Johnny Hawaii l'interview

Difficile de décrire autrement la musique ondoyante du Marseillais Olivier Scalia, et de son projet solitaire Johnny Hawaii, autrement qu'en la ramenant à son élément premier : la mer. Celle d'huile léchant paisiblement quelques doigts de pieds en éventail, celle agitée, ravissant de ses lames, une soif inextinguible de sensations fortes. Il est presque impossible d'ailleurs de traverser par l'écoute ses tribulations hypnotiques sans se sentir parcouru, presque immédiatement, d'un alanguissement classique des périodes estivales caniculaires. Dédaignant les mélodies pour les loops et arrimant sa ligne de flottaison à la répétition de motifs sonores en perpétuelle recomposition, notre homme s'intime tel le double antithétique d'un High Wolf s'étant épris de surf music, ou d'un Matt Mondanile de Real Estate et Ductails ayant découvert pied au plancher l'ayahuasca, balayant le sable le plus cramé de soleil de ses vagues auditives génialement paresseuse et « où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée » (lire). Quatre ans après un split partagé avec l’Américain Dan Svizeny de Cough Cool (lire), et trois après son premier LP Southern Lights (lire), le Phocéen vient de révéler le 21 mars dernier, une nouvelle fois via La Station Radar (lire), son second album New Age On A Board, aussi aéré qu'apaisé. L'occasion idoine pour lui poser quelques questions, en plus de lui soutirer une mixtape pour le moins relaxante. Fermez les yeux, il est lundi, les vacances sont proches, et l'onirique morceau Fluoreswamp est en écoute exclusive ci-après.

Audio (PREMIERE)

Olivier Scalia aka Johnny Hawaii l'interview

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Photo © Fleur Descaillot

Cela fait presque trois ans que tu as sorti ton premier LP solitaire Southern Lights. Était-ce compliqué de lui donner une suite ou as-tu préférer prendre ton temps pour essayer de le faire vivre un maximum, notamment par le biais de concerts ? Qu'as-tu fait pendant ces trois longues années ?

Il y a deux raisons principales aux (presque) trois années écoulées entre les deux albums. La première est qu'effectivement j'ai pas mal joué après la sortie de Southern Lights. Il y a eu plus de dates que je ne l'espérais, de bons festivals et il a fallu bosser le live, donc pendant un an tout le temps dédié à la musique le fut aux préparations de concerts. Ce n'était pas calculé, ça s'est présenté comme ça. Et Southern Lights  a bien vécu!

La deuxième est que pour le nouveau disque je voulais laisser les choses venir. Je m'étais mis la pression pour Southern Lights, c'était mon premier LP et j'ai parfois un peu perdu les pédales pendant l'enregistrement. Donc, du temps pour enregistrer, puis attendre les dispos des personnes avec qui le label et moi souhaitions travailler pour le mixage et le mastering, concevoir la pochette, ajouté aux délais de pressage du vinyle...tout ça a pris une année supplémentaire.

Ton prochain album, New Age On A Board sort ce mois-ci. L'inscris-tu dans la continuité du précédent ou as-tu opéré une rupture dans ton procédé d'écriture ?

Avec ce nouvel album, je voulais pousser un peu plus loin les idées développées sur Southern Lights. Le procédé d'écriture est peu ou prou toujours le même, je crée une ambiance sonore en triturant samples et synthétiseurs, puis viennent les percussions et la basse. Les guitares arrivent toujours en dernier.

J'ai cette fois-ci davantage travaillé sur le son. Je tenais aussi à ce que les musiques d'arrière plan, les « ambiances » donc puissent tenir debout toutes seules à la manière d'un véritable album d'ambient music, qu'elles ne soient pas purement décoratives.

L'une des permanences entre les deux albums est cette façon très particulière que tu as de sculpter une certaine idée de la mélancolie sur les sables mouvants d'un alanguissement instrumental. Quelles émotions tentes-tu d'émettre via tes compositions ?

J'ai découvert et réalisé que mes morceaux dégageaient mélancolie et langueur en lisant les chroniques du dernier album, là ou moi je ne voyais que laisser-aller, « coolitude ». Il va falloir que je commence à accepter mon spleen... Plus sérieusement, je n'essaie pas tant de transmettre des émotions que de créer une ambiance, un cadre, poser l'auditeur à un endroit qu'il va devoir explorer lui-même.

Une autre permanence évidente : la durée des morceaux, longue, et l'absence de chant au profit de fields recordings plaçant la nature et les éléments au cœur de tes morceaux. L'expérience musicale signifie-t-elle pour toi l'idée de voyage introspectif, à la manière de ce que peux faire High Wolf, et l’irruption des piaillements d'oiseaux ou du bruit des vagues possède-t-elle à tes yeux une symbolisation autre que figurative ?

Oui, il s'agit de ça, fermer les yeux et creuser en soi, à la recherche de territoires inconnus. Le chant des oiseaux est la porte d'entrée de ce monde intérieur, il est là pour te signifier que ça y est, tu l'as pénétré. Les vagues sont le véhicule, elles vont faciliter le périple, te porter d'un bout à l'autre du voyage.

Plus techniquement, je ne chante pas parce que je suis un mauvais chanteur. Quant à la longueur des morceaux, c'est un choix conscient, comme dit plus haut, je voulais pousser loin certaines idées effleurées sur Southern Lights. New Age On A Board est en fait un seul morceaux de quarante minutes, un récit découpé en cinq chapitres.

Ton approche rythmique semble plus complexe, notamment en installant d'éparses percussions faisant apparaître une batterie qui se laisse désirer - notamment sur Fluoreswamp - ou en te servant de quelques boîtes à rythmes : tes vagues psyché se muent alors en ondulations cosmico-kraut. Quelles sont tes sources d'inspiration en la matière ? 

Tous les rythmes, batteries et percussions proviennent de samples. J'ai voulu tout d'abord élargir ma palette, je suis allé chercher des sons et motifs dans les musiques traditionnelles, le jazz, la musique contemporaine là où précédemment je faisais mon marché uniquement dans la surf music et l'exotica. J'ai même samplé un bon gros morceau de variétoche... J'ai ensuite essayé d'intégrer ces rythmiques au mouvement général, à l'onde, et d'espacer les interventions, de ne pas me contenter de poser une boucle et de la laisser tourner, ce que j'ai pu faire par le passé. Donc pour répondre à la question, oui j'ai complexifié mon approche rythmique, dans le sens où les rythmes ne sont plus là uniquement pour servir de socle aux guitares.

Mon influence principale en matière de musique psyché/cosmique reste Pink Floyd, en particulier les albums Meddle, Ummagumma et la BO de More, bref, toute la période pré Dark Side Of The Moon. Je me suis plongé très récemment dans la musique kraut et kosmische, également dans la musique new age, j'ai pas mal accroché sur Popol Vuh, Neu! et Laraaji. C'est assez frais, mais ça s'entend peut-être déjà sur mes enregistrements.

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Comme son nom ne l'indique qu'à moitié, la musique que tu produis semble plus tournée vers une sorte de mysticisme assumé. Se traduit-il dans ta vie de tous les jours ? Ou est-ce ce que tu tentes de transmettre aux gens de ta personnalité via ta musique ?

Ça reste avant tout une expérience musicale. L'idée du voyage introspectif, j'apparenterai plus ça au psychédélisme sixties qu'à du mysticisme. Je ne me promène pas en toge dans les collines avec des petites clochettes en annonçant la dernière vague qui nous emportera tous.

Tu es originaire et tu vis à Marseille. Outre tes accointances artistiques, en quoi cette ville déteint sur ta musique ? Pourrais-tu composer ailleurs ?

Le bruit des vagues présent sur quasiment tous mes morceaux n'est pas anodin, l'environnement influe forcément. Est-ce que la mélancolie et la langueur auxquelles tu as fait référence sont aussi le produit de cet environnement? C'est possible.

Oui je pense qu'au bout de deux albums et demi j'ai bien intégré la matrice Johnny Hawaii et je pourrais composer ailleurs sans que ça n'influe forcément sur le résultat.

Ton disque sort à nouveau via La Station Radar. Quelle est ton histoire avec cet iconoclaste label basé dans le Lubéron ? 

Jérôme et Fleur, qui gèrent La Station Radar sont présents avec moi depuis le début. Ils ont sorti ma première cassette en co-release avec Hands In The Dark et Atelier Ciseaux, puis Southern Lights encore une fois avec Hands In The Dark. Cette fois-ci ils sont seuls aux commandes. Le fait qu'on habite le même coin a sans doute facilité les choses, on a pu se rencontrer et nouer des liens qui vont au-delà de la simple collaboration discographique. On a en outre la même vision de la musique, de ce que doit être un disque, de comment il doit être présenté. Ils prennent vraiment soin de chacune de leurs sorties. Je suis maintenant un artiste « maison », j'aime bien cette idée de parcours commun.

Quelle est ton approche de l'expérience scénique ? Est-elle distincte pour toi que celle que tu retranscris sur tes disques ?

J'envisage la scène comme un espace récréatif. Lorsqu'on passe des semaines à bosser en solo sur des morceaux, il est important à un moment donné d'ouvrir les fenêtres, faire respirer tout ça, de « jouer » littéralement. C'est aussi l'occasion de m'immerger totalement dans la musique, de m'y perdre alors que dans le processus d'enregistrement il y a toujours un recul à avoir, une analyse permanente de chaque chose.

Comme sur disque j'essaie d'installer un climat et d'envoyer une vibration, sans forcément jouer les morceaux à la note près, en espérant que l'auditeur se branche sur la même fréquence, rentre dans le truc.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

J'ai la chance de travailler dans une grande médiathèque avec un immense fond musique. Lorsque je suis en phase d'enregistrement je me constitue toujours un gros stock de CD à la recherche de sons à sampler qui pourraient former ma matière première sonore. J'ai sélectionné des titres qui ont pu servir ou serviront peut-être.

Mixtape

01. Piero Umiliani - Papete Aru (Exotic Mood 3)
02. Ronny & the Daytonas - Nanci.
03. The Musicians of Tampaksiring Temple - Galan Kangin
04. Stu Philipps - Ceylon - Goyapana
05. Bud Shank - Up in Velseyland
06. Eden Ahbez - Full Moon
07. Kurt Bloch - Lude 9.6
08. The Surf Mariachis - Baja
09. Pink Floyd - Quicksilver
10. Piero Umiliani - Le Isole dell'Amore (Nel Villaggio)

Tracklisting

Johnny Hawaii - New age on a board (La Station Radar, 21 mars 2016)

A1. Into la manglar
A2. Bali Kraut
A3. The cool box
B4. Fluoreswamp
B5. New age on a board


Johnny Hawaii - Many Reverbs To Cross (PREMIERE)

Si certains se demandent pourquoi il y a toujours un drapeau breton qui flotte dans les airs de tous les festivals de France et de Navarre, la profusion de dudes émanant de la citée phocéenne sur ces mêmes manifestations devient tout aussi surnaturelle. Ainsi donc, après les passages remarqués d'Oh! Tiger Moutain incarnant les effluves réverbérées de son ultime The Start Of Whatever (lire), avec en point d'orgue une représentation au prestigieux Montreux Jazz Festival (voir), voici Johnny Hawaii qui squattera la Plage de Saint-Malo, précédé d'un DJ-set estampillé La Station Radar, dans le cadre du festival La Route du Rock à la programmation, cette année encore, cinq étoiles (concours). L'occasion de reparler du très bel album du dream expop surfer, Southern Lights (lire), co-édité par La Station Radar et Hands In The Dark le 30 septembre 2013, mais aussi de rappeler que notre homme, Olivier Scalia, a récemment fait partie de notre compilation anti-french pop (écouter). Afin de faire grimper le baromètre de quelques degrés centigrades supplémentaires, le Marseillais dévoile un nouvel édit à découvrir ci-après, Many Reverbs To Cross, sorte de mise en bouche à l'alanguissement généralisé des sens. Un homme à femmes, assurément.

Audio (PREMIERE)


Edito & Mixtape : Hexagonie - ANTI-frenchpop

antiDire qu'il se passe quelque chose à Paris et balancer à la figure de son interlocuteur la réouverture du Showcase, c'est un peu comme dire qu'en France une nouvelle scène n'en peut plus d'émerger, prête au raz-de-marée discographique, en citant pêle-mêle et sans les mentionner ici tous ces groupes sortis de l'ornière souterraine qu'à la force de maisons de disques sur les jantes et de producteurs d'événements avides de salles combles. Alors oui, il y a un regain de business dans la musique pop française, avec un nouveau modèle qui émerge : le repérage, la mise à l'épreuve, puis le coup de massue médiatique. Bon. Avec internet, une curiosité bien placée amène toujours au-delà de cette piètre mascarade et c'est donc presque naturellement que les magazines papiers sont encore les meilleurs soldats de ce regain de cocorico - comme si le made in France était musicalement et commercialement un avantage. Cela peut paraître con à dire, mais l'existence d'une scène dans une ville ou une région, ou d'un mouvement musical fait sur des accointances spontanées, n'a rien à voir avec les frontières et encore moins avec la langue. Des groupes français se retrouvent sur des labels américains, allemands, britanniques. L'inverse n'est pas moins vrai. L'émulation créative ne se regarde jamais a posteriori, sauf dans les musées. Alors quoi ? Il ne se passe rien ? Non, justement, mais faire des compilations bleu blanc rouge ne rime à rien s'il s'agit de plaquer un étendard préfabriqué à la face des auditeurs, imaginé par des quadra nostalgiques des années Daho et composé de gringalets pillant éhontément ce répertoire que leur jeunesse leur interdit de sanctuariser. Dans un mouvement inverse, l'idée de cette anti-compilation est née d'une demande faite à la rédaction par le site Goûte Mes Disques, sachant que ses germes étaient pré-existants. La trame : rassembler groupes hexagonaux et labels indépendants de par le globe, amis et profondément exigeants sans se confondre en babillages, sinon en remerciements pour leur spontanéité à répondre par l'affirmative à ce projet. Faire des choix fut presque aussi compliqué que de s'arrêter à vingt. Alors on en a mis vingt-et-un : sur Goûte Mes Disques dans un sens, ci-après dans l'autre, sur Goûte Mes Disques en téléchargement titre par titre, ci-après d'un seul tenant.

Tracklisting

01. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)

Si la France - et l’axe Paris/Bordeaux en particulier - est un étonnant réservoir de formations garage entremêlant crânement stridences punk et sonorités synth, ce n’est pas peu dire qu’il faut séparer le bon grain de l’ivraie. Et La Secte du Futur se pose là, forte d’un second album foutrement bon sorti le 24 janvier 2014 via Eigtheen Records et intitulé Greetings From Youth. Coalition de membres issus des Catholic Spray, de J.C. Satàn, de Black Bug ou encore Skategang, ledit album, mixé par Maxime Smadja et dressant un pont entre noise, punk et surf music, se dévoile à l'aune de Fall Prism, véritable claque pleine de cambouis.

02. Anna - Badman (Howlin Banana Records)

Side-project d'un membre de Volage, formation garage-noise de Tours, Anna est l'occasion pour ce dernier de dégoiser de très belles compositions psych-folk à l'évidence rare et gravées sur bandes magnétiques en février 2014 via le toujours très actif label parisien Howlin Banana Records.

03. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mécanique)

Encore un groupe Rennais, le quatuor Maria False donne à la fois dans le shoegaze et le psyché depuis 2012, avec notamment le Lp Artefact au compteur. Le remix de Death, morceau extrait du maxi Spots and Lines in a Frame sorti en juin 2013 via Le Turc Mécanique, est signé Montebourg - projet kraut sentant bon la désindustrialisation.

04. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)

Il aura suffit d’un peu plus d’une année à Anne-Sophie Le Creurer pour maturer son projet Saintes et le transposer parallèlement de son imagination à la bande magnétique et de sa chambre d’étudiante à la scène. Savant fourre-tout DIY entremêlant guitares, samples et boîte à rythmes sur l’autel d’une pop lo-fi émotive et brinquebalante, Saintes – devenu trio avec l’addition de Floriane Kaeser au clavier et Charlie Xiorcal à la batterie –, a livré le 11 septembre 2013 son premier album Horizontal/Vertical via Crash Symbols, partiellement dévoilé à l’occasion d’une compilation du collectif Nøthing – nébuleuse dont fait partie le groupe en compagnie de Maria False, Venera 4, DEAD, Future, Dead Horse One et The Name of the Band. L’abrasive Where Were the Boys?, où la voix d’Anne-Sophie joue au chat et à la souris avec celle de Kim Gordon, dans une vidéo à découvrir ci-après.

05. Future - In Your Eyes (Anywave)

Quand on s'enquiert du passé, notamment dans un pays qui s'est violemment épris de Trisomie 21, Front 242 ou Kas Product, autant le faire avec doigté, le regard vers l'ailleurs, l'Angleterre et pourquoi pas le shoegaze. Et autant se baptiser Future. À la fois âcre et fascinante, mélange d'historicité et de prémonitions, la musique de ce duo rennais trouve avec l'EP Stay Behind sorti en avril 2014 sur Anywave - label du stakhanoviste Aurélien Delamour, instigateur d'Avgvst - le parfait écrin entre assertions gothiques, justesse mélodique et visée électronique - deux remix d'Harshlove et GS01-h Container étirant l'affaire.

06. Dead - Loser (KdB Records)

Les rennais de Dead ont bâti leur univers autour de boîtes à rythmes acides et dansantes, en plus d'une voix froide et distante. Associés à des guitares oscillant entre déluge de larsens et répétitions de riffs, Dead fait la jointure entre les textures de Jesus and Mary Chains et la puissance d'A Place To Bury Strangers. Leur EP Verses paru en avril dernier via KdB Records en vinyle confirme ce que l'on savait déjà, à savoir que l'on peut compter sur eux.

07. Israel Regardie - Holocaust

Pour dénommer un morceau Holocaust en jouant sous le patronyme d'Israel Regardie, il faut avoir soit de l'insouciance à revendre, soit un talent brut de décoffrage. Les Lyonnais, auteurs d'un EP autoproduit Tu n'es personne en septembre 2013, tracent une ligne médiane entre coldwave et shoegaze, forts de cet habile équilibre.

08. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)

Loin d’incarner la musicalité bariolée que connote son blase, le Réveil des Tropiques s’avère être un sulfureux cocktail puisque des membres de Farewell Poetry, One Second Riot, Casse Gueule, Testa Rossa, Ulan Bator, Looking for John et Trésors le composent. Si le quintette parisien, auteur d’un double LP éponyme via Music Fear Satan en novembre 2012, s’attelle à un genre plus qu’éculé – et où finalement les quelques maîtres règnent en seigneur (cf le nom du label) – il n’y trouve pas moins sa place, distendant, de par ses horizons aux sinusoïdes infinies, une galaxie post-rock claquemurée. Un nouveau double LP vient de paraître en avril 2014, Hallucinations Scéniques, enregistré lors de son éprouvante tournée française.

09. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)

Attention, génies. Si certains se paluchent encore à raison sur les astres du label canadien Constellation - quoi que dès fois l'on s'endort défroqué - l'hexagone compte parmi ses ouailles l'une des plus atmosphériques et poétiques saillies post-rock jamais entendues de ce côté-ci de l'Atlantique et de ce côté-là de la Manche. Oiseaux Tempête, formation emmenée par Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul - par ailleurs membres de FareWell Poetry et du Réveil des Tropiques - ouvre avec son album éponyme paru en novembre 2013 sur Sub Rosa une brèche béante dans le cloisonnement quotidien, laissant avec subtilité l'esprit s'évader loin des affres d'un monde qui se meurt : le vol mélancolique de l'aigle, repu de sa puissance d'antan. L'album de remixes, nommé Re-Works et sorti le 28 avril dernier via Sub Rosa et Balades Sonores, est un modèle du genre, étoilé de relectures de Saaad, Dag Rosenqvist (aka Jasper TX) ou encore de Justin Small, membre de... Do May Say Think.

10. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)

Alice Dourlen, aussi discrète que magnétique, possède un rare charisme scénique, les odes brumeuses et méandreuses de la Normande s’intimant jusqu’au plus profond de l’assistance, laissant chacun tituber d’un trop-plein d’émotions. En parfaite résonance, le LP Folie Sacrée – paru le 30 septembre 2013 sur l’inestimable maison d’édition bruxelloise Shelter Press – s’égraine tel un bréviaire imageant une nébuleuse balade emprunte de mysticisme, à mi-chemin entre les halos vaporeux de Grouper et l’obscurantisme acrimonieux de Chelsea Wolfe. On flotte benoîtement dans des paysages sonores nimbés de guitares et de claviers, merveilleusement hanté par le fantôme d’une Nico désincarnée.

11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)

Celui dont on avait observé les prémisses de la mue stylistique en 2012 avec son LP Sourire - co-réalisé par Bookmaker Records et Blwbck - a sorti le 28 novembre 2013 Achievement March, à la fois plus abouti et définitivement libéré du post-rock d’alors, aussi aride que cathartique. Julien Magot, sous le patronyme d’Appalache évoquant l’immensité étasunienne, se libère littéralement de toute contrainte afin d’apposer son chant sincère et pénétrant dans un entrelacs de guitares lo-fi, résonnant tel le double trituré d’une sensibilité poignante. Acquire Peace en révèle l'essence.

12. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seem (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)

Certains s’entichent d’un coquillage pour ouïr le lent ressac d’une mer rêvée, subodorée. D’autres, les yeux fermés, dérivent au rythme des odes scintillantes et flottantes du Marseillais Olivier Scalia, usant du patronyme de Johnny Hawaii pour embarquer qui le veut bien sur d’immenses plages sonores – où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée. Après un étincelant split cassette en compagnie de Cough Cool sur les labels Hands in the Dark et La Station Radar, le dream expop surfer inocule avec son ultime Southern Lights, paru le 30 septembre 2013 sur les précités labels, une invitation à la contemplation nostalgique, le regard scrutant la langueur de sonorités s’immisçant à équidistance des Américains de Ducktails et Real Estate et des standards surf-pop chers aux Beach Boys. Mâtiné d’un humour certain se révélant à la lecture du tracklisting, Southern Lights distille un charme nonchalamment fécond.

13. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)

Les labels Stellar Kinematics et Heia Sun ont co-édité en mai 2013 le premier LP d’Opale, L’Incandescent. Établi à Paris et formé de Rocío Ortiz et Sophia Hamadi – œuvrant préalablement au sein de Playground –, le duo féminin franco-espagnol sculpte par ses compositions un trouble halo mélodique, où se confondent lascivement brume ambiant et luminescence psyché, tapissant leurs pérégrinations lunaires d’un voile mélancolique que révèle progressivement Hold You Tigh extrait dudit LP à l'esthétique visuelle soignée. Un nouvel album est en préparation.

14. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)

La Parisienne Laurène Exposito susurre d’étonnantes comptines synth-pop à l’oreille de son Micro Cheval. Étonnantes, parce qu’à la fois bancales et charnelles, fragiles et lumineuses, passéistes et futuristes. C’est d’ailleurs en ces termes - charriant la stabilité et la gravité - que la principale intéressée décrit son projet, citant parmi ses influences majeures Solid Space – duo anglais auteur en 1982 d’un unique et épuisé LP Space Museum. La gracile Space Shit, extrait d’un EP cassette paru sur le label francilien Svn Sns Records le 30 septembre 2013, figure à merveille cette emprise mélancolique des ondes rétro-stellaires par l’imagerie eigthies de la conquête spatiale.

15. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)

Si le milieu de la musique manque souvent d'humour, les histoires de branleurs magnifiques et érudits frappent toujours avec autant d'évidence. Meilleur duo geek depuis Wayne Campbell et Garth Algar, les rennais de Splash Wave éclaboussent de leur gouaille synth-pop vocodée quiconque encore convaincu que Parker Lewis ne perd jamais. Mais le vernis ne trompe personne, les slackers sont de gros bosseurs et leur EP Guilty of Being Rad paru en janvier 2014 sur Beko Disques - prolongement physique de l'aventure digitale et brestoise du même nom - est une claque longtemps désirée, assurément méritée. Hymne de leur set live, le morceau Spin Jammers est remarquablement autoproduit.

16. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)

Le quatuor Night Riders, orfèvre en sonorités pop analogiques, sortait en octobre 2013 via son propre label C’est ça l'EP Sombre Danse. Ceux qui, il n’y a pas si longtemps, chantaient en anglais et déclaraient nonchalamment être « une interprétation à la fois des esprits black et punk » sous l’emprise de pulsions éthyles de fin de soirées, s’émancipent d’une nébuleuse synthétique à forte consonance locale, par une musique à la fois plus sombre et concise, où rien ne dépasse et ne vient troubler l’ordonnancement de compositions imageant d’intimes combinaisons noctambules. Précisément la frontière délimitant le rêve du mystère. Tandis qu'un nouvel EP, L’Espace et le Temps, est d’ores et déjà annoncé pour le 22 mai prochain, un quatrième – Soleil Noir – est paru sur Svn Sns Records.

17. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)

Après Orbs & Channels en 2013, le duo toulousain Saåad, composé de Romain Barbot et Greg Buffier, a remis une nouvelle fois le couvert sur la table déjà bien garnie du label Hands in the Dark avec un LP, Deep/Float, ayant vu le jour le 17 avril 2014. À la fois introspectives et puissamment lumineuses, les longues respirations instrumentales du duo – que l’on retrouve à l’instigation du label Blwbck – résonnent telles l’échoïsation chamanique d’une scène techno de plus en plus aspirée par le bruit. Ce n’est ainsi pas un hasard si Blwbck a co-réalisé en 2013 le split de Saåad et Insinden avec les Parisiens d’In Paradisum et si Greg Buffier participe à l’exécution scénique du nouvel album de Mondkopf, Hadès.

18. Kaumwald - Léthé (Opal Tapes)

Les Lyonnais Ernest Bergez et Clément Vercelletto forment Kaumwald, projet électronique et expérimental ayant eu le privilége de voir son premier EP, Hantasive, droppé en janvier dernier par la structure de Basic House, Opal Tapes. Oscillant entre drone invertébré et proto-techno sombre et bouillonnante, le duo ne laisse pas insensible tant les amateurs de stridences que de beats.

19. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)

La récidive a du bon. Du moins, c’est ce que l’on se dit spontanément à l’écoute de cette nouvelle livraison signée Tidiane Brusson agissant, du haut de son jeune âge, sous le patronyme de Leave Things. Après l’onirique diptyque Otherness/Unquiet révélé en juin dernier via l’exigeant label Fin de Siècle, le Parisien envoie joliment paître toutes les attentes à son égard à la lisière d’un décor surnaturel, dépassant à la vitesse grand V l’endroit même où l’on croyait le situer. Aperçu à quelques miles de The Field, le Suédois de Kompakt, le producteur à l’infamante précocité dégoise désormais avec le 7″ Atonement/Empfang paru le 1er avril digitalement, une techno sombre et raffinée, martiale et obnubilante, dont l’essence est à humer du côté des Anglais de Sandwell District. L’air du temps diront certains, mais avec un tel soin à peaufiner ses beats et ses textures, où l’effusion rythmique s’éprend de la pesanteur des émotions, difficile de ne pas y voir l’esquisse d’une grande œuvre, à la fois introspective et dansante, destinée à être gravée dans le sillon d’un long format attendu, toujours sur Fin de Siècle, en fin d’année.

20. Cotton Claw - Climax (Cascade records)

Oui, les faiseurs de beats ont encore de l'avenir. Lilea Narrative, Zo aka La Chauve-Souris, YoggyOne et Zerolex le prouvent, dépassant leur carrière respective avec Cotton Claw et distillant à huit mains un panachage de rythmiques et de synthétiseurs analogiques du plus bel effet. Avant tout destiné à rompre genoux et bassins en club, les odes électro hip-hop du quartet bisontin ont trouvé via Cascade Records et l'EP Dusted un accueil au-delà de toute espérance. C2C et Birdy Nam Nam pointent à Pôle Emploi, on ne va pas s'en plaindre.

21. High Wolf - 707 (Not Not Fun)

High Wolf, dont la psychédélie tribale, tropicale et acide s’entiche de beats, de nappes et de guitares obsédantes, hypnotise les oreilles tout autant que les rétines, doublant ses concerts d’une imparable dimension visuelle. Ode chamanique, 707 est extrait du sublime et onirique LP Kairos: Chronos paru l'année passée sur Not Not Fun.

Mixtape

01. High Wolf - 707 (Not Not Fun)
02. Cotton Claw - Climax (Cascade Records)
03. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)
04. Kaumwald - Lethe (Opal Tapes)
05. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)
06. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)
07. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)
08. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)
09. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)
10. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seems (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)
11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)
12. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)
13. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)
14. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)
15. Israel Regardie - Holocaust
16. Dead - Loser (KdB Records)
17. Future - In Your Eyes (Anywave)
18. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)
19. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mecanique)
20. Anna - Badman (Howlin Banana Records)
21. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)


Johnny Hawaii - Driving Through The Jungle (PREMIERE)

Certains s'entichent d'un coquillage pour ouïr le lent ressac d'une mer rêvée, subodorée. D'autres, les yeux fermés, dérivent au rythme des odes scintillantes et flottantes du Marseillais Olivier Scalia, usant du patronyme de Johnny Hawaii pour embarquer qui le veut bien sur d'immenses plages sonores - où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée. Après un étincelant split cassette en compagnie de Cough Cool sur les labels Hands in the Dark et La Station Radar (lire), le dream expop surfer inocule avec son ultime Southern Lights, paru le 30 septembre dernier sur les précités labels, une invitation à la contemplation nostalgique, le regard scrutant la langueur de sonorités s’immisçant à équidistance des Américains de Ducktails et Real Estate et des standards surf-pop chers aux Beach Boys. Mâtiné d'un humour certain se révélant à la lecture du tracklisting, Southern Lights distille nonchalamment un charme fécond que subjugue le collage animé de Fleur Descaillot, à découvrir ci-après, pour la paisible Driving Through the Jungle.

Johnny Hawaii sera en concert le 26 octobre à Marseille en première partie Orval Carlos Sibelius et squattera l'Espace B le 26 novembre prochain. D'ici là, prévoyez lunettes noires et rabanes.

Vidéo (PREMIERE)

http://vimeo.com/76207006

Audio

Tracklist

Johnny Hawaii - Southern Lights (La Station Radar / Hands in the Dark, 30 septembre 2013)

A1. The parrots are not what they seems (They are just pigeons on acid)
A2. Driving Through the Jungle
A3. Canoeing Down a Quiet River
B1. Inner Beach
B2. Psychic Suntan


Cough Cool - Plastic Jewlery / Johnny Hawaii - Jesus Words on a Surimi Stick (PREMIERE)

Le 3 janvier prochain paraît un split cassette réunissant l'Américain Dan Svizeny - agissant sous le nom d'emprunt Cough Cool et sortant le 13 décembre via Bathetic un premier LP dénommé Lately - et le Marseillais Johnny Hawaii, que l'on a récemment croisé en ouverture du Midi Festival (lire), alors bien accompagné de ses comparses Kid Francescoli et Oh! Tiger Mountain. Un split en forme d'onirique jonction entre un shoegaze lo-fi, irradié et déstructuré, émanant tout droit d'un Philadelphie dévasté, et un psychédélisme tropical et solaire, à la patine surf rock suave et opiacée. Une délicieuse accolade entre l'est américain et le midi français sous l'égide d'un triumvirat de micro-labels frenchies - Hands In The Dark, Atelier Ciseaux et La Station Radar - dont nous chérissons sans réserve aussi bien l'imagination que l'émulation. La cassette, éditée à cent exemplaires et au packaging de circonstance, est disponible dès aujourd'hui en pre-order sur les sites respectifs de chaque structure. A cette occasion, Jono Mi Lo - par ailleurs auteur de vidéos pour Cankun - s'est fendu d'une mise en image synchrone et hallucinée, conférant au Plastic Jewlery de Cough Cool et au Jesus Words on a Surimi Stick de Johnny Hawaii cette dose de surréalisme saugrenu que l'on avait l'habitude d'humer d'un revers de paille du côté d'Amdiscs. Non sans plaisir coupable.

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