Liars - Mess

Petit événement dans ma mailbox, le nouveau Liars, Mess - à paraître le 24 mars prochain toujours sur Mute Records - m'attend tel un jouvenceau avide de se faire déflorer. Autant dire les choses crûment, je branche mon casque et prépare l'écoute de la même façon que lors de la réception du dernier Sasha Grey - un paquet de mouchoirs, une bière bien fraîche et le paquet de clopes à portée de main. On parle quand même de la bande d'Angus Andrew, celle dont on ne cesse de ressasser le génie, que ce soit pour ses deux ultimes efforts - le ferrailleur Sisterworld (lire) et le synthétique WIXIW (lire) - que pour l'ensemble de leur sinueuse discographie (lire) entamée en 2001 avec They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top. Et dès cette fatidique première écoute on sent poindre l'agitation médiatique sur les couvertures des magazines telle une traînée de tâches jaunâtres sur le canapé d'un célibataire endurci : un onanisme presque contrit, morne et éculé car dénué de toute excitation primesautière. Le constat est violent mais évident, dire le contraire ne pouvant qu'intimer l’allégeance. Plutôt que d'assener le boulard sensoriel habituel, aussi affriolant qu'inattendu, Mess - pourtant si bien pitché par l’érectile single Mess On A Mission (lire), conjuguant beats dopaminés et vocalises trippées, le tout sustenté de relectures signées Silent Servant, SFV Acid, Black Bananas et Nest Of Teens - n'est pas sans rappeler ce rendez-vous implacablement nauséeux à huit heures du matin où, pour vérifier la nature de sa semence, l'on se retrouve placardé dans un box exigu - la queue dans une main, un gobelet en plastique dans l'autre - avec un film X rappelant combien les codes esthétiques de l'érotisme peuvent évoluer d'une décennie à l'autre. Et cette télécommande que l'on ose à peine effleurer de dégoût.

Liars

L'entrée en matière de Mess en est presque flippante : pas un mais trois titres eurodance sauce spaghetti, dont il ne se dégage rien sinon cette étrange impression de vide abyssal à peine masqué par la répétitive machinerie rythmique éviscérant une bassline linéaire de toute imperfection. On se dit que baiser sous MDMA confère le même vil plaisir à mesure que le chant d'Angus s'arnache péniblement à cette mouise incongrue : on imagine celui-ci tenir le micro en pleine séance de gym tonic. Pro Anti Anti donne enfin du grain à moudre, sonnant telle une face B d'WIXIW - ce qui n'est déjà pas si mal -, impression vite sapée par l'indigeste balade Can’t Hear Well, tout juste bonne à émouvoir un eunuque en plein délire phallocratique. L'instrumentale Darkslide, qui succède à la précitée Mess On A Mission, grossit quant à elle l'obsession de ces mecs troquant guitares contre synthétiseurs : ça vivote, ça tripote, mais ça capote contre un mur d'inutilité. Comme si on en avait quelque chose à foutre de la vie du Thom Yorke d'après Radiohead, ou du Radiohead d'après Kid A. S'ensuit une cohorte de morceaux entonnée par Boyzone dont la seule échappatoire tient dans l'acceptation d'un long voyage jusqu'au bout de l'ennui : lorsque l'ultime boucle de Left Speaker Blown retentit après sept interminables minutes de rabâchage, consécutives aux neuf précédentes de Perputual Village à peine plus folichonnes, on se sent libéré de cette pression qu'engendre le dernier kilomètre sur tout marathonien. Bordel. Si l'on ne sait à jamais quoi s'attendre avec les trois Liars, cette fois, c'est à du gros n'importe quoi sous toutes ses formes - ce qui est déjà un art en soi -, sorte de pénible digestion sous Xanax après un lendemain d’excès en tout genre. Les quelques spasmes extirpant Mess de sa torpeur n'y changeront rien : on peine à imaginer l'album singé sur scène. Dur.

Audio

Tracklisting

Liars - Mess (Mute Records, 24 mars 2014)

01. Mask Maker
02. Vox Tuned D.E.D.
03. I’m No Gold
04. Pro Anti Anti
05. Can’t Hear Well
06. Mess On A Mission
07. Darkslide
08. Boyzone
09. Dress Walker
10. Perpetual Village
11. Left Speaker Blown


Liars - Mess On A Mission (Silent Servant Remix)

LiarsLes trois Liars ont surpris leur monde en balançant l'info comme on saute à pieds joints dans une flaque d'eau : après le très synthétique WIXIW (lire) paru en 2012, et dans le prolongement de leur incontrôlable discographie (lire), le groupe, emmené par Angus Andrew, dégainera le 24 mars prochain un nouvel album, Mess, toujours sur le label de Daniel Miller, Mute Records. Derechef, le single Mess On A Mission, révélé fin janvier, envoyait paître toute sérieuse prédiction quant au contenu de l'album - ce dernier ayant quand même quelques airs de Plaster Casts Of Everything, la paranoïa en moins. Devançant l'album d'une dizaine de jours, le maxi Mess On A Mission sortira lui le 17 mars et sera composé de moult relectures dont celles de Silent Servant, SFV Acid de 100% Silk, Jennifer Herrema de Royal Trux sous le patronyme de Black Bananas et des Australiens de Nest Of Teens. Afin de mettre tout le monde d'accord, s'agissant de l'intérêt de l'objet à la pochette gentiment bariolée, le premier d'entre eux a été révélé pas plus tard qu'hier. Et forcément, l'hyperactif Juan Mendez n'y va pas par quatre chemins pour sustenter la décharge d'adrénaline originelle.

Audio

Tracklisting

Liars - Mess (Mute, 24 mars 2014)

01. Mask Maker
02. Vox Tuned D.E.D.
03. I’m No Gold
04. Pro Anti Anti
05. Can’t Hear Well
06. Mess On A Mission
07. Darkslide
08. Boyzone
09. Dress Walker
10. Perpetual Village
11. Left Speaker Blown


Liars - WIXIW

Tel l'éphèbe se refusant à jouir de ses ultimes conquêtes, les trois Liars contrecarrent systématiquement leur précédent effort discographique dans leur quête d'horizons inviolés. Une manie quasiment ritualisée médiatiquement, l'ensemble du landerneau musical ayant été préparé à la mue électronique du trio via une mise en scène filmée et orchestrée via sa maison de disques, Mute Records (voir) - Daniel Miller, père fondateur dudit label, s'occupant par ailleurs de la production de WIXIW, sorti le 4 juin dernier. Ainsi, de Sisterworld (lire), de sa violence incertaine vertébrée de guitares acérées, il ne demeure rien, ou si peu, hormis cette liberté artistique toujours infinie. Et si Angus Andrew justifiait auparavant la cyclothymie stylistique du groupe par ses déménagements géographiques successifs (lire), impossible d'appréhender la rupture avec Sisterworld de la sorte, les deux disques ayant été conçus au même endroit - à Los Angeles - par la même personne, Tom Biller. En fait, l'ambivalence entre le ferraillage en règle de Sisterworld (Scarecrows On A Killer SlantThe Overachievers) et la nébuleuse synthétique de WIXIW n'est pas étrangère à Sisterworld lui-même, album qui fut, dès sa sortie, remixé par une pléiade d'invités parmi lesquels Thom Yorke (Radiohead), Tunde Adebimpe (TV On The Radio) et Bradford Cox (Deerhunter). Soit autant d'artistes ayant prononcé, au sein de leur groupe respectif, l'oraison funèbre des six cordes. Radiohead justement : le groupe coule dans toutes les encres s'agissant de WIXIW. Au-delà de la symbolique d'un album de transition vers les monts et merveilles du "post-modernisme rock" - où les guitares ne sont plus qu'un artifice dans les textures mélodiques - un morceau comme Octagon semble en effet posséder un lien de parenté subliminal avec l'atmosphérique Everything In Its Right Place des Anglais. Mais après, quel parallèle sinon la curiosité insatiable d'un groupe, toujours en transit, préférant dérouter son public qu'enraciner son savoir-faire, s’adonnant sans réserve l'espace d'un disque aux synthétiseurs et sa méthode d'enregistrement corollaire, exclusivement numérique, jusqu'alors inabordée ? Aucun et c'est tant mieux.

Au-delà de ce contre-pied momentané, ce qui frappe ce n'est pas tant l’aréopage technologique sinon la différence de ton et d'univers qu'implique WIXIW vis-à-vis de ces illustres prédécesseurs. Le chaos - engendré par les ébauches et relectures punk-dance (They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top), light-indus (They Were Wrong, So We Drowned) ou post-krautrock (Drum’s Not Dead) - laisse ici place à un monde ordonné, pacifié, débarrassé de tensions et de toute sauvagerie. Une folie de plus pour un groupe renégat, ou le sacrifice conscient d'une agressivité consubstantielle et instinctive sur l'autel d'une quiétude bardée d'électronique. Le fond et la forme font alors corps dans l'expression d'une volonté artistique toute entière tournée vers le résultat et non plus l'expérience en tant que telle. Et des formes définitives, péremptoires et exécutées telles quelles sur scène, WIXIW en recèle tout autant qu'il ne comporte de morceaux, des luminescentes ballades suspensives (Annual Moon Words, The Exact Colours Of Doubt, Who Is The Hunter), aux émanations dancefloor (BratsNo.1 Against The Rush), en passant par la sophistication d'incantations contemplatives (Flood To Flood, A Ring On Every Finger). Seuls deux indices trahissent cette sérénité faillible, susceptible d'imploser dès la moindre saute d’inclinaison. Si Angus ressasse en toute fin de la patibulaire Ill Valley Prodigies l’assertion Never come back, cette dernière fait écho à la glaçante Can you hear us ? de Grown Men Don’t Fall In The River, Just Like That (They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top). Un frisson parcourt le dos, d'autant plus angoissant que le morceau-titre WIXIW insinue, de par son ambiance délétère, que l’apaisement jusqu'ici affiché n'est qu'une passade, une couardise, préparant au déluge. Pour aujourd’hui ou pour demain, des Liars, on n'en attend pas mieux.

crédits photo : Nada

Audio

Vidéo

Short films

Remix

Mixtape

Field Day Mix x the Quietus

01. Basic Channel - Enforcement
02. Wire - Ahead
03. S.P.K. - Contact
04. DAF - Kebabtraume
05. Robert Rental - ACC
06. Clock DVA - Consent
07. Einstürzende Neubauten - Yü - Gung (Adrian Sherwood Mix)
08. The Leather Nun - No Rule
09. The Legendary Pink Dots - Ideal Home
10. Herb Alpert - Rise

Tracklist

Liars - WIXIW (Mute / Naive)

01. The Exact Colour Of Doubt
02. Octagon
03. No.1 Against The Rush
04. A Ring On Every Finger
05. Ill Valley Prodigies
06. WIXIW
07. His And Mine Sensations
08. Flood To Flood
09. Who Is The Hunter
10. Brats
11. Annual Moon Words


On y était - Soy Festival - Spectrum, Tame Impala & Liars...

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Soy Festival - Spectrum, Tame Impala & Liars, dimanche 31 octobre 2010, Le Lieu Unique, Nantes.

Hier soir, dimanche, jour d’Halloween, c’était le dernier soir du Soy festival, festival de musique indé à Nantes.

J’étais pas super motivé pour y aller. Deux soirs que je sortais plus, une espèce de fatigue latente ne me mettait pas dans les conditions optimum pour un concert rock… J’aurais préféré un p’tit Postal Service, blotti dans mon canap’ avec une bonne couverture et une pizza chaude pour absorber l’alcool des derniers jours. Je dois avouer que j’ai failli partir après le premier concert. Pourtant, le son était bon, la salle était sympa et malgré le monde, on n’était pas entassé les uns sur les autres. Ils avaient bien fait les choses chez Yamoy.

Le premier concert, c’était Spectrum. Groupe mythique paraît-il... Enfin, surtout son chanteur ! Alors, on écoute.... Un theremin, une voix lente et monocorde, un riff de gratte et une batterie basique s’installent. Putain, c’est lent ! J’espère qu’ils vont se réveiller sinon c’est opération sac de couchage et hop, une sieste en attendant le prochain groupe. On se croit dans l’Angleterre des années 90. C’est du rock progressif à ce qu’il paraît et, oui ça progresse un peu, mais le côté avec un riff de gratte j’te fais un morceau de 4min30, eh bien, ça m’emmerde. Sauf si on est face à des Mogwai ou des God Speed - désolé pour ceux qui seront choqués par cette comparaison hâtive et sûrement malvenue mais j’suis pas Philippe Manœuvre ! Des petits relents pop - par toujours super assumés - accrochent l’oreille, les débuts de montée donnent envie de grimper avec le groupe. Mais bon, il faut se l’avouer, grimper les Vosges ou grimper les Alpes, c’est pas la même. Et là, on était proche des Monts d’Arrée… Au fur et à mesure, la musique est devenue plus intense mais décidément, je n'accroche pas. Si t’aimes pas Suicide, forcément, tu aimeras pas, dixit Antonin. Et oui, ceux qui sont férus du style ont trouvé leur compte. Bon, c’est vrai que ça fait vingt ans qu’il fait la même chose le chanteur à travers les divers groupes dans lesquels il joue mais il le fait bien. Il était vraiment emballé Antonin… Alors qu’ Alexandre - le photographe - et moi, on a trouvé ça chiant…

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Pour se remettre du groupe et des soirées précédentes, on est allé se prendre des bières. La bière est dégueu au Lieu Unique mais ça on le savait déjà. Et puis elle fait son office, me convaincant qu’il fallait laisser sa chance au deuxième groupe avant d’aller dormir.

En revenant de la pause clope, Tame Impala était sur scène. Mais ils ont quinze ans ! (Antonin). C’est Hanson ? (Anissa). En effet, ils sont jeunes mais ils ont tout compris au rock psyché des années 70. Bien péchu, avec des sons de gratte travaillés dans tous les sens, ils savent nous emmener dans leur monde. J’ai eu comme une envie de fractale pendant le concert. Un buvard et c’était parti. Le public avait l’air conquis. La preuve, on a eu le droit lors du dernier morceau à une réaction que je n’avais vu qu’en concert de jazz. A la sortie d’un break de trois heures à tendance électronique, lorsque le groupe est retombé sur ses pieds pour relancer encore pour quelques minutes leur chanson, des applaudissements ont retenti. Et oui, on a aimé et on en redemande. Alors merci les jeunots androgynes de Tame Impala. Seul défaut, mais c’était pas de leur fait. Les lumières étaient pas top et la machine à fumée, bin, c’était pas Etienne Daho. Un pet de fumée dans un coin qui ne servait qu’à asphyxier le chanteur trente secondes n’aura pas sû apporter à l’envoûtement auditif l'envoûtement visuel.

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Pour clore la soirée, on avait Liars (lire). C’est plus ce que c’était m’ont dit certains avant le concert. Je pense qu’ils auraient quand même dû venir voir. Ce groupe est totalement déroutant. Du rock, enfin… C’est énorme ! Je comprends mieux Thibault et ses Putain, mais Liars, c’est le meilleur groupe du monde ! Ok, il était pété mais c’est vrai que ça envoie sévère. On était transporté en plein squat berlinois avec un groupe qui fout ses amplis à 11 version Spinal Tap. C’est lourd, c’est gras, c’est brut. Et en même temps, c’est plein de finesse. Comme un magret de canard ! Qu’est ce que ça fait du bien. J’ai l’impression de ne pas avoir vu de concert rock depuis des plombes. Entre le chanteur et son bide de faux maigre qui boit trop de bière, le batteur, une marmule aux tresses gauloises et le gratteux chétif, la scène est pleine. Le son est plein, les oreilles sont pleines. Oh mon dieu, je saigne des oreilles ! Mais qu’est-ce que c’est bon de se prendre un bi-réacteur dans la gueule.

Bref, malgré un début difficile, une bonne soirée. Du bon rock. Merci Soy… et à l’année prochaine.


On y était - Fol Chen & Liars

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Fol Chen, Liars, Paris, La Maroquinerie, le 19 mai 2010

Vous avez déjà foutu les pieds en enfer ? Le malin a-t-il déjà joué de votre trop facile concupiscence, susurrant délicieusement ses charmes vils au creux de vos oreilles avant de vous les rabattre brutalement dans la plus complète stridence apocalyptique ? Oui ? Non ? Dans tous les cas, lisez attentivement ce qui suit. Ma journée commence pourtant bien : gagnant mon lieu de travail aux aurores, tel un angelot dévotement pétri de professionnalisme, je besogne sans interruption une montagne de chiffres dans le plus pur espoir ascétique de trouver grâce aux yeux de mes employeurs. La personnification du bonheur terrestre comme n'importe lequel des catéchismes économiques l'entend et le défend. Quand l'heure de l'apéro tinte, faut pas déconner quand même, je me soustrais au monde, me retrouvant, quelques arrêts de métro plus loin, aux abords d'une Maroquinerie faisant étal d'une excellence constamment avérée en programmant ce soir Fol Chen et Liars. Le houblon humecte délectablement mes lèvres quand bien même je discute de notre nouvelle newsletter. Rien ne me laisse présager de ce qui est en passe d'advenir. (Presque) inopinément je retrouve Virginie, collègue d'Hartzine et fan inconditionnelle des Liars. Quoi de plus logique ? A la sortie de Sisterworld, dernier album en date du trio, nous avions accordés nos violons pour mettre les petits plats dans les grands : interview, chronique, revue discographique et compilation vidéo. Rien de moins.

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Une clope avidement mégotée plus loin, je pénètre dans l'antichambre infernale. Signée chez Asthmatic Kitty (DM Stith, Sufjan Stevens), Fol Chen m'est totalement étranger. Une découverte intégrale donc, d'autant que la présentation de la soirée avait de quoi titiller une curiosité bien placée, le groupe étant censé "préserver son anonymat à de masques scéniques lors de ses performances live explosives". Forte d'un disque paru l'année dernière, Part 1: John Shade, Your Fortune's Made, et d'un second à sortir ces jours-ci, Part II: The New December, la bande des quatre apparaît sur scène à visage découvert, chacun de ses membres étant néanmoins vêtu d'une combinaison rouge à bandes noires. D'une, les groupes "masqués", bon ok ça passe, de deux, les groupe en combi, bahhh depuis Devo, ok c'est fait et refait. Première déception. Le morceau introductif pose d'entrée les bases de leur rock à synthé solidement caréné d'une batterie omniprésente : presque dix minutes où se répondent claviers, trompette et guitare à mesure que Samuel Bing (promis, je ne ferai pas de jeux de mots foireux avec son nom) minaude ses paroles en usant de l'ensemble de ses muscles faciaux. Ce n'est pas franchement beau à voir, d'autant que Bing, aussi petit que ne l'est sa guitare, n'a de cesse de repousser les attaques récurrentes d'une mèche balayant l'ensemble de son visage. Mes yeux se reportent donc insidieusement vers la demoiselle au chant et au synthé, nettement plus agréable au regard, tandis que mes oreilles se repaissent du martellement dionysiaque que le batteur fait subir à ses fûts. Aussi baraque et presque aussi grand qu'Angus Andrew, j'imagine ces deux-là se rencontrer dans un fight club d'une banlieue paumée de Los Angeles. Le coup de foudre et le coup de poing. N'empêche que deux chansons s'écoulent et on en est toujours au même point : j'admire auditivement le cognement furibard de l'esthète ténébreux, je contemple, médusé, le charme de la clavièriste - qui par malheur chante faux - j'évite du regard le Bing de poche trépignant et je tressaille à chaque invective de trompette. Sérieux, c'est cool de faire du syncrétisme musical, surtout quand on habite dans un coin ultra-blindé de mariachis, mais à part les Texans de , la trompette c'est vraiment l'apoplexie du rock. Peu à peu le public s'ennuie et le bar commence à s'emplir. Dans les chuchotements d'escaliers, une question lancinante s'invite à toutes les bouches : pourquoi un tel groupe dénué d'originalité en première partie d'un groupe réputé pour son excentricité ? Très vite, on comprendra, mais moi, j'ai mon idée : un bon fight club, ça scelle une amitié.

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J'en viens à la substantifique moëlle de vos interrogations. Peut-être par naïveté, je ne suis pas de ceux qui ont la peur du complot dans le sang. Pourtant, là, rien à dire, j'ai de suite senti l'entourloupe maléfique : Virginie était destinée, que dis-je, pré-programmée à ce report, elle qui déclarait dans sa récente chronique avoir un bonheur fou à "retrouver un vieil amant". Dès lors, comment ne pas sentir cette lame aiguisée pointer dans mon dos, chacun de mes mots devenant prétexte à une déchirure sanguinolente. Et d'aller de mal en pis à l'apparition du surhomme Angus, démesurément grand pour la scène d'une Maroquinerie prenant instantanément les atours d'un mouchoir de poche. J'aperçois de biais le regard de Virginie, je fais face au Goliath, à la crinière noire ébouriffée, souriant de toutes ses dents et s'emparant du micro pour saluer une foule massée de son épais tapis dans les moindres recoins de la salle. L'étreinte du couteau dans le dos, je me perds dans le blanc des yeux d'Angus qui, très vite, vire au rouge. Le masque tombe et Méphistophélès s'empare de sa créature : mon cœur bat la chamade, je me sens embringué dans une machination à l'artifice meurtrier, persuadé de ne pas en sortir indemne. N'est-ce pas la couleur de l'enfer ? J'ai pourtant déjà vu les Liars, lors de leur passage, l'année dernière, à la Villette Sonique. L'alcool m'a sans doute poussé à omettre un détail. Un putain de détail. Le rythme malsain d'A Visit for Drum entonné par Julian Gross retentit depuis déjà deux bonnes minutes, Aaron Hemphill à droite de la scène insufflant des échos de guitares spasmodiques, quand le golgoth australien daigne enfin poser sa voix, usurpant la folie de ses pupilles dilatées. Le groupe est accompagné de Bing à la guitare et de son acolyte trompettiste, ici bassiste, tout deux légèrement en recul sur la gauche. Le pourquoi du comment de Fol Chen donc. No Barrier Fun est enchaîné sans interruption aucune, et sera l'un des huit titres de Sisterworld entendus ce soir : autant dire que les Liars sont là avant tout pour promouvoir un album qui, par la clameur de l'accueil réservé, est loin d'être une pièce mineure dans la discographie du groupe. Au contraire, Sisterworld et son ferraillage de bon aloi paraissent être taillés à merveille pour la présence intensément physique d'Angus se mouvant au rythme des claquements de caisse claire : la fausse quiétude égrainée sur le disque se meut en véritable cavalcade nimbée de décibels. Dès Clear Island les premiers rangs se mélangent dans la ferveur d'un pogo anarchique que We Fenced Other Houses With The Bones Of Our Own ne fera qu'amplifier dans un final thaumaturgique. La jeunesse relative de l'assistance fait que Scissor, ultime single du groupe, tout en montagne russe, est salué à gorge rougeoyante. Les riffs sombres d'Aaron se font de plus en plus tranchants, enfonçant net là où ça fait mal. Les oreilles bourdonnent, Angus vitupère sauvagement son micro d'incantations blasphématoires, fixant ça et là le vide et chorégraphiant de son visage déformé la violence extatique se dégageant des deux épures de stupre saturé, The Overacheivers et Scarecrows On A Killer Slant. Les deux joués presque en suivant et seulement entrecoupés de The Other Side of Mt. Heart Attack, rare comptine du groupe dédiée à une de leur amie enceinte. Ces trois-là sont donc humains, le détail est d'importance. Après quelques palabres joliment énoncés dans la langue de Molière par un Angus dégoulinant de transpiration, le groove vénéneux de Sailing Back To Byzantium s'empare des guiboles du tout un chacun, ouvrant la voie à la paranoïa distordue de Plaster Casts Everything, jetant de l'huile sur le feu en embrasant une nouvelle fois une fosse de plus en plus large. Les Liars ne s'abandonnent jamais à la facilité, seul démon conjuré, déchirant, dans une luxuriante forêt de sonorités alambiquées, leurs motifs sonores les plus évidents. En témoigne Pround Evolution, morceau conclusif du set, à l'apparence discographique aussi volubile qu'il ne se transforme en live en véritable messe noire résonant indéfiniment dans la moiteur environnante. Le groupe quitte la scène et la regagne presqu'en suivant, sous les acclamations ininterrompues d'un public fiévreux, Aoron en tête, suivi de Julian, frappant dans le vide tel un boxer montant sur le Ring. Pour la rime, Bing reste à quai, Angus complétant le trio en formation originale pour ces quelques dernières minutes. La rythmique lourde et obnubilante de Be Quiet Mr. Heart Attack!, perçant dans le mur de réverbérations brumeuses élevé par Aaron, invite à une nébuleuse constatation, au-delà de sa fausse répétition jouissive : de par leur setlist les Liars n'expurgeront ce soir que leur premier effort, They Threw Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top, pourtant pas le plus dégueulasse. Et s'il fallait une fin à mon irrésistible calvaire, celle-ci prend corps dans un Broken Witch écumant jusqu'à l'étourdissement mes ultimes restes de fiel : batterie saccadée, voix éraillée, guitares épileptiques, psaumes rabâchés jusqu'à satiété : "blood, blood, blood, blood"...

Dès les premières lueurs signifiant la fin définitive du concert, je m'échappe, je cours, je dévale la rue direction Ménilmontant. L'ambiance glauque du métro me monte à la tête, alerte, la trouille me colle aux basques. Les yeux noirs d'Angus me poursuivent dans la nuit tandis que je repense constamment au schlass affûté de ma compère chroniqueuse. Depuis je vis claquemuré dans ma turne, je ne vais plus au boulot. Je pèse mes mots aussi. Que ceux-ci gagnent ma rédemption. La lumière du jour me manque.

Setlist

Liars

1. A Visit From Drum (Drum's not dead)
2. No Barrier Fun (Sisterworld)
3. Clear Island (Liars)
4. I Can Still See The Outside World (Sisterworld)
5. We Fenced Other Houses With The Bones Of Our Own (They Were Wrong, So We Drowned)
6. Scissor (Sisterworld)
7. The Overacheivers (Sisterworld)
8.The Other Side of Mt. Heart Attack (Drum's not dead)
9. Scarecrows On A Killer Slant (Sisterworld)
10. Sailing Back To Byzantium (Liars)
11. Here Comes All The People (Sisterworld)
12. Plaster Casts Everything (Liars)
13. Goodnight Everything (Sisterworld)
14. Proud Evolution (Sisterworld)
15. Be Quiet Mr. Heart Attack! (Drum's not dead)
16. Broken Witch (They Were Wrong, So We Drowned)


Devendra vs Liars

devendra-liarsBonjour c'est Rigobert. Vous savez ici les Liars c'est un peu toutes les semaines qu'on vous en parle et heureusement pour vous je ne vais pas échapper à la règle aujourd'hui. En effet comment ne pas se faire l'écho de la belle initiative du label Mute qui, pour seulement quelques piécettes de plus, change l'album Sisteworld en objet Deluxe. Aussi accompagnant le dit album on trouvera gravés sur une galette bonus, les mêmes titres que l'orignal mais oh surprise réinterprètés ou remixés par Thom Yorke, Bradford Cox, Melvins, Alan Vega, Tunde Adebimpe... s'il vous plaît. On ne gâchera donc pas notre plaisir en offrant à vos chers tympans la reprise de The Overachievers par Devendra Banhart accompagné de The Grogs Redo.

Audio

Liars - The Overachievers (Devandra Banhart & The Grogs Redo)


Liars - une discographie sélective

liars

On ne peut réprouver son instinct très longtemps... et il n'y a pas de groupes plus instinctifs que Liars. Les Liars ne mentent donc jamais, paradoxalement. Ne suivant pas les modes, et encore moins celles qu'ils lancent, ils ne sont jamais là où on les attend. C'est avec un naturel déconcertant pour l'armée de critiques prête à leur tomber sur le râble qu'Angus Andrew (guitare, chant), Julian Gross (batterie) et Aaron Hemphill (claviers, guitare et percussions) défendent leurs plaidoyers expérimentaux. Et il y a matière à flipper tant l'orientation précédente se transforme en voie sans issue et quand l'impasse d'hier tend à devenir un nouvel Everest. Tout est alors une question de choix, rapides et sans concession. Si Angus Andrew admet se sentir concerné par la manière dont leurs disques sont perçus, il récuse l'idée d'être influencé par cette réaction: comme toujours le meilleur art vient de l’instinct. En clair, qui m'aime me suive. Indiscutablement, nombreux sont ceux encore collés à leurs basques et ce malgré les déluges de décibels. Les Liars ont traversé la décennie écoulée d'avant garde en avant garde, sans jamais se départir d'un passé cousu d'indélébiles références. À l'occasion de la sortie de Sisterworld, chroniqué par ailleurs dans ces pages, Hartzine propose un éclairage non exhaustif sur leur discographie complexe et tortueuse.

liars-band-2Les Liars sortent en octobre 2001, dans la confusion d'un New York meurtri à jamais par le terrorisme de masse, They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top. L'année précédente, Angus Andrew, australien d'origine, et Aaron Hempill, deux étudiants en art et 22 printemps chacun, sillonnent de part en part les Etats-Unis, quittant Los Angeles pour venir s'installer à New-York. Avec la ferme intention de monter un groupe, ils répondent en suivant à une petite annonce adroitement scotchée sur la caisse enregistreuse de l'un des nombreux disquaires que compte Brooklyn. Celle-ci mentionne les numéros de Pat Noecker et de Ron Albertson, futurs bassiste et batteur du groupe. C'est ainsi que nait Liars. Comme tout est possible, et très vite, à New-York, Steve Revitte, responsable, entre autres, de l'imparable Hello Nasty des Beastie Boys, accepte de produire They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top qui sort dans un premier temps sur le label indépendant Gern Blandsten (Ted Leo and the Pharmacists), avant de se retrouver réédité début 2002, via Blast First, sur le label anglais Mute records. Subdivision indie-rock de Mute records, Blast First accueille depuis 1985, sous la férule de son fondateur inspiré Paul Smith, la fine fleur de l'underground américain (Butthole Surfers, Labradford, Dinosaur Jr) mais aussi et surtout new-yorkais, de Sonic Youth (Bad Moon Rising, Evol, Sister, Daydream Nation, Ciccone Youth...) à Suicide. Suite à un concert démentiel dans un bouge de New York, Paul Smith ne s'en remet pas. Une entrevue plus tard, pour lui l'affaire est entendue, "Liars a une honnêteté et une motivation que je n’avais pas vues depuis bien longtemps. En fait, je n’avais pas revu ça depuis les premières années de Blast First". Le disque, enregistré en deux jours, sort et obtient d'emblée un succès auprès de critiques s'empressant d'assimiler le groupe à l'énième vague de nouveaux talents venus de big apple, Strokes, Interpol et Yeah Yeah Yeahs en tête. Pourtant, loin de chercher à revigorer la formule éculée d'une Old Wave en plein Revival, comme la bande de Julian Casablancas, tout en cheveux et blousons en cuir; s'évertue approximativement à faire, les quatre Liars n'appliquent dans They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top qu'une intime conception d'un rock violent et sombre, savamment trituré d'électroniques, et empruntant tant à l'Angleterre post-punk, du Pink Flag (1977) de Wire à l'Entertainment (1979) de Gang of Four, qu'à l'Amérique post-hardcore de Fugazi. D'emblée, sur Grown Men Don't Fall in The River, Just Like That, Angus provoque l'auditeur : "Can you hear us ?" interroge-t-il avec insistance, au moment même où la batterie ouvre sèchement les hostilités. Les morceaux courts réactivent l'instantanéité punk, quand le groove dégagé par les rythmiques ne sied que trop parfaitement aux saillies d'électricité blanche des guitares ciselées. L'ombre de John Lydon (P.I.L) rode, sa Death Disco hantant chacune des plages du disque, quand celle d'ESG s'immisce, elle, directement dans le disque, UFO étant samplé et repris dans le morceau Tumbling Walls Buried Me In The Debris with ESG. Le chant d'Angus Andrew, distordu, égraine un phrasé vindicatif et accrocheur tout au long des sept premières chansons, anguleuses et coupantes, à l'intensité rare et culminant sur Mr Your On Fire Mr et We Live NE of Compton. Angus Andrew se mue alors en véritable Damo Suzuki du vingt-et-unième siècle sur This Dust Makes That Mud, morceau conclusif de près de trente minutes, psalmodiant et vitupérant son chant, proche de la rupture, dans un fatras de larsens et de distorsions, tout en le laissant se faire progressivement happer par une boucle cyclique et obsédante répétant jusqu'à l'étourdissement son propre sample. Le sang krautrock, de Can et de Neu!, coule bel et bien dans les veines du groupe. L'album reste néanmoins considéré comme un véritable manifeste Punk-Dance. Les concerts qui s'en suivent, chaotiques et imprévisibles, ne font que parachever la catégorisation. Un journaliste du NME écrit, suite à un concert donné à Londres en juin 2002 dans le cadre du festival Sonik Mook, "vers la fin du set, on est davantage du côté d’Aphex Twin que de Lee Ranaldo. Les meilleurs singes bruyants de krunk en tricot que vous verrez de tout le siècle." Il fallait le dire.

L'année 2002 est celle d'un premier contre-pied. Celui-ci se matérialise par deux EP sortis coup sur coup. L'un We No Longer Knew Who We Were, enregistré en tant que démo en 2000, conforte l'ampleur disco-punk du son des Liars, qui, en sept minutes, dépouillées de toute sinuosité expérimentale, assènent trois morceaux acérés et remuants. Les stylos de scribouilleurs rock sont chauffés à blanc, d'autant que les Liars entrent à nouveau en studio. L'autre, Fins To Make Us More Fish-like, en trois titres également, insinue l'expérimentation noise et la déconstruction des rythmiques (Every Day Is A Child With Teeth). Le chant d'Angus, outragé et inquiétant, stipule clairement la suite : les Liars n'emprunteront pas la voie la plus simple, la plus commerciale. Et une fois de plus, il ne mentait pas.

5_liarsÉchaudés par la personnalité et la direction expérimentale que veut emprunter Angus, direction que le split EP Atheists, Reconsider, paru en 2002 en collaboration avec Oneida, confirme un peu plus, Pat Noecker et Ron Albertson quittent le groupe. Ils s'associent  à Christian Dautresme pour former No Things. Sans état d'âme, Angus sentence : "Aaron et moi avons toujours été les songwritters, écrivant les rythmiques et les lignes de basse. (...) On n'a plus envie, désormais, que notre travail soit réinterprété par quelqu'un d'autre". Ambiance.  Julian Gross, ami de longue date des deux compères et s'occupant du merchandising du groupe lors des concerts, les rejoint à New York où le trio débute l'enregistrement du second album sous la direction de David Siteck, producteur émérite et membre de TV On The Radio. Ennuyé par l'atmosphère ronflante et clinquante d'un New York bohème, le groupe termine They Were Wrong, So We Drowned dans la propre maison d'Angus, située dans un coin paumé, en plein cœur de la forêt du New Jersey. "L’une des raisons qui nous a poussés à partir, a été ce qu’est devenu New York. Nous y habitions, et l’idée de scène, cette obligation d’être cool nous a rendus complètement claustrophobes." Il n'est pas difficile de croire sur parole Angus tant They Were Wrong, So We Drowned, sorti finalement en 2004, dégage une ambiance malsaine et oppressante que la pochette, par son artwork inquiétant, scénarise à merveille (le livret qui accompagne le disque est composé de dessins représentant bouc, chèvres, cadavres...). "Nous faisons de longues balades de nuit dans la forêt [afin] de s'effrayer le plus possible, juste pour essayer de se mettre dans un bon état d'esprit." Et c'est plutôt réussi : l'évocation de la sorcellerie, du folklore allemand, des procès du XVIème siècle et de la "tortures des innocents, que l'on retrouve noyés, pendus et brûlés" s'entiche d'un fond musical dense et débarrassé de toute volonté mélodique. Du post-punk british, on sent bien dès Broken Witch, morceau d'ouverture glacial, au chant monocorde et à l'écriture automatique insidieuse (I no longer wanna be a man / I want to be a horse / Men have small thoughts / I need a tail / Give me a tail / Tell me a tale...), qu'il n'en reste plus grand chose, quelques lambeaux ici et là (There's Always Room On The Broom). La piste de danse est fermée, le battant des portes du manoir Liars claquent et terrorisent l'adepte de la première heure. La No Wave new-yorkaise, de Mars à D.N.A, en passant par les premiers efforts de Sonic Youth (notamment Bad Moon Rising ou Evol), résonne dans l'acidité rêche et métallique d'une production corrosive. De l'aveu de Mute Records, le suicide commercial pointe à l'horizon, mais la boîte à Pandore est ouverte. Il est trop tard, et déjà, le bon vent de la critique reflue. À tort, car They Were Wrong, So We Drowned est un concentré possédé de light-métal, le trio déambulant sur les plates-bandes indus des berlinois d'Einstürzende Neubauten. Read the Book That Wrot Itself et We Fenced Other Gardens With The Bones Of Our Own en sont les plus beaux exemples, même si c'est pour la pochette (voir) du single There's Always Room On The Broom, paru quelques mois avant le disque, que le groupe détourne le logo d'Einstürzende Neubauten, allant jusqu'à demander à Blixa Bargeld lui même d'en assurer les illustrations. La vidéo de There's Always Room On The Broom est assurée, sous le pseudo de Marshmellow, par Karen O, chanteuse-guitariste des Yeahs Yeahs Yeah's, avec qui l'esthète Angus fricote depuis quelques temps (en plus de collaborer musicalement sur split EP, The Year Of The Endless Summer, sorti en 2003, uniquement au Japon et en Australie). They Were Wrong, So We Drowned est une véritable expérience sensorielle, où l'angoisse répond d'effroi à l'épouvante, et se termine, telle une mauvaise blague qui dérape, sur l'organique et potache Flow My Tears The Spider Said.

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En 2004, alors retourné à Los Angeles, et ayant déjà débuté l'enregistrement du successeur de They Were Wrong, So We Drowned, le groupe décide de partir s'installer à Berlin. "Berlin était parfait pour l'aliénation, la solitude. Le fait d’être perdus à Berlin a pour nous été un sentiment très productif." Énième changement de cap géographique, énième changement de cap créatif, l'un n'allant pas sans l'autre. Drum's not Dead, enregistré dans la foulée de leur arrivée à Berlin, et mixé à Londres, dégage un sentiment d'apaisement bien que toujours contre-balancé par une volonté expérimentale intacte, lorgnant instinctivement du côté des soubassements rythmiques d'un Krautrock des plus inspirés. Une sorte de schizophrénie assumée : "l'Allemagne a eu un passé mouvementé et on ressent toujours l'influence de l'Est dans Berlin. On s'est servi de ces thèmes pour construire le côté schizo et dérangeant de nos chansons. L'idée de changement, de perte de repères et de reconstruction nous a vraiment inspiré." Le disque est prêt à sortir mais Mute préfère temporiser. Deux singles, extraits de Drum's not Dead, précéderont la parution dudit album, présentant tout deux une sensibilité espiègle jusque là inconnue dans la musique crasse du trio. Dès ses premières notes, It Fit When I Was A Kid, qui parait courant 2005, semble prolonger l'ambiance glauque de They Were Wrong, So We Drowned. La batterie aux cliquetis métalliques roule machinalement quand le chant monocorde d'Angus s'empare de l'espace sonore sur de discrets et volubiles arrangements. Cette impression première se délite progressivement et lorsque le silence se propage à l'exacte moitié du morceau, on pressent le déluge sonore. Il n'en est rien, de fines nappes de clavier magnifient laconiquement la voix de l'australien, laissant le rythme s'effiler et s'exténuer paisiblement dans une brume ouatée et synthétique. Trois vidéos réalisées par chacun des membres, et présentant de grandes différences dans le traitement de l'image et la mise en scène, accompagnent ce single, annonçant là une lubie qui ne quittera plus le groupe. Quelques jours avant la sortie de l'album, The Other Side of Mt. Heart Attack sort, et malgré son titre téméraire, il s'agit en fait d'une balade légère et délicate s'enroulant autour d'un arpège de guitare électro-acoustique. De quoi inoculer un peu plus la confusion et l'impatience sur la teneur de Drum's Not Dead. Les Liars se sont-ils enfin assagis ? Se préparent-ils, de la lointaine Europe, à mitrailler la bande FM étasunienne de leur illustre talent, laissant de côté leurs penchants morbides ? Certes, il y a un peu de vrai, le disque est moins claustrophobe, plus aéré. Il présente même un concept ludique, plus justificateur que fondateur, construit autour de deux personnages fictifs antinomiques, Drum et Mount Heart Attack (d'où le titre des morceaux), l’un déterminé et autoritaire, l’autre timide et mesuré, censés représenter les deux pôles de la création musicale : "disons que Drum est la force du disque, celle qui décrit son aspect positif, qui va de l'avant sans réfléchir. Et son négatif est Mount Heart Attack, plus réservé et craintif. En fait c'est un échange entre Aaron et moi. On alterne les phases et les rôles. Chacun de nous peut se sentir proche d'un des deux personnages." Dualisme pouvant prendre corps dans l'antonymie entre racines punk du groupe et visées expérimentales motorik (la base rythmique propre à Neu!), mais qui n'exprime qu'imparfaitement le parti pris musical du disque : les morceaux, conçus comme une suite logique, n'ambitionnent pas la mélodie mais le voyage intérieur, le glissement d'ambiances distordus et faussement calmes (Be Quiet Mt. Heart Attack!, Hold You, Drum) vers une tension palpable mais retenue et dont la rythmique se fait le plus puissant écho (Let's Not Wrestle Mt. Heart Attack, A Visit From Drum). Le disque est dépouillé d'électronique, quand les saturations gagnent en âpreté ce qu'elle perdent en omnipotence (Drum And The Uncomfortable Can). Le chant d'Angus traverse le disque de part en part sans jamais éructer, épousant de ses circonvolutions vocales l'atmosphère aride de Drum's Not Dead (excepté The Other Side of Mt. Heart Attack). Le disque est accompagné d'un DVD proposant trois clips pour chacun des morceaux réalisés par Angus, Julian et Marcus Awmbsganss. Cette volonté de création visuelle semble s'inscrire dans le code génétique de Liars, Angus expliquant avoir "rencontré plusieurs personnes dont Aaron et Julian [lui ayant] permis d'envisager Liars comme un vecteur multimedia, les trente-six vidéos n'étant pas là pour faire beau."

liars-band-4Durant l'année 2006, Angus reste à Berlin tandis qu'Aaron et Julian regagnent Los Angeles. La composition du quatrième disque au titre éponyme se fait donc à distance. "Aaron et moi travaillons chacun de notre côté, lui à Los Angeles et moi à Berlin. Cet éloignement géographique et cette forme d'isolement font que nos compositions ont pris des directions différentes." Ainsi Liars prend de contre-pied Liars : loin de l'homogénéité de They Were Wrong, So We Drowned et Drum's Not Dead, celui-ci s'annonce plus accessible et hétérogène. "Sur nos précédents disques, nous avions échafaudé des concepts, transformant l'album en une unité réelle. [...] Cette fois-ci, par contre, nous voulions revenir à quelque chose de plus direct, créer une musique sans trop la penser. En un sens, il fallait que les chansons parlent d'elles-mêmes." Toujours au studio Planet Roc, ancien studio de la radio étatique Est-allemande édifié dans les années cinquante par l'architecte Bauhaus Franz Ehrlich, et qui accueillit, entre autres, Throbbing Gristle, apôtre de la musique industrielle, les trois Liars se retrouvent dès décembre 2006 pour enregistrer en une quinzaine de jours les onze morceaux que compte Liars. Pour ce faire, ils s'entourent de l'australien Jeremy Glover à la production, ami de longue date d'Angus. "Jeremy savait d'où nous venions et il a décomposé minutieusement chaque morceau en studio pour nous aider à trouver le côté viscéral qu'on souhaitait leur donner. On voulait faire un disque qui aurait le même impact sur les gens que lorsque nous avons écouté pour la première fois les Ramones." Rien de moins. Exit donc le concept album, "véritable filet de sécurité", l'unité de valeur devient la chanson. L'ascendant musical, lui, est clairement déplacé de la batterie vers la guitare, "plus fun". Il est commode de voir là une sorte de retour au source et à l'album They Threw Us In A Trench And Stuck A Monument On Top. A quelques différences près cependant. D'une part, le groupe s'affranchit de sa définition wikipédiesque ("outre sa musique atypique, Liars se distingue par les titres longs et absurdes de ses morceaux") pour mieux laisser vivre chaque morceau : "d'habitude, nous prenions un malin plaisir à trouver des noms à rallonge en lien avec le concept de l'album. Mais au final, nous nous sommes demandé si ce genre de titres ne sonnait pas comme un mode d'emploi qu'on imposait à l'auditeur. [...] Avec "Liars", nous laissons chacun libre de définir notre musique. En ce sens, le titre est parfait." D'autre part, les influences se font différentes, délaissant les plages post-punk et krautrock pour gagner celles shoegaze (What Would They Know et Pure Unevil dont les saturations emmurées et la voix noyée dans la réverb constituent un clin d'œil appuyé aux frères Reid et leur groupe The Jesus and Mary Chain), noise (Leather Prowler nous replonge dans les rades new-yorkais où Thurston Moore triturait ses guitares), ou encore celle d'un bon vieux rock alternatif à papa (Freak Out est une véritable ode à la surf music que les Pixies n'auraient pas renié). Angus précise : "avec cet album nous assumons nos influences et les groupes que l'on aime écouter, qu'il s'agisse de The Cure, Jesus And Mary Chains ou Led Zeppelin." C'était oublier quelques escapades inhabituelles tantôt loufoques (Houseclouds et ses beats rigolo-bricolo d'un Beck période Odelay), tantôt touchantes (Protection, sibylline ballade à l'atmosphère éthérée et planante à la Floyd). Sailing To Byzantium anticipe elle à merveille le son new rave des Klaxons qui sortiront Myths of the Near Future la même année. Le coup de maître reste Plaster Casts Of Everything sorti en single peu avant le disque : mise en bouche percussive et résolument lynchienne voyant le chant d'Angus personnifier effrontément la catatonie des sens, doublant, voire triplant sa voix. Histoire de ne pas nous faire oublier que s'il s'avère plus mélodique et moins exigeant quant aux formats, Liars reste un album de Liars. Complexe et méchamment parano. Reste que le trio met tout le monde d'accord : on tient bien là l'un des groupes les plus importants de la décennie, la folle tournée mondiale qui suivra ne faisant qu'enfoncer un peu plus le clou.

L'année suivante, Angus retourne s'installer à Los Angeles. L'écriture de Sisterworld est une nouvelle étape dans le processus créatif de Liars et non la moins excitante : "je crois que nous sommes de plus en plus intéressés par les mélodies. C’est notre étape actuelle." Le rendez-vous est donc pris.

Lire la chronique de Sisterworld.

Audio

Liars - Grown Men Don't Fall in The River, Just Like That
Liars - There's always room on the broom
Liars - Plaster Casts Of Everything

Discographie

Album

2001 - They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top (Blast First/Mute)
2004 - They Were Wrong, So We Drowned (Mute)
2006 - Drum's Not Dead (Mute)
2007 - Liars (Mute)
2010 - Sisterworld (Mute)

Singles

2002 - Fins To Make Us More Fish-like
2004 - There's Always Room On The Broom
2004 - We Fenced Other Gardens With The Bones Of Our Own
2005 - It Fit When I Was A Kid
2006 - The Other Side of Mt. Heart Attack
2007 - Plaster Casts Of Everything
2007 - House Clouds
2008 - Freak Out EP

Split EP

2002 - Atheists, Reconsider (with Oneida)
2003 - the Year of the Endless Summer (with the Yeah Yeah Yeah's)

Vidéos


Liars l'interview

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C'était le 13 janvier dernier dans un petit hôtel près de Pigalle. Les trois gaillards de Liars se prêtaient à l'exercice périlleux de la promo pour leur nouvel album Sisterworld (sortie programmée le 8 mars prochain) enchaînant interview sur interview, et c'est à la fin d'une journée bien chargée que nous les avons rencontrés. Fans de la première heure, nous nous sommes rués sur l'occasion de récolter la bonne parole d'Angus Andrew, le leader charismatique du groupe et de ses deux acolytes Aaron Hemphill et Julian Gross, dans l'aventure toujours plus surprenante de Liars. Impressionnant et même parfois effrayant sur scène, Angus nous a surpris par sa gentillesse et l'attachement qu'il a porté à répondre à toutes nos questions. Si Sisterworld est une telle réussite, c'est aussi grâce à la douceur et à l'empathie que le groupe a su développer pour capter au mieux la détresse du monde qu'il a décidé de dépeindre en musique.

Vv.

Video


Liars - Sisterworld

liars-sisterworldQu'il est bon de retrouver un vieil amant. Ce n'est certes pas la première chose que je me sois dite en apprenant le retour des Liarsavec leur nouvel album Sisterworld. Ma première réflexion donnait plutôt "youpi c'est le retour des cinglés", refrain qu'entonne d'ailleurs joyeusement leur dossier de presse. Comme si leur étrangeté, au sens premier du terme, garantissait d'office une certaine déviance mentale. Il faut vraiment être fou pour produire une musique pareille, se disent-ils. Mais ce qu'on retrouve avant tout avec chaque nouvel album des Liars, c'est la passion inaltérée d'un trio sans étiquette aucune. En marge, et fiers de l'être.

Cinquième album d'une discographie empreinte de liberté artistique toujours plus forte, Sisterworld nous prend immédiatement à la gorge avec le premier extrait Sissors, dans lequel la voix d'Angus Andrew nous chuchote qu'il "l'a trouvée avec ses ciseaux". On frissonne, et la première salve de marteaux-piqueurs nous envoie direct au tapis, où l'on va rester pour écouter la suite. Après tout, rien ne sert de se débattre, ils nous tiennent déjà trop fort entre leurs pattes. Angus a beau répéter qu'il est un lâche (I'm a Coward), il veut avant tout réparer les dégâts (I Wanna Make It Up). Et les titres d'osciller entre une certaine douceur, baignée d'angoisses il est vrai (I Still Can See an Outside World ou No Barrier Fun), et de pures envolées de nerfs, tout en retenue, une véritable rage contenue dans la gorge (Scarecrows On a Killer Slant). On se retrouve un peu à la maison, hantée certes, avec ce chant dissonant qui fait toujours un peu grincer les dents, cauchemar éveillé où se croisent des silhouettes cabossées (Here Comes All The People).

Et c'est sans aucun doute sur ces quelques titres plus lancinants que l'inspiration des Liars transparaît le plus. Témoins de la pauvreté et de la violence d'une société en pleine explosion dans la ville du cinéma et du glamour, Angus et ses deux acolytes se sont approchés au plus près de la réalité de Los Angeles. L.A, Delhi ou Shanghai, peu importe. La mégalopole qui aspire ses habitants dans une spirale toujours plus rapide, c'est précisément dans l'oeil du cyclone que se trouvent les Liars. "Nous pensons que la majorité de la musique produite aujourd'hui n'est pas représentative de ce que la vie est vraiment". Tout est dit.

Malgré tout, l'espoir émerge à quelques moments. C'est soudain, ça ne prévient pas, c'en est presque déstabilisant. Proud Evolution vient d'un autre hémisphère. Tout n'est pas foutu. Ce titre apparaît à contrario comme le plus étrange de l'album, entre guitares cinglantes, sonorités râpeuses et chant inquiétant, le monde post-apocalyptique des Liars nous devient familier, presque une décennie qu'Angus nous chante ses angoisses les plus profondes, et d'un coup d'un seul, il nous tend la main, nous relève du tapis, et nous souffle qu'une "évolution fière" est possible. Décoiffant. C'est là aussi très étrange à énoncer ici mais il y a un je ne sais quoi de Massive Attack dans l'arrangement de ce morceau.

Autre motif de réjouissance, Sisterworld sort en édition limitée avec une flopée de remixes et de duos (dont un avec Alan Vega), un projet qui tenait les Liars à coeur "L'idée était de vraiment repenser ce qu'est un remix, parce qu'il semble que c'est devenu une catégorie très formelle de production, un truc entre dj's et producteurs qui font du dancefloor avec des titres rock, ce qu'on trouve assez ennuyeux. Nous avons donc demandé à des gens qui ne font jamais de remixes de s'y coller, pour voir ce qu'il arriverait s'ils n'avaient aucune limite, et le résultat est assez excitant." La liste des participants elle, transpire d'excitation c'est sûr : Thom Yorke TV on the Radio, Blonde Redhead, Devendra Banhart, Cris and Cosy (Throbbing Wristle)...

Et non, les Liars ne sont pas complètement frappés, ils s'approchent avec justesse du monde dans lequel nous vivons et de tous ses aspects plus effrayants les uns que les autres. Et avant de condamner une fois de plus les trois californiens à la camisole chimique pour "étrangeté" messieurs les jurés, dites vous bien une chose, les Liars créent le son de notre époque, que celle-ci vous plaise ou non. Et avec Sisterworld, notre petite soeur la Terre a du souci à se faire. Goodnight Everything.

Audio

Liars - Scissor

Tracklist

Liars - Sisterworld (Mute, 2010)

01. Scissor
02. No Barrier Fun
03. Here Comes All The People
04. Drip
05. Scarecrows On A Killer Slant
06. I Still Can See An Outside World
07. Proud Evolution
08. Drop Dead
09. The Overachievers
10. Goodnight Everything
11. Too Much, Too Much


Liars en vidéos

Liars - Hou­se­clouds

Liars - The Other Side Of Mt Heart At­tack



Liars - Drum And The Un­com­for­table Can Re­mix

Liars - Plaster Casts of Everything

Liars - We Fenced Other Gardens With Bones of Our Own


Liars - It Fit When I was A Kid (Crystal Castles remix)

liarsBonjour c'est Rigobert, je fais aujourd'hui une apparition pour crier aux oreilles de celui qui veut bien lire ces lignes  que les Liars sortiront le 8 mars prochain Sisteworld, le successeur du j'ai nommé "on s'est pas foulé comme titre de second album en l'appelant Liars". En attendant on ne cache pas notre plaisir de vous donner à réentendre le désormais classique It Fit When I was A Kid ici remixé par le duo Crystal Castles dont on attend aussi avec beaucoup d'impatience le retour l'été prochain.

Audio

Liars - It Fit When I was A Kid (Crystal Castles remix)


On y étais - Liars

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LIARS ou l’Initiation à la danse des possédés, 28 mai 2009 au Cabaret Sauvage.

Bricoler un papier sur un concert des Liars me paraît un exercice, au lendemain du dit événement, aussi difficile que de décrire une tempête dévastatrice, un tsunami voire un cataclysme entraînant une possible fin de notre monde.
Autant dire que je suis mal.
D’emblée, un dilemme : s’agissait-il de regarder ce show d’un œil professionnel et distant en prenant quelques notes, ou bien ce que mes viscères m’ont commandé de faire, tout laisser tomber et me laisser porter par ces trois types complètement malades ? (je ne pense pas aller trop loin en avançant qu’une « normalité mentale » exclue la possibilité d’accoucher de telles compositions). Je me la suis donc jouée Gonzo. J’ai bu deux pintes et demi pendant les premières parties (y a-t-il quelque chose à dire sur les Black Lips ?) et j’arborais ainsi une mine totalement détendue et une oreille tout à fait disponible quand Angus Andrew et ses deux acolytes ont investi la scène et pris en main nos esprits embrumés.
La dernière fois que je les ai vus, ils venaient de sortir leur deuxième album They Were Wrong, So We Drowned qui prenait alors un tournant inattendu : partis d’un punk/funk influencé lo-fi electro, les Liars se sont lancés dans ce qu’on pourrait qualifier de musique expérimentale bruitiste et franchement tribale où se mêlent à l’infini les percussions sèches, les guitares maltraitées et la voix possédée d’Andrew. Deux albums plus tard, ils sont toujours là. On dirait même que leur présence s’est densifiée : exit maquillage et de fringues délirantes (et artistiquement trouées), nul besoin de d’artifice pour affirmer un charisme indiscutable.
Mélangeant anarchiquement des titres de tous leurs albums (pas de nouveau à l’horizon d’ailleurs), les Liars nous ont embarqués dans une transe lancinante et contagieuse. On pourrait définir leur son en un seul mot : VAUDOU. Notre esprit disconnecté s’est laissé emporter, réveillé par moments par les cris du chanteur… Mais n’allez pas imaginer tout cette « cérémonie » était glauque ou désespérée. Car si leur musique se teinte résolument d’un noir profond, l’état dans lequel elle nous a plongé ce soir, était tout sauf de la tristesse. Il y avait bien longtemps que je n’avais ressenti physiquement la fébrilité et la puissance d’une musique en live. Comme si la salle entière pouvait écouter avec tout son corps, pas seulement avec ses oreilles et sa tête !
Le concert n’a duré qu’une heure, mais le temps n’avait finalement plus aucune réalité, il aurait tout aussi bien pu durer trois heures. Les Liars possèdent cette capacité à prolonger leurs morceaux à l’infini en embarquant un public toujours plus consentant, c’est peut-être ça qui est, au bout du compte, le plus impressionnant. En débriefant avec mes compagnons de concert, nous avions tous le sentiment de sortir d’une parenthèse temporelle, un rêve sauvage et noir ayant profondément imprégné nos esprits.

Vraiment sauvage ce cabaret.

Virginie Polanski.

Photos

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