à Paris et nous approvisionne en vinyles. Même si on ne le connait pas personnellement, on est rassurés de voir ce visage connu : les "frustrés" ont la réputation d’être aussi pimentés que le couscous qu’on partage avec eux.

Sans trop savoir ce qui nous attend, on file ensuite leur camionnette dans laquelle l’un de nous s’est risqué. Nous faisons connaissance avec les bouchons de Liège et arrivons juste à temps à La Zone pour les balances. Si les Frustration trouvent logique de jouer en ouverture pour la release party de leurs amis, les Komplikations considèrent que le concert est complet grâce aux "frustrés". On les laisse à leur bataille de bornés et on rejoint la loge où il est difficile de trouver un siège quand le chanteur du groupe hollandais Antidote en prend trois. On est agréablement surpris de tomber sur Manu, ancien bassiste de Frustration. C’est la première fois qu’il voit ses amis en concert depuis qu’il a quitté la formation fin 2013. Nous partageons bières, whisky et anecdotes sur son ancien groupe.

Les Komplikations ont eu gain de cause. Ils jouent les premiers et enflamment La Zone. Ils sont chez eux en Belgique. Tout comme Elzo Durt, sérigraphe auteur de nombreuses pochettes de disques des labels Teenage Menopause et Born Bad, qui enchaîne avec un dj set punk complètement fou. The Kids, Périphérique Est, Pierre &Bastien… Le public est déjà dingue avant même que les Frustration entament Worries. S’ils jouent pour la première fois à Liège, leur concert s’apparente à un jubilé. Merci, mais pas au revoir, La Zone fermera tard cette nuit. Au bar, on sert dans des verres bleus ou verts. Les verts pour le public, les bleus pour ceux qui sont avec les musiciens. On nous tend des verres bleus, on entre lentement dans la famille. La Zone a mis un dortoir à disposition des groupes et de leurs amis, certains ne le rejoindront pas de la nuit.

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Au petit matin, c’est le chaos. Nicus de Frustration troque sa guitare pour des baguettes de chef d’orchestre et réveille ses droogies avec l’ouverture de Guillaume Tell. On quitte la scène de violence pour aller saluer un couple d’amis à Cologne. Chez nos hôtes, on recharge les batteries des caméras et les nôtres à l’aide d’un "Frühstück", un vrai petit-déjeuner à l’allemande.

On retrouve les deux groupes au Blue Shell à Cologne où on est accueillis par une dame à la poigne d’Angela Merkel. La patronne nous explique : à partir de 23h, le club reprend ses droits. On l’écoute sans broncher, le regard plus vide qu’approbateur. Finalement l’interview croisée se fait une heure avant les concerts. Un baby-foot trône dans l’arrière-salle du Blue Shell, parfait pour la confrontation. Fabrice et Mark de Frustration se placent face à Ben et Alen de Komplikations. Les autres membres des deux équipes s’échauffent en backstage ou au bar, prêts à entrer en jeu. Mais ce soir, le baby-foot sert seulement de support pour les bières. Si l’altercation promise il y a encore quelques semaines n’aura pas lieu, ce n’est pas que nos joueurs sont fatigués du match du vendredi, mais c’est bien parce que Frustration et Komplikations jouent non seulement dans la même ligue, mais surtout dans la même équipe. Nos "uncivilized" se renvoient la balle dans le respect mutuel le plus total.

Quant à nous trois, on est totalement intégrés. On ne nous propose plus à boire, on nous sert directement. Et allègrement puisque demain tout s’arrête et que dès lundi chacun retournera au travail, en formation ou à sa vie de famille. Il y aura très peu d’images du concert à Cologne. Alors que les notes de la guitare de Nicus annoncent On the Rise, dans le public Alen nous tend la bouteille de whisky avant de rejoindre ses amis sur scène. On se regarde tous les trois, on ferme les caméras : notre travail est terminé.

L'interview croisée

https://www.youtube.com/watch?v=iAIOuadiDW8

Live

https://www.youtube.com/watch?v=ybechVyxUnk
https://www.youtube.com/watch?v=AxOTxQus5Fw
https://www.youtube.com/watch?v=iGFoCYRcvDI

Cameras : Laurent Berthomieu, Louis Fabriès et David Fracheboud
Photos : Louis Fabriès
Montage : David Fracheboud


On y était - Oneohtrix Point Never à la Gaîté Lyrique

oneohtrix_point_never_photoOn y était - Oneohtrix Point Never à la Gaîté Lyrique, 21 novembre 2013

Deuxième date parisienne en deux mois, Gaîté Lyrique sold out : c'est un petit exploit pour un artiste aussi crypté que Daniel Lopatin (bien que signé chez Warp), ce qui laisse croire qu'il a mis le doigt sur le point névralgique d'un grand nombre d'amateurs de musique électronique cette année. Son passage en octobre au Trabendo avait déjà fortement impacté nos subconscients digitaux : un vrai mindfuck audiovisuel, relevant autant de la blague perverse que de l'installation d'art contemporain, fouillant les fichiers oubliés (ou cachés) de nos disques durs pour mieux nous questionner - ou nous traumatiser.

Annoncée dans le cadre d'une soirée en collaboration avec l'IRCAM, on n'attendait de la prestation de l'Américain un paroxysme multimédia optimisant les capacités de la Gaîté Lyrique. Pourtant, après le set aussi élégant qu'innocent des Basques d'Odei, tous les écrans de la salle sont remontés et toutes les lumières coupées, à l'exception d'un néon bleu posé à la verticale sur une passerelle en hauteur - petit pied de nez au diktat du visuel et meilleur moyen de nous focaliser sur la musique. Ainsi rivés sur Lopatin dans une mise en scène épurée mais légèrement cryptique (il ne manque finalement qu'un autre néon pour faire une croix), son message nous parvient sans filtre, codé mais intime, ésotérique mais sensuel. Sur disque, ses compositions paraissent déjà éclatées, suivant une logique abstraite mais soigneusement prédéfinie. Elles sont davantage court-circuitées sur scène, les ruptures, toujours aussi précipitées et injustifiées, créent une narration, empêchent toute perte d'attention, et l'aléatoire devient poétique. Un instant, Lopatin met sur pied un autel synthétique new age, puis, celui d'après, bascule dans un trou noir de bruit, et c'est l'épiphanie.

Un des éléments les plus marquants, voire choquants, dans la nouvelle esthétique d'OPN, est l'utilisation délibérée d'arpèges génériques, de pre-sets MIDI basiques, de sons de piano, d'orgue ou de chorale plastiques et non traités, qui ramènent à une préhistoire digitale et font tâche à une époque où la production se doit d'être travaillée à outrance pour donner à l'électronique un cachet aussi humain et personnel que possible. Déjà repérés dans la witch-house, et omniprésents dans la mouvance "vaporwave" dont OPN et James Ferraro sont proclamés parrains, ces sons nus nous interrogent sur notre goût : ils sont laidskitschs et on les rejette instinctivement, mais une fois articulés par Lopatin, ils composent une fresque touchante et angoissante - ou la bande-son d'un film institutionnel sur laserdisc menaçant de virer au porno-snuff. OPN pose ainsi un regard humoristique, tendre et un peu vicieux sur l'histoire de la technologie et de l'électro. Il pose une distance, un second degré, et provoque intellectuellement. Sa palette musicale est si large désormais qu'elle semble tout couvrir et tout mettre en perspective : bribes clinquantes de R'n'B FM, Op-Art analogique (réminiscences de ses premières œuvres), electronica pure des débuts (on pense par exemple aux Selected Ambient Works d'Aphex Twin), ambient confessionnelle ou ténébreuse - Lopatin nous balade. Son set pourrait se terminer avant ou après, ça n'a plus d'importance : Oenohtrix Point Never a encore offert un moment de stupéfaction, difficile à déchiffrer mais toujours perturbant. Il a parlé à nos systèmes nerveux qui ont pris le pli de nos vies informatisées, et a dévoilé un au-delà tantôt paradisiaque ou terrifiant.


Festival Mo'Fo - Anika

Le Festival Mo'Fo 2013 a une nouvelle fois poussé ses limites un peu loin sans que pour autant Mains d'Œuvres ne soit invivable. Et si cette année il fut mal aisé pour nous d'assurer une présence en continu lors de ces trois jours bien remplis - ayant vu défiler, entre autres, le névrosé Reverend Beat-Man, le méticuleux Howe Gelb, les furieux Datsuns, les référencés Camera ou encore les synthétiques Trvst en remplacement des Germains de Stereo Total, malades - il apparaissait presque inconcevable de ne pas retranscrire par l'image le concert d'Anika. Nos valeureux duettistes de Kagda, bravant l'obscurité de la salle, s'y risquèrent en prémice à la sortie en avril prochain d'un remarquable EP sur Stones Throw.

Vidéo

Audio


Ian Curtis (80-010)

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Cette semaine on a fêté, et c'est peu de le dire, les 30 ans de la disparition (que rajouter ici comme synonymes, éminemment tragique peut-être, anormalement évidente sans doute) de Ian Curtis, mythe indépassable s'il en est avec Kurt Cobain et Nick Drake du chanteur aliéné par son propre génie. Beaucoup d'entre-nous n'étions pas encore vivants, trop jeunes ou tout simplement pas au fait de l'actualité culturelle de Manchester lorsque le chanteur fut décidé à résumer sa courte vie par un geste que lui seul pouvait considérer comme salvateur ; nous obligeant ainsi à appréhender son œuvre post-mortem l'oreille toujours portée vers le passé et ce sentiment frustrant de finitude absolue, avec comme posture possible celle de l'homme devant rendre hommage. Mais que dire de plus qui n'ait pas déjà été dit. Alors que certains, Peter Hook le premier, s'acharnent à vouloir invoquer l'esprit de l'idole pour remplir salles et festivals - entreprise vouée à l'échec artistique puisqu'on ne peut rendre à une œuvre désincarnée sa forme auratique - nous avons décidé de vous faire réentendre quelques morceaux captés en décembre 79 aux Bains Douches, six mois avant la disparition du leader de Joy Division, afin d'au moins rendre faussement proche cette histoire de plus en plus lointaine et de rendre et laisser aux morts ce qui leur appartient.

Audio

Joy Division – Shadowplay (live)
Joy Division – A Means To An End (live)
Joy Division – 24 Hours (live)
Joy Division – Love Will Tear Us Apart (live)


On y était - Jackie O'Motherfucker / Jeremy Jay

Jackie O'Motherfucker et Jeremy Jay, Route du Rock Session, 22 février 2010, Café de la Danse

Ce lundi soir crachotant, pas vraiment remis d'un week-end à cent à l'heure, entre déluge électrique (Chokebore) et orgasmie dancefloor (Desire, Glass Candy), je me prends à compter mes heures de sommeil sur les doigts d'une main quand Jeremy Jay nous rejoint. A l'occasion d'une session organisée par la Route du Rock, qui étrennait sa cinquième collection hivernale du 19 au 21 février, le dandy à la mine blafarde partage l'affiche avec les Américains de Jackie O'Motherfucker. Une drôle d'affiche, car mis à part leur stakhanovisme discographique respectif, peu de choses réunissent les deux formations. Jeremy Jay n'était d'ailleurs pas de la programmation festivalière. Dans l'immédiat, on s'en grille une avant de prendre la direction du Trucmush, un troquet sympa non loin du Café de la Danse. Bien aidé par Fab et Nadia - pour le coup, je n'ai eu qu'à siffler l'happy hour - Jeremy répond à nos questions avec une certaine bonhomie. Sirotant son Perrier menthe, il veut nous parler de Splash, son futur disque, qu'il annonce sous des hospices plus lo-fi que les deux précédents A place where we could go (2008) et Slow Dance (2009). Délaissant les années quatre-vingt et une cold-wave dont il extirpait avec nonchalance un groove suranné mais diablement efficace, le trentenaire au visage de jouvenceau s'attaque désormais aux nineties de Pavement et Sonic Youth. Au dépouillement d'une guitare sèche matinée de claviers succède l'abondance sur disque et sur scène de deux guitares électriques. Cause, conséquence, il n'a pas de guitare adéquate pour satisfaire notre invitation à s'exécuter en acoustique pour nous, rien que pour nous... et notre rédac chef (qui télécommande cette entrevue de son Doubs d'élection). Notre caméra a d'ores et déjà repris rendez-vous avec le jeune homme : cette Hardy session doit se faire.

La nuit s'immisce paresseusement dans l'étroit passage Thière provoquant une molle stupeur de cadran : les horaires du Café de la Danse ne sont pas ceux de ma pendule interne déglinguée. Sans révolte, je prends mes cliques et mes claques et je me traîne sous une pluie fine et revigorante. 19h30, je me retrouve seul, le cul vissé sur l'un des fauteuils que compte ledit Café. Les Jackie O'Motherfucker sont déjà en piste. J'ai loupé deux morceaux, à savoir : la moitié du set...

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Je ne vais pas vous la faire : je connais autant Jackie O'Motherfucker que je suis resté sobre ce foutu week-end... et ce malgré leurs seize années d'existence pour à peu près autant d'albums pondus. Avec un nom pareil, on peut s'attendre à tout. Le groupe d'abord : fondé autour du multi-instrumentiste Tom Greenwood et du saxophoniste Nester Bucket, JOMF a mué sous la forme d'un collectif à géométrie variable en fonction de divers projets discographiques. Musicalement, si l'on fleurte avec les paysages sonores des canadiens de Godspeed You! Black Emperor, les JOMF contractent un refus quasi systématique d'emballer leurs divagations psychés sur une rythmique échevelée. La science improvisée de la retenue, de la frustration sinusoïdale, voilà ce que nous offrent les membres présents de JOMF. Ces derniers cultivent un style très olympique d'hiver. Les quatre trappeurs arborent presque tous d'inquiétantes chemises à carreaux, le visage serti d'imposantes binocles que l'on jure incassables. Le temps de me demander quelle distance sépare l'Orégon de Vancouver - sans doute une blinde - que la batterie, discrète, tout en cymbales, effeuille progressivement l'appréhension d'un public venu s'enquérir en masse du grand blond. Fatigue aidant ou pas, je m'accommode sans effort d'une virée cosmique de bon aloi, fermant les yeux tout en laissant mes sens s'éprendre de cette vaporeuse déferlante de guitares atmosphériques triturées de pédales d'effets. Insaisissable dans sa forme, la musique des Jackie O'Motherfucker fait étale, même pour le novice que je suis, d'une formule addictive de bonne facture. Une étreinte versatile et fuyante telle une caresse rêvée. Un peu plus et je m'endors sur les genoux de mon voisin... Et pas de rappel. Logique : ce serait repartir pour vingt minutes. Le public n'est pas prêt à ça. Avec regret je vois une jeune fille s'assoir à ma droite : ses genoux ont l'air très confortables. Je me console encore aujourd'hui avec la captation live de Saint-Malo qu'Arte.tv propose sur son site :

Jeremy Jay pointe le bout de sa mèche bien coiffée. Son groupe est composé quasiment des mêmes musiciens qu'au dernier concert de l'échalas quatre mois plus tôt à la Maroquinerie. Ce qui est de mauvais augure tant celui-ci avait été aussi éprouvant pour les oreilles que pour les guiboles. Au moins là, on est assis. JJ trône au centre de la scène, entouré à sa gauche par un second guitariste aux cheveux rabattus sur le visage et à sa droite par un bassiste dodelinant expressivement de la touffe. Seul le batteur est nouveau : on s'excusera donc pour lui de ses approximations. Ses musiciens, rencontrés ici et là, sont payés à la date : leur je-m'en-foutisme et leur turn-over n'a donc rien de très étonnant, les cachets n'étant pas mirobolants ma petite dame... JJ entame pied au plancher un set mariant classiques de son répertoire et morceaux de Splash à paraître le 25 mai (K Records / Differ-ant). Malgré une voix réverbérée retrouvée, n'ayant pas à ferrailler avec des saturations crasses malvenues, un malaise subsiste : ses antiennes d'alors perdent de leur spontanéité à deux guitares quand les nouveaux morceaux sont par définition méconnus d'un public légèrement amorphe (encore un coup de Jackie ça...). JJ enchaîne plus vite que la musique, essayant, en vain et malgré sa timidité apparente, de briser la glace (Breakin the Ice est joliment exécuté). Le faux dadet sautille, mais on sent qu'il n'y est pas. C'est donc dans son répertoire pêchu qu'il excelle tant bien que mal, envoyant valdinguer un Gallop de haute volée. Preuve en est que le garçon a du talent, mais que celui-ci est décalqué sur scène telle une ébauche floutée de ses compositions. Car, merde, j'ai pourtant écouté Splash... et je ne reconnais là, de façon évidente, que deux ou trois morceaux dont As You Look Over The City et Whispers Of The Heart. Pas les plus dégueulasses d'ailleurs.

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En le contemplant finir sont set comme ses morceaux, en les bâclant sur les entournures, je me demande si après Slow Dance, Jeremy n'aurait pas eu besoin d'un peu de "vacances créatives". Une interdiction de composer ou de toucher une gratte pendant six mois ou quelque chose comme ça. Une façon de se retrouver et de rassembler ses bonnes idées. Mais bon, il faut bouffer et séparer le grain de l'ivraie ne semble pas être sa priorité. Dommage, car à trop vouloir en faire on tue le savoir-faire. Le sien, auparavant cristallin, joue dangereusement avec le sens commun et risque à un moment ou un autre de faire un beau Splash. C'est facile je sais, mais comme à la Maroquinerie, après une heure de concert, la salle se vide avant même le rappel. Comme on dit : qui aime bien châtie bien. Et souhaiter du repos à quelqu'un ce n'est pas la mort.


On y était - A Psychedelic Night

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A Psychedelic night : Kill for Total Peace & Friends avec Os’Cultus / Antilles /Chicros / Kill for Total Peace, Paris, Le Point Éphémère, 11 février 2010

accédez directement à l'interview de Kill for Total Peace

Avant d’être un terme tellement utilisé pour désigner les années hippies et usé pour pointer du doigt les utilisateurs de psychotropes hallucinogènes, le mot psychédélique a été inventé afin de retranscrire l’état d’éveil du subconscient. L’étymologie du mot signifiant « révélateur d’âme ». Ce terme, nous le devons a priori à un psychiatre, lors d’un de ses échanges avec le non moins célèbre écrivain du Meilleur des mondes, Aldous Huxley, selon la bible des bibles : Wikipédia. Alors si on trouve une certaine affiliation chez Pan European à un mouvement rock dont on attribua les expérimentations à l’usage du LSD on reconnaîtra également cette démarche de tenter de repousser plus loin les portes de la perception d’un auditeur trop souvent au bord de la neurasthénie. On n’est pas médecin au Point Ephémère, attention, mais on ne vous nourrit pas le cerveau avec de la soupe en sachet, et cette nouvelle Psychédélic Night de nous le prouver…

Le premier à grimper sur les planches est le blackbird David Spher’Os, qui lâche un moment les vibes transcendantales d’Aqua Nebula Oscillator pour se fourvoyer de plain pied dans le côté obscur. Si on ne connaît pas grand-chose du side-project occulte du grand manitou d’ANO, celui-ci ne va pas mettre longtemps à consigner les avis. Le moteur ronronne sévère, et soulève la poussière, pas d’embardée, puissance maximale, et on sort le garage façon heavy. Os’cultus met une râclée à son public, et la joue nous en pique encore. Riffs électriques dont le courant parcourt chaque centimètre de ma peau. C’est violent, c’est brutal, et ça pulvérise mes sens. Le groupe joue son rôle messianique dans cette grande messe noire qui se veut l’apologie d’un rock hystérique et satanique. On applaudit des moignons.

Antilles prendra la relève et attise toutes les curiosités… Aucune info ne circule sur le groupe, ils sont totalement transparents sur la toile et de l’aveu même de D.Gage rencontré quelques heures plus tôt, ils n’auraient aucune actualité… Je dois dire que c’est bien dommage. Le concert commence par cinq bonnes minutes de cacophonie, avant que le trio s’accorde dans une montée tribale hypnotique qui n’aura de cesse de captiver l’auditoire tout au long de leur prestation. La comparaison vous semblera sûrement pourrie, mais je me suis senti transporté dans le sanctuaire de Scion, en plein milieu de cette trilogie imbuvable qu’est Matrix… Vous vous rappelez, la scène des festivités au début du second épisode. Déchaînement aliénant pour aliénés. La perte de repères sensoriels, les yeux à moitié révulsés, le corps convulsé par la transe… Tous ces facteurs réunis qui vous transportent dans un état de bien-être absolu, le corps parcouru d’électrochocs saccadés. Dommage que le dernier morceau ait évolué vers un marasme noise bordélique, extirpant le public de son extase et le détournant de l’orgasme musical final. Reste que l’on surveillera de très près les futures activités de ces étranges manipulateurs de perceptions.

C’est un peu tendu que j’attends la venue de Los Chicros. Le groupe mené avant tout par Philippe Monthaye et Mathieu Warsky (claviériste chez Turzi) m’avait auparavant déçu par sa facette trop lisse et son côté bon enfant. Pourtant, on me rassure, le combo a durci le ton et sonne désormais plus sec. Et me voilà donc euphorique dès les premiers morceaux qui envoient du pâté et décollent le papier-peint. Dans la foule j’entends alors des bêlements et des piaillements, j’aurais dû voir les choses venir… Dès la troisième chanson, la pop reprend le dessus et l’énergie se métamorphose en accalmie, ce qui a pour résultat d’ankyloser mes jambes et de les ancrer bien profondément dans le sol du point FMR. Les mélodies me transpercent sans me transcender, me traversent sans me renverser… Au final, rien n’a vraiment changé, Los Chicros paye en monnaie de singe et je reste l’âne bâté…

Il se fait déjà bien tard lorsque la lumière de la salle tombe enfin. On ne va pas non plus se mentir, le clou du spectacle c’est eux. Qui ? Les enthousiasmants Kill for Total Peace. Pourtant chacune de leur entrée sur scène dégage une impression d’inquiétude. Cette froideur, l’engouffrement des ténèbres qui enveloppe la salle, la rythmique synthétique de Captain America, l’écran géant qui envoi des images détournées de bombardiers, puis la voix de D.Gage qui suit une mesure quasi-militaire glace le sang. Je me retrouve alors en parfaite catalepsie alors qu’Oliver se déchaine sous le stroboscope et que la lumière blanche m’aveugle, m’hypnotisant totalement alors que sur scène s’est déchainé une vague frénétique emportant tout sur son passage. Les cinq membres s’unissant autour de deux syllabes : Kill For… L’entité se confond au tréfonds de l’obscurité apparaissant par larsens et échos. Je savoure chaque note, chaque mot, chaque geste de ce qui ressemble le plus à mes yeux comme la renaissance de la période manquée de la grande Madchester. La symbiose parfaite d’un rock acid, au folklore primitif, s’alliant à des sonorités électroniques post-modernes et avant-gardistes.

Cependant erratum sur la narration, votre reporter aura quitté la salle un peu trop tôt bien qu’il l’ait regretté… Il était donc juste de rétablir la balance, et d’établir la lumière sur les événements rapportés par notre cher Intra Moros. Hélas Etienne Jaumet n’aura pas eu le plaisir de monter sur scène. Une vive dispute éclatant pour un malheureux joint du côté de la batterie, le plateau aurait sombré dans le chaos, laissant les spectateurs frustrés et échauffés devant la tension qui régnait sur la scène. Devant le ton ultra borderline, l’organisation du point FMR aurait préféré mettre un terme à la soirée avant que ça n’aille trop loin. Qui a dit que Kill For Total Peace n’étaient pas Rock’n’roll ? La revanche sera donné le 17 Mars à l’International, votre narrateur y sera, il leur doit bien ça…

Photos

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Kill for Total Peace l'interview

killfor

Bien avant que la nuit ne soit échaudée, je débarque frais et enjoué dans le bar du canal à l’idée de poser quelques questions aux petits prodiges du jeune label parisien Pan European. Je croise Arthur qui revient tout juste de Dakar où il a suivi Koudlam, suivant le dauphin dans son escalade scénique inter-planétaire. Il m’accompagne à l’étage où le groupe est en train… de dîner… Sourires francs, bonne humeur, blagues… C’est pas du tout ce que j’avais prévu, me voilà assis au milieu d’une bande de potes prêts à faire la teuf. Ce sont eux au final qui m’harassent de questions… Attention, entretien cocasse…

Comment se sont rencontrés les musiciens de Kill ?

D.Gage : Ca a commencé parce que je travaillais dans un magasin de disques, Intra est venu ensuite bosser un moment avec moi, il avait toute une bande de potes et voilà…

Intra Moros : Je connais les autres membres depuis le lycée, à part Wolfgang qui nous a rejoints au moment de l’enregistrement de l’album. Et maintenant on a un vrai Line-up complet…

Laden : Mmmmhhh… Excellentes ces carottes…

Qui compose dans le groupe ?

D.Gage : Intra Moros compose essentiellement la musique, alors que je m’occupe plus exclusivement des paroles. Mais il arrive qu’on le fasse ensemble également.

Intra Moros : C’est la base, mais on va continuer de construire autour tous ensemble.

Quel est la recette ou l’ingrédient secret de l’originalité de la musique de Kill ?

Wolfgang : Le mix ?

D.Gage : Ouais, un peu… On essaye aussi du classique… On créé notre propre son, tout en se servant de nos propres influences. On est tous inspirés par plein de styles de musique, on a tous acheté beaucoup de disques, on écoute beaucoup de musique, on a des influences à droite et à gauche…

Intra Moros : Chacun joue dans différents groupes donc chacun amène son identité propre…

Ressentez-vous le même engagement que les groupes psychés des 70’s ou est-ce pour vous plus un plaisir de jouer, ou de rendre hommage à cette culture ?

D.Gage : A la base c’est plus un plaisir de jouer…

Laden : On n’est pas des vrais marginaux en fait. Dans 70’s les mecs prenaient les instruments pour revendiquer des trucs…

D.Gage : Tu ne veux pas la fermer (rires).

Laden : Nous quand on fait de la musique, ce n’est pas un hommage mais c’est plus pour se sentir vivre. Pour ne pas se faire chier.

D.Gage : Non c’est réellement un plaisir de faire de la musique, on n’a à aucun moment pensé à l’engagement.

Intra Moros : Et puis les groupes psychés n’étaient pas forcement engagés.

D.Gage : On ne peut pas changer le monde avec notre musique, tout ce qu’on peut espérer c’est qu’un maximum de monde l’écoute. Après je dis ça, je ne dis rien (rires).

Vous actualisez malgré tout le rock psyché et dans le bon sens du terme. Pensez-vous que la fusion revienne à la mode, sous une forme différente ?

Intra Moros : On ne se considère pas vraiment comme psyché, je crois qu’on serait sorti sous un autre label, personne ne nous aurait catégorisés comme ça. On a un côté nettement plus garage.

Laden : Si tu regardes bien, sur Pan European il y a des groupes plus psychés que nous…

D.Gage : En fait, justement sur Kill for, il y a énormément d’influences. Il n’y a pas que du psyché. Il y des effets sur les instruments, c’est sûr : des échos, etc…

Intra Moros : Sachant qu’on a plus écouté de la musique des années 90 que du rock psyché.

Vous m’avouerez que vous sonnez quand même plus psyché que le dernier ANO qui est lui vraiment ultra garage?

Laden : Le dernier quoi, pardon ?

hartzine: Aqua Nebula… Under the moon of.

D.Gage : Ah oui… Oui, c’est sûr. Je crois que tu as raison, on ne renie pas le côté psyché, mais il n’y a pas que ça. Tu trouveras par exemple du dub, même si je n’aime pas trop le revendiquer, mais certaines mélodies s’en ressentent. Il y aussi de l’électronique… Donc nous ne sommes pas un groupe psyché mais faits de multitudes d’influences.

Intra Moros : L’effet scène donne peut-être aussi cette impression. C’est vrai que la musique s’envole peut-être un peu plus en concert que sur le disque. Mais la musique psyché à connotation super vaste, de groupes hippies californiens foireux à des trucs électroniques de l’époque qui en appellent à ton cerveau… Tu as des trucs des 50’s que l’on peut considérer comme psyché… De la musique classique aussi. Et nous on a plus écouté des trucs nineties comme Sonic Youth…

D.Gage : Mais moi, je n’ai pas écouté de truc 90’s, en tout cas pas tout de suite… C’est plus des anciens trucs du Velvet, ce genre de choses… Tout ce qui est Sonic Youth, Sebadoh, c’est venu vraiment beaucoup plus tard.

Intra Moros : Donc ce côté psyché, on l’a mais sans le vouloir en fait.

Je trouve qu’il y a un esprit culture US qui se dégage de vos lyrics, quelles sont vos passions à part la musique ?

Laden : Moi perso, c’est la géographie…

Intra Moros : C’est psyché la géographie

D.Gage : Ah mais attends… Je cherchais… Mais bien sûr… Le vin.

Le vin ?

Intra Moros : Louie Louie c’est l’Espagne.

D.Gage : Ah j’adore le vin et justement j’aimerais monter un bar à vin.

Laden : C’est Psyché…

D.Gage : Ouais, un bar à vin un peu psyché.

Louie Louie : Le vin, c’est totalement psyché… Après ça dépend ce que tu mets dedans.

Intra Moros : Moi ma passion c’est la clope… Après on va te faire les clichés : le cinoche, la lecture…

D.Gage : Les sorties entre amis… Sans le vouloir l’alcool joue une énorme partie dans notre vie… La musique et l’alcool… Et même si tu ne le veux pas toujours, c’est toujours là. Mais moi ça reste particulièrement le vin.

Laden : Wolfgang lui a une grande passion qu’on appelle la dope (Fou rire).

Wolfgang : Totalement passionné.

Et euh tu étudies en fait…?

Wolfgang : Non, je teste.

Ca a un petit côté psyché…?

Wolfgang : Non, pas vraiment… C’est plutôt scientifique en fait (rires).

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ?

Intra Moros : Nirvana… Syd Matters…

D.Gage : Arrête…

Laden : Bah non… Nirvana pareil… Quand on avait 13 ans, on matait en boucle les vidéos de Nirvana…

D.Gage : Non, la motivation c’est plus les mauvais groupes… Tu vois un mauvais groupe et immédiatement ça te donne envie de jouer.

Intra Moros : Du coup on est influencé par tellement de groupes dont on ne pourra pas te donner le nom car ils sont tellement pourris (rires)…

D.Gage : Et il y en a beaucoup en France en ce moment… Non des bons groupes… En fait c’est plus un groupe dont tu n’auras pas envie de monter sur scène après. Mais on se sent plus influencé par les groupes de merde (fou rire).

Et quels sont les groupes après qui vous flipperiez de passer ?

Général : Motorhead.

Intra Moros : Il y en a aussi beaucoup, il faut être réaliste. Même si a priori, il n’y a aucune raison… Mais quand même Motorhead…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

(personne n’arrive à s’entendre sur la question…)

Intra Moros : 67, 68, 69…

D.Gage : Attends redonne-moi la question s’il te plaît…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

D.Gage : J’espère que tout reste encore à écrire, sinon ça rendrait tout tellement déprimant…

Intra Moros : Il y a quand même une époque où les codes ont éclaté, et qui permettait aux musiciens d’aller là où ils voulaient.

Laden : Je dirais le début du rock’n’roll… Maintenant on se trouve dans une période de constants revivals décennie après décennie… On peut se poser objectivement la question si tout reste encore à écrire ou si tout est recyclé…

D.Gage : Je pense qu’il reste encore des choses à créer, sinon ça ne servirait à rien que l’on fasse de la musique.

Intra Moros : Cela dit, il y a quand même une époque qui marque un changement que ce soit dans la littérature, dans le cinoche… Je lis actuellement un bouquin sur les Beatles et qui parle de ça justement.

Louie Louie : Il ne faut pas croire que le changement ce sera de voir des mecs faire de la musique en tapant sur une casserole, et jouant sur une gratte pourrave… Autant faire ça chez toi, dans ta piaule, avec des instruments pourris…

D.Gage : Euh… Mais tout à l’heure tu m’as dit qu’il y avait une culture US, et surtout dans les paroles… Qu’est-ce qui t’as fait penser à ça ? On n’a pas cette connotation, surtout que je suis Anglais à la base…

C’était en rapport au titre Captain America sur Kill For, et la répétition de Superman dans Smokes sur l’album de One Switch to Collision?

Intra Moros : Exact… et De Niro aussi.

D.Gage : (Rire) Smokes ? C’est sur mon frère. Mais c’est cool, on a enfin trouvé quelqu’un qui écoute les paroles.

J’ai pensé que vous aviez peut-être une culture comics?

D.Gage : Bah oui forcément, j’essaye d’être un super-héros et je veux sauver le monde.

Bon continuons vers la dernière question…

Général : Oh non… non ! (Rires)

Non, mais ne vous inquiétez pas on vous fera une interview par concert… Mais cela dit ma question ne porte pas sur Kill, puisque j’ai entendu dire que One Switch pourrait revenir sur le devant de la scène…

Laden : Intox… Intox…

D.Gage : Qui est-ce qui t’a dit ça ?

(Je sifflote)

D.Gage : Pour l’instant on ne sait pas, on finit 3 morceaux. On les sortira peut-être en 45 tours. Mais on reste focalisé sur Kill for Total Peace. One Switch reste un peu en pause, mais on ne sait jamais.

Intra Moros : Plus pour un délire de potes à la campagne, mais pour l’instant aucun album de prévu. Mais cela dit tu es peut-être mieux informé (rires).

D.Gage : Nan mais c’est marrant, t’as vraiment entendu ça ? En tout cas si tu as des news, dis-le nous quand même (fou rires)….

Akitrash

Prins Thomas – Live at Robert Johnson

prins_thomas-live_at_robert_johnson1L'exercice du cd mixé, trace d'une prestation live en club, est une tache ardue : sa conception équivaut à un travail d'alchimiste ayant pour but de résoudre la difficile équation efficacité dancefloor/ affirmation de choix personnels. A ce jeu beaucoup s'y perdent soit en faisant ce que chaque gugusse armé d'une connaissance pointue de la blogosphère peut faire (aligner des titres sans saveurs) soit en s'enfermant dans l'autisme musical au nom d'une érudition mal placée. En choisissant Prins Thomas pour sa deuxième livraison (la première ayant été confiée a la sensuelle chloé), le Robert Johnson insuffle une coloration post-disco à sa petite entreprise. Post-disco? Encore un terme pompeux... Pour faire simple, on pourrait ramener ça à une génération de trentenaire ayant pris (trop?) au sérieux la vague « cosmic-sound » 70's, mouvement musical au frontière d'une multitude de genres (electro, disco, funk, psyché, krautrock, jazz, expé) et à l'imagerie reconnaissable entre mille (invitation au voyage interstellaire et ce genre d'illuminations). Le résultat sonore est franchement impeccable. Ni trop nostalgique, ni trop visionnaire ce mix a pour grande qualité de tracer une ligne droite entre Massiera et Villalobos, James Yuill et Sebastien Tellier en laissant entrevoir une forme de « dépendance » sonore entre chaque piste (qualité première d'un mix me semble-t'il). 1 heure et 16 minutes de musique pour un rendu compacte aux dispersions multiples, c'est la tout le paradoxe.

Nicolas

Tracklist

PRINS THOMAS – Live at Robert Johnson (Robert Johnson Office, 2009)

01. A Very Small Intro
02. Arpadys - Funky Bass (Idjut Boys Version)
03. Cage & Aviary - Giorgio Carpenter
04. Capracara - King of Witches (Rub N Tug Remix)
05. Trans Am - First Words
06. Map of Africa - Wyatt Urp
07. Bjørn Torske - Kokt Kveite
08. Käre & The Cavemen - Gallery Oslo
09. Babytalk - Chance (Babytalk Remix)
10. Frankie Valentine - Zumbi (Isoul8 Remix)
11. Low Motion Disco - Love Love Love (Still Going Remix)
12. James Yuill - This Sweet Love (Prins Thomas Re-Edit)
13. Dogs Of War - Le Stress
14. Cos/Mes - Build The Band
15. Ricardo Villalobos - Waiworinao
16. Anarchic System - Generation (Long Version)
17. Argy & The Mole - Cantstandlovegetaway
18. Martin Circus - Disco Circus
19. Opolopo - I Do (Domu Discotech Mix Ð Intrumental)
20. Acid Test - Test 1
21. Mathew Jonson - Followed By Angels
22. Samos - Alpha Storm (Original)
23. Sébastien Tellier - Sexual Sportswear
24. Closer Musik - Maria
25. Lindstrøm - Contemporary Fix (Bjørn Torske Remix)
26. Steel an' Skin - Afro Punk Reggae (Dub)
27. A Very Small Outro