On y était: Pelican à la Maroquinerie

On y était: Pelican à la Maroquinerie de Paris, le 5 mai

Pelican venait fouler les planches de la Maroquinerie trois ans après une grosse soirée en compagnie des anciens d’OM et des discrets Barn Owl : début mai 2016, les Américains remettaient ça sans véritable nouveauté sous le bras. Pas de physique, en tout cas, puisque la seule actualité récente du groupe se trouvait être la sortie d’un live en digital enregistré en Russie, fin 2015.

Presque une quinzaine d’années maintenant que les Américains commandent cette scène aux riffs lourds et au vaillant entrain : Pelican, en une poignée d’albums, a toujours su se faire hautement respecter, de la sage considération que l’on voue à ceux qui sont à la base d’un certain style. Ce style, cette dynamique, cette façon d’emmener la riffaille par-delà les montagnes et les courants : Pelican a toujours eu ce son qui convie au naturel, aux forces telluriques, aux arbres centenaires, et – particulièrement pour moi – à l’océan, à la mécanique infinie de l’océan, à ces immenses vagues qui se fracassent les unes contre les autres lors de sauvages et terribles tempêtes. On retrouve d’ailleurs souvent cette imagerie de la nature dans la discographie du groupe, que ce soit par les artworks ou les titres des morceaux, atmosphère profondément marquante qui trouva son pinacle lors de la sortie de The Fire in Our Throats will Beckon the Thaw. Cet album, sorti en 2001, s’imposait magnifiquement, posait les bases lourdement terrestres et marines sur de longs morceaux évoquant pour la plupart l’environnement dans tout ce qu’il a d’immuable, de grandiose et d’éternel.

Les Américains ont depuis changé la donne en raccourcissant leurs titres, en jouant bien plus sur une force metal peut-être plus traditionnelle mais toujours équipée de leurs reconnaissables et féroces mélodies, de leur façon sourde et titanesque de faire sonner leurs amplis. Sur scène, Pelican reproduit à l’identique une variété de morceaux issus de l’intégralité de leur catalogue, du plus vieillot (Mammoth, du tout premier EP de 2001) au plus récent, avec quelques extraits de What We all Come to Need, et ménage l’ensemble des ses adorateurs par une présence assez sobre, sans extras, sans éclat: un déficit important de charisme qui fait principal état du groupe depuis leurs débuts mais qui n’impacte que peu la qualité intrinsèque des compositions et la bonne présentation de ces espèces de bourrasques héroïques et immobiles. L’impact négatif par contre que l’on ressent proprement et depuis toujours est probablement l’inflexibilité complète d’Herweg derrière sa batterie, droit et rigide comme un véritable poteau, depuis quinze ans : clairement, son jeu m’a toujours donné l’impression de prendre une douche tout habillé. Il est d’ailleurs systématiquement dénigré depuis ses débuts – certaines chroniques ne le pardonnent que très froidement – et contribue paradoxalement à l’identité du groupe, de par ses touches au manque absolu de finesse et ses anguleuses prises de décisions.

Quoi qu’il en soit, un bon concert, donc, que l’on pourrait presque qualifier de standard tant on peut être presque sûr que chacune des performances du groupe se ressemble, est reproduite à l’identique date après date depuis maintenant un bout de temps. J’ai obtenu ce que je suis venu chercher – à savoir proprement vivre ce que je ressentais alors dans ma chambre d’adolescent à l’époque de leur deuxième album – le public également, pour sûr, par ces morceaux directs, efficaces et concis, alors même qu’en filigrane, derrière cette soirée, il était amusant de constater que Pelican est un groupe qui résiste comme il peut au temps qui passe, loin de l’époque où le genre était véritablement à son apogée avec Isis et consorts. Pelican s’est doctement livré, s’est produit comme on attendait qu’ils se produisent, n’ont surpris personne et ont probablement ravi tout le monde. Et c’est bien là l’essentiel.

Vidéo

The Creeper (live)

Setlist

01. Dead Between the Walls
02. Deny the Absolute
03. The Tundra
04. Ephemeral
05. The Creeper
06. Vestiges
07. Immutable Dusk
08. Threnody
09. Strung Up from the Sky
10. Last Day of Winter
11. GW
12. Mammoth


On y était : Nisennenmondai à la Maroquinerie

Nos amis de Gonzaï organisaient le 15 juin dernier leur dernière soirée avant les grandes vacances. Les trois Japonaises de Nisennenmondai en tête d'affiche, nous ne pouvions rater les dignes héritières d'un Krautrock aux yeux bridés qui présentaient ce soir-là leurs derniers morceaux noises et hypnotiques, extraits d'un EP qui sortira ce mois-ci sur Zelone Records. Leur son et leur prestation sont encore plus autistes et technoïdes que la dernière fois où nous les avions filmées en 2011 à Glazart. Voici donc deux extraits de cette performance parisienne du meilleur groupe de filles au monde :  B2, filmé par nos soins, et un autre extrait bien capté par agadsa.

Vidéos


On y était - Archie Bronson Outfit à la Maroquinerie (+ interview)

Subjugué dès la première écoute de Derang Derang, ma première réaction au fil de la musique d’Archie Bronson Outfit fut : « Putain, mais ces mecs sont des gros malades »… Une écoute prolongée de Coconut n’allait pas pour me rassurer sur l’état mental de nos trois barbus n’hésitant pas à s’enrubanner pour chanter Wild Strawberries dans une chambre capitonnée au papier alu. Trois quackers en toges paraissant capables de péter un câble à tout moment, et de te mettre des claques juste pour rigoler… Bam, Bam ! C’est donc en kamikaze que je rencontre Sam Windett (chant, guitare) et me prépare à accueillir Mr Hyde. Contrairement à mes attentes, je reçois un homme calme, serein et plutôt réservé. On enchaîne donc avec une interview à contrepied.

Vidéos


On y était - Tame Impala à La Maroquinerie

5146210609_bd1ffce011_zPhotos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Il y a des mois qui commencent mieux que d’autres… Novembre sera donc de ceux-là, puisqu'en ce jour férié de la Toussaint nous nous préparions à accueillir les artistes les plus buzzés de la sphère musicale. On ne sait pas bien si c’est le dépaysement australien où le look coincé entre les frères Hanson et les Black Keys du quatuor de Perth qui attira la foule mais la salle affiche avant même son ouverture doublement complet. Il faut dire que leur premier single illustré par nos Frenchies de Megaforce fait déjà le bonheur des webnautes et que la musique de Tame Impala s’inscrit avec coolitude dans un répertoire rétro-moderniste seventies qui force le respect. Mais chut, déjà les lumières s’éteignent…

5146182349_50c9f12200_z

Ce qu’il y a de cool avec les premières parties, c’est qu’elles nous permettent souvent de découvrir les groupes de demain, de se frotter à d’autres tendances, d’aller s’acheter une bière, d’appeler sa copine, de finir son Sudoku… Et allez savoir pourquoi, au regard du jeu des deux jeunes pépées de My Bee’s Garden, ma première pensée fut pour Fab… Puis en écoutant plus longuement (je dirais vingt bonnes secondes), je me dis que finalement ça ferait un très mauvais concert en appart’… A vrai dire, la seule chose réellement potable à garder du quintet parisien serait l’incroyable jeu du batteur habité jusqu’à la moëlle, se jetant sur ses futs comme si sa vie en dépanadait. Melody, la chanteuse, s’éreinte la voix avec une réelle conviction sans pour autant ne serait-ce qu’effleurer nos poitrines, alors de là à pénétrer nos cœurs... Le groupe s’enfonce très rapidement dans une mélasse électro-folk qui sans être irritante, minaude trop pour charmer. Bref, les minutes s’enchaînent sans grâce, et les morceaux se répètent à l’identique. Heureusement qu’une pause est imposée entre chaque chanson, car j’aurais eu bien du mal à les différencier. L’aventure se clôture sur une reprise acoustique d’Only Swallow de My Bloody Valentine, assez bien tentée ma foi. Mais les Parisiens n’égalent en rien les mythique Irlandais, et livrent un dernier hommage trop pompeux pour être honnête.

5146211113_9a264f7009_z

Les vingt minutes de changement de plateau seront donc les bienvenues pour assurer la digestion et permettre au public de se mettre en jambe avant l’arrivée de Tame Impala, aussi en forme que décalé. En véritable laborantin, Kevin Parker en plus d’insuffler à sa musique une dimension cosmique, joint l’image à la musique en projetant les formes captées par les instruments, retranscrites par un oscilloscope. Des ondes s’étirant, se brouillant, jusqu’à parfois atteindre la symétrie parfaite dans ce qui semble être la projection d’une galaxie fantasmée en mouvement perpétuel. Chez nos Australiens, la gestuelle importe peu : le bassiste Nick Allbrock passera la moitié du concert dans un état semi-comateux, les yeux dans le vide, comme perdu dans ses pensées alors que Dominic Simper semble se noyer dans ses cheveux.

5146207463_b9ccfc82ab_z1

Mais très sérieusement, on sent dès le démarrage d’It's Not Meant To Be que nous n’assistons pas à n’importe quel concert. La voix de Kevin porte loin et s’élève au-dessus de nos têtes, répandant un sentiment d’apaisement. La salle plane à vingt mille lieux de ses baskets à l’instar des membres de Tame Impala, qui eux n’en portent pas. Redescente avec le popeux Solitude Is Bliss que l’assemblée connait déjà par cœur. Jeu de guitare bourdonnant et chant en écho, le combo abat la carte du single d’entrée de jeu et mon petit doigt me prédit qu’on pourra s’asseoir sur un rappel. S’enchaîne alors une démonstration de néo-psychédélisme à travers les puissamment aériens Why Won't You Make Up Your Mind? et Alter Ego avant de glisser vers le blues-rock le plus rêche sur Lucidity, véritable terrain de jeu pour Jay qui semble prendre un plaisir fou derrière sa batterie. Quelques mots lancés par Kevin sur son plaisir de revenir jouer à Paris (plantade sonore au Nouveau Caz’) permettront à celui-ci de lancer l’ambitieux Expectation prenant réellement toute sa démesure en live. Le titre qui pouvait paraître longuet sur l’album en devient fascinant de variations et scotche littéralement le public. Celui-ci sera pourtant désarçonné par les quelques minutes d’expérimentations de Kevin sur son oscillateur, tiraillant un signal sonore jusqu’au pétage de tympans. Il ne s’agit là que d'un intermède annonçant le glorieux Desire Be, Desire Go, track chevaleresque qui sera stoppé dans sa course par l’insertion de Sundown Syndrome avant de reprendre son ascension et de terminer sous une pluie d’applaudissements. Doté d’une rythmique unique et prenant des allures de charge héroïque, Desire Be, Desire Go reste après tout le morceau favori de la rédaction, provoquant dans nos chères têtes blondes de légers frissons à chaque écoute. Mais pourtant ma plus grande surprise viendra de cette reprise du hit nineties des bluebloy, Remember Me, repris à la sauce garage, sur lequel plane le fantôme de 13th Floor Elevators. Si j’avoue que tel le profane, je ne connaissais pas cette version de Tame Impala, elle est depuis devenue l’ode de mes nuits. En tout cas, l’assistance semble moins inculte et acclame le morceau furieusement, lui offrant les éloges qu’il méritait. N’en reste pas moins qu’en un instant, nos bushmen blancs injectent un peu du sang de Liverpool dans leurs cœurs de koalas. Et si Innerspeeker regorge pourtant de nombreuses pépites, c’est dans ses premières compos que le quatuor ira trouver le groove qui lui permettra de clôturer son show, Half Full Glass Of Wine baissant le rideau de façon grandiose sur un concert qui ne le fut pas moins. Bye bye, les Tame Impala tirent la révérence. Et non, pas la peine d’attendre, il n’y aura pas de rappel, je vous l’ai dit. Le public s’en va conquis, ayant l’impression d’avoir assisté à la naissance d’un nouveau mythe. Surveillez-les de près, ces gars là pourraient devenir les Beatles des années 10… Bon au moins ses Doors

Photos

Setlist

1. It's Not Meant To Be
2. Solitude Is Bliss
3. Why Don't You Make Up Your Mind?
4. Alter Ego
5. Lucidity
6. Expectation
7. Interlude
8. Desire Be, Desire Go
9. Sundown Syndrom
10. Desire Be, Desire Go (suite)
11. Remember Me
12. Skeleton Tiger
13. Half Full Glass Of Wine


On y était - Skinny Puppy

6Skinny Puppy, Paris, La Maroquinerie, le 15 juillet 2010

Aussi loin que je me rappelle, les monstres ne m’ont jamais effrayé. Quoi ?! Vous pensez que je me paye votre tête ? Et bien pas du tout. Tout môme déjà, je m’enfilais des plâtrées de films d’horreur, passant en revue les classiques de la Hammer, les péloches grand-guignolesquesdu non moins chtarbé Hershell Gordon Lewis, puis m’enfilant tous les slashers potaches 80’s (Freddy, Vendredi 13, Maniac Cop…) avec une régularité déconcertante pour un gamin de neuf ans. Cependant, je dois avouer avoir toujours éprouvé une certaine angoisse mêlée d’une fascination morbide face au légendaire cannibale dévoreur de chair infantile.Kevin Ogilvie ne pouvait donc pas trouver meilleur pseudonyme pour aiguiser mon appétit de découvrir ce qu’il se cachait derrière ce ridicule nom de groupe : « chiot maigrelet ».

Près de quinze ans après avoir commencé à me défoncer les tympans à coup d’électro-goth barbare et de schizo-indus tordu, je m’apprêtais enfin à découvrir, en live et en (mort) vivant, Skinny Puppy sur scène.Du pur inédit ! Nos Canadiens n’ayant pas foulé notre beau pays (ouais là j’exagère) depuis des lustres, c’est tout le gratin goth, indus et même métaleux qui s’était rameuté pour cette toute première date d’une tournée européenne déjà annoncée comme dantesque.Et là, je ne vous parle pas du premier cercle. Preuve en fut, la queue infernale devant une Maroquinerie qui n’affichait étonnamment pas sold out, mais exhibait un agglutinement disproportionnel et démentiel. Il fallait s’armer de patience pour pénétrer dans l’antre de la souffrance…

11



C’est d’ailleurs à peu près à ce moment que je remarquais que je n’avais pas vraiment respecté le dresscode, plutôt porté sur le corset, bottes trashville et panoplie Demonia pour les madames… Pour les monsieurs, jeans slim noirs, t-shirts à l’effigie de la concurrence : NIN, Front Line Assembly… Rassurez-vous, je resterai digne en évitant une chronique de leur dernier album cela dit en passant. Donc vous pensez bien qu’avec mon t-Shirt vert, mon jean bleu et mes baskets Nike, c’est un peu comme si je débarquais de la Gay Pride pour ces corbacs toujours en mal d’obscurité. Donc après m’être tapé une demi-heure de débat vide de sens sur la pseudo reformation d’ATR (Atari Teenage Riot pour les ignares) tenu par mes voisins de queue, j’entre enfin dans la salle où règne un capharnaüm de tous les diables.

L’installation est tout simplement surréaliste pour la petite salle de la Maroquinerie ; si l’on exclue le backline musical déjà imposant, la scène regorge d’éléments qui serviront à la diffusion de différents visuels, ainsi qu’un étrange caisson au-dessus duquel proémine un large écran LCD. Mais à quoi tout ceci peut-il servir ? Pas trop le temps de se torturer avec ce genre de questions… cEvin Key et un autre mec tout chelou débarquent sur scène. Dans la salle, les ténèbres se sont installées et d’étranges coulures envahissent les écrans alors que les premières notes de Love In Vein se font entendre. Le show peut alors commencer…

1

Le public, excité comme une puce, sautille, siffle, applaudit… Cependant, il manque un élément essentiel. La bombe est bien présente, mais toujours dépourvue de détonateur. Celui-ci apparaît en rampant, le visage dissimulé derrière un étrange masque conique, et vêtu d’un costume excentrique alliant camisole et combinaison de latex. La foule exulte alors, devant un Nivek Ogretoujours plus facétieux, mimant un vieillard se déplaçant à l’aide d’un déambulateur. Le morceau culte de Last Rights met d’entrée de jeu jeunes et vieux dans l’ambiance. OhGr captive de par sa gestuelle de pantin de bois et de sa voix rocailleuse, inondé dans un flux d’images distordues, noyé dans un magma de samples convulsifs… Un chien maigrelet certes, mais avec une mâchoire de cerbère.

La suite du spectacle se poursuivant par un mémorable Hatekill et l’indémodable The Addiction corrosif à souhait. Si le groupe laisse de côté pour le moment Mythmaker qu’il est semble-t-il venu défendre, celui-ci s’attarde pourtant à illustrer plus ou moins les thématiques. C’est ainsi que le spectateur est le témoin de la cure de jouvence opérée par Ogre fallacieux et outrancier, qui abandonne peu à peu ses prothèses mécaniques, semblant se repaître de l’énergie que lui procure le public.

4

La foule est alors en délire. Comment ne pas l’être devant cet étalage de beats monstrueux, de battements secs et furieux, de nappes râpeuses et nervurées, de spoken-word d’outre-monde…Un assemblage quasi-malsain de machines et de chair qui se font écho et recrachés à l’unisson. Un flux organique âpre se glissant insidieusement dans les tympans et glissant le long de la colonne vertébrale par les voies du système nerveux central. Oubliez votre corps, il n’est que la viande bonne à nourrir la bête.

Nivek Ogre se glisse alors subrepticement dans le caisson préparé à l’occasion, et la machine se remet en route. Un assaut violent frappe de plein fouet la Maroquinerie alors que l’aura du charismatique chanteur enveloppe la scène. Les images d’Ogre filmé depuis le caisson sont retroprojetées en négatif sur l’écran géant prédominant le plateau. Skinny Puppy est à son plus haut, et ne joue pourtant que depuis une quinzaine de minutes… Mon cerveau n’arrive plus à fonctionner, et je reste obnubilé par les images qui défilent devant mes yeux.

8

Il suffira d’une fraction de seconde pour me réveiller de ce merveilleux cauchemar. Un malheureux instant pour faire basculer mon état proche de la catalepsie à la déprime la plus profonde. Ce court moment sera celui où le groupe quittera subitement la salle, comme pris d’un excès de nerfs, laissant derrière lui un écran figé et grésillant, ainsi qu’une salle plongée dans l’incompréhension. Cinq minutes plus tard les lumières se rallument, éveillant chez le spectateurla crainte… Dix minutes plus tard, les organisateurs (D-Side) finissent par avouer qu’il s’agit d’une panne électrique indépendante à la salle (mouais, non-compatibilité entre le matos US et frenchie ouais !!!) et que le concert reprendra dans vingt minutes…Trente minutes plus tard, nos courageux orga n’ayant pas les couilles d’annuler le concert, ils préfèrent annoncer le report de celui-ci pour la fin août, prétextant que les billets seront toujours valables… Mouais j’aimerais bien voir ça ! Surtout que depuis, rien n’a été programmé dans ce sens et que le pauvre petit goth lambda venu du fin fond de Conflans-Sainte-Honorine doit être bien embêté à l’heure qu’il est.

C’est donc le moral dans les pompes que j’ai regagné mes pénates, gardant quand même en tête que quinze minutes de Skinny Puppy valent mieux que pas de Skinny Puppy du tout…


On y était - Serena Maneesh

serena-maneesh-11-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Serena Maneesh, Paris, La Maroquinerie, 8 juin 2010

Putain de rue Ménilmontant... J'ai toujours le chic pour passer par des endroits tordus moi ! C'est lessivé par le boulot, fracassé par une séance de kiné qui me laissa tout coton, que je me rendis à La Maroquinerie ce mardi soir. Mon objectif ? M'assurer que les Norvégiens de Serena Maneesh ne me laisseraient pas de glace. En attendant, c'est trempé de sueur que je retrouve Emeline qui m'attendait depuis une demi-heure. La langue pendante, le dos courbé, j'arrache les billets à la guichetière qui ne trouve même pas nos noms, et nous nous enfonçons dans l'antre glacée, ventilée par la Toundra.

pyjama-29-web

Nos Norvégiens n'avaient pas fait le déplacement tout seuls et avaient pensé à apporter leur Pyjama. Pas beaucoup de distance pour ces derniers, puisqu'il s'agit d'un trio parisien, mais loin d'être soporifique comme son nom pourrait le laisser présumer. Bien au contraire, nos saltimbanques en liquette déclenchent une vague d'hystérie dans la salle grâce à un démarrage noise qui sonne très Tortoise. Virant rapidement dans l'indie cool, nos trois larrons se tirent l'édredon au chant, sans se piquer la couverture l'un à l'autre. D'un morceau à l'autre, on passe du rock mélodique à la grenade noise à s'en faire péter les pressions de la grenouillère.
Seul truc qui me gave, les pauses longues, si longues... La batteuse qui a le chic d'y aller de son petit « Aaaaaaaaah ! On est bien ! ». Ça va, on a compris, mais nous on aimerait juste qu'elle tape un peu plus fort sur ses fûts et qu'elle ferme sa gueule entre les chansons et ce serait vraiment nickel. Reste qu'en attendant, Pyjama n'est pas une histoire de charentaises et que nos trois bonnets de nuit quittent la scène sans nous avoir chanté une berceuse.

serena-maneesh-6-web
La salle se vide durant le changement de plateau, et ne se remplira qu'aux trois-quarts pour accueillir nos têtes d'affiche. C'est un phénomène qui semble devenir récurrent, à mettre sur le dos de ceux venus applaudir leurs potes ou des programmateurs en recherche d'artistes valables pour leurs festivals d'été... Mystère ! Quoiqu'il en soit, Serena Maneesh s'installe dans le silence avant de débuter dans la brume. Beats électroniques sourds, nappe planante et hypnotique suivie de battements secs mais saccadés sur la batterie, le combo se voile d'une aura de mystère avant de vriller. Les saillies de guitare prenant le dessus, et les deux guitaristes poussent la distorsion à son paroxysme. Et là, on se dit : « Tiens chouette, voilà un concert qui s'annonce plutôt bien ». Comme quoi des fois, il faut apprendre à se taire.
Si Abyss in B minor paraissait un cran en-dessous de l'album éponyme de ces résidents d'Oslo, il semble pourtant que leur dernier bébé soit plus taillé pour la scène. Mais malheureusement, nous auront du mal à nous en faire une idée ce soir-là puisque c'est autour de son ancien répertoire que Serena Maneesh aura construit sa setlist. Un enchaînement de titres en montagne russe qui est loin de donner le vertige. Pourtant, tout n'est pas si mal, l'ensemble se muerait presque en un flot musical organique et heavy qui ne déplairait pas à Giger. Mais bon sang ce que c'est bordélique.

serena-maneesh-13-web

Emil Nikolaisen, en faux furieux, tente de s'adresser à la foule (mouais !) dans un anglais plus que passable, tandis que derrière lui le morceau suivant enchaîne. Le hic, c'est que celui-ci n'a pas eu le temps de choper sa guitare. Il nous refera bien la blague trois fois quand même. Une utilisation de  vocoder parfaitement inutile, la voix mal dosée, noyée dans le marasme des instruments. On attendait de voir Hilma chanter, ce sera pour une autre fois, celle-ci étant bien trop occupée à pousser le guitariste dans le décor et à lui marcher sur les pieds. Ce dernier, dans un élan de gaucherie, ira d'ailleurs jusqu'à citer son amour pour Dubuffet et la peinture impressionniste française. Oui, moi aussi j'aime beaucoup Munch et j'ai lu Ibsen, mais tout le monde s'en branle donc jouez !
Le scepticisme commence à prendre le pas sur la conviction lorsque le combo se lâche durant dix bonnes minutes qui s'avèreront retorses pour les oreilles. Le groupe se lâche sur un dernier morceau en escalier, ne lésinant pas sur les effets de réverb', faisant vrombir la scène sous le poids des déflagrations lourdes et tranchantes des instruments à cordes. Le batteur martèle ses caisses alors qu'Emil en transe foudroie sa guitare de plus en plus violemment avant de se jeter de la manière la plus pathétique qui soit dans une fosse vide. L'homme se roule à terre. Les spectateurs le regardent interloqués. Emil remonte sur scène de façon aussi navrante qu'il l'avait quittée. Serena Maneesh quitte la scène. Il n'y aura pas de rappel. Mouais, et moi qui pensait que le dernier album du quintet se savourerait en live, je resterai sans réponse à ma question et partirai avec  un avis mitigé. Reste que je n'avais qu'une envie à ce moment-là, enfiler mon pyjama.

Photos

[flagallery gid=46 name="Gallery"]

[flagallery gid=47 name="Gallery"]


On y était - WIRE + APSE

l_a2f7412ce8d44d14b9d2dad3f71ec942

APSE + WIRE, Paris, La Maroquinerie, le 21 mai 2010

Il est 22 heures 56, la salle de la Maroquinerie s'enflamme sous les hurlements de Colin Newman, je reste coi devant un bouquet final grandiose et regarde ébahi jeunes et vieux se débattre dans des pogos violents qui n'épargnent personnes au dam de certains. Wire transcende les foules dans une catharsis musicale explosive qui se clôt par un Lost Space abrupt, et qui vaudra au groupe une pluie d'applaudissement.

Il est 20 heures, je lambine devant les portes de la Maroquinerie. Je n'aime pas arriver trop tôt aux concerts, on se fait chier, on croise des têtes connues qu'on se sent obliger de saluer, on tourne en rond... Je préfère de loin me glisser discrètement dans l'obscurité, et jouir en solitaire du spectacle auditif et visuel de la représentation qui m'est offerte. Une certaine forme d'onanisme si vous préférez. Je ramasse donc les dix mille fly à l'entrée, et fait la queue pour récupérer mon ticket. Cependant la guichetière m'annonce que la première partie ne commence qu'à 20 heures 45. Je sors les crocs, puis me calme, après un Coca bien frais, je verrai la vie pleine de bulles.

2008-adam-scott-2

Il est 22 heures 16, presqu'une demi-heure que Wire a pris les manettes et nos papis semblent enfin décoller. C'est étrangement dans leur répertoire le plus ancien que les Brittons vont trouver de quoi faire remuer la salle. Lowdown est l'étincelle qui met le feu aux poudres, avant que de grosses déflagrations post-punk n'assènent la fosse de la salle de concert qui peu à peu va se métamorphoser en arène sanglante. Les bras volent, les corps se heurtent... Je n'ai pas mon protège-dents mais porté par les saccades sèches de batterie et les violentes riffles de guitares, je m'élance dans la partie. Avec ma bite et mon couteau, comme on dit du côté de chez Swan.

1977-annette-green

Il est 23 heures 23, j'ai des acouphènes plein les oreilles. Je m'extirpe douloureusement de cette chantre à bestiaux. Je croise Adrien de Jordan en sortant avec qui je discute quelques minutes, puis reprends ma route. Un demi-sourire vissé sur le visage, je rumine de n'avoir entendu Mannequin, MON classique du groupe, et reste sur cette impression un peu agaçante que la magie n'y était pas tout à fait... Le set avait beau être parfait, millimétré et réglé comme du papier à musique, il manquait un certain brin de folie. Le charisme bougon de Graham Lewis a beau être ce qu'il est, Wire accuse les années, et ça se ressent malheureusement. Un aficionado comme moi aurait sûrement préféré un set plus compact et incisif, plus bruitiste et donc centré sur la trilogie Pink Flag/Chairs Missings/154... Mais on ne va pas jouer les rabat-joies, ce n'est pas tous les jours non plus que l'on reçoit les demi-dieux du post-punk en France, et rien que pour ça, le jeu en valait la chandelle.

apse_favorite_credit

Il est 20 heures 50 et APSE monte enfin sur scène. Il était temps car cela faisait quinze minutes que je me tournais les pouces dans le noir. Pire, seulement une trentaine de personnes présentes dans la salle se dévisageaient avec ce qui paraissait être un brin de méfiance, ambiance Twilight Zone, brrrrrr. Première déflagration, mes tympans sifflent, à la seconde, je défaille. Le sextet envoie la purée, et sonne sacrément fort. Quelques obligations m'ayant un moment éloigné des salles de concerts, je me souviens à présent à quel point les chocs sismiques provoqués par la résonance acoustique peuvent être destructeurs. Seul bémol, APSE n'est pas le messie attendu, pire, sous des faux airs de cool Californians (ils viennent pourtant du Connecticut), ces jeunes fous furieux sont au prog-rock bizarre ce que Stabbing Westward est à Nine Inch Nails, une copie bruyante et sans saveur. Coincé entre un jeune vioque qui schlingue comme un putois et une blondasse figée dans les 80's se déhanchant méchamment dans sa robe rétro avec son look Kim Basinger, je commence à perdre pied. Le son ne fait que monter et accélère mon pouls d'un coup d'un seul. J'en aurais presque oublié à quel point la Maroquinerie est une salle à l'acoustique incroyable et l'ingé lumière se surpasse ce soir-là. Tambourinage carabiné, jeu de pédale (oui je parle du chanteur) maîtrisé, APSE prend finalement son rythme de croisière et transforme son set en brûlot rageur. Mes intestins en prennent un coup, la blonde me sourit et je lâche tout dans mon pantalon. Merde, fallait pas le chilli con carne.

apse

Il est 21 heures 46, le changement de plateau s'est éternisé. Mais c'est sous des acclamations tonitruantes que Colin Newman, Graham Lewis, Graham Gotobed et un petit nouveau dont j'oublie le nom grimpent sur le plateau. En face de moi, trentenaires furieux et néo-soixante-huitards (nés en 1968 j'entends) se tirent la bourre. Le show commence mollement comme les derniers albums de nos « câblés » adorés. En retrait, leur jeune nouveau guitariste semble à la traîne, et complétement hors-piste. Sorte de clone aux cheveux longs de Billy de True Blood, le gamin ne paraît pas tout à fait à son aise face aux vieux routards qu'il accompagne. Heureusement, on peut toujours compter sur la grogne et la sale trogne de Lewis pour l'ambiance, et la mécanique bien huilée d'un groupe qui baloche quand même 35 ans de carrière bien tassés. Là où des newbies se seraient cassé les incisives, nos pépés londoniens soignent leur retour à la scène, croisant britpop et expérimental-punk.

Il est 19 heures 48, la chaleur est assommante. Il y a quelques minutes encore je me trimbalais torse nu et en calcif dans l'appart de mes potes. Juste le temps de m'enfourner deux double-cheese, et me voici piégé comme une centaine d'autres dans le sauna de la rame de métro qui me conduit vers Gambetta. A cette heure-ci, je hais mes baskets, je hais mon jean qui me colle à la peau, je hais mon cuir qui se plaque à mon torse transpirant et malodorant... Mais je dois avouer que ces petits détails sont rapidement oubliés au fur et à mesure que la distance qui me sépare de la Maroquinerie se réduit. Je me demande alors innocemment si j'aurais dû me replonger dans la discographie des porte-étendard du mouvement post-punk ou si j'ai eu raison d'avoir souhaité rester sur mes souvenirs grandioses, me remémorant les tonnes de morceaux sur lesquels je m'étais tant déchaîné par le passé... Ce concert sera-t-il semblable à l'image que je m'en fais ? Mes héros seront-ils au rendez-vous ? Il n'y a qu'une façon de le découvrir.


LFSM #3 : Jesca Hoop + Trash Kit + John & Jehn

hoop-3-web

Photos©Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Jesca Hoop + Trash Kit + John & Jehn, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, La Maroquinerie, 29 mars 2010

Pour cette septième soirée parisienne du festival Les Femmes S'en Mêlent, l'équipe féminine d'Hartzine au grand complet - qui se compte sur les doigts d'un manchot estropié - s'est retrouvée à la Maroquinerie pour le concert très attendu de John & Jehn. Pendant que Vv trépignait d'impatience en se posant mille questions auxquelles vous trouverez les réponses un peu plus bas, Emeline s'est penchée sur la mise en bouche.

Jesca Hoop + Trash Kit

trash-kit-2-web

Habitant à l'autre bout du monde - Boulogne-Beach, enfin Boulogne-Bitch, en l'occurrence -, j'arrive en retard et en sueur à la Maroquinerie. C'est qu'il y en a, des côtes, dans le coin. Pas le temps de me rafraîchir le gosier, je fonce dans la salle. Premier constat : le lieu est occupé à 87,34% par des photographes (si, si, j'ai compté) dont environ 3,8% semblent de très mauvaise humeur ; pour l'ambiance, on repassera. Intriguée par les mélodies sucrées qui viennent de la scène, je me fais tant bien que mal une place sur le côté, face à deux choristes mi-nerd, mi-midinettes, comme en attestent leurs Ray-Ban oldschool et leurs tenues pailletées. A leur droite, un guitariste assis discrètement sur une chaise et à l'autre bout de la scène, un batteur également en retrait. L'attraction principale de cette première partie se trouve au centre - tiens, comme c'est étonnant - en la personne de Jesca Hoop, jeune auteur-compositrice californienne dont le deuxième album est sur le point de conquérir la France, et remplaçante au pied levé des Dag för Dag qui ont dû annuler leur tournée à la dernière minute. La première chose que je remarque, ce sont ses chaussures et sa chute de reins à faire pâlir d'envie... euh... moi, présentement. Pour ne rien gâcher, sa jupe taille haute galb... ah, on n'est pas dans un magazine féminin ici ? Bon, et la musique alors dans tout ça ? La jeune femme, dont le travail est soutenu par Tom Waits, délivre un folk simple mais subtilement mis en valeur sur scène par les deux choristes sus-citées dont les minauderies vocales donnent à l'ensemble une agréable sonorité sixties et acidulée. Quand ces dernières quittent la scène afin que Jesca profite seule de son final, ses morceaux perdent d'ailleurs un peu de leur charme. Jesca, oops.

Pendant que Vv se dévoue pour aller me chercher une bière - il faut bien que je me remette de toutes ces côtes et de la frustration de n'avoir pas pu me jeter sur Jesca pour lui arracher ses chaussures avec les dents -, j'essaye de conserver ma place au premier rang, mais la dispute qui éclate entre certains photographes me convainc de la céder. Je garde quand même un oeil sur eux au cas où une bagarre à coups d'objectifs à trois mille euros dans la face éclaterait - ça pourrait lancer ma carrière de journaliste sportive, qui sait. Malheureusement pour moi, le calme semble revenir. Une autre fois peut-être ?
Pendant que la colère grondait dans la fosse, les trois filles de Trash Kit ont mine de rien eu le temps de s'installer de l'autre côté. Je découvre leurs costumes avec amusement : Ros Murray, ex-bassiste d'Electrelane, a l'air d'avoir quinze ans dans son costume d'Halloween tandis que Rachel-la-guitariste traîne son short de catcheur et ses chaussettes sur le sol poussiéreux et que Rachel-la-batteuse semble avoir pioché n'importe quoi dans son dressing avant de partir pour Paris. Et leur musique s'avère aussi colorée que leur accoutrement : mélange primaire de punk et de power-pop puérile, leurs morceaux fracassants réjouissent l'assemblée en aussi peu de temps qu'il en faut pour l'écrire. C'est le cas de le dire : les chansons durent parfois à peine plus de trente secondes, mais elles sont si énergiques qu'il n'en faut pas plus pour retourner la salle. Ça danse à ma gauche, ça remue les cheveux à ma droite, et j'ai moi-même une irrépressible envie de sauter partout en hurlant. Mais ça, Rachel-la-guitariste ne manque pas de le faire. Rachel-la-batteuse, qui l'accompagne au chant, frappe tout ce qu'elle peut sur ses fûts, mais toujours avec dignité : pas de mimiques constipées indiquant que "oh là là, regardez comme c'est difficile, ce que je joue", mais au contraire un air amical qui lui donne d'ailleurs un curieux air d'Ellen Page, ce qui a le mérite de la rendre immédiatement sympathique à nos yeux. Le prototype de la copine un peu folle, quoi. Ros reste d'ailleurs très près d'elle pendant tout le set, comme si elle avait besoin d'un soutien bienveillant pour être rassurée. De la même façon, elle ne s'adresse jamais directement au public, mais transmet ses remarques à Rachel-la-guitariste afin que celle-ci les répète dans le micro : "Ce concert est dédié aux queers !" C'est qu'elles ont des balls, ces filles-là.

Photos

[flagallery gid=19 name="Gallery"]

[flagallery gid=20 name="Gallery"]

John & Jehn

john-jehn-29-web

Ah qu'il est difficile de faire le report, et donc la critique d'un groupe dont vous connaissez l'album de bout en bout pour l'avoir fait tourner sur votre platine ad nauseam ! Time Of The Devil, qui a contrario de ce qu'il proclame, m'a apporté lumière et énergie positive en cette fin d'hiver interminable, m'est apporté sur un plateau ce soir par ses deux instigateurs lovers. Je suis presque nerveuse. Comment vont-ils parvenir à jouer cet album qui hésite mille fois entre influences gainsbouriennes et eigthies flamboyantes ? Comment équilibrer les différents plans, la voix très présente, les claviers dominants ? Cette question, John & Jehn ont dû se la poser en long et en large avant l'un de leur premier live sur ce nouvel album. Et pour l'instant, si l'équilibre des forces n'est pas encore résolu, le duo semble parti pour s'envoler très haut.
Après deux premières parties dont Emeline n'a pas raté une goutte, abonnée aux premiers rangs des photographes, le duo sexy se mêle aux roadies pour installer le matos, nous laissant entrevoir une impatience dopée à l'adrénaline. Les fans de la première heure sont présents, hypnotisés par la présence magnétique de Jehn, le regard intense braqué sur la console. Cette fille-là n'a pas fini de nous en faire voir. Arrive une blondinette pailletée de la tête aux pieds que nombre d'entre nous reconnaissent : Maud-Elisa alias Le Prince Miiaou empoigne ce soir la guitare pour accompagner J & J, auxquels s'ajoute un batteur goguenard, remplaçant les boîtes à rythme que les Franco-Londoniens utilisaient à leurs débuts.

Shades et Vampire inaugurent le set. Pas mes préférées je dois dire. Le public qui (malheureusement pour lui) ne connaît pas ces nouveaux titres reste statique, les deux lovers pourtant bien décidés à nous faire vibrer. Avec une production aussi léchée sur l'album, il était évident que le son allait en prendre un coup. Et si J & J ont décidé d'un parti pris, c'est bien celui de sonner rock jusqu'à la distorsion. Ce choix prend tout son sens avec Ghost qui atteint enfin le public apathique par la puissante interprétation de Jehn et une énergie brute à donner la chair de poule. Bien différente de la version studio, et à bien des égards plus réussie. Le charme semble se prolonger, et je commence sérieusement à prendre mon pied, oubliant presque ma mission de la soirée pour me perdre un peu dans l'univers de B.O. du duo sexy... Suit le single Time For The Devil, comme l'annonce un John à la voix grave et profonde, finissant de connecter le groupe et la salle pour un moment électrique à souhait. Make Your Mum Be Proud, extrait de leur premier album, se termine avec une Jehn épique, lançant son "Proud !" à la foule emballée qui finira par le scander en cœur, comme le slogan d'une campagne largement plébiscitée. Ce que je trouve particulièrement intrigant et qui me tiendra en haleine comme bon nombre de fans ce soir, c'est cette alchimie discrète mais prégnante entre les deux (excellents) musiciens. Ils n'auront pas un geste évident l'un envers l'autre, mais les regards et la sourde tension entre eux alimentent l'énergie presque sexuelle de ce live. Et leurs "accompagnateurs" de ce soir se mêlent sans accroc à cette sauce bien dosée. Dommage que la balance leur ait joué des tours ce soir. Sur Oh My Love, la voix de Jehn reste à peine audible alors qu'elle devrait occuper tout le premier plan avec les claviers sixties, eux non plus pas assez poussés. Ces détails pourtant prégnants pour n'importe quelle prestation en live s'oublient presque face à l'évidence de leur talent. Après un rappel pour la forme, le groupe finira en beauté avec Shy, petite merveille eighties à mourir, qui réussira le miracle de faire remuer le public de la Maroque, conquis une nouvelle fois par les amants terribles de London Town.

Photos

[flagallery gid=21 name="Gallery"]


On y était - Les Nuits de l'Alligator

alligatorvisuelprovinceneutreLes Nuits de l'Alligator, Paris, samedi 27 février à la Maroquinerie

Programme alléchant et ultra-buzzé ce samedi à la Maro. La sauce a monté toute la semaine grâce à l'un de nos célèbres concurrents, résultat : plus une place, les prix au black relevant du grotesque pour cette petite soirée aux accents bluesy. La raison d'une telle excitation ? Clues. Leur premier album modestement intitulé Clues (2009) est passé à peu près inaperçu au moment de sa sortie. Leurs lives ont largement rattrapé cette injustice, bouche à oreille aidant, nous y voilà ! Mais avant de découvrir ce bijou canadien, nous allons avoir droit à un début de soirée épique...

She Keeps Bees ouvre la danse, la rage au bord des lèvres. Combo minimaliste hyper réussi : Jessica Larrabee et son batteur Andy Laplant nous plaquent au sol avec un rock des marécages, râpeux à souhait. La voix de cette chanteuse n'est pas sans rappeler Cat Power, Patti Smith et même parfois Janis Joplin. Elle s'avère d'autant plus impressionnante que les titres s'enchaînent sans baisse de régime. Cette grande brune à l'allure Girl Next Door, qui s'enrage contre sa guitare, jure d'impatience comme prise au dépourvu, nous livre un live simple, brut et beau. Rien à dire, son armée d'abeilles a produit un nouveau genre de miel, bien relevé en bouche.
Arrive un type à la casquette de capitaine. Turner Cody ? Mmm non. James Levy fait son apparition, guitare en bandoulière, seul et triste (parce qu'il n'était pas annoncé au programme ?). Quatre titres beaux, tristes et prévisibles plus tard, non sans humour, le chanteur nous demande si nous voulons un titre fun. "What ? You're here to party ?" C'était une blague bien sûr. Et pan ! Un dernier hymne à la déprime pour une danse macabre sur la tombe d'un petit garçon, décidément, le bayou n'est pas loin...

2010-02-27-0059La scène s'installe dans un joyeux bazar d'instruments, une, deux, trois batteries. La salle respire, pleine comme un oeuf, il est temps de se mettre a table. Deux barbus font leur apparition. Sourires en coin, chapeaux et vieux costumes étriqués, ces deux-là étaient faits pour s'entendre. Le rouquin (un peu pété) Turner Cody et le brun taciturne Ya Ya (Herman Dune) improvisent une sorte de parade nuptiale de zicos sur la scène de la Maro. Le featuring se concentre essentiellement sur les morceaux bien blues de Cody, qui a invité qui ? Peu importe, le numéro fonctionne à merveille. Les deux barbus hirsutes se surpassent dans cette battle qui n'en a pas l'air, Ya Ya les yeux rivés sur les doigts magiques de Turner Cody. Les deux grands oiseaux déplumés enchaînent les pas de danse improvisés, on s'amuse avec eux. Cody, en entertainer borderline, assure le show avec des textes d'anthologie entre chaque morceau. "I never understood the point of wearing powdered wiggs" Tout le monde se regarde, essayant de se remémorer les cours d'anglais antédiluviens... Neman le batteur finit par interrompre le soliloque de Cody "No one understand what you're sayin' man" Fou rire, et riffs bien envoyés. C'est un vrai bon moment, on se croirait presque au saloon un soir d'été sur les bords du Mississipi. Pause, mes jambes commencent à avoir du mal à me tenir.

2010-02-27-0081Arrive un nouveau barbu, la ray-ban est noire, la toque est vissée sur le crâne malgré une chaleur torride. Un clavier trafiqué. Clues ? Mmm, non. Un deuxième inconnu à la dégaine Berlin 1920 fait son entrée, sort une flûte de sa mallette. Les lumières s'éteignent. Le duo à l'allure théâtrale va nous plonger pendant cinq minutes dans une ambiance moyen-orientale des plus inattendues, encore une surprise au programme. Le raybanisé toqué envoie de gros sons tripant avec son clavier, et pousse une mélopée en ce que l'on suppose être de l'arabe, son acolyte étrange sosie de Christopher Walken souffle dans sa flûte mystique venue toute droit du souk cairote. Et c'est terminé en moins de temps qu'il en a fallu pour installer et désinstaller leur matériel. C'était Jerusalem In My Heart. Pause. Sifflage de bière. Aspirage de nicotine. Les derniers invités surprise ont laissé le mystère de leur intervention flotter dans l'air saturé de la salle.

2010-02-27-0103Enfin notre patience est récompensée par l'arrivée des cinq Canadiens de Clues. Deux batteurs, dont le fondateur du groupe Brendan Reed (présent dans la formation originelle d'Arcade Fire avant Funeral), deux claviers Ben Borden et Nick Scribner entourant Alden Penner (déjà à l'oeuvre chez Unicorns). Pas le temps de faire les présentations, le groupe envoie Haarp, et l'on comprend immédiatement les influences multiples qui foisonnent dans l'esprit de ces types. Rien à voir avec Arcade Fire à qui on les compare souvent. Et pourtant, on décèle une emphase théâtrale dans l'intense présence de Penner, qui n'est pas sans rappeler ces "autres" canadiens. Ce dernier, étrangement vêtu de marron de la tête au pied, le crâne rasé de près, ne se départira pas une seconde de son sérieux. Comme si sa vie (peut-être) tragique y était contée. Arrive le single Perfect Fit. Etrange morceau. Tout commence au piano, la voix de Penner monte, accélération. Pause. Envolée vocale. Batterie rapide. Accélération. Envolée. Et brutal changement de rythme pour un final aux antipodes de l'intro. Je n'aime pas résumer un live, ou un groupe, mais Clues semble quand même accroché a ce leitmotiv bien installé. Et le volume est tellement fort, que je vois mes compères de show froncer les sourcils à chaque fois qu'une montée va exploser dans nos oreilles... C'est sur, Clues sait souffler le chaud et le froid comme personne. Le contraste entre la voix de Penner et le martèlement des deux batteries cloue le public. La rage des Pixies, la douceur mélancolique proche de Radiohead période Ok Computer, et la déglingue de Pavement aux entournures. Tout nous renvoie à ces groupes qui ont inventé leur propre langage musical. Sauf peut-être Muse, et oui je sais, ça fait bizarre de citer un groupe de rock FM qui remplit le stade de France mais on ne peut ignorer une ressemblance parfois confondante dans les fameuses envolées vocales du chanteur à tendance schizo. Après un rappel à la limite du couvre-feu, Reed le batteur viendra timidement au micro, entonner You Have My Eyes Now, émouvant final à un concert secouant. Il nous laissera impatient de revoir Clues avec un nouvel album à nous mettre sous la dent.

Bonus

She Keeps Bees - Gimmie
Tuner Cody - Iren
Clues - Perfect Fit


On y était - Chokebore

Chokebore, Festival Super Mon Amour, 19 février 2010, la Maroquinerie.

Chokebore.(c) Magali Boyer / www.magaliboyer.com

Il est très difficile de conjuguer rigueur journalistique et amour de jeunesse. Forcément, lorsque j'ai su que Troy Von Balthazar, James et Jonathan Kroll et Christian Omar Madrigal Izzo reformaient Chokebore, ce fut l'immédiat branle-bas de combat dans ma boîte crânienne déjà perturbée. Peut-être l'unique occasion de les revoir, de sentir à nouveau cette énergie brute s'éprendre de mes membres, peut-être aussi la dernière occasion de les rencontrer, de leur poser les mille questions qui se bousculent au portillon de ma jeune conscience professionnelle. Que dire aussi de cette sensation étrange de les avoir quitté hier et de les retrouver sept ans plus tard. Flash temporel, j'étais parmi ceux qui, un soir d'avril 1998, dans la petite salle du Chabada d'Angers, avaient tutoyé les cimes de l'ivresse rock dans un concert bouillonnant et agressif comme je n'en ai plus revu depuis. J'avais dix-huit balais et le groupe présentait son quatrième disque, presque à domicile, Black Black ayant été enregistré par Peter Deimel au studio Black Box d'Angers fondé par le regretté Ian Burgess. La fatigue de tournées interminables ne se lisait pas encore dans leurs yeux. Disponibles, emprunts d'une générosité sans pareille, le groupe ne rechignait pas à discuter avec les quelques fans restés après le concert. J'en étais bien sûr, muni de l'intérieur du livret de Montionless, voyant Troy s'envoler à la renverse, photocopié en A3. Ils s'en étaient amusés, chacun d'entre eux gribouillant, à mon plus grand plaisir, diverses annotations. Troy, lui, avait ajouté une légende à cette photo le représentant. Quelques mots gravés au fond de ma rétine pour un long moment : i'm jumping for my life and i hope i make the landing. Un condensé de ce qu'était Chokebore à mes yeux ébahis : entre décharge d'électricité frustre et romantisme d'une voix profonde et torturée, entre sagacité des mélodies et coloration d'un vide existentiel. Le gris terne, celui du doute adolescent, qui se trouvait là constellé poétiquement d'émotions pures, sans concession dans leur entièreté.

Et puis, ces concerts, qui ont fait leur nom, ont fini par les lasser. Troy le premier, désirant quitter les mers démontées de la distorsion pour gagner, seul, la quiétude de la composition acoustique. It's a miracle clôturait une discographie, dont il sera bientôt question dans ces pages, avec ce morceau de bravoure, sans appel, She Flew Alone, dernier ressac acrimonieux du groupe avant l'éclatement et la dispersion. Chacun poursuivit alors ses propres chemins de traverse, Troy vivotant de part l'Europe, la guitare sous le bras, Jonathan installé à Berlin, se consacrant à sa peinture et à sa famille. Rien ne laissait supposer que la porte à une reformation demeurait entrebâillée. Rien, sauf peut être entendre Troy chanter, seul face au public, uniquement muni de sa guitare et de quelques pédales d'effets, certains morceaux d'A Taste For Bitter et de Black Black. L'essence de Chokebore a toujours coulé dans ses veines, il l'admet, et c'est au moment où l'électricité le démangeait de plus en plus que l'idée s'est imposée d'elle même : retrouver son groupe, faire quelques concerts, prendre du bon temps et temporiser pour la suite. Pas une promesse mais bien une une perspective. C'était sans compter sur l'engouement qu'une telle décision allait provoquer pour un public qui n'a rien oublié d'eux, et qui, au contraire, s'est même élargi. En ce 19 février à la Maroquinerie, on croise aussi bien des jeunes têtes blondes que de vieux briscards de la scène indé. Cette date unique en France (pour le moment) fut annoncée début novembre. Quelques jours suffirent pour que le concert affiche complet. Comme on dit dans le jargon propre à ce week-end de festivités, c'est une SUPER ! bonne pioche. Une de plus.

Ce n'est qu'en janvier que l'on sut que le "Chokebore + guest" s'était converti en "Chokebore + Prince Miiaou". Chat échaudé ne craint pas toujours l'eau chaude, dire que j'ai volontairement évincé le Prince Miiaou ne correspond pas à l'exacte réalité des choses. Et ce malgré la prestation tout en contrastes de Maud-Elisa Mandeau lors du Mo'Fo' 2010. Happé par la mise en boîte captivante de l'interview de trois des quatre Chokebore, James, le bassiste, ayant préféré laisser son frangin répondre en son nom, je mets un certain temps à rassembler mes idées, fatalement submergées par la générosité et la simplicité qui se dégagent de leurs regards et de leur paroles rassérénées. Je les quitte, un brin ailleurs. Le Prince Miiaou, imposé par Chokebore au programmateur du festival, débute son set, le temps pour moi d'aller épancher ma soif et mes premières impressions sur un coin de comptoir salement fourbi. Quelques minutes s'évanouissent entre regards étourdis et bouts de cigarettes rougeoyants et c'est dans une drôle de cohue que je pénètre dans une Maroquinerie pleine à craquer. Le public est bigarré, venu des quatre coins de l'hexagone pour l'événement, formant une masse compacte et indistincte se répandant dans les moindres recoins de la salle. La tension est palpable jusqu'à l'étincelle, l'embrasement qui s'empare comme un seul homme de l'assistance lorsque la lumière décline. Troy et Jonathan (guitare) prennent place, le sourire aux lèvres, suivi de près par James et Christian (batterie). Le groupe est dans sa configuration d'A Taste for Bitter (1996), ce qui explique le peu de morceaux joués extraits des deux précédents albums (Motionless, 1993 et Anything Near Water, 1995).

Troy, de son rire reconnaissable entre tous, avoue être content d'être là, remerciant déjà la foule de sa bienveillance, signe qu'ils ne se reforment pas pour rien. We're going to have fun tonight siffle-t-il entre ses dents que déjà les accords acérés de Ciao L.A. retentissent dans toutes les caboches d'une assistance déjà conquise. Un morceau d'entame tout sauf anodin puisque son refrain était le signe d'un groupe qui en avait assez de s'époumoner sur les routes... I'm looking back against the tour of Black Black... Ils reprennent les choses là où ils les avaient laissées sept ans plus tôt, égrainant fiévreusement deux morceaux d'It's a Miracle dont Little DreamA Taste For Bitter puis Popular Modern Themes insinuent dans leur registre différent la marque de fabrique de Chokebore, cette faculté à ériger la tristesse et la mélancolie en moteur à explosion. Les têtes hochent, les lèvres dessinent les paroles de chaque couplet, refrain, les yeux se ferment, s'écarquillent. Narrow et la basse saisissante du fantasque James remuent les premiers rangs quand Days of Nothing, de son chant désabusé repris de mille voix, suggère dans la moiteur environnante la magnificence du désespoir amoureux. S'ensuit le moins connu, Sections, enchaîné à un She Flew Alone tout en intensité dramatique, présent sur Strange Lines EP , que certains prendront pour ce qu'il n'est pas à savoir une nouvelle composition. Troy, le visage inondé de sueur, commence à demander les faveurs du public pour la suite à donner au set. Il joue, le groupe suivant rigoureusement sa setlist pré-établie, mais c'est avec un amusement non feint qu'il reçoit l'entière discographie de Chokebore criée à la volée... Jonathan glisse un arpège et Police s'étire alors dans toute sa fragilité du long de ses sept minutes, laissant à chacun un répit de circonstance.

[flagallery gid=8 name="Gallery"]

(c) Magali Boyer / www.magaliboyer.com

La guitare ciselée de Bad Things puis la rage écorchée d'Alaska électrisent à nouveau un public de plus en plus chancelant, la température monte irrémédiablement, quand Person You Chose finit de me convaincre que ce concert est en courant alternatif, le groupe ayant choisi d'alterner ses morceaux les plus doux et mélancoliques à ceux les plus durs et revêches. Exemple encore avec It Could Ruin Your Day, où Jonathan prend un malin plaisir à faire pleuvoir les décibels, et The Perfect Date et son rythme poisseux qui concluent un set semblable à une succession de sauts de haute voltige. La foule suintante exhorte le groupe à revenir, les applaudissements tempêtent et c'est James le premier qui réapparaît. Il rigole, plaisante avec le public, et reprend sa basse entonnant les premières notes du déglingué One Easy Pieces à la puissance mélodique de feu. Immédiatement après, Troy promet a good depressive song, celles qu'il affectionne tant, et c'est You Are the Sunshine of My Life qui caresse mes oreilles le temps d'un flirt avec l'absente, celle qui enchante mon être, aujourd'hui lessivé de satiété. A concert exceptionnel, final d'anthologie, les premières notes sibyllines de Coat font naître un émoi hors du commun dans la salle, avant que celle-ci n'explose littéralement dans un déluge sonore non loin du chaos. Troy brandit sa guitare d'une main, salue la foule, remercie avec émotion chacun d'entre nous, Christian, ruisselant de sueur, jette ses baguettes au milieu d'un public pantelant. Les lumières bousillent les yeux, hébété je regarde mes pieds, personne n'ose s'en aller. Le trop plein d'émotions se dissipe dans le silence du chacun pour soi.

Pour l'occasion de cette mini tournée européenne, le groupe a compilé quelques titres rares ou en version inédite. Je cherchais des yeux ladite compil' à l'entrée, ne trouvant que Les, fidèles au poste, Boutiques Sonores, et c'est Troy, Jonathan James et Christian, revenant ensuite sur scène, démunis d'instruments mais les cartons bien pleins, qui en assurent eux-même le merchandising. Chose étonnante pour le quidam mais qui ne me surprend pas. Ces quatre là ne font pas de la musique comme tout le monde, ils aiment le contact et s'en nourrissent, avec enthousiasme.

Pour le moment, nous disent-ils, rien n'est planifié. Il se murmure que cette tournée peut leur donner envie de concrétiser discographiquement ce retour. Et à lire le statut facebook de Troy - TvB damn good chokebore shows. My mind is blown out of my head hole. So happy to play with the chokebore again ! - c'est en bonne voie. Chokebore est de retour. Qui a dit que 2010 commençait mal ?

Thibault

Merci à Troy , Virginie, Florent pour son aide et son magnifique travail sur le site du groupe ainsi qu'à Magalie pour ses instantanés de toute beauté.

Set list

Ciao L.A. (It's a Miracle)
Little Dream (It's a Miracle)
A Taste for Bitters (A Taste for Bitters)
Popular Modern Themes (A Taste for Bitters)
Geneva (It's a Miracle)
Narrow (A Taste for Bitters)
Thin as Clouds (Anything Near Water)
Days of Nothing (A Taste for Bitters)
Sections + She Flew Alone (Strange Lines EP + It's a Miracle)
Lawsuit
Police (It's a Miracle)
Bad Things (Anything Near Water)
Alaska (Black Black)
Get Blonder aka Wicked Wendy
Person You Chose (It's a Miracle)
It Could Ruin Your Day (A Taste for Bitters)
The Perfect Date (Black Black)
------
One Easy Pieces (A Taste for Bitters)
You Are the Sunshine of My Life (Black Black)
Coat (Motionless)

Compilation

1 Pop Mod (demo version)
2. Ciao L.A. (alternate recording)
3. Sections (extended version)
4. You Are the Sunshine of My Life (live @ La Cigale)
5. Snow (live @ La Cigale)
6. I Love the Waiting (alternate recording)
7. Be Forceful (Strange Lines version)
8. Brittle and Depressing
9. Her Majesty (Beatles cover)
10. Person You Chose (demo version)
11. Pink Deluxe
12. Speed of Sound (acoustic version)
13. One Easy Pieces (live in Finland)
14. 29 Mile Wind
15. Throats


On y était - Local Natives / Young Man

localnatives_tom_01Local Natives, Paris, La Maroquinerie, 17 février 2010

"Ce soir, Local Natives concert complet"
on est averti: ce soir ça va chauffer à la maroquinerie! Effectivement ça se confirme, à 19h il y a déjà la queue devant la salle. En avant pour le premier rang, face à la scène.

Young Man

La bonne petite surprise de ce début de soirée. Vous ne connaissez pas Colin Caulfield? Ce jeune homme de 20 ans sévit depuis un peu plus d'un an sur Youtube en reprenant seul à la guitare les Beatles, Beach House, David Bowie ou bien Animal Collective...Gêné à son arrivée sur scène, il glisse timidement ces quelques mots au public "Last time I played in Paris , I didn't say my name... I'm Young Man". La dernière fois, c'était tout simplement en première partie de Deakin comme quoi...
Passé le trac de la première chanson, Young Man nous dévoile tout son univers résolument folk. Fraîchement signé sur Kitchen Music (Coming Soon, Yoyoyo Acapulco, Alan Sparhawk), le premier LP de Young Man "Boy" ne devrait pas tarder à sortir. A suivre...

[flagallery gid=7 name="Gallery"]

Local Natives

Drôle de parcours que celui des Local Natives. Celui d'un groupe sans prétention de Los Angeles qui se fait remarquer après une série de concerts en Angleterre et qui petit à petit s'impose comme la révélation indie rock de ce début d'année. Après un passage remarqué en première partie de Peter, Bjorn & John en octobre dernier, nos 5 amis Californiens viennent enfin présenter sur scène leur premier album Gorilla Manor, sorti dans l'ombre de celui des Vampire Weekend. Seul France Inter et Bernard Lenoir (ndlr) avait flairé le potentiel du groupe en les invitant à leur black session. La reconnaissance en France viendra en ce début février avec une mini tournée qui les verra passer par Canal + pour l'album de la semaine , et des concerts "sold out" à Paris ou pour la Route du Rock, excusez du peu...Le succès outre-atlantique ne saurait tarder: en effet leur album sort ces jours-ci sur Frenchkiss Records (Passion Pit, The Dodos, The Antlers...) et vient d'être plébiscité par Pitchfork.
Revenons au concert, les cinq membres du groupe déboulent sur scène tout sourire et décontractés, parlent avec le public en réglant leurs instruments, des gars cools et sans prise de tête comme on les aime! La qualité première sur leur album se retranscrit totalement sur scène: mélange de douces mélodies orchestrales et des titres entraînants comme Sun Hands ou Camera Talk. Leur énergie sur scène est contagieuse: dans le public, ça tape du pied, ça chante, ça applaudit sec, ça pousse pour prendre des photos ou être au premier rang pour admirer les beaux musiciens (les filles à ma droite avaient une petite préférence pour le bassiste). Le groupe est surpris de leur nouvelle notoriété et l'enthousiasme qu'ils provoquent, en particulier à la fin de leur single Airplanes: "hey, thank you we won't go yet guys, we still have a couple of songs!!!" Encore une dizaine de minutes de plaisir supplémentaires. On ne va pas dire non!
Une dernière preuve si vous doutez encore de leur sympathie. Après le concert, les membres du groupe vont à la rencontre de leurs fans pour signer des autographes ou bien discuter tout simplement... la grande classe! Oui j'ai fait dédicacer mon vinyle et alors??!!?? Toujours pas convaincu: allez regardez ce dossier. Si vous voulez les voir, il faudra patienter jusqu'à cet été...

[flagallery gid=6 name="Gallery"]

Bonus